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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 06:00

Clemenceau au front

Samuël Tomei

Le Tigre, le Père la Victoire, celui qui martèle dans un discours célèbre devant les députés "Je fais la guerre", conserve une position très particulière aussi bien dans l'histoire politique de la IIIe République que dans celle de la Première Guerre mondiale.

Lorsqu'il devient président du Conseil à l'automne 1917, alors que la France traverse depuis plusieurs mois, en plein conflit, une interminable crise de confiance, il fait le choix d'être aussi ministre de la Guerre, pour bien marquer sa seule priorité. Depuis les premiers jours d'août 1914, celui que l'on surnommera "le premier poilu de France", souvent peu aimé voire craint, manifeste dans son journal, L'Homme Libre devenu L'Homme Enchaîné, aussi bien qu'à la tribune du Sénat ou dans les travaux des commissions, une volonté intransigeante de mener la guerre avec la dernière énergie tout en se souciant du sort quotidien des soldats-citoyens. A partir de septembre 1915, il commence ses visites sur le front et celles-ci vont se multiplier jusqu'en novembre 1918. Non seulement il rencontre les généraux dans leurs états-majors, mais il arpente les tranchées de première ligne : "Clemenceau est parti malgré la neige et malgré nous pour le fort de Douaumont : 6 heures de marche aller et retour. Il est étonnant à 75 ans", témoigne le général Guillaumat. Le livre nous présente donc chronologiquement ses visites sur l'ensemble du front de France, en compagnie, à partir de l'automne 1917, du fidèle général Mordacq dont les souvenirs sont fréquemment cités. A l'issue des déplacements, dans ses articles et au parlement d'abord puis au gouvernement ensuite, il s'inspire de ce qu'il a vu et des conversations qu'il a eu avec des combattants de tous grades pour impulser une énergie toujours renouvelée à l'arrière. Très largement illustré (on apprécie en particulier les nombreuses photos parfaitement reproduites, dont de nombreuses en grand format) et multipliant les citations judicieusement choisies, le livre complète utilement les récents ouvrages consacrés à Clemenceau. Il est aussi agréable au plan esthétique qe sur le fond.

A connaître et à conserver.

Editions Pierre de Taillac, Villers-sur-Mer, 2015, 175 pages. 14,90 euros.
ISBN : 978-2-36445-037-0.

Le Tigre

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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 06:00

Une autre "Petite Garnison"

Morhange, 1890-1918

Jacques Didier

Un joli album sur une petite garnison allemande d'Alsace-Lorraine. On a aujourd'hui oublié que la petite ville de Mohrange fut, après Metz, la deuxième garnison allemande de Lorraine et que le Kaiser lui-même y fit une visite remarquée.

L'avant-propos d'une demie-douzaine de pages pose le cadre historique. L'auteur rappelle par exemple que la garnison est l'une des plus mal considérée de l'armée allemande, où l'on ne trouve que le travail et l'ennui, "la terreur des jeunes officiers". La plupart des très (très) nombreuses illustrations proviennent des fonds photographiques conservés par les archives municipales (nouveau témoignage de la richesse des sources locales). L'album est divisé en quatre grands chapitres : "La garnison de Mohrange - L'urbanisation de la ville nouvelle" (dont deux cartes de 1883 et 1914 à la fin du livre permettent de visualiser l'évolution), "Les manoeuvres impériales et les visites de Guillaume II" (reportage très étoffé), "Les événements marquants célébrés à Mohrange", et "Les années de guerre 1914-1918 - La bataille de Mohrange".  Jusqu'à trois photos par page permettent de se représenter le poids que constitue l'armée impériale dans une petite ville, et l'on apprend au passage que la Kaiserstrasse est devenue après la guerre l'avenue Foch... A Mohrange, cela s'impose ! De même, c'est à l'importance de la population, causée par la croissance des effectifs, que l'on doit la création d'un tramway, dont l'activité cesse à la fin de la guerre.

Bref, au fil des photos, ce sont les pages d'une histoire un peu oubliée qui défilent. Et qui, au-delà de la simple présence militaire dans la ville, ouvrent sur bien des thèmes connexes. Un album très sympathique et qui peu apporter beaucoup en terme de quotidien de l'armée allemande d'avant 1914.

Editions des Paraiges, Metz, 2014, 112 pages, 25,- euros.

ISBN : 979-10-90185-56-2.

