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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 06:25

Lawrence d'Arabie

Thomas Edward, cet inconnu

François Sarindar

Une nouvelle biographie de Lawrence ? Oui, mais pas seulement, car l'auteur sait ouvrir des pistes de réflexion originales.

Le livre nous entraîne donc logiquement de la naissance et de l'environnement familial de Lawrence et son accident et à son décès. On apprécie tout particulièrement la densité du texte et l'abondance des références et des citations, ainsi que l'ouverture d'esprit de l'auteur qui n'hésite pas à poser toutes les questions, y compris les plus génantes pour la légende dorée du héros. Sa brève carrière d'archéologue est bien décrite et ses travaux sur les châteaux-forts francs exposés, avec les interrogations qui subsistent. De longs chapitres sont bien sûr consacrés à la place et au rôle de Lawrence dans le cadre de la révolte arabe pendant la Grande Guerre, à ses rapports avec Fayçal et à sa conception d'un Etat hachémite. Face à un personnage aussi complexe (torturé ?) et polémique, on peut ne pas être d'accord avec toutes les affirmations de l'auteur, en particulier sur les relations entre Lawrence et les officiers français de la mission du Hedjaz ou sur la prise d'Akaba (voir les archives de Vincennes qui, semble-t-il, ne sont pas évoquées), mais ces débats entre historiens n'enlèvent rien au sérieux du livre qui se distingue, il faut insister, par le nombre et la qualité des références. Les rapports immédiatement après la guerre entre Lawrence et le journaliste américain Lowell Thomas auraient sans doute pu être davantage creusés, car ils tiennent probablement une place importante dans la "mise en scène" pour le grand public du roi secret de l'Arabie de son vivant et expliquent sans doute en grande partie sa notoriété ultérieure. Enfin, sept chapitres abordent l'après-guerre, du rôle de Lawrence auprès de Fayçal, sa déception ultérieure, ses errances professionnelles, ses écrits aussi somptueux (Les sept piliers de la sagesse) ou plus torturés, les circonstances de son départ de l'armée et de sa mort, sans oublier les hommages posthumes.

La longue bibliographie finale (parfois commentée, merci pour les quelques lignes à propos de l'un de mes anciens articles) sera extrêmement utile à tous. Une prochaine étape pourrait-elle être une étude comparée du rôle des soldats français et britanniques dans cet "Orient mystérieux" à l'époque de la Grande Guerre ?

Editions L'Harmattan, Paris, 2010, 331 pages. 31,50 euros.

ISBN : 978-2-296-11677-1.

Le "roi secret" d'Arabie

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 06:25

Rommel

Cédric Mas

Au vu des premières polémiques nées dès l'annonce de la parution de l'ouvrage, nous nous attendions à un livre engagé, pour ou contre mais plus ou moins rigoureux. En fait, le travail de Cédric Mas est tout-à-fait intéressant et l'on ne peut que regretter qu'il n'ai pas pu disposer de davantage de pages pour développer son analyse, dont il précise à la fin de son introduction qu'elle "n'a pas vocation à constituer un travail définitf. Il s'agit en revanche d'apporter des éléments nouveaux à la connaissance de la Seconde guerre mondiale à travers l'étude renouvelée de la vie de Rommel, d'un personnage central typique des ambigüités et des échecs de l'armée allemande".

L'ouvrage est donc chronologiquement organisé en dix grands chapitres, de "La genèse d'un héros" à "Mort d'un maréchal". Au fil des différentes phases de la carrière de Rommel, Cédric Mas ne cache rien des défauts et des faiblesses de son sujet, tout en mettant en relief ce qui le distingue. C'est en particulier le cas dès le chapitre 2 ("Caporetto : la gloire à tout prix") où le rôle de Rommel mais aussi les traits saillants de sa personnalité sont à notre avis fort bien vus. Le récit de sa première rencontre avec Hitler (p. 44) est également décrit de façon équilibrée et permet d'approcher la volonté, la détermination de l'officier, mais aussi sa "manoeuvre habile, que n'aurait pas renié un courtisan roué de Versailles". L'ensemble des campagnes de la Seconde guerre mondiale occupe le reste du livre à partir du chapitre 4, jusqu'à son "suicide" organisé de l'automne 1944, et l'auteur sait faire la part des victoires méritées, de la chance, des réécritures ultérieures, des zones d'ombre et des crimes commis par une Wehrmacht qui a aussi les mains sales (en France, en Afrique du Nord et en Italie). En conclusion, Cédric Mas tente de tirer le bilan militaire de cette carrière. Selon lui, "Rommel n'est ni le tacticien de génie, ni le mauvais stratège dépeint depuis la fin de la guerre : il est un officier général qui apprend de ses erreurs ... Si on peut trouver des points communs entre le Rommel de 1917 et celui de 1941, les différences entre 1941 et 1944 sont frappantes". Néanmoins, à différentes reprises, "il n'est plus physiquement capable de tenir son commandement mais ne trouve pas l'énergie ou la modestie pour céder sa place". Et l'auteur parle de "soif de gloire" et "d'orgueil" comme "moteur de son comportement et de sa témérité".

