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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 07:00

Pierre Messmer

Au croisement du militaire, du colonial et du politique

François Audigier, François Cochet, Bernard Lachaise et Maurice Vaïsse (Dir.)

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Paradoxalement, alors que Pierre Messmer a été, depuis la France Libre (Compagnon de la Libération dès 1941) jusqu'à son dernier poste ministériel (chef du gouvernement en 1972-1974 sous la présidence Pompidou), une figure essentielle du gaullisme et de la vie politique française, aucune grande étude scientifique ne lui avait été consacrée. La publication des actes de l'important colloque tenu du 7 au 9 avril 2011 au Conseil régional de Lorraine (qu'il présida en 1978-1979) est donc une excellente nouvelle.

Une brillante équipe d'universitaires et chercheurs (28 communications rassemblées) nous propose ainsi un portrait complet, parfois intimiste, toujours précis, de celui qui fut officier de Légion et combattant à Bir Hakeim, gouverneur de la France coloniale, adversaire déterminé des partisans de l'Algérie française par fidélité au général de Gaulle, acteur d'une profonde réorganisation des armées comme ministre alors qu'une partie de l'institution voit en lui (au moins au début) un adversaire, ministre des DOM-TOM alors que se posent de graves questions d'évolutions statutaires et de développement économique, Premier ministre enfin, deux fois reconduit dans ses fonctions par le président de la République. Au-delà du personnage public à l'échelon national, il y a l'élu local, enraciné en Lorraine et député-maire de Sarrebourg, mais aussi l'écrivain et hommes de lettres, élu à l'Académie des sciences morales et politiques en 1988 puis à l'Académie française en 1999, au fauteuil de Maurice Schumann. Il faudrait encore ajouter qu'il fut chancelier de l'ordre de la libération et président de la Fondation de la France Libre. "Personnage plus complexe qu'il n'y parait" , il fut un homme de fidélité, en particulier à ses idées, et un ardent défenseur du gaullisme (dans toutes ses manifestations et ses décisions). Un personnage dont Maurice Vaïsse dit, dans sa conclusion, qu'il fut un "homme d'autorité, il est toujours resté le soldat discipliné pour lequel le devoir c'est d'obéir, même en politique". Et l'on serait tenté d'ajouter : surtout aux niveaux de responsabilités qui furent les siens...

Un ouvrage absolument indispensable pour tous ceux qui souhaitent mieux comprendre et en connaître davantage sur la vie politique française des soixantes dernières années.

Riveneuve éditions, Paris, 2012, 509 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-36013-092-4.

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 07:00

Lawrence d'Arabie

Michel Renouard

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Un de plus ! Et un de plus dans le même style que les précédents !

Si vous voulez rêver, si vous voulez vous laisser emporter par la puissance évocatrice, inspiratrice, d'une aventure humaine exceptionnelle, ou si plus simplement à l'approche des vacances vous souhaitez disposer d'un petit livre sympa, cette Nième "biographie" de Lawrence est pour vous. Le livre est bien écrit et agréable. Il nous entraine d'Oxford en Orient, de Damas à Londres et aux Indes, nous permet d'approcher un personnage complexe, certes, mais finalement rendu sympathique par ce mélange de fragilité intérieure et d'extraordinaire volonté. En moins épais (et moins cher), nous sommes dans le registre de la célèbre série de Benoist-Méchin, "Le rêve le plus long de l'histoire" (Lawrence d'Arabie, ou le rêve fracassé). Un plaisir de lecture hivernale, l'esprit vagabondant d'une page à l'autre et d'un espace à l'autre.

Pourtant, ce n'est pas un livre d'histoire. Loin de là. Et il semble presque impossible (par rapport au nombre de volumes publiés) de rédiger une biographie autre que d'auto-célébration du "roi secret d'Arabie". Pour la partie que nous connaissons le mieux, celle qui va de 1914 à 1919, les approximations sont innombrables et les présentations sont faussées par les références quasi exclusives aux écrits de Lawrence et de ses thuriféraires. Quelques exemples : "Divers conseillers ou instructeurs européens, le Français Brémond par exemple..." : Brémond n'est pas "conseiller", mais chef de la Mission militaire du Hedjaz, qui comptera jusqu'à près de 300 personnels et dont les détachements participent systématiquement à toutes les actions des colonnes hachémites. D'ailleurs, le livre du colonel Brémond, Le Hedjaz dans la guerre mondiale (Payot, 1931), ne figure pas en bibliographie... Il faut dire qu'il est très critique pour Lawrence. La prise d'Aqaba : "Les alliés veulent s'en emparer. La seule solution envisagée -c'est celle que préconise le colonel Brémond- est d'arriver par la mer Rouge, mais le risque est réel puisque la bourgade, entourée de montagnes, est protégées par des batteries turques tournées vers la mer". Mais les Franco-Britanniques ont déjà débarqué brièvement à plusieurs reprises pour détruire les pièces lourdes d'une garnison presque totalement isolée (donc non ravitaillée ou très mal) et la "bourgade" n'est plus défendue que par un petit bataillon turc démotivé. Le capitaine Pisani, "officier algérien" : la formule est systématiquement employée par les historiens britanniques, pour parler des officiers français du 19e corps (Algérie-Tunisie) et cette distinction volontaire n'est pas neutre. Les difficiles combats au sud de Maan et en direction de la vallée du Jourdain : ce sont les artilleurs et les mitrailleurs français qui "sauvent la mise" de Lawrence, ce qui n'est que marginalement abordé. En bref, la quasi-totalité des faits présentés pour la période de la Grande Guerre le sont dans la droite ligne des ré-écritures ultérieures par Lawrence lui-même ou ses admirateurs. D'ailleurs, regardez la bibliographie finale et listez les titres qui manquent...

