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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 06:25

Ô mon pays

Nicolas Savy

Connu pour ses travaux d'histoire régionale du Quercy sur différentes époques, Nicolas Savy nous propose ici un récit construit à partir des correspondances de trois simples soldats de la Grande Guerre : Gabriel Dubreil, Louis Varlan et Jean-Pierre (dit Jules) Cussat.

Sur la base de ces courriers privés, il reconstitue le parcours de trois anonymes, soldats "ordinaires", et leur redonne vie. Les parcours sont à la fois parallèles et différents, en particulier pour Gabriel Dubreil, fait prisonnier à Verdun, tandis que son camarade Louis Varlan sera très grièvement blessé au début de l'année 1917. Les lettres ne sont pas reproduites et l'auteur a fait le choix de partir de leurs textes pour raconter (littéralement) l'histoire de ces fantassins ordinaires : "Le régiment était allé prendre les tranchées dans la Somme, du côté d'Armancourt. En fait de tranchées (nous sommes au printemps 1915),Gabriel et ses camarades avaient trouvé quelques abris sommaires reliés à l'arrière par de mauvais boyaux". On y retrouve toutes les questions que les poilus évoquent généralement : l'alimentation, le repos, les permissions, la vie de la famille, les bombardements, les copains, le soulagement de quitter brièvement le front : le médecin "arriva enfin, il regarda rapidement la fiche récapitulative avant de l'ausculter ; après avoir réfléchi quelques instants, il nota 'évacuable' au bas de la fiche. Bien que souffrant énormément, Jean-Pierre ne pouvait s'empêcher de penser que cette maladie allait lui permettre de s'éloigner du front pendant un temps". Le style est simple, sobre, sans emphase, et ces trois destins croisés prennent rapidement une vraie consistance. Pour illustrer l'ensemble, Nicolas Savy utilise des fac-similés des correspondances et de nombreuses cartes postales de l'époque. Il fait également le choix d'effectuer, grâce à ces correspondances échangées et conservées, des aller-retour entre les soldats et leurs familles, épouses, enfants et parents : "Lucienne se rappelait ce jour de février où le maire était venu annoncer à leur mère et à leur grand-mère que Louis ne reviendrait plus jamais".

Un petit volume attachant, qui permet d'approcher le quotidien des hommes aussi bien que leurs pensées et leurs préoccupations, sans les couper de leurs racines villageoises et de leurs familles.

Archeodrom, Pradines, 2013, 177 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-9534952-2-5.

Pour commander directement l'ouvrage : archeodrom@gmail.com

Trois paysans du Lot

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 06:30

L'homme dans la guerre

Maurice Genevoix face à Ernst Jünger

Bernard Maris

Voici un ouvrage original et très intéressant, puisqu'il met face-à-face et analyse parallèlement deux monstres sacrés parmi les auteurs de la Grande Guerre : Maurice Genevoix et Ernst Jünger.

Cette confrontation au-delà du temps et par l'intermédiaire des textes ultérieurement publiés, avec force références aux écrits des deux hommes, est structurée en 5 parties qui se complètent et se répondent. Que pensent et qu'écrivent Genevoix et Jünger de leurs camarades et de leurs ennemis, de leurs subordonnés et de leurs chefs, de leurs voisins de tranchée, de cantonnement ou d'assaut : des "guerriers" qui restent des individus pour le premier, des "lansquenets" bientôt disparus dans la masse pour le second. Comment jugent-ils cette guerre qu'ils font l'un et l'autre avec détermination ? Genevoix ne l'aime pas (ou ne l'aime plus) et l'avoir vécue lui donne le droit de n'en plus vouloir. Jünger bientôt la regrette. Par contre, ils sont relativement proches dans leurs descriptions de la nature, la "terre mutilée", les animaux, les forêts, les chevaux, si présents ; même s'ils n'évoquent pas les mêmes éléments naturels ou ne leur accordent pas le même sens. C'est enfin l'approche de "l'héritage". Qu'en reste-t-il, qui étaient fondamentalement ces deux témoins, acteurs, soldats, officiers, et finalement auteurs, et que veulent-ils laisser aux "générations futures" ?

