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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 06:30

Chief of Staff

The Principal Officiers behind History's Great Commanders

David T. Zabecki (Dir.)

Voici une étude tout-à-fait originale, dans la mesure où elle s'attache à retrouver et à détailler des personnages dont on parle parfois fort peu alors qu'ils sont les véritables chevilles ouvrières de l'organisation militaire : les chefs d'état-major.

En deux volumes, David T. Zabecki et les différents contributeurs s'efforcent ainsi de redonner vie aux officiers généraux généralement "cachés" par la personnalité et la gloire de leurs chefs immédiats. Le premier volume traite de la période qui s'étend des guerres napoléoniennes (Berthier, von Gneisenau) à la Première Guerre mondiale (Ludendorff, Hoffmann, Weygand, Lawrence, Harbord, etc.), tandis que le second nous entraîne de la Seconde guerre mondiale (Bayerlein, Speidel, Dorman-Smith, Morgan, etc.) à la guerre américaine du Vietnam. Au total, l'action de 28 chefs d'état-major des XIXe et XXe siècle est ainsi analysée et (généralement assez bien) contextualisée. Les rapports et le travail en commun entre Grant et Rawlins, entre Hindenburg et Ludendorff, entre Foch et Weygand ou entre Patton et Gaffey constituent autant de cas concrets, d'exemples éclairants qu'il est ensuite possible de comparer. Le lecteur peut aussi y suivre l'évolution générale de la structure des armées sur deux siècles, et à bien des égards les formes successives prises par "l'art de la guerre".

En résumé, un travail efficace, qui mérite sans doute d'être poursuivi et approfondi mais qui donne déjà de très utiles bases de réflexions. Par ailleurs, ce type de présentation en chapitres assez courts d'une dizaine ou d'une vingtaine de pages, se lit facilement. Chacun a bien conscience qu'avec de tels sujets traités en si peu de pages, il a été nécessaire de procéder à des raccourcis (parfois un peu rapides), mais cela n'enlève rien à l'originalité d'ensemble du travail et à l'intérêt de sa lecture.

Naval Institute Press, Annapolis (USA), 2008, 2 vol., 241 et 243 pages.

ISBN : 978-1-59114-990-3 et 978-1-59114-991-0

Des chefs militaires souvent oubliésDes chefs militaires souvent oubliés
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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 07:00

Une ascension en République

Paul Doumer, d'Aurillac à l'Elysée (1857-1932)

Amaury Lorin

Ce volumineux ouvrage correspond à la thèse d'histoire soutenue en novembre 2011 par l'auteur et primée par le Sénat l'an dernier. Il retrace l'ensemble de la vie, et donc de la carrière, de l'un des principaux dirigeants de la Troisième République, que le président de la haute assemblée résume dans sa préface : "Très tôt député (député de l'Aisne en 1888 à 31 ans), Paul Doumer parcourra -et au-delà- le cursus des honneurs de la république parlementaire : député, ministre des Finances (à trois reprises dont la première fois à 38 ans), président de la Chambre des députés (1905-1906), sénateur (1912-1931), rapporteur général du budget puis président de la commissions des Finances, président du Sénat (1927-1931), enfin président de la République". Sans oublier qu'il fut auparavant gouverneur général de l'Indochine (1897-1902), mais aussi homme d'affaires et adjoint civil du général Gallieni à l'automne 1914.

De cet imposant travail qui puise à des dizaines de sources d'archives différentes, et donc d'une grande richesse, nous retiendrons quelques points forts. Le premier nous semble être la confirmation de l'extraordinaire rôle "d'ascenseur social" de l'école, permettant au fils d'une très modeste famille de province d'accéder, après avoir été apprenti, au lycée puis à l'université. Le second serait le parcours politique de cet homme, commencé à gauche, voire à l'extrême-gauche de l'époque, avant de glisser progressivement vers le centre au début du XXe siècle, puis la droite après la Grande Guerre. Au sommaire également, beaucoup d'éléments sur la création d'un ministère des Colonies puis l'organisation administrative et économique de l'Indochine, sur la création de l'impôt sur le revenu, sur la place de la franc-maçonnerie pour le haut personnel politique de la République et sur de nombreuses questions qui intéressent l'histoire militaire : "l'affaire des fiches" du ministère André, le réarmement et la loi des trois ans, son rôle aux côtés de Gallieni à partir de septembre 1914 mais aussi son irréductible opposition au général Joffre. Et après la Première Guerre mondiale, nous retrouvons les mêmes thèmes généraux dans un contexte différent : la reconstruction du département de l'Aisne après 1918, les questions financières et budgétaires, les sujets coloniaux et les problèmes militaires. Après son assassinat le 6 mai 1932 par un déséquilibré russe d'extrême-droite, "la mémoire du président assassiné rejoint celle de ses quatre fils morts pour la France" pendant la Grande Guerre.

