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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 06:20

Correspondance d'Henri Suillaud

Boulanger Maître-Coq à bord du cuirassé Suffren

Ives Rauzier

Les témoignages "du bas" dans le domaine de la guerre navale sont rares. Celui-ci l'est d'autant plus que l'auteur de ces correspondances n'est pas à proprement parler "marin" et que les lettres sont retranscrites telles que rédigées, avec l'orthographe et la syntaxe d'origine. Ce dernier point d'ailleurs étonne au départ, puis (même si le lecteur s'habitue peu à peu) énerve parfois : n'était-il pas envisageable, après avoir reproduit à l'identique quelques courriers pour présenter les correspondances authentiques, de corriger (en le précisant dans l'introduction) les fautes les plus importantes et régulières pour la facilité de lecture aujourd'hui ?

Si elle est dense, cette correspondance couvre une période relativement limitée : d'août 1914 à janvier 1916. Durant ces dix-huit mois, le navire à bord duquel est embarqué Henri Suillaud est d'abord en charge du transfert des troupes d'Afrique du Nord vers la métropole, puis de la protection au débouché du canal de Suez des navires alliés en Méditérannée orientale "pour convoyer les indiens jusqu'à Marseille", enfin il est longuement engagé dans le large secteur des îles grecques et de l'accès aux Dardanelles. Il participe aux patrouilles, à la lutte contre les sous-marins ennemis, aux opérations actives contre les Détroits turcs. Il raconte qu'il croise au large de telle île ou dans tel port d'autres navires français ou britanniques célèbres, on passe de Moudros (on n'imagine généralement pas en France l'importance prise par ce port pour les flottes britannique et française) au large de Smyrne, d'Imbros à Port Saïd, puis à partir de l'automne 1915 surgit avec une fréquence croissante le nom de Salonique. Outre les observations et réflexions que lui inspire ce qu'il voit et ce qu'il peut lire sur l'évolution générale des situations militaires et diplomatiques dans la région (nombreuses réserves sur les articles des journaux), il consacre bien sûr une grande partie de ses lettres à des considérations familiales et financières, à encourager sa femme, à l'assurer qu'il attend avec impatience un retour vers Marseille ou Toulon qui tarde et une permission qui ne vient pas : "Tu sais, l route de Toulon est dangereuse, mais ça ne fait rien on me dirait que nous partons pour Toulon je serais bien content qu'and même, le sous-marin ne viendra pas vite nous torpiller" (29 septembre 1915). Les dernières cartes postales parlent de Messine, de Malte, et d'un retour dans quelques jours. Le Suffren sera coulé à la fin de la même année au large du Portugal alors qu'il rentre vers Lorient, entraînant dans la mort près de 650 marins.

Un témoignage très intéressant car ces correspondances abordent tout autant les questions privées que les descriptions de l'emploi du navire, les relations amicales que les sujets plus politiques, les sentiments personnels que les rumeurs des ports, etc. Un livre qui apporte beaucoup à notre connaissance du vécu des marins dans les opérations navales en Méditérannée.

TheBookEdition, Lille, 2014, 203 pages, 15 euros.
ISBN : 978-2-9501954-7-0.

Commander directement le livre : ici

Pour contacter l'auteur : ici

Guerre navale

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 06:00

La mort d'Albéric Magnard

3 septembre 1914

Jean-Jacques Langendorf

Une toute petite brochure, pour un texte paru pour la première fois il y a neuf ans dans un recueil de nouvelles.

Une histoire familiale et humaine un peu compliquée, d'un pianiste de bonne famille, entre l'Allemagne, la France et l'Angleterre dans les années qui précèdent la Grande Guerre. Après quelques déboires (familiaux, sentimentaux, intellectuels), il se replie sur lui-même, mal dans sa peau et dans sa tête. En août 1914, il semble se décider à l'engagement face à l'invasiion allemande, mais ne rejoint finalement que sa propriété pour éventuellement la protéger (?) si l'envahisseur veut s'y installer. Pour défendre son beau-fils arrêté par les Allemands, il ouvre le feu avec son revolver et tue deux soldats. Son geste est pris pour une action de francs-tireurs par l'unité allemande de passage, d'où représailles sur le village et incendie de sa maison... C'est tout. Et puis ? Plus rien. Lu en quinze minutes. Une approche romancée des premières semaines de guerre.

