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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 06:25

Les discriminés

L'antisémitisme soviétique après Staline

Sarah Fainberg

Après les répressions et les progroms ancestraux de l'ancienne Russie, et en dépit de l'expérience atroce de la Seconde guerre mondiale, les Juifs d'URSS ont été soumis pendant plusieurs dizaines d'années à une discrimination bien réelle.

Sarah Fainberg revient donc en détail, à partir de plusieurs dizaines d'entretiens, sur la situation faite aux Juifs soviétiques après la chute de Staline, souvent dans le "non-écrit", et  l'un des grands intérêts de son ouvrage est de s'intéresser aussi (avant tout ?) au regard que les intéressés eux-mêmes portent sur leur situation et sur leurs attitudes, manoeuvres, évitements, pour vivre à peu près normalement. Elle rédige dans les premiers chapitres une très solide mise en situation sur la situation particulière de cette communauté parmi les peuples soviétiqques et souligne que le phénomène de discrimination qui est au coeur de son livre a été dans le même temps très général mais aussi variable suivant les lieux et les années.

Fortement marqué par les évolutions diplomatiques et les relations entre l'URSS et l'Etat d'Israël (difficultés plus ou moins marquées à l'émigration en particulier), la situation des Juifs d'URSS est souvent marquée par l'impossibilité de fait (sans interdiction formelle : "En matière de répression politique, le mode de fonctionnment des élites dirigeantes était principalement oral : les consignes circulaient par coups de fil interposés d'un cadre supérieur à un subordonné dans la hiérarchie du parti") de suivre certaines scolarité prestigieuse ou jugées sensibles pour le régime et son idéologie. Cet antisémitisme soviétique a d'ailleurs continué à polluer les autres républiques socialistes d'Europe orientale : il fut "rarement un instrument majeur de pouvoir, mais fut toujours disponible en cas de crise politique. Dans les pays satellies de l'Union soviétique, la Pologne et la Tchécoslovaquie en particulier, la carte antijuive est utilisée au printemps 1968 comme un instrument de purge des partis communistes locaux". Pour "s'en sortir", ces Juifs mènent parfois une véritable double vie (qui "s'impose") et Sarah Fainberg parle "d'un quotidien compartimenté" et dans les familles le lien avec le passé personnel est aussi pieusement que secrètement entretenu. Si, globalement, la situation s'améliore après la chute de l'URSS, le renouveau russe sous Poutine tolère ou favorise l'émergence de mouvements "rouge/noir/brun", qui évoquent tout à la fois l'ancienne "Russie éternelle" et la période stalinienne. La situation de la communauté se dégrade à nouveau, sans que les autorités ne le reconnaissent officiellement.

Un seul bémol : l'impression de fréquentes répétitions. Le livre aurait peut-être été meilleur encore avec 50 pages de moins. Plus "tonique". Mais, au bilan, une étude de fond sur un non-dit, nié même en Occident par les compagnons de route. Une analyse méthodique d'un racisme ordinaire.

Fayard, Paris, 2014, 416 pages, 25 euros.
ISBN : 978-2-213-66284-8.

Exclusion d'Etat

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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 06:20

La Crimée blanche du général Wrangel

(1920)

Nicolas Ross

Plus ou moins connu en Europe de l'Ouest pour ses efforts militaires, parfois résumé à son simple nom et à quelques idées reçues, la personnalité du général Wrangel et surtout ses (tentatives de) réalisations en Crimée en 1920 restent très largement méconnus.

Nicolas Ross, déjà auteur d'une histoire des premiers mois de l'émigration russe blanche, propose aujourd'hui une étude quasiment complète de la vie de ce dernier territoire qui échappe encore aux Bolcheviques. Après avoir présenté dans les premiers chapitres le contexte général, les idées politiques et les principaux collaborateurs de Wrangel, l'auteur détaille thème par thème tous les sujets qui intéressent la vie d'un Etat. C'est ici que réside le grand intérêt de cet ouvrage : l'armée bien sûr, mais aussi la diplomatie, les administrations (centrale et locale), la paysannerie, le monde des finances et celui du commerce, l'organisation industrielle et les questions sociales, le maintien de l'ordre public, la presse et la vie politique intérieure, l'éducation, la culture et l'Eglise orthodoxe. Toutes proportions gardées, en si peu de pages, le résultat est exceptionnel, le nombre et la diversité des détails et des précisions tout à fait remarquable.On y apprend par exemple les modalités de la rentrée scolaire à l'automne 1920, ou l'organisation du contre-espionnage sur le territoire, aussi bien que celle de la commission agraire centrale qui devait apporter de meilleures conditions de vie aux paysans. Un bémol néanmoins, qui tient au sentiment (parfois nettement perceptible) que Nicolas Ross exonère à peu près sytématiquement Wrangel des fautes, des erreurs et des échecs, en en reportant la responsabilité sur des subordonnés qui n'auraient eu ni les qualités, ni la compétence du général. Peut-être est-vrai, mais dans quelle proportion ?