Entre deux auteurs, deux approches du conflits, deux conceptions de la vie et des hommes, un livre qui passionnera non seulement tous ceux qui s'intéressent aux témoignages de la Grande Guerre, mais aussi les amateurs de littérature et de bons livres.

Grasset, Paris, 2013, 175 pages, 16 euros.

ISBN : 978-2-246-80338-6.

Deux lieutenants face-à-face

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 06:24

Visite sur trois fronts

Arthur Conan Doyle

A plus de 55 ans, le père de Sherlock Holmes séjourne pendant plusieurs semaines sur les fronts anglais, français et italien pour le bureau britannique de propagande. Il en tire ce bref ouvrage, qui n'avait pas été réédité depuis 1916, aussi bien en Grande-Bretagne qu'en France.

Se présentant en introduction comme un "observateur britannique indépendant", Conan Doyle ajoute : "Mes expériences et mes impressions sont ici transcrites, et contribueront peut-être à lutter contre ces malentendus nuisibles et ces dénigrements mutuels que fomente avec tant d'ardeur notre ennemi perfide". Son récit développe donc (mais avec quel style !) les thèmes et images que les services officiels veulent promouvoir. Les soldats britanniques sont de jeunes hommes "robustes et volontaires, hâlés et vigoureux", qui représentent toutes les régions et provinces du Royaume-Uni : "Des gars formidables". Les descriptions sont attendues : l'artillerie et les bombardements, les tranchées et la boue, les destructions causées par les Allemands, le secteur d'Ypres, les gaz de combat, etc. Du séjour dans les lignes italiennes, Conan Doyle ramène "un profond sentiment d'admiration et la certitude qu'aucune arme au monde n'aurait pu tenter plus courageusement d'avancer dans des conditions extrêmement difficiles", ce qui nous vaut les descriptions que l'on peut attendre du soldat italien ("excellement conduit. Cadorna est un vieux Romain, un homme coulé dans le grand moule simple de l'Antiquité, frugal dans ses goûts, clair dans ses buts, sans autre idée en tête que son devoir") et des opérations conduites ("Le civil semble bien ridicule lorsqu'il exagère les petites aventures qui se trouvent sur son chemin, aventure que le soldat subit en silence parce qu'elles appartiennent à son quotidien"). Le livre se termine avec "Un aperçu des lignes françaises", dont les soldats sont "magnifiques. Il n'y a pas d'autre mot pour exprimer cette réalité". Il décrit une rencontre avec Clemenceau, les destructions dans Soissons, les nouveaux matériels ("Tous les types de bombes, de catapultes et de mortiers de tranchée"), un mot sur les troupes coloniales et métropolitaines ("On a l'impression que ce sont les Arabes et les nègres qui tirent la France d'embarras. C'est absolument faux ... L'élément colonial est en réalité très limité ... Quand il y a des tâches pénibles à accomplir, c'est en général le bon petit pioupiou français à qui elles incombent"). La discipline, pleinement consentie, peut être dure, mais le général parle de ses soldats en disant "mes enfants". Châlons, l'Argonne, le général H. et sa "magnifique division", tandis que tel autre général de corps d'armée "c'est Athos avec une touche de d'Artagnan" !

A lire et à connaître. A comprendre à deux niveaux et à remettre dans le contexte du temps et des circonstances d'écriture et de publication. Mais quel plaisir !

Les Belles Lettres, Paris, 2014, 83 pages. 12,90 euros.
ISBN : 978-2-251-31007-7

Un autre Conan Doyle

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 06:25

La cuisine des tranchées

L'alimentation en France pendant la Grande Guerre

Silvano Serventi

Si rire est le propre de l'homme, on sait bien que les repas constituent pour lui un moment privilégié de détente, de repos et de convivialité et tous les chefs militaires ont toujours considéré qu'une partie de la motivation réside dans la capacité à nourrir la troupe.

