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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 06:45

La France - Turquie

Claude Postel

« L’Orient fascine l’Occident.

               L’Orient c’est la terre de la lumière, là où se lève le soleil qui, inexorablement, jour après jour vient mourir en Occident, terre d’obscurité. »

Cette citation, issue du livre de Claude Postel (p. 145), illustre une certaine fascination de la France du XVIème siècle vis-à-vis de l’Orient, et plus particulièrement en direction de la Turquie. Claude Postel, spécialiste des questions religieuses au XVIème siècle auquel on doit en particulier, déjà aux éditions des Belles Lettres, un Traités des invectives au temps de la réforme (2004) et Si loin de Rome. Chronique d’un renégat (2007) retraçant l’histoire de Bernardo Ochino, Supérieur de l’ordre des Capucins passé à la Réforme. Ce nouvel essai a pour objectif de présenter les « vues de France » sur la Turquie et l’Orient. En proposant notamment des documents nouveaux, l’auteur souhaite ici expliquer et faire émerger certaines permanences dans les relations entre le royaume chrétien et la Sublime Porte. Dans un cadre fortement marqué par les impératifs religieux, la France va jouer de toutes les ressources de la diplomatie et du pragmatisme envers la Turquie, par-delà une paradoxale attirance/ répulsion pour le « Turc » et ses coutumes.

Deux parties structurent cet ouvrage. La première est consacrée à l’analyse historique des relations diplomatiques entre les deux pays et des facteurs pesant sur celles-ci. La seconde présente -grâce à de nombreux textes- les points de vue français sur le monde turc. Sont ainsi développées les visions des clercs, des voyageurs et des politiques. La relation diplomatique avec la Turquie pose en fait une question fondamentale : Qui sommes-nous ? Sommes-nous différents et pourquoi ? L’auteur montre comment la conscience de « l’Autre » rejoint en fait une interrogation sur les origines mêmes du royaume de France. Elle est d’abord initiée par les relations personnelles de deux hommes : François Ier et Suleyman. François Ier sollicite Suleyman dès le début de son règne pour mieux satisfaire ses prétentions sur le Milanais contre l’Espagne de Charles Quint. Cela va être la première étape d’une alliance entre « la Croix et le Croissant », une alliance pragmatique et éminemment politique. Dès lors la France établi une ambassade permanente à Constantinople. Cette présence permanente, malgré de nombreux revirements et atermoiements, favorise une connaissance progressive de l’Orient et symbolise en quelque sorte le caractère singulier de la diplomatie française du XVIème siècle. La seconde partie s’intéresse à la perception de la Turquie par la France. Le premier discours analysé est celui des clercs et est largement occupé par une critique de l’Hérétique. Les auteurs mettent l’accent sur les souffrances infligées aux Chrétiens et une interrogation majeure est le statut de l’Islam par rapport à la religion chrétienne. Ces récits sont marqués par la dureté de leurs propos, la religion étant dans une très large mesure le principal phénomène social structurant alors les sociétés. Les voyageurs sont plus marqués, du fait de leur curiosité, par l’organisation, sociale, politique et militaire d’un monde entièrement nouveau que de rares Européens commencent à découvrir. Ils ont souvent en commun leur jeunesse et leur enthousiasme. Les politiques, enfin, présentent des analyses et des critiques relativement objectives. Deux points de vue sont marquants. Le premier est de ceux qui -dans le cadre des guerres de religions- préconisent une gouvernance selon la mode turque entre les « communautés » pour apaiser les tensions et vivre en bonne intelligence. Le second est représenté par ceux qui déjà perçoivent un déclin réel ou espéré d’un Empire qui a très fortement influencé le XVIème siècle.