Finalement, comme le dit l'auteur au bas de la page 171, en évoquant la rencontre entre Lawrence et le journaliste américain Lowell Thomas qui créera de toute pièce la légende du "roi non couronné d'Arabie" : "Peu importe les erreurs, les imprécisions, les exagérations et les fables. Le bruit médiatique ne s'embarasse pas de rigueur scientifique". C'est bien cela : une aventure sur fond de désert, une biographie romancée ou un roman historique, à prendre et à apprécier comme tel. Mais pas un livre d'histoire qui, à ce jour, sur ce personnage, reste à écrire.

Rémy PORTE

Folio Biographie, Paris, 2012, 312 pages. 8,60 euros.

ISBN : 978-2-07-044414-4.

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 07:00

La faveur et la gloire

Le maréchal de Bassompierre mémorialiste (1579-1646)

Mathieu Lemoine

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Quelle vie ! Et quel prince !

En dépit des apparences, il ne s'agit pas ici, à proprement parler, d'une biographie, mais plutôt, en "prenant le prétexte" de la vie du maréchal de Bassompierre, d'une étude presque sociale sur la haute noblesse, sa formation, ses aptitudes, ses ambitions, ses combats et peut-être les causes de sa chute. Mathieu Lemoine nous propose, certes, un récit complet de la vie de François II de Bassompierre, maréchal de France, ami et fidèle d'Henri IV, de la reine mère pendant la Régence, puis du jeune Louis XIII, avant d'être disgrâcié et, au sens propre, embastillé par la volonté de Richelieu, mais il nous fait aussi approcher et comprendre tout son environnement d'une part, la profondeur et le sens des ses Mémoires d'autre part.

Présentons immédiatement une réserve. Pour notre part, aussi éminentes et réelles que soient les qualités d'historien du professeur Denis Crouzet, nous regrettons le caractère pour le moins "ampoulé" de la préface. Lorsqu'il devient nécessaire d'utiliser un dictionnaire à chaque ligne et de réfléchir au sens propre de chaque mot, le lecteur n'a qu'une envie : sauter la page ! Et, pour un auteur, ne pas se mettre "au niveau" du lecteur" est le meilleur moyen de ne pas faire passer ses idées et de rater une occasion pour diffuser une "Histoire" de qualité... Un exemple : "Cette histoire possible ... est remarquablement mise en valeur, dans une sorte de pari herméneutique qui relève d'une phénoménologie du discours envisagé comme mu et animé de l'intérieur par une structure paradoxique et devant en conséquence être analysée dans un dialogue constant entre les différentes potentialités sémantiques et interlocutives qui lui donneraient sa dynamique de sens" ! Ouf ! En clair, vous pouvez commencer votre lecture page 23, où débute le (beau et bon) texte de Mathieu Lemoine.

L'ouvrage est organisé en quatre grandes parties, qui ne suivent pas la chronologie. La première, "Vers les Mémoires", est centrée sur la fameuse "Journée des Dupes", qui se solde en particulier par la disgrâce de Bassompierre. La seconde, "Bassompierre et le roi", reprend plus largement la vie du héros du livre, de son arrivée à la cour de France en 1598 à sa disgrâce progressive au cours des années 1620. La troisième, "Bassompierre et l'identité nobiliaire", revient en détail sur ce qui fait la "grandeur" d'une lignée, sa famille et son héritage moral et intellectuel, ainsi que la traduction de ces valeurs dans les faits, pour la plus grande gloire du souverain et des siens. La dernière enfin, "Bassompierre au delà des Mémoires", nous présente une mise en perspective de ces Mémoires, décrit la bibliothèque du prince et son rôle social, l'importance de ce texte pour ériger un monument durable à une certaine forme d'idéal nobiliaire.

On apprécie que chaque partie fasse l'objet d'une introduction et d'une conclusion partielle, et que le livre se termine à la fois sur différentes annexes (chronologie, généalogie, etc.), un bel index et une abondante liste de sources et bibliographie. Parfaitement imprimé sur un beau papier, voici donc un ouvrage de grande qualité qui, bien au-delà d'une "simple" biographie (et cet exercice est déjà difficile), nous entraine dans un vaste voyage spatial, temporel et intellectuel. Un livre original, indispensable à tous les amateurs de l'histoire des XVIe et XVIIe siècles.

