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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 06:50

Coquelicots et bleuets

11 novembre

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Vous croiserez probablement aujourd'hui et demain des bénévoles qui vous proposeront d'effectuer un don au bénéfice du Bleuet de France. Réservez leur le meilleur accueil et n'hésitez pas à consulter leur site pour connaître le détail de leurs actions et de l'emploi des fonds : http://www.bleuetdefrance.fr/

Dans le monde anglo-saxon, le coquelicot ("poppy") tient un rôle similaire, toujours d'une très grande actualité, aussi bien au Royaume-Uni que dans les principaux pays anciennement britanniques qui furent belligérants.

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Sur l'importance de ce geste, lisez l'excellent article de La voie de l'épée du mardi 6 novembre : "Soyez solidaires, portez le bleuet !"

Enfin, prenez également le temps de consulter le très joli site Paysages en bataille, tenu par une journaliste de la presse écrite et qui traite de façon large, sous des angles très variés, de "l'environnement sur le front (belge) de la Grande Guerre". Elle a mis en ligne le 30 octobre un article sur ces deux fleurs symboles de la Première Guerre mondiale.

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 07:05

La vérité sur la tragédie des Romanov

Marc Ferro

Romanov607.jpg

Quel bandeau sur ce livre : "La tsarine et les grandes-duchesses ont survecu" ! Rien de moins.

Marc Ferro s'intéresse depuis longtemps à la chute du tsarisme et à la mise en place du pouvoir bolchevique (depuis au moins son ouvrage La révolution de 1917, Aubier, 1967). Dans ce nouveau volume, qu'il présente en introduction comme la suite de son "hypothèse formulée pour la première fois en 1990 dans une biographie de Nicolas II", l'historien reprend et développe une théorie originale selon laquelle seul le tsar aurait été exécuté à Ekaterinbourg, la tsarine et les grandes-duchesses ayant été secrètement sauvées "pour que Guillaume II ne reprenne pas la guerre" contre les Soviets.

Les cent premières pages du livre sont consacrées à une présentation détaillée de la chronologie des événements entre l'abdication de Nicolas II et l'annonce de sa mort en juillet 1918, à partir de nombreux témoignages, souvent contradictoires, et des enquêtes (des Rouges comme des Blancs) ultérieures, dont tous les éléments n'auraient pas été rendus publics. Si Marc Ferro pointe légitimement les différences, les contradictions, voire les invraisemblances entre ces différents textes, il minimise cependant, nous semble-t-il, les conditions très particulières de l'époque, le relatif isolement des responsables locaux, la peur de la plupart des gens et la violence politique dans le cadre du début de la guerre civile, les scissions entre les différents groupes armés rivaux, l'opportunisme de "déclarations politiques" ponctuelles, contredites aussitôt qu'énoncées. Bref, l'état général de désintégration et d'implosion de la Russie, une guerre fratricide, idéologique et particulièrement meurtrière, l'établissement d'une dictature qui lutte pour la survie du nouveau régime : ces éléments peuvent tout aussi bien conduire à admettre la thèse de l'auteur qu'à considérer qu'elle est le produit de l'imagination. Les divers témoignages auraient ainsi mérité d'être davantage, nous semble-t-il, confrontés aux nécessités politiques, individuelles et collectives, du moment, et critiqués.

La seconde partie du livre se présente comme une enquête et commence par la mise en parallèle du destin de la famille impériale en ce début d'été 1918 d'une part, et de l'évolution de la situation politique et militaire des Bolcheviques par rapport à leurs adversaires intérieurs et extérieurs d'autre part. Durant cette période, les très nombreux contacts qui se développent entre représentants officiels allemands et ministres ou responsables bolcheviques ne peuvent qu'évoquer régulièrement le sort des Romanov, qui restent à la fois un atout, un gage et une monnaie d'échange éventuelle tant qu'ils sont prisonniers des révolutionnaires. Il n'y a rien là de bien surprenant. Mais si le récit de Marc Ferro nous tient indiscutablement en haleine, il semble accepter plus facilement certains témoignages ou certaines "preuves" que d'autres : ainsi, cette photos de deux grandes-duchesses, présentée comme ayant ét prise à Antibes "vers 1958", mais sans aucune référence. Sur la base de "dépositions" parfois bien étonnantes, l'auteur en déduit néanmoins que le tsarévitch est probablement mort, mais qu'Anastasia et ses soeurs ont bien survécu. Dans le climat extrêmement trouble de l'été 1918, toutes les rumeurs circulent et il n'est pas surprenant que les cours européennes s'émeuvent et s'agitent. Et considérer que la libération du député Karl Liebknecht aux derniers jours de l'Allemagne impériale, le 22 octobre, constitue un indice d'un "premier échange d'otages dans l'histoire des relations Est-Ouest" donne pour le moins le sentiment de minimiser l'état politique intérieur de l'empire wilhelmien.

A l'ultime chapitre cependant (chap. 9, "Le mythe et ses enjeux"), Marc Ferro critique les sources auxquelles il a fait référence précédemment. Il déduit des doutes, des contradictions, des questions restées sans réponse, que la thèse est plausible, Rouges et Blancs y ayant sans doute intérêt. Eventuellement. Pourquoi pas ? Mais encore faudrait-il le prouver véritablement... N'avons-nous pas, en France, un Louis XVII, "l'enfant du Temple", présenté comme survivant de la famille royale ?