Ce livre est un ouvrage très agréable, de par son approche littéraire d’une problématique historique. Il présente parfaitement combien le fait religieux structure les croyances, les relations personnelles et diplomatiques. Les citations de nombreux textes, souvent quasi inconnus en France, et l’analyse des discours qu’ils contiennent en disent beaucoup sur la société française. Ces différences entre le clerc, le voyageur et le politique sont rendues à la perfection et « sautent » littéralement aux yeux du lecteur. Ce livre est donc, aussi, un prétexte pour un voyage en Orient, au cœur des relations diplomatiques de l’époque. On en vient presque à regretter la référence, en conclusion, à la Turquie actuelle et à ses tribulations politiques qui casse la dynamique générale du texte.  Cette critique à la marge ne ternie toutefois en rien la valeur de cet ouvrage aux apports littéraires et historiques certain.

Thibault Laurin.

Les Belles Lettres, Paris, 2013, 281 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-251-44475-8.

L'alliance du Roy et du Sultan

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 06:59

A quelques jours de notre prochain café historique de La Chouette

Chouette Empire ottoman 20mars

et pour compléter notre récente présentation du livre d'Hamit Bozarsian Histoire de la Turquie, de l'empire à nos jours, nous avons demandé à l'auteur, qui ne pourra malheureusement pas être des nôtres, de bien vouloir préciser pour vous certains points. 

Histoire Turquie825

Question : Il a beaucoup été écrit sur la chute de Constantinople vue d'Occident. Pouvez-vous nous dire si l'on sait comment cette victoire ottomane a été ressentie et présentée dans le monde musulman de l'époque ?

Réponse : La réponse à cette question peut être double. En premier lieu, il est évident que cet événement constitue un choc parce que Byzance est la continuité de Rome, dans ce qu’il a d’impérial mais aussi dans ce qu’il représente pour le christianisme. Il ne faut, en effet, pas oublier que l’Europe du 15e siècle est très fragmentée et ne dispose pas d’une structure impériale susceptible d’ériger le christianisme en une puissance digne de l’héritage romain. De l’autre côté, Constantinople est le siège d’empire et le maitre de Constantinople est considéré comme l’empereur universel par excellence. D’où la tentation de certains dignitaires européens de dissocier christianisme et empire et de reconnaître Mehmed le Conquérant comme successeur légitime de Byzance, comme l’homme qui perpétue le rêve de Daniel. Une médaille à son effigie, frappée après sa mort, présente Mehmed comme Bizantii Imperatoris et Ottomanum Turcarum Imperator, titres qui sont repris pour celles commémorant Selim I et Süleyman le Magnifique. Plus tard, le diplomate vénitien Marcantonio Barbaro (1518-1595) écrit : « Puisque par la permission de Dieu, l’empereur ottoman, au cours de victoires continues, s’est emparé de tant de provinces et a assujetti tant de royaumes, et de ce fait s’est rendu formidable au monde entier, il n’est pas hors de raison de se demander s’il ne peut pas finalement aller jusqu’à une monarchie universelle ».

Question : La réunion en la personne du souverain du sultanat et du califat constitue un tournant important et la question épineuse du califat embarrasse les chancelleries occidentales dans les années qui suivent la Première Guerre mondiale. La disparition de cette responsabilité religieuse a-t-elle eu des conséquences particulières dans un pays profondément croyant ?