Quelques pages pour retracer la vie d'un musicien mal dans son monde. D'un homme mal dans son temps. 

Le Polémarque, Nancy, 2014, 34 pages, 8 euros.

ISBN : 979-10-92525-01-4.

Mort d'un artiste

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 06:15

La Grande Guerre oubliée

Russie, 1914-1918

Alexandre Sumpf

Enfin ! Depuis longtemps, l'historiographie française relative à la Russie tsariste dans la guerre n'avait pas évolué. Cette belle étude comble indiscutablement une lacune.

A l'occasion du centenaire de la Grande Guerre, il est agréable de voir que certains historiens se mobilisent pour éclairer des zones d'ombre, telle que le rôle de l'Empire tsariste pendant ce terrible conflit. Et c'est un ouvrage d'histoire totale particulièrement réussi sur ce sujet que nous livre Alexandre Sumpf, maître de conférences à l'université de Strasbourg et soviétologue spécialisé en histoire sociale.
L'ouvrage se compose de neuf parties que l'on peut diviser en deux grands moments.   
La première partie composée des quatre premiers chapitres (« La Russie s'en va en guerre », « Le théâtre de la guerre », « Les coulisses de la guerre » « Les épreuves de la guerre »)  s'attache à montrer la réussite relative de la mobilisation dans un pays soumis à des contraintes géographique et politique majeures. Le manque de modernité du pays force le gouvernement du Tsar à déployer des trésors d'ingéniosité pour augmenter sa production industrielle nécessaire dans une guerre moderne. Pourtant, malgré une mobilisation du pays sans précédent, aucun des objectifs industriels n'arrive à être atteint, notamment dans le domaine de l'armement alors que l'armée russe doit faire face, contre les forces allemandes, à une guerre de matériel. L'auteur aborde aussi les problèmes que rencontrent les forces tsaristes en Galicie autrichienne, les différentes formes que prend l'occupation tout au long de la guerre et aborde les questions des identités nationales et de l'unité du pays autour de la personne du Tsar de façon tout à fait passionnante.
La seconde partie (« Une société mobilisée », « La dissolution de la nation impériale », « Le catalyseur de la Révolution » et « De la guerre impérialiste à la guerre civile ») détaille les raisons d'une rapide et brutale descente aux enfers. Les effets psychologiques de la « Grande Retraite » sur les sociétés civile et militaire russes sont dévastateurs tandis que resurgissent les vieux démons de la révolution avortée de 1905. L'outil militaire, malgré les succès majeurs du général Broussilov, se montre incapable de remporter la victoire décisive tant promise et précipite la chute du régime tsariste en février 1917. Mais le bouillonnement politique de février ne va pas cesser d'empirer, pour atteindre son point culminant en octobre, après la prise de pouvoir par les bolcheviques dans un pays désemparé mais qui continue à se battre peu ou prou sur trois fronts envers et contre tout. La suite est bien connue : Brest-Litovsk, les tentatives (réussies ou manquées) d'indépendance des peuples exogènes de l'Empire, une guerre civile d'une brutalité jamais vu jusqu'alors... Après un récit d'une grande érudition et agréable à lire, le dernier chapitre, « Une guerre oubliée ? », fait l'état de la mémoire de la Grande Guerre en Russie et sert de conclusion ainsi que de parenthèse historiographique, ouvrant de nombreuses possibilités d'étude pour les actuels et futurs historiens.
Une synthèse brillante sur une armée et une société russes que l'on voit se décomposer au cours des années 1914-1918 et qui sombre ensuite dans une des plus violentes guerres civiles de l'histoire contemporaine. Quelques erreurs factuelles sur les données militaires se glissent dans le récit, qui n'est pas totalement exempt d'opinions plutôt favorables au rôle de la Russie, mais les analyses pertinentes sur les souffrances et les mutations de ce peuple confronté aux désordres et aux malheurs de la guerre internationale puis intérieure sont très intéressantes et l'on pardonne donc aisément ce petit défaut. Une cartographie bienvenue, un état des archives russes très appréciables pour ceux qui pourront les consulter et une bibliographie succincte viennent accompagner l'ouvrage et aident à soutenir et justifier l'ensemble de l'ouvrage. En résumé, un essai « d'histoire totale » de qualité, agréable à lire, utile, et à mettre sous le sapin de tous les amateurs d'histoire !

