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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 06:20

Une histoire de la Fabrique Nationale de Herstal

Technologie et politique à la division "moteurs" (1889-1992)

Pascal DELOGE

L’ouvrage de Pascal Deloge sur la Fabrique Nationale de Herstal comble un vide informatif de l’histoire de l’armement. S’appuyant sur une documentation fournie, qu’il traite de façon rigoureuse, l’auteur détaille parfaitement les conditions qui ont présidé à sa création, à son expansion et enfin à son déclin.

La manufacture est née en 1889 de la volonté de l’État belge, désireux d’équiper ses troupes de fusils modernes et de disposer sur son propre sol d’une économie de défense. Les armuriers liégeois, à la compétence reconnue, installent alors une usine à Herstal, sur les bords de la Meuse, afin de produire en masse armes et munitions.

Un procès perdu avec l’Allemand Ludwig Loewe, qui avait concédé la licence initiale de fabrication, contraint rapidement la manufacture à diversifier sa production et à construire des cycles puis des cyclomoteurs et des voitures, ce qui est une façon de rester dans le domaine de la mécanique de précision. La Fabrique Nationale élargit ensuite son activité aux armes de chasse, après un accord avec la firme américaine Browning. Sous actionnariat allemand pendant la Première Guerre Mondiale, puis contrôlée à nouveau par des capitaux belges après 1918, la FN met dans l’entre-deux-guerres l’accent sur les produits à destination du monde civil plutôt que sur la fabrication d’armes de guerre. La crise de 29 entraîne cependant la fermeture de la chaîne automobile en 1935.

Après la Seconde Guerre mondiale, la FN élargit son offre et construit, sous licences britanniques, des avions avec le Néerlandais Fokker avant d’entamer une collaboration durable avec Rolls Royce. La guerre froide et la décolonisation s’avèrent pour elle l’occasion de vendre des armes et des munitions dans le monde entier. Toutefois, la course à la taille critique et la nécessité de développer un secteur « recherche », notamment dans le domaine aéronautique, ainsi que les chocs pétroliers de 1973 et 1979, fragilisent l’entreprise dont la gestion demeure un peu vieillotte.

La FN répond à cette situation, mais également à la globalisation de l’économie, en recourant à deux voies complémentaires. Elle établit des partenariats avec GIAT Industries (pour deux ou trois ans) dans le domaine de l’armement et avec la SNECMA et Pratt & Whitney dans le secteur aéronautique, créant à cet effet deux sociétés spécifiques, la FN et Techspace Aero. Parallèlement, elle réduit considérablement ses effectifs, passant entre 1964 et 1992 de 13 000 travailleurs à seulement 900 personnes pour les armes et 1 300 pour les moteurs.

Au bout du compte, l’ouvrage de M. Deloge offre nombre de points positifs. Fort bien écrit, parfaitement documenté, il donne une vision très exacte de l’histoire de la Fabrique Nationale et, à travers elle, contribue à éclairer l’évolution du secteur de l’armement. Mais ce livre contient également toute une réflexion sur la gouvernance d’entreprise, la relève des dirigeants et les choix stratégiques de financement. Peu fréquemment abordés, ces aspects d’histoire industrielle s’avèrent pourtant fondamentaux. Là encore, les analyses de Pascal Deloge apparaissent aussi novatrices que pédagogiques. Enfin, l’exemple de la FN pose clairement la question du coût de la recherche et du développement (le fameux sigle « R et D » si prisé de nos jours) mais également celle des ressources et des débouchés nationaux, trop exigus aujourd’hui pour les industries d’armement. La Belgique n’est pas seule en cause ! La France a connu des problèmes analogues : il suffit de penser à Giat Industries ou à l’aéronautique militaire. Décrivant le parcours de Herstal, Pascal Deloge ouvre ainsi la voie à une réflexion historique plus large, ce qui renforce le plaisir et l’intérêt que l’on éprouve à lire cette somme.

Jean-François Brun

Editions du Cefal, Liège (B), 2012, 442 pages. 30,50 euros.

ISBN : 2-87130-332-0.

Industrie belge

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 06:22

L'enjeu énergétique dans les Balkans

Stratégie russe et sécurité européenne

Marina Glamotchak

Attention, très intéressant. L'actualité met l'Ukraine et la question des relations entre Kiev et Moscou au premier plan, comme chaque hiver. Voilà donc un livre qui arrive d'autant plus à propos que cette région des Balkans et de l'est européen constitue la prochaine zone d'élargissement de l'U.E.