En résumé, une approche en demi-teinte qui nous semble tout à fait convaincante. Pas un stratège, sans aucun doute. Mais un "tacticien + +" ? 

Economica, Paris, 2014, 159 pages, 19 euros.

ISBN : 978-2-7178-6648-3.

Héros en demi-teinte

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 07:00

Pétain en vérité

Marc Ferro

Peut-on analyser froidement aujourd'hui le rôle et la place de Pétain dans l'histoire française du XXe siècle ? Tel est le pari fait par Marc Ferro dans son nouveau livre.

Construit comme un dialogue avec le réalisateur Serge de Sampigny, qui pose les questions auxquelles l'auteur répond, le livre n'est pas à proprement parler un récit biographique classique, mais il vient en contre-point, ou en renfort, des biographies publiées (dont celle déjà ancienne de Marc Ferro, en 1987 chez Fayard). Du héros de Verdun au vieillard déchu condamné en 1945, toutes les questions sont posées : "A-t-il vraiment gagné la bataille de Verdun ?", "A-t-il mis fin aux mutineries de 1917 ?", "A-t-il été tenté par le fascisme dans les années 1930 ?", "A-t-il voulu la collaboration ?", etc. Constatant que "le spectre de Pétain rôde toujours", Marc Ferro mêle dans ses réponses éléments historiques avérés (documents, témoignages, etc.) et analyses a postériori, ce qui parfois peut troubler le lecteur, mais finalement "juger Pétain, n'est-ce pas un peu se juger soi-même ?".

L'ensemble laisse un sentiment ambigu qui peut être compris à deux niveaux. Tout d'abord, nous ne sommes pas toujours d'accord avec les affirmations répétées (dès le début : Pétain est "iconoclaste et à contre-courant" en 1914...) ou avec toutes les conclusions de chaque sous-partie ("Pétain est le vainqueur de Verdun car pour les Français l'enjeu consistait à ne pas perdre la place"), qui souvent exonère le sujet. Au-delà de toute considération idéologique ou partisane, en particulier pour la Grande Guerre car cela constituerait alors un total anachronisme, les critiques portées contre Pétain sont en réalité extrêmement nombreuses dès le conflit lui-même, venues de différents horizons et pas seulement de Mangin, plusieurs fois cité. On retrouve un peu le même schéma pour les autres parties, finalement Pétain aurait ici mal compris, là ses propos aurait été interprétés, dans tel cas il serait demeuré à l'écart, dans tel autre "on ne polémiquera pas sur cette question"... Bref, on a parfois le sentiment qu'à force de vouloir toujours tout expliquer sans désigner des responsabilités, le propos tourne sur lui-même. C'est un peu de sa responsabilité, mais pas totalement. Il le voulait, sans faire en sorte que cela arrive. Il y croyait, sans s'en donner effectivement les moyens.

Puis, après réflexion et avec une certaine distance par rapport au texte, se dessine une image finalement moins glorieuse ou moins hideuse (selon le point de vue de chacun), plus nuancée mais dans le sens de la petitesse des pensées et des ambitions. Pétain, un narcissique, un velléitaire, un réactionnaire défaitiste qui se cache derrière les grands mots du sacrifice et du don de soi, un ambitieux inquiet qui en fait manque de moyens ?

Marc Ferro n'apporte pas de réponse définitive, mais l'impression qu'il laisse (est-ce celle qu'il voulait donner ?) est, peut-être, finalement exacte. Pétain a-t-il été simplement par hasard au coeur de quelques événements majeurs alors même qu'il n'était pas le mieux armé pour les gérer ? A la fois jouet et acteur ? Déjà âgé en 1914, n'est-il pas dans le même temps le produit de la société de son temps (en grande partie celle du XIXe siècle et des débuts de la IIIe République) et des contingences ? Un livre qui fait souvent réagir le lecteur et qui oblige à réfléchir sur l'homme dans son rapport à de nombreux évènements particuliers. Un livre qui pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses satisfaisantes. Un livre à connaître et à passer au crible d'études détaillées.

Tallandier, Paris, 2013, 303 pages. 19,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0130-5.

 

Image brouillée

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 06:30

Le prince rouge

Les vies secrètes d'un archiduc de Habsbourg

Timothy Snyder

Voici une histoire absolument extraordinaire et qui méritait bien un livre. Timothy Snyder (on se souvient de son récent Terres de sang) nous entraine ici sur les traces de William de Habsbourg, dernier enfant d'une branche collatérale de la famille impériale.

