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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 07:05

Le nerf de la guerre

Alessandro Giraudo

Un thème essentiel, un sujet passionnant.

On sait bien, au moins intuitivement, que les rapports entre la guerre et l'argent sont extrêtement forts, qu'il s'agisse de la préparation des armées, de la poursuite des opérations ou des avatages et indemnités que le vainqueur peut (espérer) en retirer par exemple. Dans ce bel ouvrage (organisé en 26 chapitres qui développent chacun un thème ou un exemple particulier), Alessandro Giraudo nous entraîne des mines d'or de Nubie, grâce auxquelles l'empire égyptien à son apogée peut financer ses expéditions lointaines, aux champs d'opium d'Afghanistan ou aux mines de diamants d'Afrique de l'Ouest qui permettent aujourd'hui aux chefs locaux d'entrenir des guérillas meurtrières. Au passage, nous retrouvons comment Rome solde ses légions grâce au pillage des territoires conquis, nous suivons l'expansion musulmane financée par le commerce des esclaves, nous participons aux croisades organisées grâce aux emprunts ... A partir de la renaissance, le développement de l'artillerie et les progrès des organisations défensives entrainent une hausse vertigineuse du coût des guerres et il faut trouver une partie des ressources au-delà des mers, ou mettre à mal les finances publiques. Avec le XIXe s. et les armées modernes de masse, de nouveaux paliers, encore supérieurs, sont atteints : aux traditionnelles indemnités imposées aux vaincus, s'ajoutent désormais les manipulations institutionnelles sur la monnaie, le recours à l'emprunt, à l'impôt ou à la "planche à billets". Après les deux guerres mondiales, dont le caractère total, industriel et technique conduit encore à accroître les coûts, la guerre froide paradoxalement se révèle être l'une "des plus coûteuses de l'histoire". Enfin, les deux derniers chapitres s'intéressent d'une part à "La monnaie, arme de guerre" (autour du rôle des "faussaires d'Etat" depuis Philippe le Bel) et d'autre part aux "Grandes places qui financent les guerres et création des banques centrales" (des villes italiennes aux métropoles germaniques puis hollandaises, avant que Londres et enfin Washington n'imposent leur suprématie). Et de conclure en citant Aristote : "L'objet de la guerre est la paix". Cependant, "cette paix est de plus en plus coûteuse".

D'une lecture très aisée, le livre bénéficie d'un solide appareil de notes et d'un index. A conseiller à tous ceux qui s'intéressent aux questions militaires : une armée ne vit pas et n'est pas employée in abstracto. Les contraintes matérielles collectives de la société pèsent d'un point essentiel dans les décisions qui la concernant et les combats "pour la liberté des peuples" sont parfois, aussi, l'occasion d'espérer réussir de fructueuses opérations.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2013, 444 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-36445-010-3.

 

La guerre et l'argent
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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 07:05

Entreprises de haute technologie, Etat et souveraineté depuis 1945

Patrick Fridenson et Pascal Griset (Dir.)

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Au premier abord, l’ouvrage paraît ardu. Il aborde en effet les rapports entre puissance publique et développement des technologies de pointe durant le demi-siècle qui suit la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dès lors, cette thématique dépasse la simple histoire des sciences pour poser aussi des questions touchant à la souveraineté, au concept de marché national, à la figure de l’État (au sens que Pierre Rosanvallon donne à cette expression) et à l’action de  son appareil dans le domaine scientifique. De leur côté, les intervenants sont des enseignants-chercheurs de diverses spécialités ou des cadres dirigeants de grandes entreprises. Bon nombre possèdent en outre une expérience internationale. Les exposés présentés dépassent donc les aspects strictement scientifiques, techniques ou économiques pour aborder la dimension politique et les processus décisionnels liant en France entreprises publiques, entreprises privées et État. En contrepoint, certaines interventions permettent des comparaisons avec les pays anglo-saxons. Ainsi, l’étude des pratiques française, britannique et américaine dans le développement du moteur à réaction révèle clairement les spécificités de chacun de ces pays.

Les États-Unis utilisent, durant la première partie de la guerre froide, le développement technologique comme un moyen destiné à favoriser l’intégration de l’Europe dans le camp occidental. La France, quant à elle, développe des projets étatiques propres à impulser un développement technologique national de haut niveau. Institutionnellement, cette volonté se marque par la création du CEA, du CNES (centre national d’études spatiales) et du CNET (centre national d’études des télécommunications), destinés à compléter le CNRS, mis sur pied dès 1939 pour traiter des questions de recherche fondamentale, mais non de recherche appliquée. Fait peu connu, le CNRS participe cependant, lui aussi, à l’amélioration de la compétitivité française, dans le secteur pharmaceutique par exemple, par le biais des accords qui le lient aux laboratoires Pierre Fabre. L’action de toutes ces institutions acquiert nécessairement une dimension politique à partir du moment où elle touche aux domaines de l’indépendance énergétique, des télécommunications ou du développement spatial. Au bout du compte, la création de la DMA (délégation ministérielle pour l’armement) en 1961 concrétise la mutation des relations entre scientifiques, ingénieurs civils ou militaires, entreprises, grands corps de l’État et décideurs politiques.

