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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 06:00

Les rebelles. Une anthologie

Jean-Noël Jeanneney et Grégoire Kauffmann (Dir.)

Un volume de poids, à tous les sens du terme, qui rappelle nos anthologies de français ou de philo il y a quelques années, et qui laisse un peu l'impression de surfer sur des confusions à la mode (et de profiter par exemple du thème annuel des Rendez-vous de Blois par exemple).

Le livre s'ouvre sur une brève introduction générale, dont les premières lignes donnent envie de continuer la lecture ("A toutes les époques, certaines fortes figures se sont dressées contre cette apparence de fatalité : à bon ou mauvais escient, parfois avec folie et toujours avec vaillance". L'objet de ce recueil est donc de (re)mettre à la disposition des lecteurs des textes fameux, souvent tombés dans l'oubli, de "révoltés". L'ouvrage en donc constitué de 19 grandes parties, dont chacune s'attache à un personnage (Hugo, Jaurès, Clemenceau, Bernanos, etc.) ou à un combat plus collectif et commence par une page d'introduction particulière. Le problème de ce type d'ouvrage est de vouloir ratisser trop large, certains combats menaçant les "rebelles" de risques plus importants que d'autres. On ne suivra donc pas les directeurs de l'ouvrage dans tous leurs choix (la "révolution féministe" est sans aucun doute caractéristique de la fin du XXe siècle, mais les risques pris par ses animatrices semblent bien minces dans un contexte législatif, culturel et médiatique qui leur est globalement favorable). On reconnaitra, de même, qu'il était plus difficile de se lever contre "l'argent-roi" à la fin du XIXe siècle qu'en 1968. Chaque partie est ensuite traitée à travers une sélection de textes assez brefs, supposés illustrer la forme, le ton et le fond de cette révolte. Révolte parfois toute relative : le de Gaulle des années 1930 prend normalement le commandement de son régiment à Metz et poursuit sa carrière de manière classique. Simplement, il exprime des idées différentes. Est-il à cette époque un "rebelle" ? Alors, quelle est donc la définition du "révolté" ? N'existerait-il plus, désormais, que dans ce triangle infernal de la "révolution-rive gauche", limité par le café de Flore, le pub Saint-Germain et Castel ?

Bref, les thèmes et les extraits reproduits suscitent d'autant plus de réactions, d'accord ou de désaccord, et poussent à la réflexion, qu'on approche de la période très contemporaine. Finalement, n'était-ce pas le but réel des auteurs ?

Ed. Le Monde et CNRS Editions, Paris, 2014, 608 pages, 29 euros.

ISBN : 978-2-271-08221-3.

Définition(s) à géométrie variable

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 05:50

 

Les régions du déshonneur

La dérive fasciste des mouvements identitaires au XXe siècle

Francis Arzalier

Réédition revue et augmentée d'un ouvrage initialement paru en 1990, ce livre a pour ambition d'établir le parcours d'un certain nombre de responsables et mouvements politiques régionaux très marqués par leurs relations avec l'extrême-droite radicale.

Le texte couvre donc très largement l'ensemble du XXe siècle jusqu'au début du XXIe, mais s'étend aussi bien au-delà des seules régions françaises. Non seulement d'autres régions européennes balkaniques ou orientales sont plus ou moins évoquées, mais surtout l'étude s'ouvre au Moyen-Orient entre Juifs et Arabes et se termine sur l'intégrisme islamique et l'Afrique, ce qui peut sembler pour le moins "capillo-tracté". Globalement, les deux premiers tiers du livre sont consacrés aux situations (générale et régionales) jusqu'à la Seconde guerre mondiale incluse, et ce sont  objectivement les plus convaincants. Le chapitre 7 s'intéresse aux épurations plus ou moins sommaires (mais globalement peu excessives) de l'immédiat après 1945. Il revient en détail sur les à-coups et soubresauts de "l'affaire Bickler", mais termine sur une description imaginaire d'un enterrement en 1984 réunissant tous ceux (pour la plupart déjà morts) qui furent compromis dans ces relations avec l'occupant. La dernière partie nous semble mélanger un peu rapidement toutes les questions, et les rapports avec la question moyen-orientale ou les situations africaines paraissent pour le moins excessifs, et l'on a quand même du mal à passer en une ligne des sectateurs d'Al Quaïda au séparatisme basque... Sauf à considérer qu'un peuple n'a pas le droit de se revendiquer pour ce qu'il est ? C'est là une autre question, et d'ailleurs où fixer la limite ?, et le simple fait de la poser pourrait laisser dubitatif quant à l'objectivité du discours d'ensemble.