En résumé, un livre qui se lit comme une enquête policière, presque comme un roman d'espionnage, dont il est très intéressant de retenir les éléments d'environnement pour mieux comprendre la Russie des débuts de la guerre civile, mais dont il ne faut sans doute pas retenir toutes les conclusions. Après tout, n'est-il pas, même, simplement préférable de retenir cette incertaine hypothèse tout en conservant à l'histoire une part de mystère ?

Tallandier, Paris, 2012, 217 pages. 17,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0051-3

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 07:00

Les éditions Librio - J'ai lu mettent en vente trois petits volumes et un supplément sur le thème général des lettres entre les combattants et leurs familles. Il nous semble intéressant de les chroniquer ensemble, mais en distinguant entre les ouvrages car tous ne présentent pas les mêmes caractéristiques.

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Passeur de mémoire

Jean-Pierre Guéno

Ce document inédit, dont la 4e de couverture précise qu'il ne peut être vendu seul, se divise en trois parties principales.

Dans un premier temps, Jean-Pierre Guéno précise au fil d'un entretien de 27 pages comment il conçoit son action de "passeur de mémoire", l'importance de ce rôle dans le monde d'aujourd'hui, le rapport à l'intime ("C'est le 'bio', 'l'organique' de la pensée et de la mémoire humaine. C'est la force vitale par excellence") et à l'écriture à l'heure de la télé-réalité et du virtuel. Il souligne également (et nous en avons bien des exemples) que "les universitaires qui enseignent et recherchent dans le domaine des sciences humaines ont parfois tendance à 'jargonner' : ils créent une langue, une langue universitaire ... Mais en agissant ainsi, ils cessent d'être clairs et leur rôle de passeurs nécessiterait presque parfois un décodeur". Il rappelle enfin, ce à quoi nous ne pouvons qu'applaudir : "Il y a quatre matières indispensables à l'éducation et à l'instruction de tout être humain : savoir lire et écrire, savoir compter, savoir se situer dans le temps et dans l'espace. Quatre fondamentaux : le français, les mathématiques, la géographie et l'histoire". La seconde partie ("Evocations de...") permet à l'auteur de développer ses thèmes de prédilection en rendant hommage à l'un des instituteurs de sa jeunesse, à son grand-père, aux marins des commandos Kieffer. Il évoque aussi l'ère des "médiatiseurs", la place "de l'histoire, de la mémoire et de l'anesthésie". On y trouve quelques bonnes idées, mais aussi des idées bien commnes et, finalement, cette conclusion à propos de l'histoire : "Il faut lui rendre sa qualité première : celle qui consiste à ne pas figer, à ne pas anesthésier la mémoire, à ne pas l'anémier, à ne pas l'amnésier". La dernière partie enfin nous renvoie aux autres ouvrages de Jean-Pierre Guéno (en particulier ceux chroniqués ci-dessous) et, sous le titre "Florilège de textes non encore publiés" ajoute aux volumes Paroles de poilus et Paroles de l'ombre quelques textes inédits.

Librio, Ed. J'ai lu, Paris, 2012, 91 pages.

(supplément. Volume ne pouvant être vendu séparément).

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Paroles du Jour J

Lettres et carnets du Débarquement

Jean-Pierre Guéno

Réédition d'un premier volume paru en 2004, ce livre regroupe plus d'un millier de lettres et extraits de correspondances rédigées par des soldats allemands, américains, anglais, canadiens et français, ou par des civils français témoins des événements, essentiellement au coeur de l'été 1944. Chaque auteur est brièvement présenté en quelques lignes (âge, origine, lieu de débarquement, de parachutage ou de résidence, etc.). Les témoignages reproduits sont de longueurs variables, allant de cinq ou six lignes à près de deux pages ou plus, et ils émanent de tous les types d'acteurs ou témoins, servant dans toutes les armes, voire de jeunes et moins jeunes civils Normands. Il y a donc dans ce petit volume au coût modique une vraie masse d'informations, diverses, sur la façon dont ces hommes (et parfois ces enfants) ont vécu, compris, intériorisé, exprimé leur participation au débarquement et à la campagne de Normandie.

La situation des blessés est fréquemment évoquée et, au hasard des pages, on s'aperçoit que les habitants de la région jalousent les riches dotations des soldats américains, dont ils estiment ne pas assez bénéficier, ou que certains Alliés se sentent mal accueillis par les habitants auxquels ils apportent en fait la guerre dans leur village jusque là épargné. On y lit la résistance (souvent) ou l'affolement (parfois) des soldats allemands qui résistent à l'offensive libératrice, on ressent l'inquiétant passage en rase-motte des avions alliés, on s'inquiète des tirs et des bombardements fratricides.

Une riche sélection de témoignages, dont la réédition était pleinement justifiée. Un petit volume utile à tous ceux qui s'intéressent à cette période.

Librio, Ed. J'ai lu, Paris, 2012 (rééd.), 125 pages, 3 euros.

