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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 07:00

Ni droite, ni gauche

L'idéologie fasciste en France

Zeev Sternhell

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Ce désormais classique de l'histoire des idées politiques, dont la première parution en France remonte déjà au début des années 1980, a suscité bien des débats. Il a été salué comme tout particulièrement novateur par les uns, fermement critiqué par d'autres.Il est donc important qu'il soit une nouvelle fois réédité, dans une quatrième édition augmentée.

Dans une (très) longue préface (pp. 11-166 !) Zeev Sternhell revient sur les polémiques initiales et "démontent" littéralement les propos de ses contradicteurs. Le ton est icipresque militant pour prouver le "refoulement" et de déni que la période de Vichy (collaboration et occupation) a ensuite induit parmi les élites françaises. Au fil des différents chapitres, il aborde successivement (et presque chronologiquement en partant du XIXe siècle) les principales sources d'inspiration ou manifestations d'un "fascisme à la française" qu'il identifie. Cela nous conduit du syndicalisme révolutionnaire et du "Premier corporatisme" au mouvement du Faisceau de Valois, au "Renouveau idéologique des années 30", aux sources de l'économie dirigée et du Plan, à l'opposition affichée aussi bien contre la droite classique que la gauche marxiste ou socialiste, à Emmanuel Mounier et à Jouvenel. Les plus de 800 pages de texte courant sont extrêmement riches et elles s'appuient sur 160 pages (!) de notes et références et sont complétées par une vingtaine de pages de bibliographie (qui ne regroupent que des écrits contemporains des événements étudiés) : c'est dire si le volume est dense.  Sur le fond, la certitude que Zeev Sternhell exprime d'avoir raison (ce qui est vrai dans de nombreux cas) le pousse à balayer un peu facilement les arguments de ses détracteurs, à ne pas toujours respecter la chronologie des faits et déclarations, ou à raisonner "en connaissant la suite de l'histoire". Par ailleurs, présenter systématiquement les régimes hitlérien, mussolinien, de Vichy voire franquiste comme relevant des mêmes origines intellectuelles et appartenant toujours au même moule est un peu rapide et manque de finesse.

Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'un indispensable outil de travail pour quiconque s'intéresse à l'histoire des idées politiques. Comme Paxton a eu raison en son temps même si ses travaux sont un peu datés aujourd'hui, Sternhell apporte ici une contribution essentielle que chaque étudiant (en particulier) se doit de connaître.

Folio Histoire, Gallimard, 2012, 1075 pages. 14,50 euros.

ISBN : 978-2-07-044382-6.

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 07:10

Le 30 mai 1968

La guerre civile n'aura pas lieu

Jacques Belle

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Bien connu pour ses ouvrages antérieurs sur la campagne de France du printemps 1940, Jacques Belle s'attaque ici à une toute autre problématique, sur laquelle, force est de le constater, il n'existait à ce jour que des ouvrages polémiques ou partisans et univoques. Non pas que le propos général ne soit pas orienté : mais l'auteur nous propose une version moins systématiquement favorable et militante des événements.

Le livre est organisé en quatre grandes parties ("La crise de printemps", "Les trois glorieuses de mai", "La suite de mai" et "1968, après et ailleurs"), qui racontent la succession d'ambigüités, de non-dits, de quiproquo et finalement d'illusions qui scandent cette histoire, de la "révolte" étudiante à Nanterre et de la première nuit de barricades aux manifestations parisiennes et nationales en soutien au général de Gaulle à la fin du mois. La préparation des élections de juin 1968, dans chaque camp, est détaillée ; ainsi que le référendum de l'année suivante. Imposé par de Gaulle, il se solde, on le sait, par un échec et entraine le départ du chef de l'Etat. L'ouvrage est particulièrement intéressant en ce qu'il "décrypte" les discours convenu, tout en confirmant certaines suppositions : les sentiments et la place des militants gaullistes et le rôle du SAC comme des CDR, le décalage avec la situation vécue ou perçue en province, le cas de l'ORTF, les relations étudiants-ouvriers, etc. Le dernier chapitre (chap. 10, "Du rêve à la réalité") revient en particulier sur le coût économique global de ce mois un peu fou et son coût politique pour la majorité présidentielle. 

L'ouvrage est complété par une dizaine d'annexes, extraites en particulier des archives de la Préfecture de police, jusque là largement inexploitées, et les sources documentaires listent une série d'archives orales et de fonds privés conservés à Vincennes. La bibliographie est certes limitée, mais elle propose les ouvrages essentiels sur ce point, le plus souvent sous l'angle des "défenseurs" de l'Etat et donc des "adversaires" du mouvement révolutionnaire.

Un "autre regard" sur mai 1968. Une approche peu courante de cette période. Indispensable à tous les amateurs d'histoire politique et d'histoire de la France contemporaine.

Editions Economica, Paris, 2012, 184 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-7178-64-72-4.

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 07:05

Georges Pompidou

Lettres, notes et portraits, 1928-1974

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Après la biographie du second président de la Ve République (Georges Pompidou, 1911-1974, rééditée chez Tempus en 2004), Eric Roussel rédige pour cet ouvrage une préface subtile qui donne toute leur profondeur et leur pertinence aux textes rassemblés pour constituer ce livre. 

Nous ne reviendrons pas ici sur la carrière ministérielle et gouvernementale de Georges Pompidou. Elle est bien connue, au moins dans ses grandes lignes. Soulignons simplement que l'homme, en dépit de l'immense respect qu'il portait au général de Gaulle, ne fut jamais un "godillot" au sens trivial du terme et parvint toujours (à la différence de nombreux autres, certaines phrases du livre sont parfois assassines) à conserver sa liberté de parole et de pensée vis-à-vis de l'ancien chef de la France Libre. On y (re)découvre un homme d'une très grande culture, d'une vraie largeur d'esprit, et qui peut-être, finalement, aurait été bien plus heureux à tout autre poste que celui de président de la République.