Un livre à lire, par contre pour ce qu'il raconte de certaines situations en Europe pendant la première moitié du XXe siècle.

Librairie Vuibert, Paris, 2014, 297 pages. 22,90 euros.

ISBN: 978-2-311-10015-0.

Ambigüités

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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 05:30

Les événements fondateurs : les accords d'Evian (1962)

Succès ou échec de la réconciliation franco-algérienne

(1954-2012)

Guy Pervillé

Réédition d'un manuel rédigé par l'un des meilleurs spécialistes de l'Algérie et des relations franco-algériennes, cet ouvrage destiné en premier lieu aux étudiants sera utile à tous. Il se distingue à la fois par sa précision, sa méthodologie et sa rigueur.

Le livre est structuré en trois grandes parties, qui abordent successivement la période de 1954 à 1961 ("Des réformes aux négociations"), les négociations d'Evian elles-mêmes les accords et leur application et enfin la période courant depuis 1962. Scrupuleusement référencé à partir de sources très variées, distinguant l'essentiel du secondaire, les faits des commentaires, l'ouvrage est une réelle référence. Il replace les événements de 1962 dans le temps long et présente leurs conséquences jusqu'à ces dernières années. Chaque chapitre se termine sur deux ou trois documents qui permettent de mieux comprendre telle prise de position ou telle décision et aucune évolution importante chez l'un ou l'autre des protagonistes n'est tue. 

L'ouvrage se termine par une chronologie précise, une dizaine de pages de biographies, une belle bibliographie et un index. Un outil objecivement intéressant.

Coll. U, Armand Colin, Paris, 2012, 288 pages. 29,40 euros.

ISBN : 978-2-200-24907-6.

Relations franco-algériennes

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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 06:20

La torture, de quels droits ?

Une pratique de pouvoir, XVIe-XXIe siècle

Norbert Campagna, Luigi Delia et Benoît Garnot

Constatant que "les controverses sur la validité de la torture judiciaire, qu'on aurait pu croire définitivement closes à la fin des temps modernes, sont redevenues d'actualité au XXIe siècle", les auteurs s'intéressent à la place, à la contestation et à la défense, des pratiques de la torture dans le cadre des procédures judiciaires, comprises au sens large.

Le livre est divisé en trois parties principales, qui correspondent aux grandes périodes historiques : "La contestation de la torture, XVIe-XVIIIe siècle", "L'abandon de la torture, XVIIIe siècle", et "Le retour de la torture, XXe-XXIe siècle". La douzaine de contributions présentées s'intéressent aux situations qui prévalent en France, en Angleterre, en Autriche, en Italie ou en Suisse au fil des siècles, et forment un ensemble tout-à-fait cohérent. Les rapports au droit, à la morale, à la religion, mais aussi les impératifs politiques nationaux (ou présentés comme tels) sont pris en compte et les deux dernières interventions ("De la torture et d'autres moyens de faire parler un poseur de bombes", et "Sortir de la torture : la logique des cercles vicieux"), si elles ne sont pas toujours absolument convaincantes dans leurs démonstrations, visent à présenter des réponses judiciaires ou policières alternatives.

Entre histoire du droit, histoire des idées politiques et histoire des questions de sécurité, un petit volume qui mérite d'être lu, ne serait-ce que pour mieux contextualiser des questions d'histoire des siècles passés et prendre en compte les évolutions intellectuelles, philosophiques et politiques des deux ou trois derniers siècles.

Editions Imago, Paris, 2014, 213 pages, 20 euros.
ISBN : 978-284952-710-8.

La question de la torture

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 06:20

Histoire des communistes au XXe siècle

Georges Vidal

L'auteur centre sa réflexion sur la dimension proprement politique du communisme pour tenter d'en tirer une synthèse sur l'évolution générale du mouvement communiste international. A bien des égards, le résultat est atteint.

