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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 06:00

La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie

1954-1962

Raphaëlle Branche

Réédition d'un volume qui a valu à son auteure une indiscutable notoriété dès sa publication après sa soutenance de thèse, ce volume doit impérativement être lu par quiconque s'intéresse à la guerre d'Algérie.

Suscitant fréquemment des polémiques avec les défenseurs d'une théorie de "l'armée française aux mains blanches", le livre fourmille d'informations précises et d'exemples avérés. Les faits sont là, vouloir nier est inutile. Encore faut-il toutefois (et c'est particulièrement difficile) ne pas raisonner avec esprit de système et essayer d'évaluer l'ampleur du phénomène, s'efforcer de distinguer entre ceux qui ont été impliqués dans ces actes et ceux qui y sont restés étrangers, soit que leurs fonctions ne les y prédisposent pas, soit qu'ils aient mis en avant un refus moral. Le problème peut alors prendre sa véritable dimension. Enfin, on ne saurait ignorer trois facteurs, d'intensité certes variable mais qui contribuent à la réalité des faits : la responsabilité politique dans ce qu'elle ordonne à demi-mots et tolère sans l'autoriser explicitement d'une part, le poids récent de la guerre perdue d'Indochine et le contexte général de guerre révolutionnaire et d'opposition entre les blocs d'autre part, un phénomène d'habitude aux violences avec la prolongation de la guerre, les exécutions par le FLN et les attentats terroristes enfin. Ceci étant posé (et qui contribue sur plusieurs points à relativiser les propos de l'auteure), une nouvelle fois, les faits sont acquis et il est stupide de nier une réalité établie, même si certains points particuliers peuvent prêter à discussion.

Le livre de Raphaëlle Branche se divise en quatre grandes parties chrono-thématiques. La première, pour la période 1954-1956, s'intéresse à ce "nouveau" (?) visage de la guerre, à la question des "fuyards abattus" et à la problématique de l'exécution des ordres reçus. La seconde, qui couvre les années charnières 1957-1958, est centrée sur la bataille d'Alger, avec en particulier les rôles spécifiques des officiers renseignement et des détachements opérationnels de protection. Rappelons simplement ici que des troupes non formées à cette mission particulière dans une grande ville ont été engagées à peine revenues de l'opération de Suez et, une nouvelle fois, dans un contexte de faiblesse (et de silence approbateur ?) de l'autorité politique, trop heureuse de pouvoir annoncer des succès rapides. La troisième partie, pour la fin de l'année 1958 et l'année 1959, est titrée "La grande impunité des militaires". Elle correspond aux débuts du plan Challe, semble témoigner d'une extension (ou d'une installation dans la "routine") de ces procédés et pose la question de l'implication du personnel de santé et des médecins, qui doivent parfois maintenir en vie un prisonnier torturé dont on attend de nouvelles informations. La quatrième et dernière partie enfin, pour les années 1960-1962, correspond à une forme de "Retour à la règle ?", c'est-à-dire à un retour du politique à la première place, avec toute la problématique des suites éventuelles à donner à ces exactions. Fallait-il en parler ? Les taire ? Oublier pour ne pas fracturer davantage un outil militaire qui se considère souvent comme victime des trahisons politiques ? "(La justice militaire) partage le désarroi des militaires mis en demeure de répondre juridiquement d'actes commis dans l'exercice de leurs fonctions. Le pouvoir politique fixe la mission, mais à chaque niveau de la hiérarchie appartient une décision sur les moyens". Dilemne sans doute quasiment insoluble dans de nombreux cas, entre mission immédiate, réserves morales et service de l'Etat. Bouclons la boucle : c'est par décret que sont amnistiés "les faits commis dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre dirigées contre l'insurrection algérienne".

Considérée au plan moral comme la question centrale de la guerre d'Algérie, la torture ne doit faire oublier ni la responsabilité de ceux qui incitèrent à son emploi (on se reportera aux déclarations du général Massu au Monde en juin 2000), ni la réalité des crimes du FLN, ni le fait que des centaines de milliers d'hommes au total ont participé à cette guerre qui ne portait pas son nom sans se salir les mains, dans le quadrillage territorial ou dans les opérations actives. S'intéresser à cette question permet de réfléchir (au calme, aujourd'hui) à la responsabilité individuelle dans l'exécution d'ordres illégaux, mais ne dispense pas d'appréhender le conflit dans sa globalité.

Folio Histoire, Paris, 2016, 805 pages, 10,40 euros.

ISBN : 978-2-07-046920-8.

