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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 06:00

Robert de Sarrebrück

ou l'honneur d'un écorcheur

(v. 1400 - v. 1462)

Valérie Toureille

Voici un livre que tous les amateurs d'histoire du Moyen-Âge finissant se doivent de lire. Avec une très grande érudition, Valérie Toureille fait revivre pour nous l'un des seigneurs les plus caractéristiques (et en même temps déjà en décalage) de son temps.

Après une solide introduction qui restitue la situation de l'époque en Lorraine et présente en particulier le corpus d'archives étudiées, un premier chapitre s'attarde sur la famille et la jeunesse du Robert "de Sarrebruche", entre territoires germaniques et royaume de France (Commercy), son éducation et sa proximité (y compris familiale) avec le "parti orléannais" : s'il "recueillit les domaines de son père, il hérita aussi de ses querelles, de ses dettes et de ses fidélités". Dès avant l'âge de vingt ans, il se lance dans la "petite guerre" autour de ses terres : "Dès l'année suivante ce furent trente-trois hommes de guerre de Durand de Saint-Dié qui furent saisis lors d'une bataille rangée à Maxey, avant d'être conduits dans les prisons de Commercy et mis à rançon". Le second chapitre retrace les campagnes et opérations militaires de Robert de Sarrebrück, toujours sur fond de rivalités politiques entre le faible royaume de France et ses voisins, et insiste en particulier sur la notion de "guerre privée", au titre d'une dette impayée par le duc de Bar : "Il existait dans la tradition lorraine une coutume qui permettait de recourir aux armes lorsque l'on s'estimait lésé par une créance non honorée. C'est fort de cet usage que Robert envisagea d'agir par le fer et le feu, plutôt que de saisir les tribunaux, comme un créancier l'aurait sans doute fait en France". Pendant dix ans, raids et coups de mains se succèdent pour faire céder les détenteurs successifs du duché de Bar, le tout sur fond de rivalités locales multipliées par le système de vassalité (duché de Bourgogne) et les alliances familiales. Se posent également de nombreuses questions de propriétés (qui impliquent des revenus mais aussi une éventuelle souveraineté), qui accaparent l'attention de Robert de Sarrebrück ; et après le retour de temps plus apaisés celle de la liquidation des bandes de routiers et de l'indemnisation de leurs exactions. Sa fidélité au roi de France lui vaudra de terminer sa vie dans un calme relatif et avec une aisance retrouvée. A partir de cette partie biographique, Valérie Toureille développe son étude dans deux dimensions originales : le chapitre III traite de Robert de Sarrebrück comme "Entrepreneur de guerre" et la quatrième des rapports entre le droit et la guerre à l'époque. Ceci nous donne quelques excellentes pages sur la guerre au Moyen-Âge, qu'il s'agisse des questions financières ("Combattre n'était pas seulement un jeu ou une passion, une manière de maintenir son rang ou de se conformer à une identité, c'était aussi une stratégie économique, dans laquelle le seigneur de Commercy investissait et dont il attendait le meilleur retour"), ou des normes juridiques ("La société en guerre dans laquelle vit Robert de Sarrebrück est totalement balisée par le droit, et même par un droit écrit, qui oblige le plaideurà compiler l'abondante documentation des mémoires, des requêtes, des preuves et des décisions pour des affaires qui se traînent parfois sur des dizaines d'années, voire sur plusieurs générations"). Au terme de son ouvrage, elle livre donc un portrait nuancé de l'homme dont "la violence (du) comportement se mesure à l'aune de l'époque qui fut le sienne : Philippe Contamine avait osé l'expression 'corsaires de terre' ; elle lui convient à merveille".

Une passionnante lecture. Un livre tout-à-fait recommandé aux amateurs de la période (et même au-delà à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la guerre en Europe).

Presses universitaires de Rennes, 2014, 272 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2-7535-3477-3.

