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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 06:00

Aristide Briand

Christophe Bellon

Une nouvelle biographie d'Aristide Briand, personnalité dont il me faut bien reconnaître que je n'apprécie guère les permanentes inflexions et dont la principale caractéristique fut sans doute de durer au pouvoir. Mais pour quel bilan... ?

Il faut toutefois reconnaître qu'en dépit d'un parti pris quasi-exclusif en faveur de son sujet, Christophe Bellon parvient, grâce à sa grande connaissance de l'homme et de la période, à nous en dresser un portrait très favorable. On ne partegera pas toujours sa présentation, mais elle comporte indéniablement de nombreux éléments à retenir. L'auteur accorde une place non négligeable aux premières années "d'apprentissage" (1862-1902), qui expliquent en partie les amitiés mais aussi les hostilités que connaîtra durablement le journaliste, député, natif de Loire inférieure et élu à Saint-Etienne. On sait que la séparation des Eglises et de l'Etat constitue son haut fait de la période d'avant-guerre, ce qui lui vaut en particulier de conserver dans plusieurs gouvernements le portefeuille des Cultes, mais l'auteur détaille aussi le rôle de Briand dans le foisonnement des sensibilités partisanes socialistes et socialisantes, avant qu'il ne devienne pour ses anciens camarades un "social-traitre". Il en fait un "rassembleur pour les gauches réformistes", l'homme des mots, du verbe, de l'éloquence, avec deux combats engagés, pourtant sans succès à l'époque, comme ministre de la Justice : celui contre la peine de mort et celui en faveur du droit de vote des femmes. L'auteur sait également accorder quelques lignes bien senties à la période (mal connue) qui précède immédiatement la Grande Guerre, qui voit le triomphe de "l'apaisement" (contre la majorité des radicaux-socialistes), le rapprochement des centres, et Briand devenir vice-pésident du Conseil de Poincaré. C'est l'époque où  pour le journal Le Radical : "Il se dira groupe de gauche et sera patronné par toutes les droites ; il prêchera l'apaisement pour mieux faire la guerre à tous les républicains, l'union pour mieux les diviser, le progrès social pour mieux l'enterrer". Presque moderne en quelque sorte ! La partie consacrée à la Première Guerre mondiale est rop exclusivement centrée sur les préoccupations politiques (politiciennes ?) pour être absolument convaincante (Comment peut-on écrire sans autres explications : "La décision n'appartient plus tout à fait au pouvoir civil, qui ne contrôle pas l'état-major"  ?). La chronologie militaire d'avant la bataille de la Marne est d'aileurs un peu bousculée et les soupçons de "boulangisme" ou de "bonapartisme" lancés contre Gallieni à la même époque passés sous silence. De même pour la présentation des visites de Poincaré aux armées... Il aurait fallu citer ce que les témoins disent alors du président de la République et de son apparente incompréhension, de sa distance, de son manque de chaleur à l'égard des combattants. Les lecteurs apprendront cependant beaucoup sur le fonctionnement parlementaire du gouvernement de guerre, car le texte est ici tout particulièrement détaillé, mais il sera aussi utile d'ajouter à ces pages quelques propos d'adversaires de Briand, ou de généraux exerçant un commandement au front. Cela permet de relativiser les affirmations rapides. Ainsi, on sait bien que l'efficacité du Conseil supérieur de la Défense nationale et celle du Comité de guerre furent toute relative. Et quelques propos étonnants : "Je voudrais être général pour pouvoir me reposer" ! Briand, ce sont aussi les traits d'humour faciles (cf. lors de la mort de Gallieni). L'appréciation portée sur l'attaque allemande contre Verdun est présentée comme une perception élevée et précoce de l'importance du symbole, sans évoquer que la chute de la cité meusienne aurait pu faire tomber le gouvernement, comme il le dit par ailleurs. Bref, nous avons là un mélange d'informations majeures et parfois très peu connues, mais aussi d'omissions (même si l'on trouve quelques rares références aux propos très durs d'un Abel Ferry par exemple), sur des sujets qui peuvent être de détail mais qui cumulés finissent par compter dans le tableau d'ensemble. La dernière grande partie est bien sûr consacrée à l'après-guerre, qui enracine définitivement la gloire (et la longévité posthume) de Briand, en faisant une sorte de précurseur de l'idéal européen moderne, d'apôtre de la paix et du désarmement. Ici aussi, bien des choses pourraient être ajoutées, car l'expression lyrique des idéaux de Genève s'appuie aussi sur l'incapacité financière et budgétaire de la France à honorer son statut revendiqué de grande puissance. Une réalité prosaïque mais contraignante qui explique bien des circonvolutions dans les différentes étapes des relations franco-allemandes ou avec les Anglo-Saxons.

Au bilan, une très solide biographie favorable à Briand, qui occupera une place de choix dans l'histoire politique de la IIIe République mais que l'on complètera aussi par d'autres lectures plus critiques.

CNRS Editions, Paris, 2016, 382 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-271-08952-6.

