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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 07:00

Une femme dans la Grande Guerre

Madeleine Blocher-Saillens

Préface et notes de Franck Belloir

Les éditions Ampelos publient avec ce volume un journal de guerre tout à fait intéressant. Rédigé par celle qui est à cette date une très jeune femme mais devienda un pasteur engagé, il est tenu de juillet 1914 à juillet 1919 et complété par des correspondances personnelles (dont on sent bien d'ailleurs quelles ne sont pas sur le même ton et n'abordent pas les mêmes sujets).

Ces considérations personnelles, souvent longues, sont écrites à intervalles irréguliers, parfois tous les quinze jours, voire tous les mois. Elle rapporte, sans doute très scrupuleusement, ce qu'elle entend et ce qu'elle lit, y compris dans les journaux anglais qui ne sont pas soumis (au début au moins) à la même forme de censure, et commente les événements, en les agrémentant souvent d'anecdotes. Les premières semaines sont très nettement marquées par l'ignorance dans laquelle se trouve l'arrière du déroulement des opérations : les rumeurs se multiplient, les blessés et réfugiés arrivent par trains entiers, et dans les informations contradictoires cette phrase : "Où est la vérité ? On nous cache beaucoup de choses. C'est le plus énervant". Au fil des pages, des nouvelles (?) d'Alsace, du front russe, d'Angleterre, etc., autant d'éléments qui témoignent d'un esprit vif et curieux, attitude facilitée par le large réseau familial de la rédactrice et ses déplacements assez réguliers au Royaume-Uni. Ses séjours permettent d'ailleurs au lecteur francophone d'avoir une approche rare de la vie sur le sol britannique pendant le conflit. Les rumeurs d'ailleurs ne cessent pas (annonce d'une "bataille merveilleuse pour la prise de Constantinople" au printemps 1915) et les lettres de la famille sont parfois éclairantes : "Les soldats commencent à trouver très long cette vie de tranchées, ils attendent avec impatience la grande offensive" (mars 1915). Très patriote, elle ne doute jamais du succès final des armées alliées, et très croyante elle fait régulièrement intervenir (comme beaucoup de gens à l'époque) la volonté divine : "Au moment le plus terribl de cette bataille (Verdun), Dieu a envoyé une tempête de neige qui a dû sérieusement empêcher l'avance de l'offensive" (mars 1916). Les textes s'espacent ensuite, même s'ils se poursuivent ponctuellement jusqu'à la fin de la guerre. Quelques considérations sur la révolution russe et la défaite italienne de Caporetto en 1917, les échos des offensives allemandes du printemps en 1918 et finalement la victoire à l'automne : "Les cloches sonnent à toute volée, le canon tonne coup après coup, et c'est la fin de la plus formidable alerte que le monde ait connue. La guerre est finie ! L'armistice est signé ! Des larmes de joie coulent de mes yeux. Nous osons à peine croire que nous sortons de cet horrible cauchemar. Et nous en sortons vainqueurs. Le Kaiser est en fuite en Hollande avec son sinistre fils, tout deux ont dû abdiquer devant la révolution grandissante. La Bavière a déclaré déchue leur vieille dynastie des Witclobach (sic !) et ont acclamé la république. Les grandes villes hanséatiques sont au pouvoir des soviets, le jeune Henri de Prusse a dû fuir Brème. Francfort a un Comité de salut public. Le nouveau chancelier allemand est un social-démocrate, un certain Eber. Les événements vont si vite, la tempête souffle avec tant de rage que nous ne savons ce que nous réserve l'heure prochaine" (11 novembre). Une nouvelle ère s'ouvre, que les dernières lignes datées du 13 juillet 1919 décrivent : "Nous avons eu la signature définitive de la paix le 28 juin. Grande cérémonie à Versailles. Canonnades à Paris. Foule immense dans les rues, mais foule assez tranquille. Les deuils sont trop grands et la paix ne nous donne que de si petits avantages que nous ne pouvons nous réjouir beaucoup"...

Un témoignage intéressant, en particulier parce qu'il offre souvent un regard décalé sur les faits, les hommes et les événements par rapport aux lectures les plus courantes. Un témoignage à conserver.

Editions Ampelos, 2014, 176 pages, 15 euros.

ISBN : 978-2-35618-081-0.