Très largement référencé, étoffé de nombreux documents annexes, cette biographie de référence ne supporte sans doute qu'une critique : l'attachement manifeste de l'auteur pour son sujet, ce qui le conduit parfois à manquer de recul dans l'approbation et à ne pas remettre en cause les décisions, gestes et choix de Doumer. Ceci étant, ce livre est une véritable "mine" d'informations sur la vie politique de la IIIe République, comble réellement un déficit dans l'historiographie existante et aborde très souvent par ce prisme des thèmes directement liés à l'histoire militaire de la France. Un ouvrage indispensable.

Editions Dalloz, Paris, 2013, 601 pages, 64 euros.

ISBN : 978-2-247-12604-0.

Amaury Lorin a bien voulu répondre à quelques questions pour nos lecteurs :

Question : Le titre de votre ouvrage est en lui-même tout un programme : Une ascension en République… Si elle est effectivement exceptionnelle, témoigne-t-elle d’une réalité plus large de renouvellement des élites à l’époque, et peut-être aujourd’hui disparue ?

Réponse : À travers le cas jusqu’alors méconnu de Paul Doumer, ce sont en effet les voies et les moyens de la promotion sociale sous la IIIe République que je me suis efforcé d’explorer dans mon ouvrage. Le cas de Doumer, fils de cheminot tenu de travailler à l’âge de douze ans comme apprenti-graveur, illustre l’ambition des pères fondateurs de la République, selon lesquels l’éducation oriente les sociétés vers le progrès et constitue, grâce au diplôme, le plus sûr moyen d’ascension sociale, posant le mérite individuel en garant de la réussite. En cela, le parcours de Doumer est bien représentatif des « couches nouvelles » émergentes, dont Gambetta annonce l’avènement politique dès 1872. Ensuite, d’autres vecteurs (notamment la franc-maçonnerie, les entourages et les réseaux d’influence) sont intervenus pour franchir les étapes suivantes, avec deux césures fortes dans son cas : son quinquennat comme gouverneur général de l’Indochine (1897-1902), tremplin dans sa carrière ; puis son implication tout à la fois personnelle et politique dans la Grande Guerre (1914-1918). L’itinéraire de Paul Doumer apparaît ainsi à la fois représentatif de certains aspects structurels de la IIIe République, en écho à l’œuvre historiographique de Serge Berstein sur le modèle républicain, et à maints égards singulier.

Question : Finalement, en dehors de son appartenance à tel ou tel groupe parlementaire, quels ont été les idéaux politiques de Paul Doumer et est-il parvenu, au moins partiellement, à les faire progresser lorsqu’il était aux responsabilités ?

Réponse : Paul Doumer, radical ayant évolué vers le centre-droit avant de revenir vers le radicalisme pour se faire élire président du Sénat (1927-1931), a révélé une extraordinaire aptitude à tirer parti des circonstances changeantes de la conjoncture nationale. Son opportunisme assumé contraste toutefois avec la constance des idées qu’il a invariablement défendues pendant près d’un demi-siècle (1887-1932), tant en matière fiscale, coloniale, que militaire, pour n’en retenir que trois. D’abord, sa tentative, vaine, d’instituer l’impôt sur le revenu en sa qualité de ministre des Finances a entraîné la chute en avril 1896 du gouvernement Bourgeois, renversé par le Sénat. S’il a fallu attendre les circonstances de l’été 1914 pour que cette mesure soit introduite par Caillaux, tout le travail préparatoire de Doumer a été essentiel sur ce dossier essentiel du régime. Ensuite, ses efforts en vue de la création d’un ministère des Colonies (1894) ont scellé chez lui un inébranlable credo colonial, qu’il n’a jamais remis en cause. L’Exposition coloniale internationale de 1931, année de son élection à la présidence de la République, en constituera le point d’orgue. Enfin, partisan d’une armée forte, Doumer jouera notamment un rôle décisif comme rapporteur de la loi militaire « de trois ans », dont il a fait accélérer le vote le 5 août 1913 par le Sénat.

Question : Que pouvez-vous nous dire de la qualité de ses relations avec Gallieni à partir de septembre 1914 ?

Réponse : Doumer, alors sénateur de Corse, se met spontanément à la disposition du général Gallieni, gouverneur militaire de Paris, auquel il écrit le 4 septembre 1914 : « Je sais commander, je saurai obéir ». Il se propose de le décharger de tous les problèmes d’intendance, bref, de tout ce qui ne concerne pas le commandement militaire. Pendant cent jours décisifs, qui voient notamment le fameux épisode de la bataille et des taxis de la Marne, Doumer gère ainsi les affaires civiles aux côtés de Gallieni. Tant et si bien que ces deux derniers sont même accusés, à ce moment précis, de vouloir fomenter un coup d’État, rien de moins, alors que le gouvernement et les Chambres ont fui à Bordeaux. Doumer et Gallieni, c’est la rencontre de deux grandes énergies. Gallieni admire les vertus républicaines de Doumer, dont il note qu’il a « une envergure d’homme d’État ». Le souvenir de 1870 hante les deux hommes, qui partagent d’autres convergences : même allégeance au groupe des modérés de Waldeck-Rousseau ; même hostilité à la politique d’Émile Combes et du général André ; même passé colonial. Doumer a pour Gallieni une profonde admiration. De son côté, Gallieni écrit de Doumer : "Avec lui, tout se fait vite, bien et sans bruit. D’ici quelques temps ou après la guerre, on parlera certainement de lui"

Question : Quels arguments objectifs Doumer développe-t-il pour s’opposer à Joffre dans les mois qui suivent ?