Thierry Barroca

Perrin, Paris, 2014, 527 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-04045-1.

Allié oriental

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 06:15

Nicole Mangin

Une Lorraine au coeur de la Grande Guerre

Jean-Jacques Schneider

L'auteur, qui s'est déjà distingué avec une histoire du Service de santé de l'armée française à Verdun en 1916 (éditions Serpenoise, 2008), nous présente la biographie de Nicole Mangin, seule femme médecin sous l'uniforme dans l'armée française de la Grande Guerre, jusqu'à sa mort par suicide en 1919 à l'âge de 41 ans.

Les sept premiers chapitres s'intéressent à la période qui précède la Première Guerre mondiale, dans un contexte social qui ne favorise pas l'émancipation des femmes, leur accès à l'université et l'exercice d'une profession de "notable". Mariée puis divorcée jeune (25 ans), elle prépare et soutient sa thèse de médecine tout en travaillant sur le cancer et la tuberculose et fonde, peu avant les déclarations de guerre l'Association des infirmières visiteuses de France. C'est donc une personnalité tout à fait exceptionnelle qui, au début du mois d'août 1914, est convoquée par erreur dans le cadre de la mobilisation. Les neuf chapitres qui suivent nous racontent donc son histoire particulière durant la guerre. Sans hésiter, elle rejoint le dépôt qui lui est désigné et refuse de quitter les lieux lorsque l'administration s'aperçoit de son erreur : une femme sous l'uniforme ! La pénurie de médecins est telle qu'elle est finalement conservée, à la surprise du supérieur qui la reçoit. Elle rejoint le secteur de Verdun à l'automne et reste dans la proche région, dans différentes formations sanitaires, pendant deux ans. Elle connait donc les puissantes offensives allemandes du printemps et de l'été, durant lesquelles elle se comporte avec le plus grand courage : "Ne se contentant pas d'opérer les blessés, elle sillonnera, accompagnée d'un infirmier et d'un brancardier, le champ de bataille au volant d'une camionnette sanitaire offerte par l'un de ses anciens malades, voiture sanitaire automobile dont elle bénéficie pour son seul usage. A son bord, elle participe à l'évacuation des blessés dans la zone de l'avant ainsi qu'à leurs premiers soins au plus fort des violentes offensives allemandes des mois de juin et juillet 1916. C'est ainsi qu'un jour, elle se fait remarquer, avec étonnement, par des troupes tenant les caves et les tranchées du village de Fleury, lors d'un de ses passages dans les ruines de la localité. Un petit sourire, un vague bonjour de la main, et l'automobile sanitaire poursuit son chemin en cahotant, sous le regard médusé des poilus et leurs sifflements à la vue d'un visage féminin". Nommée médecin-major (capitaine), elle prend la direction de l'hôpital-école Edith Cavell à Paris, sorte d'école d'application du temps de guerre pour le personnel infirmier. Tout en assurant ses responsabilités de direction, elle s'investit dans la lutte contre l'épidémie de grippe espagnole et s'engage dans l'action sociale et le mouvement "féministe" (derniers chapitres).