Acteur incontournable, l’État permet notamment l’émergence d’une culture de l’innovation avec le programme de « Total » touchant au gaz naturel. Mais il sait également s’adapter en permanence aux conditions nouvelles d’une société qui évolue au fil des décennies. La question de la télévision en fournit la preuve. Le monopole public, édicté en 1945, avait pour contrepartie l’obligation d’édifier un réseau d’émetteurs. Il est toutefois abandonné lorsque s’impose la société de consommation, où le spectateur n’est plus seulement un usager. Parfois, également, la dynamique inverse joue. L’État affirme par exemple son contrôle régalien non pas initialement mais seulement à partir du moment où le développement d’un domaine l’exige : ainsi de la transfusion sanguine. Il finance également le rattrapage du retard des télécommunications françaises.

Les thèmes abordés posent aussi la question des logiques multiscalaires. Le cas de l’industrie aéronautique française (avec Toulouse et Airbus) demeure typique à cet égard. Les « systèmes locaux de compétence » (ici la spécialisation dans le domaine des cellules et de la motorisation) révèlent la cohérence du niveau territorial. À l’autre extrémité de l’échelle se place la coopération internationale (au niveau européen). Entre les deux, l’action étatique s’efforce de favoriser le développement tout en arbitrant les conflits d’intérêt.

Au terme de cet éventail d’études, qui offrent des angles d’approche complémentaires d’une même réalité, l’ouvrage s’achève sur un thème particulièrement pertinent au moment où la notion de mondialisation tient le devant de la scène. La table ronde qui clôt le colloque aborde en effet la question des liens qu’entretiennent, dans notre début de XXIe siècle, les entreprises de haute technologie, marquées par la problématique de la mondialisation, la nouvelle donne internationale caractérisée par l’expansion des constructions inter ou supra étatiques et l’État, dont le fondement demeure la souveraineté nationale.

Au bout du compte, cet ouvrage ouvre de larges perspectives de réflexion dans le champ de l’histoire des techniques comme dans celui de l’histoire économique, et ses implications militaires (armement) sont loin d’être négligeables. Sa lecture se révèle tout autant un exercice intellectuel particulièrement stimulant qu’un moment de plaisir pour tous ceux qui apprécient l’intelligence des analyses et la pertinence des raisonnements.

Jean-François Brun

IGPDE / Comité pour l'histoire économique et financière de la France, Paris, 2013, 392 pages, 35 euros.

ISBN : 978-2-11-128744-0.

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 07:00

Histoire de l'armement

colonel Charles Ailleret

 

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Charles Ailleret, personnalité à la vie mouvementée qui prit des options courageuses, signe en 1948 un "Que-sais-je ?" consacré à l'armement, à la fois rétrospectif et dans une moindre mesure prospectif, très complet. Bref par définition selon la formule de la collection, fortement structuré, il se lit facilement, et malgré ses soixante-cinq ans, il s'agit peut-être de l'un des meilleurs tomes d'une collection universitaire de qualité variable.

Durant l'entre-deux-guerres, Ailleret, officier de carrière, soutient à Paris en 1935 une thèse de droit sur L'organisation économique de la nation en temps de guerre. Il écrit également sur la mobilisation industrielle dans la très officielle Revue militaire française en février 1936. Outre sa compétence de praticien, ce polytechnicien, artilleur de formation, est donc rompu aux exercices académiques. Résistant et déporté durant le second conflit mondial, il est connu pour son rôle d'initiateur au sein du groupe des « quatre généraux de l'Apocalypse » -selon l'expression consacrée par François Géré-, penseurs de la stratégie spécifiquement française de dissuasion nucléaire. Cependant, dans ce petit livre de 1948, il traite presque exclusivement de l'armement conventionnel et terrestre (les pages consacrées à la composante aérienne sont très succinctes, même si la bombe atomique évoquée dans l'ultime chapitre est à l'époque larguée depuis un avion). Ce "Que-sais-je ?" peut se lire comme une mini-encyclopédie des armes offrant des définitions très précises tant des objets dans leur matérialité que de leur emploi sur le champ de bataille. Ces artefacts de plus en plus élaborés ont pour fonction de démultiplier et de projeter la force du combattant, qui n'est plus uniquement musculaire. L'ère féconde couvrant approximativement les décennies de 1875 à 1948, durant laquelle les conflagrations et le progrès technique se nourrissent réciproquement, connaissant un phénomène d'accélération assez exceptionnel, est privilégiée. Après les armes blanches, dans une première phase, est évoquée l'évolution des armes à feu et les modalités du perfectionnement technique facilitant progressivement leur maniement, ainsi que l'accroissement de leur portée et leur efficacité. Les inventeurs, de la poudre à la mitrailleuse, sont souvent tenus en suspicion par les armées, enclines au conservatisme, les munitions  les plus performantes qui existent sur le marché n'étant pas automatiquement adoptées par les troupes régulières. Le chapitre IV est dédié à l'artillerie terrestre, des bouches à feu rudimentaires à la motorisation : « En 1880... l'Artillerie est devenue pour un certain nombre d'années l'arme des « feux puissants, larges et profonds » (p.47) (définition empruntée à la controversée Instruction sur l'emploi tactique des grandes unités, texte doctrinal paru en 1936). Le développement suivant évoque de manière très vivante la genèse du char et des premiers blindés, versant français. Ils constituent une réponse trouvée dans un contexte d'urgence tactique car « les premiers combats de la guerre 1914-1918 démontrent la puissance d'arrêt presque absolu des mitrailleuses » (p.34). La séculaire dialectique du sabre et du bouclier est relancée : « Lutte aussi complexe que passionnante, car il ne s'agit pas seulement d'une opposition statique entre la cuirasse et l'obus comme entre celui-ci  et la fortification permanente. La raison d'être du char n'est pas seulement son blindage mais aussi sa mobilité et l'armement qu'il porte » (p.66). Les engins se diversifient, se modernisent, s'autonomisent progressivement, leur tactique s'ajustant aux transformations de la guerre durant le second conflit mondial. Une place particulière est réservée à la défense contre avion, qui nécessite un matériel de plus en plus spécialisé à mesure que l'on s'avance vers la moitié du XXe siècle. Le chapitre VII aborde les fusées, et le souvenir de la menace des autopropulsés soviétiques puis allemands (V1 et V2) utilisés dans l'espace européen demeurant vivace. Il n'est pas encore question de missiles à tête nucléaire. Les moyens de transmission dépeints ensuite connaissent un essor remarquable, après plusieurs siècles de stagnation dans le domaine des communications : « Le prodigieux développement des techniques et de l'électronique entre les deux guerres a complètement changé la situation au moment de la deuxième guerre mondiale. À la fin de celle-ci, les radio-communications avaient pris une place énorme jusque dans les plus petites unités sur le champ de bataille » (p.102). Les techniques relatives au transport et aux voies de communication, exposées au chapitre X, sont mises en œuvre par le génie pour l'essentiel, éventuellement par le Train. Initialement, l'usage militaire du moteur est d’ailleurs presque exclusivement réservé aux transports logistiques. Il s'agit de dégager des axes ou inversement de les interdire, le même jeu de bascule entre char et antichar se reproduisant dans cette partie moins glorieuse, moins médiatisée mais indispensable de l'art du combat. Ailleret affirme que « la mine a ainsi pris dans la guerre moderne une importance considérable, comme étant l'un des obstacles passifs qui demande de la part de l'ennemi le plus de temps et d'effort pour être franchi » (p.111). Le pénultième chapitre est consacré à l'évolution de la guerre chimique puisque « [l’] on constate qu'il y a d'autres moyens que le choc pour tuer l'homme ou le mettre hors de combat. On peut l'asphyxier, le rendre aveugle, lui brûler l'épiderme ou les poumons. L'idée n'est certes pas nouvelle, mais les progrès de la chimie organique permettent de la réaliser » (p.8). Le dernier chapitre enfin explique la réalisation de la bombe atomique, arme d'une puissance exorbitante. Les équilibres classiques se trouvent sans cesse remis en cause tandis que s'élargit la possibilité de manœuvre. En somme, « le choix des armes à étudier et à construire, c'est-à-dire la définition des programmes d'armement est ainsi devenu désormais l'un des éléments essentiel de la Stratégie » (p.127).