Homme de guerre

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 06:00

Les Cathares

Vie et mort de parfaits hérétiques

Stephen O'Shea

Avec une remarquable régularité, chaque année ou une année sur deux, arrive en devanture des librairies un nouvel ouvrage sur les Cathares. Leurs conceptions religieuses schismatiques, déclarées hérétiques, la croisade lancée contre eux et la fin de l'indépendance méridionale avec le rattachement des terres des seigneurs d'Oc au royaume de France, la bataille de Muret (et l'ignorance militaire crasse de seigneurs du sud) et le bûcher de Montségur, les légendes autour d'un trésor et les mystères autour des derniers "parfaits", les "séquelles" des livres romantiques du XIXe siècle aussi, tout cela entretient dans la durée un intérêt pour le sujet et la période. Dans ce volume, publié pour la première fois aux Etats-Unis en 2000 et qui à proprement parler n'apporte rien de nouveau, l'auteur brosse un vaste tableau de l'hérésie dans son temps et dans son espace. Sans doute l'auteur, canadien, s'est-il pris de passion pour ce Languedoc qui "n'est pas une nation ou province à part entière, mais demeure le berceau des invisibles Cathares", car il aborde son sujet de façon plus "sentimentale" ou romancée qu'historique ("Le sac de Béziers fut le Guernica du Moyen-Âge"...). De Bernard de Clairvaux et Arnaud Amaury du côté de la croisade à Bélibaste et Guilhabert de Castres pour les hérétiques, de Simon de Montfort à Louis VIII pour les chevaliers francs aux fiers comtes de Toulouse, au roi d'Aragon, aux comte de Foix et au vicomte de Trencavel pour les seigneurs d'Oc, cette large fresque nous raconte une histoire de foi et de passion, dans laquelle s'opposent l'honneur bafoué et l'arrivisme économique et familial, le sens du sacrifice et l'absence totale de scrupule, l'appartenance à une communauté et l'égoisme personnel. Un drame tragique sur fond d'événements avérés.

Alors, même si l'absolue réalité historique peut souffrir en certains chapitres et si l'auteur adopte un parti romantique et héroïsé contre la croisade française, le méridional que je suis aime bien ce livre, dans lequel je retrouve les pauvres seigneurs faidis, le jeune comte Raymond à Beaucaire, les petits nobles des Corbières, etc. Au-delà de l'hypothétique "trésor des Albigeois" ou des élucubrations de Rahn sur le Graal, je me souviens que les comtes de Toulouse furent seigneurs en Provence. Tant pis, cette fois, pour la rigueur de la recherche, je préfère en toute connaissance de cause, pour le plaisir de la lecture, la réécriture épique.

Ixelles éditions, Paris, 2014, 366 pages. 23,90 euros.

ISBN : 978-2-87515-230-5.

Les Parfaits

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 06:15

Charles le Téméraire

Duc de Bourgogne (1433-1477)

Marcel Brion

Réédition d'un ouvrage publié pour la première fois en 2006, ce volume format poche nous offre, pour un prix modique, une biographie (et plus qu'une biographie) du dernier duc de Bourgogne.

Adversaire déterminé du roi de France, Charles le Téméraire rêve de faire des Etats de Bourgogne une nouvelle Lotharingie au centre de l'Occident. Grand féodal dont les terres s'étendent de Mâcon en Frise orientale et de Boulogne à l'est de Mulhouse, il est parfaitement représentatif selon l'auteur de la fin d'une époque : "Le jeu complexe des allégeances féodales a fait d'eux (les ducs de Bourgogne) pour certains de leurs domaines, des vassaux de l'Allemagne et des vassaux de la France, mais ce qui domine, c'est le sentiment farouche de l'indépendance, une puissance d'orgueil inimaginable, un dévouement sans limites à leur vocation d'individus, et d'individus héroïques, en même temps que la conscience des intérêts de l'Etat sur lequel ils règnent et auquel ils appartiennent, qui n'est plus la france mais la Bourgogne". Le livre suit fort logiquement la progression chronologique. Né comte du Charolais, formé à la dure vie des chevaliers et l'esprit plein de récits héroïques, il s'oppose très tôt à son cousin Louis XI et poursuit l'oeuvre créatrice de son père d'un Etat bourguignon important, souverain, au risque de menacer parfois presque mortellement le royaume de France dont il est issu. De Dinant à Péronne et à Bruges, il fonde un Etat moderne (ses ressources personnelles sont distinctes des finances du duché), marié à une princesse anglaise (ce qui aurait pu en faire un des arbitres de l'équilibre européen), il travaille à la création d'une armée permanente. Là réside l'une des causes de la rupture avec certains de ses vassaux et avec sujets, car qui dit armée permanente dit impôts réguliers... Après avoir envisagé le projet (un peu fou mais si épique) de "royaume rhénan", c'est aux Suisses qu'il se heurte, et c'est aux Suisses qu'il revient d'abattre dans une ultime bataille cette étoile filante de l'histoire européenne. Son armée, au sein de laquelle les mercenaires à la fidélité douteuse constituent plus de la moitié de l'effectif,  n'est plus en mesure de résister : "Il sait que toute l'Europe est liguée contre lui, qu'il n'a plus un allié, plus un ami, plus un partisan".