Titré de Habsbourg-Lorraine, Guillaume-François (dit ici William) s'est vu régner sur l'Ukraine, dont il parle la langue et commande des unités, au nom de son impériale famille. Alors que son frère, Charles-Albert, fit le choix de devenir Polonais, lui se rêva monarque d'Ukraine. L'ensemble de l'histoire se situe entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe, dans cette Europe orientale secouée par les changements de régimes et les révolutions, mais aussi poncutellement dans le Paris léger de l'entre-deux-guerres. Successivement, nous traitons ainsi de questions aussi rarement abordées en france que celles de la restauration d'un royaume de Pologne par les puissances centrales en 1916, du projet de restauration d'un Etat ukrainien par l'Autriche-Hongrie en 1917, et bien sûr au cours de la même année de l'effondrement de l'empire des tsars : "Les Habsbourg avaient toujours une carte à jouer en Russie : le mouvement national ukrainien". Et l'on découvre cet étrange (et absolument oublié) "domaine royal ukrainien", en Galicie et Bukovine, frontalier de la république populaire d'Ukraine à l'est et de la Double-Monarchie à l'ouest. Mais Guillaume est aussi le représentant de l'empereur Charles auprès des Cosaques, des mouvements paysans, des Eglises. On croise aussi les "terribles" Zaporogues, qui "ne quittaient jamais leurs sabres, même à l'église ou à confesse" et on assiste aux manoeuvres (manquées) pour proclamer la monarchie en renversant l'hetmanat ukrainien sous protectorat allemand. Ce n'est plus de l'histoire, c'est un roman d'aventure. Après la fin de la Grande Guerre (Guillaume a à peine 24 ans), voici venir la guerre civile, l'exil doré en France (et l'on croise Mistinguett), la montée des régimes autoritaires auxquels il est d'abord sensible, puis l'avènement du nazisme et la Seconde guerre mondiale qui le trouve sous uniforme allemand, alors que son frère resté en Pologne est écroué par la Gestapo. Il change d'avis après le déclenchement de l'opération Barbarossa : "Si l'Allemagne avait utilisé le nationalisme ukrainien, elle aurait gagné la guerre". Et voilà notre prince de Habsbourg engagé aux côtés des services de renseignement alliés, occidentaux d'abord, puis dans l'Autriche sous quadruple occupation de 1945, où il recrute des nationalistes ukrainiens pour les services français ! En 1947, il revient même à Lvov, car "des milliers de partisans se battaient toujours contre l'imposition du communisme en Pologne, en Ukraine occidentale et dans les Etats baltes". Arrêté, jugé, condamné en 1948 pour "avoir aspiré à devenir roi d'Ukraine en 1818, avoir dirigé les Cosaques libres en 1921 et avoir collaboré avec les services secrets britanniques et français", il meurt de tuberculose dans sa cellule.

Une vie extra-ordinaire au sens propre, au milieu de toutes les turbulences de l'Europe orientale, un livre qui se lit comme un roman, une plongée dans toutes les affaires d'Autriche, de Pologne et d'Ukraine à travers la vie d'une homme oublié. 

Gallimard, Paris, 2013, 375 pages. 22,90 euros.

ISBN : 978-2-07-013972-9.

Archiduc oublié

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 06:30

Churchill

Sophie Doudet

Pari osé et risqué que de se lancer dans une nouvelle biographie en petit format de Churchill, alors que les livres sur le grand homme d'état britannique paraissent à un rythme soutenu ! Pari osé, mais beau pari.

Rappelant dans les premières pages que, selon le vieux lion britannique, "Ceux qui prétendent que rien n'a jamais été réglé par la guerre disent des âneries. En fait, rien dans l'histoire n'a jamais été réglé autrement que par la guerre", l'auteure, spécialiste de littérature, nous offre un portrait complet de son "héros-sujet", de la guerre des Boers à Gallipoli, du ministère de l'Armement à l'entre-deux-guerres, de la crise de 1939-1940 à son échec électoral de juillet 1945, mais à aussi son activité dans l'immédiat-après deuxième guerre mondiale. Pour ceux qui s'intéressent aux conflits du XXe siècle, l'intérêt est évident. En proportion toutefois, les chapitres consacrés à la période du deuxième conflit mondial occupent une place plus importante. L'ensemble s'appuie sur de très nombreuses citations, de multiples anecdotes. Quelques erreurs factuelles (l'évacuation de Gallipoli ne se termine pas le 8 décembre 1915) et un sentiment de défense et de promotion de Churchill au fil des pages sont à souligner. Mais ces réserves n'interdisent pas de considérer qu'il s'agit là d'un volume que chaque étudiant doit connaître, tant cet homme excessif et entreprenant mérite que l'on s'intéresse très tôt à lui. Au hasard des chapitres, nous croisons en effet pratiquement tous les grands hommes politiques et chefs militaires britanniques, européens et américains du XXe siècle, généralement décrit avec ironie, verve et parfois un zeste de méchanceté.

Un petit livre qui doit figurer dans la bibliothèque de travail de chacun et qui invite aussi à se plonger dans d'autres ouvrages plus détaillés.

Folio Histoire, Paris, 2013, 260 pages. 8,20 euros.
ISBN : 978-2-07-044741-1.

Le vieux lion

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 08:45

Le général de Clausewitz

Paul Roques

Cette réédition d'un ouvrage paru chez Berger-levrault en 1912 est intéressante à plus d'un titre, car elle nous présente certes la biographie du célèbre général prussien adversaire de Napoléon, mais elle le fait avec les mots et dans le contexte de l'avant Première Guerre mondiale. Bien sûr, l'historiographie a progressé depuis 1912, mais au-delà des analyses intellectuelles, les fondamentaux, les faits, restent ce qu'ils étaient.