ISBN : 978-2-290-03863-5

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Mon papa en guerre

Lettres de poilus, mots d'enfants

Jean-Pierre Guéno

L'introduction du volume donne le ton d'un parti-pris de principe hostile aux chefs militaires, dont il ressort que les soldats de 1914 n'auraient été que les victimes d'une "incurie générale", cachée aux citoyens par une presse aux ordres (de qui ? Du GQG ou du ministre de l'Intérieur et de la présidence du Conseil ?).

L'essentiel du livre est donc constitué dans une première partie d'extraits de correspondances échangées entre "pères" et "enfants", ou entre adultes au sujet de leurs fils et filles, puis, en miroir, d'enfants écrivant à leurs pères mobilisés. Ces courriers sont bien sûr extrêmement touchants, et l'on perçoit toute la peine, toutes les interrogations, toutes les angoisses individuelles. Mais qu'apporte-t-il pour autant ? Pas grand chose, car le départ d'un père (qu'il soit simple soldat ou officier) a toujours été, et est encore, un drame pour son enfant. Ces pères et ces enfants sont-ils différents de ceux qui s'écrivaient pendant la Seconde guerre mondiale ? Pendant l'Indochine ou l'Algérie ? Aujourd'hui encore d'Afghanistan ? Les sentiments paternels et filiaux ont-ils quelque chose de particulier entre 1914 et 1918 ?

Faut-il s'étonner de lire que les pères donnent des conseils pour l'éducation, parlent de la scolarité, évoquent le mariage de leur fille, s'inquiètent de l'état de santé, s'émerveillent d'un dessin, d'une photo ou d'une carte postale, mais restent d'une totale discrétion vis-à-vis de leur enfant au sujet des réalités et horreurs du front et n'abordent que marginalement quelques détails rassurants de la "vie presque ordinaire" au repos ? De même, les cartes et lettres des enfants évoquent la dernière (ou la prochaine) permission, le sentiment d'absence du père pour les fêtes de famille, l'école et le certificat d'études, etc.  Une nouvelle fois, quoi ici de novateur ou de surprenant ?

Douze "Histoires e familles", résumés de situations particulières, et une "Nécrologie du champ d'honneur 1914-1918" pour la commune de Solignac-sur-Loire terminent ce volume. Aucune découverte, à peine des confirmations au mieux. Nous sommes totalement dans le registre de l'émotion individuelle et de la mémoire familiale et c'est bien en ce sens qu'il faut aborder le livre. Ce n'est pas inintéressant, c'est souvent touchant, mais "faire pleurer Margot" ne fait pas un livre d'histoire.

Librio, Ed. J'ai lu, Paris, 2012, 95 pages, 3 euros.

ISBN : 978-2-290-05669-1

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Paroles de poilus

Lettres et carnets du front 1914-1918

Jean-Pierre Guéno

Réédition, accompagnée de quelques nouvelles lettres, de ce livre paru en 1998 à la suite d'un appel à la collecte de témoignages familiaux lancé sur les ondes de France Culture l'année précédente. Promu au rang "d'ouvrage de référence" et abondamment repris, y compris dans les manuels scolaires, ce volume est en fait, indiscutablement, celui qui pose le plus de problèmes. Il est constitué par la mise bout-à-bout de centaines de lettres ou d'extraits de lettres, sans réelle présentation ou contextualisation et sans logique apparente de classement (ni géographique, ni chronologique, ni thématique, ni par catégorie sociale, etc.). Par ailleurs, dans ce florilège, certains rédacteurs sont très largement sur-représentés, en particulier dans les deux premiers tiers de l'ouvrage (Maurice Maréchal, Etienne Tanty, Rullier, etc.).

On trouve certes au fil des pages de nombreux textes intéressants, voire passionnants, et l'on regrette surtout que "l'émotion des obscurs" (en elle-même parfaitement légitime et justifiée) prennent totalement le pas sur tout début d'analyse ou de synthèse. On dispose donc d'un ensemble de textes bruts, sortis de leur contexte, qui ne visent semble-t-il qu'à faire réagir d'un point de vue affectif. Tout amateur intéressé par la Grande Guerre se doit donc de connaître ce volume, mais sans oublier qu'en l'état il n'est qu'une compilation (dont on ignore même les critères de sélection) sans utilité directe.

Librio, Ed. J'ai lu, Paris, 2012 (rééd.), 190 pages, 3 euros

ISBN : 978-2-290-03861-1

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 07:00

Le plan Schlieffen

Un mois de guerre, deux siècles de controverses

Pierre-Yves Hénin

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Voilà un livre qui risque de soulever des débats et qui sans aucun doute fera date. Près de 600 pages sur le plan Schlieffen ! Voilà sans doute l’étude la plus complète parue en France (même en tenant compte des publications de l’entre-deux-guerres) sur le sujet.

Pierre-Yves Hénin organise son ouvrage en trois grandes parties : « La genèse du plan Schlieffen », « La marche à la guerre et l’échec du plan Schlieffen » et « Regards d’après-guerres » (dont on apprécie le pluriel, puisqu’il aborde dans cette partie jusqu'aux analyses que l’on peut faire aujourd’hui).