Un livre d'histoire qui se dévore comme un roman. L'auteur est (bien sûr) pétri d'admiration pour son héros et les critiques sont peu nombreuses, mais on se prend facilement à rêver aux chevauchées de la Suisse en Flandres ou aux combats autour de Nancy. Un plaisir (accompagné d'une vraie bibliographie).

Coll. Texto, Tallandier, Paris, 2014, 349 pages, 10 euros.
ISBN : 979-10-210-0711-6.

Grand duc d'Occident

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 06:20

Les Templiers

Chevaliers du Christ ou hérétiques ?

Arnaud de La Croix

Une nouvelle histoire générale du célébrissime ordre des moines-soldats des Croisades, ou parfois des Croisades et de la participation des Templiers, car ces épisodes constituent bien l'essentiel du livre.

Organisé en 26 brefs chapitres, eux-mêmes regroupés en trois grandes parties ("Fondation", Ascension", et "Suppression"), le livre donne parfois le sentiment d'être constitué d'une succession de résumés rapides d'ouvrages antérieurs et nous a finalement laissé un sentiment mitigé à la fin de sa lecture. Assez descriptif et factuel dans l'ensemble, il ne creuse pas toujours les questions de fond (ou alors le fait par renvoi à des auteurs antérieurs) et, en dépit d'un plan chronologique, revient très fréquemment en arrière au fil des pages. Bref, une lecture moins convaincante que celle d'autres grands ouvrages sur le même sujet. Pourtant, le texte fourmille de références, de citations, de dates, de précisions diverses et donne finalement une bonne vision de ce que fut l'ordre.

Comment expliquer ce sentiment ambivalent ? Du fait du style (phrases courtes, texte saccadé) ? Peut-être. Ou est-ce que le bandeau rouge figurant au bas de la couverture ("La clef de l'énigme") qui donne dès le début un sentiment de malaise, qu'entretient l'introduction qui s'attarde sur les filiations et "héritages" plus ou moins esotérico-farfelus attribués aux Templiers au fil des siècles, jusqu'à la question de leur trésor, traitée en fin de volume ? Bref, un sentiment partagé, entre bonne synthèse historique pour le coeur du livre et les croisades, et appréciations plus discutables dans le temps long.

Tallandier, Paris, 2014, 335 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0522-8.

Le Temple

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 06:35

Les lumières de l'an Mille

Pierre Riché

Face à une présentation généralement noircie et univoque de l'an mille, Pierre Riché nous propose une image beaucoup plus riche, colorée et enlevée de cette période, où il distingue un véritable renouveau intellectuel et artistique.