Le livre se divise en fait en deux grandes parties. La première, chapitres I à IV (pp. 13-103), correspond effectivement à une biographie classique, selon un récit chronologique, de sa naissance près de Magdebourg en 1780 à son décès en 1831 dans la région de Breslau. On apprécie la simplicité du propos, parfaitement lisible, et la précision relative d'une histoire que, de Iéna en Russie et aux "guerres de libération allemandes" on connait dans ses grandes lignes. Il est intéressant d'y noter que l'influence réelle de Clausewitz sur l'organisation et le fonctionnement de l'armée prussienne fut à la fois bref et faible et que dès les campagnes napoléoniennes terminées elle devient presque marginale. Le dernier chapitre de cette première partie, "Dernières années" nous présente les nombreux textes également rédigés par Clausewitz et souvent fort peu connus, étouffés en quelque sorte sous la réputation mondiale du fameux De la guerre.

La seconde partie, chap. V à VII (pp. 105-152), nous permet de pénétrer plus avant dans la compréhension des analyses de Clausewitz avec la présentation des huit "livres" (inachevés) qui constituent le monumental De la guerre, dans sa nature, sa théorie et sa conduite. On s'y rend compte que Clausewitz ne fut pas que le théoricien de la continuation de la politique par la guerre, mais qu'il traita également longuement de vraies questions tactiques et stratégiques. Et ce jusqu'aux travaux les plus tardifs : "Les dernières pages, probablement écrites en 1828, sont consacrées à esquisser un plan d'attaque contre la France". Sans oublier cette ultime citation de Schlieffen : "Les semailles que Clausewitz a répandu ont donné leurs véritables récoltes sur les champs de bataille de 1866 et de 1870-1871".

Un solide introduction à la vie et à la pensée de ce général prussien et théoricien militaire, dont il faut toutefois souligner que si sa pensée fut particulièrement féconde, il ne remporta paradoxalement jamais une victoire sur le terrain. Un livre à connaître par tous ceux qui commencent à étudier ce domaine de "l'art militaire".

Editions Astrée, Paris, 2013, 157 pages, 18 euros.

ISBN : 979-10-91815-01-7. 

Une biographie classique

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 06:30

Chief of Staff

The Principal Officiers behind History's Great Commanders

David T. Zabecki (Dir.)

Voici une étude tout-à-fait originale, dans la mesure où elle s'attache à retrouver et à détailler des personnages dont on parle parfois fort peu alors qu'ils sont les véritables chevilles ouvrières de l'organisation militaire : les chefs d'état-major.

En deux volumes, David T. Zabecki et les différents contributeurs s'efforcent ainsi de redonner vie aux officiers généraux généralement "cachés" par la personnalité et la gloire de leurs chefs immédiats. Le premier volume traite de la période qui s'étend des guerres napoléoniennes (Berthier, von Gneisenau) à la Première Guerre mondiale (Ludendorff, Hoffmann, Weygand, Lawrence, Harbord, etc.), tandis que le second nous entraîne de la Seconde guerre mondiale (Bayerlein, Speidel, Dorman-Smith, Morgan, etc.) à la guerre américaine du Vietnam. Au total, l'action de 28 chefs d'état-major des XIXe et XXe siècle est ainsi analysée et (généralement assez bien) contextualisée. Les rapports et le travail en commun entre Grant et Rawlins, entre Hindenburg et Ludendorff, entre Foch et Weygand ou entre Patton et Gaffey constituent autant de cas concrets, d'exemples éclairants qu'il est ensuite possible de comparer. Le lecteur peut aussi y suivre l'évolution générale de la structure des armées sur deux siècles, et à bien des égards les formes successives prises par "l'art de la guerre".

En résumé, un travail efficace, qui mérite sans doute d'être poursuivi et approfondi mais qui donne déjà de très utiles bases de réflexions. Par ailleurs, ce type de présentation en chapitres assez courts d'une dizaine ou d'une vingtaine de pages, se lit facilement. Chacun a bien conscience qu'avec de tels sujets traités en si peu de pages, il a été nécessaire de procéder à des raccourcis (parfois un peu rapides), mais cela n'enlève rien à l'originalité d'ensemble du travail et à l'intérêt de sa lecture.

Naval Institute Press, Annapolis (USA), 2008, 2 vol., 241 et 243 pages.

ISBN : 978-1-59114-990-3 et 978-1-59114-991-0

Des chefs militaires souvent oubliésDes chefs militaires souvent oubliés

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 07:00

Une ascension en République

Paul Doumer, d'Aurillac à l'Elysée (1857-1932)

Amaury Lorin

Ce volumineux ouvrage correspond à la thèse d'histoire soutenue en novembre 2011 par l'auteur et primée par le Sénat l'an dernier. Il retrace l'ensemble de la vie, et donc de la carrière, de l'un des principaux dirigeants de la Troisième République, que le président de la haute assemblée résume dans sa préface : "Très tôt député (député de l'Aisne en 1888 à 31 ans), Paul Doumer parcourra -et au-delà- le cursus des honneurs de la république parlementaire : député, ministre des Finances (à trois reprises dont la première fois à 38 ans), président de la Chambre des députés (1905-1906), sénateur (1912-1931), rapporteur général du budget puis président de la commissions des Finances, président du Sénat (1927-1931), enfin président de la République". Sans oublier qu'il fut auparavant gouverneur général de l'Indochine (1897-1902), mais aussi homme d'affaires et adjoint civil du général Gallieni à l'automne 1914.

