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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 06:25

Guerre du Vietnam :

la faute à Kennedy ?

Laurent Pericone

J. F. K., qui a fait passer le nombre de "conseillers" militaires américains au Sud-Vietnam de 680 à 17.000 est-il responsable de l'engagement américain en Extrême-Orient ? Etait-il un homme de paix ou de guerre ? La polémique continue.

Laurent Paricone organise son livre en trois grandes parties chronologiques : "1961, la poudrière", "1962, l'illusion de l'efficacité", et "1963, en plein bourbier". Chacune comporte trois ou quatre parties qui permettent de détailler certains aspects, comme le chapitre 2 : "Les hommes du président : les meilleurs et les plus intelligents ?", qui nous montre l'entourage civil et militaire, les conseillers, leurs caractéristiques et leurs limites. De même le chap. 3, "Diem, l'homme incontournable du Sud-Vietnam", qui fait le point sur ce personnage dont le nom est connu mais que auquel peu d'auteurs prennent le temps de s'intéresser. Durant le mandat de Kennedy, la priorité (ou la communication) est mise sur l'emploi des unités spéciales et une action que l'on peut déjà qualifier de "contre-insurrectionnelle". Il n'est pas encore question de déployer de grandes unités combattantes et, d'ailleurs, le président ordonne même le rapatriement de quelques centaines de "conseillers" américains. Mais, pour l'auteur, "le pli est pris". De même, il souhaite obtenir au cours d'un second mandat un règlement politique du conflit. Alors, Kennedy responsable ? Finalement Laurent Pericone ne tranche pas, et sans doute a-t-il raison. Il est bien difficile de dire que les décisions prises en conduite, et souvent en réaction aux événements, pendant la durée de son mandat correspondaient à une volonté "offensive" ou à un souci de simplement aider à limiter la progression du Vietcong.  Peut-être peut-on considérer que J. F. K. a initié un processus qu'il n'envisageait pas de mener à son terme ?

En accordant une place importante à la fois au rôle des proches du président, aux analyses des déficiences sud-vietnamiennes et aux handicaps du régime Diem, l'ouvrage est d'un réel intérêt pour cette période qui précède l'engagement massif de l'armée américaine et qui ne fait en général l'objet que de quelques lignes. A lire avec intérêt et à croiser, bien sûr, avec d'autres livres qui donnent une image toute autre de Kennedy.

Economica, Paris, 2013, 143 pages, 19 euros.
ISBN : 978-2-7178-6644-5

Responsabilité de Kennedy ?
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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 06:30

Le Japon militaire

Jean-José Ségéric

Au-delà de ce que peut laisser penser le titre, l'ouvrage est essentiellement consacré à l'histoire militaire du Japon depuis l'ère Meiji, comme s'en explique l'auteur en introduction  : " Par Japon militaire, nous entendons l'histoire militaire du Japon hors de ses frontières ; cette histoire est brève, dévorante, parfois insensée et paroxystique, souvent glorieuse, à plusieurs égards elle est singulière, elle est une clé de la compréhension du Japon actuel et elle pèse sur son futur".

Après une rapide première partie qui revient sur la place de la tradition guerrière dans l'histoire du Japon ancien, Jean-José Ségéric décortique littéralement la deuxième moitié du XIXe siècle ("Ere Meiji, 1868-1912", "La guerre sino-japonaise de 1894-1895") et le début du XXe ("La guerre russo-japonaise de 1904-1905" -Port-Arthur, Moukden, Tsushima, question de la Corée- et "L'ère Taisho, 1912-1925"), avant de consacrer de longues pages à l'entre-deux-guerres (militarisation de la société, composante navale, incidents de Moukden, guerre de Chine et massacres de Nankin, état des forces en 1941) et bien sûr à la guerre du Pacifique (chronologiquement de Pearl Harbour à la capitulation), "une page sombre de sacrifices dévoyés, de déraison collective et finalement de châtiment". Il rappelle en conclusion de la partie historique que, très longtemps, "la dévotion de l'armée à l'empereur fut d'essence religieuse" et l'on a parfois le sentiment d'un parti pris sytématique hostile à l'armée impériale. Les 100 dernières pages de texte traitent de la période post-1945, en quatre chapitres : "La démilitarisation du Japon" dans l'immédiat après-Deuxième guerre mondiale, sa "Remilitarisation" avec la guerre de Corée et la création des Forces d'autodéfense, la question très sensible du "Nucléaire militaire au Japon" et enfin un essai de prospective à l'horizon 202-2030, dans un environnement mondial et régional très perturbé. 