Dans ce petit volume, Silvalo Serventi nous convie en deux grandes parties à suivre la réalité des pratiques alimentaires entre 1914 et 1918, au front dans un premier temps, à l'arrière dans un second. Le plan de l'ouvrage est méthodique (Première partie, "Au front" : "Dans les tranchées de l'avant" et "Au cantonnement" ; deuxième partie, "Du côté des civils" : "Sous le joug allemand", "La France de l'arrière", "Cuisine de guerre"). Ce plan lui permet d'aller bien au-delà de l'anecdote éventuellement amusante et d'évoquer des thèmes très sérieux, parfois rarement traités, comme le calcul de la ration alimentaire du soldat, le rôle au quotidien des cuistots et des ravitailleurs ou l'organisation de la logistique et des approvisionnements. On y trouve aussi quelques recettes, comme "le boeuf à l'étouffée" ou "le riz au gras". Du côté de la population civile, on apprécie la distinction entre les départements occupés (sans oublier la situation très difficile des prisonniers et des "déportés" du travail) et l'intérieur du pays, où les conditions de vie sont bien différentes, ainsi que les quelques pages consacrées au rationnement, aux petits trafics ou à la situation particulière de Paris. Ici aussi, quelques recettes du temps, dont la bouillabaisse.

Ponctué de nombreuses citations, de quelques extraits de presse et caricatures de l'époque, ce livre est à la fois plaisant, intéressant et réellement instructif à bien des égards. Entre des périodes de vraies difficultés et des moments de "bombance", entre le retour aux recettes traditionnelles et la mise en oeuvre de technologies modernes de l'agroalimentaire, entre le poilu qui râle parce que tout est froid et le ravitailleur qui avance dans la boue, ployé sous les charges et éventuellement sous le feu : une approche indirecte et originale de la Grande Guerre.

Editions Sud-Ouest, Bordeaux, 2014, 191 pages. 17,90 euros.
ISBN : 978-2-8177-0327-5.

A table !

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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 06:30

Nos familles dans la Grande Guerre

Jean-Louis Beaucarnot

Avec ce volume assez étonnant, Jean-Louis Beaucarnot a pour ambition de nous faire toucher du doigt la réalité de la Première Guerre mondiale dans toutes nos familles. Le propos est d'autant mieux tenu que d'une part "tout Français de 2014 a 'son' ou 'ses' poilus", et que d'autre part il a pu collecter de très nombreux témoignages et correspondances privées. Mais l'ensemble laisse un sentiment ambivalent, car le propos est très globalement orienté sur des cas extrêmes, forts, humainement difficiles.

Le livre est divisé en onze grands chapitres plus ou moins denses qui traitent de différentes problématiques familiales : "Des familles décimées", "Des familles éclatées", "Les couples dans la guerre", "Ruines et fortunes", etc., ou thématiques : "Une épreuve de plus : la grippe espagnole", "La fin du cauchemar", "Plaies et fantômes", etc. Chaque chapitre s'ouvre un texte de synthèse sur le sujet, texte qui présente souvent de nombreux chiffres, de multiples précisions statistiques et des exemples précis. Puis, se succèdent une série d'exemples, d'anecdotes, de cas concrets, replacés dans leur micro-contexte, souvent touchants car, d'une façon ou d'une autre, ils nous rappellent une histoire proche, voire intime. Nous sommes donc, en fait, en présence d'un volume finalement ambigu qui joue sur les ressorts de l'émotivité, de l'affectif, du "victimisme" (présentation des "fusillés pour l'exemple"). Oui, la Grande Guerre fut particulièrement meurtrière. Oui, la France de 1918 est un pays de femmes en noir. Oui, les souffrances ont été parfois terribles. Oui, les conséquences furent innombrables dans le quotidien des familles. Oui, les listes qui s'allongent sur les monuments aux morts semblent interminables. Oui, la France n'a jamais vraiment dépassé ces meurtrissures. Mais la guerre, même si elle est ceci, ne se limite pas à cela. Et est-ce exclusivement le cas de la Grande Guerre ? Finalement, cette "avalanche" de malheurs finirait presque par avoir un effet repoussoir.

