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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 06:00

Correspondances conjugales 1914-1918

Dans l'intimité de la Grande Guerre

Clémentine Vidal-Naquet

Curieux volume constitué par un ensemble de neuf échanges de lettres entre hommes et femmes pendant la Première Guerre mondiale. Apès une rapide introduction générale, Clémentine Vidal-Naquet présente en quelques pages chaque couple avant de nous proposer la retranscription de ces échanges.

Parmi les correspondances retenues, des anonymes ou des gens célèbres (Ferry, Pétain) et une périodicité variable, quotidienne, hebdomadaire, voire parfois plus large. Pas de révélation à proprement parler, mais des dominantes en fonction de la situation du couple et de son parcours antérieur. Si l'on trouve assez peu de références aux opérations conduites sous la plume de Pétain, Ferry et sa femme ne se privent pas de multiplier les indications à caractère plus politique et citent régulièrement les grandes figures parlementaires et gouvernementales du temps. Chez l'un, le souci principal est celui du travail de la femme laissée seule et il se réjouit de voir amis et voisins venir prêter main forte. Chez l'autre, la question clef est longtemps celle de l'éducation d'un enfant auquel le père sait qu'il manque et craint de manquer davantage encore. L'épouse de l'un ne se prive parfois pas d'essayer de faire jouer les relations de la famille pour obtenir un poste moins exposé, voire un retour vers l'arrière : l'embuscage organisé familialement ; celle de l'autre serait prête à accepter une éphémère relation extra-conjugale du conjoint. Les questions ancillaires et les problèmes familiaux prennent bien naturellement une place essentielle, mais, dominant le tout, la référence constante à l'être aimé(e), la répétition sous des formes souvent touchante de l'attachement de l'un à l'autre, l'espoir de revenir vivant et aussi vite que possible. Pour Ferry (en particulier, parmi les textes les plus riches) voire pour Pétain (beaucoup plus sobre), une étude précise permet de s'interroger sur des sujets plus larges (son rapport aux officiers d'état-major qu'il critique sans cesse, tout en comprenant leur rôle lorsqu'il est lui-même affecté sur ce type de poste).

On aurait aimé une mise en contexte plus large de chaque correspondance, et peut-être une synthèse plus marquée des particularités de chacun. Un volume qui, par la diversité des expériences et des parcours qu'il retrace pourra être utilisé en complément pour des études très différentes. Et qui traduit tout simplement cette vérité que les couples peuvent s'aimer et que les séparations causées par la guerre approfondissent mais bouleversent aussi les relations en son sein. Humain, très humain.

'Bouquins', Robert Laffont, 2014, 1063 pages, 30 euros.
ISBN : 978-2-221-13698-0.

Lettres de couples

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 06:00

La fleur au fusil

Jean Galtier-Boissière

Le journal de début de campagne du futur fondateur du célèbre magazine Le Crapouillot, qui écrit : "J'ai eu l'honneur de prendre part aux cinq premiers mois de la campagne de 1914-1915" et qui deviendra l'un des adversaires les plus déterminé du "bourrage de crâne".

Commençons par cette phrase citée en introduction, qui dit bien l'esprit dans lequel Galtier-Boissière témoigne de sa guerre : "Qui n'a pas fait campagne ne peut pas comprendre avec quelle émotion un troupier dit mon régiment, ma compagnie, mon escouade ... Le soir d'un engagement, quel réconfort de retrouver des faces familières autour de la flambée de sarments ! De causer avec des copains de classe, d'échanger des impressions, de se rappeler à tête reposée les dangers auxquels on est encore tout ahuri d'avoir échappé ! Chacun conte avec simplicité sa propre aventure dans la grande bagarre". Le récit commence au quartier le 17 juillet 1914 et se poursuit jusqu'au 15 septembre, pendant la poursuite qui suit la bataille de la Marne. Plus de la moitié du volume se déroule en fait avant le premier engagement, à la date du 22 août dans le secteur de Lexy. En fait, Galtier-Boissière ne raconte pas les grandes opérations, mais parle de la campagne qu'il a vécu, met en relief des instants particuliers, des dialogues avec ses camarades et ses chefs. La découverte du feu est un moment terrible pour tous, savoureusement présenté, dans toute sa dramatique réalité ; la faim bientôt tenaille les hommes, et l'on en voit deux partager une boule de pain, trouvée par terre, "moisie" ; il nous décrit ces combats "sans voir l'ennemi" : "Le capitaine bondit dans la fumée. Un clairon, debout, sonne la charge à pleins poumons puis s'abat. Les rangs s'éclaircissent. Nous avançons toujours sans regarder en arrière". Quelques combats oubliés de la grande histoire, le capitaine Léon, révolver au poing, "saoul comme un Polonais" tenant la ligne avec ses tirailleurs, puis la retraite dans la poussière, avec la faim, une commune de l'arrière avec ses officiers d'intendance ou des postes où la vie semble bien différente, un blessé allemand fait prisonnier et fouillé avant d'être envoyé à l'ambulance, un autre capitaine qui tente de prévenir un début de panique dans le repli des unités qui s'accélère, le canon si souvent présent, les réservistes qui prennent toute leur place, la Marne enfin sous la pluie, avec ses tirs fratricides, ses sacrifices individuels, et l'annonce somme toute assez sobre en première ligne, le 13 septembre, de la victoire de la Marne