Les tracés des oléoducs et gazoducs trans-européens ont déjà joué dans les années antérieures un rôle géopolitique très important et les troubles politiques des Balkans et d'Europe orientale ne font que l'accroître. Dans ce volume, préfacé par Georges-Henri Soutou, Marina Glamotchak met en relief les relations étroites qui unissent le pouvoir russe à la société Gazprom, leur volonté de maintenir l'Europe occidentale en état de sujétion énergétique et le rôle de "cheval de Troie" de la Serbie dans ce contexte. Divisé en 6 grands chapitres, le livre s'attache successivement aux "Etats et leurs politiques de conquête des marchés extérieurs", à "Gazprom pousse ses pions en Europe", aux "Relations Russie-Serbie : l'âme slave à l'épreuve de l'énergie", à "La Croatie, sur le point d'entrer dans l'Union européenne qui retire son 'niet' aux capitaux russes", aux "Intérêts énergétiques russes en Bosnie-Herzégovine", et au "Monténégro : les capitaux russes ne s'intéressent pas qu'à l'énergie". C'est en fait l'image d'un nouvel impérialisme russe à travers toute l'Europe orientale et les Balkans qui se dessine, auquel l'Union européenne, nain politique décervelé, n'est même pas capable de commencer à envisager une réponse. Une situation qui, si l'on suit le raisonnement de l'auteure, ne peut qu'aller en s'aggravant, plaçant de fait Bruxelles sous les fourches caudines de Moscou et faisant sans le dire de Moscou, selon l'expression du professeur G.-H. Soutou, un "membre honoraire" de l'U.E., mais le plus puissant et le plus influent.

Accompagné de nombreuses annexes et de plusieurs cartes, ce volume est passionnant (en dépit de son sujet très technique) et suscite de très nombreuses réflexions. 

Editions Technip, Paris, 2013, 195 pages, 35 euros.

ISBN : 978-2-7108-1033-9.

Le nerf de la politique et de la guerre

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 06:35

La France, l'Allemagne et l'Europe monétaire de 1974 à 1981

La persévérance récompensée

Amaury de Saint-Périer

Dans le domaine de l’histoire économique, ce livre constitue sans aucun doute une véritable nouveauté. Amaury de Saint-Périer s’interroge en effet sur les modalités, les conditions, les formes d’action, etc., qui conduisent, « dans la logique du marché commun et du traité de Rome », de l’harmonisation progressive des politiques économiques à la création d’une monnaie unique.

Soulignons tout de suite que l’auteur non seulement ne remet pas en cause ce processus (le livre est publié avec le soutien de la mission historique de la Banque de France), mais y voit au contraire un facteur d’intégration croissante et pour tout dire une chance. Le cadre est donc fixé et sur ce point il sera inutile de chercher une critique nette de cette évolution. Ceci étant dit, l’ouvrage est particulièrement intéressant parce qu’il replace bien chacun dans son rôle et remet la création d’une monnaie unique dans son contexte politique et humain. Les seize chapitres de l’ouvrage sont organisés en quatre grandes parties : « Les initiatives de la France dans le domaine monétaire » (de la politique de relance de Jacques Chirac aux questions de ‘serpent monétaire’, de dispositifs de change et de dévaluation), « L’entente entre la France et l’Allemagne pour relancer l’Europe monétaire » (avec l’évolution des rapports entre Helmut Schmitt et Giscard d’Estaing, les relations au sein du G7, l’accord final sur le SME), « L’entrée en vigueur du SME » (partie plus technique peut-être, où il est question de montants compensatoires, et les négociations pour amener l’adhésion des hésitants comme le Royaume-Uni, l’Italie et l’Irlande), « Les premières épreuves » enfin (avec le second choc pétrolier, les tiraillements avec le dollar et des efforts accrus de convergence entre Paris et Bonn).

On le voit, les thèmes abordés résonnent avec une extraordinaire actualité par rapport aux difficultés actuelles et l’auteur, qui a pu non seulement consulter de très nombreuses archives mais aussi s’entretenir directement avec les principaux acteurs et recueillir leurs témoignages, fournit un luxe de détails et de précisions sur les événements politico-financiers de ces années 1974-1981, leurs interactions, le rôle particulier de certains hommes-clefs, les argumentaires utilisés pour convaincre les hésitants. Ne serait-ce que de ce point de vue, le livre est très riche d’informations et réellement intéressant. Puis, il y a le deuxième niveau de lecture (j'en suis désolé, mais du fait de l'environnement économique général, il s'impose rapidement à l'esprit) : peut-on finalement s’interroger sur la pertinence de certains choix relatifs à l’euro à partir de la description des modalités de création de l’Ecu et des objectifs qui lui étaient fixés ? Nous laisserons à chacun le soin de répondre en conscience, tout en ayant tendance à considérer pour notre part que persévérer (aggraver ?) dans une direction qui prive l’Etat de moyens d’action n’est peut-être pas le meilleur choix.

Un ouvrage parfois un peu ardu mais passionnant pour mieux comprendre les évolutions les plus récentes, jusqu’aux conséquences qui nous touchent presque quotidiennement, et décrypter les discours souvent convenus que l’on entend encore.