Une vie hors-norme dans une époque où la mysoginie était la règle. Une force morale exceptionnelle et un courage aussi bien physique qu'intellectuel qui force le respect. Une biographie au long de laquelle la personnalité de Nicole Mangin est toujours replacée dans son contexte spatial et temporel. Un ouvrage agréable à lire et tout à fait intéressant.

Editions place de Stanislas, Nancy, 2011, 223 pages, 19 euros.
ISBN : 978-2-35578-090-5.

Femme médecin

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 06:20

Couples dans la Grande Guerre

Le tragique et l'ordinaire du lien conjugal

Clémentine Vidal-Naquet

A partir de sa thèse, Clémentine Vidal-Naquet propose qui nous invite à retrouver, dans la correspondance privée de couples, les traces et les formes du maintien d'un lien intime à distance : aimer pendant la guerre, espérer quand l'avenir est sombre.

Organisé en trois grandes parties, le livre traite successivement de "La désorganisation de l'ordre conjugal" du fait de la séparation imposée par la guerre, et aux conséquences sociales ou juridiques qui en découlent (une forme de "recomposition" des cellules familiales en l'absence du mari, ou l'accroissement -relatif- du nombre de mariages mais aussi de divorces dans les années qui suivent par exemple) ; puis du "Pacte épistolaire", dans ce qu'il représente de facteur de stabilité à laquelle se raccrocher (le rythme des lettres dans le temps, les ruses pour préciser le lieu de stationnement, etc.), mais aussi ses limites et (presque) ses fantasmes ("Quand vous m'écrivez une petite lettre bien tendre, qui est pour moi toute seule, elle me fait penser quand nous déjeunions ou dinions chez votre mère et que, tout en gardant un air innocent, vous me faisiez une petite caresse sous la table") ; enfin des "Impensés de la séparation", qu'il s'agisse de la problématique du retour, espéré ou vécu, ou des conséquences de la mort et de la solitude qui en résultent : "L'annonce -officielle ou officieuse- vient bien souvent confirmer les craintes suscitées au préalable par l'absence de courrier". La boucle est pour ainsi dire bouclée.

Ce volume parle-t-il de la Grande Guerre ? Oui, indirectement au moins, elle figure en fond de tableau même si elle est parfois impalpable. Et l'analyse de ces correspondances permet de saisir la part de celle-ci, même lorsqu'elle est tue ou simplement indirectement évoquée, dans l'intimité des couples. Histoire culturelle, histoire des sentiments, histoire de la vie privée et de la séparation. Un livre important sans nul doute pour ceux qui s'intéressent plus particulièrement à ces thématiques.

Les Belles Lettres, Paris, 2014, 678 pages, 33 euros.

ISBN : 978-2-251-44510-6.

Couples en guerre

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 06:00

Pétain

Bénédicte Vergez-Chaignon

Une biographie complète d'un personnage dont le nom est immensément connu mais dont la vie est paradoxalement extrêmement oubliée du grand public. Le pari était osé et Bénédicte Vergez-Chaignon le réussit de belle manière.

Tous ceux qui ont travaillé sur les archives des principaux responsables civils et militaires français de la Grande Guerre savent que Pétain est souvent, dès les premiers mois de guerre, très contesté : on lui reconnaît certes des qualités, mais il est régulièrement taxé de pessimiste, d'excès de prudence voir d'esprit défaitiste. Après avoir été porté aux nues durant l'entre-deux-guerres, c'est le même homme qui, en juin 1940, prend la responsabilité du pouvoir et demande l'armistice. Cette simple conjonction interroge. De même, il est l'homme des offensives à objectif limité (en germe dès le printemps 1916 et montées à grande échelle à l'été 1917), celui qui bénéficie de "l'armée des 100.000 hommes" pour lutter contre la rébellion marocaine et dont on dit qu'il "s'associe" à chasser Lyautey du sultanat, puis le ministre et l'ambassadeur de la IIIe République. C'est enfin le vieillard des années 1940, qui semble balloté entre Laval, Darlan et quelques autres (dont son entourage personnel immédiat), et au sujet duquel le général Doumenc note, à l'issue d'un ultime entretien privé en décembre 1941, que sa mémoire est défaillante et qu'il lui semble manipulé par ceux qui l'entourent.