Parlementarisme triomphant

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 06:00

Claus Schenk von Stauffenberg

Le chevalier foudroyé

Jean-François Thull

Un tout petit livre, d'à peine plus d'une soixantaine de pages, mais qui mérite indiscutablement d'être lu. Car, finalement, que sait-on du comte von Stauffenberg pourtant passé à la postérité à la suite de l'attentat contre Hitler du 20 juillet 1944 ? Par ailleurs, il ne s'agit pas seulement d'un récit biographique, mais à partir des éléments personnels de von Stauffenberg (éducation, vie, pensées, actions) d'une réflexion plus haute sur le sens des valeurs de ce vieux continent européen.

L'auteur ne cache pas son admiration pour le personnage et son attachement à une civilisation européenne classique, sinon traditionnelle, au sein de laquelle les valeurs individuelles et collectives structurent l'organisation sociale comme le comportement de chacun. Il en donne de multiples exemples en retraçant la vie de son héros, entre 1917 et 1944. Héritier d'une longue et noble lignée de grands serviteurs des monarques germaniques, formé aux lettres classiques et à la poésie, il s'engage comme aspirant dans la cavalerie de l'armée des 100.000 hommes en 1926 et se distingue rapidement par ses qualités foncières. Il se félicite des premières réalisations du régime nazi ("le rétablissement des couleurs impériales dans l'armée, le retour de la Sarre au Reich et le lancement d'un programme de réarmement intensif") qui correspondent à ces sentiments nationalistes profonds, mais n'éprouve pas "de sympathie pour son populisme grossier, ses hurlements, son prosaïsme, la brutalité criminelle de ses partisans et l'inversion des valeurs qu'il entraîne dans son sillage". Dès l'automne 1934, il manifeste publiquement son opposition à l'antisémitisme délirant des dirigeants du régime, tout en continuant sa carrière militaire avec l'obtention de son diplôme d'état-major de la Kriegsakademie : "De l'avis de plusieurs de ses supérieurs et camarades, Stauffenberg est le plus doué de sa génération, destiné à un brillant avenir". Le processus s'accélère à la suite de l'occupation des Sudètes et de la nuit de Cristal ("Stauffenberg mesure à quel point ces exactions entachent l'honneur et la dignité de l'Allemagne et portent atteinte à la réputation de son pays aux yeux du monde"), mais n'en participe pas moins aux campagnes de Pologne et de France au début de la guerre et intègre l'état-major général de l'armée où il se rapproche du général Halder. En mission en URSS occupée en 1942, il est "confronté aux mesures de représailles qui frappent les peuples slaves ... A ces yeux, il aurait fallu incorporer ces peuples dans la lutte contre l'Union soviétique au lieu de les piller, de les violenter" et prend contact avec le Cercle de Kreisau, "un cercle aristocratique et populaire de résistance ... dont la plupart des membres sont inspirés par un 'christianisme organique', s'opposant à une modernité qui est sans racines et repose exclusivement sur la maîtrise de la technique". Volontaire pour le front, il sert en Tunisie en 1943, où il est grièvement blessé, ce qui le pousse à vouloir agir plus activement contre le nazisme : "Je sens que je dois faire quelque chose pour sauver le Reich". A compter de l'automne 1943, à peine remis de ses graves blessures, il se lance dans la conjuration qui aboutit à l'attentat du 20 juillet de l'année suivante et cela nous vaut quelques belles lignes sur les sentiments de ces hommes isolés au coeur d'un système policier meurtrier, ainsi qu'une description rare des modalités de cette préparation et des détails de cette journée du 20 juillet. Avant de mourir fusillé peu avant minuit en criant "Que vive notre Sainte Allemagne !". Les dernières pages sont consacrées à "la postérité d'une révolte", trop minorée selon Jean-François Thull.

Si l'auteur, nous l'avons dit, ne cache pas son admiration pour son héros, voici un petit livre passionnant, indispensable pour quiconque s'intéresse à l'opposition militaire et traditionnaliste au régime nazi. Facile à lire et nourri par de très nombreuses références.

Le Polémarque, Nancy, 2015, 69 pages, 10,- euros.

ISBN : 979-10-92525-04-5

Noblesse oblige

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 05:30

Aristide Briand

Bernard Oudin

Réédition en format poche d'une biographie initialement parue en 2004. Disons le tout net, le rôle d'Aristide Briand est absolument essentiel durant les trente premières années du XXe siècle, mais le personnage dérange. L'as des combinaisons politiciennes et des manoeuvres de couloir n'a pas grand chose pour attirer la sympathie.