Comme le trop méconnu  L’Art de la guerre et la technique paru en 1950, ce "Que sais-je ?", outre une attention portée aux aspects concrets du combat terrestre offre une vision d'ensemble –certes susceptible de critique et bien sûr d'actualisation du fait de son âge– de l'influence de l'armement sur la fabrication collective de l'histoire. Éminemment didactique, il est rédigé dans une langue claire et élégante où se rencontrent de nombreuses maximes et formules qui frappent par leur vérité et leur concision.

Candice Menat

Coll. ‘Que sais-je ?’, PUF, Paris, 1948, 127 pages. D’occasion à partir de 3 euros.

ISSN 0768-0066 ; 301

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 07:05

Histoire des blindés français

Stéphane Ferrard

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Un peu dans le format de l'ancienne et bien connue collection 'Que sais-je ?', ce petit livre de Stéphane Ferrard (auxquel on doit déjà de nombreux livres et articles sur les questions techniques et d'armement) constitue en moins de 150 pages une bonne introduction à la question.

En cinq grands chapitres ("1902-1918 - L'imagination au pouvoir", "1919-1940 - Le règne du conformisme", "1940-1960 - La renaissance", "1960-1990 - Une vigueur retrouvée" et "1990-2012 - De l'après-guerre froide à nos jours"), l'auteur brosse effectivement à grands traits toute l'histoire de nos matériels, évolutions, doctrine, emploi, engagements. Bien sûr l'ambition du sujet est telle pour un format aussi limité qu'il en est parfois réduit à des raccourcis trop rapides, mais l'on apprécie qu'il traite au fil des pages aussi bien des "torpilleurs à roulettes" du général Gallieni que du projet de char lourd franco-allemand des années 1950 ou de la remotorisation de l'ERC 90 Sagaie. Il constate objectivement en conclusion "dans les unités opérationnelles engagées sur le terrain, un vieillissement accéléré de certains matériels". Mais il s'agit là des conséquences "d'une planification trop souvent reportée, faute de budget", qui ne remet pas en cause la qualité intrinsèque des matériels.

Un premier volume pour aborder le sujet, et l'on regrette à ce propos l'absence d'une bibliographie de référence qui aurait été bien utile.

Editions Argos, Paris, 2012, 151 pages, 15 euros

ISBN : 978-2-36614-001-9.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 07:05

La technologie militaire en question

Le cas américain et ses conséquences en Europe

Joseph Henrotin

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Voici la deuxième édition d'un ouvrage intéressant à plus d'un titre.

A partir d’une question initiale posée en introduction (« Quelle peut bien être l’empreinte de la technologie dans la stratégie militaire contemporaine ? »), Joseph Henrotin, rédacteur en chef du magazine bien connu DSI, s’intéresse à tout ce que peut sous-tendre, induire, rendre plus complexe, voire inopérante, la notion américaine de Transformation, aux Etats-Unis mais aussi dans les autres pays occidentaux.