De cet imposant travail qui puise à des dizaines de sources d'archives différentes, et donc d'une grande richesse, nous retiendrons quelques points forts. Le premier nous semble être la confirmation de l'extraordinaire rôle "d'ascenseur social" de l'école, permettant au fils d'une très modeste famille de province d'accéder, après avoir été apprenti, au lycée puis à l'université. Le second serait le parcours politique de cet homme, commencé à gauche, voire à l'extrême-gauche de l'époque, avant de glisser progressivement vers le centre au début du XXe siècle, puis la droite après la Grande Guerre. Au sommaire également, beaucoup d'éléments sur la création d'un ministère des Colonies puis l'organisation administrative et économique de l'Indochine, sur la création de l'impôt sur le revenu, sur la place de la franc-maçonnerie pour le haut personnel politique de la République et sur de nombreuses questions qui intéressent l'histoire militaire : "l'affaire des fiches" du ministère André, le réarmement et la loi des trois ans, son rôle aux côtés de Gallieni à partir de septembre 1914 mais aussi son irréductible opposition au général Joffre. Et après la Première Guerre mondiale, nous retrouvons les mêmes thèmes généraux dans un contexte différent : la reconstruction du département de l'Aisne après 1918, les questions financières et budgétaires, les sujets coloniaux et les problèmes militaires. Après son assassinat le 6 mai 1932 par un déséquilibré russe d'extrême-droite, "la mémoire du président assassiné rejoint celle de ses quatre fils morts pour la France" pendant la Grande Guerre.

Très largement référencé, étoffé de nombreux documents annexes, cette biographie de référence ne supporte sans doute qu'une critique : l'attachement manifeste de l'auteur pour son sujet, ce qui le conduit parfois à manquer de recul dans l'approbation et à ne pas remettre en cause les décisions, gestes et choix de Doumer. Ceci étant, ce livre est une véritable "mine" d'informations sur la vie politique de la IIIe République, comble réellement un déficit dans l'historiographie existante et aborde très souvent par ce prisme des thèmes directement liés à l'histoire militaire de la France. Un ouvrage indispensable.

Editions Dalloz, Paris, 2013, 601 pages, 64 euros.

ISBN : 978-2-247-12604-0.

Amaury Lorin a bien voulu répondre à quelques questions pour nos lecteurs :

Question : Le titre de votre ouvrage est en lui-même tout un programme : Une ascension en République… Si elle est effectivement exceptionnelle, témoigne-t-elle d’une réalité plus large de renouvellement des élites à l’époque, et peut-être aujourd’hui disparue ?

Réponse : À travers le cas jusqu’alors méconnu de Paul Doumer, ce sont en effet les voies et les moyens de la promotion sociale sous la IIIe République que je me suis efforcé d’explorer dans mon ouvrage. Le cas de Doumer, fils de cheminot tenu de travailler à l’âge de douze ans comme apprenti-graveur, illustre l’ambition des pères fondateurs de la République, selon lesquels l’éducation oriente les sociétés vers le progrès et constitue, grâce au diplôme, le plus sûr moyen d’ascension sociale, posant le mérite individuel en garant de la réussite. En cela, le parcours de Doumer est bien représentatif des « couches nouvelles » émergentes, dont Gambetta annonce l’avènement politique dès 1872. Ensuite, d’autres vecteurs (notamment la franc-maçonnerie, les entourages et les réseaux d’influence) sont intervenus pour franchir les étapes suivantes, avec deux césures fortes dans son cas : son quinquennat comme gouverneur général de l’Indochine (1897-1902), tremplin dans sa carrière ; puis son implication tout à la fois personnelle et politique dans la Grande Guerre (1914-1918). L’itinéraire de Paul Doumer apparaît ainsi à la fois représentatif de certains aspects structurels de la IIIe République, en écho à l’œuvre historiographique de Serge Berstein sur le modèle républicain, et à maints égards singulier.

Question : Finalement, en dehors de son appartenance à tel ou tel groupe parlementaire, quels ont été les idéaux politiques de Paul Doumer et est-il parvenu, au moins partiellement, à les faire progresser lorsqu’il était aux responsabilités ?

Réponse : Paul Doumer, radical ayant évolué vers le centre-droit avant de revenir vers le radicalisme pour se faire élire président du Sénat (1927-1931), a révélé une extraordinaire aptitude à tirer parti des circonstances changeantes de la conjoncture nationale. Son opportunisme assumé contraste toutefois avec la constance des idées qu’il a invariablement défendues pendant près d’un demi-siècle (1887-1932), tant en matière fiscale, coloniale, que militaire, pour n’en retenir que trois. D’abord, sa tentative, vaine, d’instituer l’impôt sur le revenu en sa qualité de ministre des Finances a entraîné la chute en avril 1896 du gouvernement Bourgeois, renversé par le Sénat. S’il a fallu attendre les circonstances de l’été 1914 pour que cette mesure soit introduite par Caillaux, tout le travail préparatoire de Doumer a été essentiel sur ce dossier essentiel du régime. Ensuite, ses efforts en vue de la création d’un ministère des Colonies (1894) ont scellé chez lui un inébranlable credo colonial, qu’il n’a jamais remis en cause. L’Exposition coloniale internationale de 1931, année de son élection à la présidence de la République, en constituera le point d’orgue. Enfin, partisan d’une armée forte, Doumer jouera notamment un rôle décisif comme rapporteur de la loi militaire « de trois ans », dont il a fait accélérer le vote le 5 août 1913 par le Sénat.