De nombreuses et riches annexes complètent cette étude, ainsi qu'une bonne chronologie, un utile index thématique et bien sûr une bibliographie. Toues les questions sociales, culturelles et de politique intérieure sont également abordées (même si ce n'est que rapidement) et un certains nombre de cartes et tableaux de synthèse accompagnent le texte courant. Une publication importante sur un sujet rarement traité en France.

L'Harmattan, Paris, 2013, 560 pages, 49 euros.

ISBN : 978-2-343-00801-1

L'empire du Soleil levant
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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 06:25

Dépêches du Vietnam

John Steinbeck

La passionnante collection ‘Mémoires de guerre’ ajoute un nouveau volume à son catalogue. Rendu mondialement célèbre comme auteur des Raisins de la colère à la veille de la Seconde guerre mondiale, prix Nobel de littérature en 1962, considéré comme un libéral, un progressiste, Steinbeck a effectué ses premiers reportages de guerre en 1942, alors qu’il travaille pour l’OSS.

Ce livre reprend les reportages qu’il adresse à Newsday sous le titre de « Lettres à Alicia » pendant la guerre du Vietnam. Datés du 3 décembre 1966 au 20 mai 1967, ces textes se présentent sous la forme d’un échange, parfois presque intimiste. Ils racontent bien entendu les déplacements de Steinbeck, ce qu’il voit, ses conversations, etc. Il y affirme se rendre en Extrême-Orient pour se renseigner par lui-même sur la réalité d’une guerre que l’Amérique connait encore mal même si elle suscite déjà de l’opposition : « Tu le sais, Alicia, les armées n’ont en rien changé depuis l’époque romaine. Elles n’ont jamais aimé ou fait confiance aux informations. S’il n’en tenait qu’à elles, les commandements militaires annonceraient les victoires et nieraient les défaites, et rien de plus. C’est seulement l’exigence posée par les civils qui fait que nous avons les informations dont nous disposons ». On entend régulièrement parler de la Chine, mais aussi au hasard d'un article des expériences avec des insectes « destructeurs » ; nous avons la description des vols en hélicoptères, du déploiement d’un régiment d’artillerie, du caractère presque « fictif » de la zone démilitarisée, quelques critiques sévères des journalistes présents sur le théâtre, des bombardements de B-52, des séances d’instruction adaptées à la menace des mines et pièges, quelques commentaires ponctuels sur Sun Tzu aussi, sans oublier la question de l’eau potable pour les troupes ou celle plus politico-diplomatique des relations avec le Cambodge et la Thaïlande, etc. Tout ceci, avec son immense talent, au service d’une cause qu’il pense juste, défendre et expliquer, l’engagement américain : « Le Vietcong a la même impulsion altruiste, la même inclinaison démocratique et les mêmes méthodes pour parvenir à ses fins que la Mafia en Sicile. Le parallèle est frappant. La terreur et la torture sont ses armes ». Car, au-delà des descriptions (en elles-mêmes intéressantes), ce sont peut-être les analyses et commentaires de Steinbeck qui comptent le plus. Au fil de ses déplacements avec les Boys, par voie terrestre, fluviale ou aérienne, en vedette armée ou en hélicoptère de combat, l’écrivain très proche du Parti démocrate dresse un tableau presque toujours élogieux de l’armée américaine et de la justesse de son engagement. Une armée qui par ailleurs est bien celle d’un pays libre : « Tout journaliste de n’importe quel pays peut disposer de la même facilité de mouvement, pour autant qu’il représente un journal ou plusieurs journaux. Si un journaliste prétend avoir subi des restrictions, j’ai tendance à croire qu’il ne voulait pas y aller ».

Bref, des articles au départ « de commande » présidentielle (Johnson), mais surtout un ton et une ensemble d’informations et d’analyses que l’on n’a pas l’habitude de lire sur cette guerre, surtout venant de ces cercles intellectuels. Une excellente initiative de l’éditeur que d’avoir publié pour la première fois en français ces « Dépêches du Vietnam », qui méritent d’être connue de tous ceux qui s’intéressent à ce conflit.

