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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 08:15

           Armes en guerre, XIXe - XXIe s.

Mythes, symboles, réalités 

François Cochet

Cochet-Armes en guerre 

Professeur d'histoire contemporaine à l'université de Lorraine (Metz), François Cochet, déjà auteur de nombreux ouvrages dont plusieurs sur la Première Guerre mondiale, offre ici une étude exhaustive sur les liens qui unissent les soldats à leurs armes, au grès de près de deux siècles d'histoire militaire et d'évolutions technologiques depuis le milieu du XIXe siècle, qu'il relate et étudie avec autant de soin scientifique que de passions communicative.

Cette dimension d'analyse et d'introspection s'intègre pleinement dans les rouages de la culture de défense, en relevant directement de "l'expérience combattante" sur laquelle François Cochet travaille notamment depuis plusieurs années. Si les soldats entretiennent un lien presque charnel avec leurs armes, il n'en demeure pas moins que le nombre de militaires relevant des unités traditionnellement considérées comme strictement combattantes n'a cessé de diminuer régulièrement par rapport aux services de soutien et logistique et surtout aux appuis, dont la primauté stratégique fut de plus en plus évidente au cours des deux conflits mondiaux et par la suite. La distinction ancienne entre le combattant "de première ligne" et le soldat de l'immédiat arrière-front tend à s'estomper.

Ainsi, François Cochet met-il bien au coeur de son étude l'interrelation entre la technologie au service de la guerre et la perception que peut en avoir le soldat, de manière générique mais aussi particulière, au grè des époques et des phases conflictuelles considérées ; entre choix des armes, emploi et effets sur l'homme. Le tout est appuyé sur de nombreux exemples et des témoignages pertinents.

Un ouvrage tout en finesse, inscrit dans une démarche de chercheur authentique.

Pascal Le Pautremat

 

Pour compléter cette présentation, nous avons souhaité nous entretenir directement avec l'auteur :

Question : François Cochet, pouvez-vous nous expliquer votre démarche dans la préparation et la rédaction de ce livre ?

Réponse : Après aoir travaillé, depuis une vingtaine d'années, sur les prisonniers de guerre, je m'intéresse à ce que j'appelle "l'expérience combattante". Il s'agit d'appréhender le comportement des hommes au feu et d'analyser leurs capacités d'adaptation au combat. Pourtant, depuis quelques temps, un manque se faisait sentir dans ma réflexion : les armes, qui sont "l'outil" du combattant, n'étaient pas souvent prises en considération. Des ouvrages existent, soit strictement techniques ou descriptifs chez les amateurs de "militaria" ou, à l'extrême opposé, chez des auteurs qui prétendent suivre des approches anthropologiques manquant souvent de dimensions concrètes. En revanche, il n'existait pas, à proprement parler, d'ouvrage traitant du sujet avec les méthodes de la science historique, faite de références recoupées et de citations. C'est ce manque que j'ai voulu combler. J'ai souhaité appréhender les guerres de la deuxième moitié du XIXe siècle à nos jours, en essayant d'adopter le regard des combattants qui se trouvent confrontés à des conditions de combat toujours évolutives. Des arsenaux ou des bureaux d'étude en passant par les utilisations sur le terrain et jusqu'au moment où il faut éventuellement rendre l'arme ou la détruire parce que la défaite est là : c'est un peu ce cycle que j'ai voulu décrire pour la première fois.

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Question : Pour vous, que s'agissait-il de mesurer ou d'évaluer ?

Réponse : En plongeant dans les ouvrages de la fin du XIXe siècle, on s'aperçoit aisément que les militaires ont été, bien entendu, les premiers à mesurer les effets dévastateurs d'une vraie révolution des armements. La question se pose alors de mesurer les effets de ce qui a été souvent décrit comme un "mur de feu" sur les soldats soumis au stress du champ de bataille. Pour juger les réactions sur le terrain, il m'a fallu accumuler les témoignages des acteurs, afin de donner un sens à ces évolutions. Mesurer des nouveautés et des invariants des comportements sur le champ de bataille a constitué ma principale préoccupation scientifique. Pour cela, il faut suivre tout d'abord les grandes évolutions des armements terrestres : puissance de feu de l'infanterie et de l'artillerie ou évolution des blindés par exemple, en ne perdant pas de vue la dimension essentielle de la recherche qui demeure le regard du combattant.