On apprécie tout particulièrement le style, la densité du témoignage, la pertinence des observations, qui marquent le grand journaliste soucieux de témoigner de la réalit. Un récit de première main, indispensable pour les mois d'août et de septembre 1914.

Vendémiaire, Paris, 2014, 285 pages, 16 euros.

ISBN : 978-2-36358-141-9.

L'homme du Crapouillot

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 06:30

A la soupe !

Le repas du poilu

Anne-Elisabeth Groult et Jérôme Delile

Faut-il croire qu'il s'agit ici des recettes des poilus ? ... Doutes ... Plus réellement un petit livre de cuisine "habillé" à la mode du centenaire.

Après avoir rapidement présenté en quelques pages certaines données sur l'alimentation des troupes durant la Grande Guerre, les auteurs présentent une vingtaine de recettes, "de légumes", "de viandes" et "de soupes". Ces recettes, pour l'essentiel, ne sont ni spécifiques des poilus, ni propres à la Grande Guerre. Les pommes de terre au lard ou rissolées, le pilaf de boeuf ou la soupe à l'oignon se cuisinent toujours. Quant au boeuf de conserve aux haricots, les camps de manoeuvre de l'hexagone les ont connu aussi longtemps que les rations individuelles de la précédente génération. Quelques particularités rappellent bien la période, ou plus largement le début du XXe siècle, mais il faut reconnaître que le bilan est plutôt maigre. Sans jeu de mots. Les trois dernières pages, qui racontent la restauration "d'une authentique batterie de cuisine datant de la guerre de 14" par une petite entreprise normande, à l'origine du livre, sont anecdotiques.

Au bilan, un petit livre sympa, quelques recettes faciles et un environnement "poilu" plaisant dans la période actuelle.

Heimdal, Bayeux, 2014, 60 pages, 15 euros.

A table !

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 06:30

Des Vietnamiens dans la Grande Guerre

50.000 recrues dans les usines françaises

Mireille Le Van Ho

La prolongation de la guerre à partir de 1915 et l’ampleur prise par les conséquences immédiates du conflit à l’intérieur obligent les gouvernements successifs à recourir de façon de plus en plus large à la main d’œuvre coloniale. Parmi celle-ci, des dizaines de milliers de paysans issus de la Fédération indochinoise sont « engagés » puis transférés dans l’hexagone. C’est leur histoire que nous raconte Mireille Le Van Ho.