Morhange

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 06:00

La grande illusion

Quand la France perdait la paix, 1914-1920

Georges-Henri Soutou

Quand un spécialiste aussi éminent que Georges-Henri Soutou publie un nouvel ouvrage, il est indispensable de s'y attarder. On ne le regrette jamais.

Dans son introduction, Georges-Henri Soutou constate que "l'histoire mémorielle dérive souvent vers une forme de catharsis collective quelque peu voyeuriste. L'émotion se substitue à la réflexion", alors que, quoi qu'on en dise, "c'est l'histoire vue d'en haut, si on veut parler ainsi, qui a façonné l'avenir de la France et de l'Europe pour la suite, avec des répercussions jusqu'à nos jours". Il place par ailleurs son livre sous le signe original de l'étude parallèle des objectifs de guerre des principaux belligérants et des nombreuses manoeuvres officieuses pour nouer des conversations de paix, "jeu réciproque ... très révélateur des orientations politiques, géopolitiques, idéologiques, économiques des uns et des autres", peu souvent prises dans leur ensemble. L'ouvrage nous entraîne donc des idéaux et débats de l'avant-guerre et de la perception par la France de son environnement géopolitique à la paix bancale de 1919. Il en ressort que les Français élaborent des théories, parfois intellectuellement intéressantes, mais ne préparent aucun plan précis immédiatement réalisable. Au fil des chapitres, il décrypte les relations et les incompréhensions pendant la crise de juillet 1914, revient sur les développements de la diplomatie de guerre chez les Alliés, en particulier en direction des neutres, la place symbolique de la Belgique et de la Serbie, petites nations toujours "héroïques", et le rôle de la propagande, etc. Il constate le lent mûrissement jusqu'en 1917 des buts de guerre tels qu'ils seront finalement rendus publics, avec les questions en amont des nationalités, et donc de la survie des empires centraux après la guerre. Le rôle du Comité d'études, formellement rassemblé autour de Charles Benoist à partir de 1917, est légitimement souligné et Georges-Henri Soutou sait pointer, chaque fois que nécessaire, l'importance des questions économiques, commerciales et industrielles. Il traite bien sûr ensuite des conversations secrètes menées en 1917, souvent (mais pas seulement) à l'initiative de l'Autriche-Hongrie, dont il souligne les limites, les ambigüités et les différences d'approche et de réception entre Français et Britanniques aussi bien qu'au sein de l'appareil politique français. C'est enfin l'armistice, les conversations entre les trois Grands, le rôle du président américain, les priorités françaises, les efforts allemands pour limiter les conséquences négatives du traité "de Versailles" en discussion, mais aussi les conversations qui précèdent et entourent les autres traités avec les vaincus bulgares, turcs, autrichiens et hongrois désormais divisés, auxquels on n'accorde souvent que trop peu d'importance.

Une vraie, belle, bonne et grande synthèse. A entrer dès à présent dans sa liste des classiques de référence. 

Tallandier, Paris, 2015, 379 pages. 21,90 euros.

ISBN : 979-10-210-1018-5.

Gagner la guerre, perdre la paix

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 06:00

Nous autres à Vauquois

André Pézard

Voici la réédition à l'identique d'un texte paru pour la première fois pendant la guerre elle-même. Un texte qui raconte les durs combats pour la reconquête de la butte de Vauquois au printemps 1915, puis les efforts exceptionnels qu'il fut nécessaire de consentir pour conserver la moitié du sommet et du village jusqu'à l'automne 1918.