Le livre s'ouvre judicieusement sur un rappel des pulications et manifestations qui, à la fin du XXe siècle, nous parlaient des "peurs de l'an 2000", ce qui permet dès les premières lignes de relativiser les idées reçues. Puis l'auteur nous présente la situation qui prévalait en Europe autour de l'an mille, en insistant sur le rétablissement de la dignité impériale et le rôle de la papauté. Son propos se centre ensuite sur la place de l'Eglise (et en particulier celle du pape Sylvestre II), et sur le rôle des écoles dans cette société, place dont la création de grandes bibliothèques porte témoignage. Il montre également les très nombreux échanges entre les différents territoires, de l'Est en cours d'évangélisation à la Scandinavie récemment convertie, de la Hongrie au royaume de France, ... et toujours on passe par la Lotharingie et l'empire romain germanique dont la position centrale est à la fois géographique et intellectuelle. Ces échanges sont tout autant le fait des religieux qui passent d'un prieuré ou d'un monastère à l'autre, que des marchands qui participent aux grandes foires ou des artistes qui commencent à se mettre au service des grands. Bref, une Europe de l'an mille qui n'offre finalement ni l'allure ni le tableau d'un monde bloqué, crispé sur la simple répétition de quelques rigoureux principes religieux.

Des très nombreuses citations scandent le texte courant et une (brève) bibliographie finale précise les principaux récits et recueils utilisés. Un livre qui séduira tous ceux qui s'intéressent au Moyen-Âge et au-delà à l'évolution générale de nos sociétés.

CNRS Editions, Paris, 2013, 231 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-271-07917-6

Première renaissance ?

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 06:35

Auray, 1364

Un combat pour la Bretagne

Laurence Moal

Un livre et un album à la fois.

Dans ce beau volume de plus de 200 pages, abondamment et richement illustré, Laurence Moal nous présente la bataille d'Auray, grande bataille de la guerre de succession de Bretagne et "bataille rangée exemplaire" du Moyen-Âge, non seulement dans son déroulement mais aussi dans son contexte et dans ses conséquences. De superbes reproductions de gravures et illustrations anciennes accompagnent le récit, organisé en quatre grandes parties : "Pourquoi une bataille rangée à Auray en 1364 ?" (dont le cadre de la guerre entre Montfort et Blois avec interactions françaises et anglaises), "Auray, 29 septembre 1364 : une bataille rangée exemplaire" (y compris les différentes armes, leur utilisation, avantages et inconvénients), "Qui est le vrai vainqueur de la bataille d'Auray ? Vérité historique, certitudes mémorielles" (analyse critique des différentes versions, conséquences diplomatiques, représentations iconographiques ultérieures), et "Entre souvenir et mémoire" (échos au long des XVIIIe et XIXe siècles jusqu'au XXe, la "fête nationale bretonne" dans l'entre-deux-guerresetc.). En conclusion, l'auteure cite Xavier Grall : "Les hommes sont comme des arbres : ils ont besoin de racines. Retranchés de leur terre, de leurs familles, de leur ciel, ils ne se reconnaissent plus eux-mêmes", tout en précisant à juste titre qu'il faut "pouvoir valoriser la différence sans déraper vers la folklorisation, explorer le passé en ne basculant pas dans le repli identitaire".

Plus de vingt pages et nombreuses et riches entrées complètent ce beau livre, qui fera sans nul doute le plaisir, sinon le bonheur, de tous les amateurs d'histoire du Moyen-Âge en général et de la Bretagne en particulier.

Presses Universitaires de Rennes, 2012, 227 pages, 30 euros.
ISBN : 978-2-7535-2107-0.

Une bataille rangée exemplaire

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 06:55

Azincourt

Philippe Contamine

Réédition d’un ouvrage pratiquement quinquagénaire, Azincourt, du professeur Contamine, n’a pas pris une ride. Le livre offre en effet une vision particulièrement réaliste et compréhensible de la guerre telle qu’elle se pratiquait en Europe occidentale au crépuscule du Moyen Age.

Alors que l’armure est techniquement à son apogée, la prééminence sur le champ de bataille de la cavalerie cuirassée commence à être grignotée par l’action des « gens de pied », archers, arbalétriers, voire spécialistes, encore très rares, chargés de mettre en œuvre les premières armes à feu. De son côté, l’économie de la guerre connaît une mutation profonde : les soldats professionnels remplacent en partie les combattants levés dans le cadre féodo-vassalique. Derrière cette évolution, suscitée par un souci d’efficacité accrue, se profile toute la question de la construction de l’État moderne, né de l’extension du système fiscal, indispensable pour procurer les ressources nécessaires à l’entretien d’une armée permanente, même si les effectifs de cette dernière nous paraissent encore réduits.

