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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 07:06

Les propos de Saint Louis

David O'Connell

Nous ne connaissons généralement Saint-Louis qu'à travers l'image que la mémoire populaire nationale en a conservé et qu'illustre la statue "sous le chêne", à l'angle du château de Vincennes. Ce petit livre est donc une vraie découverte.

A partir de tout ce que les contemporains ont rapporté des propos tenus par le roi de France, appelé à la sainteté de son vivant, David O'Connell lui redonne directement la parole. On voit bien ici la limite de l'exercice, même si l'auteur s'en explique dans sa présentation initiale : les mots que l'on croit pouvoir mettre dans la bouche du souverain nous sont connus par des intermédiaires. Avec tout ce que cela suppose de prudence et de réserve dans l'acceptation et l'analyse de leurs ouvrages. La préface de Jacques Le Goff (pp. 9-33) et la présentation générale de l'auteur (pp. 35-73) précisent bien ce cadre. Le chapitre 1 est ensuite divisé en 22 brèves  sous-parties  (de 1 à 2 pages) citant largement les propos attribués à Saint-Louis par grands thèmes ('L'argent", "La captivité", "La croisade", "La famille", "La guerre", "La justice", "La paix, "Les vassaux", etc.). Les chapitres 2 à 4 reproduisent trois textes importants du roi : la "Lettre à ses sujets sur sa captivité et sa délivrance", de 1250 ; les "Etablissements de Saint-Louis", rédigés peu après son retour en France en 1254 ; et les "Enseignements de Saint-Louis", véritable testament politique et moral destiné à son fils aîné et successeur désigné, rédigés vers 1267-1268. Pour chacun de ces textes, l'auteur explique comment il en est arrivé à considérer telle ou telle version ultérieure commeétant sans doute la plus proche de l'original, ou au moins la plus crédible. La modestie, la sincérité, la piété de Louis IX, son sens du devoir et sa soumission à l'Eglise transparaissent à chaque page. Sans doute le meilleur moyen pour approcher l'un des monarques le plus célèbres, et dont pourtant l'immense majorité de nos contemporains sait fort peu de choses.

Folio 'Histoire', Paris, 2013, 275 pages. 8,60 euros.

ISBN : 978-2-07-045085-5.

Saint Louis par lui-même

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 07:00

Brève histoire de l'Inquisition en Espagne

Joseph Pérez

  Inquisition922.jpg

De Charles Quint à Philippe II ou Isabelle la Catholique, Joseph Pérez a déjà consacré de nombreux ouvrages à l'histoire de l'Espagne et, dans celui-ci (paru pour la première fois en 2002), il nous entraîne à partir du XVe siècle à travers l'histoire de l'Inquisition.

Dans une longue première partie (chap. I et II), l'auteur en décrit avec précision l'histoire. Créée dans le cadre de la crise économique, sociale et politique de connaissent les royaumes ibériques, et de la montée parallèle d'un antisémitisme populaire, religieux et d'Etat, la Sainte Inquisition s'intéresse d'abord, tout particulièrement, aux juifs pratiquants eu aux juifs convertis de fraiche date au catholicisme, ces "conversos" que l'on soupçonne de toujours pratiquer, en secret, la religion de leurs pères. Le nom de Torquemada, grand inquisiteur de Castille puis inquisiteur général, est alors entré dans l'histoire (et la légende) noire de l'Espagne : il "passe pour le prototype de l'inquisiteur fanatique et cruel. Il a incontestablement fait preuve d'une sévérité extrême, même si, comme nous le verrons, le nombre de ses victimes est moins élevé qu'on ne le dit". C'est bien, néanmoins la période de répression la plus sévère. Dans l'atmosphère de victoire qui suit la reconquête du royaume de Grenade, Torquemada inspire le décret de mars 1492 qui donne aux Juifs quatre mois pour quitter les terres espagnoles : entre 50 et 100.000 (la moitié des juifs d'Espagne) s'exilent au Portugal, dans les Flandres, en Afrique du Nord, à Constantinople ou à Salonique, "où il conservent jusqu'au XXe siècle certaines des traditions de leur pays d'origine et l'usage de leur langue, le judéo-espagnol, issu du castillan tel qu'on le parlait en 1492. C'est l'origine des communautés séfarades d'Orient".  Au XVIe siècle, avec Philippe II puis Philippe III, qui réunissent les couronnes de Castille et du Portugal, l'Inquisition continue son oeuvre, mais les "conversos" négocient des adoucissements en achetant, dans l'entourage des souverains, avec de fortes sommes en ducats et cruzados d'or, le retour à une certaines liberté, toujours fragiles. Parallèlement, depuis 1502, les musulmans ("morisques") ont également été contraint de se convertir, conversion devenue obligatoire en 1526. Si la répression est globalement moins sévère, elle s'accroît néanmoins au XVIIe siècle : le décret d'expulsion est publié en août 1609 (globalement de l'ordre de 300.000 départs). Dans le même temps, les protestants et réformés sont à leur tour poursuivis, et l'archevêque de Tolède, primat d'Espagne, lui-même est mis en accusation. Paradoxalement, alors que les bûchers se multiplient en Europe, "l'Inquisition s'est montrée plutôt indulgente envers les sorcières ... Il les tient pour des victimes plus que pour des criminelles" : il semble que "pour la majorité des inquisiteurs, la sorcellerie s'explique par l'ignorance". A la fois institution religieuse, mais aussi (et parfois surtout) politique, l'Inquisition n'est (une première fois) supprimée qu'en décembre 1808 par Napoléon Ier, avant de n'être définitivement abolie qu'en 1834.