Nous retenons plus particulièrement deux périodes : celle de l'avant Seconde guerre mondiale et celle d'avant la Ve République. Même si on le savait plus ou moins, les correspondances publiées des années 1920-1930 nous présentent un Georges Pompidou non seulement "de gauche", mais résolument socialiste. Nombreux seront ceux ceux qui seront surpris à la lecture de certains textes : "Décidément, les gens du centre et pas mal de radicaux sont beaucoup plus bêtes qu'il n'est permis. Je mets à part toute question de loyauté, de courage et autres vertus que j'ai renoncé depuis longtemps à réclamer de ces messieurs" (mai 1931). Curieusement, cet homme passionné, épris de justice, grand lecteur et amoureux du théâtre, hésite en novembre 1934, professionnellement, entre l'enseignement (avantages : les vacances, ennuis : peu d'argent, boulot emmerdant, situation sociale médiocre") et l'inspection des finances (avantages : situation matérielle égale au début, vite supérieure. Situation sociale bien plus élevée. Fréquentation du monde. Paris. Possibilité pour mariage comme pour liaison de jolies femmes") ! Complexité de l'âme humaine. Dans les années 1950, tout en conservant sa fidélité au général de Gaulle, il reste lucide : "Je suis un peu lassé de la rigueur excessive de Charles. Comment lui dire qu'en rejetant les gens on s'appauvrit soi-même" (juillet 1950). Ou cette formule à propos de Pleven en décembre 1951 : il "s'acharne avec succès à illustrer la formule de Malraux selon laquelle durer n'est qu'une façon de mourir". Tout au long du livre, presque à chaque page, des références et des commentaires de Georges Pompidou sur ses très nombreuses lectures : c'est vif, riche, passionnant.

Un livre qui apporte beaucoup à la connaissance de la personnalité du second président de la Ve République.

Robert Laffont, Paris, 2012, 540 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-221-12765-0.

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 07:05

Affiche-Action

Quand la politique s'écrit dans la rue

Valérie Tesnière (Dir.)

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Bel album collectif, édité comme catalogue de l'exposition qui se tient à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) jusqu'au 24 février 2013. Il faut bien dire que, depuis quelques années, les catalogues des grandes manifestations sont de véritables livres de référence, dont la richesse iconographique est valorisée par d'excellents textes.

L'ouvrage reprend quelques 150 affiches, de la Révolution française (avec ses placards et journaux muraux) à la fin du XXe siècle, et permet ainsi de retrouver par l'image ce véritable support de communication qu'a été (et parfois est encore) l'affiche. La période de la Commune de Paris, durant laquelle l'affiche est un véritable "outil de gouvernement", est particulièrement bien représentée, ainsi que tout ce qui peut avoir trait aux campagnes électorales et au militantisme jusqu'au slogan "La loi du marché sur la tête" en 2010.

Un album-catalogue qui ravira tous les amateur d'histoire des idées politiques.

BDIC/Gallimard, Paris, 2012, 143 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-07-013890-6.

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 07:00

Doctrinaires, vulgarisateurs et passeurs des droites radicales

au XXe siècle (Europe-Amériques)

Olivier Dard (Dir.)

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Quels sont les cheminements d'une idée ? Comment est-elle reprise, modifiée, adaptée ? Comment passe-t-elle les années, les générations et les frontières, toujours différente mais sur bien des points semblable à ce qu'elle était lors de son appariton ?

C'est à ce travail scientifique que se sont attachés les quinze contributeurs, français et étrangers, rassemblés par Olivier Dard dans le cadre de l'axe de recherche "Mémoire et culture" de l'université de Lorraine-Metz, pour traiter selon un programme pluriannuel de l'internationalisation des droites radicales. Le livre est organisé en six parties principales ("Droites radicales et décolonisation", "Passeurs des droites radicales de l'après-guerre aux années 1960", "Nationalistes européens des années de plomb", "Droites radicales et Etats-Unis", "Des passeurs au service du négationnisme", "Regards américains sur l'intégrisme et le maurrassisme"), chacune comportant deux à trois contributions axées autour d'une personnalité particulière. On rencontre ainsi Jacques Ploncard d'Assac, Pierre Joly, sir Oswald Mosley, François Duprat, Franco G. Freda, Alain de Benoist, Jared Taylor, Amaudruz, Gérard de Catalogne ou Enrique Zuleta Alvarez. Ces différentes contributions permettent à la fois de souligner les "évolutions dans la continuité", quelques porosités avec des droites plus classiques et (peut-être surtout) de mettre en relief les relations et influences internationales, parfois paradoxales et peu étudiées, entre ces "doctrinaires, vulgarisateurs et passeurs". Parallèlement aux études récentes sur les gauches radicales, ce volume remet à sa juste place nombre d'idées reçues, d'a priori et de "révélations" journalistiques.

Un volume posé, réfléchi, mûri, indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire récente des idées politiques.

Coll. 'Convergences', Peter Lang Ed., Bern-Bruxelles-Berlin-Oxford, 2012, 339 pages.

ISBN : 978-3-0343-124-0

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 07:05

Heil de Gaulle !