Torture

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 06:00

Ma bataille d'Alger

Ted Morgan

Voici un témoignage tout à fait intéressant sur (un aspect de) la guerre d'Algérie, en ce sens qu'il est d'une part écrit par un jeune franco-américain ayant un début d'expérience de journalisme aux Etats-Unis et qui se trouve affecté dans une unité d'infanterie coloniale ; et par les fonctions qu'il tiendra durant sont séjour en Afrique du Nord, en particulier comme "journaliste militaire" au moment de la bataille d'Alger.

Les deux premiers chapitres du livre sont donc consacré à ses classes et à sa vie en secteur, avec des considérations qui reprennnent parfois de vieilles idées (les Sénégalais qui "coupent les oreilles des ennemis abattus", les anciens d'Indo., l'opposition entre active et contingent, etc.) qui ont été effectivement vraies ici ou là mais qui ne l'ont pas pour autant été systématiquement et partout. Les personnages (camarades, subordonnés, supérieurs, etc.) sont souvent très typés et constituent une complète galerie de portraits très caricaturaux, ce qui nuit à leur réalisme. Les chapitres 5 à 7, centrés sur ce qu'il observe de la bataille d'Alger et du rôle des parachutistes du fait de sa position privilégiée de "journaliste" sont de la même eau. Des éléments intéressants, des observations utiles, mais souvent noyées dans des généralisations peu convaincantes (les légionnaires, les attentats, la torture, etc.) . Le style bref et ramassé, les paragraphes courts, les phrases affirmatives rappellent davantage le style journalistique que la réflexion posée et l'on a le sentiment que le jeune homme n'a souvent qu'une vision tout à fait partielle des événements, qu'il généralise assez vite. On aurait également aimé savoir combien de temps après les événements ces souvenirs ont été rédigés, ce qui permettrait d'évaluer la part de déformation ou de reconstruction ultérieure des souvenirs.

L'épilogue, finalement, résume le ton général de l'ouvrage avec cette affirmation pour évoquer les accords d'Evian : "Tant les Français que le FLN respectent les termes du cessez-le-feu"... Finalement, il est bien difficile de vouloir raconter une guerre en affirmant à la fois la faire et rester neutre.

Tallandier, Paris, 2016, 345 pages. 20,50 euros

ISBN : 979-10-210-1624-8.

Témoignage décalé

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 06:00

La guerre d'Algérie

Les combattants français et leur mémoire

Jean-Charles Jauffret

Mémoires fragmentées, mémoires vives et opposées, mémoires paradoxales... Excellent connaisseur, en particulier, de la guerre d'Algérie à laquelle il a consacré une grande partie de ses travaux depuis plusieurs dizaines d'années, Jean-Charles Jauffret nous propose une approche globale des soldats engagés dans ce conflits, dans leur diversité et dans la durée.

Dernière guerre de masse qui voit l'engagement du contingent dans des opérations actives, la guerre d'Algérie reste un conflit dont la simple évocation devient très rapidement polémique. En prenant soin de croiser plusieurs dizaines de témoignages d'acteurs, Jean-Charles Jauffret aborde toutes les questions sans a priori et avec mesure. Son ouvrage est divisé en neuf grands chapitres qui permettent d'aborder toutes les facettes du dossier, de l'entrée en service ("L'incorporation", première partie du chapitre 1) à la mémoire conservée (et assez souvent peu exprimée et souffrante) dans la dernière partie du chapitre 9 ("A la recherche du temps perdu"). Au fil des pages, le lecteur (re)découvre les étapes et modalités des "rites de passage" (conseil de révision, centres de sélection, formation élémentaire, peloton d'élèves sous-officiers, etc.) ; puis l'environnement et les conditions du départ (les manifestations hostiles, les centres de regroupement dans le sud, etc.). Dès l'arrivée sur l'autre rive de la Méditerranée, c'est l'immersion dans un autre monde et de nouveaux groupes humains ("La découverte d'étranges départements"). La guerre elle-même, sous ses diverses formes et dans ses différentes conditions, est au coeur des chapitres 4 à 6 ("La dernière guerre des gros bataillons", "Une guerre vécue en expériences diverses", "La pacification fait rage"), qui n'omet ni "la guerre des paras" ou "la guerre des grottes", et pas davantage "les refus d'obéissance" et "les insoumis". Sur tous ces points, et bien d'autres, des citations, des chiffres, des statistiques, une prise en compte des réalités dans leur diversité. Les deux chapitres qui suivent (7 et 8) s'intéressent plus directement aux soldats eux-mêmes et à leurs conditions de vie (hébergement, alimentation, vie quotidienne au sens large, mais aussi le vocabulaire spécifique, les questions familiales et religieuses, l'épouse ou l'amie, "la quille", etc.), dont les différentes formes de réalités émergent peu à peu. L'ultime chapitre enfin nous parle du retour, des blessures physiques et psychologiques, de la mort et (original) des soldats irradiés qui connurent les premières expérimentations atomiques du côté d'In-Amguel.