Les Presses de Sciences Po., Paris, 2013, 357 pages, 32 euros.
ISBN : 978-2-7246-1325-4.

Aux origines de l'euro

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 06:35

Des mathématiciens et des guerres

Histoires de confrontations (XIXe-XXe siècle)

Antonin Durand, Laurent Mazliak et Rossana Tazzioli (Dir.)

Voici les actes d'un colloque qui s'était tenu en février 2012 au CNRS sur la place et le rôle des mathématiciens dans les conflits des XIXe et XXe siècles. Une dizaine de contributions très variées abordent des sujets aussi différents que "La participation des mathématiciens aux guerres d'indépendance italiennes" (Antonin Durand), "Painlevé et la guerre (1908-1933)" (Anne-Laure Anizan), le management mathématique de l'incertitude pendant la Seconde guerre mondiale par les Britanniques et les Américains ( William Thomas) ou "Laurent Schwartz et le Vietnam : la perte de l'innocence" (Pierre Journoud).

Au carrefour d'analyses effectuées par des historiens de différentes spécialités, de l'engagement d'un groupe à la prise de position d'un homme, ce petit volume permet indiscutablement d'élargir nos horizons et nos réflexions, de la guerre "chaude" à la guerre "froide", sur l'histoire des pratiques scientifiques et leur(s) rapport(s) avec la guerre. Extrêmement intéressant.

CNRS Editions, Paris, 2013, 124 pages, 16 euros.

ISBN : 9768-2-271-07668-7.

Mettre la guerre en chiffres

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 06:36

Comment partager la rente pétrolière ?

Les enseignements d'une expérience africaine

Jean-Jacques Ikama

Un ouvrage purement technique et industriel ? Pas seulement. Il nous aide à comprendre, à partir d'un exemple concret, une activité stratégique complexe, discrète, et dont les conséquences sur les choix politiques les plus essentiels ne sont pas neutres.

Parfaitement accessible au grand public, l'ouvrage est rédigé par un économiste spécialisé dans les questions énergétiques et financières. Organisé en 15 chapitres, eux-mêmes regroupés en 5 grandes parties, il présente successivement : "Les bases esentielles du partage de la rente pétrolière", La spoliation dans le partage de la rente pétrolière", "Les entraves à la spoliation de la rente pétrolière", "De la pertinence de la pression fiscale subie par les sociétés pétrolières", et "Pour un modèle de partage simple, flexible et équitable de la rente pétrolière". Le propos peut paraître technique, mais l'aueur prend soin systématiquement de préciser toutes les notions et de définir tous les termes. Vous allez être au coeur des conflits d'intérêt et des trafics d'influence, vous découvrirez ce qu'est le "préfinancement des ventes" et vous apprendrez ce qu'est le "super profit oil"

La prochaine fois que les représentants de ces sociétés pousseront des cris d'orfraie à l'annonce d'une éventuelle taxation de leurs bénéfices himalayens, n'hésitez pas à vous reporter à ce livre... Ce n'était peut-être pas l'objectif initial de l'auteur de cet ouvrage spécialisé, mais c'est très enrichissant (intellectuellement, bien sûr) pour tous ceux qui s'intéressent aux ressorts des questions géopolitiques.

Editions Technip, Paris, 2013, 202 pages.

ISBN : 978-2-7108-1031-

Etats et multinationales

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 07:05

Le nerf de la guerre

Alessandro Giraudo

Un thème essentiel, un sujet passionnant.

On sait bien, au moins intuitivement, que les rapports entre la guerre et l'argent sont extrêtement forts, qu'il s'agisse de la préparation des armées, de la poursuite des opérations ou des avatages et indemnités que le vainqueur peut (espérer) en retirer par exemple. Dans ce bel ouvrage (organisé en 26 chapitres qui développent chacun un thème ou un exemple particulier), Alessandro Giraudo nous entraîne des mines d'or de Nubie, grâce auxquelles l'empire égyptien à son apogée peut financer ses expéditions lointaines, aux champs d'opium d'Afghanistan ou aux mines de diamants d'Afrique de l'Ouest qui permettent aujourd'hui aux chefs locaux d'entrenir des guérillas meurtrières. Au passage, nous retrouvons comment Rome solde ses légions grâce au pillage des territoires conquis, nous suivons l'expansion musulmane financée par le commerce des esclaves, nous participons aux croisades organisées grâce aux emprunts ... A partir de la renaissance, le développement de l'artillerie et les progrès des organisations défensives entrainent une hausse vertigineuse du coût des guerres et il faut trouver une partie des ressources au-delà des mers, ou mettre à mal les finances publiques. Avec le XIXe s. et les armées modernes de masse, de nouveaux paliers, encore supérieurs, sont atteints : aux traditionnelles indemnités imposées aux vaincus, s'ajoutent désormais les manipulations institutionnelles sur la monnaie, le recours à l'emprunt, à l'impôt ou à la "planche à billets". Après les deux guerres mondiales, dont le caractère total, industriel et technique conduit encore à accroître les coûts, la guerre froide paradoxalement se révèle être l'une "des plus coûteuses de l'histoire". Enfin, les deux derniers chapitres s'intéressent d'une part à "La monnaie, arme de guerre" (autour du rôle des "faussaires d'Etat" depuis Philippe le Bel) et d'autre part aux "Grandes places qui financent les guerres et création des banques centrales" (des villes italiennes aux métropoles germaniques puis hollandaises, avant que Londres et enfin Washington n'imposent leur suprématie). Et de conclure en citant Aristote : "L'objet de la guerre est la paix". Cependant, "cette paix est de plus en plus coûteuse".