Question : Que pouvez-vous nous dire de la qualité de ses relations avec Gallieni à partir de septembre 1914 ?

Réponse : Doumer, alors sénateur de Corse, se met spontanément à la disposition du général Gallieni, gouverneur militaire de Paris, auquel il écrit le 4 septembre 1914 : « Je sais commander, je saurai obéir ». Il se propose de le décharger de tous les problèmes d’intendance, bref, de tout ce qui ne concerne pas le commandement militaire. Pendant cent jours décisifs, qui voient notamment le fameux épisode de la bataille et des taxis de la Marne, Doumer gère ainsi les affaires civiles aux côtés de Gallieni. Tant et si bien que ces deux derniers sont même accusés, à ce moment précis, de vouloir fomenter un coup d’État, rien de moins, alors que le gouvernement et les Chambres ont fui à Bordeaux. Doumer et Gallieni, c’est la rencontre de deux grandes énergies. Gallieni admire les vertus républicaines de Doumer, dont il note qu’il a « une envergure d’homme d’État ». Le souvenir de 1870 hante les deux hommes, qui partagent d’autres convergences : même allégeance au groupe des modérés de Waldeck-Rousseau ; même hostilité à la politique d’Émile Combes et du général André ; même passé colonial. Doumer a pour Gallieni une profonde admiration. De son côté, Gallieni écrit de Doumer : "Avec lui, tout se fait vite, bien et sans bruit. D’ici quelques temps ou après la guerre, on parlera certainement de lui"

Question : Quels arguments objectifs Doumer développe-t-il pour s’opposer à Joffre dans les mois qui suivent ?

Réponse : La relation entre Doumer et Joffre a, en revanche, été exécrable. L’exercice du droit d’investigation des commissions parlementaires, dont le principe a été accepté par le gouvernement, sur les territoires soumis à l’autorité militaire a, notamment, vivement opposé les deux hommes. Joffre s’est ainsi plaint avec véhémence auprès de Millerand, ministre de la Guerre, des initiatives de Doumer au cours de l’hiver 1914-1915, considérées par lui comme de véritables empiètements sur son autorité. Espérant, en décembre 1914, être ministre de la Guerre et pouvoir alors remplacer Joffre, contre lequel il est plein de mauvaises intentions, par Gallieni, dont il est grand partisan, Doumer sera toutefois déçu : dès la rentrée du gouvernement à Paris, le cabinet civil du gouverneur militaire de Paris disparaît... En mars 1915, Doumer n’en continue pas moins de mener une vigoureuse campagne contre le général Joffre, auquel il reproche d’user, par sa méthode, les troupes sans profit sérieux, nécessitant l’appel à de tous jeunes gens. Car Doumer est directement informé des difficultés croissantes du front par ses cinq fils combattants. Ainsi exulte-t-il quand Joffre est relevé de son commandement le 27 décembre 1916 : "Je m’honore d’avoir personnellement tout fait pour obtenir cette mesure indispensable".

Question : Le drame du 6 mai 1932 était-il évitable ?

Réponse : Doumer se savait menacé. Plusieurs menaces de mort lui avaient en effet été adressées. Il ne cessait de répéter : « Après tout, à mon âge, ce serait une belle fin que de mourir assassiné ». Une accumulation d’indices, notamment une lettre reçue quelques jours plus tôt au commissariat de police du VIIIe arrondissement de Paris du colonel russe Fedossenko, annonçant la préparation d’un attentat contre le président de la République française, ne laissait rien présager de bon. Malgré les risques, Doumer a tenu à inaugurer personnellement le salon des écrivains combattants le 6 mai 1932 à Paris. Une première polémique a concerné les circonstances dans lesquelles les premiers soins furent administrés au président : un exemple d’erreurs médicales à éviter en traumatologie d’urgence. Raté par l’assassin, on dit que le président fut achevé à coups de gaffes… Une seconde polémique a accusé le service de sécurité du président de manquements. Aucune précaution particulière ne fut en effet prise le 6 mai 1932, ce qui est surprenant dans un tel contexte. D’ailleurs, parmi les conséquences immédiates du drame, le décret du 21 mai 1932 rattachera le service de Sûreté de la présidence de la République à la préfecture de police de Paris, pourvue des moyens matériels les plus immédiats et les plus puissants.

Question : Paul Doumer a perdu quatre de ses cinq fils des suites de la Grande Guerre. Ce drame familial a-t-il exercé une influence sur son parcours politique ?