Les Belles Lettres, Paris, 2013, 269 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2-251-31006-0

Derniers reportages de guerre
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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 06:30

La guerre de Corée

1950-1953

Ivan Cadeau

Désormais reconnu comme l’un des jeunes auteurs de référence sur la guerre d’Indochine, Ivan Cadeau nous propose aujourd’hui de (re)découvrir la guerre de Corée et ses opérations actives parfois impressionnantes entre 1950 et 1953.

Cet ouvrage de synthèse est organisé en six grandes parties chronologiques, qui permettent de suivre avec aisance les principales phases de la campagne. Après avoir présenté l’histoire des deux Corée à la veille du conflit, il aborde la première offensive du Nord et l’intervention « onuso-américaine » avec ses défaillances (« Un été au bord du gouffre »), puis la contre-offensive occidentale de Pusan à Inchon (« Le ‘sorcier d’Inchon’ »), la poursuite au-delà du 38e parallèle, la contre-attaque des « volontaires » chinois, la bataille du réservoir de Chosin et la question d’une faillite du renseignement américain (« Wansui ! Les Chinois attaquent »), la seconde chute de la capitale du Sud, le difficile rétablissement du front, le remplacement de MacArthur et la contre-attaque alliée du printemps (« La contre-offensive des Nations-Unies »), enfin les combats extrêmement durs de Crèvecoeur, la révolte des prisonniers nord-coréens pris en main par l’organisation souterraine communiste, les accusations de guerre bactériologique et, finalement, la nécessité devant la stabilisation des lignes et le peu de résultats militaires d’en venir à la négociation d’une suspension des opérations actives (« L’impasse »). On le voit, une étude globale, dont la solide bibliographie finale (y compris filmographie) dit assez tout l’intérêt. Si la guerre de Corée a longtemps été une « guerre oubliée » en France, ce ne peut plus être désormais le cas.

Il ne s’agit donc pas d’une histoire de la contribution française à ce conflit, mais bien d’une présentation globale de l’ensemble de la guerre, essentiellement dans ses caractéristiques tactiques et opératives. Deux à trois millions de morts selon les sources les plus vraisemblables, deux pays ravagés, pour finalement revenir à peu de choses près sur les positions de départ. Les rapports entre les deux Corée sont toujours restés, et restent, très tendus comme l’actualité du régime paranoïaque du Nord le montre régulièrement. Aucun règlement définitif ne semble envisageable à brève échéance : « le communisme dynastique de Pyongyang et ses oligarques n’ont rien à gagner à une réunification qui signifierait leur disparition ; quant à Séoul, l’absorption, même pacifique, de son voisin du nord reste peu souhaitable pour la population sud-coréenne qui apprécie son actuel niveau de vie et les avantages qu’elle en retire ».

Perrin, Paris, 2013, 370 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-262-03734-5.

La "guerre oubliée"
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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 06:40

L'offensive du Têt

30 janvier - mai 1968

Stéphane Mantoux

Auteur de nombreux articles, animateur sérieux et reconnu de la blogosphère, Stéphane Mantoux nous propose ici le récit détaillé de l'offensive du Têt qui, au début de l'année 1968, marque un tournant esentiel dans la guerre du Vietnam. L'auteur n'a pas directement travaillé sur les archives américaines et vietnamiennes, mais il réalise un très utile travail avec cette synthèse de la bibliographie existante dans le monde anglo-saxon, portée pour la première fois à la connaissance du lecteur francophone (on apprécie en particulier la bibliographie finale).

Après un premier chapitre qui rappelle le développement du conflit depuis sa naissance et l'évolution des relations entre les USA et les Etats vietnamiens, l'auteur s'intéresse au "pourquoi" de l'offensive du Têt du point de vue des dirigeants du Nord Vietnam et aux analyses de font alors les Américains. Il détaille ensuite les forces en présence, dans leur diversité, puis traite successivement des opérations préliminaires de l'hiver 1967-1968, de l'échec des attaques contre Saigon et de la tentative de soulèvement de la populaton sud-vietnamiennes, de la dantesque bataile de Hué en février et de la résistance de la base de Khe Sanh, où il souligne le rôle particulier de l'aviation. Le dernier chapitre nous conduit au long de l'année 1968 jusqu'aux "queues de trajectoire" de l'offensive nord-vietnamienne, son échec miltaire, mais aussi ses conséquences aux Etats-Unis où une partie de la population s'oppose de plus en plus fermement à cette guerre lointaine.

Un récit sobre et vivant, un texte précis, détaillé, illustré : une excellente occasion pour se plonger dans l'un des épisodes les plus importants de cette "guerre américaine de Vietnam", dont le déroulement militaire sur le terrain, souvent occulté par des considérations politiques métropolitaines, est finalement fort mal connu.