Georges Vidal structure son ouvrage en deux grandes parties qui correspondent à deux périodes essentielles de cette histoire : "L'expansion du communisme et la centralité de l'URSS (1917-1953)", et "L'affirmation du polycentrisme et l'épuisement progressif de la dynamique communiste (1953-2000)". La première part donc de l'installation du régime communiste en Russie et de l'affirmation du pouvoir de Staline, pour aborder ensuite le rôle du Komintern en soutien aux mouvements communistes 'nationaux' dans le reste de l'Europe et du monde durant l'entre-deux-guerres, puis à partir des années 1940 avec ce constat : "la guerre profite au communisme". Si l'URSS a effectivement subi les pires destructions entre 1941 et 1944 et perdu des millions d'hommes et de femmes, le mouvement communiste en temps que tel, lui, a effectivement su "gérer" la Seconde guerre mondiale et sa fin pour son plus grand profit. Le chapitre 6, dernier de cette partie, consacré aux mouvements nationaux et "de troisième voie" de l'immédiat après-guerre annonce les évolutions qui vont rapidement suivre la mort de Staline. Celles-ci sont traitées dans la deuxième partie. Après un rappel des espoirs relatifs soulevés par la déstalinisaton, l'irruption du puissant communisme chinois (et de quelques autres mouvements dans le Tiers Monde) pose à l'URSS un problème permanent de leadership international auquel le pays ne parvient pas à répondre sous Brejnev. En Europe orientale comme en Asie les communismes nationaux s'émancipent, tandis qu'en Europe de l'Ouest l'eurocommunisme à l'italienne se révèle insuffisant pour que les Partis communistes, même les plus réformateurs, échappent au déclin. De Pologne, de Hongrie, de Tchécoslovaquie en Yougoslavie, l'Europe centrale et orientale s'émancipe définitivement au tournant des années 1989-1990, entrainant l'implosion puis la disparition de l'URSS elle-même. Désormais, quelques "communismes résiduels" pour le moins atypiques et peu conformes à l'orthodoxie (Cuba, Corée du Nord, Vietnam, Chine même) s'efforce de maintenir la fiction d'un mythe, mais des milliardaires chinois gonflant leurs comptes off shore à la famine sur laquelle se maintient le régime de Pyongyang, la seul plus petit commun dénominateur qui survive est celui de la dictature politique et du contrôle policier des peuples. Maigre héritage pour une idéologie qui devait assurer la libération des travailleurs et des peuples.

On peut regretter que d'autres facettes de cette idéologie (aspects sociaux, économiques, etc.) ne soient évoqués qu'à la marge, mais le choix éditorial de l'auteur et la pagination relativement limitée pour un sujet d'une telle ampleur conduisaient nécessairement à quelques raccourcis un peu rapides. On regrette parfois également que l'ouvrage ne soit pas davantage référencé et, si la bibliographie finale est "indicative", d'autres titres pourraient être ajoutés à cette liste. Au bilan toutefois, voilà un ouvrage grand public très utile et qui offre une vaste synthèse.

Ellipses, Paris, 2013, 367 pages, 19,00 euros.
ISBN : 978-2-7298-8149-8.

Diversités communistes

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 06:20

Un fascisme roumain

Histoire de la Garde de Fer

Traian Sandu

Voici une véritable somme qui tord le cou à bien des idées reçues.

Dans cet ouvrage très complet sur le mouvement de Corneliu Codreanu en Roumanie (la 'Légion de l'archange Michel', devenue 'Garde de Fer') durant l'entre-deux-guerres, l'auteur s'interroge en effet sur les particularités de ce "légionnarisme" roumain proche du fascisme et du national-socialisme mais qui conserve ses caractéristiques propres. Il faut ainsi se rappeler qu'à la différence de l'Italie et surtout de l'Allemagne, la Roumanie des années 20 et 30 est d'abord un pays vainqueur de la Grande Guerre et qui voit satisfaites ses ambitions territoriales, et un pays rural où une grande partie de la paysannerie est encore analphabète. Progressant chronologiquement dans son récit, de la fin de la Première Guerre mondiale et de la création de la Grande Roumanie aux héritages post-Seconde guerre mondiale, Traian Sandu aborde des questions rarement traitées en France, comme l'enracinement à la fois estudiantin et paysan du mouvement, sa jeunesse, le poids en son sein des intellectuels, la problématique de l'usage de la violence politique assumée, les stratégies électorales et politiques, son profond antisémitisme. Il explique dans le détails les antagonismes avec les autres mouvements "patriotiques" ou de droite et l'opposition résolue du roi au début des années 1930, davantage pour une question de pouvoir que par idéologie sans doute. La description du processus d'arrivée au sommet de l'Etat, puis des conditions d'exercice du pouvoir, donne de belles pages, entre le maréchal Antonescu et l'encombrant "allié" allemand. Enfin, les parties consacrées à la fin de la Seconde guerre mondiale et aux années qui suivent jusqu'à la dictature Ceausescu sont souvent très novatrices.