C'est dire si la publication d'une biographie enfin apaisée d'un tel personnage était nécessaire et l'on ne peut que féliciter l'auteure de s'être lancée dans ce véritable challenge. Suivant un plan chronologique, elle nous présente l'ensemble de la vie et de la carrière du futur chef de l'Etat français, de "L'officier, 1878-1914" au "Condamné, 1945-1951". Avec un souci de la mesure qui l'honore, un recours systématique aux archives et aux témoignages, une remise en contexte précieuse, Bénédicte Vergez-Chaignon brosse ainsi un portrait en nuances, auquel on a tendance à adhérer. Concernant son avancement comme officier par exemple, souvent présenté comme lent et besogneux jusqu'au grade de colonel, elle remet les choses en place par rapport aux règles du temps. Bien sûr, ici ou là, telle phrase ou telle affirmation pourront réveiller "l'urticaire" des uns ou des autres, mais une lecture attentive montre qu'elle a pris le soin, généralement dans la présentation de la situation du moment, d'en fixer les limites ou d'en préciser les origines. On n'échappe pas non plus à une forme de sympathie pour le sujet d'étude (et ceux qui ont passé trois ou quatre ans à "fréquenter" un grand personnage pour en décrire la vie comprendront), qui conduit sans doute à évacuer certains aspects de sa personnalité ou à minimiser certaines décisions. Dès 1915, Pétain a ses propres réseaux politiques et journalistiques et, s'il ne leur est pas toujours fidèle dans la durée, du moins sait-il ponctuellement les utiliser : la "construction" de sa propre image et de sa réputation nationale à partir de la fin de la Grande Guerre ne lui est pas totalement étrangère. 

Au-delà de ces débats historiographiques, un livre essentiel dans la production récente, par le nombre, la diversité et la qualité des sources et documents utilisés. Une biographie de référence dont chaque amateur de l'histoire de France sur la première moitié du XXe siècle doit absolument disposer.

Perrin, Paris, 2014, 1038 pages, 29 euros.

ISBN : 978-2-03885-4.

Défaitiste ?

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 06:20

Les travailleurs militaires italiens

en France pendant la Grande Guerre

Hubert Heyriès

Catégorie de population très largement méconnue, à la fois combattants et non combattants, les travailleurs italiens en France (TAIF) en 1917-1918 bénéficient enfin d'une monographie quasi-complète.

Spécialiste de l'Italie et de l'armée italienne (dont les Garibaldiens), Hubert Hyeriès nous propose un ouvrage solide, organisé en trois parties principales qui lui permettent d'aborder tous les thèmes : "Des travailleurs", "Des combattants" et "Des hommes". Procédant pédagogiquement, il pose le contexte et explique pourquoi et comment des dizaines de milliers de soldats italiens sont arrivés dans l'hexagone pour exécuter dans l'arrière front des travaux d'aménagement du terrain ou pour participer à la production industrielle de guerre à l'intérieur. Dans ce grand marchandage franco-italien, sur fond de défaite de Caporetto et de crise des effectifs en France, Hubert Heyriès aborde aussi bien les aspects politiques et diplomatiques que strictement militaires. Il précise le rythme des débarquements en France, l'organisation de ce contingent particulier et ses structures de commandement comme de maintien de l'ordre, ou les efforts de propagande qui les entourent. Mais il raconte aussi "Les affres de la vie quotidienne", les fatigues et la lassitude de ces soldats, leur inadaptation à la mission souvent, car les autorités italiennes en profitent pour envoyer en France ceux dont elles ne veulent plus de leurs rangs. Entre deux lettres anonymes de dénonciation (vieille tradition des biens-pensants) et deux rapports des forces de l'ordre, quelques cas d'insubordination ou de désertions, surtout au moement des grandes offensives allemandes du printemps 1918, entre amitié proclamée avec la soeur latine et oubli mémoriel du réel sacrifice italien, l'auteur nous brosse un tableau tout en finesse de ces parcours individuels et collectifs.