Tallandier, Paris, 2013, 224 pages. 19,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0264-7.

Les "Plus" de Stéphane Mantoux :

l'auteur a ouvert un site spécifique éponyme (http://offensivedutet.blogspot.fr/),

une page FB dédiée (https://www.facebook.com/offensivedutet)

et met en ligne plusieurs documents vidéo de présentation :

une bande annonce (http://www.youtube.com/watch?v=KaYn_QSGLaE)

et son commentaire audio (http://www.youtube.com/watch?v=3I6P31D335Q)

Coup complet pour le plus grand plaisir des amateurs !

Guerre du Vietnam
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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 06:40

The Line, january-february 1951

Striking Back, march-april 1951

Passing the Test, april-june 1951

Trois ouvrages (entre 325 et 486 pages) chacun pour reprendre dans le détail toute l'histoire tactique et opérationnelle de six mois de combats pendant la guerre de Corée, globalement de la reprise de Séoul par les Chinois au début des négociations entre les deux blocs en passant par le limogeage de MacArthur, période des grandes offensives des Nord-Coréens et des "volontaires" chinois. Les deux premiers volumes ont été rédigés par le colonel en retraite William T. Bowers, et après son décès le tome 3 a été terminé par John T. Greenwood, du service historique du service de santé de l'armée américaine ; ils ont été édités grâce au soutien de l'AUSA, puissante association de l'US Army, Le premier volume se consacre essentiellement sur les combats autour de Wonju (jusqu'au détail des engagements des régiments et bataillons), des Twin Tunnels et de l'opération Roundup du Xe Corps. Le volume 2 est centré sur les engagements de Grenade Hill, les opérations Tomahawk et Swing, la task force Growdon, les combats du 187e Aiborne Regimental Combat Team et l'opération amphibie de Hwach'on Dam. Le troisième tome, enfin, évoque les combats d'Outpost Line, ceux de Hill 628 et de Gloster Hill, l'engagement des chars à Kap'yong et la bataille de Soyang River. Si l'ensemble est peu problématisé, il est par contre particulièrement détaillé et je n'ai pas le souvenir d'avoir eu dans les mains un ouvrage en français aussi précis.

Pratiquement aucune référence au contexte politique et le remplacement de MacArthur est à peine évoqué, presque par hasard au détour d'une phrase. Il s'agit bien d'histoire strictement opérationnelle racontant dans le détail les engagements des différentes unités. Pour un lecteur européen, qui intellectualise systématiquement et qui est souvent ignorant des réalités tactiques, cet objectif pourra paraître un peu court, mais au moins est-il parfaitement réalisé et chacun apprendra des masses d'informations sur le déroulement e la campagne vu par l'US Army. C'est, de ce point d vue, une incontestable réussite. Chaque volume est accompagné d'un cahier photos (noir et blanc) et surtout d'un dense appareil de notes, très souvent en référence avec des entretiens auprès de vétérans dont les témoignages ont été recueillis et sont ainsi portés à la connaissance des chercheurs européens. Une masse impressionnante d'informations factuelles. Un ensemble absolument indispensable pour quiconque s'intéresse à cette guerre.

AUSA, Presses universitaires du Kentucky, 2008-2012.

Guerre américaine de CoréeGuerre américaine de CoréeGuerre américaine de Corée
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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 06:30

La route du Dragon, la grande traversée du Vietnam

Echappées Belles - France 5

Pour ceux qui n'auraient pas vu la diffusion de cette émission samdi 22 juin, n'hésitez pas à retrouvez le "replay" pour découvrir sur les pas du réalisateur-baroudeur Yves Legrain Crist quelques uns des plus beaux paysages du Vietnam, souvent évoqués dans les souvenirs et mémoires des témoins et acteurs. De superbes images qui permettent de comprendre (en partie) ce fameux "mal jaune". Un bon moment de télévision, c'est rare !