La première partie nous entraine donc aux origines de ce plan et dans le détail des évolutions successives de la planification offensive allemande, essentiellement après 1871. Il nous offre un véritable tableau de la réflexion doctrinale allemande, brosse un portrait très complet de Schlieffen en tant qu’homme et qu’officier, jusqu’à ses derniers écrits de retraite. Pierre-Yves Hénin n’oublie pas les considérations maritimes et navales du dossier et donne le texte intégral du fameux « mémoire » légué par le chef d’état-major général avant de quitter le service actif (traduction effectuée sur la base du texte en anglais d’une « reconstitution » à partir d’un ensemble de notes et feuillets originaux réunis sous le titre de Guerre contre la France alliée de l’Angleterre).

Les lecteurs trouveront dans la seconde partie l’héritage du plan Schlieffen à travers, en particulier, bien sûr, Moltke le Jeune ; ses effets sur les armées de l’Entente (dont un chapitre sur la célèbre affaire du « Vengeur »), et en particulier l’analyse qui en est faite en France ; et enfin l’étude comparative des événements d’août-septembre 1914 en regard de la planification théorique initiale : "En Lorraine le plan s’enraye, sur la Marne il s’effondre".

Dans la troisième partie enfin, l’auteur expose et commente les analyses ultérieurement rédigées par les (plus ou moins) spécialistes : après la Première, puis après la Seconde guerre mondiale, aujourd’hui pour terminer. Il traite pour enfin « Des histoires alternatives pour le plan Schlieffen », envisageant un « Succès sur la Marne », « Un Cannes en Belgique » ou « Un Bérézina sur l’Ourcq ». Que se serait-il passé, par exemple, si l’empire allemand avait fait porter son effort initial contre la Russie plutôt que contre la France ?

Toutes les citations sont référencées et cet ouvrage très complet, on le voit, bénéficie d’un ensemble de cartes, d’index et d’une solide bibliographie. Comme toujours, de nombreux débats pourront naître de telle ou telle analyse de l’auteur et certains pourront développer des idées bien différentes. Mais, avec un tel volume de documentation, il devient difficile d’élaborer une « contre-théorie » d’ensemble.

Economica, Paris, 2012, 572 pages, 33 euros.

ISBN : 978-2-7178-6447-2.

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Pierre-Yves Hénin a bien voulu répondre à quelques questions :

Question : Combien de temps a été nécessaire pour réaliser cette imposante étude, pour collecter et analyser toute la documentation rassemblée ?

Réponse :  J’ai consacré à ce travail trois ans et demi, pratiquement à plein temps.

Question : Comment évaluez-vous les modifications apportées par Moltke le Jeune au « plan Schlieffen » et ces adaptations étaient-elles en leur temps justifiées ?

Réponse : Ces modifications comportent deux volets principaux :

- Le rééquilibrage du dispositif au profit de l’aile gauche.

S’il peut être considéré comme prudent au regard du renforcement de la capacité et surtout de l’esprit offensif de l’armée française, il tourne cependant le dos au jeu de la « porte tambour» par lequel l’armée française, s’enfonçant en Lorraine, favoriserait le succès du mouvement allemand par la Belgique. À compter de 1911, un renforcement supplémentaire révèle un projet offensif. Moltke, succombant au « virus de Cannes » envisage la possibilité de compléter l’offensive de son aile droite par une attaque sur la Moselle. L’idée d’un « Cannes local», prenant les armées françaises dans la tenaille de deux contrattaques déboulant respectivement de Metz et des Vosges est envisagée, mais sans conviction. L’ambiguïté des instructions initiales à la VIe armée est révélatrice du flottement de Moltke à ce sujet. Faute d’un projet offensif clairement conçu et vigoureusement exécuté, le renforcement de l’aile gauche est excessif, en particulier par l’affectation d’un corps de cavalerie qui manquera cruellement en Belgique. En tout état de cause, la dispersion des forces allemandes entre deux attaques majeures peut paraitre irréaliste. Elle sera pourtant défendue après-guerre (Tappen, Ludendorff) au motif que la dotation prévue des armées d’aile droite saturaient les possibilités logistiques. Wetzell y a vu une saine réaction à la pensée de Schlieffen réduisant à l’excès le sort de la campagne à une unique bataille décisive.

- Le respect de la neutralité hollandaise

Justifié par des considérations non seulement militaires, mais aussi économiques, cette modification a été sage, surtout au regard de ce que l’on sait aujourd’hui sur la vigilance de l’armée hollandaise en 1914. Elle conduit cependant à faire passer deux armées par l’étroit créneau de Liège. Au-delà des aléas liés aux résultats à attendre du coup de main ou de l’attaque brusquée sur la ville et ses fortifications, cela représentait un entassement des colonnes de marche, a priori très problématique, et dont le bon écoulement en août 1914 a fait honneur à l’entrainement rigoureux de l’armée allemande. Il est probable que cette solution aurait été refusée a priori par l’arbitre d’un kriegspiel ou d’un voyage d’état-major ! Au total, si Moltke fait preuve d’indécision en Lorraine, on ne peut lui reprocher, comme l’ont fait ses critiques allemands des années 1920, d’avoir manqué d’audace. Les modifications apportées au Plan Schlieffen impliquent en effet des prises de risque supplémentaires.

Question : Vous évoquez l’affaire du Vengeur. Peut-on expliquer les réactions (ou absence de réaction) des autorités françaises dans les années qui suivent ?