Réponse : La Grande Guerre n’a pas surpris Doumer. Dans toute la mesure de ses moyens, en particulier parlementaires, il en a réclamé l’active préparation. Le rôle politique de tout premier ordre qu’il a joué au cours de la Grande Guerre a pris un relief singulier avec la perte de quatre de ses cinq fils combattants (1914-1923). Dès lors, les deux dimensions, publique et privée, de son implication apparaissent inextricables. La douleur du père endeuillé, le sacrifice de ses fils ont nourri l’action de l’homme politique, jusqu’à expliquer en partie son élection à la présidence de la République le 13 mai 1931 contre Aristide Briand. Durement accusé, après guerre, d’avoir aimé davantage la France que ses enfants, Doumer, tirant une fierté patriotique de la mort au front de ses fils, déclare préférer ces derniers « morts pour l’honneur » que « vivant dans le déshonneur ». Doumer a changé de stature avec la Grande Guerre. Il en est devenu un témoin moral de premier plan, notamment vis-à-vis des anciens combattants, et a bénéficié d’un surcroît d’autorité morale et d’un capital de sympathie rehaussés par la perte de ses quatre fils à la guerre, « grâce funèbre » considérée comme son « fonds de commerce » par ses adversaires politiques, faisant de lui un symbole patriotique vivant. Il a, dès lors, joui d’une surface politique considérable : un atout maître dans la poursuite de sa carrière nationale.

Merci pour ces précieux compléments d'information et plein succès pour votre livre.

Méritocratie républicaine

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 07:00

Jean Lartéguy

Le dernier centurion

Hubert Le Roux

Qui était-il ?

Ecrire la biographie d’un homme au parcours si varié n’est pas chose facile. L’exercice est encore plus délicat lorsque l’objet de l’étude est un personnage aussi controversé que Jean Lartéguy, "macho colonialiste" pour les uns, "généreux" et "pudique" pour les autres. Et le projet demande encore plus de prudence lorsque l’auteur se définit lui-même comme « confident intime » du sujet.

C’est assez dire si ce livre doit être lu avec soin, et Jacques Chancel souligne dans sa préface que cette biographie est « très fouillée, amicale mais sans complaisance ». L'Indochine y occupe une place importante comme l'indique cette phrase, qui témoigne à jamais de l’engagement d’une vie : « On ne sait jamais quand on revient d’Extrême-Orient ni dans quel état. Moi je n’en suis jamais revenu ». Une vie exceptionnelle : commando de la France Libre, officier, journaliste de guerre, auteur à succès, il est, avec son célébrissime Les Centurions, « à l’origine d’innombrables vocations militaires ». Né en 1920 d’un père ancien combattant et militant nationaliste, Lucien Osty s’engage dès l’automne 1939, à l’âge de 19 ans et suit bientôt un peloton d’élève-officier avant de réussir le concours d’entrée à Saint-Cyr au moment où les armées allemandes écrasent les résistances françaises : « Dans ces heures fiévreuses de la défaite, Lucien Osty découvre sa double nature de soldat et de rebelle. L’aventure de la guerre ne le lâchera plus ».

Un peu d’errance, les prisons espagnoles, l’arrivée en Angleterre, l’engagement dans la France Libre et la formation précèdent le débarquement, la campagne de France, la Libération. Désigné pour suivre un stage dans une école d’officier au printemps 1945, il préfère quitter l’armée comme sous-lieutenant. Rapidement, il est plus ou moins recruté par les services spéciaux et séjourne à Téhéran, sous couverture de journaliste. Journaliste qu’il va devenir effectivement, tandis que son appartenance formelle aux services de renseignement français reste sujette à caution. C’est alors que paraissent dans Le Parisien Libéré les premiers articles sous pseudonyme, signé Jean Lartéguy. C’est Max Corre, patron de Paris-Presse-L’Intransigeant qui lui propose de devenir « officier-reporter » pour décrire aux Français la guerre de Corée. Lartéguy y rencontre en particulier un chef mythique, Monclar, général de corps d’armée rengagé volontaire comme simple lieutenant-colonel, mais, s’il fait son devoir et gagne au passage une nouvelle citation, il ne parvient pas à faire sienne cette guerre : « C’est pour cela que cette guerre est sinistre : parce que personne ne fait sa guerre à lui et que le technocrate a remplacé l’entraîneur d’hommes ». Blessé, il séjourne un temps au Japon et, dès son retour en France, écrit Du sang sur les collines, publié en 1954, qui, re-écrit, deviendra Les Mercenaires. Désormais, c’est l’Indochine qui l’envoûte. Non seulement il suit les opérations, mais participe même à certains coups de main : « Pour les militaires, Lartéguy n’est pas un journaliste comme les autres. Courageux, présent au feu, c’est un des leurs ». Le drame de Dien Bien Phu est un choc et se développe le sentiment que l’armée a été lâchée par le politique : « Les Français ne pensent plus qu’à s’enfermer dans leur petit pays, leurs petites villes, leurs petites maisons et, comme des vieillards, ils ne regardent plus le monde qu’à travers leurs fenêtres … Ils veulent leur retraite, toucher des pensions et qu’on les laisse épousseter leurs vieilles gloires. La France capitule, par égoïsme, par paresse, pour qu’elle puisse s’endormir dans une douillette décadence ». Il tire de ces expériences la matière de nouveaux romans, qui seront autant de succès et observe maintenant les progrès du Viet Minh au Sud et au Laos.