L’ouvrage, composé essentiellement d’extraits de documents-sources, reliés entre eux par quelques lignes explicatives qui assurent parfaitement la cohérence de l’ensemble, se caractérise par son approche, extrêmement logique et très pédagogique, des divers aspects touchant à la guerre et aux opérations militaires. Il est en outre enrichi, dans ses dernières pages, d’une présentation des systèmes monétaires de l’époque et d’un glossaire particulièrement utile.

Facile et agréable à lire, scientifiquement rigoureux sans jamais tomber dans l’érudition pesante, Azincourt brosse un tableau aussi clair que précis des formes prises par le conflit anglo-français au XVe siècle. Offrir à nouveau au public l’accès aux premiers travaux du professeur Contamine, qui s’est imposé comme le spécialiste des techniques militaires médiévales, demeure une initiative qui mérite d’être ici saluée et appréciée à sa juste valeur.

Jean-François Brun

Folio Histoire, Paris, 2013, 246 pages. 8,70 euros.

ISBN : 978-2-07-045084-8.

Massacre de la chevalerie française

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 07:00

Wenceslas de Bohême

Un prince au carrefour de l'Europe

Jana Fantysova-Matejkova

Souverain pleinement européen par ses possessions (Bohême, Luxembourg, Brabant) et son éducation, le prince Wenceslas III est un personnage presque emblématique du XIVe siècle et l'étude très fouillée que lui consacre Jana Fantysova-Matejkova dans la collection 'Cultures et civilisations médiévales' des Presses universitaires de Paris-Sorbonne constitue un bel hommage.

L'ouvrage n'est pas seulement une biographie, loin de là. Organisé en quatre grandes parties, le livre nous présente successivement "La famille de Luxembourg et la France", "L'héritage brabançon et la politique régionale de Wenceslas", "Le duc Wenceslas dans les oeuvres de Jean Froissart", et enfin "La famille de Wenceslas, ses prédilections et grands objectifs politiques". C'est donc un panorama d'ensemble d'un monde sans doute alors à son apogée qui nous est offert. Très lié à la maison de Valois (et donc à la famille de France), mais aussi aux Wittelsbach de Bavière (il est demi-frère de l'empereur romain germanique Charles IV), le prince Wenceslas est l'un des plus puissants seigneurs de son temps mais il est étrangement absent de la bibliographie sur la période, sans doute explique l'auteure parce qu'il "gouvernait des territoires appartenant aujourd'hui à cinq Etats différents" et que les études historiques marquées de préoccupations nationales dominent très souvent. Il est donc particulièrement intéressant de dénouer l'écheveau de ses relations avec le Saint Empire comme avec la France naissante. On découvre, et on apprécie, que le personnage et son époque nous soient également présentés à travers les oeuvres poétiques et littéraires du temps, ce qui donne une ampleur originale au livre et qui témoignent de la place importante de ce prince dans le "concert des nations" de l'époque. Sa mort, au terme d'un règne très favorable à ses Etats, semble marquer toutefois la fin d'un cycle, et son successeur, sans doute moins habile ou moins capable, voit disparaître une grande partie de son héritage. Au bilan, plongez dans le plus fastueux Moyen-Âge européen, suivez les principaux monarques du temps, participez aux négociations, aux fêtes et tournois, traversez le continent de part en part, etc. C'est captivant !

Très bel ouvrage, particulièrement soigné dans la forme et bénéficiant d'une impression de grande qualité, cette étude est tout aussi passionnante sur le fond. Un vrai volume de référence qui maintient et confirme la qualité des publications des PUPS et leur fait honneur.

PUPS, Paris, 2013, 658 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-84050-847-2.

Un prince européen

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 07:05

Les hommes de la Croisade

Régine Pernoud

Historienne unanimement reconnue et récompensée par l'Académie française en 1997 pour l'ensemble de son oeuvre, Régine Pernoud a publié pour la première fois cet ouvrage en 1982 (le corps du texte ayant été rédigé en 1958), il y a donc plus de trente ans.