Joseph Pérez s'intéresse ensuite (chap. III à V) aux modes de fonctionnement de cette organisation si particulière, son intégration à l'appareil d'Etat, les responsabilités des différents niveaux hiérarchiques, son financement, les procédures d'arrestation, d'instruction des procès (avec la question de la torture) et aux jugements. "Seule institution d'Ancien régime à avoir compétence sur tous les ordres de la société ; elle ignore les privilèges du clergé et de la noblesse"; mais les Grands échappent pour la plupart aux peines "corporelles et infâmantes". L'historiographie récente a revu à la baisse le nombre total de ses victimes : une dizaine de milliers néanmoins... Institution politique, dont l'auteur peut dire qu'elle est "dans certains aspects, une anticipation du totalitarisme moderne", l'Inquisition influence très fortement pendant des siècles la société espagnole et elle sera accusée, par son fanatisme religieux radical, d'avoir largement contribué à la décadence intellectuelle et économique de l'Espagne.

L'ouvrage, qui se termine sur une bibliographie de référence, permet de mieux comprendre l'Espagne métropolitaine des XVIe-XVIIIe s., trop souvent méconnue dans la littérature en français. Précis, documenté, il se révèle particulièrement utile et intéressant sur l'histoire politique et culturelle du pays. A lire et à conserver.

Coll. 'Texto', Tallandier, 2013, 324 pages. 10,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0090-2.

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 07:00

Comme souvent le week-end, un ouvrage peu onéreux, passionnant, et qui nous transporte loin, très loin ...

Charlemagne

Jean Favier

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Grand médiéviste français ayant occupé les plus hautes fonctions (université, archives nationales, BNF), Jean Favier est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, dont une vingtaine relatifs au Moyen-Âge, qui constituent autant de livres de référence.

Cette biographie de Charlemagne, parue pour la première fois en 1999, présente l'intérêt tout particulier de replacer systématiquement le personnage dans son époque et de détailler dans tous les domaines l'oeuvre du dernier "empereur d'Occident". Nous y retrouvons donc les innombrables camapgnes du monarque, d'Italie en Espagne et en Germanie, mais aussi un portrait précis de l'homme au-delà du souverain (qui d'ailleurs n'a probablement jamais porté de barbe, "fleurie ou non"), un "homme de bonne taille ... un guerrier vigoureux", qui comprend le latin et "un peu de grec", s'intéresse à la poésie, à l'astronomie et au droit. Rien n'échappe à la vaste connaissance que Jean Favier a de la période : l'organisation du gouvernement impérial et la mise en place d'une administration (on se souvient des fameux "missi dominici"), la justice, l'économie et le commerce, la renaissance culturelle dans ses différentes manifestations, les "Réalités de l'empire" et les difficultés de la fin du règne avec les premières incursions massives des Vikings. L'auteur ne cache pas les problèmes : "l'empereur vieillit, et les évêques comme les abbés en prennent à leur aise. Les missi ne déguisent pas la vérité, que confirment les prélats venus à la cour : désordre et désobéissance sévissent dans l'empire". Inhumé le jour même de son décès en janvier 814, dans la chapelle Palatine, il entre presque aussitôt dans la légende, et sa première "hagio-biographie" est rédigée dès 830 : dès lors, dans les territoires qui deviendront la France, l'Italie et l'Allemagne, les mythes et la mémoire déformée font leur oeuvre et "la légende s'empare du personnage hors du commun qu'est le fondateur de l'empire d'Occident" et "aux XIe et XIIe siècles, quand se développe la matière des chansons de geste, Charles n'est plus le personnage historique que nous venons de suivre : le personnage de légende prépare la légende", devenant "Un enjeu de l'histoire" (on se souvient de Napoléon passant par Aix-la-Chapelle et de l'utilisation de cette visite pour la promotion du nouvel empereur), particulièrement sensible au XIXe siècle et durant la première partie de la IIIe République.