Réponse : les débats autour du khalifat et les craintes que vous évoquez, montrent le décalage entre la réalité d’une institution et l’imaginaire de puissance qu’elle peut engendrer ailleurs. Les quatre derniers khalifes ottomans laissent un bilan pour le moins médiocre : Abdülhamid II, qui doit composer avec la France et l’Angleterre, sait qu’il ne peut brandir la carte khalifale qu’à condition de ne pas l’utiliser concrètement. Le « Sultan rouge », dont le règne est marqué par des massacres d’Arméniens à une très grande échelle, est détrôné en 1909 sans aucune marque de respect que son rang aurait pu exiger. Le deuxième, Sultan Resad, lance un jihad contre la Russie, la France et la Grande-Bretagne, mais en se ralliant avec l’Allemagne, qui est tout de même un pays chrétien. Son armée est largement commandée par des officiers allemands. Il ne dispose en réalité d’aucun pouvoir réel, et n’a aucune marge de manœuvre pour empêcher un événement aussi tragique que le génocide arménien. Le troisième, Vahdettin, est considéré comme un valet de l’Angleterre, puissance victorieuse qui occupe Istanbul. Le dernier, Abdülmecid, qui n’a plus le titre de sultan, ne dispose d’aucune force. Le califat était déjà mort lors de sa suppression. Parmi ses derniers défenseurs figuraient un athée notoire et un alévi (adepte d’une confession considérée comme hérétique par les sunnites). Contrairement aux autres institutions religieuses, comme les confréries qui gardent une extraordinaire vitalité malgré leur interdiction officielle en 1925,  le khalifat n’avait plus aucun souffle pour se défendre.

armee-ottomane.jpg

Question : On connait en France le nom des Janissaires ou celui des Mamelouks, mais quelles ont été les grandes phases d'évolution de l'armée ottomane et quel rôle a-t-elle joué comme "pilier" éventuel du pouvoir ?

Réponse : Classiquement, l’armée ottomane était composée de deux corps, les détenteurs de fiefs et les Janissaires ; mais le premier (105.000 au début du 16e siècle, seulement 20.000 à la fin du 17e) était très mal organisé et le deuxième (20.000 hommes en 1528, 39.000 au 18e siècle), s’était graduellement mué en une instance de censure armée, signant émeutes et renversement des sultans. Les insurrections de 1730 (qui détrône Ahmed III, auquel la vie est épargnée) et de 1808 (renversement de Selim III, victime de régicide) font partie des phases importantes de l’histoire de l’Empire. La nouvelle armée, formée et entraînée par les officiers européens, notamment après la suppression de ce corps en 1826, est dans un premier temps fidèle au pouvoir, mais les jeunes officiers passeront massivement à la contestation au début du 20e siècle. Ce sont eux qui vont déclencher la Révolution dite « Jeune turque », dans les faits un pronunciamiento, en 1908. C’est le début d’un processus qui va déboucher sur une dictature unique en 1913, qui est de nature partiellement militaire. Mustafa Kemal lui-même est issue de cette tradition.   

Question : Des Arméniens aux Kurdes et aux Assyro-Chaldéens, la question des minorités semble récurrente. S'est-elle aggravée ou a-t-elle été abordée différemment entre la période impériale puis la période républicaine ?

Réponse : Oui, il y a une différence selon les périodes. Dans l’Empire ottoman les Kurdes ne sont pas considérés comme une minorité, concept qui est d’ailleurs absent du vocabulaire impérial, et les non-musulmans, subordonnés, constituent des communautés extraterritoriales soumises à l’autorité de leurs dignitaires religieux. Les idées de l’homogénéisation du territoire par l’islamisation, puis par la « turcification » voient le jour sous Abdulhamid II (1876-1909), en partie sous l’impact des guerres russo-ottomanes et des insurrections des peuples chrétiens des Balkans. Au tournant du siècle, ce nationalisme se fait graduellement social-darwiniste, pour déboucher sur un vaste chantier de nettoyage ethnique, comprenant, notamment, le génocide arménien. En 1914, les chrétiens représentent 20% de la population de la Turquie actuelle ; ils ne sont plus qu’1% en 1924. S’il y a un antisémitisme émergeant sous l’Empire ottoman finissant, les juifs ne sont désignés comme une « menace » pour la « turcité » que sous la République. Enfin, même si l’Etat se méfie des Kurdes et ordonne la déportation d’une partie d’entre eux en 1917-1918, la question kurde est le produit d’une part de la division du Kurdistan à la suite de la Première Guerre mondiale, d’autre part de la politique ultranationaliste et très répressive de la République kémaliste.  