Réponse : Envisagée depuis 1878, la menace d'une attaque par la Belgique n'est pas retenue en 1884 comme justifiant une variante du Plan XIII. A l'époque prévaut la doctrine que Saussier exprimait en ces termes : "La violation de la neutralité belge par l'Allemagne serait une faute, tant il nous serait facile d'en profiter pour nous assurer la supériorité sur le théâtre décisif de nos opérations". Les notes des 2e et 3e Bureaux, suite à l'alerte du "Vengeur", se veulent avant tout rassurantes. Partant du point de vue qu'il ne convenait pas de remettre en cause fondamentalement le plan XV, on prépara cependant, pour "se couvrir", par précaution et sans conviction, une variante étendant la concentration à la région de Vouziers. Cette inertie donne toute sa portée à l'avis dissonant du général Jean-Charles Duchesne, avis qui, malheureusement, aurait encore été pertinent en 1914.

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Question : Finalement, l’échec du plan Schlieffen sur la Marne ne tient-il pas autant à des causes foncières et anciennes qu’à des circonstances ponctuelles ?

Réponse : Compte tenu des forces en présence, un succès allemand sur la Marne était pratiquement exclu. L’échec du Plan Schlieffen doit donc s’analyser comme l’échec de la campagne considérée globalement. Une victoire allemande assurant le succès du Plan Schlieffen reposait sur divers paris, dont celui d’une supériorité tactique et opérationnelle pleinement exploitée. La conduite opérationnelle, tant au niveau de l’OHL que des diverses armées, n’a pas été capable de tirer parti de la supériorité tactique qui s’est manifestée à Morhange et à Charleroi, comme dans les Ardennes. Ce défaut n’a fait que s’accentuer durant ce « temps des illusions » qui va de la bataille des frontières à la Marne. L’ambition du plan et le rapport des forces exigeaient que l’armée allemande réussisse un « sans-faute ». Toute circonstance défavorable et toute faute opérationnelle compromettaient directement les chances de succès de la campagne, ce qui explique l’importance des « circonstances ponctuelles ».

Il convient d’ailleurs de s’interroger sur la notion même de succès du Plan Schlieffen. Dans quelle mesure une armée française désorganisée et repoussée au-delà de la Seine, voire sur la Loire, aurait-elle donné à l’Allemagne l’assurance d’une paix avantageuse ? Compte tenu des forces en présence, un succès allemand sur la Marne était pratiquement exclu. L’échec du Plan Schlieffen doit donc s’analyser comme l’échec de la campagne considérée globalement. Une victoire allemande assurant le succès du Plan Schlieffen reposait sur divers paris, dont celui d’une supériorité tactique et opérationnelle pleinement exploitée. La conduite opérationnelle, tant au niveau de l’OHL que des diverses armées, n’a pas été capable de tirer parti de la supériorité tactique qui s’est manifestée à Morhange et à Charleroi, comme dans les Ardennes. Ce défaut n’a fait que s’accentuer durant ce « temps des illusions » qui va de la bataille des frontières à la Marne. L’ambition du plan et le rapport des forces exigeaient que l’armée allemande réussisse un « sans-faute ». Toute circonstance défavorable et toute faute opérationnelle compromettaient directement les chances de succès de la campagne, ce qui explique l’importance des « circonstances ponctuelles ».

Question : L’ultime comparaison avec l’offensive allemande de mai 1940 n’est-elle pas davantage une pure construction intellectuelle, presque un jeu de l’esprit, qu’une démarche d’analyse constructive ?

Réponse : Le rapprochement entre le Plan Schlieffen et le ‘Plan Manstein’ de 1940 est assez artificiel et repose sur une base ténue de référence à une culture stratégique léguée par Schlieffen. Si le Plan Jaune d’octobre 1939 ne visait que des objectifs limités, hérités de l’expérience de 1918, le plan définitif renouait avec l’objectif d’anéantissement, cher à l’ancien chef du Grand État-major comme à toute une tradition clausewitzienne. L’idée d’exploiter une percée pour conduire deux batailles d’enveloppement simultanées ou successives se trouve chez Schlieffen. Fragile intellectuellement, ce rapprochement a cependant fonctionné à deux niveaux :

-   - d’abord et surtout, dans la perception des alliés qui, obsédés par l’idée d’une répétition du Plan Schlieffen, engagent toutes leurs forces mobiles en Belgique

- aussi, à la tête de l’armée allemande, dans les revendications rivales de la victoire au profit de la culture de l’état-major ou du génie du Führer.

Merci Pierre-Yves Hénin pour ces réponses. En souhaitant plein succès à votre impressionnante étude.

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 07:00

14-18

Vivre et mourir dans les tranchées

Rémy Cazals et André Loez

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Cette réédition d'un ouvrage initialement paru en 2008, souvent cité mais devenu presque introuvable, est particulièrement bienvenue. Membres fondateurs du CRID 14-18, les deux auteurs ont une approche "militante" de nombreuses questions liées aux soldats et à leurs conditions de (sur)vie pendant la Grande Guerre, analyses que l'on peut partager ou non, en tout ou partie. Mais cela n'enlève rien à ce livre qui traite, en six chapitres, des problématiques les plus diverses : "Découvrir la guerre des tranchées", "Combattre et affronter la mort", "S'adapter à de nouvelles formes de vie", "Regards, représentations et liens sociaux", "Résister, esquiver, se révolter", "Après l'épreuve : survivre, revivre, témoigner". 

