Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 07:00

De la politique, des commémorations,

et peut-être de l'histoire (mais ce n'est pas sûr)

mensonges.jpg

Sous le titre "Le gouvernement veut-il casser le centenaire de 1914 ?", Jean-Dominique Merchet a mis en ligne vendredi 19 octobre (cliquer ici) un billet décapant, ou affligeant si l'on s'en tient à ce que cela révèle des moeurs politico-administratives. On attend avec impatience la suite, d'autant que tous les éléments du dossier ne semblent pas évoqués dans ce premier article (qu'en est-il par exemple du rôle des "discrets" conseillers et des manoeuvres de couloirs des universitaires médiatisés ?). En tout état de cause , une chose semble (hélas) de plus en plus acquise : réussir l'exploit de parler de la Grande Guerre sans qu'un officier historien ne puisse participer au débat...

Nous attendons vos commentaires et nous espérons que Jean-Dominique Merchet pourra approfondir son sujet avec, pour parodier le titre d'une célèbre émission de télévision, un "complément d'enquête", quelque part entre "Je te tiens, tu me tiens par la barbichette" et "Les fromages de la République".

Partager cet article
Repost0
6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 07:15

Du renouvellement des élites en général

et des retraites des jeunes en particulier !

  Chomeurs_intellectuels.jpg

L'actualité économique et les récentes études sociologiques se télescopent parfois de façon surprenante. D'un côté, le nombre de jeunes diplômés en (plus ou moins) grande précarité ne cesse de croître ; de l'autre, le renouvellement des élites n'a jamais été aussi faible. Pire, une véritable incapacité française à promouvoir les nouvelles générations semble devenir "la norme", phénomène accentué par la myopie des médias de tous types qui préfèrent s'adresser au plus connu plutôt qu'au plus compétent. Le scénario semble toujours le même : quelques signatures (depuis longtemps) prestigieuses cumulent les postes, les fonctions, les activités, et paraissent ne pas pouvoir se résoudre à céder la place. Deux publications "grand public" récentes, parues sous le nom de chercheurs plus que "confirmés" (en retraite depuis 20 ans et plus) jouent le rôle de "l'étincelle qui a fait déborder le vase", ou de "la goutte d'eau qui a mis le feu aux poudres", comme on voudra.

Je précise immédiatement que ce "billet d'humeur" n'est en rien destiné à une personne plutôt qu'à une autre. Mon propos se veut plus large et vise à poser une question de principe : on ne cesse de nous répéter que l'entrée dans la vie professionnelle des jeunes diplômés en sciences humaines (et tout particulièrement en histoire) est extrêmement difficile, or nous constatons que ceux dont la carrière est terminée, parfois depuis fort longtemps, qu'ils soient officiers, universitaires, journalistes spécialisés, éditeurs ou que sais-je encore, ne parviennent presque jamais à céder leurs places. Souvent, même, parvenus au faîte de la reconnaissance publique, ils cumulent postes et fonctions : un conseil scientifique ici, un comité de rédaction là, et continuent à multiplier colloques, chroniques régulières et interventions diverses.

Dans le même temps, les doctorants et jeunes docteurs multiplient les "petits boulots" pour survivre (difficilement), enchaînent les remplacements ponctuels et les "piges" aléatoires pour gagner (au mieux) un petit SMIC. Même les meilleurs n'ont qu'une probabilité infinitésimale d'être élus dans une université, tandis que les éditeurs, de plus en plus frileux, soit s'adressent pour leurs commandes d'ouvrages à des "noms" déjà bien connus et installés, soit se permettent de ne prévoir dans les contrats aucune avance sur droits. Le travail intellectuel ne mérite-t-il pas d'être normalement payé au moment où il est exécuté ? C'est la précarisation systématisée des "jeunes" chercheurs (entre 25 et 40 ans, ceux que l'on appelle toujours pudiquement les "juniors"), parfois la désespérance, et j'en connais en région parisienne qui (tout en s'efforçant de rester positifs et en faisant "bonne figure" en public) sont dans des situations personnelles particulièrement difficiles. On voit bien les deux conséquences : misère matérielle et appauvrissement intellectuel. N'y a-t-il pas là un risque important de tarissement du vivier des chercheurs ? Pourquoi des jeunes brillants choisiraient-ils une voie qui les condamne ? Peut-être faut-il voir aussi dans cet état de fait l'une des causes du retard pris par la France dans de nombreux domaines par rapport aux pays anglo-saxons ?