Merci très vivement pour la précision de ces réponses et plein succès pour votre livre.

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 07:00

Histoire de la Turquie

De l'empire à nos jours

Hamit Bozarslan

Histoire-Turquie825.jpg

Spécialiste du Moyen-Orient et en particulier de la question kurde, Hamit Bozarslan nous propose dans ce volumineux ouvrage bien plus qu’un survol de l’histoire de l’empire ottoman et de la république turque. Dans son introduction, il précise qu’il aborde son sujet « avec le recours de la sociologie historique » et selon une approche « résolument » comparative (en particulier « avec d’autres expériences historiques, notamment européennes »). Au-delà du simple récit chronologique des événements, c'est donc le "monde", la "communauté", le "destin" turc qu'il scrute et analyse.

La première partie du livre (« Un empire universel », pp. 31-77) traite des origines et de la fondation de l’empire. On apprécie les pages consacrées à la sacralisation progressive de la personne du sultan et à la position tout-à-fait particulière (et si fragile) du grand vizir, mais aussi à la place des militaires dans l’Etat et une première approche du statut des minorités et des non-musulmans. La longue deuxième partie (« Un ordre nouveau », pp. 121-218) évoque les réorganisations successives et leurs limites ou échecs, de Selim III à Abdülhamid II, dans un rapport difficile (attrait / rejet) avec les puissances européennes, entre « nostalgie du passé » et besoin de réformes alors que les défaites militaires se succèdent. La troisième, tout aussi importante (« La Turquie unioniste et kémaliste », pp. 221-351), nous entraine de la révolution Jeune Turque et du comité Union et Progrès à la grande assemblée nationale d’Ankara et à l’imposition d’une république modernisée mais autoritaire. Le génocide arménien et la question kurde sont abordés, tout comme les rapports avec l’Allemagne avant et pendant les guerres mondiales. La quatrième et dernière (« La Turquie d’aujourd’hui », pp. 355-452) pose la question de l’enracinement d’un régime pluraliste dans un pays où domine le "conservatisme politique" et où le facteur religieux joue un rôle très important. L’ouvrage se termine en particulier sur de nombreuses notes et références (pp. 465-522), quelques cartes, une rapide chronologie, quelques très appréciables biographies, une présentation sommaire mais utile des partis et mouvements politiques, un glossaire, une bibliographie et un index. C’est dire si, au total, cette vaste synthèse est complète, et donc utile.

Au-delà de sa richesse factuelle et des pistes ouvertes par les analyses de l’auteur, il sera sans doute difficile à de nombreux lecteurs d’adhérer à toutes les hypothèses émises. Dans la première partie, par exemple, les développements sur les caractères « européens » de l’empire posent objectivement question, en dépit de son étendue géographique. Plus loin, il en est de même pour l’affirmation d’une responsabilité quasi-exclusive des Unionistes dans le génocide arménien, ce qui revient à décharger de la leur nombre de notables. Mais ces réserves (qui peuvent au contraire vivifier le débat) tiennent le plus souvent à une interprétation personnelle des citations et références, et ne remettent nullement en cause la qualité d’ensemble du travail. Un outil de travail et un volume de référence pour quiconque s’intéresse au monde ottoman.

Editions Tallandier, Paris, 2013, 590 pages. 26,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0065-0.

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 07:00

Le martyre oublié des chrétiens chaldéens

Jean Monneret

LE-MARTYRE-OUBLIE-DES-CHRETIENS-CHALDEENS.jpg

Ce petit volume d'un peu plus de 150 pages est original à la fois sur le fond, par le sujet, et dans le forme, puisqu'il laisse longuement la parole aux membre de la communauté chaldéenne.