Les douze chapitres nous conduisent avec force détails des notions de Transformation et de guerre de l’information (chap. 1) à celles de l’automatisation et de technologisation de l’humain (chap. 2), des armes de précision (chap. 3), au « formatage technique de la caractérisation des conflits » et à la chronostratégie (chap. 4). Les chapitres qui suivent s’intéressent aux conséquences de ces notions sur la stratégie classique en général (chap. 5), et la stratégie américaine en particulier (chap. 6), avant de s’intéresser en détail à l’US Army (chap. 7), à l’US Air Force (chap. 8), à l’US Navy et à l’US Marine Corps (chap. 9) entre 1991 et 2007. Il traite dans ces derniers du détail de l’évolution de chacune des grandes composantes de l’armée américaine, dans leurs concepts, leurs doctrines et leurs matériels. Enfin, les deux derniers chapitres abordent la question des conséquences politiques (chap. 11) et pour l’Europe (chap. 12) : ils nous semblent à bien des égards particulièrement intéressants (« Se dévoile alors, au fil des publications, une véritable remise en question du mode de guerre occidental -et du régime militaire européen- mais aussi de l’application de la force dans les conflits contemporains »). L’un des constats que l’on retrouve en fil rouge au long de l’ouvrage est bien connu, mais le risque semble s’accentuer, puisqu’il s’agit d’une tendance à l’alourdissement, à l’ankylose, pour ne pas dire à une certaine sclérose du fait de procédures toujours plus contraignantes. Le constat final, en conclusion, est parfois sévère : « Durant la guerre de l’été 2006 au Liban, une des principales leçons retenues par les Israéliens aura été qu’utiliser leurs systèmes de commandement réseaucentrés, certes, aidait mais déformait aussi la réalité opérationnelle (pour l’échelon supérieur) tandis qu’il coûtait un temps précieux pour les échelons de combat. Pire, les coûts financiers du système n’ont pas permis de renouveler les équipements des soldats ». Et l’auteur identifie une menace inquiétante : le risque « d’une technologisation qui, sous couvert de mener au succès, ne mènera qu’à l’échec ». Il n'est en rien "contre" la technologie, au contraire, mais s'efforce d'en fixer les bornes et le niveau : celle-ci ne doit pas contraindre toute la réflexion.

Un ouvrage important, dont quelques chapitres sont parfois assez techniques (mais après tout, cela tient au sujet lui-même) et qui demande également d’avoir une connaissance minimale (ou un goût pour) des évolutions récentes de l’armée américaine. Fort heureusement, un index des acronymes anglo-saxons facilitera la lecture des moins habitués à ces thématiques et une bibliographie finale donnera des idées à ceux qui veulent aller plus loin. Un ouvrage à lire par tous ceux que la réflexion sur les armées de demain et les débats sur les équipements intéressent (on se réfèrera par exemples aux hypothèses actuellement à l'étude pour le futur Livre blanc). Un ouvrage qui mérite de figurer dans toute bonne bibliothèque de stratégie militaire.

Editions Economica, Paris, 2013, 326 pages, 29 euros.

ISBN : 978-2-7178-6528-8.

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Joseph Henrotin a bien voulu apporter quelques explications complémentaires :

Question : Le poids du "tout technologique", tel que vous le décrivez dans ses formes et ses conséquences depuis la fin du XXe siècle, continue-t-il selon vous à croître ?

Réponse : En fait, il faut préalablement voir de quel « poids » on parle. D’un point de vue matériel, la technicisation des armées progresse certainement en Asie, aux Etats-Unis mais aussi en Europe où il pose la question du « paradoxe capacitaire » : des armées compensant la réduction de leur volume par la technologie, qui impose à son tour des compressions de nouvelles réductions. D’un point de vue conceptuel, c’est également le cas, mais de manière plus différenciée selon les zones considérées. C’est là toute la question au cœur de l’ouvrage : la technicisation des armées n’est pas en soi un problème : face à un problème, le high-tech n’est pas la seule réponse technologique que l’on peut apporter. Les problèmes commencent si l’on bascule dans une technologisation conceptuelle où la technologique devient une idéologie selon laquelle la « supériorité technique » serait source de supériorité stratégique. Cela induit une série de conséquences : surfocalisation sur la tactique (soit là où la technologie produit le plus ses effets), oubli des leçons passées, déconsidération pour les facteurs humains ou organisationnels. 

Question : Vous en détaillez les conséquences dans les diverses composantes des armées américaines. Laquelle (de l’Army, la Navy, l’Air Force ou les Marines) vous parait la plus « touchée », et pourquoi ?

Réponse : Je verrais plutôt les choses sous l’angle du tandem Air Force/Navy, où la technologie est consubstantielle à leurs missions. La marine américaine est historiquement la plus prompte à techniciser rapidement : le vrai leader américain en matière de drones de combat de deuxième génération, ce n’est pas l’Air Force mais la Navy, qui s’est distinguée par d’autres premières (radars, armes à énergie dirigée, emploi tactique de missiles de croisière, etc.). Sa vision technologique est très pointue, au risque de ne lui faire considérer ses adversaires que sous l’angle capacitaire. L’Air Force, comparativement, tend à tirer les leçons mais aussi à surexploiter ce qu’elle estime être les succès de la Navy. Vous noterez que ces deux cas sont aussi ceux où la réflexion tactique, opérative et stratégique est la moins poussée des services américains, un paradoxe que notait déjà Bruno Colson. 