Le regard des deux auteurs est volontairement placé au niveau du soldat, du combattant, du poilu. Sur la base de très nombreux témoignages, on y lit les rapports entre les hommes, avant comme après l'attaque, aux tranchées comme dans l'arrière-front ou à l'arrière (à ce sujet, l'excellent Survivre au front, 1914-1918. Les poilus entre contrainte et consentement de François Cochet figure en bibliographie indicative, mais ne semble pas -sauf erreur- directement cité dans le corps du texte). Toute la réalité et la diversité de la vie quotidienne, la notion de courage "sous le regard des autres", les relations avec les chefs et le mépris pour les "embusqués", les délicates questions liées aux permissions, à l'auto-mutilation, aux stratégies d'évitement : on vous le dit, toute la vie des poilus en moins de 300 pages.

On apprécie également le long "Index des témoins cités" (avec références des carnets et souvenirs divers) et une bibliographie indicative qui, pour être modeste, n'en est pas moins riche.

Il faut ensuite, bien sûr, replacer ces témoignages et ces analyses dans le contexte plus large des opérations dans leur ensemble et de la conduite de la guerre en tant que telle (il est pour nous illogique d'opposer analyse "par le haut" et analyse "par le bas", les deux approches sont complémentaires), mais ce livre constitue indiscutablement une contribution indispensable à la compréhension (d'une partie) de l'histoire de la Grande Guerre.

Coll. 'Texto', Tallandier, Paris, 2012 (rééd.), 297 pages. 9,50 euros.

ISBN : 978-2-84734-988-7.

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 07:05

L'écho du front

Journaux de tranchées (1915-1919)

Marcelle Cinq-Mars

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Les journaux de tranchées français sont relativement bien connus (plusieurs études leur ont été consacrées), mais nous ne saurions oublier que, dans l'immense maëlstrom des contingents et des nationalités de la Grande Guerre, ce phénomène a également touché d'autres armées. La lecture de ce livre est donc d'autant plus intéressante qu'elle nous permet d'approcher cette réalité dans une armée alliée dont la montée en puissance est progressive.

Le phénomène des journaux du front y nait donc un peu plus tardivement : les deux plus anciens, le Listening Post du 7e bataillon et le Dead Horse Corner du 4e, commencent à paraître à l'automne 1915. Ils seront, naturellement, moins nombreux que leurs homologues français, et pour certains d'entre eux publiés loin de l'arrière : dans les camps d'entrainement des îles Britanniques. On constate également que les "animateurs" sont souvent des officiers ayant fréquemment une expérience civile dans ce domaine, et qu'ils sont presque exclusivement rédigés en anglais : la place du français n'y est que marginale.

Le livre est ensuite structuré autour de quelques grandes thématiques ("L'entrainement", "Au front", "Les Alliés", "Les ennemis", "Les armes", "La bouffe", "Les camps et les billets", "Le repos", "Les permissions", "Les femmes", "Les officiers", "Les services médicaux", "Les autres unités", "Le Home front"). On constate également que la parution de quelques uns d'entre eux se poursuivra après l'armistice de novembre 1918 et jusqu'à l'occupation en Allemagne (Listening Post). Pour ne relever qu'une citation, dans cet ensemble qui fait à la fois sourire et réfléchir, sachons conserver le sens de l'humour et n'oublions cette appréciation portée sur les campagnes françaises : "Les habitants du village sont des vaches, des chevaux, des chats, des chiens et des chèvres. Il y a aussi des êtres humains. Ces derniers sont appelés des Français par les autorités de notre compagnie. Ces Français sont très bons avec nous et nous donnent des oeufs, du beurre, du bois de chauffage et la langue française au double du prix du marché. Nous apprécions beaucoup leur bonté et en retour nous nettoyons leurs rues. Les femmes françaises, assistées de leurs cheveaux, chiens, chats, poules et chèvres, vivent sur des fermes. Ces fermes sont différentes des fermes canadiennes, et consistent principalement en un tas de fumier entouré d'étables". Flatteur, non ?

Le livre est bien sûr ponctué à chaque page de nombreuses reproductions, en particulier de dessins et caricatures, et il se termine sur une utile bibliographie d'ouvrages francophones et anglophones. Excellent !

Athéna éditions, Outremont (Québec), 2008, 223 pages. 40,05 euros.

ISBN : 978-2-922865-62-2

Disponible à Paris auprès de la Librairie du Québec.

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 07:00

La cuisine rationnée

Nourrir un peuple et une armée, 1914-1918

Marcelle Cinq-Mars

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Le livre s'ouvre sur une citation extraité de L'Illustration, en mars 1917 : "La victoire, dira un économiste, appartiendra à celui des deux belligérants qui aura, dans ses dernières réserves, un mois de vivres de plus que l'autre".  Cette étude est donc consacrée à une question essentielle : comment nourrir l'armée canadienne en campagne au-delà de l'océan (sachant que la nourriture "est l'une des bases fondamentales du légendaire moral des troupes") ET la population en métropole, alors même que la production chute et que les échanges diminuent ?