A cette question, en elle-même essentielle, en est étroitement liée une autre, qui ajoute de la perversion au phénomène. Pour la moindre intervention de quelques minutes, pour le moindre texte de quelques pages, journalistes et éditeurs (qui ne connaissent pas les compétences existantes dans tel ou tel domaine de spécialité) s'adressent toujours aux mêmes sommités. Le mal est d'ailleurs encore plus grave quand la personnalité en question n'est pas plus spécialiste que vous et moi de la culture du maïs dans le haut empire inca, mais a par contre systématiquement un message "mémoriel" à faire passer. A l'inutilité de l'intervention s'ajoutent parfois erreurs et contre-sens (volontaires ? Poser la question, n'est-ce pas déjà y répondre...). Pourtant, plus vous êtes (re)connu, plus vous êtes sollicité. Ce cycle, éventuellement vertueux et appréciable pendant que vous conduisez activement vos travaux et votre votre vie professionnelle, un "cursus honorum" moderne, ne se justifie plus de longues années après votre "retraite" officielle, surtout lorsqu'un généraliste des médias ne s'adresse à vous que parce qu'il connaît vaguement votre nom. Pourquoi, dès lors, faisant preuve d'une sagesse antique, ne pas conseiller à l'ignorant de contacter plutôt tel ou tel jeune montant, brillant, compétent, promis à un bel avenir si on lui laisse sa chance ?

De grâce ! Que les grands chercheurs parvenus au terme d'une vie professionnelle comblée, aussi éminents qu'émérites, se décident à aider leurs cadets. Qu'ils continuent à produire des sommes intellectuelles et des ouvrages de référence, certes, ils en ont la capacité, c'est leur responsabilité morale et la recherche a besoin de toutes leurs compétences. Mais que dans la "vie quotidienne" des laboratoires, des centres de recherche, des maisons de presse et d'édition ou des studios d'enregistrement, ils laissent la place aux jeunes. Qu'ils favorisent l'éclosion d'une génération qui ne sera pas moins capable que la leur. Qu'ils ouvrent leurs carnets d'adresses, qu'ils conseillent, qu'ils soutiennent, qu'ils fassent connaître la jeune génération et assurent le relais. La vie, avec ses difficultés, se chargera ensuite de valoriser le travail des meilleurs... Mais encore faut-il qu'ils puissent travailer !

Pour en revenir à "la goutte d'eau" ou à "l'allumette" à l'origine de ce billet, pourquoi demande-t-on toujours aux plus connus, qui depuis très longtemps n'ont plus rien à prouver, de produire des documents qu'un trentenaire ou un "quadra" bien formé pourrait parfaitement rédiger, tout en renouvelant d'ailleurs éventuellement les problématiques ? Ce dernier n'a-t-il pas davantage besoin que son "maître" de 300, 400 ou 500 euros de rénumération, éventuellement associés à ce travail ? Va-t-il être nécessaire, tant la situation devient parfois pénible, d'émettre comme sous la IIIe République des timbres à surtaxe "Pour les chômeurs intellectuels" ? C'est une question de triple solidarité, professionnelle, générationnelle et morale.

Que les "pontes" de la discipline qui liront ce coup de coeur se préoccupent d'assurer la relève : ils n'en seront que plus grands.

R. PORTE

 

P.S. : Merci au CLIOPHAGE d'avoir relayé ce billet (voir Un grand cri d'amour !!!, ce qui n'est pas faux) en ajoutant dans son commentaire d'utiles réflexions.

chomeurs-intellectuels-1.jpg

Partager cet article
Repost0
22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 07:00

Quelques "Unes" de 1950 et 1951 ...

img131.jpg

Pour sourire en ce dimanche d'été ...

Il fut une époque où Paris-Match n'hésitait pas à mettre à la Une les grands généraux du temps, ou à évoquer les principales questions militaires. Parmi les titres relevés sur des exemplaires des années 1950-1951, outre ce "De Lattre de Tassigny, haut-commissaire en indochine" (n° du 22 décembre 1950), citons au hasard à la charnière entre ces deux années : "Débarquement en Corée : photos exclusives" (n° du 30 septembre 1950), "Eisenhower, général en chef de l'Occident" (n° du 20 janvier 1951), "Les Français de Corée à l'honneur" (n° du 27 janvier 1951),  "Liddell Hart vous explique comment l'Europe sera défendue" (n° du 24 février 1951), etc.

Dans le contexte de "guerre chaude" qui prévaut alors, ce discours n'est certes pas innocent, mais il n'en demeure pas moins que la grande presse illustrée hebdomadaire consacre alors une pagination relativement importante aux questions militaires...