En bref, un volume absolument complémentaire de toutes les études sur la guerre d'Algérie, auxquelles, grâce à son angle d'approche, il apporte toujours des éléments complémentaires, une finesse accrue et qui relativise beaucoup d'affirmations souvent trop péremptoires. A inclure dans toute bibliothèque sur le sujet.

Odile Jacob, Paris, 2015, 298 pages. 23,90 euros.
ISBN : 978-2-7381-3360-1.

La guerre des soldats

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 06:00

Guerre d'Algérie :

la dernière séance

Michel Jacquet

Spécialiste de l'histoire du cinéma, Michel Jacquet nous propose aujourd'hui un petit livre tout-à-fait intéressant sur les représentations de la guerre d'Algérie dans le 7e art.

Constatant que ces films sont pour la plupart d'entre eux peu diffusés sur les télévisions, il s'interroge d'abord sur les "rapports compliqués" entre la guerre d'Algérie et cinéma, cette guerre "représentant de manière caractéristique le type de sujet hypersensible auquel le cinéma ne pouvait envisager de s'attaquer qu'avec la plus grande circonspection". En constatant les oppositions toujours vives entre les différentes mémoires, il défend également les différentes prises de position des réalisateurs avec cette observation : "Pourquoi exigerait-on du cinéma ce que l'histoire ne parvient pas à mettre en place ?". Pourtant, en dépit d'une production finalement assez nombreuse (on s'en rend compte au fur et à mesure des pages), "seul Yves Boisset, en 1973, avec R.A.S., a pu se targuer d'avoir obtenu un franc succès commercial pour un film exclusivement consacré à la guerre d'Algérie". Le plus souvent, il s'agit en fait d'une approche ponctuelle, voire d'une évocation éloignée ou d'une simple allusion aux opérations de guerre dans des films qui affirment traiter d'une tout autre sujet, par exemple dans le cadre de portraits intimistes ou de référence à des tranches de vie. Après une première époque au début des années 1970, ce sont bien deux films très différents, L'honneur d'un capitaine et La question, qui marque la filmographie. A l'occasion, la responsabilité première des politiques n'est pas évacuée, avec des militaires "contraints de ramasser les poubelles de la République, livrés au sentiment d'abandon et au goût amer d'une double trahison". Il y a ensuite la longue liste des films évoquant, de façon très différente, les Pieds-Noirs, plus tard Dupont Lajoie et les innombrables représentations des Algériens sur le sol de France, jusqu'à Avoir vingt ans dans les Aurès et Indigènes par exemple : "Sans scrupules, la France avait recyclé les survivants de Monte Cassino dans son lumpenprolétariat. Indigène restituait à ces soldats sans solde une dignité qui n'aurait jamais dû leur être contestée". Après avoir souligné que certains réalisateurs s'engagent au titre de leurs convictions politiques personnelles (généralement à gauche, voire à l'extrême-gauche), Michel Jacquet en vient aux diffusions les plus récentes, de La trahison à Mon colonel et L'ennemi intime. Il en ressort que "les non-dits et les tabous sont toujours nombreux sur les deux rives de la Méditerranée", il reconnaît que le poids intellectuel et social des idées dominantes interdit d'aborder d'autres aspects : "Qui, aujourd'hui, oserait s'attarder suffisamment sur la brutalisation du conflit pourtant revendiquée par les caciques du FLN pour rendre irréversible la fracture entre les communautés" ?

Complété par deux utiles index, voilà un petit ouvrage qui mérite d'être connu bien au-delà du seul cercle des cinéphiles.

Editions Anovi, Avon-les-Roches, 2015, 140 pages, 14,- euros.

ISBN : 978-2-914818-88-9.