Pour la mener à bien, Marcelle Saint-Mars nous propose de suivre, à travers l'exemple du Canada, un plan original : celui d'un repas, ou d'un menu, des "Entrées, soupes et salades" aux "Desserts" et aux "Epices et condiments". Tous les domaines de la production agricole sont passés au crible, qu'il s'agisse des difficultés de production, des campagnes d'économie, du nécessaire rationnement, de l'émergence des produits de substitution. La question des transports transatlantiques entre le Canada est l'Europe est abordée, tout comme celle de l'alimentation du territoire britannique insulaire lui-même grâce aux efforts de l'Empire. Plus original encore, le livre est ponctué de recettes et vous n'ignorerez plus rien, après sa lecture, de la réalisation d'une salade au fromage ("La salade est une excellente façon d'utiliser les restes") pour ... 100 hommes, ou de la préparation de galettes de poisson pour le même effectif, sur la base de "10 boîtes de bully-beef, 10 boîtes de hareng", quelques croutons de pain et des pommes de terre, le tout à "faire frire dans du gras chaud". Enfin, le livre est très richement illustré avec des affiches, des tracts, des coupures de presse, des photos qui mettent en relief l'importance des efforts des agences gouvernementales pour parvenir à assurer ce besoin élémentaire de l'homme : manger.

Sous un aspect plaisant, presque anecdotique, une vraie étude de fond qui apporte de très nombreux renseignements.

Athéna éditions, Outremont (Québec), 2011, 178 pages, 33 euros.

ISBN : 978-2922865-74-5

Disponible à Paris auprès de la Librairie du Québec.

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 06:40

La bataille du Chemin des Dames

Soirée - débat

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Organisée à la mairie du 11 arrondissement de Paris (12 place Léon Blum, métro Voltaire), salle des mariages, le jeudi 25 octobre à partir de 19h00.

Parmi les thèmes abordés :

Comment décrire les batailles de la Grande Guerre ? Quelles expériences pour les combattants ? Quels enjeux de mémoire ? Quelles places dans l'histoire ? Comment comprendre les refus de guerre ?

Pour débattre : Nicolas Offenstadt, Hervé Drévillon, Arlette Farge et André Loez.

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 07:01

Le crépuscule des rois

Le dernier âge d'or de la monarchie, 1901-1914

Philippe Erlanger

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Voilà un beau sujet, hélas curieusement traité. Dommage, car Philippe Erlanger a acquis une belle notoriété avec des ouvrages sur des souverains et « grands » des XVIe au XVIIIe siècles, mais ce volume (publié pour la première fois en 1985) n’offre qu’un intérêt anecdotique.

Alors que la quatrième de couverture pose la question de la responsabilité du déclenchement de la Première Guerre mondiale et du rôle que les principaux souverains européens tiennent sur cette scène, l’essentiel du volume se résume à une série de portraits de ces monarques (Edouard VII pour le Royaume-Uni, Guillaume II pour l’Allemagne, Nicolas II pour la Russie, François-Joseph Ier pour l’Autriche-Hongrie, Alphonse XIII pour l’Espagne, Victor-Emmanuel III pour l’Italie et Léopold II pour la Belgique) pour se terminer sur une conclusion (« Les monarques européens devant le gouffre ») qui tente (enfin) de répondre à la question initiale en une quarantaine de pages.

Encore ces brèves biographies pourraient-elles, chacune pour ce qui la concerne, amener des informations intéressantes, des analyses pertinentes, permettre de comprendre un contexte. Mais le livre ne propose aucune introduction présentant les données du débat, s’ouvre directement sur le chapitre consacré à « Edouard VII, pacificateur ou boutefeu ? » et chaque partie est, pourrait-on dire, traitée "par le petit bout de la lorgnette". L'ouvrage ne comporte par ailleurs ni bibliographie (même sommaire), ni index.

Surtout, ces différents portraits sont marqués du sceau d’une multitude d’a priori et manquent souvent de la finesse et de la subtilité qui peuvent faire l'intérêt d'une biographie. Quelques exemples. Pour la Grande-Bretagne tout d’abord. Edouard VII est au mieux un « épicurien » qui pique une colère dès qu’une décoration est mal placée sur une tenue ; les cérémonies du sacre sont émaillées « d’incidents » (« La marquise de Londonderry s’attarda dans les toilettes au point de provoquer devant la porte la bruyante colère des autres dames ») ; et l’on apprend entre deux paragraphes sur les maîtresses du souverain que le voyage officiel en Allemagne en 1909 commence mal puisque « dans le train royal un cahot fit choir un plat de cailles sur la tête d’Alexandra [la reine] décidément bien malchanceuse ». Essentiel, n’est-ce pas ? L’Allemagne impériale et son Kaiser ne sont pas épargnés. Guillaume II est un « névrotique », d’une « lâcheté insigne », et l’auteur s’attarde longuement sur le scandale de l’homosexualité supposée du prince d’Eulenbourg (« Nombreux étaient les membres de l’entourage impérial qui la pratiquaient »). On comprend à partir de là comment peuvent être évoquées les règnes de Nicolas II (dans « la pompe barbare d’une Cour encore byzantine »), de François-Joseph (« l’archétype du parfait bureaucrate », à « l’esprit borné »), de Léopold II (« mari détestable et père dénaturé »). Seuls Victor-Emmanuel III en partie (« Sous des dehors tranquilles et taciturnes, il était aussi irrédentiste que d’Annunzio lui-même ») et Alphonse XIII (« une grande droiture, une affabilité, une courtoisie exemplaires, enfin un charme auquel on résistait difficilement ») échappent au jeu de massacre, sans doute parce ce que (pour ce dernier au moins) son pays ne compte plus au rang des puissances et qu'il ne jouera aucun rôle dans les événements de l'été 1914. De longs développements sont consacrés aux maîtresses et aux plaisirs royaux, aux chasses et aux régates, aux cérémonies protocolaires, bref, chacun l’a compris, à ce qui fait l’essentiel aujourd’hui des journaux people.