En résumé, on l'a compris, il ne s'agit pas ici d'une "simple" biographie, mais d'une vaste fresque autour d'un personnage central, une fresque qui nous transporte aux origines des nations continentales modernes. Un ouvrage de référence, sur l'homme comme sur la société de son temps.

Coll. 'Texto', Tallandier, Paris, 2013, 769 pages. 12,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0081-0. 

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 07:00

Comme nous le faisons de temps en temps lors des week-end ou des périodes de vacances,

évadons-nous un peu en ce dimanche. Remontons le temps et partons au grand galop vers le Krak des chevaliers.

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Histoire des croisades

vol 1 : 1095-1188

vol 2 : 1188-1464

Steven Runciman

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Le volume 1 entraine le lecteur de l'entrée du calife Omar dans Jérusalem en l'an 638 au repli sur la forteresse de Tyr à la fin de l'année 1188. Au fil du récit, nous suivons le prêche de la croisade, la déroute de celle "du peuple", le départ de celle "des Allemands" et de celle de Louis VII de France, l'entrée en guerre des princes, souvent à titre individuel. Nous traversons l'Asie mineure et l'Arménie, nous sommes aux premières loges lors de la prise d'Antioche puis des places musulmanes les unes après les autres, puis lors du partage des dépouilles entre les seigneurs. C'est le temps de la création des différents Etats francs de Palestine, du royaume de Jérusalem, du comté d'Edesse et de celui de Tripoli. Ce sont les chevaliers normands, sans le sou mais fiers guerrriers, et les ordres hospitaliers des moines-soldats, l'héritage de la maison de Toulouse et les chevaliers provençaux, le règne de Baudouin Ier, les hommages exigés par l'empereur de Constantinople (et difficilement rendus). Mais ce sont aussi les interminables luttes intestines entre les croisés et les conflits entre chrétiens "romains" et "orientaux" : entre les différentes communautés, "Byzance était le principal ennemi des Francs d'Antioche". Progressivement, le déclin s'accélère, c'est la discorde chez les chrétiens et la puissance montante de Nour ed-Din, le "mirage égyptien" et la tentative de débarquement à Alexandrie de Guillaume de Sicile, la lêpre de l'héritier Baudouin, encore enfant, et la pression croissante exercée par Saladin. De la grande histoire, des affrontements presque homériques, entrecoupés de trêves fragiles, d'alliances de circonstances, de ruses et de jeux personnels souvent mesquins à nos yeux. Une immense fresque qui, même imprimée en petits caractères serrés, se lit presque comme un roman d'aventures.