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Question : La question des effets sur les armées et doctrines européennes n’est évoquée qu’en fin d’ouvrage. Pouvez-vous les préciser pour les principaux pays de l’Union Européenne ?

Réponse : En fait, l’ouvrage était d’abord consacré aux Etats-Unis dès lors qu’ils constituent une puissance « normative » à l’échelle mondiale : ce sont eux dont les idées sont copiées ou « suggérées » à leurs alliés. Partant de ce fait mais aussi d’une exception culturelle américaine, j’avais articulé ma thèse de doctorat sur eux, l’ouvrage étant une évolution de la partie de la thèse consacré à la démonstration. Pour la deuxième édition, nous avions jugé, le professeur Pavlevski et moi, que des développements sur l’Europe seraient nécessaires, non pas pays par pays mais en s’appuyant sur les éléments de culture stratégique qui leur sont commun et en cherchant les traces du phénomène de technologisation. Je me suis également focalisé sur le cas français, très spécifique parce qu’il est porteur d’une réelle théorisation du rôle de la technique dans la guerre : les généraux Becam, Beaufre, Bru et Poirier ont fait des choses remarquables mais malheureusement, plus personne ne les lit. Concrètement les forces nationales européennes font face à un véritable risque de technologisation, à considérer selon leurs cas spécifiques : alignement conceptuel sur les Etats-Unis ; difficulté, au plan académique, des security studies à prendre en compte les questions militaires (et, partant, conceptions biaisées de la puissance) ; prégnance d’une vision technique de la guerre ; surestimation des effets de la supériorité technologique. D’une manière plus générale, il y a là un immense champ de recherche.

Question : Le rapport (au moins intellectuel) avec les hypothèses à l’étude dans le cadre du futur Livre blanc français semble rapide à établir. Qu’en pensez-vous ?

Réponse : L'ouvrage n'a pas été écrit en fonction des Livres blancs, qu'il s'agisse de 2008 (première édition) ou de 2013. Reste le fait que ces Livres blancs ne sont plus uniquement des documents de stratégie intégrale. Ils sont également devenus des documents de politique étrangère, un début d'énoncé de stratégie militaire nationale, d'établissement de structure de force, voire de stratégie des moyens, sans encore compter les aspects liés à la sécurité intérieure voire à la stratégie industrielle (place des industries de défense). Les rédacteurs sont donc forcés d'aborder des questions historiquement et conceptuellement plus instables que celles liées à "ce que nous sommes, ce que sont nos valeurs et comment nous les défendrons" et notamment la question de la place de la technologie. Si ce livre peut aider à la réflexion des rédacteurs, tant mieux. Mais je pense que les contraintes auxquelles ils font face (à commencer par la diversité des champs à traiter en si peu de temps) ne laisse malheureusement guère de place à l'innovation conceptuelle et à un retour à nos fondamentaux en termes de culture technologique. 

Question : Vous parliez de spécificité française, laquelle est-elle ?

Réponse : C'est le général Poirier qui l'a, le mieux, résumée : il s'agit de penser « naturellement en termes de système homme-machine, l’arme n’étant qu’une prothèse du combattant qui lui (donne)sens ». Comparativement, les Américains pensent l'homme comme une composante d'un système d'armes. Le rapport est donc inversé et si l'homme est dysfonctionnel, il devra être éliminé. La vision française classique place le primat sur les facteurs humains : l'arme n'est qu'une extension du soldat, lui-même extension du politique. Une fois dans cette posture intellectuelle, vous ouvrez le champ des possibles, que ce soit en sociologie de la technique (Ellul, Latour, Callon, voir Virilio ou) comme au plan tactique/opératif/stratégique (Desportes, Goya, Coutau-Bégarie, Géré). Il faut donc d'abord être un bon stratégiste avant d'être un bon "technologue".

Merci pour toutes ces précisions et à très bientôt.


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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 07:05

Rothschild, une banque au pouvoir

Martine Orange

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L'histoire de demain s'écrit aujourd'hui et les grandes enquêtes sur des thèmes politiques, économiques et financiers ont toujours constitué pour les historiens ultérieurs des éléments d'information intéressants. Depuis 30 ans, la banque Rothschild a connu des revers et des succès, mais reste très proche des cercles politiques les plus élevés.

Les deux protagonistes de cet ouvrage cohabitent ainsi dès le titre : la banque, métaphore du monde financier, tend la main au pouvoir politique. A moins que ça ne soit l’inverse. Il s’agit bien de ce rapport ambivalent, et tant controversé, que Martine Orange choisit de décrypter au fil des 400 pages de son livre. Après diverses participations à des journaux, elle décide de mettre ses connaissances en affaires économiques au service de Médiapart. Parallèlement, elle enrichit le champ des publications économiques en s’intéressant au patronat comme à la célèbre banque Lazard. Basé sur des témoignages, et centré sur l’univers de la banque, son dernier écrit s’emploie à retracer l’histoire de la banque Rothschild, « dernière grande banque familiale » selon David de Rothschild.