Fort heureusement, l'auteur sait mettre ponctuellement un bémol, en précisant quelques contre-exemples et en reconnaissant que tous et toutes ne basculèrent pas dans le handicap, la misère, la folie, le désespoir. Les renseignements de tous ordres donnés sur les sujets les plus divers font finalement pencher la balance dans l'autre sens. Des familles entières sortirent de la Grande Guerre "anéanties et traumatisées", le pays lui-même en un sens fut traumatisé pour longtemps, mais cette question, aussi grave soit-elle, n'a pas été toute la Grande Guerre.

Editions JC Lattès, Paris, 2013, 317 pages. 21,50 euros.

ISBN : 978-2-7096-4490-7.

Mémoires familiales

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 06:30

Un grand rabbin dans la Grande Guerre

Abraham Bloch, mort pour la France, symbole de l'Union Sacrée

Paul Netter

Ce livre, à la fois facile à lire et très dense, non seulement retrace la vie du grand rabbin Abraham Bloch dans son ensemble, mais insiste bien sûr sur sa fin et sur le symbole qu'il devient ensuite.

La première partie de l'ouvrage nous fait découvrir ce que fut la vie d'Abraham Bloch avant 1914, lorsqu'il exerce ses fonctions de rabbin d'abord dans les Vosges, puis en Algérie (quelques pages aussi denses qu'instructives sur l'antisémitisme algérois à la fin du XIXe siècle et sur les mesures d'entraide adoptées au sein de la communauté), à Lyon enfin à la veille de la Grande Guerre, où il fait le choix, à 53 ans, de devenir aumônier militaire. La seconde partie est constituée par des extraits presque quotidiens du carnet de guerre d'Abraham Bloch et de correspondances qu'il adresse à sa famille. Nous le suivons ainsi au jour le jour avec le 14e CA jusqu'à la Trouée de Charmes et dans les Hautes Vosges jusqu'au 29 août. L'épisode est connu : ce jour-là, le grand rabbin Bloch, infirmier-brancardier volontaire, tombe mortellement blessé. L'Illustration en donne en septembre un récit très politiquement utile : "On évacuait une ambulance sous le feu de l'ennemi. Un de nos soldats, dangereusement blessé, aperçoit le rabbin qu'il prend pour un prêtre catholique ; il lui demande un crucifix. Le prêtre israélite court aussitôt à la recherche du pieux emblème ; au moment où il va le remettre à l'agonisant, il est lui même mortellement frappé. M. Bloch est le premier rabbin victime de la guerre ; il est tombé en brave, comme tant de prêtres catholiques, tués au feu ou brutalement fusillés". Le rabbin devient aussitôt un héros et un symbole et les hommages, dès lors, ne vont plus cesser. La dernière partie nous en donne de multiples exemples, tous référencés. L'auteur, son arrière petit-fils, a parfaitement conscience de la part symbolique et d'instrumentalisation de cette histoire, dont il reconnait qu'il doute de sa réalité. Mais l'image, en ces journées terribles de fin août / septembre 1914, est tellement forte qu'elle peut tout aussi bien remplacer la réalité. Et elle est sans nul doute beaucoup plus utile dans le pays.

Un petit livre qui intéressera bien au-delà des seuls amateurs de l'histoire politique et cultuelle de la Grande Guerre. Une biographie simple, mais riche. Un volume qui mérite d'être connu.

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2013, 144 pages, 18 euros.
ISBN : 978-2-35617-012-5.

