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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 06:10

Le feu aux poudres

Qui a déclenché la guerre en 1914 ?

Gerd Krumeich

En signant cet ouvrage consacré aux responsabilités dans le déclenchement de la Grande Guerre, l'historien allemand bien connu (il a longtemps été l'un des rares à travailler sur la Première Guerre mondiale) s'oppose frontalement à Christopher Clark (dont le succès des Somnambules en Allemagne est significatif) et semble retrouver en quelque sorte les échos de thèmes sur la responsabilité de l'impérialisme, du militarisme et du nationalisme qui furent à l'honneur dans le dernier tiers du XXe siècle, tout en les adoucissant et en les amendant.

Avec le brio que permet une intime fréquentation des sources et une longue carrière de travail, Gerd Krumeich brosse le tableau politique et diplomatique de l'Europe à la veille des entrées en guerre et revient sur la fébrilité des principaux acteurs qui pousse parfois à quelques heures d'intervalle à la paix et à la guerre. Il insiste d'ailleurs très justement en introduction sur l'indispensable respect d'une stricte chronologie. Il s'intéresse tout particulièrement à la politique internationale de l'Allemagne et à ses ressorts (dont la quasi-psychose de l'encerclement, qui semble augmenter au premier semestre 1914). Son récit de la crise de juillet insiste sur le rôle de l'empire wilhelmien dans le déroulement des événements et se poursuit par une originale critique de la théorie de la "localisation", "calcul aussi sphistiqué qu'irresponsable" puisqu'il poussera paradoxalement (selon l'auteur) la Russie à intervenir. Croisant les sources et multipliant les références, il fait appel à l'ambassadeur allemand à Londres, Lichnowsky, mais aussi à l'ambassadeur italien Carlotti en poste à Saint-Pétersbourg, aux dirigeants serbes et hongrois, etc. L'auteur détaille ensuite la chronologie détaillée des journées qui suivent la réponse serbe à l'ultimatum autrichien et tente de déterminer quelle est la part personnelle que peut avoir joué Guillaume II dans la succession des événements. Il s'intéresse alors au processus des mobilisations parmi les différents futurs belligérants (en particulier la question de la mobilisation partielle puis complète russe et celle des réactions allemandes à ces nouvelles), en soulignant très justement que "rien n'était donc moins sûr qu'une interaction directe entre la mobilisation et la guerre", tout en n'attribuant pas à notre sens une place suffisante aux procédures et contraintes techniques de mobilisation : "Toutes les puissances qui allaient être impliquées dans ce conflit avaient tenu le même raisonnement. Céder ou négocier s'avéra donc inenvisageable. Le seul dénouement possible fut de livrer un combat impitoyable", que nul n'envisageait comme tel. Finalement, l'Allemagne serait non pas seule responsable, mais un responsable essentiel. Ce qui est fort probable. Mais peut-on être responsable par manque de discernement et de précision dans le discours ? Est-on coupable par peur ou par manque de finesse ?

Un livre solide, fortement référencé, qui fait honneur à son auteur. Du fait de l'ancienneté et de l'importance de l'historiographie sur cette question depuis un siècle, on peut estimer que les débats seront sans doute encore nombreux. Leur permanence montre aussi que la Grande Guerre est d'abord une question infiniment complexe et qu'elle suscite toujours un extraordinaire intérêt.  

Belin, Paris, 2014, 301 pages, 23 euros.
ISBN : 978-2-7011-9090-7.

Qui sont les responsables ?

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 06:00

La bataille du Grand Couronné

ou bataille de Lorraine, août-septembre 1914

Philippe Bruant

Si le nom est au moins connu des amateurs d'histoire, bien peu de gens sont sans doute capables de donner le détail des événements et de tirer les enseignements de la bataille du Grand Couronné, entre la fin du mois d'août et le début du mois de septembre 1914.

Organisé en une succession de chapitres assez brefs, que l'on peut globalement regrouper en deux parties principales (la première décrivant les événements, la seconde en expliquant tel ou tel aspect), le livre est extrêmement fouillé et apporte de très nombreuses informations précises (jusqu'aux conditions météo locales des journées importantes). Une importance particulière est accordée à la topographie, à l'importance de Nancy et de sa région, à l'artillerie, aux chemins de fer, à la conduite des troupes allemandes et aux comportements des armées (pillages, atrocités envers les populations), etc. L'auteur en tire finalement une conclusion d'ensemble : "Bref, dès la bataille du Grand Couronné, les soldats français et leurs officiers réalisent que l'armée allemande est une armée de techniciens avec un professionnalisme qui la différencie de l'armée française qui est une armée de citoyens dont les principes fédérateurs sont ceux de la République". Oui et non, l'armée allemande est aussi une armée de conscription et la différence se fait sans doute dans la qualité de l'instruction militaire dispensée en amont de la guerre. Et il n'est plus ici question d'armée "professionnelle" ou "de citoyens", mais de volonté politique et de commandement.