Parfaitement référencé, accompagné de plusieurs dizaines de pages d'annexes, notes, sources et bibliographie, ce livre doit être connu de tous ceux qui s'intéressent aussi bien à l'histoire des idées politiques qu'à l'histoire de la Roumanie.

Perrin, Paris, 2014, 494 pages. 24,50 euros.

ISBN : 978-2-262-03347-7.

Garde de Fer

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 06:30

Deux passions françaises

Pierre Mendès France et Charles de Gaulle

Robert Frank et Eric Roussel (Dir.)

Les directeurs de l'ouvrage ont rassemblé près d'une vingtaine de contributeurs, parmi lesquels une pléïade de noms connus (Serge Bernstein, Antoine Prost, Jean-Pierre Rioux, Jean-François Sirinelli, Georges-Henri Soutou, etc.), pour cette analyse des perceptions réciproques entre Pierre Mendès France et Charles de Gaulle, des rapports parfois compliqués entre eux et d'une analyse comparée de leurs conceptions politiques.

Contrairement aux apparences, malgré leurs différences, les deux hommes s'apprécient ("Ce qui les ressemblait était aussi important que ce qui les séparait"). Les textes proposés nous entrainent de leur première rencontre à Londres en février 1942 à leurs conceptions de l'Etat (l'Etat, la loi, les partis, etc.), leurs apports respectifs dans la modernisation de la France (économie, éducation, questions sociales et culturelles) et leur rôle dans le rayonnement international du pays (de la décolonisation aux relations transatlantiques). Un autre point rapproche Mendès France et de Gaulle : "Hommes d'exception, ils ont eu en commun de n'être tolérés qu'en périodes d'exception. En commun de ne pas savoir s'entendre avec les partis politiques, tant ils étaient au dessus ou au-delà. Mendès France aurait-il jamais accédé au pouvoir sans Dien Bien Phu ? De Gaulle y serait-il revenu sans le drame algérien ?".

On l'a compris également, pas d'analyse "révolutionnaire" ici, pas de proposition iconoclaste. On est entre gens de bonne compagnie, dans le consensuel. Alors, au bilan, une excellente étude académique en hommage à deux icônes des années 1950-1960, qui apporte de ce point de vue de très nombreuses précisions et informations, et que l'on croisera avec d'autres réflexions plus critiques : il est parfois bon de déboulonner les idoles.

CNRS Editions, Paris, 2014, 366 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-271-07995-4.

 

Confrontation en tête-à-tête

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 06:35

Vérités et légendes d'une 'OAS internationale'

Olivier Dard et Victor Pereira (Dir.)

Neuf universitaires venus de France et des pays concernés par cette étude ont été réunis pour traiter d'un sujet qui a fait naître bien des fantasmes, mais dont la réalité est souvent plus nuancée.

Olivier Dard commence par présenter les "enjeux et perspectives" pour l'OAS Algérie d'une organisation internationale ("Effectivement, le monde a beaucoup moins regardé l'OAS que cette dernière ne l'espérait ... L'examen de l'histoire de l'OAS Algérie n'invite pas à parler sérieusement d'une 'OAS internationale' pour la période mai 1961 - juillet 1962"). Suivent les présentations de différentes situations nationales particulières : Francis Balace avec "Quand les mythes précèdent les faits : l'OAS Belgique" (qui évoque des "outrances journalistiques" et parle de "canulard estudiantin", de "textes d'une rare indigence" et "des sommets d'approximation") ; Luc van Dongen avec "L'OAS et la Suisse" qui distingue entre avant et après 1962 ("le pays intervint à  titre de lieu de rencontre, base logistique, abri, certainement aussi plateforme financière, mais les preuves manquent à cet égard") ; Pauline Picco avec "Réseaux et 'mythe OAS' en Italie (1961-1966)" qui s'intéresse aux relations entre l'OAS et les services de renseignement italien ( entre "informateurs et affabulateurs") et l'extrême-droite italienne ou certaines tendances vaticanes ; Anne Dulphy au sujet de "L'OAS et l'Espagne franquiste", base de repli et structure d'accueil certes, mais "le réalisme a poussé le régime du général Franco à privilégier des relations avec la France gaullienne" ; Riccardo Marchi sur "Les réfugiés français d'extrême-droite au Portugal de Salazar (1945-1974)", qui traite d'un champ plus large que celui de la seule OAS, avec des exilés dont "l'identité politico-idéologique a plutôt été catholique, intégriste et contre-révolutionnaire" mais qui fut sans doute le pays le plus favorable à l'organisation (sentiment de perte de l'empire et combat anti-communiste) ; Victor Pereira revient sur le Portugal et relativise également les informations mille fois répétées sur ce thème avec "Les activistes de l'OAS au coeur des relations franco-portugaises : ou comment la raison d'Etat l'emporte sur les accointances idéologiques". Selon lui, "l'attitude des autorités portugaises face à l'OAS constitue donc, à première vue, un paradoxe". Mario Ranalletti enfin développe le thème "Des anciens de l'OAS en Argentine, terre d'accueil pour les 'réfugiés politiques' français", des arrivées plus ou moins clandestines mais néanmoins connues des autorités comme des journalistes dès les années 1960, avec toute la problématique de la diffusion de la "doctrine de guerre révolutionnaire" dans le sous-continent américain. Mais globalement, "d'après toutes les recherches effectuées, nous voyons les anciens de l'OAS plus soucieux de passer inaperçus, de faire progresser leurs affaires économiques ou de quitter le pays, que de se  mêler à des combats exotiques -comme le conflit péronisme/anti-péronisme-, dont ils ne savaient ni ne comprenaient rien".