On apprécie la solidité de l'appareil de notes, de la bibliographie et des sources, l'index complet, une table des sigles et une chronologie bienvenue. Sans doute l'ouvrage de référence sur le sujet. 

Presses universitaires de la Méditerranée, Montpellier, 2014, 272 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2-36781-102-4.

Travailleurs étrangers

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 07:15

La Saône-et-Loire pendant la Grande Guerre

Franck Métrot et Pierre Prost

Une belle étude sur un département de l’arrière pendant la Première Guerre mondiale, réalisée à partir d’une exploitation visiblement large des archives communales et départementales.

En étudiant avec une précision et un sérieux qui méritent d’être soulignés le cas particulier de la Saône-et-Loire pendant la Grande Guerre, les deux auteurs nous offrent en réalité bien plus. En effet, département rural mais aussi industrialisé (Le Creusot), de l’intérieur sans être le plus éloigné du front, la Saône-et-Loire est sur bien des points emblématique de ce qui s’est déroulé dans d’autres régions. C’est ainsi que les chiffres présentés, les constatations faites, les développements proposés à partir de ce département peuvent être non seulement utilement comparés à d’autres situations locales durant la même période, mais complètent aussi les données nationales connues. Après avoir brossé le tableau du département en 1914 et les conséquences immédiates de la mobilisation, Franck Mérot et Pierre Prost détaillent les conséquences militaires et sociales de la guerre, des six régiments (dont trois d’active) essentiellement levés dans la Saône-et-Loire à la présence de soldats étrangers, de prisonniers des puissances centrales, à l’organisation des soins aux blessés, aux cas de désertion et de fusillés, etc. Les chapitres 3 et 4 sont consacrés à la mobilisation des ressources industrielles et agricoles dans leur diversité (y compris les mines), à l’émergence progressive d’une contestation sociale, aux réquisitions diverses (en nature, volume et conséquences), aux questions monétaires et financières (emprunts et souscriptions nationales mais aussi « monnaie locale »), etc. Les chapitres 5 et 6 abordent des questions plus politiques, liées à la propagande et à la mobilisation intellectuelle, à la censure, au maintien de l’ordre public et à la surveillance des suspects. Les deux derniers enfin s’intéressent à l’organisation de la bienfaisance et de l’action sociale, aux problèmes propres aux réfugiés des régions envahies (quelques pages à la fois plus particulièrement originales sur les conséquences et le coût de cet accueil), puis aux manifestations du « devoir de mémoire » après l’armistice, dans les cimetières, par le biais de monuments, dans les églises, et jusque dans l’évolution de la toponymie.

Complété par divers tableaux et graphiques, bien illustré par une iconographie en lien direct avec le sujet, ce petit volume intéressera bien sûr les amateurs d’histoire régionale, mais il sera très utile également à tous ceux qui s’intéressent à la Grande Guerre dans la diversité de ses manifestations et composantes à l’intérieur.

Editions Sutton, Saint-Avertin, 2014, 192 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-8138-0848-6.

Solide étude départementale

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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 06:00

Bis zum Ende - Jusqu'au bout.

Août-septembre 1914 : la Lorraine bascule dans la guerre

Kévin Goeuriot et Nicolas Czubak

Récompensé par le prix "Maginot" lors du récent salon du livre de Verdun, cet ouvrage fait la synthèse de plusieurs années de recherche et de visites sur le terrain, et rend un hommage appuyé à la Lorraine et aux combattants des premières semaines de combat.