Partager cet article
Repost0
10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 07:15

L'actualité :

Tombes militaires profanées au cimetière de Saint-Etienne-à-Arnes

ARDENNES-1.jpeg

Un dossier de fond :

Menaces de destruction du monument aux morts allemands de Sedan

ARDENNES-2.jpg

Aucun lien entre les deux affaires, bien sûr, si ce n'est leur localisation géographique dans le même département. D'aucuns ajouteront peut-être une égale ignorance ou un profond mépris de la réalité historique et de la mémoire des territoires.

Dans l'actualité du week-end dernier, 43 tombes de soldats allemands du cimetière militaire de Saint-Etienne-à-Arnes, dans le sud des Ardennes, ont été profanées. Les croix, en marbre ou en bois, ont été renversées ou arrachées. Trois auraient même été utilisées pour un "feu de camp" (!) et de nombreuses bouteilles d'alcool (vides, évidemment) auraient été retrouvées sur les lieux. Une enquête est en cours et il faut donc en attendre les résultats, mais on peut relever qu'il s'agit d'une Nième atteinte dans la région à la mémoire de ces soldats (étonnante tout de même, cette propension des demeurés et des minus habens à aller "faire la fête" dans les cimetières) et que l'on attend toujours les résultats des investigations précédentes.

A Sedan même, l'avenir du monument aux morts allemands du cimetière Saint-Charles n'est toujours pas définitivement fixé, en dépit d'une mobilisation suscitée et entretenue en particulier par Sébastien Haguette, président de l'Association d'histoire et d'archéologie de la ville (voir le site internet ici) et relayée depuis le début de l'année par Nicolas Offenstadt (voir la lettre ouverte ici). L'argument principal du maire (qui pense néanmoins qu'il s'agit d'un "édifice de provocation". Il faudrait sans doute lui rappeler l'histoire de sa ville au cours des deux derniers siècles) est lumineusement technocratique : rénover coûterait plus cher que de détruire ! (voir ici un des comptes rendus de L'Union) Le processus est donc simple, puisqu'il suffit de n'entreprendre aucun travail d'entretien courant pendant des années, de laisser les intempéries agir, pour ensuite constater l'état de délabrement et pouvoir affirmer qu'il n'y a plus qu'à tout casser. Sur cette base, des dizaines de monuments hexagonaux "franco-français pur sucre" mériteraient également aujourd'hui de subir le même sort. Allons-y ! On voit où ce raisonnement peut conduire : sur quelle(s) base(s) seront effectués les choix ? Tel site vendéen serait promis à la démolition par une municipalité "de gauche" ? Tel autre évoquant les réfugiés espagnols de la guerre civile par des élus "de droite" ?

Entre deux lois "mémorielles" et la diminution des volumes horaires consacrés à l'enseignement de l'histoire, jusqu'où ce type de raisonnement spécieux peut-il conduire ? Au décervèlement ... Or, en période de difficultés budgétaires, les gestionnaires de tableaux financiers et d'indicateurs des coûts trouveront là d'utiles alliances de circonstances à nouer avec les destructeurs de la mémoire, pour réaliser de faciles économies... La boucle sera bouclée. De nouvelles générations d'abrutis ignorants et avinés pourront alors à loisir, et sans susciter la moindre émotion, utiliser les "Croix de bois" pour allumer des "feux de camp".

Vous connaissez la formule sur les peuples sans mémoire ? ...

 

P.S. : sur la suggestion de MB (voir commentaires), signalons que les Allemands se préoccupent également de ces situations. On pourra lire une analyse sur le site du Volksbund à l'adresse suivante : http://www.volksbund.de/meldungen/meldungen-detail/artikel/vandalismus-auf-friedhof-in-st-etienne-a-arnes/7.html

Partager cet article
Repost0
11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 07:15

Tirer les bénéfices de la paix...

Celle des cimetières ?

soldes.jpg

Dans le "silence assourdissant" des grands médias traditionnels, plus prompts à commenter à perte de vue des petites phrases inutiles et à surfer sur l'écume des choses, a commencé depuis quelques jours un bras de fer discret pour trouver quelques marges de manoeuvres budgétaires. Aussitôt, la proposition fuse : YAKA diminuer le budget de la Défense. Nous vous renvoyons, pour appréhender les différents paramètres du débat, aux articles publiés sur la toile, en particulier par Philippe Chapelau sur  Lignes de défense, par Jean-Dominique Merchet sur Secret Défense, par F. Chauvancy sur  Défense et Sécurité, ou par Michel Goya sur La voie de l'épée.

J'ai le souvenir d'un ancien proverbe, qui disait en substance qu'il y a toujours une armée dans un pays : Si ce n'est pas la tienne, c'est celle de ton voisin...