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Le volume 2 témoigne des mêmes qualités. La reconquête de la troisième croisade et la proclamation du royaume d'Acre semblent redonner espoir. C'est l'époque du roi Richard Coeur de Lion puis de l'empereur Frédéric Barberousse, avant une nouvelle phase de longue décadence marquée par une incompréhensible "anarchie légalisée", tant sont fortes les dissenssions entre les princes chrétiens. C'est aussi la prise et le pillage de Constantinople au profit des Vénitiens et le rôle très personnel de Charles d'Anjou... Successivement, apparaissent les Mongols, Saint-Louis et les Mamelouks : en dépit des guerres qui se poursuivent entre émirs et souverains musulmans, les Francs ne parviennent pas à s'unir perdent du temps, ratent des opportunités et se laisse aller à leurs manoeuvres personnelles : les Templiers brulent l'un des chateaux de Bohémond VII pour une sombre histoire de fiancée promise à un cousin puis finalement refusée. C'est la vendetta villageoise corse au coeur des Etats latins d'Orient. Grandeurs et misères des Croisades... Le monde change : en France, Philippe le Bel fait instruire le procès truqué des Templiers et les Hospitaliers se replient vers Rhodes, tandis que le royaume de Chypre reste déchiré par les querelles de personnes et les conflits d'intérêt jusqu'à la grande expédition (165 galères et navires de transport) de Pierre Ier contre l'Egypte en 1365. : "On célébra la victoire avec une sauvagerie inouïe. Deux siècles et demi de guerre sainte n'avaient enseigné aucune humanité aux croisés". La vengeance des Mamelous intervient en 1426 avec "la terrifiante dévastation" de Chypre... Les dernières croisades se soldent par des échecs cuisants : en dépit de leur foi, de leur ardeur, de leur enthousiasme, les nobles et chevaliers croisés "n'avaient rien appris tout au long des siècles". Les Hongrois, les Serbes et les Albanais sont désormais plus nombreux que les princes occidentaux : "Quand le pape Pie II prêcha la dernière croisade, les Turcs traversaient le Danube".

Au-delà même de la description des événements militaires, politiques, diplomatiques et religieux, ces deux volumes témoignent aussi des plus nobles qualités et des plus vils défauts qui inspirent l'âme humaine. On peut regretter qu'il s'agisse pour l'essentiel d'une étude déjà ancienne (la première édition au Royaume-Uni date de 1951), alors qu'en une soixantaine d'années l'historiographie a beaucoup évolué. Mais, à notre connaissance, il n'existe aucun autre ouvrage de synthèse de cette ampleur (environ 1300 pages au total) en français et, par ailleurs, le récit est essentiellement factuel et chronologique. Ces deux volumes, bien que parfois datés, constituent donc toujours une publication de référence, d'autant que chaque livre se termine sur un important appareil de notes, un index et une bibliographie (vol. 1) ou des cartes (vol. 2), ouvrages que l'on complètera sur des points particuliers par des études plus récentes.

Coll. 'Texto', Tallandier, Paris, 2013, vol 1 : 761 pages, 12,50 euros ; vol 2 : 540 pages, 12,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0082-7 et 979-10-210-0083-4.

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 07:00

La bataille navale de l'Ecluse

24 juin 1340

Guy Le Moing

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Profitons de cette journée de vacances pour nous plonger dans un ouvrage tout-à-fait passionnant, qui nous fait changer de lieux, d'époque et de problématiques.

Dans ce livre très construit, au long duquel le lecteur néophyte est pris par la main et accompagné, Guy Le Moing, déjà auteur de plusieurs études sur la guerre navale et les grandes batailles sur mer (dont Les 600 plus grandes batailles navales de l'histoire, chez Marines-Editions en 2011), nous décrit avec autant de précisions qu'il est possible cette Bataille navale de l'Ecluse qui, en juin 1340, marque presque le début de la Guerre de Cent ans. L'action se déroule au nord-est de Bruges, sur la côte flamande, entre les flottes rassemblées de Philippe VI de France et d'Edouard III d'Angleterre : "Sur les vingt mille Français engagés dans la bataille, plus des trois quart périssent ; sur deux cents navires, une trentaine seulement en réchappent. La flotte française est anéantie". L'auteur prend soin de préciser en introduction ses sources (comme souvent pour cette époque partielles ou tardives), et le volume bénéficie d'un solide appreil de notes, de plusieurs anexes, d'un index et d'une solide bibliographie. Après avoir utilement rappelé dans un chapitre préliminaire ce qu'est la guerre navale au XIVe siècle (les hommes, les bâtiments, les armes, les tactiques), Guy Le Moing présente dans la première partie ("Le contexte") la situation politique et militaire des années 1328-1339, ce qui nous vaut d'ailleurs un large panorama des flottes européennes de l'époque, de celle de Venise à celle d'Aragon. La seconde partie, qui constitue le coeur de l'ouvrage (pp. 83-163), détaille donc tous les aspects de cette opération, de ses enjeux à ses conséquenes, en passant par les ultimes préparatifs des deux belligérants, la présentation du cadre géographique, le déroulement précis des engagements et la défaite finale du roi de France. L'auteur s'efforce de déterminer les causes de cet échec sanglant, et l'on observe ici une nouvelle fois que les qualités d'anticipation, d'analyse de la situation et d'audace réactive ont toujours été essentielles aux chefs militaires (de terre comme de mer) : "La seule décision tactique des amiraux français que l'on discerne en lisant les chroniques de l'époque est le choix de la formation initiale de la flotte en bloc compact et immobile. La suite de la bataille semble échapper complètement au commandement" !