PUPS, Paris, 2012, 609 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-84050-771-0.

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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 07:00

Paul Painlevé

Science et politique de la Belle Époque aux années trente

Anne-Laure Anizan

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Issue d’une thèse soutenue brillamment à Sciences Po Paris en 2006, reconnue aussitôt par l’Assemblée nationale qui accordait à son auteur la mention spéciale du prix de thèse, la publication de l’ouvrage d’Anne-Laure Anizan était attendue à la fois par les chercheurs spécialistes d’histoire politique mais également pas ceux qui s’intéressent au fait militaire sans oublier les historiens de la technique. C’est dire si l’étude de la vie de Paul Painlevé (1863-1933), à la fois homme politique de premier plan et savant éminent, recouvre de nombreux domaines tout en montrant que, s’il est parfois utile et nécessaire de séparer les champs de recherche, l’analyse historique ne saurait se laisser séquencer à outrance sans perdre de sa valeur heuristique. C’est donc là tout l’intérêt des biographies qui, par l’objet même des recherches, obligent à croiser différents mondes, différents univers et à en montrer une complexité qui, pour être incarnée, n’en est pas moins celle du monde dans son ensemble. Loin de « l’illusion biographique » bourdieusienne, l’important travail de dépouillement d’archives privées et publiques effectué tend à prouver que « la biographie comme genre historique » doit pouvoir trouver toute sa place à l’université, l’auteur ayant contribué par son travail à lui redonner ses lettres de noblesse.

L’image d’un Janus constitue le fil rouge de l’analyse d’Anne-Laure Anizan car elle permet de saisir « l’ombre portée du savant sur la carrière de l’homme politique » et invite à se demander si cette dualité ne fut pas à l’origine d’un oubli relatif du personnage. Elle pose surtout la question de l’identité politique du personnage qui, par son engagement politique à gauche et son intérêt pour la chose militaire, va à l’encontre des classifications politiques communément admises.

La facture de l’ouvrage est classique mais efficace. Sur une base chronologique, Anne-Laure Anizan se propose de tracer le portrait d’un homme politique qui fut plusieurs fois ministre et président du Conseil en montrant les origines de sa vocation, sa formation scientifique puis ses premiers engagements politiques (à la faveur de l’affaire Dreyfus), son intérêt pionnier pour le domaine de l’aviation qui conditionnent l’un et l’autre son entrée en politique dans le camp des républicains socialistes. Les débuts du jeune député en politique (1910) sont particulièrement bien analysés. Anne-Laure Anizan montre clairement combien l’ancrage au centre gauche de Painlevé est peu affirmé en dehors d’une culture républicaine qui l’avait initialement projeté dans le camp de Dreyfus, et comment, tout en étant dreyfusard et « antitroisanniste », il se fait une spécialité de la chose militaire en s’affirmant à la Chambre au sein des Commissions de l’Armée, celle de la Marine, du Budget et du Suffrage universel. Painlevé devient ainsi, avant la guerre, un expert écouté de la chose militaire, reconnu particulièrement pour son intérêt pour les inventions. Tout naturellement donc, il commence la guerre au sein des commissions parlementaires davantage comme un technicien que comme un député, mais devient rapidement, en raison du bras de fer qui l’oppose au pouvoir exécutif, l’un des leaders du principe du contrôle parlementaire de la guerre. En novembre 1915, devenu ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts dans le cabinet Briand, il obtient à sa demande l’ajout de la mention « et des Inventions intéressant la Défense nationale » à sa titulature ministérielle qui lui permet de donner toute la mesure de ses capacités. Grâce à des collaborations multiples, il intensifie la mobilisation scientifique du pays. Devenu ministre de la Guerre en mars 1917 dans le cabinet Ribot, il doit régler le lourd héritage de l’affaire du Chemin des Dames. Après avoir nommé Pétain à la tête des armées françaises, il entreprend de faire réprimer les mutineries tout en inaugurant de nouveaux choix stratégiques. Si son choix d’instituer des correspondants de guerre n’est pas à proprement parler une invention (ils apparaissent avec la campagne d’Italie), il sait au mieux utiliser les ressources médiatiques que la presse doit apporter en vue d’un maintien des alliances. Bien que relatifs, ses succès lui permettent d’être nommé président du Conseil en septembre 1917, mais l’expérience est de courte durée tant son autorité politique est faible.  Il est remplacé en novembre par Clemenceau. La dernière partie de l’ouvrage aborde la position de Painlevé au temps du Bloc national.  Mis en difficulté pour son action de 1917, il doit faire une campagne très dynamique pour se faire réélire aux législatives de 1919. À cette date, il se définit politiquement comme un homme à mi chemin entre les radicaux et les socialistes unifiés, cherchant le plus possible l’union des gauches ce qu’il échoue à faire, en définitive, avec la Ligue de la République. Il s’affirme pourtant comme l’un des trois grands leaders de la gauche après 1924, obtenant avec succès la présidence de la Chambre des députés, briguant en vain à la présidence de la République mais se voyant récompensé finalement par une présidence du Conseil au temps du Cartel. En tant que ministre de la Guerre, il doit à la fois réformer l’armée - réduction du service militaire et construction de la ligne Maginot - et réprimer les révoltes  - celle du Rif au Maroc et celle des Druses en Syrie - dont il ne saisit pas les origines nationalistes.  À l’image de « Painlevé-la-guerre » qui lui est alors accolée, il oppose un discours pacifiste, et bientôt antifasciste, caractéristique de la gauche républicaine de l’entre-deux-guerres.