 

Partager cet article
Repost0
23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 12:30

Delanoë veut contrôler les historiens de la colonisation

et de la guerre d'Algérie

Alain-Gérard Slama

PRESSION.jpg

On lira sur le site ETUDES COLONIALES l'article mis en ligne le mercredi 18 avril par Alain-Gérard Slama.  Ce dernier raconte comment les professeurs Jacques Frémeaux et Daniel Lefeuvre, dont le nombre, la qualité et la nature des travaux ne sont plus à présenter, en charge de la préparation scientifique d'une exposition "Paris et les Parisiens dans la guerre d'Algérie", ont reçu un courrier du cabinet de la mairie de Paris pour les informer que deux de ses représentants les "assisteraient" désormais. L'objectif affiché ? : Rechercher "une solution scientifiquement rigoureuse et politiquement consensuelle"...

Quelqu'un peut-il nous expliquer à quoi peut bien correspondre en histoire une "vérité" "scientifiquement rigoureuse et politiquement consensuelle" ? Comme quoi il n'est pas nécessaire de s'appuyer sur une loi mémorielle pour tenter de faire pression sur des historiens, même parmi les plus réputés.

Partager cet article
Repost0
21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 13:30

A propos de quelques commentaires récents

METHODOLOGIE.jpg

La recension, mise en ligne samedi 17 mars, du livre de Dominique Paganelli Ils avaient 20 ans. Ils ont fait la guerre d'Algérie, m'a valu plusieurs messages personnels très divers : pour les uns, les témoignages de ces célébrités sont "sans intérêt", pour les autres "ils ne sont pas représentatifs", pour les derniers "c'est un coup publicitaire".

Selon un éditeur avec lequel nous discutions la semaine dernière, il y aurait près de 240 livres sur l'Algérie et la guerre d'Algérie paru ou à paraître en ce premier semestre 2012 d'anniversaires douloureux. Il est donc matériellement impossible de tous les recenser et nous nous sommes efforcés de faire connaître ceux qui nous semblaient les plus originaux. Par ailleurs, en terme de démarche historique, il n'est jamais sain de condamner un ouvrage avant de l'avoir lu ou de nier une thèse à partir de positions pré-établies.

Pour en rester sur la guerre d'Algérie par exemple, on sait que certains historiens en font un véritable cheval de bataille. Le général (2S) Faivre, par exemple, défend des positions très marquées, il peut parfois être "urticant" par le caractère systématique de ses interventions. Mais il argumente toujours ses réponses, exemple contre exemple, cas concret contre cas concret, témoignage contre témoignage. Par ailleurs, cette thématique reste très sensible, du simple fait de ce que les témoins encore vivants ont personnellement vécu et connu, et qu'ils ont parfois du mal à exprimer.. Que quelques personnalités ayant effectivement été appelés en Algérie livrent leur témoignage n'a donc rien que de très naturel. A chacun ensuite, en toute connaissance de cause, après avoir pris en compte les différentes analyses et après avoir croisé ses sources, de faire ses choix.

Pour paraphraser une formule politique célèbre :

Tout ce qui est historique est nôtre !

Ou pour faire référence à la communication de quelques grandes marques :

Guerres et conflits XIXe - XXIe s., partenaire officiel de tous ceux qui veulent bien !

P.S. : Il est toujours possible (et souhaitable) de contribuer au débat, pour tous les articles publiés, en utilisant l'option "Commentaire" activée sous chaque texte mis en ligne. A vos claviers !

Partager cet article
Repost0
11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 08:56

A propos de la Panzermania

et autres études militaires

cliophage.jpg 

On lira ici le billet d'humeur de l'animateur du blog Le Cliophage, visiblement fatigué de constater la place que prennent dans l'édition (presse périodique et livres) les sujets relatifs à la Seconde guerre mondiale, en particulier sous l'angle de la "supériorité" matérielle ou tactique supposée de l'armée allemande (dont les mêmes, d'ailleurs, oublient souvent d'ajouter qu'elle a généralement été d'une incapacité noire -sans jeu de mot- aux plans opératif et stratégique)...

Il y aurait bien d'autres points à évoquer sur ce sujet, mais un peu d'air frais... Voilà qui fait du bien. Bien sûr, la Seconde guerre mondiale est importante, essentielle, dans notre histoire récente, et doit être totalement intégrée dans les études, travaux et publications. Mais, au-delà de cette attirance monomaniaque pour le Panzer de Koursk ou celui de Bastogne, l'histoire militaire (et je ne vais même pas jusqu'à "l'histoire des conflits", aux problématiques bien plus amples) ne saurait être limitée à cette caricature.