L’auteure, qui revient à plusieurs reprises très légitimement au début de son ouvrage sur les prises de position atypiques (« modernes ») pour l’époque du général Pennequin, fait un récit chrono-thématique de cette expérience. Partant des débats métropolitains sur le nombre de travailleurs et soldats que l’Indochine française pourrait fournir à la métropole, elle évoque ensuite les conditions de leur recrutement (avec les différences entre le discours « parisien » et la réalité de certaines modalités locales), l’organisation de leur transport vers la France puis leur première précaire installation à partir de leur arrivée au dépôt de Marseille. Soulignant que leur gestion est curieusement associée à celle des travailleurs chinois, elle analyse ensuite les conditions de vie quotidienne, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles ne sont pas à l’honneur de la France, leur encadrement disciplinaire, leurs relations avec les autres contingents coloniaux arrivés en particulier d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire. Le transfert assez massif de quelques 90.000 hommes (en comptant les soldats et troupes combattantes) en métropole se traduit bien vite sur le terrain à la fois par des oppositions, voire des heurts, avec les milieux ouvriers et syndicaux français mais aussi par une meilleure connaissance et des échanges réciproques, porteurs de transformations et de changements futurs que les milieux coloniaux craignent et tentent d’anticiper. Si ce séjour métropolitain est souvent placé sous le signe de stéréotypes raciaux qui aujourd’hui font sourire, sur les qualités et les défauts supposés des Annamites ou des Tonkinois, leur prégnance explique (avec l’objective modicité des moyens matériels disponibles) une distorsion permanente entre le discours officiel, très paternaliste, et la réalité vécue. Certains points positifs sont indiscutables (progression significative du taux d’alphabétisation par exemple) sont à mettre en parallèle avec la dureté des conditions de travail et de vie. C’est en fait une mosaïque complexe qui se dessine, entre progrès et acculturation, avantages et inconvénients, réussites et échecs, acceptation ou rejet de l’autre, dont les échos ultérieurs contribueront à ébranler la domination coloniale : comment admettre que rien ou presque ne change en Indochine à partir du début des années 1920, alors que le séjour en métropole a été l’occasion de découvrir un véritable « autre monde » politique et social et que les promesses faites, pour la plupart, ne seront pas tenues… Les difficultés indochinoises de l’entre-deux-guerres, les révoltes du début des années 1930 et au-delà le développement d’un double sentiment à la fois révolutionnaire et national trouvent indiscutablement leurs racines dans cette période 1915-1919.

Si le ton et le style du livre peuvent en plusieurs passages donner le sentiment que l’auteure met plutôt en lumière les aspects négatifs (dont témoigne dans le titre l'usage du mot "Vietnamien", relativement anachronique), avec une administration civile ou militaire aveugle aussi bien aux besoins élémentaires de ces populations qu’aux changements intellectuels et sociaux qui se déroulent sous ses yeux, l’ouvrage est très solidement documenté, fourmille de chiffres et d’exemples précis, s’appuie sur un large corpus archivistique et documentaire, dont témoigne l’ampleur des sources et de la bibliographie présentées à la fin du livre. Une étude qui mérite indiscutablement d’être connue.

Vendémiaire, Paris, 2014, 317 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-36358-118-1.

Travailleurs indigènes

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 06:15

La mobilisation des champs et des usines

durant la Grande Guerre

Mino Faïta et Jean-François Vérove

Ouvrage original que celui dans le cadre général de la production éditoriale sur le thème de la Grande Guerre, puisqu'il traite à la fois d'un thème particulier (l'agriculture et l'économie rurale) mais aussi d'une région spécifique qui n'est pas la première à laquelle on pense au sujet de 1914-1918 : la Savoie.

La première phrase de l'introduction donne le ton, que l'on retrouve d'ailleurs dans nombre de productions locales ou régionales et qui témoigne de l'ampleur des traces laissées par la Grande Guerre dans tout le pays : "Les campagnes de Savoie n'ont, bien sûr, pas été touchées par des combats qui se déroulent au loin, mais l'agriculture savoyarde a subi la guerre de plein fouet puisqu'elle est fortement sollicitée par les pouvoirs publics pour se mettre au service de la victoire finale". A partir de ce constat, les auteurs organisent leur ouvrage en deux grandes parties, dont il assurent séparément la rédaction : "Les champs à l'ombre de la guerre" (Jean-François Vérove) et "Combattre et produire" (Mino Faïta). Tandis que la première s'intéresse presque exclusivement à l'agriculture, la seconde s'intéresse au monde de l'artisanat, de la petite industrie et des aciers spéciaux qui bénéficieront en fin de période du développement de l'hydroélectricité. La première partie est sans doute (à notre sens) la plus novatrice. En effet, il existe déjà des études relatives à la mobilisation industrielle (mais tout l'intérêt de l'ouvrage est de préciser ici des données régionales particulièrement utiles). Par contre, il n'existe pas dans la bibliographie récente d'approche économique de la question agricole en temps de guerre et ce chantier est très largement novateur. Dans les deux parties, le rôle des institutions étatiques est souligné, le développement de l'action de la puissance publique (en dépit de ses aléas et de ses hésitations parfois erratiques) est mis en valeur, les évolutions sociales et humaines que cela implique sont soulignées. Jean-François Vérove revient en particulier sur la réalité des approvisionnements dans les campagnes, sur les effets de l'inflation, sur les profiteurs de guerre du monde agricole (car il y en a, même si l'auteur très justement relativise cette notion), sur l'effets des soldes, primes et indemnités versées par l'Etat : "Les indemnités ne réparent pas le deuil, mais elles sont attribuées, elles sont reçues et elles sont réinvesties dans la ferme. Tout simplement. Le principe de réalité l'emporte, il n'y a à culpabiliser personne". La vie continue. De même, dans sa partie, Mino Faïta évoque par exemple la véritable course aux contrats d'armement des petits industriels, qui manquent bientôt de bras (d'où les questions d'embuscage ou le recours aux coloniaux dans le cadre plus général de la crise des effectifs), ou les transformations du monde de l'artisanat de l'horlogerie qui passe à la fabrication des fusées d'artillerie : "Même diminués, menacés, effacés même par des choix destructeurs, certains héritages demeurent un siècle après, en témoignent encore la vallée de l'Arve du décolletage, puis l'hydroélectricité, une production d'énergie plus que jamais à l'ordre du jour par son exemplarité".