Un beau cahier central présente de nombreuses photos originales et l'ensemble du texte s'appuie sur de multiples citations à des sources, toutes référencées, généralement ignorées à l'Ouest. Un petit ouvrage peu onéreux qui (avec quelques réserves) est tout-à-fait passionnant et d'une très grande richesse.

Editions des Syrtes, 2014, 219 pages, 15 euros.

ISBN : 9782940523085

Russie blanche

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 07:00

Le retard russe

882-2014

Georges Sokoloff

Dans ce petit livre, parfois vif et percutant, l'auteur, économiste raisonnant souvent dans une perspective historique et spécialiste bien connu des questions russes, cherche à identifier ce qui fait la (les) différence(s) entre l'Europe occidentale et la Russie : "Nous habitons bien un 'cap' ... mais ce cap n'est pas celui de l'Asie ! C'est l'aimable péninsule que forment une trentaine de pays au climat tempéré, de taille modeste, au régime politique modéré, aux guerres éteintes, à la culture tolérante et aux activités prospères. Rien à voir, donc, avec la Russie et ses excès de tout", pensent souvent nos contemporains.

 Il s'intéresse donc à l'ancienne "Idée russe" (comment rattraper le retard pris avec l'Europe de l'Ouest depuis des siècles) et met cette question en relations fréquentes avec celles du développement économique et de la comparaison des PIB : "Avec 16.000 dollars à peu près, le PIB russe par habitant représente le double de celui de la Chine. Mais il atteint difficilement la moitié de celui relevé, en moyenne, de part et d'autre du Rhin". Partant des chiffres les plus récents, il remonte peu à peu dans le temps et s'intéresse dans le chapitre 2 à la période 1860-1960, avec un succès relatif de la modernisation initiée par Alexandre II et un point de situation en 1913, qui intéressera les amateurs de l'histoire de la Grande Guerre. Selon Georges Sokoloff, "les statistiques montrent un recul international qui vient infirmer les écrits généralement flatteurs consacrés à l'économie tsariste", du fait de la hausse rapide de la population certes, mais aussi du fait des choix politiques et des tensions intérieues. Progressivement, au fil des chapitres, il remonte dans le temps et dans l'histoire russe, étudie l'empire des tsars, les principautés moscovites, l'invasion tartare, la principauté de Kiev pour finalement arriver aux Varègues, à Byzance et à la conquête viking. C'est dire si, en quelques pages, le panorama brossé sous nos yeux est ambitieux. Au terme de ce vaste parcours, il situe aux environs de 1250 le décrochage économique du monde russe par rapport à l'Europe occidentale : "La Russie a eu bien du mal à se remette du choc subi au milieu de XIIIe siècle et prolongé par le joug 'tartare'. Après être tombée aux deux tiers du niveau européen vers 1500, elle continue de céder du terrain pour ne plus se situer qu'à la moitié de ce même niveau au milieu du XIXe siècle". La "course" à l'imitation et au rattrapage des Etats de l'Ouest (et paradoxalement pour nous en dépit des réels progrès réalisés durant la période soviétique) n'a donc pas donné les résultats attendus, et l'on peut s'interroger avec Georges Sokoloff : ne faudrait-il pas s'appuyer davantage sur l'identité russe profonde, pour essayer de "dépasser" sans rattraper ou sans imiter ?

Un livre dont on peut, comme tous ceux qui tente d'identifier des lignes de forces souterraines dans le temps long, critiquer certaines parties, voire le principe même de l'étude. Mais qui invite à réfléchir sur les fondamentaux d'une nation et d'un peuple que nous avons souvent du mal à comprendre, aujourd'hui encore. L'économie n'explique pas tout, mais l'économie en phase avec des "forces morales" propres ? La réponse n'est pas évidente (une voie serait tracée à l'avance ?), mais la formulation du raisonnement est intéressante et oblige à approfondir la réflexion. 