Pour suivre le documentaire : ici

Vietnam
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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 06:40

Histoire de la Chine des origines à nos jours

John K. Fairbank et Merle Goldman

Traiter d'un pays tel que la Chine et donner un aperçu global de son histoire relève du défi. C’est la prouesse que réalise John King Fairbank dans ce vaste panorama historique, de la Chine ancestrale à nos jours. L’exercice est encore plus difficile lorsqu’il s’agit de transmettre une vision d’ensemble d’un pays qui inquiéte parfois et au moins agite la politique mondiale actuelle et dont les modes d'appréhension du politique ne sont pas du tout identiques à la conception occidentale. John King Fairbank est sans conteste l'un des plus éminents sinologues américains (il a créé la chaire d'histoire de la Chine moderne à Harvard) et il était donc le plus à même de s’atteler à cette tâche. Cette nouvelle édition datée de 2006 a été traduite par Simon Duran et enrichie par la contribution de Merle Goldman, professeur émérite à l’université de Boston. Le but de John King Fairbank, à travers ce récit, est bien de décrypter les modes de compréhension du politique Chinois grâce à la perspective historique. Ce effort d'explication peut offrir deux avantages : tout d’abord améliorer les relations mutuelles entre la Chine et l'Occident en diminuant les incompréhensions, ensuite permettre de mieux saisir les perspectives de la politique chinoise contemporaine.

Deux grands axes successifs se dessinent dans cette étude. La première partie présente une lecture plus politique des évènements et traite de l’établissement des grandes constantes de la politique chinoise. Jusqu’en 1328, date d’arrivée au pouvoir de la dynastie Ming, l’auteur privilégie cette lecture politique des  évènements. Cette primauté du politique sur l’économique est inhérente à la dynamique d’unification sous l’égide d’un pouvoir central fort, que ce pouvoir soit chinois avec les Han, les Tang, ou les Song ou qu'il émane de l'étranger avec les Yuan d’ethnie mongole. Quelque soit l’autorité centrale, elle est toujours mus par le confucianisme, véritable religion impériale, et par les principes traditionnels qui guident la conduite des communautés villageoises, véritables "atomes" composants la société chinoise. L’auteur s’efforce ainsi de présenter les différents outils mentaux qui structurent l’histoire chinoise et qui sont autant d’incompréhensions aux yeux des occidentaux. La priorité absolue donnée à la famille ou l’obéissance filiale en sont des exemples notables. La seconde partie est abordée sous l'angle d'une lecture plus sociale et économique des choses. Des Ming jusqu’aujourd’hui, elle est marquée par l’importance croissante de la société locale. L’émergence de la Chine nationaliste puis de la République populaire de Chine sont, certes, autant de ruptures avec une Chine marquée jusqu’alors par le féodalisme et l’exploitation de la Chine rurale, mais le confucianisme reste une quasi-idéologie universelle qui pose la Chine en tant que centre du monde. Le décalage avec l’Occident à partir du XVIème siècle est vécu comme un traumatisme, la question de la place de la Chine étant centrale dans le rapport au monde des gouvernants chinois. On voit bien que cette affirmation est un prérequis nécessaire à la compréhension de la politique chinoise contemporaine.

John King Fairbank atteint pleinement son objectif et livre, avec la hauteur de vue du spécialiste, une Histoire de la Chine appelée à faire référence. Nous retiendrons particulièrement les premiers chapitres qui présentent les principes d’organisation traditionnels chinois, véritables fils rouges de l’histoire chinoise.

Thibault Laurin

'Texto', Tallandier, Paris, 2013, 750 pages. 12,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0110-7.

 

L'empire du Milieu
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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 06:50

La Chine

Des guerres de l'opium à nos jours

Xavier Paulès

Les brochures de la Documentation française sont souvent des documents de référence et de travail extrêmement utiles, et celle-ci ne déroge pas à la règle.

En à peine plus de 60 pages, à l'aide de photos, de graphiques et de nombreuses cartes (très claires, comme celle des zones d'influence des seigneurs de la guerre en 1922), Xavier Paulès nous entraine dans une vaste fresque à travers l'histoire de la Chine, de la fin du XIXe siècle au début des années 2000. La révolution de 1911, la Chine des seigneurs de la guerre, la guerre sino-japonaise, la 'Longue marche' et la guerre civile sont globalement bien résumées. L'ère maoïste (le 'grand bond en avant', la révolution culturelle) sont relativement bien traités, même s'il n'y a pratiquement pas un mot sur le goulag chinois (Mao le "libérateur" peut-il être l'un des plus grand criminel de l'histoire ?) ... Les derniers articles consacrés à l'évolution démographique, sociale et écologique du pays sont également d'un grand intérêt. Une bibliographie indicative complète judicieusement cette publication.

Un petit volume de travail, qui sera sans nul doute très utile aux enseignants et aux étudiants.