La nationalisation de 1982 semble annoncer la fin de l’ère Rothschild. C’est une première approche toute en noirceur que peint Martine Orange, où l’acharnement du gouvernement de gauche contre la famille Rothschild cache en réalité une chasse féroce aux ressources financières. Figurant parmi les condamnés du pouvoir, la banque se retrouve seule pour affronter une véritable épidémie de quasi-désertions, au moins de « retournement de vestes ». La reprise en main de l’établissement est menée tambour battant par David et Eric de Rothschild. Le gouvernement, sous l’égide d’Ambroise Roux, permet la réinstallation de la banque dans le système d’influence du monde patronal en l’intégrant à l’Afep. Les cercles d’influence protègent ainsi la maison Rothschild mais ne lui rendent pas son autonomie. Débute alors un vrai combat pour recréer une banque, qui s’achève sur un succès, grâce au soutien de Badinter.

Alors que le veto se lève, Rothschild est appelée à représenter l’Etat dans nombre d’affaires populaires : la banque tient ainsi son rang dans les privatisations. Au monde financier qui prône le « greed is good » (la cupidité a libre cours), Rothschild répond par l’adoption du modèle de la banque d’affaires façon Lazard et l’union avec les cousins anglais permet à la maison de prétendre au titre de banque d’affaires internationales. Sous la bienveillance de la deuxième cohabitation, Rothschild prouve son influence, entre autres, dans l’affaire Renault.

L’année 1995 ne dissout pas les liens entre domaine politique et financier mais a une acidité certaine pour la famille Rothschild. L’arrivée de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly en 1993, grâce au banquier Vernes, montre la perméabilité des deux mondes : Nicolas Sarkozy pratique sans détour le jeu des rapports entre mandats politiques et  secteur privé. Entre affaires, nouvelles recrues, et mandats de l’Etat, Rothschild est placée au cœur du monde de la haute finance et des évolutions industrielles, mais ne manque pas à ses principes. Le gouvernement Jospin s’en tient plutôt à distance, injectant ses directives par à-coups, comme pour l’affaire France Télécom.

Le véto ministériel refait son apparition en 2005 avec la nomination de Thierry Breton, mais le retour en grâce de Rothschild, à la fois pour la maison et les hauts fonctionnaires, s’avère primordial. Puissance qui s’exporte, la banque ne parvient pas à légitimer l’idée d’une alliance franco-allemande. « Il va changer les choses » assure t’on alors dans la sphère financière lorsque François Henrot est nommé à l’Elysée : ainsi débute l’ère Sarkozy. Jamais une banque n’a eu une telle proximité avec le pouvoir et Rothschild se révèle l’interlocuteur privilégié de l’Etat. L’argent s’installe au cœur de la politique, d’après l’auteur, avec plusieurs affaires comme celle de la BPCE. Alors que Rothschild se classe première des banques-conseils en fusions-acquisitions, la crise des « subprimes » la tétanise.

Malgré la défaite de la droite aux élections présidentielles, Rothschild reste au pouvoir et fournit le nouveau Secrétaire général de l’Elysée. Comme l’affirme la famille : « C’est la tradition de la maison de se mettre à la disposition de la République ». Martine Orange replace alors la figure de David de Rothschild dans un rôle de conseiller, voire même d’arbitre, dans la joute menée par le monde des affaires et le pouvoir.

C’est un ouvrage enrichissant à bien des égards que nous délivre Martine Orange, riche de très nombreuses informations de détail, même si l’on ne peut pas parler « d’objectivité totale ». Mais il s’agit d’un vrai travail de recherche et d’investigation journalistique. Plonger dans le monde fantasmé des affaires où l’argent est roi, et dans l’univers politique qui semble en être si proche et où la manipulation est coutumière, ne pourra que séduire le lecteur avide d’en savoir davantage sur les trames politico-financières de la République.

Barbara FELICE

Editions Albin Michel, Paris, 2012, 359 pages, 20 euros

ISBN 978-2-226-24383-6

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 07:00

La guerre robotisée

Didier Danet, Jean-Paul Hanon, Gérard de Boisboissel

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Ce beau volume de plus de 330 pages constitue les actes d'un colloque international organisé en novembre 2011 par le pôle Action globale et forces terrestres du Centre de recherche des Ecoles de Saint-Cyr - Coëtquidan. Affirmons le immédiatement : il constitue dès à présent un ouvrage de référence pour trois raisons : il s'agit d'un sujet relativement neuf, abordé dans sa globalité, par une équipe internationale. Tactique et stratégie, économie et technique, morale et droit, mais peut-être surtout une vraie question politique. Les très nombreuses pistes ouvertes au fil des différentes contributions intéresseront tous ceux qui s'interroge sur les guerres de demain... et celles d'aujourd'hui !

 

Plus d’une vingtaine d’intervenants donc, militaires et civils, pour une « première » aussi complète que réussie. La première partie (« Robots et action globale des forces terrestres ») pose la question de l’intervention actuelle et future des robots dans les conflits, de la préparation des chefs militaires à l’optimisation de leur emploi et des conséquences organiques que cela peut engendrer. La seconde (« Mutations technologiques et industrielles ») s’intéresse aux coûts relatifs, aux investissements nécessaires et à la problématique de recherche et développement. La troisième (« Questionnements socio-politiques ») revient sur les obstacles éthiques, moraux et juridiques qui surgissent sans qu’une réflexion préalable, en amont, n’ait réellement permis d’envisager des réponses satisfaisantes. La conclusion enfin (« Réflexions prospectives ») s’attache à préciser ce que pourra être demain la robotisation non seulement du champ de bataille en général mais des unités en tant que telles. Tout au long de l’ouvrage résonnent, comme un fil d’Ariane, les échos du débat qui, souvent (et depuis longtemps) oppose, pour faire simple, les adeptes de la technicité aux partisans de la rusticité. Que l’on soit au non favorable à cette évolution, que l’on appartienne à un camp ou à l’autre, les derniers mots de la préface du général Bonnemaison s’imposent tout au long du livre : « Penser cette dimension particulière de la conflictualité contemporaine est donc une impérieuse nécessité pour les forces terrestres qui sont concernées au premier chef ». On ne peut en effet pas se contenter de refuser la réalité.