Rédigées à partir des archives et en croisant les sources, ces contributions permettent de "dégonfler la baudruche". Au-delà du fantasme des gros titres journalistiques, nous ne croisons de quelques exilés plus ou moins poursuivis, autant de mythomanes et parfois de pauvres types un peu paumés, s'illusionnant sur "l'accueil" qui leur serait éventuellement réservé. Un travail historique référencé qui dresse finalement un tableau bien peu glorieux de cette "organisation internationale". On en viendrait presque à sourire devant certains 'Pieds Nickelés' ! Très intéressant.

'Actes académiques', éditions Riveneuve, 2013, 257 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-36013-187-7.

Une hydre ou un mythe ?

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 06:30

Jaurès, 1859-1914

La politique et la légende

Vincent Duclert

Le nombre impressionnant de commémorations annoncées pour 2014 autour de la figure rêvée, reconstruite, idéalisée de Jaurès justifie pleinement la publication de ce livre. Dans son introduction, Vincent Duclert explique en effet que le travail historien sur Jaurès "n'a pas existé de son vivant, à l'exception de quelques écrits intellectuels, et qu'il ne s'est pas plus développé après 1914" ; tandis que les représentations, "sa figure dans le discours de la gauche et de la nation",  prennent une place majeure dans le discours public, alors même que "des flous théoriques, des compromis hasardeux ... faisaient que sa pensée et sa trajectoire, parfois sinueuse et ambivalente, étaient facilement récupérables". En fait, quelle concordance entre la vie et les idées de Jaurès en son temps et les représentations instrumentalisées qui en sont présentées depuis sa mort ?

L'ouvrage est divisé en deux parties principales qui se font écho : "Jaurès dans l'histoire" et "L'histoire de Jaurès". La première s'intéresse donc essentiellement, à partir de très nombreuses citations, au(x) souvenir(s) laissé(s) par Jaurès dans les imaginaires individuels et collectifs, aux hommages et aux commémorations, aux images de Jaurès, aux conditions de sa "gloire immédiate" à la suite de son assassinat, qui transforme "aussitôt la figure du défunt en légende vivante". Nous sommes donc bien au coeur d'un processus assez paradoxal qui, au nom de l'Union sacrée pour la guerre qui commence, instrumentalise immédiatement l'image du tribun. Les évolutions de l'entre-deux-guerres avec la séparation entre la SFIC et la SFIO, la panthéonisation en 1924 voulue par le Cartel des gauches, la réutilisation sous le Front populaire, les "vies" posthumes après la Seconde guerre mondiale, constituent autant d'étapes de la construction d'un mythe unanimement célébré aujourd'hui, au point que l'on se demande s'il serait "politiquement correct" (ou "historiquement correct") de l'écorner en revenant à la réalité des faits. Car, et cela est bien dit même avec des précautions de langage, même les biographies "aussi monumentale(s) que littéraire(s)" les plus récentes restent en quelque sorte prisonnières de l'image tutélaire du grand homme. La seconde partie du livre constitue donc un essai de biographie classique, de l'enfance occitane à l'entrée en politique (plus jeune député de France à 26 ans), d'un certain désenchantement ou d'un malaise républicain à la fin des années 1880 au chemin intellectuel vers le socialisme dans les années qui suivent. Les batailles avec les mineurs et les syndicats de Carmaux, l'affaire Dreyfus (si importante), les efforts pour l'unité du mouvement socialiste français, le refus du colonialisme et le pacifisme. On est d'ailleurs surpris ici de voir que la question de "l'armée nouvelle", parfois évoquée en contre-point et qui sous-tend en fil rouge le chapitre "Le socialisme et la guerre", n'est pas traitée en tant que telle. Faut-il en déduire qu'une analyse critique du texte ne serait pas à l'avantage de son auteur ? 