La guerre se poursuit désormais en Algérie, où il se montre sévère pour tous, y compris l’armée française et critique « la culture développée de l’esprit de boutique ou de chapelle », et ne passe rien à de Gaulle : « Ce fut la cause d’une cassure durable entre la France et son armée et, peut-être plus grave encore, d’une perte de foi et de caractère toute aussi longue chez beaucoup de chefs militaires ». Seuls les hommes comme Bigeard, l’un des modèles des Centurions, trouvent grâce à ses yeux : « chez les officiers américains, le livre devient peu à peu un livre culte ». Grand reporter reconnu, il est contacté pour rejoindre l’OAS, ce qu’il refuse. Il ne prend parti ni pour, ni contre et s’efforce de rester un journaliste neutre malgré ses amitiés. Et cette pirouette : « Officier honoraire de l’armée française, je suis devenu pacifiste depuis que l’on perd toutes les guerres » ! Pendant de longues années, il alterne entre l’écriture de romans et la rédaction d’articles à partir de toutes les zones de guerre ou de crise, le Liban, le Vietnam, Cuba, la Bolivie où il se laisse un temps fasciner par le mythe de Che Guevara. Israël puis à nouveau l’Extrême-Orient l’appellent et ce sera L’Adieu à Saigon, « chronique au jour le jour de la fin du Sud-Vietnam ». L’homme vieilli et c’est bientôt la fin des voyages et des aventure, même pour Lartéguy.

Une vie plus dense qu’un roman. Une aventure humaine comme on en connait peu en cette seconde moitié du XXe siècle. Une succession d’expériences d’abord comme militaire puis aux côtés des militaires. Un regard à la fois aimant et critique. Une biographie qui passionnera les amateurs et apportera quelques éléments utiles aux historiens.

Tallandier, Paris, 2013, 345 pages. 23,50 euros.
ISBN : 979-10-210-0059-9

Le Centurion

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 07:00

Rol-Tanguy

Des Brigades internationales à la libération de Paris

Roger Bourderon

Considéré comme l'un des grandes figures françaises de la lutte contre les totalitarismes, Henry Tanguy reste paradoxalement peu connu. Son rôle comme chef régional des FFI au moment de la libération de Paris en août 1945 tend en effet à éclipser le reste d'une vie d'engagements.

Roger Bourderon, déjà auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire du Parti communiste pendant la Seconde guerre mondiale -et par ailleurs très proche d'une "conception marxiste de l'histoire", pour autant que cela puisse dire quelque chose-, nous propose ici (réédition légèrement augmentée d'un livre paru en 2003) une biographie complète de celui que Christine Levisse-Touzé définit dans sa préface comme un homme "fidèle au Parti", mais qui "conserve son libre arbitre".

Divisé en six grands chapitres chrono-thématiques ("Engagements, 1908-1936", "Au combat, 1937-1940", "Résistance, 1940-1944", "Libération, juin-août 1944", "Officier, 1944-1962" et "Fidélité, 1962-2002"), le livre nous présente à la fois l'homme public, engagé les armes à la main dans les combats des années 1930 et 1940, mais aussi l'homme privé, dans son cercle intime. Dans son avant-propos, l'auteur rappelle d'ailleurs qu'il a rédigé cette biographie avec l'accord de l'intéressé qui "a relu tous les chapitres de cet ouvrage jusqu'en juillet 1944 inclus. Il m'a donné son accord sur la façon dont y sont rapportées ses propres paroles. Il a participé de très près à l'élaboration des pages consacrées au mois d'août 1944". Nous touchons ici à la limite de l'exercice car, si l'ouvrage emporte globalement notre adhésion, nous restons toujours prudent lorsqu'une grande proximité personnelle voire idéologique parait lier l'auteur à son sujet. On lira avec un intérêt particulier le chapitre VI consacré à la guerre d'Espagne, où il effectue un premier séjour comme commissaire politique à l'arrière du front (1936-1937), puis un second, toujours comme commissaire politique mais affecté cette fois à la 14e brigade internationale (en 1938). Pratiquement aucune critique, aucune réserve : ni l'emploi des brigades, ni le rôle de Marty, rien ne semble devoir être remis en cause. Si les trosième et quatrième parties apportent également leur lot de précisions en présentant le point de vue de Rol tanguy (globalement toujours univoques cependant) sur des événements dans l'ensemble bien connus, on apprécie également les deux dernières parties qui lèvent (partiellement ?) le voile sur les années qui suivent la Libération : une carrière militaire pour le moins cahotique dans le contexte peu favorable de la guerre froide et une retraite qui témoigne d'une grande fidélité au Parti communiste et aux souvenirs des combats de jeunesse.

Au total,  malgré un parti pris très favorable au sujet (que l'on découvre sous un jour nouveau par rapport à l'image conventionnelle généralement présentée), une vraie plus-value pour l'histoire de la période, et l'on apprécie la précision et la diversité des sources citées. Un livre qui, complété par d'autres études, doit figurer dans vos références.

Tallandier, Paris, 2013, 768 pages, 29 euros.

ISBN : 979-10-210-0156-5

Communiste, résistant, soldat

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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