Il faut souligner l'importance visiblement attachée par l'auteur à la pédagogie, pour que chacun puisse comprendre la succession des événements et l'on apprécie le nombre et la diversité des exemples, chiffres, détails, croquis et graphiques qui scandent tout le livre. Une publication qui mérite d'être largement connue.

Gérard Louis éditeur, Haroué, 2014, 141 pages, 22 euros.
ISBN : 978-2-35763-074-1.

Sauver Nancy

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 06:25

Images interdites de la Grande Guerre

Hélène Guillot (Dir.)

A la fois catalogue d'exposition et livre "autonome" en tant que tel, ce beau volume nous présente non seulement une sélection de belles photographies mais aussi l'histoire de la Section photographique de l'armée pendant la Grande Guerre.

Non seulement Hélène Guillot explique ce que fut (création, production rôle, importance, héritage) la Section photographique de l'armée, mais encore les différents (et nombreux !) contributeurs prennent chacun en charge la présentation et l'analyse d'une photo particulière, présentée en vis-à-vis de leur texte, pour les deux premières parties ("Stratégie et intérêts militaires", et "Diplomatie et politique intérieure"), tandis que la troisième partie ("Les conditions de production") nous permet de faire plus ample connaissance avec quelques uns de ces photographes et opérateurs officiels. Les images présentées ont été choisies avec un soin particulier et présentent toutes un réel intérêt, chaque intervenant expliquant pourquoi il fut décidé à l'époque de ne pas les utiliser.

Un livre à la fois esthétique et d'une réelle puissance d'évocation, dont les textes de qualité, sobres et précis, renforcent tout l'intérêt. Excellent.

Presses universitaires de Rennes, 2014, 186 pages, 25 euros.

 

Photographes de guerre

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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 06:25

14-18

La guerre en images

Carl de Keyzer et David van Reybrouck

Un catalogue d'exposition, à la fois magnifique album et quasi-oeuvre d'art.

L'essentiel de l'ouvrage est consacré à la reproduction sur double page grand format de splendides photos, en noir et blanc ou en couleurs, prises durant la Grande Guerre par des photographes officiels français, belges et allemands. Le format, la grande qualité des reproductions, les poses soignées, les cadrages parfaits, tout participe à faire de chaque photo une pièce d'exposition digne des plus belles collections. Même si le thème est dur (très dur, pp. 108-109 ou 186-187 par exemple) ou inquiétant (immense place vide, pp. 200-201), paradoxal (eintre au milieu des ruines, pp. 166-167) ou amusant (l'aviateur 'Pépéte', p. 85), l'émotion est au rendez-vous. Des angles de vue choisis (la cavalerie à l'entraînement dans l'Aisne, pp. 36-37) ou un réalisme saisissant (fabrication de détonateurs de grenades, pp. 58-59) donnent à toutes les images une force souvent exceptionnelle.

Pour les "pros", la biographie sommaire des différents photographes est précisée, ainsi que la définition et les références des photos. Vous aimez les (très) beaux livres ? Il y a des livres qui parfois suscitent une adhésion immédiate. Celui-ci en a indiscutablement été un. Voici, dans la production actuelle, une pièce maîtresse de votre bibliothèque.

Editions Mardaga, Bruxelles, 2014, 239 pages, 45 euros.

ISBN : 978-2-8047-0235-9.

Accès direct à la page de l'éditeur : ici.

Magnifique !

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 06:10

Héros oubliés

Les animaux dans la Grande Guerre

Jean-Michel Derex

L'auteur souhaite dans ce livre remettre à l'honneur la contribution et les souffrances des animaux pendant la Grande Guerre. Il n'est pas le premier sur ce thème depuis quelques mois, mais il se distingue par l'importance et la qualité de son iconographie.

