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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 06:00

La Grande-Bretagne dans la Grande Guerre

Pascal Le Pautremat

Avec un peu de retard par rapport à sa parution, voici donc la présentation du seul livre récent consacré en France à l'histoire générale du Royaume-Uni et de son armée pendant la Grande Guerre. Situation d'autant plus étonnante que le rôle du principal allié occidental a été d'une importance essentielle sur le front du Nord-est, mais aussi parce que Londres a, en Orient et outre-mer, clairement (et légitimement) suivi sa propre politique.

Pascal Le Pautremat, après un premier chapitre qui fait le point de la situation du Royaume-Uni avant la Grande Guerre, en particulier dans les domaines politique, économique et stratégique, puis un second  qui détaille les modalités de montée en puissance militaire et de l'économie de guerre, organise son propos de façon chronologique, année par année (chap. 3 à 7, de 1914 à 1918). L'ultime chapitre enfin est consacré à la sortie du conflit et à l'immédiat après-guerre, au plan international comme intérieur. Très descriptive, l'étude apporte beaucoup en termes de connaissance de l'allié, de son engagement, de l'équipement et de l'emploi de ses troupes, de sa mobilisation industrielle et de son "home front". Il est peut-être trop mesuré dans l'analyse et la problématique, en particulier pour ce qui concerne les tensions (récurrentes) franco-britanniques, souvent à peine évoquées au détour d'une phrase. De même, si l'empire est bien sûr régulièrement cité, l'ouvrage reste clairement centré sur la métropole et les îles britanniques, et les fronts orientaux périphériques (à l'exception des Dardanelles) sont un peu rapidement abordés. Peut-être le sujet était-il trop ample pour être traité en un seul volume ?

On apprécie la longue biblioraphie finale très variée et les annexes (dont l'annexe 2 qui présente l'effort humain de la Grande-Bretagne dans la guerre sous forme de tableaux). Un volume qui, dans le quasi-désert éditorial sur le sujet mérite indiscutablement d'entrer dans votre bibliothèque.

SOTECA 14-18 Editions, Saint-Cloud, 2014, 320 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-9163-8531-0.

Entente Cordiale ou Perfide Albion ?
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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 06:00

Du sang bleu dans les tranchées

Bertrand Goujon

Excellent ! En dépit de quelques réserves personnelles (les goûts du lecteur...) les publications se succèdent chez Vendémiaire avec un niveau maintenu d'exigence foncière et de qualité.

L'auteur introduit son livre par une citation extraite de la Grande illusion, entre le major Rauffenstein et le capitaine de Boëldieu, donnant ainsi le ton de l'ouvrage : "Je ne sais pas qui va gagner cette guerre ; la fin, qu'elle qu'elle soit, sera la fin des Rauffenstein et des Boëldieu"... A partir (en particulier) de très nombreux témoignages publiés (on se reportera utilement à la bibliographie finale), Bertrand Goujon retrace les parcours de guerre, dans leur variété mais avec quelques constantes, de la noblesse française, et d'abord de cette petite noblesse provinciale qui souvent, "sur ses terres", structure et polarise encore en 1914 la vie locale. Peut-être aurait-il été, d'ailleurs, nécessaire de préciser davantage ce que représente ces "nobles" dans leur diversité économique, sociale et culturelle, le simple fait d'arborer une particule, voire de porter un titre, ne suffisant pas à la définir. Le récit est, pour ceux qui s'inéressent déjà aux échelons "intermédiaires" de commandement, assez entendu, mais il offre l'intérêt de multiplier les citations et références. Partant des "Illusions perdues de l'été 1914", il termine par "L'impôt du sang et la mémoire des morts", passant par l'évolution des sentiments au long de la guerre, l'existence d'embusqués (comme dans toutes les couches de la société), la certitude d'avoir "Un rang à tenir", le choix de certaines armes jugées plus prestigieuses, la volonté d'avoir aux yeux de tous un comportement exemplaire, etc. Bertrand Goujon insiste en particulier sur la "ruralité" ou le côté "province" de la plupart de ces nobles, et il souligne les particularités d'une classe sociale, pardon d'un corps social ce qui est différent, qui brille quelque part de ses derniers feux, avec un monde qui disparaît. Mais pour valider le fait que "les hauts gradés d'ascendance nobiliaire ont tendance à choisir leurs collborateurs parmi leurs pairs", une poignée d'exemples semblent d'autant plus insuffisant que l'on peut en présenter autant "prouvant" le contraire. Quelques graphiques statistiques de synthèse auraient été ici les bienvenus pour appuyer l'argumentation. On voit bien enfin, en conclusion, qu'un certain nombre de nobles anciens combattants sont élus à la Chambre ou au Sénat à partir de 1919, mais il faut aussi relativiser ces exemples en prenant en compte le nombre total de parlementaires, par exemple. Finalement, "les noblesses françaises" (il est bon de distinguer au sein même de ce groupe) sont après la guerre "globalement fragilisées en termes démographiques, patrimoniaux, économiques et politiques".