Le récit commence à la fin du mois de janvier 1915. Il est d'autant plus agréable à lire que l'auteur non seulement décrit ce qu'il voit, ce qu'il fait et ses pensées, mais aussi reconstitue les dialogues, avec ses camarades, ses subordonnés, ses supérieurs. Pour lui, les opérations actives dans ce secteur commencent à la fin du mois de février 1915 et, progressivement, inexorablement presque, les pertes s'ajoutent aux pertes. Les descriptions des engagements successifs sur un espace extrêmement restreint, pour une maison en ruine, pour un coin de rue, sont impressionnantes ; et celles des périodes d'attente ne le sont pas moins : "Les hommes ont eu juste le courage de creuser des trous dans le remblai ou le long d'un soubassement à peu près rasé ; les toiles de tentes sont maintenues au-dessus par des branches fichées ou par des cailloux pesants.De toutes parts, ces gîtes grossiers criblent la zone étroite qui fut naguère une ruelle campagnarde. Les poilus s'y accroupissent et s'y enchevêtrent par deux ou trois, sans cesse foulés aux pieds, sans cesse ensevelis sous leur toît qui s'effondre, sans cesse lapidés par des pierrailles qui croulent de la pente. La consigne du bataillon est que, le jour, la moitié des hommes peuvent se reposer, mais que, la nuit, tout le monde doit veiller : les guetteurs aux créneaux, les autres, baïonnette au canon, dans la tranchée". Les descriptions permettent de suivre les relèves (parfois dans un grand désordre), l'action de l'artillerie de tranchée, le percement des tunnels de mines et leurs effets mais aussi la crainte qu'ils inspirent, la préparation des grandes attaques aussi bien que celle des "petits" coups de main. On relève aussi celle d'un poilu visiblement victime d'un choc psychologique (pp. 181-182), et on note les observations d'expérience, qui autorise un calme apparent du chef de contact. Les effets de la pluie sur un réseau de tranchées déjà bouleversé par les bombardements sont décrits avec rigueur, sans oublier vis-à-vis des subordonnés les "négociations informelles" dans l'exercice du commandement, qu'il s'agisse des tenues ou de l'installation de la troupe par exemple. Entre mines et marmites, grenades et obus, cette remarque en mars 1916 : "Plus tard, on nous dira : 'Vous n'étiez pas à Verdun ? Vous n'avez pas subi la ruée allemande ? Vous ne savez pas ce que c'est que la guerre...'. Nous avons souffert autant que les autres -et nous souffrons depuis plus d'un an à la même place". En dépit de toutes ces souffrances, on ne trouve pas d'écho d'une grave ou prolongée baisse de moral, mais au contraire dans les mots qu'André Pézard utilise une immense fierté de commander à ses "bons gars".

Un témoignage passionnant sur près de dix-huit mois dans un secteur particulièrement actif et meurtrier. 

Association des amis de Vauquois et de sa région, 2013, 333 pages, 20,- euros

ISBN : 2-86480-836-6.

Pour commander directement auprès de l'association : ici.

Témoignage d'un officier de contact

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 06:00

Le génie de mon grand-père. Le capitaine Orcel et la Cie 8/4

Août 1914 - janvier 1916

Michèle Olivier-Poletti

Ecrit par la petite fille du capitaine Orcel, en s’appuyant sur les carnets du capitaine, sur les lettres envoyées à sa femme (la majorité de celles de sa femme se sont perdues) et sur le JMO de la 8/4, compagnie qui dépend du dépôt de Grenoble - 4°RG, ce livre permet d’avoir un aperçu (rare) sur la vie quotidienne d’un capitaine du génie et sur les missions de sa compagnie, entre le 2 août 1914 et le mois de janvier 1916. On apprécie que Michèle Olivier-Poletti fasse se succèder chronologiquement les différents types de documents, dont on fait visuellement la différence par la police d'écriture. Trois périodes différentes marquent la campagne de l’auteur : la guerre de mouvement, de la mobilisation au mois de septembre 1914 ; la guerre de position et la guerre de mines, d’octobre 1914 à septembre 1915 ; l'offensive de Champagne au dernier quadrimestre de l'année 1915. A partir de janvier 1916, le capitaine Orcel est retiré du front pour être affecté à la chefferie de Bourges qu’il quitte en 1919.