En résumé, un petit ouvrage qui parait très spécifique, mais d'un réel intérêt sur des thématiques essentielles pour "la nation en guerre".

Editions de l'Astronome, Thonon-les-Bains, 2014, 151 pages, 16 euros.

ISBN : 978-2-916147-89-5.

Agriculture de guerre

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 06:15

Six frères dans la guerre

Lettres du front de Paul Hannecart

Stéphane Demilly et Mathieu Geagea

Nouvelle édition de lettres d'un poilu à partir d'archives familiales pieusement conservées, et nouvelle publication qui illustre, encore, la grande diversité des sentiments, des pensées, des émotions des soldats de la Grande Guerre, difficillement réductible à quelques mots.

Des premiers jours d'octobre 1914 à la fin de mois de février 1917, Paul Hannecart puis son frère ont écrit avec plus ou moins de régularité des lettres parfois longues, dont un quelques unes ont été sélectionnées pour les besoins de ce volume. Il(s) est (sont) le(s) représentant(s) d'une fratrie de six garçons, dont trois ne reviendront pas. Entre chaque lettre reproduite, les co-auteurs brossent le tableau du contexte et présentent la situation, aussi bien d'ensemble que localement. Ainsi, après les durs combats de l'hiver 1914-1915 : "Aprés quatre mois passés au front d'Argonne dans une lutte incessante, coupés par d'insuffisants repos, l'état humain et matériel du régiment présente un déséquilibre inquiétant. Les effectifs ont diminué dans une proportion qui varie, pour chaque bataillon, du tiers à la moitié, des cadres sont à former, et le matériel, tant l'habillement, l'armement que l'équipement, est à remplacer, réparer ou renouveler en entier". Globalement, le texte propre des lettres ne doit pas excéder de beaucoup la moitié de la pagination. L'un des principaux intérêts de l'ouvrage réside aussi dans la reproduction d'un certain nombre de dessins et croquis très précis que Paul Hannecart réalise au fur et à mesure de ses déplacements et de ses découvertes. Les matériels du combattant (aspect technique ?) en particulier semblent retenir son attention : grenades et bombes de différents types, pétards et "raquette lance-pétard", passerelles de fortune, etc. On en vient presque à regretter que ces reproductions imagées ne soient pas plus nombreuses, alors qu'elles illustrent semble-t-il abondamment les carnets originaux. Beaucoup d'éléments sur l'artillerie dans les lettres à son frère, moins d'informations strictement militaires dans celles à ses parents, ce qui confirme une tendance lourde bien connue à éviter de parler crûment de la guerre avec l'épouse et les parents.

Un nouveau témoignage de combattant qui complète utilement notre bibliothèque.

Editions Privat, Toulouse, 2014, 201 pages. 14,50 euros.

ISBN : 978-2-7089-0545-0.

Lettres de famille

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 06:20

Les années évanouies

Carnets de guerre, 1915-1919

Robert Fernier

Robert Fernier appartient à la classe 1915 appelée par anticipation sous les drapeaux dès la fin de l'année 1914 et il rejoint au milieu de ce même mois le 15e BCP. Ses lettres à sa famille constituent le corps du volume.