Bernard Oudin propose néanmoins une biographie très élogieuse de son personnage, dont il brosse en dix-hui chapitres chronologiques un portrait qui ne laisse guère de place à la critique. Débutant sa carrière de journaliste, d'avocat, d'homme politique dans sa région nantaise d'origine, Briand "monte" à Paris où il bénéficie assez rapidement d'une réputation flatteuse parmi les partis de gauche et les syndicats, ce qui lui permet d'être élu député de Saint-Etienne en 1902 et de rentrer au gouvernement comme ministre de l'Instruction publique en 1906. Au pouvoir pratiquement jusqu'à sa mort à l'exception de quelques courtes périodes, il sera 23 fois (au moins) ministre et 11 fois chef du gouvernement. A ces titres, il est l'un des premiers acteurs politiques pendant la Grande Guerre et les années 1920. Pour avoir eu l'occasion de travailler à plusieurs reprises sur des sujets dans lesquels Briand tient une place souvent importante, force est de constater que l'auteur lui attribue des décisions, des résultats, voire des mérites, qui paraissent peu justifiés : Briand à l'origine de la victoire de la Marne ? Briand premier soucieux de développer l'artillerie lourde ? La ficelle est un peu grosse. Jusqu'aux années 1920-1922 dans les relations triangulaires entre Paris, Londres et Berlin, dans le contexte de l'occupation de la rive gauche du Rhin, du plébiscite de Haute-Silésie et des oppositions franco-britanniques en Orient... Briand est aussi l'homme de Locarno et des premiers pas de la politique de désarmement de l'entre-deux-guerres. Un effet de mode aujourd'hui lui donne l'auréole du précurseur de la gestion internationale des conflits (SDN puis ONU), position intellectuelle qui s'apparente aussi à un aveu de faiblesse des gouvernements de l'époque : quand on n'a pas les moyens de ses ambitions, le plus simple est de négocier ; quand on ne veut pas prendre position, le plus facile est de créer une commission... Mais le plus grave est sans doute que la sincérité même de ses prises de position puisse être régulièrement remise en cause. Bref, la faveur dont Briand bénéficie de la part de son auteur n'emporte pas toujours la conviction quand on a travaillé sur ses sujets.

Il n'empêche que le livre est extrêmement dense et très riche en références, citations, extraits de discours et de correspondances, etc., ce qui en fait un ouvrage incontournable pour quiconque s'intéresse à la IIIe République et à son histoire. Un volume de référence pour les informations qu'il apporte, mais qui doit être confronté à d'autres travaux pour les conclusions qu'il en tire.

Coll. 'Tempus', Perrin, 2016, 925 pages. 12,50 euros.

ISBN : 978-2-262-06517-1.

Le "pèlerin de la paix"

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 07:00

Madame Royale

Anne Muratori-Philip

Une biographie originale (mais limitée, puisqu'elle se consacre pour l'essentiel sur la période révolutionnaire) sur un personnage que l'on croise régulièrement entre la fin du XVIIIe siècle français et le milieu du XIXe, sans que son rôle ne soit précisé. Fille aînée de Louis XVI, elle traverse la Révolution, le Consulat, l'Empire et les restaurations dans une Europe en proie à la fièvre.

Plusieurs parties, qui correspondent à périodes ou des situations rarement traitées dans la bibliographie, sont tout-à-fait passionnantes, comme la troisième qui traite de sa détention à la prison du Temple avec son jeune frère (Louis XVII) de mai 1794 à juin 1795, la cinquième qui aborde la question des efforts internationaux pour la libération jusqu'en novembre 1795, ou la suivante qui raconte son départ pour l'exil à la fin de la même année. On est presque surpris de la sympathie que Paris, mais aussi d'autres villes de province, manifeste à l'égard de la jeune princesse. Louis XVIII ne sort pas plus sympathique des manoeuvres douteuses pour s'assurer le soutien de la princesse dans sa marche vers le trône. Devenue duchesse d'Angoulème, elle connaît l'exil en Autriche, en Russie, en Prusse, en Angleterre, et ne rentre à Paris qu'avec les premier et deuxième retours des Bourbons. Ses relations avec les souverains successifs, jusqu'à Louis-Philippe Ier qui la condamne à un nouvel exil, ne seront jamais bonnes, et l'on aurait aimé ici de plus longs développements. L'unique survivante de la prison du Temple meurt à 72 ans, en 1851, dans un château proche de Vienne, et dans la discrétion.

Un ouvrage facile à lire, plaisant, et qui nous replonge sous un angle bien différent dans une période que l'on croyait connaître.

Fayard, Paris, 2016, 332 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-213-63175-2.

Marie-Thérèse Charlotte de France

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 06:00

Pétain

Les leçons de l'histoire

Marc Ferro

Voici la réédition en format poche et sous un titre légèrement différent d'un ouvrage paru en 2013 (Pétain en vérité, ici).

Procédant chronologiquement par questions successives, Marc Ferro cherche à déterminer qui était le "vrai" Pétain, sans livrer au final de réponse très nette, si ce n'est celle d'un homme déjà âgé quand il "entre dans l'histoire", têtu mais aussi hésitant, à la fois acteur et jouet des événements. Un ouvrage à lire, à compléter par d'autres études plus détaillées, à méditer, puisque de "A-t-il gagné la bataille de Verdun ?" à "A-t-il été bien jugé ?" toutes les questions importantes sont posées.

'Texto', Tallandier, 2015, 320 pages. 9,50 euros.

ISBN : 979-10-210-1739-9.

Le "problème Pétain"

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 06:48

Maréchal Juin

Jean-Christophe Notin

Après s'être à plusieurs reprises intéressé aux OPEX récentes ces dernières années, Jean-Christophe Notin revient à la biographie, domaine dans lequel il avait auparavant réalisé de belles réussites (on se souvient de son Foch en 2008).