D'une lecture très aisée, le livre bénéficie d'un solide appareil de notes et d'un index. A conseiller à tous ceux qui s'intéressent aux questions militaires : une armée ne vit pas et n'est pas employée in abstracto. Les contraintes matérielles collectives de la société pèsent d'un point essentiel dans les décisions qui la concernant et les combats "pour la liberté des peuples" sont parfois, aussi, l'occasion d'espérer réussir de fructueuses opérations.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2013, 444 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-36445-010-3.

 

La guerre et l'argent

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 07:05

Entreprises de haute technologie, Etat et souveraineté depuis 1945

Patrick Fridenson et Pascal Griset (Dir.)

  Entreprises-de-haute-technologie925.jpg

Au premier abord, l’ouvrage paraît ardu. Il aborde en effet les rapports entre puissance publique et développement des technologies de pointe durant le demi-siècle qui suit la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dès lors, cette thématique dépasse la simple histoire des sciences pour poser aussi des questions touchant à la souveraineté, au concept de marché national, à la figure de l’État (au sens que Pierre Rosanvallon donne à cette expression) et à l’action de  son appareil dans le domaine scientifique. De leur côté, les intervenants sont des enseignants-chercheurs de diverses spécialités ou des cadres dirigeants de grandes entreprises. Bon nombre possèdent en outre une expérience internationale. Les exposés présentés dépassent donc les aspects strictement scientifiques, techniques ou économiques pour aborder la dimension politique et les processus décisionnels liant en France entreprises publiques, entreprises privées et État. En contrepoint, certaines interventions permettent des comparaisons avec les pays anglo-saxons. Ainsi, l’étude des pratiques française, britannique et américaine dans le développement du moteur à réaction révèle clairement les spécificités de chacun de ces pays.

Les États-Unis utilisent, durant la première partie de la guerre froide, le développement technologique comme un moyen destiné à favoriser l’intégration de l’Europe dans le camp occidental. La France, quant à elle, développe des projets étatiques propres à impulser un développement technologique national de haut niveau. Institutionnellement, cette volonté se marque par la création du CEA, du CNES (centre national d’études spatiales) et du CNET (centre national d’études des télécommunications), destinés à compléter le CNRS, mis sur pied dès 1939 pour traiter des questions de recherche fondamentale, mais non de recherche appliquée. Fait peu connu, le CNRS participe cependant, lui aussi, à l’amélioration de la compétitivité française, dans le secteur pharmaceutique par exemple, par le biais des accords qui le lient aux laboratoires Pierre Fabre. L’action de toutes ces institutions acquiert nécessairement une dimension politique à partir du moment où elle touche aux domaines de l’indépendance énergétique, des télécommunications ou du développement spatial. Au bout du compte, la création de la DMA (délégation ministérielle pour l’armement) en 1961 concrétise la mutation des relations entre scientifiques, ingénieurs civils ou militaires, entreprises, grands corps de l’État et décideurs politiques.

Acteur incontournable, l’État permet notamment l’émergence d’une culture de l’innovation avec le programme de « Total » touchant au gaz naturel. Mais il sait également s’adapter en permanence aux conditions nouvelles d’une société qui évolue au fil des décennies. La question de la télévision en fournit la preuve. Le monopole public, édicté en 1945, avait pour contrepartie l’obligation d’édifier un réseau d’émetteurs. Il est toutefois abandonné lorsque s’impose la société de consommation, où le spectateur n’est plus seulement un usager. Parfois, également, la dynamique inverse joue. L’État affirme par exemple son contrôle régalien non pas initialement mais seulement à partir du moment où le développement d’un domaine l’exige : ainsi de la transfusion sanguine. Il finance également le rattrapage du retard des télécommunications françaises.

Les thèmes abordés posent aussi la question des logiques multiscalaires. Le cas de l’industrie aéronautique française (avec Toulouse et Airbus) demeure typique à cet égard. Les « systèmes locaux de compétence » (ici la spécialisation dans le domaine des cellules et de la motorisation) révèlent la cohérence du niveau territorial. À l’autre extrémité de l’échelle se place la coopération internationale (au niveau européen). Entre les deux, l’action étatique s’efforce de favoriser le développement tout en arbitrant les conflits d’intérêt.