Voilà de l'histoire militaire comme on peut l'apprécier : une étude sérieuse, originale, facile à lire, référencée, et qui aborde aussi bien l'histoire des techniques que la question des évolutions doctrinales. Un plaisir de lecture.

Economica, Paris, 2013, 203 pages, 29 euros.
ISBN : 978-2-7178-6553-0. 

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 07:00

Les Hospitaliers

De Jérusalem à Rhodes, 1050-1317

Alain Demurger

 Hospitaliers766.jpg

Un véritable éblouissement d'érudition, l'expression n'est pas trop forte !

Déjà auteur de nombreux ouvrages sur la période des Croisades et les ordres religieux militaires, Alain Demurger signe ici une véritable somme. En effet, reprendre avec un tel souci du détail 'histoire des frères de l'ordre de Saint-Jean de l'Hôpital de Jérusalem (qui deviendra "de Malte" à partir de 1530) de l'origine mythique de l'ordre à la conquête de Rhodes revient à écrire à la fois un livre d'histoire politique, d'histoire militaire, d'histoire religieuse, et même d'histoire sociale tant la place faite aux "pauvres et malades" dans les hospices, maisons, hôpitaux et commanderies est importante.

Travaillant sur les archives les plus diverses et les documents les plus variés, l'auteur nous entraine à sa suite, des origines (aussi bien mythiques qu'historiques) de l'ordre de l'Hôpital de Jérusalem des négociants amalfitains, jusqu'à son installation dans le Dodécanèse ("Le tournant réussi au début du XIVe s."). Nous assistons à la transformation progressive d'un ordre charitable en ordre militaire, sans que les principes fondateurs ne soient jamais oubliés ("Nos Seigneurs les malades") et nous suivons le détail des relations étroites entretenues avec la papauté (et même directement avec le Saint-Père). Les implantations géographiques, l'organisation et la "gouvernance", les règles de fonctionnement et de vie collective, les rapports avec les différentes couches sociales et les pouvoirs en place, la vie quotidienne des frères et des moines-soldats, les relations avec l'ordre du Temple et la dévolution ultérieure des biens des Templiers aux Hospitaliers (avec un point de situation particulier pour chaque grand pays d'Europe) : tout, tout, vous trouverez absolument tout dans ce volume. Au fil des pages, Alain Demurger croise ses sources et références pour confirmer ou infirmer nombre d'idées reçues ou préciser de très nombreux points particuliers, et pourtant ce texte particulièrement dense et riche est écrit d'une plume fluide, qui en rend la lecture aisée.

On apprécie également les nombreuses annexes et la solide bibliographie, qui font de cet livre "grand public" un véritable outil de travail et un ouvrage de référence pour les amateurs.

Tallandier, Paris, 2013, 574 pages. 25,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0060-5.

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 07:10

Les grandes batailles du Moyen-Âge

K. Devries, M. Dougherty, I. Dickie, P. G. Jestice et C. Jorgensen

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Magnifique album pour les fêtes. Les auteurs de cet ouvrage, publié pour la première fois au Royaume-Uni en 2006, nous présentent 20 grandes batailles, entre Hastings en 1066 et Brunkeberg en 1471, replacées dans leur contexte, décrites dans le détail et présentées avec leurs conséquences.

L'ouvrage s'ouvre sur une introduction d'une dizaine de pages, qui nous rappelle qui sont les principaux intervenants et comment manoeuvrent les armées ou les "peuples guerriers". Chaque bataille est ensuite présentée avec "Les raisons du conflit", "Les forces en présence", la description des combattants (équipements, etc.), de nombreuses illustrations et surtout de très belles cartes en 3D sur double page), vues aériennes plongeantes du meilleur effet.