Journal d'une jeune femme
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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 06:45

"Ne vous mettez pas le coeur à l'envers"

Echanges épistolaires de Joseph, Laurencie et Marie-Rose Charrasse

Alain Fouqué

Nouvelle édition d'une correspondance entre un soldat et sa famille, installée dans l'arrière pays vauclusien. Une correspondance intéressante car Joseph Charrasse passe par plusieurs régiments, connait différents secteurs du front jusqu'aux Dardanelles et surtout exerce des fonctions variés, de simple poilu à "adjudant" dentiste en passant par brancardier et infirmier. Il lui est ainsi possible de raconter aux siens bien des choses, avec des angles d'observation originaux.

L'un des intérêts du volume est de souvent présenter dans l'ordre chronologique ces échanges de courriers, ceux de Joseph Charrasse étant imprimées en lettres bâtons, ceux de sa famille en italiques. Il est ainsi possible de suivre les préocuppations qui s'expriment entre le soldat et les siens à l'arrière, de pointer les thèmes qui reviennent plus ou moins fréquemment, d'évaluer la manière dont Charrasse raconte sa guerre et comment sa famille le comprend. Quelques anecdotes au fil des rencontres, comme avec les Britanniques en Orient : "Hier soir,, nous avons été nous promener dans le camp anglais (artillerie). Malheureusement, on ne peut guère s'entendre ; par signes on arrive tout de même à se comprendre" ; ou (lu en creux) cet aveu non volontaire, au retour des Dardanelles, de ce que peut comprendre un simple soldat : "Sur le Doukkala je n'ai pas eu d'émotion du tout parce que je n'ai su que nous avions été torpillés qu'un quart d'heure après et, à ce moment-là, le danger étant signalé était à moitié conjuré". Comme pour beaucoup de poilus, on observe que Charrasse prend soin de ne pas inquiéter les siens en relativisant (ou minimisant) les dangers auxquels il est (ou pourrait être) confronté. Ce n'est qu'à partir de 1916 qu'un corps de dentistes militaires est officiellement créé, et il peut l'intégrer au printemps 1917, dans une unité en pleine réorganisation : "Nommé dentiste militaire depuis trois jours que je suis arrivé à mon bataillon, j'en suis à mon troisième régiment". Désormais à l'abri des mauvais coups de la première ligne, il bénéficie également d'une augmentation de solde puisqu'il porte désormais les galons d'adjudant. Les permissions, les conditions matérielles de vie, les éventuels besoins d'argent, l'état de santé, l'envoi de journaux reviennent avec une grande régularité dans ces courriers, où l'on se rend bien compte (même si le rédacteur cherche surtout à ne pas inquiéter et met donc en avant les petits faits les plus ordinaires) que le quotidien s'organise le moins mal possible dès que les hommes ne sont pas en première ligne.

C'est-à-dire éditions, Forcalquier, 2014, 328 pages, 26 euros.

ISBN : 9782918235125.

Dentiste dans la Grande Guerre
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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 06:00

Ils étaient cinq dans les tranchées

De Gaulle, Hitler, Mussolini, Churchill et Patton en 14-18

Philippe Conrad et Nicolas Sevaux

L'idée est originale : tenter de mettre en parallèle la participation à la Grande Guerre de cinq personnages dont le rôle fut majeur pendant la Seconde guerre mondiale quelques vingt ans plus tard.

L'ouvrage est donc constitué de cinq grands chapitres successifs, qui présentent à tout de rôle la carrière de chacun des hommes de pouvoir pendant la Première Guerre mondiale. De Gaulle, l'officier blessé et fait prisonnier devant Verdun ; Hitler, le caporal agent de liaison qui dessine sa perception de la guerre et y puise une partie de ses idées ultérieures ; Mussolini le leader socialiste parti au front comme simple soldat, blessé de quarante éclats dans le corps lors d'un tir d'instrucction ; Churchill, premier Lord de l'Amirauté tombé à la suite de l'échec des Dardanelles et qui vient sur le continent prendre un commandement dans la troupe ; Patton, le cavalier qui s'ennuie en état-major et devient le chef de la première unité américaine de blindés. Autant de parcours individuels (très) différents, d'aventures humaines passionnantes. Les articles (peu critiques au demeurant) sont bien écrits et se lisent facilement. Mais, finalement, pourquoi ces cinq futurs grands chefs et dirigeants et pas d'autres ? Qu'ont-ils éventuellement en commun ? Ou de différent ? Qu'est-ce qui les rapproche ? Ou les sépare ? Il manque ainsi, soit sous forme d'une solide introduction, soit en conclusion, les quelques pages qui permettraient d'aller au-delà d'une succession de récits juxtaposés.