L'armée française de 1914-1918 était le fruit de quarante ans "d'ascenseur républicain" et si les nobles (terme générique) sont bien sûr représentés parmi les cadres subalternes et supérieurs, ils sont bien loin d'en être l'illustration absolue. Tout est ici fonction de finesse dans la description. Avec toutes ces difficultés, une étude courageuse et originale. Un livre riche et intéressant, où l'on appréciera les très nombreuses citations et références. Une plus value réelle dans notre connaissance de la mosaïque des armées de la Grande Guerre.

Vendémiaire, Paris, 2015, 669 pages, 25,- euros.
ISBN : 978-2-36358-156-3.

Noblesse de France
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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 06:15

14 - 18

Du front vers la Corrèze

Ce catalogue à petit tirage de l'exposition organisée à Tulle (ici) et visible jusqu'en mai prochain est un véritable livre sur le service de santé militaire.

La première partie détaille les formations sanitaires de l'avant, de la relève des blessés sur le champ de bataille à l'évacuation par trains vers les hôpitaux de l'arrière. La second s'intéresse logiquement aux formations de l'arrière, des hôpitaux militaires ou civils de différents statuts aux dépôts de convalescents. La troisième enfin revient sur l'ensemble des organismes et modalités de soutien aux blessés, des différentes oeuvres de guerre à la rééducation des mutilés. Chaque partie se termine par un portrait en double page d'un médecin ou d'un grand blessé. Parmi les nombreuses annexes, on note un utile index des sigles, une liste des hôpitaux militaires en Corrèze, l'indication précise des sources dans les archives et une solide bibliographie. En résumé, un volume très riche, parfaitement illustré, accompagné de nombreuses citations. Si vous pouvez en obtenir un exemplaire, vous ne perdrez pas votre temps.

Archives départementale de la Corrèze, Tulle, 2014, 95 pages, 15 euros (site des archives : ici).

Blessés de (et en) Corrèze
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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 06:15

Mort au combat !

Le sort des soldats tués pendant la Grande Guerre

Gilles Vauclair

Avec cette nouvelle étude, Gilles Vauclair fait un point pratiquement complet de la question des morts au combat, comprise au sens large.

Partant d'une présentation assez rapide des pertes (non pas au plan strictement quantitatif mais afin de traduire leur importance pour les survivants et la société), il s'intéresse successivement à la législation et à la réglementation et à leur évolution, aux pratiques mortuaires sur le champ de bataille, aux honneurs rendus par les armées en campagne, à la question des disparus. Il passe ensuite à une approche plus individuelle avec la délicate question de l'identification des corps, mais aussi celle plus douloureuse encore des vols sur les dépouilles et s'interroge ensuite sur le problème des épidémies, parfois bien meurtrières également. Il faut, bien sûr, prévenir la famille du défunt et les chapitres 9 et 10 traitent de ce difficile sujet, où les procédures administratives peuvent être longues et difficiles, sans compter que les autorités locales de l'intérieur ne sont pas toujours en empathie, tandis que le chapitre 11 s'attachent aux manifestations intimes, privées et familiales du deuil. Une dizaine de pages sont consacrées aux rapports avec la religion, ce qui permet de passer de la tombe individuelle aux cimetières, avec là aussi l'évolution de la législation et des pratiques jusqu'à l'aménagement des grandes nécropoles d'après-guerre. On retrouve d'ailleurs ces sujets sus une autre forme dans les deux derniers chapitres consacrés aux monuments aux morts (chap. 16 en partie) et aux tombes militaires dans les cimetières communaux (chap. 17). Entre temps (chap. 14 et 15 et partie du chapitre 16), Gilles Vauclair nous parle des différentes catégories de morts et de la problématique de la recherche et du rapatriement des cadavres.