Histoire brève et oubliée du stalinisme en France

Jean-Marie Goulemot et Paul Lidsky

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Tous les deux spécialistes de l'histoire des idées, et en particulier des idées révolutionnaires, Jean-Marie Goulemot et Paul Lidsky s'intéressent dans cet ouvrage au titre provocateur (il fait référence à un montage photo publié dans la revue Regards en juin 1951) aux "pratiques de réduction caricaturale de l'adversaire ... révélatrice de la langue de bois simplificatrice qui a régné dans le PCF" durant la période 1939-1956.

Posant dès le début de la première partie "la question qui fâche" ("Parti national, parti national étranger ou internationaliste ?"), les deux auteurs reviennent sur les mensonges, les revirements et les impostures de la Seconde guerre mondiale et de l'après-guerre. Ceux-ci sont désormais bien connus, des négociations avec les autorités d'occupation à l'été 1940 au "parti des 75.000 fusillés", de l'affaire Rousset dans les années 1949-1950 à la "clique fasciste" de Tito et au soutien à la répression communiste en Hongrie. La seconde partie s'intéresse à "La culture stalinienne" et, au-delà des questions liées à la manipulation des intellectuels et à l'instrumentalisation des "compagnons de route", on y trouve quelques perles, dont les auteurs hésiteront ensuite à se vanter : "La France doit à Staline son existence de nation pour toutes les raisons que Staline a donné aux hommes soviétiques d'aimer la paix" !, pour Louis Aragon. Ou : "La mémoire de Staline, ce n'est pas seulement la tristesse du peuple, c'est aussi une inébranlable détermination qui marque tous les visages, la détermination de protéger l'oeuvre grandiose de Staline", pour Aimé Césaire. Ou bien ces "hommages" rendu au "meilleur stalinien de France" : "Maurice Thorez, d'aurore en aurore, construit le nid de chaleur du peuple de France" ; "Maurice parle ... et c'est la France qui se dessine dans sa voix. L'étoile claire de Staline ouvre l'amour au monde entier, la route mène au socialisme, Maurice marche le premier" ! La troisième partie enfin, "La famille communiste : la politique au quotidien", revient sur quelques figures emblématiques (Aragon, Kanapa, Wurmser, etc.), quelques complots et purges, des exclusions, et les rapports avec les "sociaux-traitres" e la SFIO.

Pas de découverte à proprement parler dans ce volume, mais une mise en perspectives référencée d'éléments jusqu'ici souvent épars.Les deux auteurs constatent que "le totalitarisme auquel aspirent les partis communistes occidentaux ... relève de l'ordre des simulacres, que le langage tente de faire passer pour des réalités ..., d'où le rôle de la violence verbale, des insultes, des impératifs de commandement". Ils ajoutent d'ailleurs : "Tenter de dresser un bilan du stalinisme français revient aussi à établir un catalogue de ses mensonges. Ils sont présents dans chacune de ses pratiques et dans chacun de ses discours ... Sa propre histoire est mensongère". Les dernières lignes ne sont pas encourageantes ("Le stalinisme n'est donc pas mort. La faiblesse du parti communiste l'oblige à la modération") et l'on s'interroge toujours : comment des millions d'hommes et de femmes ont-ils pu se laisser duper ainsi ?

Librairie Vuibert, Paris, 2011, 175 pages, 17 euros.

ISBN : 978-2-311-00147-1

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 07:00

La synarchie

Le mythe du complot permanent

Olivier Dard

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Attention : plongée dans le monde des fantasmes politiques. Mais plongée sous contrôle scientifique, car Olivier Dard ne s'en laisse pas compter par les rumeurs et les fables. Il s'agit ici de l'édition revue et augmentée d'un premier livre paru chez le même éditeur en 1998.

Ce volume de 384 pages au format 'poche' est divisé en cinq chapitres qui retracent par le menu l'histoire de cette mystérieuse Synarchie, "association mystérieuse de polytechniciens, d'inspecteurs des finances et de financiers". Ce "gouvernement de l'ombre" de technocrates, par définition anti-nationaux puisqu'au service des trusts fait l'objet d'intenses polémiques durant l'Occupation, essentiellement à partir de la presse des mouvements collaborationnistes parisiens les plus extrémistes. La cible : Vichy et Darlan. Le fantasme : une ténébreuse oligarchie financière manipulée par les Juifs. En fait, née à la fin du XIXe s. des écrits de Saint-Yves d'Alveydre, la notion de synarchie est marquée par les désamours politiques, les errements économiques et la mode de l'ésotérisme, comme ce Mission de l'Inde, livre publié en 1910 après la mort de son auteur et qui évoque un temple sacré de l'Himalya où l'on "vivrait dans un univers de pureté" ! Le même Saint-Yves d'Alveydre est par ailleurs "l'inventeur" à la fin de sa vie d'un "archéomètre", "instrument de mesure universel ... capable de restituer, pratiquement, la 'loi unique' entre la musique, l'architecture et les autres arts et techniques'. Comme l'exprimait ma grand mère avec toute sa sagesse de paysanne provençale, "tous les fous ne sont pas enfermés".

C'est sur la base de ces théories fumeuses, reprises, déformées et amplifiées de la Première à la Seconde guerre mondiale par des esprits tout aussi malades (comme ce Ferdinand Ossendowski qui présente en 1924 le "Roi du monde" et une "humanité souterraine ... en attendant le nouveau Gengis Khan" (sic !), propos qui inspirent dans les années 1930 quelques groupes comme "Les Veilleurs" ou "Les états-généraux de la jeunesse", que l'idée de synarchie subsiste. Partant du principe qu'il ne peut pas y avoir de fumée sans feu, c'est donc qu'il y aurait du vrai dans ces théories ? La personnalité et la vie de Jean Coutrot, "épicentre du complot", que l'on retrouve au cabinet du ministre de l'Economie nationale de Léon Blum en 1936 et qui se suicide par défénestration en 1941, sont soigneusement mises au jour. Olivier Dard, rigoureusement, à partir des archives, des rapports, de la presse, démonte le mécanisme "intellectuel" de cette mystification, dont on observe toutefois qu'elle trouve des crédules à droite comme à gauche.