Il s'intéresse aujourd'hui à un personnage tout-à-fait emblématique de la France et de son armée au XXe siècle, avec courage car le sujet reste sensible, ne serait-ce que dans les débats désormais traditionnels entre "partisans" de Juin et "soutiens" de de Lattre, aussi bien qu'entre l'armée d'Afrique et ceux qui ont choisi plus tôt la voie de la poursuite de la guerre. La biographie commence naturellement par l'arrivée du brillant saint-cyrien au Maroc sous Lyautey en 1912, et se poursuit (très rapidement) par son rôle comme officier subalterne dans la Grane Guerre, ses blessures, l'entraînement de "ses" Marocains, ses doutes à la fin du conflit. Au fil de ses notations annuelles, ses grandes qualités intellectuelles et humaines sont soulignées, ainsi que sa forte personnalité, qui lui fait conserver une vraie réserve durant l'entre-deux-guerres à l'égard des doctrines qui s'imposent alors. A nouveau le Maroc, "devenu sa terre d'adoption", le Rif où il croise à nouveau de Lattre et le retour en métropole avec Lyautey qu'il fait le choix de suivre lorsqu'il est relevé de ses fonctions. Mais, très vite c'est à nouveau l'Afrique du Nord, le mariage, la fin de la pacification marocaine avant un nouvel aller-retour avec Paris et cette affirmation d'une conviction : "Une exploitation poussée à fond donnera toujours, si elle réussit, des résultats plus importants du point de vue politique qu'une progression méthodique mais lente". Après avoir commandé son régiment, il prend la direction, toujours au Maroc, des Affaires indigènes et le commandement des Goums. Page 61 commencent les événements qui précèdent immédiatement la Seconde guerre mondiale : Juin est en mars 1939 le plus jeune général de France. L'essentiel du livre (environ 250 pages) est donc consacré aux opérations de 1939-1945, dans tous leurs aspects et caractéristiques militaires certes, mais aussi dans leurs relations au monde politique, dont une première phase de fidélité totale au maréchal Pétain et son souci de préserver à tout prix l'armée d'Afrique ("A l'instar de Weygand, Juin résoud la complexité du moment (1942) en s'en remettant totalement à la sagesse du Maréchal" ) : "Je n'ai d'autre souci que de la (l'armée d'Afrique) maintenir dans le devoir d'une armée de métier, qui est d'obéir aveuglément et sans discussion de conscience aux ordres du gouvernement". Mais la rapide évolution de la situation l'amène, entre Darland et Murphy, à jouer un rôle à la fois important et secondaire dans le débarquement allié d'afrique du Nord : "Lui, comme la plupart des responsables de ce côté-ci de la Méditerranée, invoqueront le risque de représailles allemandes en métropole et dans l'empire pour n'en rien faire". Il sera bien difficile de faire le tri entre les affirmations ultérieures des uns et des autres, les témoignages revus et les commentaires biaisés durant cette période de grande confusion et Christophe Notin consacré de longues pages très détaillées au récit chronologique très précis des événements. Toute la suite du volume (sur plus de 400 pages) est de la même richesse : les difficiles relations entre Français en Afrique du Nord en 1943-1944 (et l'accusation de "chercher à blanchir" les anciens collaborateurs), la campagne d'Italie sur laquelle finalement les chefs alliés comptent peu ("un théâtre d'opérations secondaires où les pertes peuvent être lourdes pour un bénéfice médiocre, ou nul du point de vue de la politique française"), des suspicions réciproques avec les Américains, les dures opérations dans les Abruzzes et les manifestations de cet esprit audacieux et offensif qui le caractérise (au prix de pertes élevées) jusqu'à la réouverture de l'ambassade de France à Rome, tout est décrit avec précision. A partir de la campagne de libération de la métropole, les questions politiques tendent de plus en plus à prendre le pas sur les sujets strictement militaires, période marquée par une rencontre importante avec les Soviétiques, à nouveau les tiraillements avec de Lattre au sujet de la libération de l'Alsace à l'hiver 1944-1945, de derniers remous avec les Américains pendant la marche à travers l'Allemagne au premier trimestre 1945. A partir de l'été, c'est, pour le chef d'état-major général, la "grande oeuvre" de reconstitution d'une nouvelle armée française, et les déchirements intérieurs à l'heure du procès Pétain : "Le général ne comprend même pas comment pareille indignité peut être réservée au Maréchal, tant il est convaincu qu'en son for intérieur, le vainqueur de Verdun n'a toujours servi que la France et les Français". Va suivre une longue mission en Chine et en Indochine alors que les Français reprennent pied au Tonkin, et à son retour "pointe le double jeu des Etats-Unis", tout en se sentant de moins en moins à sa place au sommet de la hiérarchie militaire : "Je remets ma charge entre vos mains, écrit-il au nouveau président du Conseil, je l'exerce sans joie, je puis le dire, depuis la fin des hostilités, et n'y suis resté que par austère devoir ... Vous savez du reste, mieux que personne, que je suis mieux fait pour le commandement et l'action véritable que pour les arcanes de l'état-major où l'autorité se dilue". Il retrouve les questionns marocaines, reste aux affaires (comme seul maréchal vivant à partir de 1952), s'interroge sur l'OTAN dont il ne se rapproche qu'à pas très mesurés, et toujours le Maroc avec le remplacement par la force du sultan, et toujours l'Indochine à propos de laquelle il doit gérer la dégradation des relations entre les chefs sur place, la CED qui envenime le débat public, sans oublier que quelques politiciens lui prête la volonté de conspirer... en vue de l'élection présidentielle de 1954. Le temps semble s'accélérer : encore la maroc, désormais la Tunisie, demain l'Algérie : toute l'Afrique du Nord française à laquelle Juin a consacré l'essentiel de sa carrière s'embrase et/ou s'effondre : "Jusqu'à la fin de sa vie, l'Algérie ne quittera plus le premier rang des priorités du maréchal. Chacune de ses décisions sera pesée à l'aune des conséquences qu'elle pourrait avoir sur le maintien de sa terre natale dans le giron français". C'est au sujet de l'Algérie, d'ailleurs, qu'intervient en 1959 la rupture avec De Gaulle, allant jusqu'à menacer de lui renvoyer son bâton de maréchal et sa grand croix de la Légion d'honneur. Il est finalement suspendu de toutes ses fonctions officielles, le chef de la France Libre redevenu chef de l'Etat ne pouvant accepter les menaces que la popularité de Juin pourrait lui faire courir. Ce sont les dernières années, loin des ors de la République et en partie consacrées à l'écriture, jusqu'au décès en 1967. "Fils de soldat, Alphonse Juin, partout et toute sa vie, fut avant tout un soldat".