Les courriers couvrent la période mai 1915 - juillet 1919 et le livre se termine sur quelques épisodes racontés ultérieurement (années 1960) alors que le poilu devenu vieux souhaite faire partager ses souvenirs. Tout au long de la campagne, il sert sur (presque) l'ensemble du font occidental, de Champagne en Flandres et de Picardie aux Vosges, jusqu'au sud de l'Alsace et à l'Aisne, jusqu'à la frontière franco-allemande à la fin de la guerre et à la garde des prisonniers allemands. Il est à Verdun au printemps 1916 ("Nous sommes arrivés depuis hier soir en réserve dans un fort à deux kilomètres des lignes. Nous y sommes arrivés en laissant malheureusement deux poilus tués. Le secteur commence pourtant à se réorganiser. Des boyaux sont dessinés et assez profonds souvent pour être un lieu de garantie", 2 avril), puis sur la Somme à l'automne ("On travaille à aménager la position sous une pluie battante. Il pleut à verse la nuit. Dans quel état étions-nous ? Aussi sales que cet hiver, grelottants, on se laisse sécher un peu par le soleil dans la matinée. L'après-midi, l'ordre arrive de continuer l'attaque. C'est notre tour. En avant, on part d'une autre tranchée à 500 m. plus loin, non sans avoir passé dans un endroit excessivement dangereux par les obus qui labourent tout", 9 septembre). A l'arrière dans la région de Franche-Comté au printemps 1917, il revient sur le front au mois de mai. L'ouvrage alterne courriers familiaux et carnets personnels, et dans ceux-ci il parle des refus d'obéissance ("Ah ! Messieurs de la guerre à outrance, voilà où vous arrivez : à faire révolutionner l'armée, parce que la guerre est trop longue et est surtout trop une boucherie"). A la même époque, il reçoit une citation et le droit au port de la croix de guerre pour fait d'armes sur la Somme, huit mois plus tôt. Stationné dans les Vosges au début des offensives allemandes du printemps 1918, il rejoint ensuite les fronts de l'Oise et de l'Aisne alors que les Allemands ont repris la guerre de mouvement et progressent ("L'idée de la mort, la mort elle-même encore présente à nos esprits, me hante ! Les camarades, tués, blessés, prisonniers, dont le souvenir est en moi si vivant, ne font qu'aviver cette pensée. Oh ! On ne regrette pas les morts, ils sont heureux. On pense simplement à eux dans un but égoïste"). Avec l'automne revient le temps des victoire et une hausse spectaculaire du moral ("Des Américains sont à notre gauche. Tant mieux", 2 octobre), l'attente de l'offensive remise de jour en jour au milieu du mois et la résistance allemande qui s'accroche au terrain ("Nous avons attaqué hier et ce matin. Nous n'avons pu que nous faire massacrer sur des réseaux de fils de fer", 26 octobre). Après l'armistice ("Tout est fini ! La guerre est morte d'elle-même... Vive la paix ! Vive la vie !", 12 novembre), les courriers s'espacent et c'est à la garde d'un camp de prisonniers allemands dans l'Aube que le trouve la démobilisation.

Un beau témoignage qui, en alternant lettres familiales et notes personnelles, permet aussi de faire le lien entre ce que les poilus écrivent à leurs proches et ce qu'ils retiennent pour eux.  

Cabédita, Divonne-les-Bains, 2014, 207 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-88295-700_9.

Commander directement chez le diffuseur : ici.

Lettres d'un poilu ordinaire

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 06:00

La Grande Guerre des aviateurs

Gilles Aubagnac et Clémence Raynaud (Dir.)

A la fois catalogue de l'exposition éponyme qui se tient au musée de l'air et de l'espace et ouvrage en tant que tel, cet ouvrage divers et fort bien illustré nous présente l'arme aérienne (ou l'aéronautique militaire) de la Première Guerre mondiale.