Pour commander directement chez l'éditeur : ici 

Patriote et homme de foi

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 06:35

Lorraine 1918. De l’armistice à la reconstruction

Régis Latouche

Voici un ouvrage qui mérite qu’on s’y attarde. Régis Latouche, directeur de l’IECA (université de Nancy) s’est intéressé à la Lorraine du 11 novembre 1918 jusqu’au début des années 1920. Une étude régionale très intéressante, qui, à travers une quinzaine de chapitres, traire de multiples sujets encore peu étudiés comme l’occupation américaine d’après-guerre, ou "l’épuration", et qui est illustrée par de nombreuses photographies d’époque. A l’étude des derniers jours de guerre succède celle du 11 novembre et de son accueil par les troupes en Lorraine. Puis l’auteur se pose la question de la Moselle allemande, évoquant aussi bien l’attente des populations, les actes d’iconoclasme, que "l’épuration" qui s’abat sur certaines familles jugées trop proches des Allemands pendant la guerre. La Lorraine, ancien champ de bataille, est une région à déminer et à nettoyer des innombrables cadavres, un travail pénible et dangereux qui cause la mort de certains démineurs. R. Latouche évoque « un business juteux, mais risqué » (p. 80). La présence américaine en Lorraine occupe une grande partie de l’ouvrage, elle y est observée autant sous ses aspects positifs que sous des angles moins connus, l’auteur parlant même de la Lorraine comme le « 49° Etat américain » (p. 83). Enfin, les années 1920 ne sont pas oubliées : la Reconstruction, les utopies des années vingt, les agitations ouvrières, et la naissance du tourisme militaire sont aussi étudiées. Le point fort de cet ouvrage reste sans aucun doute ses très nombreuses photos, souvent inédites et surprenantes. On découvre par exemple l’enterrement du dernier "obus boche" à Varennes le 11 novembre 1918 par les Américains (p. 31), un camion de désinfection en 1919 (p. 68), les premiers véhicules de touristes Autavia dans la Meuse en ruines (p. 143), une photographie de l’état initial de la « tranchée des baïonnettes » (p. 147), … L’ouvrage est très agréable à lire, espacé, illustré, et surprenant par de nombreuses anecdotes ou récits qui donneront envie d’aller plus loin. On peut cependant regretter que certains sujets soient à peine évoqués, une étude de la société d’après-guerre avec ses hommes mutilés, ses femmes qui retournent dans leur foyer aurait été intéressante, tout comme celle de la place de la religion dans la Lorraine d’après-guerre.

P.-L. B.

Ed. Place Stanislas, Nancy, 2008, 158 pages, 29 euros.

ISBN : 978-2355780226.

Histoire régionale

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 06:25

Imaginaire contemporain

de la Grande Guerre

Henri-Pierre Jeudy et Maria Claudia Galera

Voici un petit livre assez étonnant, et parfois déroutant.

L'ouvrage repose sur les travaux conduits par les deux auteurs avec des enfants en âge scolaire de la Meuse et présente essentiellement les textes les plus aboutis de différents ateliers d'écriture. C'est (très) souvent touchant, mais l'on a du mal à se départir d'un sentiment "kaléïdoscopique" : finalement, qu'en retenir en synthèse ? Peut-être était-ce l'un des buts des deux co-directeurs de l'ouvrage ? Ces textes de jeunes enfants sont intéressants, poignants, mais il traduisent aussi une approche de la Grande Guerre univoque, sous le sempiternel angle des souffrances individuelles revues et interprétées par des adolescents du XXIe siècle. C'est là, sans doute, que l'exercice trouve ses propres limites.

On peut également regretter que seule une dizaine de pages de photographies figure dans l'ouvrage, ce qui laisse certes une place essentielle au texte mais diminue la proportion de représentation individuelle de la Grande Guerre par chaque lecteur. Si l'expérience de ces ateliers d'écriture a sans nul doute été très enrichissante pour les jeunes qui ont eu la chance d'y participer, on peut néanmoins s'interroger sur l'intérêt d'en produire ensuite un livre.

Au bilan, un petit volume qu'il sera peut-être utile d'acheter sur place, pour aller à son tour, aux beaux jours, se promener dans les bois de la régions de Verdun avec en fond sonore ces textes de jeunes d'aujourd'hui.  

Editions Chatelet-Voltaire, Cirey-sur-Blaise, 2013, 123 pages, 18 euros.

ISBN : 2-979109019825-8.

Approche anthropologique et littéraire

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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 06:30

1914-1918

La Grande Guerre du général Giraud

Henri-Christian Giraud

Le général Giraud est bien connu pour sa participation à la Seconde guerre mondiale, mais son rôle pendant la Grande Guerre était très largement jusqu'à ce jour resté dans l'ombre. Le livre vient donc heureusement combler un vide en nous présentant cette partie de la vie du futur général.