Une belle biographie, qui prend position sur des sujets discutés, qui égratigne un peu les uns ici et les autres là, qui entre dans un niveau de détail exceptionnel pour la période des années 40-années 60. A connaître et à lire absolument.

Tallandier, Paris, 2015, 716 pages. 28,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0736-9.

Grand général

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 06:00

Gertrude Bell

Archéologue, aventurière, agent secret

Christel Mouchard

Voici une passionnante biographie de celle que l'on a pu surnommer "la reine sans couronne d'Irak", un peu comme Lawrence fut "le roi secret d'Arabie". Nous voici au coeur de l'influence et de la présence britannique au Moyen-Orient au début du XXe siècle, avant et après la Grande Guerre.

Vous lirez cette biographie comme un roman d'aventure. Elle commence normalement par la présentation de la riche famille de Gertrude, le remariage de son père, sa personnalité à la fois attachante, curieuse, et solide, sinon dure à certains égards et surtout son exceptionnelle capacité à apprendre, à lire, à raisonner et débattre, qui lui vaut d'être la première femme titulaire de la mention Très bien à l'issue de ses examens d'histoire à d'Oxford. Après trois ans de vie de bals et de réceptions à Londres, elle part pour la Perse avec sa tante en 1892, où après quelques mois elle pense pouvoir épouser un consul désargenté, mais le père refuse cette union. C'est le retour à Londres, mais pour repartir aussitôt pour la Suisse et l'Italie, l'Algérie, l'Allemagne, la Grèce, ConstantinopleChypre, la Syrie, Gibraltar, Tanger, l'Espagne, la Perse à nouveau : elle entame son deuxième tour du monde en 1903 ! Et cela avec le luxe des grands voyageurs de la fin du XIXe-début du XXe siècle : "Elle n'a pas peur des bagages volumineux, ils sont le prolongement naturel de sa personne ... Si la mode n'attend pas son retour pour changer, elle fait sans complexe appel au courrier". En 1905, après avoir appris l'arabe, elle se lance dans le désert "où nomadisent des tribus farouches que le pouvoir ottoman peine à contrôler". Seule avec ses serviteurs à sa suite, elle visite Pétra, puis part pour le djebel Druze et désormais consacre son intérêt et son temps à cette région. Paradoxalement, pour répondre à la demande "sociale" de sa famille et de la bonne société britannique, elle multiplie les correspondances qui présentent ses déplacements comme une suite ininterrompue de plaisirs et d'agréables moments : "Quand elle trace un itinéraire, elle sait quels hommes vont se trouver sur son chemin et, à peu près, jusqu'où leur faire confiance, comment les apprivoiser. A force de connaissance et de prudence, apte à utiliser tous les ressorts de l'hospitalité arabe, elle va ainsi traverser une décennie de vendettas diverses sans une égratignure, en usant de sa parole et de sa carte de visite". Au tournant des années 1910, elle découvre littéralement l'ancienne métropole d'Al-Ukhaidir au nord de Nadjaf et se rend à Karkemish, ancienne cité hittite sur l'Euphrate, où les fouilles sont conduites par des archéologues britanniques que l'on dit liés aux services de renseignement de Sa Majesté, dont un jeune T. E. Lawrence (qui deviendra son ami), Babylone, et Assur figurent aussi sur son itinéraire. Au fil des déplacements et des rencontres, en robe de soirée dès qu'elle peut disposer de ses bagages, elle rencontre émirs et chefs de tribus, parle avec eux, partage le thé et écoute quelques chants. Après quinze ans d'absence, elle séjourne deux ans en Angleterre avant de retrouver l'Arabie en 1913 et se lance dans un immense périple par les territoires actuels de la Jordanie, de l'Arabie saoudite, de l'Irak et de la Syrie, à l'époque plus ou moins concrètement sous suzeraineté ottomane, mais surtout zone mal contrôlée et en état larvé d'insurrection. Elle rencontre les cheiks, reste quelques temps prisonnière à Ha'il, au pays des Chammars, peut repartir et s'arrête à Bagdad, visite à nouveau les ruines des grandes cités antiques, rejoint Palmyre au terme d'un véritable raid dans le désert et retrouve Damas, lieu de son départ quatre mois plus tôt. Les itinéraires qu'elle a ouvert seront, après le début de la Grande révolte arabe, utilisés par les Hachémites et leurs alliés occidentaux, tandis que Gertrude Bell travaillera pour "le département de renseignement militaire de Bassora". Au début de la Première Guerre mondiale, elle s'engage cependant dans la Croix-Rouge, et elle sert à l'hôpital militaire britannique de Boulogne-sur-Mer. Elle retrouve l'Orient à la fin de l'année 1915 et son "réseau mondain", qui "a des ramifications jusque dans les tentes de laine noire plantées sur les rives de l'Euphrate et sur les frontières du Nedjd", est si utile à l'empire britannique ! Christel Mouchard rappelle sa connaissance profonde de la région et la cite : "Qui sait, si ce n'est ceux qui sont familiers de la région, que l'Orient est un et indivisible ? Appuyez sur un bouton à Kaboul, le choc électrique sera ressenti jusqu'à Damas". Visiblement, certains l'ont aujourd'hui oublié. On croise alors les personnages qui favorisent la révolte contre les Turcs du chérif Hussein et de ses fils en 1916, Hogarth, Clayton, Storrs et Lawrence. Du Caire, elle passe en 1916 à la Mésopotamie, poursuit son travail avec les notables locaux, facilite les relations souvent tendues entre Le Caire et les Indes, et y gagne le poste de Political Officer, seul officier féminin de l'armée britannique, puis celui d'Oriental Secretary ! A la fin de la guerre, son nom sera même prononcé pour devenir Haut-Commissaire en Mésopotamie : "Les Britanniques ne peuvent se passer d'elle parce qu'elle est la seule capable d'évaluer le poids réel des mouvements d'opinion qui parcourent la ville". Après être passé par Paris lors de la conférence de la paix, elle regagne l'Orient, persuadée qu'il faut faire naître un royaume arabe indépendant et devient la conseillère de l'administrateur civil Percy Cox, avec pour adjoint un certain Saint-John Philby, avant que celui-ci ne regagne le centre de l'Arabie avec Ibn Saoud et ne serve les Américains. Lors de la conférence du Caire, voulue par Churchill en mars 1921, elle est à l'apogée de sa notoriété et de son influence. Fayçal y sera fait roi d'Irak, et Gertrude Bell faiseuse de roi : "En demeurant près du nouveau roi, elle se fabrique un pays, l'Irak, quasiment taillé sur mesure, loin de l'Angleterre et tout près du désert. Elle pose ses bagages, cette fois définitivement". Mais dans les bouleversements du Moyen-Orient et de l'Arabie de l'entre-deux-guerres, son influence va s'effacer rapidement. Malade, elle décède à l'été 1926.