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Question : Quelles nouveautés essentielles pensez-vous apporter à travers ce livre ?

Réponse : Il s'agit de rester modeste. L'historien universitaire ne devrait pas être systématiquement dans la culture du "scoop" empruntée aux médias. Mais un ouvrage scientifique apporte aussi son lot de nouveautés ou de réinterprétations. Dans ce registre, je revendique deux principaux acquis de cette recherche. D'abord, le fait d'avoir accumulé des témoignages nombreux et référencés de ce qui peut (aux yeux des soldats, et selon des chronologies guerrières variées) passer pour une "bonne" ou une "mauvaise" arme. Ces jugements de valeur, les perceptions de la qualité ou des défauts de ses propres armes ou de celles de l'adversaire, n'avaient jamais été exprimées de manière synthétique jusqu'ici. Ensuite, j'ai essayé de consacrer un chapitre à la manière dont les armes sont photographiées, depuis que le procédé existe. Je propose une typologie de la photo des armes qui n'avait jamais été dressée. Tous ces systèmes de représentations des armes participent aussi d'une histoire militaire renouvelée.

 

François Cochet, merci et à très bientôt pour de nouveaux travaux.

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 08:30

Pierre Schoendoerffer

de Bénédicte Chéron

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Il est des personnages vivants qui véhiculent une aura d'exception et de mystère. Pierre Schoendoerffer est de ceux-là. Sur la base de sa thèse remarquée, soutenue en 2010 (Le cinéma de Pierre Schoendoerffer, entre fiction et réalité), Bénédicte Chéron nous propose ici un portrait exceptionnel et attachant de cet "homme de voyage, d'aventure et de guerre".

Chacun connaît le nom du célèbre réalisateur. Mais que sait-on des conditions de tournage de ses principaux films, du réseau amical et familial qui l'entoure, des idées que Pierre Schoendoerffer veut réellement faire passer et de la façon dont elles ont été, et sont, reçues ? La première partie de l'ouvrage est naturellement articulée autour de ses films : La 317e section, Objectif 500 millions, La section Anderson, Le Crabe-Tambour, L'honneur d'un capitaine, Dien Bien Phu et Là-Haut, et Bénédicte Chéron "décortique" littéralement les difficultés rencontrées par le réalisateur. L'auteur s'attache ensuite à rechercher les continuités dans l'oeuvre de Pierre Schoendoerffer, ses rapports avec les anciens combattants d'Indochine et d'Algérie, mais aussi avec son public. Elle trouve, "au fil des films", entre histoire militaire, mémoire personnelle ou collective et récits romancés, la marque de "destins héroïques ancrés dans la tradition européenne" : "Du récit que dresse Pierre Schoendoerffer demeure donc l'image de lieutenants et de capitaines héroïques, à jamais tourmentés par les guerres qu'ils ont traversées, par les morts qu'ils ont vu tomber, par la captivité qu'ils ont connue, mais dont toute la vie s'inscrit dans la quête de la rédemption". En dépit de nombreux passages dans les émissions de télévision et de radio, Pierre Schoendoerffer n'a que rarement livré ses motivations profondes, mais il lui est arrivé de s'exprimer sur le fond : "Aucune société ne peut être construite sur le déshonneur, sur la lâcheté, sur le mensonge. Une société se construit sur un certain nombre de valeurs".

Au bilan, un livre original, au long duquel le lecteur circule d'Indochine en Bretagne, d'Afrique du Nord en Savoie ou à Paris, des montagnes à la mer, à l'époque des événements comme lors des tournages, au sein des unités comme avec le réalisateur, avec ses proches comme avec les critiques du cinéma français. Splendid !, dirait un Anglais. Un livre que l'on ne pose qu'après l'avoir terminé.

 

Entretien avec Bénédicte Chéron

 

Question : Vous évoquez à plusieurs reprises dans votre livre une approche différente par Pierre Schoendoerffer des guerres d'Indochine et d'Algérie. Comment l'expliquez-vous et comment cela se manifeste-t-il à l'écran ?