Fayard, Paris, 2014, 204 pages, 18 euros.
ISBN : 978-2-213-67079-9.

Fondamentaux russes ?

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 06:25

Gorbatchev

Bernard Lecomte

Les moins jeunes d'entre nous se souviennent de la chute du mur de Berlin puis de la dissolution du pacte de Varsovie et de l'implosion de l'URSS. Dans cette belle biographie du dernier chef de la défunte puissance, Bernard Lecomte trace le portrait d'un homme qui a bien des égards reste un "mystère", à la fois "ambigu et attachant".

Selon un plan strictement chronologique, nous suivons le jeune Gorbatchev de sa petite commune de province à Moscou pour y poursuivre ses études, son entrée en politique, ses premières responsabilités et son entrée au comité central à la fin de l'année 1978, en charge de l'Agriculture. Devenu secrétaire général du parti, il succède à Brejnev (le président Mitterrand est le premier à la rencontrer en tête-à-tête lors des obsèques) dans des conditions que Bernard Lecomte détaille e qui témoignent des profondes fractures internes que connaît déjà le PCUS. Rapidement, Gorbatchev annonce les premières mesures de libéralisation dans le domaine de la culture, puis des prisonniers politiques : "La conclusion n'échappe pas aux observateurs : Gorbatchev a signifié la fin du goulag".

Après s'être intéressé aux conditions de la vie au Kremlin et à la nouvelle première dame d'Union soviétique, il précise le nouveau monde de direction adopté, les déplacements en province au milieu des employés et les émissions de télévision, les freins rencontrés dans la mise en oeuvre de la perestroïka, puis rappelle la première intervention critique significative d'Eltsine lors du plenum du 21 octobre 1987. Quelques jours plus tard, Gorbatchev le limoge : "Eltsine ne lui pardonnera jamais". A partir de 1988, les périodes de (lents) progrès alternent avec les manoeuvres dilatoires ou de résistance des conservateurs du parti, tandis que peu-à-peu les nationalismes se réveillent et que les intellectuels critiques se manifestent de plus en plus librement. Dans le même temps, la crise intérieure s'aggrave, comme elle se développe dans les "pays frères". L'année 1989 voit la chute du mur de Berlin et, pour Gorbatchev, les menaces d'éclatement de l'URSS se préciser avec "la dégradation brutale des conditions de vie" des Soviétiques. La Lituanie la première fait sécession, la position de Gorbatchev est fragilisée : on connait la suite. Un "coup d'Etat minable", le retour d'Eltsine, la dissolution du parti, l'éviction de Gorbatchev : "La 'lutte finale' est teminée. En quelques heures, le Parti communiste rejoint les fameuses 'poubelles de l'histoire' dans lesquelles il précipitait si promptement, naguère, tous ceux qui lui résistaient".

On le voit bien, à travers la biographie d'un tel personnage, ce sont toutes les dernières années de l'Union soviétique qui défilent devant nous. Facile à lire, riche de nombreuses informations, évitant l'excès de critiques comme l'abus de louanges, il vous rappellera des événements que vous avez peut-être vécu par télévision interposée. 

Perrin, Paris, 2014, 463 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-262-03143-5.

Père de la Glasnost

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 06:25

Les chuchoteurs

Vivre et survivre sous Staline

Orlando Figes

Spécialiste de la Russie et de l'Europe orientale, dont il enseigne l'histoire à l'université de Londres, Orlando Figes nous propose une originale et exceptionnelle plongée dans l'histoire de familles russes et dans la longue durée du régime soviétique.