L'auteur brosse ensuite le tableau, dans ses quatrième et cinquième parties ("Les leçons de la synarchie" et "L'éternel retour de la synarchie") des échos et des suites de cette affaire dans le monde "économico-politico-intellectuel" français. On y croise Benoist-Méchin, on y retrouve le Mouvement synarchique d'empire" (?) à la phraséologie aussi confuse que dérisoire, l'attirance pour les sociétés secrètes réservées à quelques "initiés", Bref, "premier avatar du complot technocratique", la synarchie traverse les époques, entretenue par une "littérature spécialisée" pour individus friands des sciences occultes. L'idée est reprise par des personnages aussi différents qu'Henry Coston (d'extrême droite, qui digige sous l'Occupation un Bulletin d'informations antimaçonniques et publie en 1955 Les financiers qui mènent le monde) et que Paul Rassinier (révisionniste se définissant comme de gauche). Rien de commun entre ces deux tendances (pour les adeptes d'une conception "de gauche" de la synarchie, celle-ci serait "l'instrument de la réaction et des Jésuites", à l'origine de la défaite de juin 1940 ; pour les partisans d'une analyse "de droite", elle "serait un agent de dissolution et de décadence" de la nation française), mais pourtant la synarchie est toujours évoquée, serait toujours "présente", toujours "agissante".

Expliquant en conbclusion que "la synarchie, depuis Vichy jusqu'à son recyclage permanent soixante-dix ans durant, montre que, dans le prolongement de l'héritage des siècles antérieurs, le XXe siècle français et le XXIe débutant n'ont pas échappé à la mythologie des sociétés secrètes et à celle du complot", Olivier Dard démontre qu'elle "présente les attributs essentiels du mythe" : "Elle n'a aucune matérialité, sauf dans l'imagination de ses pourfandeurs passés ou présents".

Accompagné par un très solide appareil de notes (pp. 241-330) et plus de 35 pages de références d'archives et de bibliographie, voilà une excellente étude, rigoureuse et solidement argumentée, qui à certains égards se dévore pourtant comme un roman noir. Et qui règle définitivement le sort d'un des fantasmes les plus prégnants de la vie politique au XXe s. A lire absolument.

'Tempus', Perrin, Paris, 2012, 384 pages, 11 euros

ISBN : 978-2-262-04101-4

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 07:00

Vive les Soviets !

Un siècle d'affiches communistes

Romain Ducoulombier

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Superbe album ! Au catalogue depuis quelques jours de la maison d'édition créée par l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, ce beau volume est signé par un vrai spécialiste de l'histoire politique de la gauche en France, auteur en particulier de De Lénine à Castro. Idées reçues sur un siècle de communisme (Le Cavalier bleu, 2011). L'ouvrage s'articule chronologiquement autour des grandes périodes qui scandent l'existence du parti communiste, des "Années 20. Naissance d'un style" au "Piège Mitterrand" et s'intéresse à ce symbole de la communication de masse et du militantisme que fut l'affiche politique (dont on apprend que la première date de 1908).

On peut aborder les centaines d'affiches reproduites dans ce volume (il y en aurait quelques 8.000 conservées aux seules archives départementales du Val de Marne) sous plusieurs angles : celui de l'histoire des idées, bien sûr, puisqu'à travers leurs slogans elles témoignent des évolutions successives du parti ; celui de l'esthéique et de l'art également, puisque des signatures prestigieuses ont mis leur talent au service du parti ; celui de l'analyse comparative aussi puisque l'on sait bien qu'un thème hier à droite ou à gauche peut souvent se retrouver aujourd'hui, repris et reformulé, à l'autre bout de l'échiquier politique. A cet égard, l'affiche "Les paysans de France / Pour que le bonheur règne dans nos campagnes" de 1937 est, de manière étonnante, en quelque sorte annonciatrice par l'image véhiculée et le graphisme des campagnes ultérieures de Vichy en faveur du monde rural. De même, celle que nous reproduisons en bas d'article ("Pour que la famille soit heureuse") aux trois couleurs nationales, fait bien peu "révolutionnaire".

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On ne résiste pas au plaisir de présenter quelques exemples pour le moins originaux, comme ce "retournement" de l'image du "bolchevique au couteau entre les dents" (ci-dessus), qui devient un couteau libérateur ; ou cette tentative comique (il n'est pas du tout sûr que les auteurs aient été au deuxième degré) de détourner la mode des productions américaines de sciences fiction à la grande époque d'Enterprise (ci-dessous).

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Enfin, on en vient à se demander, au fur et à mesure des années, si la qualité esthétique des affiches ne diminue pas en proportion de la baisse d'influence électorale du parti. Avec la fin de "l'ère Marchais", le talent graphique, pour le moins, semble avoir abandonné les militants.

Ce magnifique volume comblera sans aucun doute tous ceux qui se passionnent pour l'histoire des idées politiques et leur traduction dans la vie nationale. Les éditeurs annoncent par ailleurs qu'il sera complété dans quelques semaines par un ouvrage parallèle sur un siècle d'affiches anticommunistes et que l'ensemble constituera "le portrait d'une époque violente et passionnée où la République s'est frayée un chemin plus étroit qu'on ne le pense".