Au final, le Painlevé d’Anne-Laure Anizan apparaît dans toute sa complexité. Il est à la fois savant et politique, un homme appartenant à la bourgeoisie intellectuelle et à la gauche, enfin un homme qui rêvait de paix mais a dû faire la guerre. Autant par les sources utilisées que par la bibliographie - on appréciera qu’elle ouvre la porte à toutes les écoles historiques sans exclusives -  ou par le style, fluide et agréable, l’ouvrage constitue une référence. Il est publié aux PUR, très belle maison d’édition de province qu’il faut féliciter pour la qualité de ses ouvrages et son dynamisme et qui achève là un cycle Painlevé initié en 2005 par des actes de colloques auxquels Anne-Laure Anizan avait d’ailleurs participé (Claudine Fontanon et Robert Frank, dir., Paul Painlevé (1868-1933). Un savant en politique).

Julie d’Andurain

Presses Universitaires de Rennes, 2012, 431 pages, 22 euros.

ISBN 978-2-7535-2080-6.

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 07:05

Pierre Denis

Français Libre et citoyen du monde

Philippe Oulmont

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Spécialiste de la France Libre à laquelle il a déjà consacré plusieurs ouvrages, Philippe Oulmont nous propose ici une belle biographie d'un personnage important, mais pourtant tout-à-fait méconnu, de la geste gaulliste : "Pierre Denis avait été un peu partout, sans laisser beaucoup de traces", bien qu'il ait été défini par rené Cassin comme "l'un des meilleurs serviteurs de la France Libre aux heures du désastre".

Divisé en 24 chapitres qui brossent l'ensemble de la vie et de la carrière de Pierre Denis, ce livre s'ouvre sur le choix de rejoindre Londres, dès juin 1940, alors que l'intéressé a près de 50 ans, dans des circonstances assez rocambolesques que l'exode comme la désorganisation générale expliquent. Reprenant ensuite le cours de la chronologie, Philippe Oulmont nous présente le milieu familial de son héros, famille de scientifiques et d'universitaires, tous patriotes et dévoués au service de l'Etat. L'héritier sera donc normalien, agrégé d'histoire et de géographie et commence, comme boursier, en janvier 1907, un quasi "tour du monde" qui le conduit en Italie, en Afrique du Nord, en Amérique centrale et du Sud, aux Etats-Unis et sur les rives du Pacifique, avant d'occuper un poste d'enseignant en province à partir de 1909. En 1914, il suspend la préparation de sa thèse pour remplir "son devoir patriotique", comme sous-officier dans l'infanterie aux tranchées jusqu'au printemps 1915 (il définit la propagande comme "un rappel de la tradition nationale exprimé par des sots"), devient officier, sert comme officier au 2e bureau de Salonique. La guerre terminée, il reprend la rédaction de sa thèse, fait la connaissance de Jean Monnet, devient brièvement professeur des universités à Strasbourg avant de rejoindre la Société des Nations, où il croise fréquemment Paul Mantoux dont il devient le secrétaire personnel, avant de passer au cabinet de Jean Monnet, puis de s'occuper des questions financières et budgétaires. Il quitte en 1927 l'organisation internationale pour rejoindre le monde de la haute finance, "sur les pas de Monnet", et acquiert une solide expérience internationale (Etats-Unis, Chine, etc.). Celle-ci se révèle décisive dès le début de la 'Drôle de guerre' car, dès octobre 1939, il rejoint le Comité de coordination [économique] franco-britannique et séjourne longuement à Londres où, le 23 juin 1940, il rejoint de Gaulle parmi les premiers.