Jean-Michel Derex fait le choix d'un récit chronologique centré sur le front Ouest et les troupes françaises. Pas de chameaux donc, mais majoritairement des chevaux et des chiens, sans oublier les ânes et mulets, les rats, les chats, mais aussi les moutons, boeufs et autres porcs. Une première partie présente la situation des animaux au sein de la société comme dans l'armée avant 1914, puis traite de leur réquisition à la suite de la mobilisation. On suit ensuite les armées en campagne, et les animaux qui les accompagnent, au rythme des opérations: les chevaux sous toutes les coutures et dans tous les emplois, les chiens en renfort dans tous les services ou presque, les uns et les autres éventuellement avec masques à gaz adaptés, les poux et les rats ennemis des poilus, les masquottes officielles ou informelles, les animaux destinés à la boucherie et les troupeaux pour les armées, quelques pigeons aussi. Le dernier chapitre, sous le titre "Les chemins de la mémoire", nous parle du souvenir que ces animaux ont pu laisser, variable selon les époques. Il constate aussi que les Français semblent répugner à décorer leurs animaux, à la différence des Anglais en particulier. Le livre se termine par l'indication des sources et une belle bibliographie, de nombreuses notes et un index.
Un livre aussi agréable à regarder qu'à lire et qui présente le double avantage de la richesse des illustrations et du sérieux des références. 

Editions Pierre de Taillac, 2014, 175 pages. 26,90 euros.
ISBN : 978-2-36445-043-1.

Nos amis les bêtes

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 06:25

1914

Le face à face

Gilles Vauclair

Dans la collection des petits volumes très largement illustrés de la collection 'Mémoire en images', voici une synthèse intéressante des premiers mois de guerre.

S'appuyant davantage sur l'iconographie que sur le texte, Gilles Vauclair présente en une dizaine de brefs chapitres l'évolution des événements (essentiellement militaires), de la situation de l'armée du temps de paix à l'installation dans la guerre de position. Le texte courant, sous forme d'introduction au chapitre, donne en quelques phrases les principales phases, et l'on compte ensuite de une à quatre photos par page (pour l'essentiel appartenant à la collection privée de l'auteur), chacune étant accompagnée d'une brève légende. Les ilustrations alternent images de l'armée française et images de l'armée allemande, presque toujours parallèles sur un même thème ce qui est intéressant, et au fil des pages surgissent des vues qui correspondent aussi bien à des représentations de la situation tactique, à l'emploi des unités, qu'à leur soutien et à la vie des hommes. On a ainsi en un petit volume un panorama visuel assez complet des premiers mois de guerre.

Une synthèse par l'image réussie sous un format limité.

Editions Sutton, Saint-Avertin, 2014, 128 pages, 21 euros.
ISBN : 978-2-8138-0845-5.

Histoire illustrée

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 06:20

World War I in Africa

The Forgotten Conflict among the European Powers

Anne Samson

Plutôt que sur "l'Afrique" au sens large, l'ouvrage est consacré aux campagnes des troupes sud-africaines dans le Sud-ouest africain et l'Est africain allemand. Rarement traitées dans la littérature française, elles méritent pourtant amplement que l'on y prête attention.

Plus qu'au détail des opérations militaires, le livre s'intéresse au processus de prise de décision et aux relations entre les individus (et les chefs), dans un environnement international (Belgique, Portugal, ...) et en particulier du côté britannique puisque à partir de 1916 le général Smuts, vice-Premier ministre de l'Union Sud-africaine, commande en chef en Afrique orientale. Après avoir présenté la situation dans la région à la veille de la Grande Guerre, Anne Samson s'intéresse à la chronologie et aux modalités d'entrée en guerre de l'Afrique du Sud à l'automne 1914 (dont l'opposition des 'Vieux Boers' et la dernière révolte des Afrikaners, et l'on apprend par exemple que les autorités coloniales allemandes sont très réservées sur le soutien à apporter à lieutenant-colonel Maritz). Elle traite ensuite de la guerre maritime, fluviale, lacustre et aérienne dans la région des Grands Lacs et de la chasse au Königsberg par les Britanniques, puis des opérations contre von Lettow-Vorbeck en 1915-1917. Le chapitre 7, consacré à la personnalité des principaux dirigeants et aux questions de personnel et d'équipement des contingents britanniques est particulièrement intéressant (Renseignement, soutien logistique, recrutement, etc.). Après avoir raconté les derniers mois de guerre en 1918, l'auteure s'attarde sur la question de la coopération internationale, avec la Belgique, le Portugal, l'Inde et consacre même quelques lignes à la France pourtant peu présente ; puis à ces mêmes campagnes vues de Londres et aux rapports parfois contradictoires entre les dirigeants politiques.