Jules Monneret, l'un des historiens les plus actifs sur la guerre d'Algérie, s'intéresse ici à cette communauté chrétienne du Sud / Sud-est de la Turquie : "Victimes de persécutions persistantes, ils ont dû fuir leur pays d'origine pour se réfugier en France" (entre 20.000 et 25.000 personnes). Bien moins médiatisés que le génocide arménien, les massacres qu'ils ont subi n'en sont pas moins réels : "Pourquoi tant d'acharnement et depuis si longtemps contre ces Chrétiens ?" Le livre s'ouvre sur un petit (mais utile) glossaire, sur une carte qui permet de localiser leurs principaux villages au nord de la frontière irako-turque (cette dernière précision suffirait à donner toute son importance au sujet dans une actualité dramatique), et sur une chronologie qui permet, du IIIe siècle de notre ère à 2011, de se familiariser avec leur histoire.

Se succèdent ensuite neuf témoignages, toujours intéressants, parfois poignants, qui permettent de dresser un tableau pointilliste de leurs vies, de leurs difficultés, de leurs histoires, de leurs espoirs et de leurs craintes. Les plus âgés parlent araméen et Meske, la grand-mère, "parait recrue d'épreuves ... Elle semble simplement avoir désappris à sourire, comme si elle charriait le fardeau de mille et un souvenirs dramatiques et pesants". Paul raconte les pressions exercées sur lui pendant son service militaire dans l'armée turque pour qu'il se convertisse : "Est-on appelé sous les drapeaux pour servir le pays ou pour se faire circonscire ?". David parle des difficultés de la scolarisation : "Aucun élève de Meer [son village chaldéen] n'allait au collège après l'école primaire. Il eût fallu se rendre en zone musulmane, à plus de soixantez kilomètres ... Nous n'avions ni routes, ni téléphone, ni télévision" ; c'est en France, où il arrive en 1994, qu'il peut suivre une formation : "Dans le pays d'origine, nous n'étions pas même considérés comme des êtres humains. Nous n'étions pas habitués à être traités avec bienveillance. La France nous a aidés et formés. Après, c'était à nous de trouver notre place dans la société" ... Belle leçon d'intégration. Les témoignages se succèdent : Milkiya évoque avec pudeur de son village natal, Gabriel nous parle de la très ancienne culture chaldéenne, Savo s'attarde sur le rêve d'un Etat autonome assyro-chaldéen (d'ailleurs promis par les Franco-Britanniques à la fin de la Grande Guerre mais totalement oublié lors de la signature des traités de paix) ; etc. On passe de Shamiramis, jeune étudiante en histoire à la Sorbonne, qui porte le prénom de la plus célèbre reine de Babylone, à Jean-Paul, arrivé en France à l'âge de sept mois et aujourd'hui analyste en informatique. Monseigneur Petrus Yousif, vicaire du Patriarche chaldéen (dont le siège est à Bagdad) en France, parle enfin de sa communauté, avec les mots justes d'un homme d'église discret. 

Dans sa postface, avant quelques très utiles annexes, l'auteur revient sur "Le christianisme face au pouvoir islamique. Rappel historique et perspectives". Il y défend les idées qu'il a déjà exprimées par ailleurs, et ses conclusions lui appartiennent ("La centrifugeuse mondialiste est à l'oeuvre ... Le cosmopolitisme organisé, revendiqué, encouragé par les grands médias et promu au rang de philosophie suprême, sont installés chez nous. Ils exercent des ravages quotidiens"). Il lui semble non seulement indispensable mais urgent de "renforcer l'enseignement de l'histoire de France dans nos écoles", pour éviter "la libanisation rampante du pays" et retrouver une cohésion : "C'est parce qu'ils sont catholiques qu'ils furent persécutés et qu'ils ont dû partir ... La présence des Chaldéens chez nous est donc un démenti à tout ce que nous avons entendu dire de favorable, depuis des années, sur la Turquie ... C'est aussi un démenti à tout ce que l'on entend dire sur la 'tolérance' des pays musulmans".