L'historien prendra soin de croiser les informations de ce livre, essentiellement basé sur la correspondance de Gertrude Bell, très fréquemment citée, avec les archives : il est fort probable qu'en certains points le récit que fait Christel Mouchard ne doivent être en partie amendé. Il n'en demeure pas moins qu'il y a là un formidable récit d'une vie exceptionnelle. A recommander à tous ceux qui s'intéressent à l'Orient arabe, y compris aujourd'hui.

Tallandier, Paris, 2015, 333 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-1031-4.

L'aventurière exemplaire

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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 07:00

Le Père Jacques

Carme, éducateur, résistant

Alexis Neviaski

Déjà auteur d’un Képi blanc, casque d’acier et croix gammée (ici) sur les manœuvres de déstabilisation de la Légion étrangère par l’Allemagne durant l’entre-deux-guerres (en particulier au Maroc), Alexis Neviaski change totalement de thématique avec ce nouvel ouvrage, à la fois profond et plein de finesse.

Il nous compte en effet la vie du Père Jacques de Jésus, né Lucien Bunel, devenu le héros du célèbre film (romancé) de Louis Malle Au revoir, les enfants. Entré au Petit séminaire dès l’âge de douze ans en 1912, très pieux mais ayant déjà fort caractère pendant sa scolarité, il passe au Grand séminaire en 1919 et effectue son service militaire en 1920. L’un de ses camarades affirmera plus tard : « J’ai été le témoin de l’heureuse influence qu’il a sur ceux avec qui il est en contact : chefs, camarades, subordonnés. Son action est discrète, c’est un ‘catalyseur’ agissant par sa seule présence ». Ordonné prêtre en juillet 1925, il est enseignant (instruction religieuse, anglais, latin), surveillant et aumônier d’une troupe de scouts tout en restant en charge de paroisses Très vite, sa réputation comme pédagogue et son charisme sont unanimement reconnus. En 1931, il fait le choix du « désert du Carmel », se sépare de tous ses biens propres et entre dans l’ordre des Carmes déchaux : « l’abbé Lucien Bunel n’est plus. Le frère Jacques de Jésus prend sa place ». Il y croise en particulier le Père Louis de la Trinité, Georges Thierry d’Argenlieu, dont il devient proche et auquel il doit de rejoindre Avon pour y créer le Petit Collège en 1934 : « Ce que le Petit Collège poursuit avant tout, c’est l’Unique Nécessaire. Tout se fera d’ailleurs dans la joie et la spontanéité de la jeunesse et non par une contrainte de surface ». Ses méthodes pédagogiques étonnent à l’époque : « Il est en effet viscéralement convaincu que c’est en tirant les enfants vers le haut, en leur donnant des raisons d’être responsables et fiers que l’on fait d’eux des hommes libres … D’abord laisser les enfants seuls au dortoir, puis sans surveillance pendant les compositions. Résister à la tentation s’avère alors aussi important que de réussir l’examen ». Les principes développés sont de la même veine : « Notre idéal n’est pas de former des enfants figés, les bras croisés, et qui garderont toute leur vie l’habitude des bras croisés. Notre rêve est d’habituer nos enfants à savoir distinguer le bien du mal, à connaître la valeur d’un acte de volonté, à s’éprendre d’amour pour tout ce qui rend un son de droiture, de loyauté, d’honneur, et donc à prendre très tôt l’habitude de faire eux-mêmes volontairement, librement, avec amour, le mieux possible, leur devoir ». Le nombre d’élèves augmente, l’établissement doit rapidement s’agrandir, mais bientôt la situation européenne se détériore. C’est la mobilisation (temporaire et partielle à l’automne 1938, générale à l’été 1939) et il rejoint comme sergent-chef le 6e groupe autonome d’artillerie dans une batterie de repérage. Il se dépense au profit de son unité et de ses hommes, et son témoignage sur la ‘Drôle de guerre’ et un certain nombre d’officiers est d’ailleurs peu flatteur…Il lance et rédige un journal ‘du front’ : « Non seulement, il faut vivre la guerre en hommes