Un petit livre intéressant, agréable à lire et qui rappelle de nombreuses anecdotes, mais qui laisse un goût de "trop peu".

Heimdal, Damigny, 2014, 112 pages (+ photos), 16 euros.

Portraits
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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 06:00

Les étrangers dans la Grande Guerre

Laurent Dornel

Une petite brochure peu onéreuse et particulièrement dense au regard de son format limité, qui traite tout à la fois des civils et des militaires, venus dans l'hexagone de l'empire français et des quatre coins du globe, pendant la Première Guerre mondiale.

En moins de 100 pages petit format, Laurent Dornel nous présente en cinq grandes parties les représentants du monde entier qui se pressent en France pendant la Grande Guerre. Dans un premier temps, il s'intéresse aux étrangers au sens juridique du terme, qu'il s'agisse des ressortissants des puissances centrales (dont les Alsaciens-Lorrains), des neutres (Italiens), des civils (travailleurs) comme des militaires (dont environ 450.000 soldats allemands prisonniers en France à la fin de la guerre). Dans la seconde partie, il traite plus largement du recrutement, de l'organisation en unités et de l'emploi aux armées des contingents coloniaux, des volontaires étrangers, et des armées étrangères stationnées sur le front de France. La troisième aborde la question des étrangers au travail dans les usines de guerre et dans l'agriculture, tandis que la quatrième et la cinquième s'interrogent sur les relations entre population autochtone et étrangers (en insistant assez lourdement sur "les violences raciales" et en adoptant parfois une théorie anticapitaliste qui prête à discussion), puis sur les conséquences dans l'après-guerre.

La conclusion (en particulier ses dernières lignes) entraîne le lecteur, au risque de l'anachronisme, dans des considérations sur l'Europe d'aujourd'hui et so rapport à ses étrangers du début du XXIe s., propos qui n'ont plus grand chose à voir avec la situation de la Grande Guerre. Ceci étant, la brochure se distingue par le nombre et la précision des chiffres et des faits et a toute sa place parmi les ouvrages consacrés à la Première Guerre mondiale.

Musée de l'histoire de l'immigration et La Documentation Française, Paris, 2014, 87 pages, 8 euros.

ISBN : 978-2-11-009832-0.

Le monde en France
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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 07:00

1914-1918

Le Territoire de Belfort dans la Grande Guerre

Archives départementales du Territoire de Belfort

Cette petite brochure très complète au regard de son format présente en une cinquantaine de pages (fort bien illustrées) la situation particulière de cette ville-département fortifiée si proche du front. Après les premiers incidents de frontière dès les 1er et 2 août et l'éphémère offensive dans le sud de l'Alsace, il faut vivre et s'organiser pour durer, d'autant que de nombreux Belfortains, comme dans tout l'hexagone, sont aux armées et combattent jusque sur le front d'Orient. La ville connaît la guerre aérienne, accueille de nombreux hôpitaux et installations du Service de santé, mais aussi un centre d'espionnage du 2e bureau. La proximité avec la Suisse, restée neutre durant tout le conflit, donn enfin à cette région une importance particulière, d'autant que la présence militaire y reste importante et que les sitesindustriels y sont nombreux.

Un petit volume fort utile qui complète utilement notre connaissance des différentes régions de France pendant la Grande Guerre.

Le volume est directement accessible sur Calaméo : ici.

Belfort
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25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 06:15

Prisonniers des libérateurs

Les otages alsaciens-lorrains en France pendant la Grande Guerre

Camille Maire

La question a longtemps été tabou, mais le sort des Alsaciens-Lorrains littéralement enlevés comme otages par les Français au début de la Grande Guerre ne fut pas toujours facile. Il faut toutefois se souvenir qu'en août 1914 les Alsaciens-Lorrains (en dehors de tout discours de propagande) sont juridiquement les ressortissants (depuis plus de 40 ans) d'un Etat ennemi, et dans la presse d'avant-guerre les informations relatives aux "provinces perdues" figurent bien sous la rubrique "Etranger". Quel que soit les discours ultérieurs, cette situation initiale ne doit pas être oubliée.