Editions Les Echappés, Paris, 2012, 144 pages, 34 euros.

ISBN : 978-2-35766-053-3

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Romain Ducoulombier a bien voulu répondre à quelques questions :

Question : Pouvez-vous nous présenter les différents fonds d’archives que vous avez explorés ?

Réponse : Le livre est fondé sur les collections exceptionnelles d’affiches de Michel Dixmier et Jean-Jacques Allévi. À l’exception de quelques documents, ce sont elles qui sont mises en avant d’une façon très attractive. Vive les Soviets, c’est d’abord un livre à feuilleter ! Mais l’ensemble –soit près de 150 affiches et documents – s’accompagne d’une histoire du graphisme communiste au XXe siècle que j’ai nourrie, quand c’était nécessaire, d’archives diverses. Une affiche, c’est un langage et si le message qu’elle délivre doit être intuitif pour être efficace, il faut aider le lecteur à le décrypter. Outre les archives de la police française, où j’ai déniché un ou deux documents-choc, j’ai surtout utilisé les archives intérieures du PCF disponibles aux Archives départementales de Bobigny (qui possède une magnifique collection d’affiches, dont le catalogue m’a été très utile) et dans les fonds russes du RGASPI. Ces documents offrent un éclairage inédit sur les tirages, la diffusion des symboles d’origine soviétique ou les rapports de certains dessinateurs avec Moscou.

Question : Les affiches présentées scandent et rythment les évolutions du discours du PCF au long de son histoire. Quelle époque vous paraît la plus florissante, ou la plus riche aux différents points de vue ?

Réponse : À l’évidence, le début de la Guerre froide, pour diverses raisons. D’abord parce que l’art de l’affiche politique est mûr, qu’elle n’est pas encore envahie par le photomontage, et qu’elle n’est pas recouverte par le triomphe (finalement assez tardif) de l’image télévisée. La puissance du PCF – il capte un quart de l’électorat à la fin des années 1940 – contribue à en faire un media qui atteint alors son utilité maximale : nourrir une vision manichéenne du monde, et servir de marquage identitaire à des « territoires » communistes soustraits (du moins symboliquement) à l’emprise de la « bourgeoisie ». La logique même de guerre « psychologique » caractéristique des débuts de la Guerre froide explique qu’elle serve comme une arme, avec une violence indéniable, mais aussi parfois avec humour. Des masses de militants étaient disponibles pour coller… Quant aux symboles, ils sont tous réunis au début des années 1950 : les drapeaux (rouge et tricolore), la faucille et le marteau, la « jeunesse du monde », les portraits réalistes-socialistes de Staline et, bien entendu, la célèbre colombe de la paix de Picasso.

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Question : Dans le cadre général de vos travaux, après cette publication, dans quelle(s) direction(s) s'oriente(nt) vos recherches ?

Réponses : J’ai le goût des archives, comme on dit parmi les historiens, et je continue de les arpenter avec le peu de temps que me laissent mes charges d’enseignement dans le secondaire. Je crois pour ma part que le moment est venu de renouveler le questionnaire que le XXe siècle nous a légué pour étudier le phénomène communiste. Dans mes livres, j’ai décidé de l’attaquer comme un massif, par des versants inattendus, que ce soit par ses « origines » alléguées, ou ici par son graphisme. Les archives sont là, mais leur abondance ou leur caractère longtemps secret ne doivent pas nous intimider. Ce qu’elles attendent, c’est un regard neuf : allons-y ! Il faut du temps pour que de nouvelles directions se dessinent, et qu’elles gagnent un public qui y cherchera, non pas une nostalgie, mais un jugement sur le siècle qui s’éloigne résolument de nous. Je crois que le mythe de Spartacus sera ma prochaine victime, même si je me passionne aussi pour Aragon. Tout bien réfléchi, on doit au couple qu’il formait avec Elsa Triolet certaines des plus fortes images du folklore communiste français, à commencer par le « Parti des fusillés », une formule d’Elsa…

Question : Pourtant, tout le monde dit que le PC est mort, malgré le sursaut du Front de gauche. Cherchez-vous à l’expliquer ?

Réponse : Le succès du Front de gauche devrait susciter l’étonnement de tout historien ! On ne peut certainement pas dire qu’il était prévisible, même s’il ne durera peut-être pas. Il tient en partie au rapport d’autopsie, finalement assez juste, qu’en ont dressé Mélenchon, mais aussi François Furet (aussi surprenant que ce rapprochement puisse paraître…) : ce qui faisait tourner le PCF, c’était le jacobinisme et l’obsession de l’égalité, qui est le ressort de la guerre sociale à la française. La patrie, le drapeau, et l’idée de sacrifice. Ils emplissent littéralement l’affiche communiste. La dépendance politique, financière et idéologique à Moscou n’a jamais disparu. Mais ce qui fut une rencontre circonstancielle avec la nation, à la faveur du Front populaire, est devenu une dimension identitaire majeure du communisme français, parfois jusqu’à l’excès. Le livre le montre amplement. Le PCF n’est jamais parvenu à la claire conscience que sa survie était incompatible avec son attachement à la réalité desséchée de l’Union soviétique : il n’a pas survécu, en fait, à la disparition des générations staliniennes et c’est la peur de perdre son identité et de se banaliser dans l’offre politique de la gauche renouvelée par Mitterrand qui l’a paralysé.

Question : Finalement, où en est l'affiche politique aujourd'hui ? A-t-elle été rangée par les médias modernes dans le grenier des objets oubliés ?