La guerre à l'écran

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 06:00

L'Algérie indépendante

L'ambassade de Jean-Marcel Jeanneney

(juillet 1962-janvier 1963)

Anne Liskenne

Prenant la suite de Daniel Lefeuvre, Anne Liskenne, conservateur en chef des archives diplomatiques, analyse les documents de l'ambassadeur de France en Algérie, au 2ème semestre de 1962. Professeur d'économie et ancien ministre de l'industrie, JM Jeanneney est choisi en juin 1962 par le général de Gaulle, sans doute en raison de son approbation de l'indépendance de l'Algérie et de ses compétences économiques. Arrivant à Alger le 6 juillet, il s'installe au Rocher Noir puis à la villa des Oliviers et établit des relations suivies avec le Président Farès de l'Exécutif provisoire, puis avec Ben Bella, ses ministres Khemisti et Boumediene et avec Ferhat Abbas. Il dispose de 10 conseillers dans les services de l'ambassade et met en place progressivement  33 consuls, soit un effectif de 600 personnes.

Après une brève rencontre avec le général de Gaulle, qui lui donne autorité sur le Commandant supérieur, les premières instructions du gouvernement ne lui parviennent que le 9 août. Elles font le point de la situation de façon objective, reconnaissant qu'à côté des inégalités sociales, une économie moderne fait vivre le tiers des habitants, et que la pacification a été justifiéeIl est demandé à l'ambassadeur de nouer des liens nouveaux et d'engager la coopération avec l'Algérietout en respectant les garanties des Européens et la doctrine de non-engagement des nationalistes algériens.

Les conversations avec le gouvernement provisoire permettent de conclure plusieurs protocoles, dont ceux des fonctionnaires français, de la mise en valeur du Sahara et du contrôle financier. Dès le 27 août, JM Jeanneney intervient pour dénoncer l'insécurité : enlèvements de Français, massacre de supplétifs, viols par des militaires, pillage et taxation des récoltes, saisie des biens vacants, réquisition des terres et des matériels agricoles.

Après l'élection du 29 septembre, c'est auprès de Ben Bella que l'ambassadeur élève ses protestations contre l'insécurité et contre la politique des faits accomplis (cathédrale d'Alger, radiotélévison). Il se montre très critique envers l'orientation socialiste du programme de Tripoli, et particulièrement l'opération labours : confiée à un incapable (Ouzegane), elle constitue une atteinte à la propriété privée et se traduit par des dizaines de tracteurs cassés. Il déplore également l'indiscipline des chefs militaires, la baisse du niveau de vie et les dépassements de crédits qui imposent la séparation des Trésors français et algérien ( prévue dans les accords d'Evian, effective le 12 novembre).

C'est par la presse que JM Jeanneney apprend en décembre son remplacement par Georges Gorse. Il renonce à protester auprès du chef de l'Etat et rédige le 10 janvier 1963 un rapport de fin de mission qui est un constat sans complaisance de l'évolution politique de l'Algérie :

- lutte pour le pouvoir par des chefs de bandes sans envergure, seule l'armée des frontières est organisée et les kabyles restent puissants en ville d'Alger,

disparition de 1.850 Français, massacre non chiffrable de milliers de harkis, aucune sanction prononcée,

exode des pieds noirs qui sont moins de 180.000 fin 1962, démantèlement de la colonie française, défrancisation administrative,

- saisie de 2.600 biens mobiliers et matériels agricoles, 2.100 propriétés pillées,

coopération souhaitée par le petit peuple, mais discutée par le pouvoir révolutionnaire, qui met en cause les accords d'Evian.

En conclusion, le pire a été évité, la sécurité est redevenue normale, et la France conserve une position éminente grâce à l'empreinte laissée par la colonisation. Le caractère scientifique du travail d'Anne Liskenne est confirmé par de riches annexes (organigrammes, chronologie, bibliographie, index des personnes).

Maurice Faivre

Armand Colin, Paris, 2015, 288 pages, 28,- euros.
ISBN : 978220060070.

Première ambassade

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 06:00

Ils ont vécu dans l’Algérie en guerre

Raphaël Delpard

Un ouvrage à la fois intéressant, instructif, et pourtant qui n’aborde qu’un aspect de cette guerre d’Algérie : celui des Pieds Noirs et des Algériens fidèles à la France, que nous avions chroniqué lors de sa première parution en 2012 .