Le livre s'intéresse donc aux Alsaciens-Lorrains arrêtés (et souvent déclarés "otages") dès août 1914 lorsque l'armée française pénètre dans le Reichsland au début de la guerre. L'auteur précise toutefois qu'il s'agissait parfois de personnes d'origine allemande, qui se réinstalleront après 1918 de l'autre côté du Rhin. Situations complexes donc, où s'entremêlent données objectives, éléments juridiques et facteurs psychologiques plus ou moins fantasmés entre ces "futurs Français" potentiels et leurs gardiens. Il note également que les soldats français se comportent de manière parfois indigne, à la différence des gendarmes qui font preuve de davantage de respect. Le livre présente ensuite une longue litanie de situations souvent difficiles d'internement, d'abord immédiatement en arrière des armées, puis très vite à l'autre extrémité de l'hexagone, vers le Sud-est et le Sud-ouest. D'un emplacement à l'autre, en fonction de la nature juridique du lieu, de l'environnement plus ou moins dur et de l'état des locaux, des responsables locaux de la surveillance, les conditions de vie de ces "évacués" (ressortissants des pays de la Triplice) peuvent varier considérablement. Privés de liberté, parfois considérés comme des ennemis, ils sont regroupés dans des locaux peu salubres et connaissent de nombreuses difficultés d'alimentation. Si le sous-préfet d'Espalion, le commandant du camp de l'île du Frioul ou celui du château d'If s'efforcent d'améliorer les conditions de vie dans la mesure de leurs moyens, ce n'est pas le cas partout. Les relations sont surtout souvent délicates avec la population locale, qui assimile facilement Alsaciens-Lorrains et "Boches", d'autant que ces hommes qui ne sont pas au front, à la différences des fils et frères des habitants du secteur, parlent entre eux un "patois" germanique.

Finalement, des situations extrêmement contrastées, dont il ne faut certes pas oublier les mauvais traitements, les fautes, les excès, mais également les nombreux gestes d'humanité, dans une période de grandes difficultés pour tous et de développement d'une propagande sans grande finesse. Un livre sur un sujet tout à fait original, qu'il ne faut pas traiter sur un ton polémique (un "camp de concentration" de 1914 n'a pas grand chose à voir avec son successeur de la Seconde guerre mondiale) et qu'il faut toujours contextualiser dans son époque. Un livre à lire, que l'on s'intéresse à l'histoire régionale, à la vie dans les départements de l'intérieur ou aux reconstructions, pendant la guerre comme après, du discours sur l'Alsace-Lorraine.

Le Polémarque / Editions des Paraiges, Nancy, 2014, 175 pages, 15 euros.

ISBN : 979-10-90185-62-3.

Alsaciens-Lorrains
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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 07:15

Le Linge

Un massif alsacien dans la Grande Guerre

Florian Hensel

Une petite brochure qui raconte de façon très synthétique et très pédagogique les combats extrêmement violents qui se déroulent dans ce secteur du front à l'été 1915.

L'auteur présente d'abord le site dans son environnement naturel et culturel à la veille de la Grande Guerre, puis les premières opérations sur le massif au début de l'année 1915. Le coeur de la brochure est consacré aux combats qui s'échelonnent entre juillet et octobre de la même année, Français (et se distinguent en particulier les bataillons de chasseurs) et Allemands attaquant et contre-attaquant tout à tour. Combats meurtriers, sans que les lignes ennemies ne soient percées, et que l'on inclue facilement dans les ouvrages généraux parmi les échecs de 1915. Florian Hensel dresse un bilan tactique plus mesuré : "Il est certain que les percées espérées par le général Joffre n'ont jamais été réalisées. Toutefois, si la bataille du Linge n'a pas donné les résultats escomptés, elle a permis de sécuriser le col du Wettstein, seul point de passage entre les vallées de la Fecht et de la Weiss alors aux mains des Français. Les nouvelles positions, solidement aménagées, sont plus sûres bien qu'elles n'offrent pas les vues désirées". Devenu un "secteur calme" (en dépit des tirs de l'artillerie et des coups de mains), le Linge, sauf pour les anciens combattants, disparaît pratiquement des mémoires et "vit une véritable traversée du désert jusqu'à la fin des années 1960" et l'inauguration d'un musée en 1980. La brochure se termine sur quelques photos des vestiges aujourd'hui visibles et plus ou moins entretenus. Illustré de nombreuses photos, mais l'on aurait aussi apprécié 1 ou 2 cartes détaillées pour ls offensives de l'été.