Au terme de cet éventail d’études, qui offrent des angles d’approche complémentaires d’une même réalité, l’ouvrage s’achève sur un thème particulièrement pertinent au moment où la notion de mondialisation tient le devant de la scène. La table ronde qui clôt le colloque aborde en effet la question des liens qu’entretiennent, dans notre début de XXIe siècle, les entreprises de haute technologie, marquées par la problématique de la mondialisation, la nouvelle donne internationale caractérisée par l’expansion des constructions inter ou supra étatiques et l’État, dont le fondement demeure la souveraineté nationale.

Au bout du compte, cet ouvrage ouvre de larges perspectives de réflexion dans le champ de l’histoire des techniques comme dans celui de l’histoire économique, et ses implications militaires (armement) sont loin d’être négligeables. Sa lecture se révèle tout autant un exercice intellectuel particulièrement stimulant qu’un moment de plaisir pour tous ceux qui apprécient l’intelligence des analyses et la pertinence des raisonnements.

Jean-François Brun

IGPDE / Comité pour l'histoire économique et financière de la France, Paris, 2013, 392 pages, 35 euros.

ISBN : 978-2-11-128744-0.

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 07:00

Histoire de l'armement

colonel Charles Ailleret

 

Histoire-armement.jpeg

Charles Ailleret, personnalité à la vie mouvementée qui prit des options courageuses, signe en 1948 un "Que-sais-je ?" consacré à l'armement, à la fois rétrospectif et dans une moindre mesure prospectif, très complet. Bref par définition selon la formule de la collection, fortement structuré, il se lit facilement, et malgré ses soixante-cinq ans, il s'agit peut-être de l'un des meilleurs tomes d'une collection universitaire de qualité variable.

Durant l'entre-deux-guerres, Ailleret, officier de carrière, soutient à Paris en 1935 une thèse de droit sur L'organisation économique de la nation en temps de guerre. Il écrit également sur la mobilisation industrielle dans la très officielle Revue militaire française en février 1936. Outre sa compétence de praticien, ce polytechnicien, artilleur de formation, est donc rompu aux exercices académiques. Résistant et déporté durant le second conflit mondial, il est connu pour son rôle d'initiateur au sein du groupe des « quatre généraux de l'Apocalypse » -selon l'expression consacrée par François Géré-, penseurs de la stratégie spécifiquement française de dissuasion nucléaire. Cependant, dans ce petit livre de 1948, il traite presque exclusivement de l'armement conventionnel et terrestre (les pages consacrées à la composante aérienne sont très succinctes, même si la bombe atomique évoquée dans l'ultime chapitre est à l'époque larguée depuis un avion). Ce "Que-sais-je ?" peut se lire comme une mini-encyclopédie des armes offrant des définitions très précises tant des objets dans leur matérialité que de leur emploi sur le champ de bataille. Ces artefacts de plus en plus élaborés ont pour fonction de démultiplier et de projeter la force du combattant, qui n'est plus uniquement musculaire. L'ère féconde couvrant approximativement les décennies de 1875 à 1948, durant laquelle les conflagrations et le progrès technique se nourrissent réciproquement, connaissant un phénomène d'accélération assez exceptionnel, est privilégiée. Après les armes blanches, dans une première phase, est évoquée l'évolution des armes à feu et les modalités du perfectionnement technique facilitant progressivement leur maniement, ainsi que l'accroissement de leur portée et leur efficacité. Les inventeurs, de la poudre à la mitrailleuse, sont souvent tenus en suspicion par les armées, enclines au conservatisme, les munitions  les plus performantes qui existent sur le marché n'étant pas automatiquement adoptées par les troupes régulières. Le chapitre IV est dédié à l'artillerie terrestre, des bouches à feu rudimentaires à la motorisation : « En 1880... l'Artillerie est devenue pour un certain nombre d'années l'arme des « feux puissants, larges et profonds » (p.47) (définition empruntée à la controversée Instruction sur l'emploi tactique des grandes unités, texte doctrinal paru en 1936). Le développement suivant évoque de manière très vivante la genèse du char et des premiers blindés, versant français. Ils constituent une réponse trouvée dans un contexte d'urgence tactique car « les premiers combats de la guerre 1914-1918 démontrent la puissance d'arrêt presque absolu des mitrailleuses » (p.34). La séculaire dialectique du sabre et du bouclier est relancée : « Lutte aussi complexe que passionnante, car il ne s'agit pas seulement d'une opposition statique entre la cuirasse et l'obus comme entre celui-ci  et la fortification permanente. La raison d'être du char n'est pas seulement son blindage mais aussi sa mobilité et l'armement qu'il porte » (p.66). Les engins se diversifient, se modernisent, s'autonomisent progressivement, leur tactique s'ajustant aux transformations de la guerre durant le second conflit mondial. Une place particulière est réservée à la défense contre avion, qui nécessite un matériel de plus en plus spécialisé à mesure que l'on s'avance vers la moitié du XXe siècle. Le chapitre VII aborde les fusées, et le souvenir de la menace des autopropulsés soviétiques puis allemands (V1 et V2) utilisés dans l'espace européen demeurant vivace. Il n'est pas encore question de missiles à tête nucléaire. Les moyens de transmission dépeints ensuite connaissent un essor remarquable, après plusieurs siècles de stagnation dans le domaine des communications : « Le prodigieux développement des techniques et de l'électronique entre les deux guerres a complètement changé la situation au moment de la deuxième guerre mondiale. À la fin de celle-ci, les radio-communications avaient pris une place énorme jusque dans les plus petites unités sur le champ de bataille » (p.102). Les techniques relatives au transport et aux voies de communication, exposées au chapitre X, sont mises en œuvre par le génie pour l'essentiel, éventuellement par le Train. Initialement, l'usage militaire du moteur est d’ailleurs presque exclusivement réservé aux transports logistiques. Il s'agit de dégager des axes ou inversement de les interdire, le même jeu de bascule entre char et antichar se reproduisant dans cette partie moins glorieuse, moins médiatisée mais indispensable de l'art du combat. Ailleret affirme que « la mine a ainsi pris dans la guerre moderne une importance considérable, comme étant l'un des obstacles passifs qui demande de la part de l'ennemi le plus de temps et d'effort pour être franchi » (p.111). Le pénultième chapitre est consacré à l'évolution de la guerre chimique puisque « [l’] on constate qu'il y a d'autres moyens que le choc pour tuer l'homme ou le mettre hors de combat. On peut l'asphyxier, le rendre aveugle, lui brûler l'épiderme ou les poumons. L'idée n'est certes pas nouvelle, mais les progrès de la chimie organique permettent de la réaliser » (p.8). Le dernier chapitre enfin explique la réalisation de la bombe atomique, arme d'une puissance exorbitante. Les équilibres classiques se trouvent sans cesse remis en cause tandis que s'élargit la possibilité de manœuvre. En somme, « le choix des armes à étudier et à construire, c'est-à-dire la définition des programmes d'armement est ainsi devenu désormais l'un des éléments essentiel de la Stratégie » (p.127).