On le voit, le rappel de plusieurs siècles d'histoire et les témoignages d'exilés sur un passé récent conduisent à des conclusions fort nettes, sur aujourd'hui et demain. Quoi que l'on en pense, les témoignages existent, et restent. La minorité persécutée des Chrétiens chaldéens méritait bien ce livre, à la fois de souvenir et d'hommage.

 

Editions Via Romana, Versailles, 2012, 151 pages, 20 euros.

ISBN : 979-10-90029-22-4

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L'auteur a accepté de répondre à nos questions pour préciser certains points.

Question : Vous évoquez à la fin de votre livre le fait que la Turquie autorise (incite ?) depuis peu le retour des exilés chaldéens. Cela se traduit-il par un réel mouvement de retour et constate-t-on (ou non) aujourd'hui une inflexion de la politique d'Ankara ?

RéponseLa politique turque s'est infléchie incontestablement puisque des minorités comme les Kurdes et les Assyro-Chaldéens ont aujourd'hui des émissions de radio et de télévision et quelques publications. Parler de retour des Assyro-Chaldéens serait néanmoins trés optimiste. Les villages du Hakkari ont été détruits et sont situés dans une zone d'opérations militaires interdite aux civils. Certains retournent en Turquie pour les périodes de vacances mais restent dans des zones sécurisées.La plupart sont fixés en Europe et aux Etats-Unis pour une longue période sinon définitivement.

Question : Au regard des événements qui se déroulent actuellement en Syrie, comment la communauté chaldéenne peut-elle réagir ? Joue-t-elle un rôle dans la région et quels sont ses rapports avec les autres minorités chrétiennes d'Orient ?

Réponse : La communauté Assyro-Chaldéenne est présente en Syrie et bénéficie d'une certaine considération. Elle craint, comme d'autres communautés chrétiennes, les bouleversements que l'actuelle guerre civile peut entrainer. Sur le plan humanitaire, cette communauté est bien organisée et intervient pour aider ceux des siens qui sont touchés par les événements.

Question : Vous faites référence, à plusieurs reprises, aux origines "mésopotamiennes" de cette communauté. Ne s'agit-il pas d'un discours "rêvé", "fantasmé", reconstruit depuis la fin du XIXe siècle ?

Réponse : Non. L'origine des grandes civilisations mésopotamiennes n'est plus à prouver. Sumer, Ninive, Babylone, l'Assyrie, la Chaldée sont des réalités qu'en des temps meilleurs on étudiait au collège et au lycée dans les manuels d'Histoire. L'hydrologie, l'astronomie, la médecine, la pharmacopée, l'écriture, les législations (Code d'Hammourabi) sont nées dans cette région du monde. L'apport des savants syriaques(=Assyro-Chaldéens) au monde arabe et à l'Occident fut décisif. Y a-t-il eu "réappropriation" de cet héritage culturel au XIXe siècle, au risque de se placer sur un mode fantasmé ou rêvé, comme cela existe dans d'autres cas ? Les travaux des sumérologues, notamment français, ceux de l'Ecole biblique de Jérusalem, nous garantissent contre les dérives non scientifiques, idéologiques, dans ce demaine.

ASSYRIENS-2.gif

Question : Comment expliquez-vous la différence de résonnance publique entre le génocide des Arméniens, sur lequel on veut légiférer, et celui dont furent victimes les Chaldéens, dont personne ne parle ?

Réponse : Le génocide de 1915 a touché les Arméniens et les Assyro-Chaldéens dans les mêmes proportions. Cependant comme les Assyro-Chaldéens étaient moins nombreux en Turquie, ils ont moins retenu l'attention. En outre à l'issue de la 1ère Guerre Mondiale, la SDN a envisagé de créer un Etat Assyro- Chaldéen. Ceci fut combattu par certains et finalement abandonné. Minimiser les souffrances des Assyro-Chaldéens a peut être correspondu à une manœuvre pour justifier cet abandon.