Un petit volume peu onéreux qui mérite de figurer dans la bibliothèque de tout amateur de la Grande Guerre.

Vent d'Est éditions, Strasbourg, 2014, 64 pages, 10 euros.
ISBN : 978-2-37172-000-8.

Front d'Alsace
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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 07:30

Jours de guerre

Reliefs de 1914-1918

Alexis Jenni

Etonnant ! Cet album grand format propose des dizaines de photos "en relief", réalisées à partir des plaques stéréoscopiques conservées au Mémorial de la clairière de l'armistice de Compiègne. Sur le coup, on ne distingue qu'un mauvaise image traversée de gris, de rouge et de vert. Mais fort heureusement, des lunettes 3D sont livrées avec l'ouvrage.

Du départ des régiments lors de la mobilisation aux impératifs de reconstruction après l'armistice, nous passons chronologiquement de thème en thème, avec les réfugiés des régions occupés, mais aussi les troupes hindoues dont 132.000 soldats serviront sur le front de France (rappelons quand même que le front d'Orient ne s'étend pas "de la Mésopotamie à la Chine"), le front et l'arrière, les matériels (artillerie, char, ballon d'observation, mais aussi colombier mobile, etc.), les troupes de l'empire (Sénégalais, Annamites), les effets de la guerre (tranchées, destructions, la célèbre photo du "cheval dans l'arbre", etc.), des personnages qui accompagnent les troupes (infirmière, marraines de guerre, aumôniers, etc.) et bien d'autres sujets. La plupart des thèmes sont abordés sur une voire deux doubles pages qui alternent photos en relief et clichés plus "ordinaires" (dont un tirage "normal" de la photo en 3D) et les textes d'accompagnement comportent un paragraphe de citation ou de commentaire, une explication de la photo présentée et une rapide présentation plus historique du contexte et du sujet. 

Au total, un album absolument atypique, original, étonnant. Personnellement, je ne suis pas "fana" des lunettes en carton et je trouve cela plutôt fatiguant assez rapidement. Mais il faut bien reconnaître que (lorsque on est bien installé) la photo prend parfois une profondeur troublante. Un beau cadeau et une idée originale en cette période de fêtes.

Editions du Toucan, Paris, 2014, 187 pages. 29,90 euros.

ISBN : 9782810006045.

La page FB dédiée au livre (avec les vidéos du programme du même nom sur France 2) : ici.

Photos 3D
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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 06:00

In tenebris lux

14-18 : la foi à l'épreuve du feu

Roger Delteil

Un fragment de vie, un éclair d'espoir, la description du théâtre des horreurs : les lettres puissantes de Roger Delteil écrites sur le front de Champagne durant quelques sept mois de cette année 1915 méritent d'être lues.