Ce livre est une mine d’informations précises sur la vie quotidienne, le fonctionnement et les missions d’une compagnie du génie pendant les premières années de la guerre. Il permet de se rendre compte de l’intensité du travail qu'il faut accomplir, avec des outils assez rudimentaires, pour réaliser des missions toutes plus urgentes les unes que les autres (réparer un pont qui menace de s’effondrer, organiser une position, creuser des abris, creuser un boyau entre le PC de la D.I. et les premières lignes, réaliser un centre de résistance en béton armé, participer aux attaques de l’infanterie, creuser des attaques en mines et des contre-mines pour répondre à l’activité ennemie, etc.), avec des effectifs qui s’amenuisent en raison des pertes (tués, blessés ou malades) et de la fatigue, et dont la valeur opérationnelle décroit car les renforts proviennent en majorité des récupérés et d’anciens soldats du service auxiliaires du génie et d’autres armes. Nous découvrons aussi l’ampleur des responsabilités d’un capitaine, dont la compagnie, en campagne, est une unité autonome qui s’administre elle-même : il traite tous les aspects administratifs, techniques et opérationnels de son unité. Dans le même temps, il dialogue avec le colonel commandant la brigade ou le régiment au profit duquel il travaille, alors que ses interlocuteurs ne connaissent pas tous les conditions d’emploi requises pour une unité de son arme. Dans un tel contexte, et parce que sa crédibilité est liée à l’efficacité de son unité, le capitaine est très directif dans ses ordres techniques et il exerce une pression constante sur ses hommes qu’il  menace même du conseil de guerre en cas d’absence injustifiée au travail ! L’auteure met également en parallèle les carnets du capitaine et les lettres écrites à sa femme. Cela permet au lecteur de prendre conscience de l’importance pour le combattant de savoir que sa famille, à l’arrière, va bien. « D’après cette lettre, je devine ton état d’âme et je ne te cache pas que j’en souffre » (lettre 21 octobre 1914). Quand, en octobre 1915, il menace ses hommes pour obtenir d’eux un complet investissement dans leur travail, il loue, en décembre, dans une lettre à sa femme, la « famille » qu’est devenue sa compagnie : « avec des hommes de cette trempe je suis bien tranquille ». Il s’agit pour lui de rassurer les siens sur son sort, quitte à travestir la réalité.

Le génie de mon grand-père est un livre important, car rédigé par un homme qui exerce un commandement opérationnel dans une arme et à un niveau rarement mis en avant depuis la fin de la Grande Guerre. En alternant documents officiels, journal personnel et lettres familiales, il est par ailleurs très complet et nous ouvre largement les portes du quotidien d'une compagnie du génie. Il passionnera tous ceux qui s'intéressent à la Première Guerre mondiale.

Les Presses du Midi, 2014, 596 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-8127-0596-0.

La guerre d'un sapeur

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 06:00

Les oubliées de la victoire

Les femmes dans la guerre de 1914

Martine Gasquet

Un thème désormais largement traité et une forme choisie pour la rédaction qui, avec une succession de portraits rapides, présente des avantages et des inconvénients.

Martine Gasquet nous propose ainsi une vingtaine de portraits de femmes éminentes et quelques ultimes chapitres thématiques. Chacun est brossé en quelques pages (8 à 10 en général) qui proposent une biographie sommaire de l'intéressée en insistant plus ou moins sur la période de la Grande Guerre. Parmi les principales sources utilisées : les témoignages élogieux et surtout la presse de la guerre et de l'après-guerre... De nombreux noms connus surtout, bien sûr, et quelques autres plus anonymes pour la plupart des lecteurs français figurent au sommaire. Curieusement, de la part d'une auteure "historienne de formation", ni introduction, ni conclusion, aucune note explicative et une bibliographie indicative à la fois convenue et sommaire. Par ailleurs, le texte est peu mesuré, presque exclusivement laudateur et, pour les chapitres finaux, multipliant les affirmations assez banales.

Au final, une succession d'histoires de femmes ayant joué un rôle dans la guerre, toujours présentées sans réserve ni doute. Sans aucun doute agréable à lire par ceux qui ne connaissent pas le sujet, mais qui ne dépasse pas ce stade, factuel et apologétique.

Editions Gilletta, Nice, 2015, 239 pages. 17,50 euros.

ISBN : 978-2-35956-052-7.

Portraits de femmes

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 06:00

La butte meurtrie de Vauquois

La guerre des mines, 1914-1918

(Coll.)

Troisième édition de cette excellente étude sur un petit secteur très particulier du front occidental, dont la parution honore les animateurs bénévoles de l'association (et plus largement, au-delà, toutes les sociétés d'histoire qui s'investissent localement).