Réponse : Je n’en suis pas sûr, même si la présence généralisée d’écrans dans les cafés ou les couloirs du métro parisien peut le laisser penser. L’affiche politique contemporaine se situe au bout d’une logique qui s’est enclenchée, pour différentes raisons, à la fin des années 1960, et que la présidentialisation de la Ve République a accélérée : le marketing a imposé sa simplification progressive, et le livre permet de bien suivre cet appauvrissement. Mais comme toujours en matière de propagande de masse, l’impact de cette nouvelle publicité politique est difficilement mesurable, ce qui ne signifie pas qu’il soit nul, au contraire. Une mauvaise affiche est toujours catastrophique ! Il suffit de se souvenir de l’affiche « Présider autrement » de Jospin en 2002… Je crois que l’affichage communiste a opposé une forme de résistance à cette évolution inéluctable, que renforcent aujourd’hui la privatisation progressive de certains espaces publics et l’invasion de la publicité. Et pourtant, dans le déferlement actuel d’images, la fixité de l’affiche peut devenir un atout, alors même que tout l’art du graphisme avait consisté à la conjurer par la simulation parfois géniale du mouvement. Il lui reste à mes yeux un avantage : celui d’imposer son message instantanément, de façon tout à fait intuitive, sans recourir à l’attention et à l’écoute prolongées du passant. Dans un monde qui se dépolitise tendanciellement, ce n’est pas négligeable.

Merci Romain pour toutes ces précisions, et plein succès pour ce beau livre.

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 07:01

L'homme contre l'argent

Souvenirs de dix ans, 1918-1928

Georges Valois

Edition présentée par Olivier Dard

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La personnalité et la vie publique de Georges Valois ont fait l'objet de nombreuses interprétations et il faut remercier Olivier Dard, aujourd'hui l'un des meilleurs spécialistes français de l'histoire des droites au XXe siècle, d'avoir voulu une réédition (avec le soutien de la MSH Lorraine) de ce livre paru en 1928 et devenu totalement introuvable. Il marque une évoluion importante dans la pensée et le positionnement politique de celui qui se définit alors comme "un intellectuel prolétarien", mais refuse "le vieil ordre des choses, vieux radicaux, vieux catholiques, et même vieux socialistes, incrustés, avec une doctrine figée, dans le vieux parlementarisme", celui qui fut l'une des personnalités politiques les plus plus originales du début du XXe siècle. Dans son "Introduction à la nouvelle édition", Olivier Dard rappelle le parcours antérieur de Valois, de l'anarchisme à l'Action Française et au Faisceau jusqu'à sa rupture avec le fascisme en 1927 et précise : "c'est bien comme une charge contre la 'ploutocratie' qu'il faut lire L'Homme contre l'argent".

L'ouvrage lui-même s'ouvre sur une dédicace de l'auteur "à la mémoire des membres du Cercle Proudhon", ce qui a un vrai sens symbolique, et par une introduction dans laquelle il reconnait : "Nous apportions une conception nouvelle de l'ordre économique et de l'ordre européen. Les droites la repoussent. Le 30 avril 1927, nos alliances étaient à droite. Au 2 mai, avec les mêmes idées, nos alliances sont à gauche". Le livre est ensuite structuré en trois grandes parties : "Avec les féodaux de l'industrie", "Recherche des alliances et préparation du combat", "Le Faisceau". Ces quelques 300 pages du texte original sont d'une exceptionnelle richesse pour (re)découvrir la politique française des années 1920, en prenant bien sûr soin de remettre les appréciations portées par Valois, sur l'Action Française ou sur Coty par exemple, dans le contexte des débats de l'époque. On y trouve de très nombreux détails, une foule de précisions et un portrait (parfois cruel) de quelques hommes politiques du temps.

Un livre indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des idées politiques et souhaitent comprendre les évolutions et les fractures de l'entre-deux-guerres, puis les prises de position de la fin des années 30 et des débuts de la Seconde guerre mondiale (Valois fait alors le choix de la Résistance et meurt en déportation).

Editions Septentrion - Presses universitaires, Villeneuve d'Ascq, 2012, 373 pages, 30 euros.

ISBN : 978-2-7574-0391-4

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Nous remercions Olivier Dard d'avoir bien voulu répondre à quelques questions.

Question : Les propos parfois extrêmement durs que l'on retrouve sous la plume de Valois à propos de l'Action française, mouvement au sein duquel il a milité pendant de longues années, portent-ils la marque d'une "espérance déçue", ou s'était-il simplement trompé en soutenant le mouvement de Maurras ?

RéponseSi Valois clame dans L’homme contre l’argent non seulement qu’il a été trompé mais qu’il s’est lui-même fourvoyé (au point de renier plus de vingt ans d’écrits) il faut d’abord y voir la marque d’une espérance déçue vis-à-vis d’un homme, Maurras. Valois le déconsidère dans L’homme contre l’argent. Il l’a cependant admiré et célébré tout en ayant beaucoup attendu. Il écrivait ainsi dans son premier ouvrage autobiographique, D’un siècle à l’autre, paru en 1921 : « On acquérait près de Maurras la certitude absolue du succès ». Pendant ses vingt ans à l’Action française Valois, qui en était « l’économiste », a pensé qu’il réussirait à mettre en œuvre dans ce cadre son projet de réconciliation de la monarchie et de la classe ouvrière et d’ « économie nouvelle ». Il s’est même employé à gagner l’appui de milieux patronaux et ouvriers au lendemain du premier conflit mondial à travers l’expérience des « semaines économiques», de la Confédération de l’Intelligence et de la Production française et des Etats généraux. Ce fut finalement un échec et Valois l’imputa au conservatisme de l’Action française. Il provoqua la rupture et Valois  pensa qu’il réussirait beaucoup mieux à côté puis hors de l’Action française. Ce ne fut pas le cas non plus.