Trés sérieusement référencé, complété par plusieurs pages de bibliographie, le livre met à la disposition des chercheurs français de nombreuses sources anglo-saxonnes, souvent fort peu connues. Bien que présentant une analyse strictement britannique des événements, il apporte une vraie et très sérieuse plus-value à notre connaissance de la Grande Guerre en Afrique australe et orientale.

I. B. Tauris, Londres, 2013, 306 pages.
ISBN : 978-1-78076-119-0.

Campagnes oubliées

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 06:00

Médecin-brancardier en 14-18

Dr. Frédéric Massonnet

Plus témoignage sur sa campagne que carnet de route tenu au jour le jour, ces souvenirs de guerre du docteur Massonnet confirment avec justesse et parfois sévérité ce que d'autres médecins ont pu constater.

C'est un regard sans concession que jette Frédéric Massonnet sur ceux qui l'entourent (chefs militaires, autorités civiles, camarades, poilus) et de nombreuses formules mériteraient d'être citées. Il faut ici souligner que le texte a été rédigé et mis en forme après la guerre (1922) et, par curiosité, comme l'on peut difficilement admettre qu'il ne fasse appel qu'à sa mémoire ainsi que semble l'indiquer l'introduction, on aurait aimé avoir quelques extraits "bruts" des notes prises au jour le jour si ce texte a existé et a été conservé. Le livre est donc organisé en grandes périodes et le récit porte sur quelques épisodes particuliers, propres à chaque lieu ou à chaque affectation. Il découvre effectivement la guerre au printemps, après son affectation au Groupe de brancardiers divisionnaire de la 153e DI. Les premiers chapitres sont consacrés aux premiers mois dans un hôpital de l'intérieur, puis à la formation du GBD au camp de La Courtine, avec les anecdotes (assez classiques) sur les insiffisances et les excès à la fois du formalisme et de l'administration militaires. Il passe ensuite au fur et à mesure que la guerre dure par tous les secteurs du front, de la Belgique en Lorraine, dont certains parmi les plus actifs comme la Champagne lors de la deuxième offensive de 1915 ou Verdun au moment de l'offensive allemande. Il arrive dans ce secteur avec des hommes épuisés, après une étape sans fin au milieu d'une tempête de neige ("Le lieutenant du Train pleurait. Tout le monde irrité se fâchait. Et cependant, qu'était cela auprès de ce qui nous attendait les jours suivants ?") et raconte ensuite par le menu son travail et celui de ses hommes, le plus souvent de nuit. Il est ensuite sur la Somme dans le secteur de Combles (la description qu'il fait de certains de ses chefs est assez effrayante, de même que celle d'un responsable du service Trésor et Poste coupable de vols). C'est ensuite, l'année suivante, le Chemin des Dames : "Le Service de santé a fait tout son devoir et j'ajoute même qu'il l'aurait mieux fait encore si le commandement lui avait laissé les mains libres et laissé organiser suivant ses prévisions". Puis au moment des mutineries : "Notre lassitude, à nous combattants, était grande et presque comparable à celle des Boches un an plus tard". Il termine la guerre en Champagne et note comme dernière phrase, à la suite de sa démobilisation : "Je ne savais plus faire une ordonnance, et je n'oublierai jamais l'émotion qui s'empara de moi devant le premier malade qui vint à mon cabinet, à la pensée que je devais l'ausculter".

Un témoignage de plus. Un nouveau témoignage riche, intéressant et utile.

Le Croît Vif, Saintes, 2014, 207 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-36199-456-3.

Groupe de brancardiers divisionnaire

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 06:00

Les poilus

Survivre à l'enfer des tranchées de 14-18

Gérard A. Jaeger

Un livre assez atypique (encore un !), en ce sens qu'il raconte quelques grands moments et les phases (individuellement) importantes de la Grande Guerre par une succession de coups de projecteur venus du bas de la pyramide sociale et militaire.