mais il faut la vivre pour devenir plus hommes … Si nous sommes attentifs, nous apprendrons à mieux connaître les hommes, à découvrir le vrai visage de la France vivante, simplement en observant les habitudes de pensée de nos camarades venus de partout ». Dans son secteur de la ligne Maginot, il n’a pas le temps en mai 1940 de vivre réellement les combats et doit se replier avec la 3e Armée à partir du 13 juin : « On peut signaler chez lui le mépris le plus absolu du danger et même une certaine satisfaction aux premiers coups de feu qui lui faisaient croire aux préliminaires d’une guerre active qu’il voyait victorieuse », note un témoin. Fait prisonnier le 20 juin, il devient aumônier de son camp de détention provisoire à Lunéville et est libéré, comme prêtre, le 18 novembre. Il retrouve son établissement scolaire (« L’âge d’or du Petit Collège, 1941-1943 »), mais aussi une communauté rapidement divisée entre les partisans de la confiance absolue au maréchal Pétain et ceux qui refusent l’humiliation de l’occupation nazie. Le Père Jacques adhère d’abord à l’analyse présentée par le chef du nouvel Etat français (« Nous avons à restaurer la France … Notre défaite est venue de nos relâchements »), mais la législation sur les Juifs le fait s’éloigner.et dès 1942 il entre en résistance, presque comme il était entré en religion. Il devient l’agent RX 3 280 d’un réseau « spécialisé dans le refuge et l’évasion ». Il accueille d’abord dans son établissement un professeur de confession juive renvoyé du fait des lois raciales, puis explique à ses élèves : « Si vous voyez quelqu’un qui a une étoile jaune, découvrez-vous ». En mars 1943, ce sont trois enfants juifs qui rejoignent secrètement le Petit Collège (« J’en appelle à chacun de vous pour garder absolument le silence. C’est un risque que nous prenons. Une vie sans risque est une vie qui ne vaut pas la peine d’être vécue ») et aide parallèlement ses anciens élèves à échapper au STO et rejoindre le maquis. Tous les religieux n’adoptent pas la même attitude et le curé d’Avon, germanophile, « travaille à dépouiller le courrier des dénonciations à la Gestapo », or Père Jacques multiplie les activités, même s’il se sait de plus en plus menacé. Il écrit à son frère au début du mois de janvier 1944 : « Si je suis fusillé, réjouissez-vous car j’aurai réalisé mon idéal : donner ma vie pour tous ceux qui souffrent ». Il est effectivement arrêté sur dénonciation le 15, et c’est alors qu’il prononce à l’attention de ses élèves la phrase qui deviendra le titre du film, « Au revoir les enfants ! A bientôt ! ». C’est alors la prison à Fontainebleau, où il commence à dire la messe et à consoler les prisonniers, puis après plusieurs étapes et camps transitoires où il reconstitue des « paroisses improvisées », arrive au camp de Neue-Breme où les violences et maltraitances se succèdent. Il y prend rapidement en charge le répugnant local pompeusement baptisé « Infirmerie » par les gardiens : « Malgré la fatigue et les coups de schlague, le Père Jacques s’obstine à rendre une dignité humaine aux malades et parvient à maintenir propre le lieu comme ses occupants ». Un mois plus tard pourtant, « des cinquante arrivants du 28 mars, ils ne sont plus que sept encore en vie ». Il est alors transféré à Mauthausen comme prisonnier politique, avant d’être affecté à Gusen 1 dans un Kommando de travail : « la mort assurée par le travail ». S’occupant toujours des autres bien que de plus en plus affaibli lui-même, il conserve toute sa vivacité d’esprit, la foi chevillée au corps. Il participe à la constitution d’un réseau d’entraide au sein de la population des prisonniers, donnant tout aux plus faibles : « Je n’ai pas le droit d’avoir plus que n’importe qui, car je suis prêtre et je dois donner l’exemple ». Le 28 avril 1945, le camp est libéré mais un désordre extrême règne, la mort est présente partout et une épidémie se déclare. Malade, totalement épuisé, Père Jacques  meurt au soir du 19 mai.