L'ensemble du volume multiplie les chiffres et références précises, s'appuie sur de multiples témoignages et de très nombreuses citations, tandis que ponctuellement l'auteur n'hésite pas à aborder, au moins à la marge, ces questions pour les autres belligérants. Enfin, on apprécie la grande richesse d'une iconographie aussi nombreuse qu'adaptée, pratiquement à chaque page. Un volume très complet qui mérite d'être connu et lu avec le plus grand intérêt.

Editions Sutton, Saint-Avertin, 2015, 175 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-8138-0817-2.

Honneur aux morts
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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 05:00

La guerre en photos vues des deux côtés

1914-1918

Massin

Un sentiment partagé sur ce livre, dont la richesse est indéniable mais dont l'organisation intérieure semble parfois un peu approximative.

Ni avant-propos, ni introduction, ni présentation : le lecteur entre de plein pied dans l'ouvrage, sans que les choix éditoriaux (pourquoi tel sujet plutôt qu'un autre par exemple) ne soient explicités. La quatrième de couverture annonce par ailleurs que "le fil conducteur de notre ouvrage, plus que la chronologie (dont il est néanmoins fait mention), c'est, au jour le jour et du matin au soir, la vie du soldat". Soit. Sauf que la chronologie impose sa dure loi (pourquoi le traité de Brest-Litovsk en page 91 -annoncé p. 89 dans le sommaire- entre Verdun, la Somme et la vie dans les tranchées ?) et que les thèmes retenus comme les illustrations choisies ne sont pas toujours en phase avec cette affirmation. Ceci étant dit, le livre présente le très grand intérêt de proposer aux lecteurs plusieurs centaines de photos, cartes, documents, illustrations diverses, mettant (pratiquement) toujours en parallèle les deux alliances en lutte, sur les pages paires la perception et les représentation figurées des Alliés, sur les pages impaires celles des puissances centrales. La priorité est donc très largement donnée à l'imge et le texte courant n'apporte rien de particulier. Mais pourquoi, par exemple, mettre en vis-à-vis Joffre et Hindenburg ? N'y a-t-il pas de photos de Falkenhayn ? Un volume extrêmement riche donc, mais qui semble avoir été mis en page un petit peu trop vite (tout d'un coup doubles pages de photos de soldats russes et du front oriental sans annonce ni contextualisation). Avec un peu plus de précisions dans l'organisation générale intérieure et dans la rédaction des légendes, il y aurait pu y avoir là un très grand livre. Dommage. C'est à chaque lecteur de "picorer" au fil des pages, de chercher ce qui peut l'intéresser davantage, et finalement d'y mettre l'ordre qui lui convient le mieux.

Un recueil d'illustrations et de photos très riche sur le fond, mais qui aurait gagné à soigner la forme.

Berg International, 2014, 175 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-37020-008-2.