A son âge, Pierre Denis peut difficilement servir dans les Forces Françaises Libres combattantes. Au regard de son expérience internationale et de ses compétences, il peut être beaucoup plus utile dans le domaine financier, car la France Libre est bien loin d'avoir les moyens de ses ambitions : "Il y avait eu encore la veille 14 shillings en caisse, mais dans la journée ses réserves s'étaient épuisées, et il avait dû ajouter 10 shillings de sa poche pour faire partir deux télégrammes que le général, dans son inconscience des limites de nos moyens d'action, avait jugé utile d'expédier". Il sera donc "L'argentier des brigands, 1940-1943", celui qui permettra à la France Libre de vivre et de financer ses actions, et le créateur en 1941 de la Caisse centrale de la France Libre, dont il quitte la direction en 1943. La description de ses rapports avec les autres responsables gaullistes, avec les Britanniques et les Alliés, avec les colonies progressivement ralliées à de Gaulle montre bien la fermeté de conviction du personnage. Arrivé à Alger en juin 1943, il est coeur de l'affaire "Giraud / de Gaulle", puis fonde la Caisse centrale de l'outre-mer, retrouve Pleven et Monnet et devient, sur proposition de Mendès-France, le "chef des services financiers de la mission française à Londres" et, de fait, le conseiller financier du CFLN. Il est donc aux premières loges dans le cadre de la préparation du débarquement et de la réinstallation d'une administration française dans les territoires libérés, alors que les Américains envisage de mettre en place une administration militaire disposant de sa propre monnaie. Il quitte les affaires, à bien des égards déçus, après la Libération, non sans avoir exercé des responsabilité à la Caisse centrale de la France d'outre-mer et au Commissariat au plan naissant.

Selon son biographe, "Pour Denis, accepter la défaite est indigne de l'histoire de la France, des valeurs de la nation et des engagements du pays avec ses alliés ... Il admire de Gaulle tel qu'il est et le soutient parce que l'expérience me parait démontrer que sa personnalité est indispensable à l'édifice à bâtir".

Une superbe biographie sur un "homme de l'ombre", porté par le seul sens du devoir, et qui, à l'âge où d'autres attendaient une prochaine retraite, s'est engagé sans réserve pour donner à la France Libre les moyens de vivre, de combattre, et finalement au pays de retrouver sa place au sein des vainqueurs. Une très belle biographie, comme on les aime.

Nouveau Monde éditions, Paris, 2012, 478 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-36583-336-3.

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 07:10

Armgart de Monfreid

De la Prusse à la mer Rouge

Martine Dubarry-Gastambide

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Hétière rebelle d'une vieille famille de noblesse prussienne, Armgart Freudenfeld va vivre d'extraordinaires années avec le célèbre Henry de Monfreid. C'est leur histoire, vue par le regard de la jeune femme, que nous conte sa petite fille.

Au long de ce petit volume d'un peu moins de 140 pages, nous suivons l'héroïne, femme libre et moderne, dans les milieux artistiques (peintres en particulier) parisiens en 1910, en Alsace, en Ecosse, pendant que celui qu'elle aime est déjà parti pour la mystérieuse Abyssinie. En 1913, Armgart et Henry de Monfreid se marient dans un petit village catalan, mais Henry repart aussitôt pour Djibouti tandis que sa jeune épouse reste dans la région de Port-Vendres. Ils se retrouvent en 1915, en Egypte, alors que l'aventurier "livre une cargaison de haschich", elle revient pour quelques mois dans l'hexagone puis peut le rejoindre à Obock en décembre 1916. Jusqu'au milieu des années 1920, ils vivent entre Djibouti et l'Ethiopie, amassant parfois des sommes considérables de façon plutôt frauduleuse, dans une nature sauvage et un environnement pour le moins "rustique" qui reste celui de l'Afrique la plus profonde au début du XXe siècle. Les huitres perlières, l'opium, puis une usine électrique, un moulin et une usine de pâtes financés grâce aux trafics... Son amitié avec Teilhard de Chardin occupe une grande place dans la deuxième partie de l'ouvrage, avec plusieurs extraits de correspondances. Armgart rentre à Paris, en dépit du "refus obstiné de Henry de revenir en France". Suivent l'intervention de Kessel, le premier livre, Les secrets de la mer Rouge, primé en 1931, puis "L'amour trahi" et la guerre italo-éthiopienne, la mort, à 51 ans en juillet 1938, "vaincue mais debout".

Une vie de courage et d'amour qui croise, au large de l'Arabie heureuse et au pays du Négus, des personnages tout-à-fait extraordinaires.

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 09:40

Lieutenant-colonel Jeanpierre

Vies et mort d'un grand légionnaire

1912-1958

Daniel Sornat

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La maison d'édition spécialisée Indo-Editions ajoute ce mois-ci à son catalogue la biographie d'une figure emblématique de la Légion étrangère, celle du lieutenant-colonel Jeanpierre. Lui-même saint-cyrien de la promotion éponyme, l'auteur précise dans son introduction les sources qu'il a utilisé (archives officielles et privées comme témoignages), tout en reconnaissant que sa biographie pourrait ne pas être complète. De façon très classique, l'ouvrage s'ouvre sur deux chapitres introductifs ("Origine et jeunesse" et "L'entrée dans la carrière"), pour essayer de comprendre pourquoi le jeune Jeanpierre s'engage au 131e RI d'Orléans en décembre 1930, époque durant laquelle "les aspirations pacifiques de la majorité des populations européennes" s'expriment, en particulier en France. On peut ensuite diviser le livre en deux grandes parties : les chapîtres consacrés à la période qui s'étend de 1930 à 1945, moins connue, et ceux qui traitent des guerres d'Indochine et d'Algérie.