Site stratégique essentiel dans le secteur Verdun / Argonne, la butte de Vauquois constitue un excellent observatoire presque à 360° et le petit village voit alternativement passer Français et Allemands au début de la Grande Guerre pendant la phase de guerre de mouvement. Dans un premier temps, après la stabilisation du front, de la fin du mois de septembre 1914 au mois de mars 1915, les Français procèdent à des attaques somme toute classiques, frontales, pour tenter de reconquérir la butte. Au prix de pertes importantes, ils parviennent à s'établir dans le village sommital, sans toutefois le conquérir totalement. Français et Allemands se combattent désormais à quelques mètres les uns des autres. Après une phase de défense des positions tenues au printemps, la guerre de siège et de mines s'installe peu à peu. Dans un environnement qui devient de plus en plus difficile, les deux armées en présence non seulement s'enterrent, mais creusent, creusent encore, creusent toujours. Toujours plus loin, toujours plus profond. Les mines, qui doivent ensevelir vivants  les défenseurs ennemis, contiennent de plus en plus d'explosifs. Les victimes sont de plus en plus nombreuses et les cratères de plus en plus vastes. Des postes d'écoute sont installés, des contre-mines sont créées. Le livre raconte tout, dans le détail, avec l'aide de très nombreux témoignages et de multiples cartes à l'appui, jusqu'à la libération finale du site par les Américains à l'automne 1918. Le village sera ensuite en partie reconstruit au pied de la butte.

La masse de documentation et de références fournie est absolument exceptionnelle, la précision du récit presque chirurgicale. Un très bel ouvrage collectif, par ailleurs fort bien illustré, qui doit impérativement être connu de tous les amateurs. L'une des meilleures (re)lecture de ces derniers mois.

Association Les amis de Vauquois et de sa région, 2014, 382 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-9507638-0-4.

Le livre peut être commandé directement auprès de l'association au prix de 22,- euros : ici.

Guerre souterraine

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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 06:00

La fin de l'empire des tsars

Vers la Première Guerre mondiale et la révolution

Dominique Lieven

Nouveau livre important sur la Grande Guerre et la Russie. Ce pan un peu oublié pendant de nombreuses années de l'histoire de la Première Guerre mondiale dans la littérature francophone est désormais sérieusement étudié avec trois ou quatre ouvrages majeurs en quelques mois. Le propos est ambitieux, et par son ampleur même invite le lecteur à émettre au fil des chapitres telle ou telle réserve ou objection. Mais il offre l'intérêt de s'attacher à une thématique toujours discutée selon une approche qui mérite d'être creusée.

Dominique Lieven nous propose quasiment une analyse de la Première Guerre mondiale (et surtout de la marche à la guerre) à travers le filtre russe, de la situation ante à la veille de la Grande Guerre, aux ultimes conséquences parmi lesquelles il voit le stalinisme et la Seconde guerre mondiale. Le propos est donc vaste et, inévitablement, les uns ou les autres ne seront pas d'accord sur tel aspect ou telle interprétation (les causes uniques sont rares dans les grands drames). Dans cette vaste fresque, il souligne en particulier, aux différentes étapes, le manque de cohérence de la politique gouvernementale (le gros chapitre III consacré aux "Décideurs" est tout particulièrement intéressant) et bien sûr la question des relations internationales, en direction des Balkans comme avec les alliés occidentaux. On apprécie également l'ampleur des informations rassemblées pour évoquer "La crise de juillet" (chap. VII), des rapports de l'ambassade russe en Autriche-Hongrie aux différents témoignages des acteurs et témoins des événements et aux entretiens entre le ministère à Saint-Petersbourg et l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie. On note également les explications détaillées fournies sur la mobilisation de l'armée russe (ses modalités, son organisation, etc.), et les erreurs d'interprétation allemandes à son sujet. En écho à quelques préoccupations d'actualité, on lit aussi avec intérêt les quelques lignes consacrées à l'importance de l'Ukraine pour les empires centraux et leur engagement (fort tout d'abord, plus hésitant ensuite) en faveur de son indépendance. La conclusion ("La Russie était entrée dans la Première Guerre mondiale pour des raisons défensives, offensives et identitaires") est relativement équilibrée, même si quelques ultimes affirmations peuvent surprendre : "Le bon vieux schéma des relations russo-allemandes repris ses droits après 1989 ... Nous vivons aujourd'hui dans un monde où l'Allemagne est appelée à prendre la tête de l'Europe", ou "La Chine actuelle ressemble par bien des traits à la Russie tsariste plutôt qu'à l'Allemagne impériale". On l'a dit : un ouvrage très riche, très dense (dont témoignent près de 60 pages de notes, références et bibliographie), vraiment utile même si l'on n'est pas toujours d'accord avec l'auteur.

A connaître et à conserver.

Editions des Syrtes, Genève, 2015, 502 pages, 25 euros.