Photos
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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 06:00

Les Eparges

Die Combres-Höhe

Nicolas Czubak et Pascal Lejeune

Sous-titré "Français et Allemands face à face sur les Hauts-de-Meuse, ce dernier titre publié de la collection 'Mémorial de Verdun' est extrêmement intéressant, car voici sans doute dans la littérature récente le livre le plus complet et le plus détaillé sur les terribles affrontements qui se succèdent pendant presque toute la guerre sur cet étroit secteur du front de Verdun. Le volume est construit sur un plan chronologique, des premiers accrochages du début du mois d’août 1914 aux derniers épisodes de la guerre des mines, à l’été 1918. On reste impressionné par le degré de précision atteint par les auteurs qui reconstituent le moindre assaut ou la moindre contre-attaque, parfois jusqu’au niveau de la compagnie, précisent les moyens employés, les armes et services présents, les pertes au fur et à mesure, en ayant toujours soin d’avoir un regard sur les deux belligérants en parallèle. Par ailleurs, presque chaque page bénéficie d’une illustration adaptée (généralement photo ou carte postale) et de nombreuses cartes détaillées indiquent la position des unités (on peut toutefois regretter que certaines ne soient pas plus nettes).

Les interminables et très meurtriers combats du printemps 1915 font en particulier l’objet d’un long chapitre (« La fureur, le sang, la boue »), et le texte courant est heureusement complété par de nombreuses citations et extraits de témoignages ; tout comme pour la partie consacrée à « La guerre des mines » (et l'on s'attardera sur la description des travaux entrepris par les Allemands dans le Combrestunnel). On notera que le livre est accompagné d'un DVD.

Un ouvrage qui, par son sérieux et sa précision, mérite d’être connu et qui passionnera indiscutablement tous les amateurs.

Editions Diacres, Paris, 2014, 287 pages, 20 euros.

ISBN : 979-10-92247-24-4.

Hauts-de-Meuse
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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 06:00

Aux sources de la Grande Guerre

Histoires inédites à travers les archives privées du Finistère

Maël Cariou et Yoric Schleef (Coord.)

Nouvelle publications régionales pour ce centenaire (et la Bretagne est en la matière une terre féconde), à partir de plusieurs dizaines de documents confiés aux Archives départementales du Finistère, en particulier à l'occasion de la "grande collecte".

Avec la particularité d'être engagés aussi bien sur les fronts terrestres que navals, comme le souligne l'introduction, les soldats du Finistère sont de tous les grands combats de la Première Guerre mondiale. Majoritairement fantassins, ils connaissant un taux de pertes (23%) supérieur à la moyenne nationale. Ce volume est organisé par années (1914, 1915, 1916, etc.) et pour chacune une sélection de documents nous permet d'approcher le quotidien de ces hommes et femmes, du survivant du naufrage du Bouvet à l'infirmière de Brest, de la bataille de Verdun à Salonique, des dernières offensives allemandes à la victoire si chèrement acquise. Il faut souligner l'importance et la qualité d'une iconographie souvent originale, présentée avec soin et avec un format adapté, ce point constitue l'une des forces du volume. Les modalités de "célébration du retour" et de deuil ne sont pas oubliées en fin d'ouvrage (magnifique représentation d'une bannière offerte en ex-voto), et l'on remarque en fin de livre la retranscription de la longue "Chanson de la Boisselle" (bilingue français et breton) ainsi que la reproduction d'un étonnant Livre d'or du notariat.

Une belle réalisation des archives départementales et une nouvelle documentation complémentaire pour tous les chercheurs qui s'efforcent de travailler sur des sources locales et régionales.

Editions Locus Solus, 2014, 128 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-36833-062-3.

Finistère
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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 05:50

Foi, religions et sacré

dans la Grande Guerre

Xavier Boniface et François Cochet (Dir.)

Ces actes de colloque contribuent, de façon très large, à mieux connaître et comprendre le rôle et la place, l'influence mais aussi les conséquences pour elles, des grandes religions dans la Première Guerre mondiale.