Un vrai travail d’historien, sur une personnalité exceptionnelle qui, grâce à Alexis Neviaski, sort du cadre romancé du film pour retrouver toute la stature et les couleurs d’un engagement complet au service de sa foi, des enfants, des résistants et des déportés. Un beau livre très enrichissant. A lire.

Tallandier, Paris, 2015, 408 pages. 22,90 euros.

ISBN : 979-10-210-1074-1.

Foi et sacrifice

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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 07:00

Leclerc

Le croisé de la France Libre

Jean-Christophe Notin

La collection 'Maîtres de guerre', qui compte déjà une demi-douzaine de titres, ajoute son premier Français à son catalogue. La rédaction de ce volume consacré au maréchal Leclerc a été confiée à Jean-Christophe Notin, déjà auteur d'une biographie remarqué du chef militaire en 2005 chez le même éditeur, volume de référence de plus de 600 pages.

Ce livre est, selon la logique de la collection, centré sur la Seconde guerre mondiale à laquelle sont consacrées quelques 150 pages. On conçoit donc que les contraintes de pagination impliquent de fortes différences avec la publication de 2005. Une seconde évolution est l'emploi d'une très abondante iconographie, qui ravira sans aucun doute les amateurs. Le livre nous rappelle de belle manière les conditions de ralliement du Cameroun dès l'été 1940, la brillante remontée vers la Méditerranée à l'hiver 1942-1943, la difficile reconstitution des régiments en Afriqe du Nord, la participation aux combats de la Libération à partir de l'été 1944, la marche sur Berchtesgaden et n'ignore rien, en particulier, des relations plus que délicates avec de Lattre à la fin de la guerre. Sa mort dans un accident d'avion en 1947 marque profondément tous les contemporains. Une explication rationnelle en est proposée.

Un solide premier livre pour apprendre à connaître ce "croisé de la France Libre", dont la carrière dramatiquement interrompue a durablement marqué l'ensemble de l'armée française.

Perrin, Paris, 2015, 219 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-262-02954-8.

Maréchal de France

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22 août 2015 6 22 /08 /août /2015 07:00

Roland Dorgelès

Claude-Catherine Ragache

Grand romancier, membre fondateur de l'Association des écrivains combattants, longtemps président de l'académie Goncourt, Roland Dorgelès reste pourtant relativement méconnu du grand public en dehors des fameuses Croix de bois, alors qu'il publie de nouveaux ouvrages jusqu'au début des années 1970.

Dans cette biographie remarquablement documentée, Claude-Catherine Ragache retrace toute la vie, souvent étonnante ou déroutante, de Roland Decavelé, né en 1885 à Amiens, qui prend comme journaliste le pseudonyme de Dorgelès. Proche du milieu montmartrois, engagé à gauche (en particulier L'Homme Libre de Clemenceau), réformé du service militaire, il ne s'en engage pas moins en août 1914. Passant par le 74e RI, puis par le 39e, fantassin, mitrailleur, cité, éphémère pilote, il continue à écrire et publie en particulier en 1919 Les croix de bois, hommage à ses camarades disparus, qui fondent définitivement sa notoriété. C'est aucun doute sur les événements qui se succèdent au cours de la suite de sa vie et ses prises de position personnelles que l'on apprend ensuite le plus de choses, sa formule "Je hais la guerre, mais j'aime ceux qui l'ont faite" pouvant résumer (de façon réductrice) sa pensée. Il multiplie les nouveaux ouvrages et en particulier les longs déplacements internationaux, ce qui lui permet dans la presse ou à travers ses livres de s'inquiéter de la montée des dictatures, à Moscou comme à Berlin. Il assiste à l'effondrement de juin 1940 et poursuit ses activités sous l'occupation, prenant lors de la libération des positions (par exemple en faveur de Brasillach) qui lui vaudront quelques soucis avec les journaux communistes en particulier. N'acceptant ni les idées reçues, ni les propos à la mode, ni les généralités hâtives, il prône la justice et la paix tout en restant à l'écart des engagements de masse, des violences et des excès qu'il condamne (terrorisme du FLN, disparition de la notion de patriotisme dans la jeunesse, etc.), conservant jusqu'à sa disparition en 1973 un positionnement original au sein de "l'intelligensia" française.

Un livre parfaitement référencé qui permet de retrouver, dans son contexte, un personnage de la littérature et du journalisme qui n'est souvent plus, aujourd'hui, qu'un nom plus ou moins vaguement connu. 

Economica, Paris, 2015, 271 pages, 27,- euros

ISBN : 978-2-7178-6805-0.

Ecrivain, combattant, pacifiste

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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