Le premier volume traite en quatre chapitres de la période 1917-1938 ("Enfants de 1917, 1917-1928", "La grande rupture, 1928-1932", "La poursuite du bonheur, 1932-1936", et "La grande peur, 1937-1938"). Le second s'intéresse à la période la plus récente en cinq chapitres ("Restes de terreur, 1938-1941", Attends-moi, 1941-1945", Staliniens ordinaires, 1945-1953", Retour, 1953-1956" et Mémoire,1956-2006"). Mensonges, camouflages des origines, stratégies diverses d'évitement sont au programme, avec, toujours, cette peur qui colle aux tripes. La tension, le silence : "qu'en fut-il de la vie des Soviétiques sous le régime stalinien ?". Le texte alterne la description de l'environnement général dans le pays et les détails de la vie de plusieurs familles, que l'on peut suivre au long des années, les "héros" des premiers chapitres étant des vieilles (parfois très vieilles personnes) lorsque sonne l'heure de la PérestroÏka. Si les poursuites, les enferments, les services de police et de répression sont extrêmement présents dans le premier volume, peu-à-peu un formalisme social s'installe. Les gens apprennent à tricher et à mentir pour survivre, accéder à l'éducation, exercer un métier, et dans le même temps pour le commun des mortels il semble que la répression policière se fasse moins immédiatement pesante. Un sentiment de froid apaisement. La famille "moderne, de type soviétique", a appris à s'organiser et à vivre avec le système et à esquiver sa brutalité. Elle se tait et se méfie, car elle connaît (au moins par la rumeur) toute l'horreur du Goulag, d'autant que les campagnes d'épuration se succèdent tout au long de la période.

Passant ainsi en permanence de la grande à la petite histoire, de l'évolution générale du pays à la vie quotidienne des familles, ces deux volumes apportent beaucoup sur le rapport entre descriptions officielles et réalité à la base. Tout particulièrement intéressant.

Folio Histoire, Paris, 2014, 2 vol., au total 1185 pages, chaque volume 10 euros.

ISBN : 978-2-07-045647-5 et 978-2-07-045773-1.

Autopsie d'un régimeAutopsie d'un régime

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 06:15

Beria

chef de la police secrète stalinienne

Thaddeus Wittlin

Paru en 1972 aux Etats-Unis, il s'agit de la réédition en format 'poche' du volume que nous avons chroniqué en mars 2013 (ici).

Le texte date un peu, il est marqué par certaines libertés avec les archives et ne tient pas compte de toutes les sources, mais il s'agit néanmoins d'un ouvrage intéressant, qu'il sera par exemple utile de croiser avec les livres récents de Jean-Jacques Marie (Beria, le bourreau politique de Staline, Tallandier, 2013) et de Françoise Thom (Beria, le Janus du Kremlin, CERF, 2013), et avec celui un peu plus ancien d'Amy Knight (Beria, Aubier, 1993).

Nouveau Monde Poche, Paris, 2014, 487 pages, 9 euros.

ISBN : 978-2-36583-890-0.

Vie et mort d'un bourreau

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 06:35

Staline

Robert Service

Déjà connu pour ses grandes biographies de Trotski et de Lénine, Robert Service nous propose ici une nouvelle traduction de ses travaux, cette fois sur le "tsar rouge", parue pour la première fois en anglais en 2004.

Les plus de 700 pages sont donc organisées chronologiquement de façon assez classique : "Le révolutionnaire" (de la naissance à l'apprentissage de la révolution et à son retour de Sibérie en 1917), "Un leader pour le parti" (de la révolution bolchevique au milieu des années 1920), "Le despote" (de la suppression brutale de la NEP à la fin des années 1930 via les déportations, les purges et le culte de la personnalité), "Seigneur de guerre" (période de la Grande guerre patriotique), et enfin "L'Imperator", de 1945 à sa mort. Le récit de la mort de Staline est plutôt repris du témoignage de Kroutchev, mais celui-ci est remis en cause dans la récente biographie de Béria que nous chroniquions il y a quelques jours (ici). Au bilan, Robert Service ne s'écarte pas fondamentalement (comment le pourrait-il ?) de ce que l'on connait du sanglant dictateur. Il y ajoute par contre une dose (osons le mot, au sens propre) d'humanité en nous présentant un homme parfois sensible, un père de famille (mais qui traine sa fille par les cheveux un soir de colère), un personnage complexe finalement, pour tout dire, une personnalité en rupture et à certains égards un quasi malade mental qui s'ignore et que les autres refusent de voir. Les anecdotes sont nombreuses et le récit est vivant.

On apprécie également les notes et références. A lire en parallèle avec d'autres ouvrages récemment parus sur l'URSS des années 1930-1950 : chacun de ces volumes complète les autres et l'on obtient sans doute au final une représentation plutôt fidèle de ce que devait être la réalité.

Perrin, Paris, 2013, 732 pages, 29 euros.

ISBN : 978-2-262-03455-9.

Le "petit père des peuples"

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 06:35

Beria

Le boureau politique de Staline

Jean-Jacques Marie

Auteur de plusieurs ouvrages sur la Russie et l’URSS, Jean-Jacques Marie nous propose une biographie de Beria, dont il nous dit en introduction qu’elle est « une histoire du stalinisme, de sa crise récurrente et des convulsions qu’entraîne toute tentative de le réformer ».