L'ouvrage est divisé en trois grandes parties ("Les religions mobilisées", "La foi éprouvée par la guerre" et "Le sacré et le sacrifice") qui regroupent au total dix-sept communications. Les intervenants s'intéressent aux différentes armées en guerre et aux différentes religions en présence. Protestants, juifs et musulmans sont ainsi ponctuellement abordés, même si le plus grand nombre de contributions s'intéresse aux catholiques. Les plus originales, dans la littérature francophone, sont à notre sens celles qui traitent des différentes manifestations de la présence et de l'influence du monde protestant (certaines interventions d'aumôniers canadiens sont impressionnantes), aussi bien en France que dans les armées anglo-saxonnes. Les excès de certains propos ne sont pas tus, en particulier dans les milieux catholiques mais aussi chez certains protestants. Dans sa communication sur "L'Etat et l'armée face à l'islam en France", Raberh Achi revient sur la crainte d'une manipulation des musulmans par l'Allemagne et leur prise en compte par les autorités. Dans son intervention consacrée au diocèse de Florence, Matteo Caponi rappelle en particulier la capacité "d'adaptation" du discours institutionnel religieux, des "messes philo-neutralistes" de l'automne et de l'hiver 1914 à l'office solennel de juin 1915 "pour implorer l'assistance divine sur nos combattants".

Les religions adoptèrent ainsi le discours de guerre en vigueur dans chaque pays, et ni les catholiques, ni les protestants ne purent influer, en tant que tels sur le cours des événements. Leurs organisations et liens internationaux, pas plus que ceux des socialistes en juillet 1914, ne parvinrent à imposer la paix. Il n'est pas à proprement parler question "d'accepter" la guerre, mais d'en expliquer les causes et le déroulement et de replacer telle ou telle église dans le cours de l'histoire. Les communications montrent aussi l'extrême diversité des situations, par ailleurs fluctuantes dans le temps et dans l'espace. Dans ce domaine également, la complexité est au coeur des travaux sur la Grande Guerre.

Artois Presses Université, Arras, 2014, 295 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-84832-201-8.

Religions en guerre
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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 05:50

Les poilus parlent aux Boches

L'histoire inconnue des fraternisations

Mathieu Fantin

Un livre dont la dernière phrase de l'introduction précise qu'il tentera d'appuyer la thèse selon laquelle "la haine de l'ennemi n'est pas un facteur déterminant de la ténacité des combattants dans cet enfer de quatre longues années". Une prise de position initiale qui, à quelques reprises, peut se révéler pénalisante.

Partant, explique-t-il dans l'introduction, d'un mémoire d'histoire rédigé en 2002, l'auteur part d'une anecdote (une fraternisation entre Français et Allemands très sommairement évoquée, sans le moindre détail permettant de revenir sur les faits) pour poser la question de ces rapprochements brefs et ponctuels, de ces négociations locales et informelles qui se sont manifestées durant la guerre entre deux tranchées ennemies proches. Il consacre plusieurs pages à définir son corpus de sources, écrites, orales et photographiques, publiques et privées, puis il s'intéresse aux soldats, à l'organisation militaire, au système-tranchées et au terrain des combats, à la vie des troupes (ennui, repos, coups de mains et patrouilles), avant de consacrer son chapitre 2 à la question de l'adaptation des individus au rythme et aux formes de la guerre : "Les combattants appliquaient ce système du 'vivre et laisser vivre' d'une façon plus ou moins instinctive, car les soldats des deux camps avaient généralement plus de haine de la guerre que de leurs voisins ennemis". Il aborde ensuite la question des fraternisations et des "trêves tacites", autour d'un peu de nourriture, de tabac, de musique. Les citations sont nombreuses, mais on peut s'interroger sur le crédit à apporter à celles tirées de romans (celle évoquée via Le feu, de Barbusse, p. 88). Il note également, et aurait sans doute pu insister sur ce point car la pratique est avérée, que certaines "fraternisations" initiées par les Allemands l'ont été sur ordre du commandement, pour contribuer à la démoralisation des soldats français, comme cela fut d'ailleurs systématisé et réussi sur le front oriental. Il observe également que les sanctions disciplinaires sont souvent inexistantes, ou au pire de faible importance, dans les cas avérés de fraternisation, ce qui traduit bien cette "renégociation locale", régulière, du commandement par les chefs de contact, qui prennent en compte au jour le jour la dureté des conditions de vie en ligne et comprennent les sentiments qui peuvent animer leurs hommes.