Comme le trop méconnu  L’Art de la guerre et la technique paru en 1950, ce "Que sais-je ?", outre une attention portée aux aspects concrets du combat terrestre offre une vision d'ensemble –certes susceptible de critique et bien sûr d'actualisation du fait de son âge– de l'influence de l'armement sur la fabrication collective de l'histoire. Éminemment didactique, il est rédigé dans une langue claire et élégante où se rencontrent de nombreuses maximes et formules qui frappent par leur vérité et leur concision.

Candice Menat

Coll. ‘Que sais-je ?’, PUF, Paris, 1948, 127 pages. D’occasion à partir de 3 euros.

ISSN 0768-0066 ; 301

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 07:05

Histoire des blindés français

Stéphane Ferrard

Histoire-blindes-fr846.jpg

 

Un peu dans le format de l'ancienne et bien connue collection 'Que sais-je ?', ce petit livre de Stéphane Ferrard (auxquel on doit déjà de nombreux livres et articles sur les questions techniques et d'armement) constitue en moins de 150 pages une bonne introduction à la question.

En cinq grands chapitres ("1902-1918 - L'imagination au pouvoir", "1919-1940 - Le règne du conformisme", "1940-1960 - La renaissance", "1960-1990 - Une vigueur retrouvée" et "1990-2012 - De l'après-guerre froide à nos jours"), l'auteur brosse effectivement à grands traits toute l'histoire de nos matériels, évolutions, doctrine, emploi, engagements. Bien sûr l'ambition du sujet est telle pour un format aussi limité qu'il en est parfois réduit à des raccourcis trop rapides, mais l'on apprécie qu'il traite au fil des pages aussi bien des "torpilleurs à roulettes" du général Gallieni que du projet de char lourd franco-allemand des années 1950 ou de la remotorisation de l'ERC 90 Sagaie. Il constate objectivement en conclusion "dans les unités opérationnelles engagées sur le terrain, un vieillissement accéléré de certains matériels". Mais il s'agit là des conséquences "d'une planification trop souvent reportée, faute de budget", qui ne remet pas en cause la qualité intrinsèque des matériels.

Un premier volume pour aborder le sujet, et l'on regrette à ce propos l'absence d'une bibliographie de référence qui aurait été bien utile.

Editions Argos, Paris, 2012, 151 pages, 15 euros

ISBN : 978-2-36614-001-9.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 07:05

La technologie militaire en question

Le cas américain et ses conséquences en Europe

Joseph Henrotin

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Voici la deuxième édition d'un ouvrage intéressant à plus d'un titre.