Organisé en autant de parties que d'années de guerre, l'ouvrage alterne en effet récit général et citations diverses extraites de courriers personnels ou de carnets privés. L'ensemble est fort intéressant, même si certaines considérations peuvent être considérées comme approximatives ("De toutes les batailles de la Grande Guerre, Verdun est la plus emblématique en raison de ses conséquences stratégiques sur l'avenir du conflit" ?) ou chronologiquement approximatives. Au fil des pages, reviennent des interrogations (sans réelle réponse définitive) sur le "pourquoi" de la résistance opiniâtre des poilus, et la diversité des réactions et des ressorts évoqués montre bien que le sujet est particulièrement complexe. Les chapitres sont alternativement consacrés à la situation au front et à la vie à l'arrière, laquelle prend une importance croissante au fur et à mesure que la guerre se prolonge, et la partie sur 1916 est principalement centrée sur Verdun ("On a fait table rase de l'humanité"), celle consacrée à 1917, "A l'arrière, rien de nouveau", traite essentiellement des permissions et des familles à l'Intérieur, tandis que celle sur 1918 s'intéresse surtout aux blessés et victimes de guerre et aux séquelles familiales, personnelles ou intimes du conflit. Certains pans entiers de l'histoire de la Grande Guerre sont donc absents de ce panorama et l'on se trouve devant un livre étonnant : voici le détail de la vie quotidienne du poilu, mais l'on ne sait pas très bien dans quel contexte était l'intéressé. Enfin, on a le sentiment final que chaque jour de ces cinquante-deux mois de guerre a baigné pour chacun dans la douleur, la mort, les bombardements et les assauts, ce qui est contraire à la réalité puisqu'aux périodes paroxysmiques succèdent de longues journées d'attente (et parfois d'ennui).

Alors, un livre intéressant, à considérer comme l'une des pièces du puzzle, comme l'une des touches de ce tableau impressionniste qui, ouvrage après ouvrage, se (re)constitue sous nos yeux en essayant au total de traduire fidèlement ce que fut la complexité de la guerre.

L'Archipel, Paris, 2014, 356 pages. 19,95 euros.

ISBN : 978-2-8098-1545-0.

Présentation vidéo par l'auteur (lecture de certains passages) : ici.

La guerre vue du soldat

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 06:00

A line in the Sand

Britain, France, and the Struggle that shaped the Middle East

James Barr

Des livres importants peuvent mettre plusieurs années pour franchir la Manche. Indiscutablement, celui-ci en fait partie.

Dans cet ouvrage, qui offre au lecteur francophone de nombreuses références anglaises, James Barr nous transporte dans ce Proche-Orient compliqué entre 1915 et 1949, sous l'angle de la rivalité franco-britannique dans une vaste zone s'étendant de la Méditerranée à la Mésopotamie, devenue l'Irak. Et il le fait en utilisant abondamment des sources comme les témoignages, la presse et l'action des "services de l'ombre", de renseignement et de déstabilisation de l'adversaire. Il en donne un premier exemple dès le prologue en affirmant que lors de la "guerre terroriste" conduite par la Hagana contre les Britanniques dans l'immédiat après-Seconde guerre mondiale, les groupes juifs furent clandestinement armés par les Français. Partant de la négociation des accords Sykes-Picot (dont il souligne que les deux personnages sont davantage animés par une volonté politique que par une connaissance approfondie du terrain), il remonte le fil de l'histoire de la région, de Lawrence, Allenby et Fayçal à la révolte druze et à sa répression, des coups d'Etat (ou tentatives) aux renversements de gouvernements, des oppositions de la Seconde guerre mondiale et du conflit de 1941 au Levant aux violentes conséquences immédiates du conflit. On y retrouve les oppositions internes d'analyse et de choix entre Le Caire et les Indes au sein du monde britannique, aussi bien que les motivations anglaises dans les conversations qui précèdent la Déclaration Balfour, la (les) révolte(s) irakienne(s), les mouvements arabes en Palestine dans la deuxième moitié des années 1930 (très souvent oubliés en dépit de leur importance), les manoeuvres autour de l'indépendance libanaise en 1943, etc...

On peut reprocher à l'ouvrage de ne s'appuyer presque exclusivement que sur des sources britanniques (20 pages de sources et bibliographie). Mais c'est aussi, pour nous, ce qui fait son intérêt, car il nous permet de comparer les approches et les engagements de part et d'autre de la Manche. Derrière les lénifiants ou matamores discours officiels, l'auteur présente des volontés en action moins nobles et moins bienveillantes à partir d'une longue recherche dans les différents centres d'archives, publics, institutionnels et privés, anglais. La supposée "Entente cordiale" mise à nue dans les empires... Un ouvrage à connaître pour quiconque s'intéresse à l'histoire de cette région, au XXe siècle.. et aujourd'hui.

Simon & Chuster Ed., Londres, 2011, 454 pages.

ISBN : 978-1-84739-457-6.

Moyen-Orient

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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