Jeanpierre renouvelle son contrat d'engagement jusqu'en 1935, année au cours de laquelle il est admis à l'Ecole de l'infanterie et des chars de combat, qui forme les officiers issus du corps des sous-officiers. Un an et demi plus tard, il quitte Saint-Maixent classé 5e de sa promotion, baptisée "Verdun", et fait le choix de servir au 1e régiment étranger d'infanterie (REI). Il ne quittera plus la Légion étrangère. Après l'Afrique du Nord, la Seconde guerre mondiale le trouve avec le II / 2e REI au Levant, où il apprend l'armistice de juin 1940 : "C'est un drame pour Jeanpierre ; il était jeune officier d'une armée réputée invincible, il se retrouve jeune officier d'une armée qui a été écrasée". Ce sont alors les longs mois d'une situation de plus en plus tendue entre Vichystes et Gaullistes (le "complot de septembre"), puis la campagne de juin 1941 avant l'armistice et le retour en métropole : "L'immense majorité des officiers de Légion refuse de rallier la France Libre". Jeanpierre dira plus tard : "Il y a quinze ans j'ai obéi en Syrie, je ne sais pas aujourd'hui si j'ai eu tort ou raison". On comprend le traumatisme que cette successioon d'événements a pu représenter pour toute une génération. Passé dans la Résistance après l'occupation de la "zone libre" en novembre 1942, il est arrêté par la Sicherheitspolizei à Orléans en janvier 1944 et déporté à Mauthausen, dont il est libéré en mai 1945. Promu capitaine avec effet rétroactif, il retrouve la Légion, à la tête du centre de recrutement de Kehl, et rejoint trois ans plus tard le 1er bataillon étranger parachutiste naissant comme adjoint du capitaine Segrétain et, dès l'unité formée, embarque pour l'Indochine.

La deuxième partie de sa carrière est mieux connue : le Delta tonkinois, Lang Son, les opérations qui se succèdent, "l'affaire de That Khé" puis le drame de la RC4, dont il est l'un des rares survivants. En charge de la formation des légionnaires au II/1er REI pendant quatre ans, il retrouve brièvement l'Indochine à la fin de l'année 1954, pour reconstituer le 1er BEP, disparu dans les combats de Dien Bien Phu, avec lequel dès février 1955 il rejoint l'Algérie. On sait son rôle et son oeuvre pendant plus de trois ans, dans les Aurès, à Alger, tirant les enseignements de chaque opération et systématisant les "nomadisations". Adjoint du REP, il débarque à Suez à l'automne 1956 pour se trouver engagé dès janvier 1957 dans la bataille d'Alger. Devenu chef de corps du régiment, il va tout faire pour développer l'emploi de l'hélicoptère dans la lutte contre l'ALN : "J'ai senti là une cassure dans l'histoire de la guerre d'Algérie ... La vitesse est tout". Il se distingue à la fin de l'année 1957 au commandement de la Zone opérationnelle de l'Est algérien, entre Biskra et Hassi-Messaoud ("Tout baser sur le renseignement. Exploitation immédiate de tout renseignement"), puis au printemps 1958 avec la responsabilité d'une partie du barrage sur la frontière algéro-tunisienne, avec une troupe particulièrement aguerrie : "Ce qui m'a le plus frappé lors de mes premières opérations au sein du REP, c'est la manoeuvre en silence. Pas d'éclat de voix, peu d'ordres, des commandements aux gestes, chacun sachant ce qu'il avait à faire". Les combats se poursuivent sans interruption jusqu'à ce 29 mai, où il décède, à l'âge de 46 ans et après 27 ans de service, dans la chute de son hélicoptère, probablement abattu par un tir ennemi : "Soleil est mort".

Relevons enfin que l'ouvrage est étoffé de nombreuses copies de documents, de cartes, d'organigrammes et de photos. Au total, une indispensable biographie d'un officier exceptionnel révélé dans l'adversité, pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la Légion aussi bien qu'aux campagnes d'Indochine et d'Algérie, tout en allant bien au-delà.

 

Daniel Sornat a bien voulu répondre à quelques questions sur la biographie qu'il vient de faire paraître :

 

Question : On a le sentiment, après avoir lu votre livre, que deux périodes bien distinctes, séparées par la déportation, scandent la vie et la carrière du lieutenant-colonel Jeanpierre : avant la Seconde guerre mondiale, il apparaît comme un officier que rien ne distingue vraiment de ses camarades, après 1945 il semble atteindre une certaine "maturité" et se révéler. Qu'en pensez-vous ?