A partir d’une question initiale posée en introduction (« Quelle peut bien être l’empreinte de la technologie dans la stratégie militaire contemporaine ? »), Joseph Henrotin, rédacteur en chef du magazine bien connu DSI, s’intéresse à tout ce que peut sous-tendre, induire, rendre plus complexe, voire inopérante, la notion américaine de Transformation, aux Etats-Unis mais aussi dans les autres pays occidentaux.

Les douze chapitres nous conduisent avec force détails des notions de Transformation et de guerre de l’information (chap. 1) à celles de l’automatisation et de technologisation de l’humain (chap. 2), des armes de précision (chap. 3), au « formatage technique de la caractérisation des conflits » et à la chronostratégie (chap. 4). Les chapitres qui suivent s’intéressent aux conséquences de ces notions sur la stratégie classique en général (chap. 5), et la stratégie américaine en particulier (chap. 6), avant de s’intéresser en détail à l’US Army (chap. 7), à l’US Air Force (chap. 8), à l’US Navy et à l’US Marine Corps (chap. 9) entre 1991 et 2007. Il traite dans ces derniers du détail de l’évolution de chacune des grandes composantes de l’armée américaine, dans leurs concepts, leurs doctrines et leurs matériels. Enfin, les deux derniers chapitres abordent la question des conséquences politiques (chap. 11) et pour l’Europe (chap. 12) : ils nous semblent à bien des égards particulièrement intéressants (« Se dévoile alors, au fil des publications, une véritable remise en question du mode de guerre occidental -et du régime militaire européen- mais aussi de l’application de la force dans les conflits contemporains »). L’un des constats que l’on retrouve en fil rouge au long de l’ouvrage est bien connu, mais le risque semble s’accentuer, puisqu’il s’agit d’une tendance à l’alourdissement, à l’ankylose, pour ne pas dire à une certaine sclérose du fait de procédures toujours plus contraignantes. Le constat final, en conclusion, est parfois sévère : « Durant la guerre de l’été 2006 au Liban, une des principales leçons retenues par les Israéliens aura été qu’utiliser leurs systèmes de commandement réseaucentrés, certes, aidait mais déformait aussi la réalité opérationnelle (pour l’échelon supérieur) tandis qu’il coûtait un temps précieux pour les échelons de combat. Pire, les coûts financiers du système n’ont pas permis de renouveler les équipements des soldats ». Et l’auteur identifie une menace inquiétante : le risque « d’une technologisation qui, sous couvert de mener au succès, ne mènera qu’à l’échec ». Il n'est en rien "contre" la technologie, au contraire, mais s'efforce d'en fixer les bornes et le niveau : celle-ci ne doit pas contraindre toute la réflexion.

Un ouvrage important, dont quelques chapitres sont parfois assez techniques (mais après tout, cela tient au sujet lui-même) et qui demande également d’avoir une connaissance minimale (ou un goût pour) des évolutions récentes de l’armée américaine. Fort heureusement, un index des acronymes anglo-saxons facilitera la lecture des moins habitués à ces thématiques et une bibliographie finale donnera des idées à ceux qui veulent aller plus loin. Un ouvrage à lire par tous ceux que la réflexion sur les armées de demain et les débats sur les équipements intéressent (on se réfèrera par exemples aux hypothèses actuellement à l'étude pour le futur Livre blanc). Un ouvrage qui mérite de figurer dans toute bonne bibliothèque de stratégie militaire.

Editions Economica, Paris, 2013, 326 pages, 29 euros.

ISBN : 978-2-7178-6528-8.

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Joseph Henrotin a bien voulu apporter quelques explications complémentaires :

Question : Le poids du "tout technologique", tel que vous le décrivez dans ses formes et ses conséquences depuis la fin du XXe siècle, continue-t-il selon vous à croître ?

Réponse : En fait, il faut préalablement voir de quel « poids » on parle. D’un point de vue matériel, la technicisation des armées progresse certainement en Asie, aux Etats-Unis mais aussi en Europe où il pose la question du « paradoxe capacitaire » : des armées compensant la réduction de leur volume par la technologie, qui impose à son tour des compressions de nouvelles réductions. D’un point de vue conceptuel, c’est également le cas, mais de manière plus différenciée selon les zones considérées. C’est là toute la question au cœur de l’ouvrage : la technicisation des armées n’est pas en soi un problème : face à un problème, le high-tech n’est pas la seule réponse technologique que l’on peut apporter. Les problèmes commencent si l’on bascule dans une technologisation conceptuelle où la technologique devient une idéologie selon laquelle la « supériorité technique » serait source de supériorité stratégique. Cela induit une série de conséquences : surfocalisation sur la tactique (soit là où la technologie produit le plus ses effets), oubli des leçons passées, déconsidération pour les facteurs humains ou organisationnels. 