Question : En fonction de l'état d'avancement de la recherche, que sait-on aujourd'hui de la réalité et de l'importance du soutien financier accordé par Mussolini à Valois pour le développement de ses activités politiques ?

RéponseJ’ai dirigé un volume intitulé Georges Valois, itinéraire et réceptions, paru chez Peter Lang en 2011 et dans lequel Didier Musiedlak, biographe de Mussolini, fait un point précis des relations entre Valois et le Duce. Il faut sortir de certains mythes, en particulier sur le plan financier : les entreprises de Valois ne furent pas aidées par l’Italie comme le furent celles de Doriot dans les années 1930. Dans L’homme contre l’argent, Valois raconte sa rencontre avec le Duce au début de 1924 et dresse un portait suggestif de sa « toute puissante personnalité ». Les sources italiennes, peu nombreuses d’ailleurs,  complètent le récit de Valois. Il est introduit auprès de Mussolini par Malaparte mais il connaît aussi Edmondo Rossoni, c’est-à-dire les fascistes de « gauche ». Tous ont en commun une connaissance de Georges Sorel et une empathie pour le syndicalisme révolutionnaire. Mussolini sent bien que Valois s’interroge alors sur son avenir et les possibilités d’une adaptation du fascisme en France. Le Duce voit en Valois un expert du syndicalisme révolutionnaire mais il a par la suite évoqué auprès du journaliste fasciste Yvon de Begnac une absence de réalisme et de sagacité politique pour expliquer l’échec du Faisceau. Le rejet par Valois du fascisme italien fut donc présenté comme logique par Mussolini qui a expliqué que Valois n’aurait pas compris le rôle nouveau que devait jouer l’Etat.

 Question : Comment résumeriez-vous l'histoire, relativement agitée, de son journal Nouveau Siècle ? Comment ont évolué ses tirages et qu'elle a été son influence ?

RéponseLancé en février 1925 sous une forme hebdomadaire, le Nouveau Sièclerepose sur une ambiguïté fondamentale. Valois, qui est encore dans le giron de l’Action française, prétend vouloir toucher une autre clientèle que celle du quotidien éponyme. Le point de vue peut encore se défendre mais lorsque le Nouveau Siècle devient quotidien (11 octobre) 1925 la concurrence avec l’Action française est évidente d’autant que la ligue d’Action française est concurrencée par le Faisceau qui est fondé le 11 novembre 1925. Il n’y a cependant pas vraiment de place pour les deux quotidiens. L’Action française est lue et commentée, bien au-delà des sympathisants du « nationalisme intégral » et un adversaire comme le critique littéraire de la Nouvelle Revue française Albert Thibaudet à parlé à son sujet d’un « journal à gros tirage admirablement fait ». Le Nouveau Sièclepeine à rivaliser avec elle et ses tirages se montent, au début à 40 000 exemplaires diffusés pour 20 000 vendus. Les difficultés du Faisceau compliquent la vie du Nouveau Sièclequi s’éteint le 1er avril 1928 tandis que le Faisceau agonise.

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Question : Il est généralement admis, depuis les travaux de Zeev Sternhell, que le Faisceau constitue à la fois l'une des origines de l'idéologie fasciste et la représentation la plus "fidèle" d'un certain fascisme français, or cette période ne constitue qu'une étape (moins importante que d'autres) dans l'itinéraire global de Valois. Comment l'intégrez-vous dans son parcours général ?

RéponseIl faut sortir de cette idée des origines françaises du fascisme qui, avant d’être développée par le politiste Zeev Sternhell l’a été dès les années vingt par André Lichtenberger et même par Valois lui-même auprès du Duce et que ce dernier, racontant l’épisode à Yvon de Begnac aurait balayée d’une boutade : « c’est moi qui ait mis le bébé dans le berceau ». Déjà avant la Première Guerre mondiale, l’écho majeur qu’il avait rencontré dans le milieu nationaliste italien provenait de Mario Viana, monarchiste séduit par son projet économique et social mais qui n’avait pu imposer ses vues aux ténors du nationalisme d’alors, notamment Corradini, qui de toutes façon voulaient construire un nationalisme exempt d’influences étrangères, notamment maurrassiennes. C’est la même chose pour le fascisme italien. Mussolini dénie ainsi à Valois toute prétention à se prévaloir d’une originalité quelconque en matière corporative : il aurait tout simplement adapté Alceste de Ambris, ce qui est une vision bien sommaire. En fait, Valois a poursuivi sa propre évolution qui passe par le fascisme parce qu’il croit y voir une expérience politique et syndicale compatible avec ses analyses et les prolongeant. Il mesure rapidement que ce n’est pas le cas (à cause en particulier de la place de l’Etat dans le fascisme) et s’oriente donc vers la construction d’une « République syndicale ».

QuestionSi Valois parle beaucoup des « combattants » dans les années 1920, la question militaire semble très peu présente dans sa réflexion. Sait-on ce qu’il pensait de l’armée française de son temps, de ses évolutions, de ses difficultés ?