Question : Votre brève conclusion est relativement "dure", dans le contexte général du discours ambiant. Ne s'agit-il pas d'une généralisation rapide ?

Réponse : La centrifugeuse mondialiste est à l'œuvre. Tout particulièrement en Europe occidentale où l'existence d'Etats-Nations anciens et historiquement enracinés est vue avec défiance dans certains milieux dirigeants américains. Depuis le Président Wilson en 1919, peu de choses ont changé à cet égard. Pour certains, le nationalisme (la simple défense des particularismes y étant assimilée) c'est la guerre. Supprimer les nations leur parait la meilleure façon de supprimer les guerres. Ceci peut paraître infantile et l'est dans une certaine mesure. Mais ce n'est pas la première fois que la politique américaine apparait sous ce jour. Il n'empêche que l'Amérique cherche à transformer le monde à son image. Elle y réussit assez bien. En 40 ans, la France est devenu un pays multiculturel, avec des ghettos, des mafias, des MacDos et aussi la réécriture de l'Histoire, le politiquement correct à l'Université, la "discrimination positive" ; j'en passe et des meilleures comme, par exemple, ce ministre disant qu'il n y avait pas de peuple français mais un "conglomérat" de peuples. En revanche, deux caractéristiques phares des Etats-Unis : la liberté rigoureuse de la presse et le patriotisme ne sont pas passés à l'importation. Lost in importation pourrait-on dire. Il appartient aux Européens, et au premier chef aux Français, de rappeler que le patriotisme n'est pas le nationalisme exacerbé mais, comme le disait Malraux, "l'exaltation de la particularité et non de la supériorité."

Jean Monneret, merci pour ces franches réponses.

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 07:00

La marine ottomane

De l'apogée à la chute de l'empire

Daniel Panzac

La marine Ottomane

Avec cette réédition (première parution en 2009), un grand spécialiste de l'empire ottoman est de nouveau accessible. Il nous entraîne ici, en plus de 500 pages, dans une vaste fresque historique allant des lendemains de la bataille de Lépante à la fin de la Première Guerre mondiale. La couverture chatoyante donne le ton d'un ouvrage passionnant, que l'on soit (ou non) plus ou moins intéressé par les questions navales. Le texte est dense, précis, complet, est accompagné de tableaux et graphiques, le style est clair, agréable : l'ensemble constitue une indiscutable référence.

Tout en suivant chronologiquement les principales étapes de l'histoire de la Sublime Porte (reconquête de Tunis, guerre de Crète, guerres russo-turques, indépendances balkaniques et sécession égyptienne, modernisation sous influence occidentale et Grande Guerre), Daniel Panzac détaille l'organisation de cette marine ottomane mais précise aussi son emploi et sa situation en temps de paix comme en temps de guerre. Il expose longuement les questions liées au recrutement et à la formation (le rôle de la population d'origine grecque), aux constructions navales, aux changements techniques (passage de la galère au vaisseau de ligne, puis du vaisseau au cuirassé) et prend chaque fois que nécessaire en compte la présence (le rôle et la place) des ingénieurs et marins des principales puissances européennes, agissant d'abord souvent à titre individuel, puis à partir de la deuxième partie du XIXe siècle au sein de "missions navales".

A travers l'exemple précis de l'histoire de cette marine, c'est en fait toute l'histoire de l'empire ottoman durant plus de trois siècles qui défile devant nos yeux. Avec elle, ce sont les priorités stratégiques des Sultans qui transparaissent : ravitaillement des garnisons isolées sur lesquelles l'autorité centrale ne s'exerce que difficilement, défense des Détroits et protection de la capitale, etc. L'ensemble de l'ouvrage est complété par près de 50 pages de sources, bibliographie, index et cartes qui apportent une nouvelle plus-value à un livre en lui-même déjà essentiel.

 

 

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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