Réponse : Pierre Scoendoerffer n'a pas la même connaissance des guerres d'Indochine et d'Algérie. Il a de la première une expérience personnelle et sensible, au moment où il passe de l'adolescence à l'âge d'homme. Il y devient adulte, y crée des liens indéfectibles avec d'autres, souvent plus âgés que lui, dans le contexte d'une guerre éprouvante, dure, dans un environnement lointain. Il y croise les corps blessés et les corps morts, il y connait la captivité. Il y forge son otuil et son métier en apprenant, comme caméraman des armées, à filmer, à cadrer, à réaliser une image utilisable et construite. Tout cela contribue à faire de ces quelques années une expérience fondatrice. Au moment de la guerre d'Algérie, il est déjà ailleurs. Il n'est plus militaire, mais journaliste. Il ne connait du terrain algérien que ce qu'il tourne pour un documentaire, pour Cinq colonnes à la une, sur le commando Georges. De ces expériences différentes ressortent des films différents. Ses oeuvres qui montrent la guerre d'Indochine sont particulièrement sensibles, voire sensuelles (au sens propre du terme), comme pour la 317e section : tous les sens du spectateur y sont mis en éveil par sa manière de filmer (en suivant la section dans l'ordre du scénario), par la combinaison des sons, des images, des musiques et des dialogues. Le spectateur ne sait que ce que savent les hommes de la section, c'est-à-dire peu de choses. Il ne peut que ressentir au travers des personnages ce qu'est cette guerre, avec d'autant plus d'intensité que l'équipe de tournage a vécu les conditions de vie de la section jusque dans les moindres détails. Lorsque l'Indochine ressurgit dans Le Crabe-Tambour, elle ne revêt pas la même dimension tragique, mais elle demeure ce lieu d'une expérience sensible, avant d'être rationnelle et réfléchie. L'Algérie apparaît différemment dans l'oeuvre de Pierre Schoendoerffer : dans les scènes de cette guerre, en particulier dans L'honneur d'un capitaine, on retrouve bien la "patte" du réalisateur, mais le propos est davantage didactique, ce qui lui fut d'ailleurs reproché.

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Question : Comment situez-vous Pierre Schoendoerffer dans le monde cinématographique français ? Les relations qu'il a entretenu entretenir avec certains acteurs "fétiches" font-elles de lui un membre d'une "école" particulière ?

Réponse : Il est difficile de rattacher Pierre Schoendoerffer àune "école" particulière, d'abord parce qu'il est un des rares cinéastes français à occuper durablement ce champ thématique de la décolonisation, de la guerre et de l'aventure. Au moment de la sortie de la 317e section, certains ont voulu voir dans ce film une forme de "cinéma-vérité", très en vogue à l'époque. Les liens qui unissent Pierre Schoendoerffer et Raoul Coutard, son chef-opérateur, très présent dans les mêmes années auprès des réalisateurs de la Nouvelle Vague, pourrait aussi induire le spectateur en erreur. Car Pierre Schoendoerffer ne fait pas du "cinéma-vérité" au sens où on l'entend en général : il ne laisse que peu de place à la spontanéité lors du tournage, il dirige ses acteurs en fonction d'un scénario scrupuleusement écrit et travaillé, qu'il ne fait qu'adapter à des conditions de tournage parfois hors du commun. Il utilise, comme Raoul Coutard, les mots de l'artisan pour décrire sa manière de travailler. On découvre au fil du temps de affinités particulières entre le duo "Schoendoerffer / Coutard" et Jacques Perrin, Bruno Crémer, Jacques Dufilho ou Claude Rich. Non pas des affinités idéologiques, mais des attachements communs à certains repères et certains principes dans la manière de travailler, une fidélité sans flagornerie qui n'est pas si courante dans le petit monde du cinéma, un même effacement des ego devant l'histoire à raconter à un public.

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Question : Pensez-vous qu'il y a, au sein de l'institution militaire par rapport au reste de la société, une compréhension ou une approche différente des films de Pierre Schoendoerffer ?