On peut immédiatement souligner que ce style d'ouvrage est toujours un peu ambigü : il ne s'agit pas d'un "carnet" personnel, d'un témoignage écrit à chaud, mais d'une reconstitution a postériori par un descendant. De façon générale, il ne faut donc pas chercher dans ces volumes une critique de la "statue du commandeur familial", une contestation de celui dont il faut au contraire mettre en valeur l'importance et le rôle, voire défendre la mémoire. Le livre n'échappe pas totalement à cet accueil.

Mais il n'empêche qu'il est du plus grand intérêt, ne serait-ce que parce que la conduite au feu du capitaine (puis commandant) Giraud est assez exemplaire. Cinq fois cité à la fin de la guerre, il connait essentiellement soit le 4e zouaves, soit l'état-major de la 5e Armée, et pour ces deux formations en particulier nous disposons désormais de nombreux détails de la vie quotidienne, des engagements, etc., de Charleroi à La Malmaison et à la région de Soissons avec la division marocaine, à partir des archives militaires, de fonds privés, d'extraits choisis d'autres ouvrages et de correspondances familiales en particulier.

Parfois, en l'absence de renseignements précis concernant Giraud lui-même, l'auteur nous parle de son unité, ou de ses pairs. A plusieurs reprises, il tente des parallèles avec Juin ou de Lattre en particulier. Chacun, connaissant le cadre et le contexte de la publication, saura tirer le meilleur de cet ouvrage qui fourmille d'informations précises sur les responsabilités d'un officier (du grade de capitaine à commandant) qui sert alternativement dans la troupe et en état-major et qui sera même prisonnier quelques mois avant de s'évader. 

Editions du Rocher, Monaco, 2014, 281 pages. 22,90 euros.

ISBN : 978-2-26807-586-0.

Entre biographie et journal

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 06:35

Mon journal de la guerre de 1914-1918

sur le front d'Alsace

Marie-Claire Mengès

En quelques mois, voici avec La Nuée Bleue un nouvel album absolument délicieux. Il s'agit de la retranscription du journal tenu entre le 28 juin 1914 et le 17 novembre 1918 par une Alsacienne.

Outre le texte lui-même, qui permet d'approcher au plus près de quelle manière sont perçus, compris, ressentis en Alsace-Lorraine les événements du front tout proche, ceux des autres théâtres de guerre et les décisions de politique intérieure (locale et nationale) en Allemagne mais aussi en France, on est particulièrement séduit par la qualité des illustrations. L'iconographie est en effet extrêmement riche, et allie sujets connus et trouvailles originales (dont de nombreuses pièces d'origine allemande rarement présentées en France). Des notes marginales apportent en tant que de besoin telle ou telle précision complémentaire. On remarque que très (très) fréquemment Marie-Claire Mengès, qui habite à un jet de pierre de l'Hartmannswillerkopf, fait référence au bruit du canon, bien au-delà des seules dates des batailles emblématiques, ce qui permet également de mieux comprendre les sentiments quotidien des populations civiles restées à proximité de la ligne de contact. Quelques lignes par jour simplement, rarement plus, mais très souvent l'indication de la météo (si importante pour chacun), les maigres gains de la maison, les prix des produits du marché, le commentaire des communiqués français ou russes, la présence de soldats et officiers allemands qui résident ou passent dans le village et les conséquences que cela implique, l'écho des combats sur le front oriental, etc. Et toujours le canon qui tonne... La guerre, vécue et ressentie, dans un village d'Alsace.

Un texte brut (quelques pages sont reproduites à l'identique de l'original en fin de volume), profondément humain, émouvant, touchant, poignant parfois. Et toujours le souci d'une présentation de qualité, soignée, esthétique. En un mot : un album délicieux !

Editions Place des Victoires / La Nuée Bleue, 2013, 287 pages. 29,95 euros.

ISBN : 978-2-8099-1032-2.

Pour commander l'ouvrage directement : ici.

Une Alsacienne dans la guerre

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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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