Dans une très rapide conclusion, Vincent Duclert rappelle les multiples facettes du personnage, "au  même moment et intensément historien, philosophe et militant". Le seul problème ici étant que ceux qui suivirent furent également (et même davantage) "historiens" et "militants", ce qui est méthodologiquement et déontologiquement difficile à concilier. Un livre passionnant sur la construction, les évolutions et les tentatives de récupération d'une figure politique essentielle, utiliée dès le lendemain de sa mort.

Autrement, Paris, 2013, 283 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2-7467-3344-2.

Jaurès ? Lequel ?

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 06:30

Histoire de l'UDF

L'Union pour la Démocratie Française, 1978-2007

Gilles Richard, Sylvie Guillaume et Jean-François Sirinelli (Dir.)

L’histoire politique vient de s’enrichir des actes d’un colloque tenu en novembre 2011 sur l’histoire de l’UDF, grande confédération du centre-droit de la Ve République avec ses composantes libérale, démocrate-chrétienne et radicale. Pour beaucoup dans ma génération, l’UDF n’a jamais eu ni l’attrait ni les couleurs des mouvements gaullistes successifs ou du PCF et a souvent été considérée de façon assez méprisante comme une auberge espagnole pour notables locaux vieillissants ou jeunes loups ambitieux.

Cette publication ne les fera peut-être pas changer d’avis, mais elle a l’immense mérite d’ouvrir un véritable chantier en histoire politique. Ces actes de colloque alternent communications très précises, témoignages des acteurs et débats entre l’estrade et la salle. Parmi les sujets traités, les relations toujours ambigües et conflictuelles avec les gaullistes, les conceptions économiques, le primat européen, les échecs électoraux successifs entre la fin des années 1990 et le début des années 2000 et la baisse définitive d’influence (avant la mort) après la création de l’UMP. Parmi les témoins invités à s’exprimer, certains semblent plus crédibles que d’autres, et l’on ne peut s’empêcher de sourire à cette formule de Jean-Pierre Soisson qui parle « des élections municipales de mars 1977, perdues à Paris mais largement gagnées à Auxerre » … Ah bon ! C’est rassurant ! On y apprend aussi comment Jean Lecanuet s’est trouvé initialement propulsé à la tête du nouveau parti : « Jusqu’au dernier moment, [il] n’était pas d’accord pour la création de l’UDF, c’est la raison pour laquelle nous l’avons nommé président ». Logique, … et très centriste. Jean-Pierre Fourcade évoque en particulier la question des adhérents directs de l’UDF, distincts des membres des partis fondateurs qui conservent leurs propres troupes et finalement « auto-dissous » dans la nébuleuse, ainsi que celle des groupes parlementaires (dont les deux groupes différents au Sénat). On y a la confirmation des difficiles et permanentes tractations entre partis et tendances pour préserver tel ou tel équilibre interne (ce qui n’est pas semble-t-il un facteur d’efficacité), mais aussi qu’un siège de député au parlement européen servait (souvent) simplement à rémunérer un collaborateur (dixit François de Sesmaisons). C’est beau les convictions… Le témoignage final de François Bayrou sur les « mœurs » internes de la confédération est particulièrement éclairant (il parle même de « l’enfer que représentait la pratique confédérale »). Bref, une plongée d’autant plus passionnante dans le fonctionnement d’un grand parti de gouvernement que vous le mettez en corrélation avec les discours publics et les déclarations parfois enflammées des uns et des autres sur le sens du bien commun… A la limite, les témoins sont plus durs avec eux-mêmes (s’en rendent-ils compte ?) que les chercheurs ne le sont avec eux.

Un ouvrage tout particulièrement intéressant, à lire au premier et au deuxième degré.

Presses Universitaires de Rennes, 2013, 196 pages, 16 euros.

ISBN : 978-2-7535-2802-4.

Centristes

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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