Ce texte courant d'une centaine de pages est suivi par de très nombreuses annexes (pp. 109-200), constituant une "anthologie des paroles échangées entre poilus et boches". Les références sont extrêmement nombreuses et proviennent d'ouvrages ultérieurs de nature très diverses, de témoignages, de correspondances, etc. Tous les exemples donnés ne prouvent pas une "fraternisation" effective ("La neige tombe depuis deux jours et elle ne fond pas, les Boches font des bonhommes de neige devant leur tranchée et cela nous amuse. On les démolit à coups de fusil") et il ne faut pas confondre la compassion dont on peut faire preuve pour un blessé voire pour un prisonnier (à quel moment par rapport à sa capture ? Celle-ci a été effectuée dans quelles conditions ? etc.), et le fait de vouloir "fraterniser" avec l'ennemi. En résumé, la vie et les rapports aux tranchées entre Français et Allemands ont naturellement été variés, fluctuant, complexes, et il aurait été surprenant que le seul discours de propagande (que la plupart des poilus savent relativiser) ait des conséquences dramatiques.

En résulé un petit ouvrage extrêmement intéressant, qui montre une nouvelle fois toute la diversité et la complexité des situations de guerre, mais qu'il faut lire avec beaucoup d'attention et en contextualisant chaque témoignage pour ne pas tomber dans le verbiage sentimentaliste.

Editions La boîte à Pandore, La Penne, 2014, 231 pages. 18,90 euros.

ISBN : 978-2-87557-150-2.

Fraternisations (et autres)
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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 06:15

14-18 en Rhône-Alpes

La fracture

Gilles Aubagnac

Une nouvelle étude régionale autour de la thématique de la Grande Guerre. Un petit format qui pèse lourd, non pas en nombre de pages ou en format (il tient dans la poche), mais par la quantité et la qualité des informations qu'il contient.

Gilles Aubagnac procède par touches successives. Son livre est divisé en quatre grandes parties ("Combattre", "Communiquer", "Fabriquer", "Vivre et mourir"), composées chacune d'une dizaine de chapitres thématiques de trois à quatre pages. A partir d'une situation locale, d'un cas concret ou d'une anecdote, il décrit ensuite un aspect de la guerre, ou des effets de la guerre dans la région et présente une synthèse du sujet. Des sujets d'ailleurs très nombreux, et souvent orignaux, sont ainsi abordés. Saviez-vous qu'un grand camp anglais avec son hôpital fut installé à Saint-Germain-au-Mont-d'Or (il y reste encore une centaine de tombes britanniques) comme étape pendant le trajet en direction des ports de la Méditerranée ou de l'Italie ? Que "la production d'ypérite est principalement réalisée par l'usine de Pont-de-Claix, près de Grenoble, à partir de 1916" ? Nous avons ainsi l'un des derniers discours de Jaurès, en meeting à Lyon le 25 juillet 1914 ; un point sur "la guerre des Territoriaux" qui finalement connurent tous les fronts ; sur l'emploi de l'occitan et du franco-provençal par les poilus de la zone de recrutement ; sur les usines d'armement, de munitions, de matériel aéronautique et bien sûr les camions Berliet comme les chars Saint-Chamond ; sur la production d'aspirine (brevet allemand au départ), sur les populations déplacées accueillies dans la région et sur les permissions agricoles, etc.

En résumé, un condensé précis des effets de la guerre en Rhône-Alpes, avec, le plus souvent, quelques références en fin de chapitre pour ceux qui veulent "aller plus loin". Un petit volume facile à lire, solide, pratiquement complet au regard de sa pagination, qui sera aussi intéressant pour les amateurs d'histoire locale et régionale que pour ceux qui ont une approche plus large de la guerre. A retenir et à conserver.

EMCC, Lyon, 2014, 159 pages, 12 euros.

ISBN : 978-2-35740-351-2.

Pour commander directement chez l'éditeur : ici.

Une région en guerre
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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