RéponseGeorges Valois n’évoque pas la question militaire dans L’homme contre l’argent. Cela ne signifie nullement qu’elle ne l’intéresse pas même si le cœur de ses préoccupations est l’économie et le social. On ne saurait d’abord oublier que Valois fut un combattant de la Grande Guerre et qu’il en a livré un récit dans D’un Siècle à l’autre. Je renverrai aussi à un autre de Valois où les questions militaires sont directement évoquées, Le Cheval de Troie. Réflexions sur la philosophie et sur la conduite de la guerre. L’ouvrage est paru en 1918 et Valois y livre nombre de réflexions sur le combat des tranchées et la mécanisation. Il imagine même depuis Vaux en décembre 1915 et sur un mode futuriste ce qu’il appelle « le cheval de Troie » : « un engin mobile, protégé, porteur d’hommes, armé de mitrailleuses, des engins du combat individuel, porteur de gaz […] et qui sera pourvu extérieurement cisailles, de crampons, etc. […] qui briseront les abris légers, qui aveugleront les créneaux de mitrailleuses, qui briseront les engins de tranchées… ». Des années plus tard, Valois devenu violemment antifasciste et chantre d’un « nouvel âge » de l’humanité oppose à la guerre le blocus économique dans un livre publié en 1939 et intitulé : Guerre ou Blocus économique ?

 QuestionLa rupture de Valois avec l’Action française peut-elle s’analyser comme la marque d’un itinéraire individuel ou a-t-elle une valeur emblématique ?

RéponseLes propos de Valois sur Maurras et l’Action française dans L’homme contre l’argent sont très durs et comptent sans doute parmi les plus violents publiés par des « dissidents de l’Action française ». Si on compare la prose de Valois à celle d’un Louis Dimier, dans Vingt ans d’Action française, la différence de ton est saisissante. Sur le fond, les choses sont peut être moins nettes car Dimier reproche aussi Maurras de l’avoir trompé et surtout de ne pas avoir agi. Cette question de l’action que Lucien Rebatet dans son célèbre pamphlet de 1942 Les Décombres a résumée d’une formule choc, « Au sein de l’inaction française », est déjà présente au moment de la rupture de Valois qui, comme après lui l’équipe de Je suis partout, choisit le fascisme contre l’Action française parce qu’elle lui paraît incarner l’avenir et non des chimères surannées. Evidemment, le basculement à gauche de Valois dans les années trente rendait impossible toute discussion et tout échange sur ce sujet. On rappellera cependant que certains, au sein de la Jeune Droite, s’intéressaient alors au cercle Proudhon qui, avant 1914 et sous l’égide de Valois avait tenté de faire se rapprocher monarchistes et syndicalistes révolutionnaires sous l’égide de l’Action française et avec l’aval de Maurras. On retrouve ici le débat sur le « préfascisme ».

Merci Olivier Dard pour ces réponses très complètes et plein succès pour vos prochains travaux. 



 

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 07:00

Les anarchistes espagnols, 1868-1981

Edouard Waintrop

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L'histoire des idées, surtout les plus radicales, croise souvent celle des guerres et conflits, tout en ouvrant sur des thématiques très diverses.

Dans cette étude particulièrement détaillée d'environ 570 pages, l'auteur retrace (non sans sympathie pour son sujet) tout l'histoire du mouvement anarchiste espagnol depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, dans sa diversité et sa complexité. La plupart des lecteurs n'en connaîtront au départ que les quelques images des attentats terroristes des années 1880 et du début du XXe siècle, ou les heurts avec les "orthodoxes" communistes pendant la guerre d'Espagne. Mais l'auteur sait nous entraîner dans le subtil processus de "combat culturel", avec un effort associatif (bien oublié aujourd'hui) en faveur de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture (compris comme des facteurs de libération), la création de bibliothèques et d'associations théâtrales, etc. Resté particulièrement influent en Espagne par rapport aux autres pays européens après la Première Guerre mondiale, le mouvement anarchiste (devenu 'anarcho-syndicaliste') se divise dès 1919 sur la révolution russe, l'adhésion à la IIIe Internationale et la dictature du prolétariat : "Correspond-elle à notre conception libertaire, à notre conception fédéraliste, internationaliste ?". Les débats se poursuivent longuement, même après la proclamation de la IIe République espagnole en 1931 : "La crise et la chômage aidant, une compétition féroce se fit jour entre l'UGT socialiste et la CNT anarcho-syndicaliste". Après l'échec d'une tentative révolutionnaire en 1933, le mouvement est traversé par un double mouvement contradictoire : une volonté d'union des mouvements populaires face à la montée des fascismes en Europe, et une tendance tout aussi marquée à l'indépendance par rapport aux socialistes (plus ou moins) modérés et aux staliniens. 

Près de 200 pages détaillent avec une grande précision l'attitude et l'évolution du mouvement anarchiste au cours des mois qui précèdent le déclenchement de l'insurrection nationaliste et pendant les premières années de la guerre civile. Ces chapitres extrêmement bien référencés sont particulièrement intéressants et annoncent "la guerre civile dans la guerre civile" : "la police, sous croissante influence communiste, commençait à harceler les miliciens anarchistes" ; "sur les 3.700 antifascistes emprissonés dans les geôles républicaines en janvier 1939, plus de neuf sur dix étaient en effet des militants de la CNT-FAI". Qualifiés de "cinquième colonne" par les dirigeants communistes, les militants du POUM seront alors sytématiquement pourchassés et exécutés.

L'ouvrage se termine par un rapide survol de la période 1940-1980 et sur une trentaine de pages de biographies sommaires de dirigeants et théoriciens anarchistes. 

En résumé, une étude très fouillée, appuyée sur de très nombreux témoignages, d'innnombrables citations et références. C'est aussi le récit de l'échec d'une utopie, de l'incapacité (co-substantielle de sa nature même) du mouvement libertaire à traduire en réalité un idéal rêvé. Bref, un  ouvrage à lire à plusieurs niveaux et qui apporte beaucoup quant à la connaissance de la réalité d'un des mouvements les plus originaux de la pensée politique européenne.

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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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