Réponse : Au cours de la période 1937-1962, ce sont les circonstances qui ont surtout révélé le soldat. Contrairement à la grande majorité des officiers de sa génération, Jeanpierre n'a pas eu la "chance" de faire la guerre avant juin 1941. Mais le début de sa carrière est plutôt prometteur. Sorti cinquième de Saint-Maixent dans la Légion, ses chefs n'hésitent pas à confier au jeune sous-lieutenant le commandement du Centre d'instruction d'Ain El Hadjar après seulement six mois de présence. Au Liban, il a la confiance de ses deux chefs de bataillon successifs. Quelques jours avant le début des hostilités, le commandant Robitaille le choisit comme officier de transmission, en quelque sorte comme adjoint, puisqu'il est le seul autre officier au PC du bataillon. Il se distingue pendant les combats de Merdjayoun, ce qui lui vaut d'attirer l'attention de son colonel. Nommé patron de la Légion, le colonel Barré le laisse en France, au SILE, l'organisme de recrutement plus que jamais vital pour la Légion. Ainsi Jeanpierre ne connaîtra pas, comme ses camarades qui ont rejoint l'Afrique du Nord, l'ivresse de la victoire des campagnes de la Libération, mais la Résistance et Mauthausen.

Deux étapes de sa vie terriblement formatrices. Dans la Résistance, il est pour la première fois son maître. Il arrive en quatre mois à mettre sur pied une petite compagnie et découvre l'importance du renseignement. Du camp de concentration, dit-il, "on en ressort très différent de ce qu'on a été auparavant". Il y approfondit sa connaissance des hommes : "Tout homme même exceptionnel pouvait avoir ses moments de faiblesse ... Tout homme médiocre pouvait un jour devenir un héros".

Question : Vous restez relativement discret sur l'appréciation et les jugements de fond que Jeanpierre porte sur le drame de la RC4 et les responsabilités engagées. Que pourriez-vous ajouter aux quelques lignes consacrées à ce sujet dans votre livre ?

Réponse : Le bataille de la RC4 était perdue avant d'être commencée. Je ne vois pas l'intérêt de réveiller des polémiques stériles, en particulier celles qui pourraient concerner les combattants sacrifiés dans les calcaires de Dong Khé. Pour ceux qui voudraient connaître en détail les tergiversations qui ont abouti au désastre de la RC4, je les invite à consulter mon livre Les Goumiers marocains dans la bataille, paru à L'Esprit du Livre Editions en 2009.

SORNAT.jpg

Question : On a parfois murmuré que Jeanpierre était finalement peu économe de la vie de ses légionnaires. Que pensez-vous de cette affirmation ?

Réponse : Jeanpierre a toujours eu le souci d'éviter les pertes, et ce dès l'entraînement : "S'il y a un mort à l'instruction, cela en évitera vingt au combat". Il semble que les esprits aient été frappés à tord par les 102 morts et 289 blessés du 1er REP dans la bataile des Frontières. Si on compare ces chiffres aux pertes totales de la bataille, annoncées par le général et historien Jean Delmas, soit 273 tués et 800 blessés, les pertes du 1er REP représentent 40% des tués et 36% des blessés. Mais ces pertes doivent être appréciées en fonction du résultat obtenu. Le bilan du 1er REP (1535 rebelles tués, 112 mitrailleuses ou FM, 1535 armes saisies) représente la moitié du bilan total, soit 3244 rebelles tués, 213 mitrailleuses ou FM et 2616 armes saisies. Les pertes du 1er REP sont donc proportionnellement légèrement inférieures par rapport aux résultats obtenus.

Question : Officier issu du corps des sous-officiers, il a donné son nom à une promotion de Saint-Cyr, la vôtre. Quelles ont été, à l'époque, les raisons du choix, et en quoi l'exemplarité de ce parrain pourrait être "parlante" pour un élève-officier aujourd'hui ? 

Réponse : Le choix d'un parrain est souvent une question de circonstances et d'époque. Pour le lieutenant-colonel Jeanpierre, il est clair qu'il s'agissait d'honorer un héros qui venait de mourir pour que l'Algérie reste française.

 

Daniel Sornat, merci pour cette belle biographie et à très bientôt.

 

 

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 08:10

Saint-Exupéry et la guerre

Gilles Ragache

Saint-Ex.jpg

Qui n'a pas entendu parler de Saint-Ex. ? Mais Le petit prince fait sans doute de l'ombre à son auteur et, derrière l'image inexacte d'un "livre pour enfant", l'homme, dans toute sa richesse et sa complexité, tend à disparaitre.