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Philippe Auguste à Bouvines, vu par Le Petit Populaire (p. 83)

Parmi les engagements peu connus remis ici à l'honneur, vous retrouverez bien sûr les "grands classiques" : Hattin, Château-Gaillard, Constantinople, Bouvines, Crécy ou Tannenberg. Mais vous apprendrez très certainement beaucoup sur les batailles de Legano, en 1176, qui voit l'empereur Frédéric Barberousse battu par les milices de villes italiennes ; d'Arsouf, en 1191, qui voit la victoire de Richard Coeur de Lion sur Saladin ; de Peïpous, en 1242, remportée par Alexandre Nevski sur les croisés teutoniques ; celles de l'Ecluse, en 1340, bataille navale qqui se termine par la défaite de la flotte française face aux archers anglais embarqués sur les navires d'Edouard III ; de Najera, en 1367, qui marque une nouvelle fois la supériorité des archers anglais du Prince Noir contre les Franco-Espagnols d'Henri II de Castille ; ou de Vitkov, en 1420, quand les 9.000 paysans hussites de Jan Zizka écrasent les 80.000 mercenaires de l'empereur romain germanique Sigismond.

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Carte de la bataille de Peïpous (pp. 102-103)

Un très bel album et, pourquoi pas, une excellente idée de cadeau pour les fêtes.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2012, 224 pages, 34 euros.

ISBN : 978-2-36445-016-5.

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 07:10

Louis XI

Jean FAVIER

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Si de grandes figures de l'histoire de France tendent à disparaître des programmes de l'enseignement secondaire, que dire la place et du rôle de certains monarques, rapidement condamnés et désormais presque oubliés ? Il est donc tout-à-fait important de s'intéresser de temps en temps à ces souverains, dont l'action a été en leur temps déterminante.

Après avoir invité le lecteur à se plonger dans la vie de Philippe le Bon ou encore celle de Charlemagne, le grand historien français médiéviste Jean Favier, se propose aujourd'hui de nous faire découvrir l'histoire controversée de Louis XI.S'appuyant aussi bien sur les nombreuses lettres laissées par le monarque, qui permettent aujourd'hui de mieux comprendre l'homme qu'il était, que sur les témoignages de son entourage et de ses ennemis, l'auteur tend à nous dresser un portrait de Louis XI plus « authentique ». En effet, Favier considère que les historiens ont trop souvent cédé à la légende noire et l'ont caricaturé en l'assimilant à un tyran inculte et cruel. Il est notamment accusé d'avoir dilapidé l'argent du peuple, alourdi l'impôt et diminué le rôle politique de ses conseillers qui tombent souvent en disgrâce : « il mit en telle sujétion ses ennemis qu'ils vinrent tous par-devers lui à merci, et fut si craint et redouté qu'il n'y avait si grand en son royaume, et mêmement ceux du sang, qui dormît ni reposât sûrement en sa maison ».

Pour certains historiens, Louis XI apparaît aussi comme un précurseur du traité politique le Prince de Machiavel. Il gouverne son royaume en tenant davantage compte des réalités, et place la morale au second plan : « le maître à penser de Louis XI, c'est son expérience propre, sa capacité à écouter, à analyser l'instant et à réagir ». Chasseur, homme pieux, effrayé par la mort, préoccupé par sa succession, Louis XI est en réalité avant tout un roi de son temps. La méfiance, vertu essentielle pour un monarque, est son trait de caractère principal. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est surnommé le Prudent. Le règne de Louis XI est marqué par une politique fiscale audacieuse, une véritable volonté d'uniformiser les règles et coutumes des différentes provinces et surtout d'unifier le royaume. Mettant fin à la guerre de Cent Ans, Louis XI est un roi moderne qui contribue à mettre en place l'absolutisme royal, formellement établi et consolidé par ses successeurs tout au long du XVe et du XVIe siècle pour atteindre son apogée au XVIIe siècle avec Louis XIV.

L'auteur propose au lecteur de se plonger dans la vie de ce personnage parfois énigmatique dont l'image est très contestée et, dans le même temps, d'aborder les grandes affaires politiques et militaires de la fin de la guerre de Cent Ans. Un utile rappel.

Mira YAMOUNI

Éditions Tallandier, Paris, 2012, 1 019 pages. 12,90 euros.

ISBN : 978-2-84734-987-0.

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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