 

(En aparté, nous pouvons une nouvelle fois nous étonner de l’extrême froideur de la plupart des grands éditeurs vis-à-vis des actes de colloque et des ouvrages collectifs, au prétexte que, ne s’agissant pas d’un récit unique grand public, le livre serait moins « vendable ». Ces publications en réalité, nous en avons eu (et nous en aurons encore) maints exemples, constituent les véritables bases de l’apprentissage et de la connaissance dans les domaines les plus variés, par la diversité des interventions sur un sujet commun et par la richesse des pistes ouvertes par les meilleurs spécialistes. Il nous faut donc ici remercier et féliciter les derniers éditeurs -parmi lesquels Economica, dans le cas présent, mais aussi SOTECA 14-18, Riveneuve Editions, PIE Peter Lang ou les Presses Universitaires par exemple- pour avoir encore le courage de produire des volumes de cette qualité.)

 

Editions Economica, Paris, 2012, 336 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-7178-6499-1

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 07:05

Histoire des drones

Océane Zubeldia

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Dans cet ouvrage parfaitement accessible au grand public, mais extrait d'une thèse remarquable soutenue il y a environ deux ans, Océane Zubeldia dresse un tableau très complet de toutes les problématiques liées à l'histoire et à l'emploi des drones, qui occupent si souvent l'actualité à propos des opérations en Afghanistan.

Divisé en sept parties, l’ouvrage aborde d’abord la question de l’origine à proprement parler des « avions sans pilote » depuis le début du XXe siècle, et l’on est surpris d’apprendre, par exemple, la nature et le nombre des expérimentations qui se déroulent aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en France dès la Première Guerre mondiale. Dans une seconde partie, l’auteur s’intéresse à ce que les drones représentent industriellement et économiquement dans les différents Etats et souligne que l’industrie privée, plus que le domaine militaire peut-être, constitue aujourd’hui un débouché important. La troisième partie traite de l’emploi opérationnel, des efforts d’Israël aux engagements du Golfe, du Kosovo, à la lutte contre le terrorisme et à l’Afghanistan.

Les trois parties suivantes (4 : France ; 5 : Etats-Unis ; 6 : Israël) permettent d’apporter un éclairage complet sur trois situations nationales différentes. Pour la France, les dossiers du renseignement et des forces spéciales constituent des priorités, et le domaine de la sécurité intérieure reste un objet d'études pointues, sinon de préoccupations. Aux Etats-Unis, le nombre de programmes différents, dont certains s’étendent jusqu’en 2035, donne une idée de l’importance prise par ces systèmes aussi bien dans l’armée de l’air que dans l’armée de terre : « L’armée de terre américaine cumulait en mai 2010 un million d’heures de missions pour l’ensemble de ses systèmes inhabités aériens … Elle réalise actuellement en une seule année plus de 220.000 heures de vol ». En Israël, Etat pionnier, « les drones sont au cœur de la politique d’emploi de défense » et la firme Israel Aircraft Industries « représente le principal employeur industriel du pays avec plus de 14.000 salariés ».

L’ultime partie enfin, titrée « Stratégie et prospective » permet d’élargir la réflexion à d’autres problématiques, technologiques bien sûr (« Quel sera le drone de demain ? »), mais aussi juridiques et morales. En effet, quelle devient la place de l’homme dans la guerre ?, que reste-t-il du droit des conflits armés ?, comment définir un combattant lorsque celui qui « met en œuvre » (on ne sait plus exactement quel verbe employer…) le drone peut se trouver à des dizaines de milliers de kilomètres de sa cible, par l’intermédiaire d’un réseau spécialisé de satellites ?

Le livre se termine sur une chronologie et sur un très utile ensemble d’index, de recueil des sigles, de notes, de références archivistiques et bibliographiques qui permettent au non-spécialiste de parfaitement suivre et comprendre l’ensemble de l’ouvrage. Une étude parfaitement complémentaire de toutes les publications plus techniques ou plus stratégiques qui fleurissent actuellement, auxquelles elle apporte une profondeur et une densité nouvelles. Un livre tout à la fois facile à lire et de référence.

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Océane Zubeldia a bien voulu répondre à quelques questions :

Question : Pouvez-vous résumer, en quelques lignes, comment se situe la France dans la véritable compétition internationale qui entoure l’industrie des drones et la définition de leur emploi militaire ?

Réponse : Les drones représentent le secteur qui connait la plus importante croissance dans le domaine aéronautique et les cabinets d’analyse économique sont très confiants en prévoyant un réel renforcement des demandes. Actuellement, les deux « poids lourds » sont les Etats-Unis et Israël. Même si la France n’est pas encore un chef de file en la matière, elle conduit des efforts conséquents pour trouver les meilleures solutions technico-industrielles. Au-delà d’une simple définition, l’emploi opérationnel des drones au sein des forces terrestres et aériennes n’est plus à prouver à travers les différentes missions successives en opérations extérieures comme sur le territoire national.