Question : Vous en détaillez les conséquences dans les diverses composantes des armées américaines. Laquelle (de l’Army, la Navy, l’Air Force ou les Marines) vous parait la plus « touchée », et pourquoi ?

Réponse : Je verrais plutôt les choses sous l’angle du tandem Air Force/Navy, où la technologie est consubstantielle à leurs missions. La marine américaine est historiquement la plus prompte à techniciser rapidement : le vrai leader américain en matière de drones de combat de deuxième génération, ce n’est pas l’Air Force mais la Navy, qui s’est distinguée par d’autres premières (radars, armes à énergie dirigée, emploi tactique de missiles de croisière, etc.). Sa vision technologique est très pointue, au risque de ne lui faire considérer ses adversaires que sous l’angle capacitaire. L’Air Force, comparativement, tend à tirer les leçons mais aussi à surexploiter ce qu’elle estime être les succès de la Navy. Vous noterez que ces deux cas sont aussi ceux où la réflexion tactique, opérative et stratégique est la moins poussée des services américains, un paradoxe que notait déjà Bruno Colson. 

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Question : La question des effets sur les armées et doctrines européennes n’est évoquée qu’en fin d’ouvrage. Pouvez-vous les préciser pour les principaux pays de l’Union Européenne ?

Réponse : En fait, l’ouvrage était d’abord consacré aux Etats-Unis dès lors qu’ils constituent une puissance « normative » à l’échelle mondiale : ce sont eux dont les idées sont copiées ou « suggérées » à leurs alliés. Partant de ce fait mais aussi d’une exception culturelle américaine, j’avais articulé ma thèse de doctorat sur eux, l’ouvrage étant une évolution de la partie de la thèse consacré à la démonstration. Pour la deuxième édition, nous avions jugé, le professeur Pavlevski et moi, que des développements sur l’Europe seraient nécessaires, non pas pays par pays mais en s’appuyant sur les éléments de culture stratégique qui leur sont commun et en cherchant les traces du phénomène de technologisation. Je me suis également focalisé sur le cas français, très spécifique parce qu’il est porteur d’une réelle théorisation du rôle de la technique dans la guerre : les généraux Becam, Beaufre, Bru et Poirier ont fait des choses remarquables mais malheureusement, plus personne ne les lit. Concrètement les forces nationales européennes font face à un véritable risque de technologisation, à considérer selon leurs cas spécifiques : alignement conceptuel sur les Etats-Unis ; difficulté, au plan académique, des security studies à prendre en compte les questions militaires (et, partant, conceptions biaisées de la puissance) ; prégnance d’une vision technique de la guerre ; surestimation des effets de la supériorité technologique. D’une manière plus générale, il y a là un immense champ de recherche.

Question : Le rapport (au moins intellectuel) avec les hypothèses à l’étude dans le cadre du futur Livre blanc français semble rapide à établir. Qu’en pensez-vous ?

Réponse : L'ouvrage n'a pas été écrit en fonction des Livres blancs, qu'il s'agisse de 2008 (première édition) ou de 2013. Reste le fait que ces Livres blancs ne sont plus uniquement des documents de stratégie intégrale. Ils sont également devenus des documents de politique étrangère, un début d'énoncé de stratégie militaire nationale, d'établissement de structure de force, voire de stratégie des moyens, sans encore compter les aspects liés à la sécurité intérieure voire à la stratégie industrielle (place des industries de défense). Les rédacteurs sont donc forcés d'aborder des questions historiquement et conceptuellement plus instables que celles liées à "ce que nous sommes, ce que sont nos valeurs et comment nous les défendrons" et notamment la question de la place de la technologie. Si ce livre peut aider à la réflexion des rédacteurs, tant mieux. Mais je pense que les contraintes auxquelles ils font face (à commencer par la diversité des champs à traiter en si peu de temps) ne laisse malheureusement guère de place à l'innovation conceptuelle et à un retour à nos fondamentaux en termes de culture technologique. 

Question : Vous parliez de spécificité française, laquelle est-elle ?

Réponse : C'est le général Poirier qui l'a, le mieux, résumée : il s'agit de penser « naturellement en termes de système homme-machine, l’arme n’étant qu’une prothèse du combattant qui lui (donne)sens ». Comparativement, les Américains pensent l'homme comme une composante d'un système d'armes. Le rapport est donc inversé et si l'homme est dysfonctionnel, il devra être éliminé. La vision française classique place le primat sur les facteurs humains : l'arme n'est qu'une extension du soldat, lui-même extension du politique. Une fois dans cette posture intellectuelle, vous ouvrez le champ des possibles, que ce soit en sociologie de la technique (Ellul, Latour, Callon, voir Virilio ou) comme au plan tactique/opératif/stratégique (Desportes, Goya, Coutau-Bégarie, Géré). Il faut donc d'abord être un bon stratégiste avant d'être un bon "technologue".

Merci pour toutes ces précisions et à très bientôt.


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Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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