Plus qu'un récit factuel des événements, l'auteure nous offre un vaste panorama de la société du temps, organisé en cinq grandes parties : "Les hommes", "Les moyens techniques", "L'esprit de conquête", "Mystique et politique" et "La fin d'un monde". Elle constate en introduction qu'à partir de la fin du XIIIe sècle "le terme de 'croisade' devient de plus en plus inexact", puisqu'il ne s'agit plus réellement de libérer Jérusalem mais "plutôt de lutter contre la puissance turque" et dresse ensuite le tableau d'une époque qu'elle fait littéralement revivre : "Qu'il s'agisse de les encenser ou de les accabler (les Croisés), les jugements qui les concernent sont toujours préremptoires, sans appel et sans nuances, ... fondés en général sur une superbe ignorance, une méconnaissance concrète des conditions dans lesquelles ont eu lieu tels ou tels événements". Qu'il s'agisse des pauvres, des clercs ou des barons, de l'organisation des Etats chrétiens (les connaissances ici ont depuis progressé), des moyens matériels, de la construction des formitables châteaux francs de Terre sainte, de l'adaptation des usages francs aux pratiques orientales locales et de l'interpénétration entre les deux cultures, des relations avec Constantinople, etc., etc., ce petit livre vous apportera une foule d'informations et de renseignements, jusqu'à l'ultime résistance des derniers Templiers regroupés autour de leur Grand'Maître dans la tour d'Acre.

Ce texte est parfaitement complémentaire de l'Histoire des croisades en deux volumes, parue il y a peu chez le même éditeur, plus factuel et que nous chroniquions le 24 mars dernier (ici). Un livre qui sait aborder les marges de la société du temps, tout en restant au coeur du sujet. Un bel exercice dont la lecture est recommandée.

Coll. 'Texto', Tallandier, 2013, 344 pages. 10,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0105-3.

Vie des Croisés

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 07:00

Philippe le Bel

Jean Favier

Grand spécialiste du Moyen-Âge, Jean Favier a publié de très nombreux ouvrages sur la période, dont cette quasi-biographie de Philippe le Bel, parue pour pour la première fois en 1978. Il explique dans son introduction que ce livre est né "d'une certaine exaspération. D'un désir de rendre leurs véritables dimensions à Philippe le Bel, à ses proches, à ses conseillers, à ses adversaires aussi". En effet, la plupart d'entre nous ne connaissent sans doute le personnage et la période qu'à travers les épopées romancées du style Les rois maudits, or la réalité est bien différente, mais "l'histoire est-elle moins attachante ?"

Quasi-biographie disions-nous, puisque l'auteur a fait le choix d'adopter non pas un plan strictement chronologique de la naissance au décès du souverain, mais d'aborder son règne par une série de chapitres thématiques : "Le roi en son Conseil", "Les gens du roi", "La monnaie du roi", "Les choix financiers", "La guerre", "L'échiquier européen", "Juges et inquisiteurs", "L'offensive pontificale", "Le Temple", "Les marchandages de Marigny", "Des ombres sur un siècle nouveau", etc. Il en résulte un texte tout particulièrement intéressant qui, bien que datant pour l'essentiel aujourd'hui de plus de trente ans, n'a rien perdu de sa force et de son intérêt. Chacun y trouvera d'utiles explications et rectifications au sujet par exemple de l'administration du royaume, de l'accusation d'être "un roi faux-monnayeur", sur les relations parfois conflictuelles avec la papauté, la question d'Artois et la guerre des Flandres, sur les objectifs poursuivis et la procédure adoptée pour abattre l'ordre du Temple, sur l'ambition dynastique et les agrandissements du domaine royal, etc.

Véritable ouvrage de référence (on apprécie particulièrement les nombreuses citations de textes d'époque) complété par cinquante pages de sources, bibliographie et index, il est indispensable pour toute personne souhaitant s'intéresser à la période, pour tous ceux qui veulent approfondir leurs connaissances de tel ou tel aspect du règne ou tout simplement par ceux qui souhaite avoir une compréhension plus équilibrée d'une époque souvent décriée.

Coll. 'Texto', Tallandier, Paris, 2013, 589 pages. 12,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0107-7.

Le roi de fer

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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