ISBN : 9782940523177

Responsabilité(s) russe(s)

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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 06:00

Journal de guerre 1914-1918

Abbé Achille Liénart

En cette période de commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, il est intéressant de revenir sur des ouvrages parus il y a quelques années, lorsqu'ils conservent leur pertinence et sont encore disponibles.

Le futur et charismatique cardinal et évêque de Lille est aumônier militaire volontaire pendant la Grande Guerre, d'abord à l'ambulance 3/51, puis au 201e RI. Il est en particulier à Verdun, sur la Somme, au Chemin des Dames, dans les Flandres. Bref, sur certains des secteurs les plus actifs du front. Les carnets d'origine ont été repris une fois la paix revenue et le récit, qui s'étend du 2 août 1914 au 12 mars 1919 a donc été réécrit. Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'un témoignage tout-à-fait passionnant. Infirmier et aumônier volontaire, il partage la vie de l'état-major de la division et du régiment, au plus près des poilus avec lesquels il essaie de passer le plus clair de son temps : "La comparaison que j'avais pu faire entre mon action à l'ambulance et mon action à la division provisoire m'avait convaincu de l'avantage qu'il y avait pour un aumônier à vivre avec les soldats plutôt qu'avec les officiers. En réalité, j'obtins facilement du colonel Hebmann d'être attaché au groupe des infirmiers régimentaires". Il raconte donc le détail de ses activités quotidiennes, toujours naturellement avec le prisme de sa fonction d'aumônier, et note par exemple avec émotion que, sur le front de Verdun, son colonel a rédigé pour lui une belle citation, bien qu'étant "de religion protestante" ! Resté fidèle au 201e RI jusqu'à la fin de la guerre et l'occupation en Allemagne, il multiplie donc les anecdotes, ce qui offre une approche à la fois très réaliste de sa perception des opérations militaires et de ses camarades, mais aussi en leur apportant une vraie élévation spirituelle, car il ne s'écarte jamais de son rôle de pasteur. La plume est alerte, le style agréable et l'ouvrage facile à lire.

Le texte est illustré d'une riche iconographie particulièrement adaptée et de nombreux croquis (du terrain par exemple, comme pour le secteur de Douaumont, p. 34), dont on apprécie la précision, de la main d'Achille Liénart. Le livre, enfin, est accompagné d'un CD qui donne la retranscription intégrale du journal de l'abbé Liénart, ce qui donne bien sûr une plus-value particulière à l'ensemble. Un témoignage qui mérite très amplement d'être connu et lu.

Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2008, 131 pages. 29,50 euros.

ISBN : 978-2-7574-0073-9.

Pour commander directement l'ouvrage : ici.

Aumônier du 201e RI

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 06:00

Metz 1914-1918

Soigner et secourir entre front et intérieur

Jean-Claude Laparra et Pascal Hesse

Nouvel exemple, et bel exemple, d'étude locale hors des sentiers battus habituels, avec ce volume consacré au service de santé de l'armée impériale et à la Croix-Rouge allemande dans une grande ville de l'immédiat arrière-front, Metz.

Méthodiquement, et avec l'appui d'une riche iconographie généralement peu connue dans les études en France, mais aussi grâce à de nombreux tableaux et graphiques, les deux auteurs nous présentent l'organisation et le fonctionnement des services de secours aux blessés, dans leur diversité (du service de santé militaire aux associations caritatives). Une place de premier plan (pp. 67-169) est légitimement accordé aux établissements hospitaliers, qu'ils soient militaires, civils réquisitionnés ou même comme le Bon-Secours (francophone) resté sous statut pleinement civil (bien que contrôlé). Au-delà, une troisième partie traite de l'environnement du système de soin, avec le trafic ferroviaire, les trains sanitaires et la gare (l'imposante gare wilhelmienne de Metz mais aussi les petites gares périphériques), la protection des civils contre les bombardements aériens (plus de 700 attaques par avions conduites par les Français sur la ville), et plus largement le contrôle sanitaire et social d'une ville d'une importance majeure dans le système défensif allemand et l'immédiat arrière-front. Les illustrations sont nombreuses et adaptées (cartes postales, photos, documents officiels, croquis, cartes, cachets postaux, etc.).

Un volume utile, par deux très bons connaisseurs de l'armée impériale allemande qui nous détaillent l'organisation et le fonctionnement d'un service souvent méconnu.

Editions des Paraiges, Metz, 2014, 223 pages, 28 euros.

ISBN : 979-10-90185-46-3.

Lothringen

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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