Les premiers mots de l’introduction donne immédiatement le ton : « En posant des bombes à Alger et ailleurs, en assassinant des civils qui, par nature, étaient sans défense, les nationalistes algériens ont détruit cette paix, point d’équilibre entre les deux communautés, l’africaine et l’européenne. Ce faisant, dans les deux cas, ils ont piétiné leurs efforts de construction du pays et réduit leur avenir à une hypothèse ». Que ce « point d’équilibre » ne l’ait été souvent que pour une partie de la population européenne et surtout dans certaines mémoires reconstruites après les drames et les épreuves ne semble même pas envisagé. Organisé selon un plan pratiquement chronologique, on en retiendra la distinction reconnue entre le petit peuple européen et les quelques centaines de grandes familles de colons qui contrôlent la presse et circonviennent le monde politique, mais aussi la conviction qu’une autre issue était possible avec une grande partie de la population autochtone. Ce récit des malheurs et des blessures des Pieds Noirs et dans une moindre mesure des musulmans fidèles à la France, traduit une indiscutable réalité et il n’est jamais inutile que des oubliés et des victimes de l’histoire reprennent la parole, mais il faut aussi contextualiser complètement les événements, dans leur complexité et dans leur diversité.

Une parole redonnée à une population que l'on a voulu après 1962 faire taire, car elle ne représentait pas les idées en vogue. A prendre en compte avec intérêt, mais en complément d'autres sources et témoignages car les souffrances des uns ne doivent pas faire oublier celles des autres.

Editions retrouvées, 2014 (rééd.), 284 pages, 12,- euros.

ISBN : 978-2-365590-95-2.

Civils en guerre d'Algérie

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 06:00

Aurore aux portes de l’enfer

Lucien-Henri Galea

Voici les souvenirs romancés d’un jeune engagé dans les fusiliers marins durant la guerre d’Algérie, qui découvre, presque pour ses 18 ans, la vie des postes et des patrouilles sur le barrage marocain. Deux bonnes raisons de lire le livre donc, puisque les unités de marine à terre (Demi-brigade de fusiliers marins, DBFM) sont rarement évoquées et que le barrage électrifié sur la frontière occidentale de l'Algérie avec le Maroc est bien moins connu que son homologue sur la frontière tunisienne.

Le récit est réellement au niveau du groupe de camarades, qui connaissent ensemble les rigueurs de la formation initiale au camp Siroco près d’Alger et deviennent des amis que seule la mort peut séparer. Les personnalités au sein du groupe sont très (trop ?) typées (le pied-noir « pur sucre », l’intellectuel métropolitain de bonne famille, etc.) et le style direct, souvent sur la base de dialogues reconstitués, rend l’ouvrage facile à lire. L’auteur ne s’embarrasse d’ailleurs pas de beaucoup de précautions de langage et écrit comme il parlait à l’époque. Au fur et à mesure des chapitres, nous suivons donc la formation de ces jeunes engagés, leurs premières missions opérationnelles sur le barrage occidental, le premier mort, la vie quotidienne, etc. Rien de vraiment exceptionnel par rapport à ce qui est connu, mais la confirmation, surtout, de l’importance des solidarités au sein du groupe primaire. La guerre nous est racontée au niveau du combattant de base, dans son blokhaus ou avec son half-track et les observations sur la politique algérienne dans sa globalité sont plutôt rares, même si elles percent parfois ici ou là. On y découvre aussi quelques « renégociations » locales du commandement, comme lorsque quelques appelés refusent, après le putsch, « de faire les patrouilles. Le commandement en prend acte sans demander de punition. Bien sûr, les engagés auront à accomplir plus que leur devoir, puisque il leur faut remplacer les hommes manquants ». Les patrouilles et les combats nocturnes, les embuscades montées ou subies, forment la toile de fond d’un récit qui, bien au-delà des comptes rendus officiels, donne à comprendre le quotidien, le vécu d’une unité.

Un témoignage sans prétention, « dans son jus » (quelque fois un peu « brut de fonderie » d’ailleurs), sur une unité et dans un secteur rarement abordés dans la bibliographie générale.

Lavauzelle, Panazol, 2015, 185 pages

ISBN : 978-2-7025-1626-3.

Témoignage

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 06:15

Les Harkis,

des mémoires à l'histoire

(Coll.)

Ce deuxième volume de la série des actes de colloque (ici celui de novembre 2013) de la Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie confirme la qualité des travaux lancés par la FMACMT.