Une quinzaine de contributeurs au total pour cet ouvrage collectif qui s'ouvre sur une comparaison par Nicolas Beaupré des "Aviateurs et écrivains de la Grande Guerre (France, Allemagne) et se termine par une évocation grâce à Denis Rolland sur "Les aviateurs et la mise au point des avions en 1914-1918". Avec le sens du travail soigné et fni qui caractérise les travaux antérieurs de Gilles Aubagnac, les meilleurs spécialistes français de ces questions traitent de l'évolution de la guerre aérienne, de la naissance et du développement de ses spécialités, de l'état d'esprit des aviateurs et de leur entourage comme de leur mode de vie, de leur recrutement et de leur formation aussi bien que des insignes des unités ou du développement industriel.

Facile et agréable à lire, voici un excellent moyen de faire rapidement un point sur "la cinquième arme", selon l'expression utilisée dès 1912 dans La France Militaire, son emploi, ses transformations et ses personnels durant la Grande Guerre (d'autant que la production éditoriale sur le sujet reste relativement maigre).

EMCC éditions, Lyon, 167 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-35740-352-9.

Pour mémoire, l'exposition du musée de l'air et de l'espace : ici.

Les As, et les autres

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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 06:00

La Première Guerre mondiale

Vol. 3 - Sociétés

Jay Winter (Dir.)

Troisième et dernier volume de la série publiée à Cambridge et en français par Fayard. Après la guerre et les Etats, voici les questions sociales et culturelles.

Le volume est organisé en six grandes parties thématiques ("L'intime", "Genre", "Populations en danger", "Souffrances", "Cultures" et "Bilan"), composées chacune de deux à six chapitres ciblés qui abordent en particulier tous les thèmes liés aux populations de l'intérieur (femmes, enfants, etc.) et aux conséquences individuelles, sociales, familiales du conflit. On retrouve la même structure (pagination, bibliographie, etc.) et globalement les mêmes signatures que dans les volumes précédents (ici et ici) et ce tome 3 présente donc les mêmes caractéristiques, qualités et défauts.

C'est par l'ampleur du spectre abordé au total que ces publications se distinguent tout particulièrement et chaque amateur de la Grande Guerre y trouvera indiscutablement de nombreuses pistes et d'innombrables références. Que tel ou tel chapitre puisse être discuté n'enlève rien à l'importance de cette publication qui doit impérativement figurer dans toute bibliothèque bien tenue.

Editions Fayard, Paris, 2014, 861 pages, 37 euros.

ISBN : 978-2-213-67895-5.

Fin du triptyque

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 07:00

Me fas cagà

La guerre en occitan

Louis Bonfils, dit Filhou

Les aspects régionaux de la Grande Guerre auront été particulièrement mis à l'honneur cette année, mais cette publication se distingue car la maison d'édition a le courage éditorial de publier la correspondance de Louis Bonfils dans la langue d'origine,

Parti comme sous-officier en 1914, tombé au feu comme capitaine en juin 1918, Louis Bonfils entretient une correspondance régulière avec son ami d'enfance et félibre Pierre Azéma, grièvement blessé dès 1915 et qui dirige la revue Lou Gal à Montpellier. Dans cette correspondance atypique, nous retrouvons des sentiments assez classiques chez les poilus (considérations sur les Allemands, descriptions des effets de la guerre, évolutions fluctuantes du moral selon les périodes, la proximité avec ses hommes, le sens du devoir, etc.), mais aussi des lignes plus particulières. Il apparait ainsi que les blessures morales laissées par les accusations injustes du sénateur Gervais dès août 1914 sont présentes pendant de longs mois. On constate aussi que les relations entre soldats d'oc et population d'oil ne sont pas toujours aussi sereines qu'on veut bien le dire et que, pour le moins, des différences culturelles et les usages de vie étonnent.

Deux remarques, dans l'hypothèse où une nouvelle piublication de ce type devrait intervenir : pourquoi choisir un titre (pour le lecteur extérieur à la région) fortement connoté et qui ne traduit peut-être pas la globalité du texte ? Par ailleurs, afin que des amateurs d'histoire dans d'autres régions puissent profiter plus largement du livre, pourquoi ne pas envisager une parution bilingue, correspondance originale en page de gauche et traduction en français en vis-à-vis en page de droite ?

Bravo en tout cas pour cette rare et courageuse initiative dans le paysage éditorial actuel. Et pour les lecteurs "d'oil", une lecture plus attentive permet de comprendre l'essentiel du texte. Essayez !

Editions Ampelos, 2014, 102 pages, 15 euros.
ISBN : 978-2-35618-087-2.

Félibre en guerre

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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