L'éducation et la foi du rédacteur explique très certainement la longueur et la qualité (dans la forme comme dans le fond) des lettres de Roger Delteil, parti comme sous-officier en régiment d'infanterie et qui vit très exactement la vie de ses hommes. Il exprime des idées qui méritent d'être relevées dans le discours ambiant et soulignent une nouvelle fois la diversité des situations et des positions individuelles : "Qu'importe la place que nous occupons ! Il s'agit de faire son devoir, comme nous dit souvent le colonel, un chef qui met en pratique ses théories. Je suis là où Dieu veut que je me trouve. Puissè-je être fidèle et montrer que le soldat parfait, c'est le soldat chrétien". Au sein du 122e RI, il écrit un nombre très impressionnant de longs courriers entre le 15 février 1915 et le 27 septembre de la même année. Les premières semaines se passent en déplacements, entrainements et manoeuvres, sans contact direct avec la bataille si ce n'est l'écho de quelques coups de canon. On y constate en particulier que la vie n'est pas très dure, même pour les fantassins, à l'arrière du front. La vie change à partir du 15 mars : "Cette marche restera gravée à jamais dans mon souvenir. On croise des files de voitures, sans lanterne naturellement, qui viennent d'approvisionner cavaliers, estafettes, canons et artilleurs, infanterie que l'on relève, autos et voitures d'ambulance, tout cela retarde la marche des colonnes. On va sans halte, par à coups, on patauge dans la boue jusqu'au dessus du soulier, tandis que des territoriaux râpent la chaussée pour former des marécages sur les bas côtés. Dans la nuit noire, on n'a comme lueur que les fusées éclairantes des Allemands". Sur ces derniers, notons qu'il n'utilise pas de qualificatif grossier ou insultant pour les décrire. L'habitude du feu ennemi vient rapidement : dès le 10 avril, "à 5 heures, un obus éclate à un mètre, en face de mon logis, à hauteur de mes pieds. Je n'ai pas bougé et n'ai eu aucun mal, beaucoup de terre sur ma couverture tout simplement. J'étais en train de m'occuper à enlever tous ces cailloux lorsqu'il en est tombé un autre au ras de mon trou du côté de la tête. Cette fois, je suis parti en laissant tout mon fourbi pêle-mêle". Au fil des jours, les considérations se succèdent, sur ses hommes, sur ses chefs immédiats, sur son environnement, ses cantonnements, les alertes plus ou moins sans suite, sa foi bien sûr. En juin, "les Allemands sont à 100 mètres environ" et les deux armées face à fae organisent chacune un poste à une trentaine de mètres en avant : "Nous ne pouvons nous séparer ; nous nous rapprochons toujours les uns des autres. L'ennui ce sont les bombes, grenades, fléchettes qu'ils nous envoient copieusement". Relevé, il écrit quelques jours plus tard avoir passé quelques journées agréables : "Nous logeons aux flancs d'une colline dans des cagnats souterraines, des pins ombragent nos demeures et nous protègent contre les regards indiscrets des aéroplanes". Au fur et à mesure, les références religieuses deviennent de plus en plus nombreuses et fréquentes, jusqu'à la deuxième offensive de Champagne à l'automne : "Le capitaine est à Bordeaux. Il viendra pour l'offensive annoncée par les journaux". Les dernières correspondances sont plus brèves, ne font presque que référence à la protection divine. Et Roger Delteil est mortellement blessé le 28 septembre "en se portant brillamment en tête de sa section au secours d'une compagnie attaquée par les Allemands". 

Editions Ampelos, 2014, 307 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-35618-086-5.

Champagne, 1915
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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 06:15

Ecritures de la guerre

et Journal inédit de Maumort

Roger Martin du Gard

Dans la série des "Cahiers Roger Martin du Gard", ce huitième tome (collectif avec six contributions) est consacré à l'analyse des Carnets de guerre et écrits ultérieurs du grand romancier sur lla Première Guerre mondiale.

Roger Martin du Gard est incorporé dès août 1914 comme sous-officier dans les sections automobiles au sein desquelles il conserve un commandement de contact pendant toute la durée de la guerre. Dans la première partie, on retiendra en particulier les deux premiers textes du volume (celui de Charlotte Andrieux sur "Parcours militaire de RMG d'après ses 'Carnets de guerre' (2 août 1914 - 9 mars 1919)", dont le détail nous donne une bonne image des missions et des déplacements d'une section automobile sur le front et dans l'immédiat arrière-front ; et celui de Jean-François Massol titré "Je ne suis plus qu'un camionneur épouvanté par ce qu'il voit", qui contextualise -et souvent relativise- la portée de ce témoignage tout en en soulignant l'intérêt. On apprécie également le dernier article (Alain Tassel, "La bataille des frontières dans L'Eté 1914"), original en ce qu'il tente de croiser les données de l'histoire et celles du roman de Roger Martin du Gard. La seconde partie est constituée par "Le journal inédit de Maumort", qui s'intéresse à la période de l'armistice et du mois de juillet 1940. Ce texte au jour le jour est particulièrement dense et riche, ses pensées souvent profondes, ses réflexions fréquemment pertinentes. 

Un volume intelligent, et qui donne l'impression de rendre un peu plus intelligent. Une lecture puissante et vivifiante.

Gallimard, Paris, 2014, 266 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-07-014737-3.

Après deux guerres
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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