Il faut donc remercier Gilles Ragache (déjà auteur de nombreux ouvrages, en particulier sur la Seconde guerre mondiale) pour avoir su retracer avec un tel brio la vie, la carrière, la personnalité de celui qui fut tour à tour et parfois simultanément artiste, poète, journaliste, aventurier, pilote, militaire et diplomate.  Dès les premières pages, on reste très attentivement "accroché" à la lecture de ce texte fluide et dense à la fois, un peu comme avec un grand roman policier que l'on ne peut pas quitter avant la dernière ligne.  Mais il ne s'agit pas ici d'un roman : tout à fois biographie de Saint-Ex et réflexion sur la guerre à partir de ses écrits, l'ouvrage fait la part belle à de nombreuses citations, toujours sérieusement référencées, et est complété par une solide bibliographie finale. Le lecteur peut ainsi voir à l'oeuvre l'auteur de Courrier Sud, Vol de nuit et Terre des hommes lorsqu'il est chef d'escale de l'Aéropostale au Cap Juby au milieu des années 1920, dans un environnement particulièrement instable et dangereux et où il gagne sa Légion d'honneur. Mais l'on peut également suivre Saint-Ex. dans son rôle de journaliste, pour Paris-Soir ou L'intransigeant, à l'occasion de ses reportages dans l'Union Soviétique de Staline ou l'Espagne de la guerre civile. Toujours, cette lucidité, cette double capacité à analyser des situations complexes et à les exprimer dans une langue choisie. Les dernières parties sont bien sûr consacrées au Pilote de guerre de 1939-1944, puisque Saint-Exupéry a toujours entretenu comme officier de réserve de l'armée de l'air un lien fort avec son armée d'appartenance. Du difficile passage dans l'aviation de combat (il est d'abord jugé trop âgé) aux derniers combats de l'été 1944 et à sa disparition en mission en juillet au dessus de la Méditerranée, en passant par ses séjours en Afrique du Nord et aux Etats-Unis : rien ne nous échappe.

Les dernières lignes méritent d'être citées : Toute sa vie, Saint-Exupéry avait aimé passionnément les femmes, l'aviation, les arts, la littérature ... Mais il est tout aussi certain qu'il avait aimé passionnément son pays :

"Moi je pense en paysan que ça compte l'existence de la France.

La France malgré ses erreurs, malgré ses faiblesses,

malgré ses abandons"

Et, il est allé au bout de cette conviction..."

A lire, à relire, et sans doute à méditer.

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 08:00

Un Meusien au coeur des deux guerres

Mémoires du colonel Adrien Henry

1914-1918  1939-1945

  Couverture-de-l-ouvrage--Un-meusien-au-coeur-des-deux-guerr.jpg

On sait qu'il existe de très nombreux "carnets", "récits personnels" et autres "mémoires", et que chaque saison apporte son lot de nouvelles publications. Toutes ne sont pas, hélas, de la même qualité. Ici, la photo qui orne la couverture donne déjà une indication : rares sont les participants à de grandes campagnes militaires (même aux deux guerres mondiales) qui peuvent arborer un tel "placard". Une annexe complète cette première impression : la liste des combats auxquels le colonel Henry a participé et celle de ses citations. La première, à l'ordre du 32e CA, est datée de juillet 1915 ; la dernière, à l'ordre de l'armée, d'octobre 1945.

Ce texte a été rédigé en deux temps : après la Première Guerre mondiale, sur la base de son carnet de prise de notes, pour la période 1914-1918 ; et après son départ en retraite pour 1939-1945. Il s'agit donc d'un texte partiellement réécrit et ce point doit être gardé en mémoire, en particulier lorsque le colonel Henry évoque les conditions politiques de ces époques (l'auteur ne mâche par exemple pas ses mots à l'égard du Parti communiste en 1945). Enfin, il ne s'agit pas à proprement parler d'un "Journal" au sens quotidien du terme, et il peut parfois s'écouler plusieurs semaines (voire plusieurs mois) entre deux dates : 18 janvier 1917, 31 mars 1917, 12 avril 1917, etc. A la page suivante, il raconte "sa" journée du 16 avril 1917 comme officier de liaison avec le 150e RI. Le récit, qui commence la journée, de la "cérémonie" de remise de sa croix de la Légion d'honneur à "un croisement de routes" par le général Gouraud, directement sur le front ce matin-là, est étonnant : "Une volée de 77 arriva, blessant plusieurs hommes ; la cérémonie ne continua pas ; nous entrâmes dans la tranchée" !

Fantassin passé dans la gendarmerie, il est l'un des derniers à faire le coup de feu contre les Allemands en juin 1940, refuse le serment de fidélité au maréchal Pétain (ce qui lui vaut de devoir quitter son arme. On lira en annexe l'échange de lettres extrêmement significatives qu'il a avec Péricard au sujet du maréchal Pétain à l'automne 1942), rejoint parmi les premiers la résistance et participe très activement avec ses FFI et gendarmes aux combats de la Libération à l'été 1944.

Ni "carnet de route", ni exactement "mémoires", ce livre passionnera ceux qui s'intéressent aux combats de 1914 comme ceux qui préfèrent la résistance intérieure durant la Seconde guerre mondiale. Un témoignage et d'étonnantes "tranches de vie".

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Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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