Question : Vous nous proposez une étude sur des engins sans pilote mais, au-delà des aspects strictement techniques, l’homme semble toujours être au cœur de votre réflexion. Pouvez-vous nous expliquer cette apparente contradiction ?

Réponse :  Nous sommes dans une ère du « tout technologique », alors que, paradoxalement, l’homme n’a jamais été aussi présent. Les drones répondent à cette attente en liant le technique à l’humain. Charge à ce dernier de trouver le bon compromis entre l’efficacité et la sûreté. Des premières expérimentations motorisés des drones pendant la première guerre mondiale jusqu’à nos jours, les évolutions témoignent de la complexité de cette recherche et de l'équilibre à trouver.

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Question : On a parfois le sentiment, à vous lire, que l’avenir est peut-être davantage dans des utilisations civiles que militaires, et même en dehors de toute question de sécurité et d’ordre public ?

Réponse : Les utilisations militaires sont loin d’être laissées de côté. Les questions de sécurité se placent également au cœur de la réflexion, à cette différence près que pour généraliser cet emploi d'engins inhabités dans la sphère publique les défis sont importants, notamment ceux liés à l’intégration dans la circulation aérienne, mais aussi juridiques. Les applications civiles dans notre quotidien sont pour l’instant peu nombreuses, cependant la diversité de leurs potentialités permet d’envisager dans un proche avenir une véritable "explosion" des utilisations après le dépassement de certains verrous, techniques mais ici aussi juridiques.

Question : Après ce premier essai, quels sont désormais vos projets éditoriaux ?

Réponse : Mes projets concernent l’écriture, commencée, d’un livre sur les As, ces aviateurs de la Grande Guerre, leur personnalité et leur bravoure face aux attentes opérationnelles de l’époque. Il sera édité par le CNRS. Parallèlement, je porte ma réflexion sur les questions liées à la cyberguerre et je poursuis ma recherche sur les drones.

Océane, merci. J'espère que ce premier livre sera suivi par de nombreux autres.

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 07:15

Réflexions sur la guerre motorisée dans l'espace européen

à travers la presse et la littérature militaire.

Etude comparative France / Allemagne / Grande-Bretagne

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Journal of the Royal Tank Corps, avril 1928

 

Dans cet article, Candice Ménat, doctorante à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence (CHERPA), présente ses travaux en cours dans le cadre de sa thèse. Elle vise, à travers l'étude chronologique de la presse militaire et des écrits des officiers dans les trois principaux pays européens entre 1919 (enseignements directs de la Première Guerre mondiale) et 1935 (à la veille de la publication des nouveaux règlements d'emploi), à reconstituer "l'arbre généalogique" de la doctrine d'emploi des chars et du couple "chars / avions". Où naissent les idées ? Comment passent-elles d'un pays à l'autre en étant, au fur et à mesure d'aller-retour successifs, progressivement amendées et adaptées. Quelles sont les influences croisées éventuelles ? Comment sont-elles successivement présentées ? Comment finissent-elles par se traduire dans des règlements d'emploi différents ?

Les revues systématiquement analysées sont : la France Militaire, la Revue Militaire Française, la Revue de Cavalerie (et en tant que de besoin les autres revues d'arme, infanterie et artillerie), Militär Wochenblatt, Wissen und Wehr, Army Quarterly, Journal of the Royal Tank Corps et Journal of the Royal United Service Institution (RUSI). Aussi souvent que nécessaire, il sera fait appel aux autres ressources (périodiques et livres) publiées durant cette période. On le voit, un travail titanesque.

Pour lire l'ensemble de l'article, cliquer ici.

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 08:00

Encyclopédie de l'armement mondial

Tome 1 : Afghanistan à Australie

 

Jean Huon

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Il s'agit de la première phase d'un travail absolument titanesque, puisque l'auteur annonce dans son avant-propos que cette nouvelle Encyclopédie de l'armement mondial ambitionne de recenser et présenter à terme les armes individuelles et collectives de 190 pays... Elle fournira des données sur plus de 3.000 armes mises en service entre 1860 et aujourd'hui, et comptera au total sept volumes, dont l'éditeur précise que les parutions des tomes 2 à 7 s'échelonneront de mars 2012 à octobre 2014.

Une première partie présente un historique général des armes à feu (pp. 15-29) en illustrant chaque étape de cette évolution de planches et croquis, de la platine à mèche aux premières armes à répétition. Viennent ensuite les présentations plus spécialisées : les fusils, fusils d'assaut, pistolets, revolvers, fusils mitrailleurs et mitrailleuses.

A partir de la page 77, chaque pays dans l'ordre alphabétique (Afghanistan, Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Allemagne, Andorre, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie et Australie pour ce tome 1) est ensuite rapidement présenté dans son histoire militaire et l'armement de ses forces de sécurité sur un siècle et demi. Il en résulte bien sûr que la principauté d'Andorre (avec ses quelques Glock 17 autrichiens ou HK 33 A2 allemands) est traitée en moins d'une page, alors qu'il en faut 4 pour l'Albanie et plus de 170 pour l'Allemagne. L'ensemble est accompagné de nombreuses photos (parfois originales : les Beretta plaqués or de la garde d'Arabie Saoudite), de tableaux précisant les caractéristiques techniques et chaque chapitre se termine par une bibliographie spécialisée.

Un ouvrage indispensable aux spécialistes et collectionneurs, mais probablement aussi très utile aux amateurs des questions tactiques pour les données précises qui sont fournies à chaque page.

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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