L’ouvrage s’ouvre sur la chute du tortionnaire en 1953 et sur la célèbre comparaison entre lui et Himmler. Le ton est donné, avec ce paradoxe que certains voient en lui après la mort de Staline « le premier initiateur de la déstalinisation ». Après la lecture de la dernière page du livre, on peut considérer que l’auteur a réussi son pari. Certes, la longue première partie qui, du chapitre I au chapitre XII, nous montre Beria comme l’ordonnateur des purges staliniennes, entouré de brutes épaisses et d’individus sans scrupule, maître des services de répression et du goulag envoyant à la mort des centaines de milliers d’innocents, mais aussi (et on le sait moins) « parrain de la bombe atomique soviétique » après sa nomination en avril 1945 à la tête du Comité spécial chargé de doter l’URSS de cette arme nouvelle. Dans les pages qui précèdent, on est frappé, par exemple, par l’ampleur des moyens de sécurité et de protection mis par Beria au service de Staline lorsque ce dernier se déplace : 7 régiments et 8 trains blindés du NKVD à l’occasion de la conférence de Potsdam ! Les chiffres, dans un tout autre domaine, sont aussi très impressionnants pour tout ce qui touche au goulag. Et l’on apprend plus en détail également le rôle que joue Beria à partir de 1946, jouant son propre jeu, moins répressif, plus politique et économique, mais plus menacé peut-être puisque des arrestations se produisent désormais parmi ses proches.

La mort de Staline (dont certains détails restent mal connus) déclenche le processus qui oppose Khrouchtchev à Beria. Celui-ci dans un premier temps semble atteindre le sommet, puisqu’il pousse Malenkov à la tête de l’Etat soviétique en s’attribuant toutes les fonctions des ministères de l’Intérieur et de la Sécurité d’Etat réunis. Mais ses adversaires sont nombreux, parfois puissants. Ils s'inquiètent et parviennent à le faire tomber avec un procès truqué au prétexte d’un « complot », d’ivrognerie et de dépravations sexuelles. Bref, une justice stalinienne après Staline. Au regard de sa carrière, on ne va tout de même pas pleurer la dernière victime…

Un livre dense, précis, et qui au-delà de la personnalité de Beria lui-même ouvre sur la réalité du fonctionnement de l’URSS, où une infime minorité vit dans le luxe alors que le peuple meurt de faim.

Tallandier, Paris, 2013, 511 pages. 25,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0294-4.

Le bourreau manipulateur

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 06:35

La vérité sur la tragédie des Romanov

Marc Ferro

Nous avions chroniqué ce livre dès sa sortie à l'automne 2012 (ici) et l'éditeur en met aujourd'hui sur le marché une version poche. Notre sentiment sur le sujet n'a pas fondamentalement changé : l'ouvrage se lit facilement, l'intrigue est palpipante ... Mais la démonstration finalement peu convaincante. Bien sûr, le public aime les mystères impénétrables, et la description des malheurs cachés survenus aux grands de ce monde a toujours du succès. Mais l'hypothèse de la survie de la femme et des filles du dernier tsar "ne tient pas la route", en particulier confrontée aux dernières analyses ADN effectuées sur les quelques ossements retrouvés. A retenir plutôt pour les éléments de compréhension de l'environnement de la révolution russe et de la guerre civile que le livre donne indirectement.

Tallandier, Paris, 2013, 217 pages, 9 euros.

ISBN : 979-10-210-0295-1.

La fin (romancée ?) des Romanov

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 06:30

Album du Goulag

Dantsig Baldaev

Il nous semble intéressant d'attirer dès à présent l'attention sur la parution, en octobre prochain, en deux volumes, d'un document exceptionnel : l'album du Goulag, de Dantsig Baldaev. Réalisé sur plusieurs dizaines d'années par un "fonctionnaire zélé" des services "de sécurité" du système concentrationnaire soviétique, il avait pour but d'aider à la formation du "personnel opérationnel du ministère de l'intérieur d'URSS" en présentant le plus grand nombre possible de tatouages de condamnés et leur(s) siginification(s) ou interprétation(s).

Informations complémentaires : ici

Un document atypique attendu avec impatience. Editions des Syrtes, Genève, 2013;

Contact : snorroy@syrtes.ch

Le Goulag par l'image

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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