Réponse : Le livre ne prend pas directement en compte cette approche : les seuls militaires rencontrés ont été des anciens combattants d'Indochine, pour lesquels la 317e section demeure un film-choc, même quand leurs souvenirs précis sont estompés. Les images de la 317e section se sont parfois substituées dans leur mémoire à leurs propres souvenirs. Certains ont vécu une guerre d'Indochine très différente, mais ils commencent généralement toujours par évoquer un sentiment d'identification très fort au lieutenant Torrens et à l'adjudant Willsdorff. Pour ce qui est des militaires d'active, ma réponse ne peut être fondée que sur des impressions au fil de conversations informelles,en général avec des officiers et quelques sous-officiers. Tous connaissent Pierre Schoendoerffer et au moins un ou deux de ses films. Tous font l'éloge de cette oeuvre. Je pense qu'ils y trouvent une reconnaissance de leur engagement, qu'ils estiment (à tort ou à raison) insuffisamment valorisé. Enfin, le goût des militaires pour cette oeuvre ne doit pas faire oublier que Pierre Schoendoerffer a su trouver de nombreux spectateurs au-delà de leurs rangs. Lorsqu'ils sont projetés, ses films suscitent à chaque fois l'émergence de publics variés et de tous horizons, comme en a témoigné par exemple la rétrospective qui lui a été consacrée à la Cinémathèque française en 2007.

 

Bénédicte Chéron, merci beaucoup pour nous avoir consacré un peu de temps, et bonne chance pour ce beau livre.

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 08:00

  La femme et le soldat

Viols et violences de guerre du Moyen-Âge à nos jours

José Cubero

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Le titre et le sous-titre d'un livre peuvent parfois ne pas rendre exactement compte de la totalité d'un texte. Tel est en partie le cas ici. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le sous-titre, l'essentiel de l'ouvrage est en effet consacré aux conséquences des guerres du XXe siècle et la période s'étendant du Moyen-Âge à la fin du XIXe siècle est réduite aux 68 premières pages (sur 361). Par ailleurs, si le titre s'inscrit dans la ligne d'une série de publications récentes sur ce thème, le propos de l'auteur va parfois bien au-delà de la seule question de la femme comme victime des conflits mais s'étend aux populations civiles dans leur ensemble et aux atrocités qui les frappent ("La peur de la guerre populaire" des Allemands en Belgique en août 1914 par exemple).Il aborde également la question de façon plus large, au moins sur les deux derniers siècles.

Sous cet angle, l'auteur s'intéresse donc longuement à l'occupation de la Rhénanie et à la "honte noire" dans les années 1920, à la période de la Seconde guerre mondiale (baptisée "Le temps de la régression") dans une troisième partie, puis termine son étude, sous le titre "Du crime de guerre au crime contre l'humanité", par un survol de la période post-1945, de l'Indochine au Rwanda. Certains chapitres laissent un sentiment d'inachevé (ou de confusion), du fait de raccourcis parfois rapidesou approximatifs (torture et viols en Algérie, massacre de May Lai au Vietnam, Srebrenica en Bosnie). De même, pour les événements les plus récents (Bosnie, Rwanda), appuyer une démonstration essentiellement sur la base d'articles de presse ou de publications politiques peut poser un problème méthodologique. Enfin, sans nier la réalité de faits avérés, une démonstration parfois univoque tend à donner, après quelques dizaines de pages, une image déformée de la réalité : quelques données statistiques chiffrées auraient été les bienvenues pour établir l'importance quantitative objective de ces crimes (combien de soldats engagés dans telle opération, combien de crimes commis, combien de condamnations prononcées). Constate-t-on par exemple -ou non- dans le temps, du fait de la "judiciarisation" croissante des opérations militaires, en proportion, une diminution progressive des délits ?

L'ouvrage présente toutefois un réel intérêt par les nombreuses notes et références qui accompagnent chaque chapitre et par l'approche juridique qui le structure en grande partie. Il ne s'agit pas en effet de "voyeurisme", mais d'identifier les étapes "d'humanisation juridique" de la guerre", particulièrement nette depuis l'instauration de tribunaux permanents et la difficile mise en place de la cour pénale internationale permanente.