Partager cet article
Repost0
30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 10:01

Prix Roland Dorgelès 2012

AEC.jpg 

Une enveloppe à en-tête du ministère de la Culture dans ma boite aux lettres. Une invitation pour assiter à la réception au cours de laquelle sera remis, le 7 février prochain, le prix Roland Dorgelès de l'Association des Ecrivains Combattants (AEC). Cette respectable association, qui regroupe de très nombreux auteurs d'ouvrages à caractère historique, a été créée dès juin 1919 par 80 "acteurs et témoins" de la Première Guerre mondiale. Depuis 1996, parmi d'autres récompenses, elle attribue chaque année un prix destiné à un journaliste de radio et à un journaliste de télévision pour "leur attachement à la langue française". Au fil des années, les principales figures du paysage audiovisuel ont été récompensées. Rien à dire.

Cette année, surprise. Le journaliste de télévision sélectionné pour ce prix est Stéphane Bern, spécialiste bien connu des frivolités princières. Il s'exprime, certes, dans une langue châtiée. Mais est-il pour autant dans l'épure ? Comment l'Association des Ecrivains Combattants peut-elle choisir un récipiendaire aussi surprenant ? Auto-proclamé "historien des familles royales", il en connait sans doute bien des secrets d'alcôve, en a visité et présenté quelques châteaux, est très certainement présent avec une grande régularité dans les revues de haute réflexion géostratégique qui couvrent les tables basses des salons d'attente de mon dentiste et de mon coiffeur. Mais n'y a-t-il plus de grands reporters (voire même de journalistes de guerre) s'exprimant correctement dans la langue de Molière ?

Roland Dorgelès, authentique combattant de la Grande Guerre (Argonne, région de Reims, Ypres, etc.), célébrissime auteur des Croix de bois (Albin Michel, 1919), dont le nom se trouve associé à cette (pour le moins) étonnante célébration, doit bien rire dans sa tombe... Encore un soir où je n'irai pas partager des petits fours et des canapés avec les élites du "Tout Paris".

Partager cet article
Repost0
24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 09:01

Les imbéciles

sont-ils pénalement responsables ?

 

ArménieL'actualité d'hier s'intéressait une nouvelle fois à la question du génocide arménien de 1915. Après l'assemblée nationale, le sénat à son tour devait se prononcer sur une loi qui en criminalise la négation. Y aurait-il, dans l'hexagone, une nécessité soudaine de légiférer dans ce domaine ? Pourtant, la France, qui a recueilli la même année sur les côtes de Syrie quelques milliers de survivants des massacres (voir parmi bien d'autres l'article récent de Jean Guisnel), puis compté à son ordre de bataille à la fin de la Grande Guerre une Légion de volontaires arméniens, sait depuis toujours de quoi il retourne. Mais, pourrait-on dire, Paris était alors en guerre contre la Sublime Porte et la propagande poussait à tenir un discours hostile à Constantinople. Tournons-nous donc vers des sources neutres, comme les mémoires de l'ambassadeur américain Morgenthau (Mémoires. Vingt-six mois en Turquie), qui dénonce les massacres dès leur survenance et tente de venir en aide aux victimes. Dès 1915, le crime est connu, dans ses détails (personne ne parle plus des Kurdes, qui jouent souvent à l'époque le rôle d'agents des basses oeuvres des Ottomans).

Pourquoi, dès lors, imposer une nouvelle loi mémorielle ? Effet de mode (mais dans ce cas il s'agit d'un raisonnement à courte vue, donnant bonne conscience à peu de frais) ? Leur multiplication depuis une dizaine d'années est pour le moins sujette à caution, car jusqu'à une époque récente seuls les Etats totalitaires enseignaient une lecture officielle des événements du passé au risque pour les contrevenants de sanctions pénales.

Il reste sans doute dans l'hexagone quelques ignorants, plus ou moins malhonnêtes intellectuellement. Mais la polémique arméno-turque est-elle d'une vigueur telle qu'il faille légiférer ? D'autant qu'on ne condamne pas une poignée d'imbéciles : on explique, on démontre, on s'efforce de convaincre. Toute confusion entre histoire et mémoire est nuisible, et lorsque l'on veut y mêler la loi le mélange peut devenir dangereux. Il faut non seulement laisser les historiens travailler sereinement sur les sources, mais les aider ensuite à faire connaître les résultats de leurs recherches. Et leur faire confiance.

Partager cet article
Repost0

Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
  • Contact

  • guerres-et-conflits
  • L'actualité de la presse, de l'édition et de la recherche en histoire

Partenariat

CHOUETTE

Communauté TB (1)

Recherche

Pour nous joindre

guerres-et-conflits@orange.fr

Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

Sur la toile