Consacré au thème délicat des Harkis, il aborde le dossier avec finesse, en présentant tout d'abord de façon large l'emploi des troupes supplétives et auxiliaires dans l'armée française (Thierry Noulens), puis avec l'exemple juste antérieur de la guerre d'Indochine (Michel David). Les neuf communications qui suivent s'intéressent à la fois aux événements de l'époque ("L'engagement des harkis", Maurice Faivre, et "Forces et limites de l'emploi des Harkis en opérations", Rémy Porte), mais aussi aux conditions qui prévalent en 1962 ("Du désarmement à l'abandon", Jean-Jacques Jordi) et aux évolutions ultérieures, en particulier au plan mémoriel mais aussi matériel (par exemple "L'Etat et la question 'Harki' depuis 1975", par Renaud Bachy, et "Existe-t-il une ou des mémoires harki, et pour quels enjeux ?", par Guy Pervillé). Les communications sont solides, le ton posé, le propos argumenté. Le livre se termine par le témoignage émouvant de madame Jeannette Bougrab, fille de harkis, maître de requêtes au Conseil d'Etat et ancienne ministre, venue parler de son père, "le caporal-chef Lakhdar Bougrab" : "Il ne sait pas lire ni écrire, mais c'est l'homme le plus brillant, le plus lumineux que je connaisse. Il a aujourd'hui 81 ans. Il a permis à ses enfants, et surtout à ses filles, d'être émancipés, de pouvoir faire des études, d'être indépendants et autonomes".

Un bel hommage, apaisé et sérieux, et une belle reconnaissance de l'engagement et du sacrifice de ces hommes et de leurs familles.

Riveneuve éditions, Paris, 2014, 145 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-36013-266-9.

Recrutés, abandonnés, oubliés

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 06:10

Guerre d'Algérie :

les mots pour la dire

Catherine Brun (Dir.)

Comment a été qualifiée, dans le temps, selon les espaces et les opinions, cette guerre d'Algérie si tardivement reconnue comme telle ? Tel est le thème de ce livre qui aborde à partir d'angles très différents (presque) toutes les approches.

Le débat peut paraître purement intellectuel (et à certains égards il l'est), mais le principe à la base de cet ouvrage est tout-à-fait intéressant : comment évoque-t-on cette guerre ? "Evénements", "maintien de l'ordre", "pacification", autant de termes et bien d'autres encore ("révolution", "problème", "guerre civile", etc.) successivement ou alternativement utilisés d'un côté ou de l'autre de la Méditerranée. A travers vingt contributions d'universitaires, d'intellectuels et d'artistes, les auteurs reviennent sur le ressenti à l'époque et sur les conséquences ultérieures de cette tragédie. Il évoquent aussi plus ou moins directement le poids social des choix politiques et, en Algérie surtout, l'impératif des décisions de la direction du FLN.

Un volume qui ne trouvera peut-être qu'un public spécialisé dans des domaines relevant en partiede la sémantique et de la philosophie politique, mais qui ouvre sur une palette de sentiements, de perceptions et de restitutions du "problème" infiniment supérieur à ce que pourrait laisser penser l'apparent unanimisme de la pensée commune. 

CNRS Editions, Paris, 2014, 327 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-271-07992-3.

Approches différentes

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 06:10

La guerre d'Algérie et le monde communiste

Hervé Bismuth et Fritz Taubert (Dir.)

Ce volume correspond aux actes d'un colloque qui s'est tenu à l'automne 2012, avec pour ambition d'analyser les rapports et interactions entre le(s) monde(s) communiste(s) (Etats et partis) et la guerre d'Algérie.

Treize contributions différentes se succèdent, traitant pour neuf d'entre elles des relations et influences entre ce conflit et un Etat communiste (URSS, Tchécoslovaquie, Hongrie, Bulgarie, Roumanie, Pologne, RDA, Yougoslavie, Chine), et pour les quatre dernières de PC ouest-européens qui ne sont pas au pouvoir (Espagne, Italie, France), avant que dans une intervention finale de synthèse Jean-Paul Cahn souligne l'importance de l'étude des relations internationales pour la compréhension du conflit, mais aussi la relative diversité des positions et des attentes dans le monde communiste (que l'on dit pourtant trop vite si monolithique), la Hongrie se montrant par exemple très prudente. La diversité dans l'uniformité en quelque sorte. Cette internationalisation du conflit algérien passe par le soutien diplomatique et politique, de la propagande bien sûr, mais aussi par des financements dont les circuits ne seront parfois totalement révélés qu'après la guerre, et par des livraisons d'armes (via la Syrie ou la Libye par exemple) identifiées dès les années 1950 par les services français.

Un livre qui n'épuise sans doute pas le sujet (on aimerai en particulier en savoir plus sur les actions des services spéciaux des différents pays concernés), mais qui ouvre d'intéressantes perspectives.

Editions universitaires de Dijon, 2014, 254 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-36441-088-6.

Approche communiste(s)

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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