Au prétexte de « faire grand public » (aucune référence n’accompagne bien sûr la moindre citation ou le moindre dialogue reconstitué), voilà une succession de thèmes plus ou moins « affriolants » qui seraient de nature à mieux faire comprendre ce Crépuscule des rois. On peut rester dubitatif...

Soyons toutefois honnêtes. Si le livre ne présente guère qu’une succession d’anecdotes, sa conclusion est plus riche. Philippe Erlanger y dresse un tableau minutieux des échanges qui se succèdent entre Berlin, Vienne, Saint-Pétersbourg et Londres pendant le mois de juillet 1914 et en particulier des correspondances et télégrammes échangés entre les souverains. Finalement, il semble en conclure qu’au milieu de responsabilités très diluées, Nicolas II et le roi d’Angleterre (désormais George V) ont sans doute été les moins fermes dans la défense de la paix. Les grands ambassadeurs (dont le Français Paléologue à Saint-Pétersbourg) ne sont pas également exempts de tout reproche, et il souligne une tendance à "interpréter" les directives gouvernementales. En résumé, 250 pages pour sourire (voire rire franchement) un dimanche pluvieux, pour finir par 40 pages à inclure dans sa documentation.

R. PORTE

Perrin, Paris, 2012, 296 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-262-03892-2

 

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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 07:05

Lignes de tir

Un artilleur sans complaisance

Capitaine Jean Leddet

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Nouvelle édition de carnets d'un soldat de 14, me diriez-vous ? Et oui. Mais, une fois encore, avec une vraie plus-value, d'autant plus réelle qu'on aborde l'ouvrage avec un esprit critique. Présenté par Max Schiavon, ce volume est constitué par les notes prises au cours de la guerre, que l’auteur à lui-même ré-écrites et organisées à l’attention de sa famille en 1925. Le volume est complété par un "cahier photos" reproduisant 32 clichés originaux.

L’ouvrage s’ouvre sur quelques considérations sur le 7e régiment d’artillerie (« Un régiment ordinaire de l’intérieur, c’est-à-dire que la discipline y était paternelle et les manœuvres rares ») avant et pendant la mobilisation d’août 1914. Jean Leddet connait le baptême du feu le 21 août sur la Sambre et constate que la manœuvre combinée des armes est inconnue de la plupart des officiers (« De liaison avec l’infanterie, aucune … Nous étions isolés de tout »). Dès lors, il ne quitte plus le front et la zone des armées, de la guerre de mouvement à celle de position, d’Artois en Champagne et à Verdun. On y apprend (ou on confirme) beaucoup de choses sur les système tranchées et son organisation, sur les éclatements de tubes (souvent causés par le mauvais entretien et les mauvaises manipulatons), sur les combats du bois d’Avocourt et ceux du Mort-Homme. Les dernières pages sont consacrées aux années 1917 et 1918 rapidement traitées. On y note en particulier le récit de la progression, en mars 1917, sur le terrain abandonné par les Allemands lors de leur repli sur la ligne Hindenburg et l’on y trouve une description précise des destructions subies par les régions occupées. Jean Leddet assume presque exclusivement des responsabilités d’instruction à l’arrière en 1918 et c’est donc un tableau de la vie loin du front à cette époque qui nous est proposé.

Au total, un ouvrage intéressant à plusieurs titres. Au-delà, le capitaine Leddet, à de nombreuses reprises, ne mâche pas ses mots, et s’il critique sans hésitation ses pairs et ses chefs, ses camarades et les habitants des régions traversées, il fait aussi montre d’une certaine suffisance et semble toujours content de lui : voilà qui relativise son témoignage, et plus largement l’ensemble des témoignages de combattants. Ils racontent « leur » guerre, à leur niveau de responsabilités, dans leur secteur, en fonction de leurs connaissances générales et techniques. Bref, des Carnets de guerre à la fois passionnants et à relativiser. Des souvenirs qu’il faut toujours replacer dans leur contexte spatial et temporel, mais qui n’en offrent pas moins un éclairage toujours unique sur de nombreux aspects de la vie d’un régiment d’artillerie en campagne.

A lire attentivement, à croiser avec d’autres témoignages et à conserver.

Editions ANOVI, 2012, 286 pages, 19 euros.

ISBN : 979-10-90447-18-9

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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