 

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 08:00

 

Les prisonniers de guerre français

Enjeux militaires et stratégiques

1914-1918 et 1940-1945

 

Evelyne Gayme

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L'auteur a soutenu en décembre 2002 une thèse sous la direction de Jean-Jacques Becker consacrée à "L'image des prisonniers de guerre français de la Seconde Guerre mondiale", à l'université de Paris X. Quelques années après, elle élargit son propos dans une démarche comparative entre les deux conflits mondiaux, et thématique en abordant cette fois les enjeux militaires et stratégiques de ceux qui demeurent des soldats. Le propos est fort louable et s'inscrit dans un renouveau des études sur la captivité de guerre, franchissant maintenant une étape générationnelle supplémentaire avec l'arrivée de jeunes chercheurs, après le temps des témoins, puis celui des travaux d'Yves Durand et les miens.

La première partie pose la question du statut de combattant des prisonniers de guerre. S'il est vrai que, mémoriellement, les anciens prisonniers s'érigent en "premiers résistants", notamment après la Seconde guerre mondiale où leur masse interroge leur combattivité perçue, les chiffres d'évadés viennent montrer que le plus grand nombre s'est installé dans la captivité. Le combat pour l'attribution de la carte du combattant relaie les questions des catégories captives par l'opinion.

prisonniersLa deuxième partie évoque les prisonniers comme enjeu des stratégies militaires dans les deux guerres. On peut trouver cette partie un peu "plaquée" et raccorchée au titre de la collection ("Campagnes et Stratégies"). Durant la Grande Guerre, l'utilisation des prisonniers de guerre dans l'économie du Reich relève de l'adaptation et de l'opportunité, mais aussi des textes conventionnels de 1899 et 1907 bien davantage que de la stratégie au sens strict. Durant la Seconde guerre mondiale, s'il est vrai que la mission Scapini "change la donne", c'est plutôt que la diplomatie de Vichy que d'une stratégie que relève le débat. D'ailleurs, quand l'auteur tente de consacrer un chapitre à la manière dont les prisonniers français sont inclus -ou pas- dans la stratégie alliée, ce chapitre se réduit à cinq pages. Les prisonniers ne constituent pas, en fait, une question stratégique.

La troisième partie porte un titre un peu trop large sans doute ("Les prisonners dans la stratégie des guerres totales"), mais le contenu est mieux cerné. Evelyne Gayme retrouve ce qui avait fait la richesse de sa thèse, à savoir les questions de représentations et d'images. Les différents chapitres sur l'instrumentalisation des prisonniers par la propagande, ou la question de la mise au travail de la Seconde guerre mondiale, font l'objet de synthèses tout-à-fait intéressantes. Quelques erreurs de détail subsistent ici ou là : en 1940, la CORF n'existe plus (p. 74), les aspirants n'ont jamais été considérés par les Allemands comme de simples soldats mais comme des sous-officiers (p. 145). Une relecture un peu plus attentive aurait permis d'éliminer quelques redondances. Ainsi, le cas de la reddition de la garnison de Maubeuge, en 1914, est évoqué à trois reprises (p. 21, 30, 68).

Au total, un livre intéressant qui a le mérite de comparer les captivités des deux guerres mondiales du côté français en s'appuyant sur des travaux plus anciens.

François Cochet

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 08:20

Guerres, conflits, violence

L'état de la recherche

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La collection "Le Mook" (par contraction de "magazine" et "book"), lancée par les éditions Autrement, s'est enrichie en 2010 d'un ouvrage atypique qui, en association avec l'Agence nationale de la recherche, dresse un bilan des études conduites dans ce très vaste domaine de la guerre et des violences.

Comme le veut la loi du genre pour ce type de publication, à la fois inter et pluridisciplinaire, tous les textes n'intéresseront pas tous les lecteurs. L'ouvrage est divisé en cinq grands chapitres : "De la préhistoire à l'Antiquité", "Conflits et croisades du Moyen-Âge au XVIIIe s.", "Guerres du XXe siècle : identité, mémoire, reconnaissance", "La géopolitique des conflits contemporains" et "Les tensions sociales et urbaines au quotidien". Le chapitre 3, le plus proche de nos préoccupations, se compose de trois articles tout à fait originaux sur la "Guerre du Chaco, 1932-1935", "La guerre du Peuple au Népal, 1996-2006" et "Les mémoires de guerres au Liban, 1975-1990". 

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

Sur la toile