Organisé en cinq chapitres, il présente chronologiquement les événements antérieurs à la déclaration de guerre, la montée en puissance de fin juillet - début août, la mise en place de la couverture, l'arrivée des mobilisés et les premières escarmouches. Le chapitre 3, central, précise les conditions d'entrée en campagne, du côté de chaque belligérant, et insiste bien sûr sur les meurtrières batailles du 22 au 25 août. Cette partie, traitée avec un grand souci du détail sur la base en particulier des JMO des unités, bénéficie pour chaque combat de plusieurs très belles et très lisibles cartes réalisées par les auteurs eux-mêmes. Le chapitre 4 s'attache à décrire "le martyr des populations", dont les villages furent incendiés, les Bavarois se comportant de manière particulièrement cruelle. Le chapitre 5 enfin traite des opérations de septembre, qui voient les Allemands porter leur effort en direction de la Meuse et de Saint-Mihiel avec en particulier le combat de la Selouze.

Insistons une nouvelle fois sur l'importance et la qualité de l'iconographie et en particulier de la cartographie. Le volume se termine sur une belle bibliographie (dont de nombreux témoignages) et l'indication précise des sources françaises et allemandes utilisées. Un beau volume qui apparte une contribution aussi complète qu'utile à notre connaissance du début de la Grande Guerre en Lorraine. 

Editions Serpenoise, Metz, 2014, 247 pages, 30 euros.

ISBN : 978-2-87692-958-6.

Batailles des frontières

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 06:00

 

Journal de la guerre

1914-1919

Guy de Pourtalès

Né en Allemagne, ayant vécu en Suisse, Guy de Pourtalès est mobilisé en 1914 mais il ne connaîtra pratiquement pas le front. Interprète militaire, il est successivement affecté sur des postes en lien direct avec la conduite de la guerre sans en subir les dangers immédiats.

Au jour le jour, Guy de Pourtalès note les informations dont il peut disposer, les rumeurs qui lui parviennent, rend compte des évolutions de l'état d'esprit public et de celui des élites qu'il fréquente, se laisse aller à quelques commentaires à chaud, généralement contredits quelques temps plus tard : "La frousse des Parisiens est scandaleuse, ainsi que la fuite du ministère. Je fais le pari que si nous sommes victorieux, ce gouvernement là restera in aeternum à Bordeaux". Du fait de sa position sociale et de ses relations familiales, il intègre plus souvent que d'autres des considérations relatives aux questions internationales et s'intéresse au potentiel russe, à l'attitude de la Turquie ou des royaumes balkaniques, etc. Affecté comme officier de liaison auprès des Britanniques, il raconte la vie de leurs états-majors et celle de l'arrière-front dans la région d'Armantières, où il apprend l'emploi par les Allemands de gaz de combat en avril 1915 : "Les artilleurs ont vu tout à coup les Boches devant eux, à 400 mètres ! L'infanterie n'avait pu tirer un coup de feu, tellement la surprise de cette nouvelle méthode avait été complète et efficace". Longuement hospitalisé pendant l'année 1915, il observe le personnel hospitalier et attend les visites. Après avoir temporairement rejoint une nouvelle formation britannique, il est détaché au ministère des Affaires étrangères et passe à la "Maison de la presse" pour s'occuper de propagande, et devient en Suisse le gérant du plus grand quotidien de Suisse romande. Sa situation se détériore à la fin de l'année 1917 lorsque, dans le cadre de la lutte contre le défaitisme, l'existence d'un cousin allemand officier dans l'armée impériale jette sur lui le soupçon, sinon le discrédit, et il doit quitter le service. Les quelques 200 dernières pages concernent ainsi la période qui suit le 11 novembre. Quelques descriptions intéressantes, dont celle de l'entrée du président Poincaré à Strasbourg, ou les premiers temps de la libération de Metz.

Un témoignage intéressant et original, ne serait-ce que parce l'intéressé occupe des fonctions à la fois périphériques mais proches du conflit, mais aussi du fait de son statut social et de ses activités d'auteur. Un angle d'approche et des analyses qui méritent vraiment d'être connues.

Editions Zoé, Genève, 2014, 1008 pages, 34 euros.

ISBN : 978-2-88182-927-7.

Témoignage distancié

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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