La Documentation française, Paris, 2013, 64 pages, 11 euros.

 

Empire du Milieu
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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 07:05

Pourquoi les Khmers rouges ?

Henri Locard

KHMERS-ROUGES.jpg

Excellent connaisseur du Cambodge, où il vit et travaille depuis de longues années, Henri Locard nous propose ici un texte solide, cru, parfois hallucinant. Alors que « le régime des Khmers rouge ne dura exactement que trois ans, huit mois et vingt jours » (avril 1975-janvier 1979), il a battu deux « records » : « celui de la brièveté d’un régime communiste et celui du pourcentage le plus élevé de la population exterminée ». Face à des récits aujourd’hui nombreux mais souvent marqués d’erreurs et omissions, l’auteur nous offre une synthèse globale du système, de sa folle idéologie et de ses crimes, à partir « des sources fiables et concordantes, ainsi que des enquêtes approfondies réalisées sur le terrain ».

Après deux premiers chapitres qui reviennent sur les « Origines de l’idéologie » (pp. 13-52), entre Mao et Staline, et sur « L’établissement du régime autoritaire » (pp. 53-72), Henri Locard développe méthodiquement son propos en six parties : « 17 avril 1975 : la plongée dans l’abîme », « L’Angkar », « Le gouvernement du Kampuchéa démocratique », « La politique intérieure, entre autarcie et table rase », « Alliances à l’extérieur » et « Répression et extermination ». Dans les trois derniers chapitres enfin, il tente de faire comprendre les fondements de ce drame et d’en évaluer les séquelles : « Eléments d’explication », « L’effondrement » et « Après le totalitarisme ».

Au fil des pages et d’un raisonnement qui s’appuie sur des très nombreuses citations et références, nous pouvons pénétrer le quotidien (entre folie idéologique et inconscience) des dirigeants Khmers rouges aussi bien que celui, infiniment plus dramatique, de ces Cambodgiens, qui ne sont même plus des « citoyens ». Si ces derniers d’ailleurs n’ont plus le moindre droit ordinaire, les « devoirs » les plus stricts pèsent toujours plus nombreux sur eux et le travail forcé devient la norme, tandis que les chefs révolutionnaires « étaient [pourtant] des personnages bien banals ». C’est presque Ubu-roi : au-delà de l’horreur, ce régime fut aussi « le règne de la stupidité et de la médiocrité, tant les politiques développées n’avaient aucun sens, sauf celui d’assurer un pouvoir absolu à quelques individus qui jusque-là n’avaient pas fait carrière ». Quelques exemples : l’interdiction « de cuisiner chez soi » au début de l’année 1976 pour contraindre à la vie collective ; l’absence totale de compassion pour l’individu, même mort, puisque « les Khmers rouges considéraient les restes humains comme le meilleur compost » (!) ; le mépris pour les plus faibles, « les enfants [eux-mêmes] étaient considérés comme propriété de l’Angkar » et pouvaient être exécutés avec leurs parents « pour exterminer définitivement une lignée de traitres » ; etc.

« En somme, le Kampuchéa démocratique fut un concentré des politiques les plus délétères et criminelles des régimes communistes qui l’avaient précédé » : plus de 40 % des habitants de Phnom-Penh disparaissent et « 3.389.000 personnes pourraient avoir été déportées des villes ». Plutôt que le terme de « génocide », l’auteur invite à utiliser celui de « politicide », c’est-à-dire le massacre systématique des classes et couches de la population jugées ennemies de la révolution. Démontant avec rigueur à la fois les ultimes mensonges des dirigeants khmers rouges déchus pour « justifier » leurs crimes et les faiblesses de l’action internationale (« Une mission ratée pour l’ONU ? »), Henri Locard dresse un tableau toujours sombre, en fait, de la situation du pays où une certaine conception du « libéralisme » entretient la corruption la plus étendue : « C’est une sorte de régime khmer rouge à l’envers qui dirige le Cambodge. Et le plus paradoxal est que cette politique inversée est animée par les mêmes personnages, preuve que ce qui les motivait en premier lieu à l’époque était bien le pouvoir, et non pas les idéaux révolutionnaires … Chacun est propriétaire de sa prébende et en tire le maximum de profit, pour lui, sa famille et son clan ». Malheureux peuple khmer !

Un livre solide, impressionnant, qui mérite d’être le plus connu possible.

Vendémiaire, Paris, 2013, 347 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-36358-052-8.

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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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