Réponse : La relation entre Doumer et Joffre a, en revanche, été exécrable. L’exercice du droit d’investigation des commissions parlementaires, dont le principe a été accepté par le gouvernement, sur les territoires soumis à l’autorité militaire a, notamment, vivement opposé les deux hommes. Joffre s’est ainsi plaint avec véhémence auprès de Millerand, ministre de la Guerre, des initiatives de Doumer au cours de l’hiver 1914-1915, considérées par lui comme de véritables empiètements sur son autorité. Espérant, en décembre 1914, être ministre de la Guerre et pouvoir alors remplacer Joffre, contre lequel il est plein de mauvaises intentions, par Gallieni, dont il est grand partisan, Doumer sera toutefois déçu : dès la rentrée du gouvernement à Paris, le cabinet civil du gouverneur militaire de Paris disparaît... En mars 1915, Doumer n’en continue pas moins de mener une vigoureuse campagne contre le général Joffre, auquel il reproche d’user, par sa méthode, les troupes sans profit sérieux, nécessitant l’appel à de tous jeunes gens. Car Doumer est directement informé des difficultés croissantes du front par ses cinq fils combattants. Ainsi exulte-t-il quand Joffre est relevé de son commandement le 27 décembre 1916 : "Je m’honore d’avoir personnellement tout fait pour obtenir cette mesure indispensable".

Question : Le drame du 6 mai 1932 était-il évitable ?

Réponse : Doumer se savait menacé. Plusieurs menaces de mort lui avaient en effet été adressées. Il ne cessait de répéter : « Après tout, à mon âge, ce serait une belle fin que de mourir assassiné ». Une accumulation d’indices, notamment une lettre reçue quelques jours plus tôt au commissariat de police du VIIIe arrondissement de Paris du colonel russe Fedossenko, annonçant la préparation d’un attentat contre le président de la République française, ne laissait rien présager de bon. Malgré les risques, Doumer a tenu à inaugurer personnellement le salon des écrivains combattants le 6 mai 1932 à Paris. Une première polémique a concerné les circonstances dans lesquelles les premiers soins furent administrés au président : un exemple d’erreurs médicales à éviter en traumatologie d’urgence. Raté par l’assassin, on dit que le président fut achevé à coups de gaffes… Une seconde polémique a accusé le service de sécurité du président de manquements. Aucune précaution particulière ne fut en effet prise le 6 mai 1932, ce qui est surprenant dans un tel contexte. D’ailleurs, parmi les conséquences immédiates du drame, le décret du 21 mai 1932 rattachera le service de Sûreté de la présidence de la République à la préfecture de police de Paris, pourvue des moyens matériels les plus immédiats et les plus puissants.

Question : Paul Doumer a perdu quatre de ses cinq fils des suites de la Grande Guerre. Ce drame familial a-t-il exercé une influence sur son parcours politique ?

Réponse : La Grande Guerre n’a pas surpris Doumer. Dans toute la mesure de ses moyens, en particulier parlementaires, il en a réclamé l’active préparation. Le rôle politique de tout premier ordre qu’il a joué au cours de la Grande Guerre a pris un relief singulier avec la perte de quatre de ses cinq fils combattants (1914-1923). Dès lors, les deux dimensions, publique et privée, de son implication apparaissent inextricables. La douleur du père endeuillé, le sacrifice de ses fils ont nourri l’action de l’homme politique, jusqu’à expliquer en partie son élection à la présidence de la République le 13 mai 1931 contre Aristide Briand. Durement accusé, après guerre, d’avoir aimé davantage la France que ses enfants, Doumer, tirant une fierté patriotique de la mort au front de ses fils, déclare préférer ces derniers « morts pour l’honneur » que « vivant dans le déshonneur ». Doumer a changé de stature avec la Grande Guerre. Il en est devenu un témoin moral de premier plan, notamment vis-à-vis des anciens combattants, et a bénéficié d’un surcroît d’autorité morale et d’un capital de sympathie rehaussés par la perte de ses quatre fils à la guerre, « grâce funèbre » considérée comme son « fonds de commerce » par ses adversaires politiques, faisant de lui un symbole patriotique vivant. Il a, dès lors, joui d’une surface politique considérable : un atout maître dans la poursuite de sa carrière nationale.

Merci pour ces précieux compléments d'information et plein succès pour votre livre.

Méritocratie républicaine
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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 07:00

Jean Lartéguy

Le dernier centurion

Hubert Le Roux

Qui était-il ?

Ecrire la biographie d’un homme au parcours si varié n’est pas chose facile. L’exercice est encore plus délicat lorsque l’objet de l’étude est un personnage aussi controversé que Jean Lartéguy, "macho colonialiste" pour les uns, "généreux" et "pudique" pour les autres. Et le projet demande encore plus de prudence lorsque l’auteur se définit lui-même comme « confident intime » du sujet.

C’est assez dire si ce livre doit être lu avec soin, et Jacques Chancel souligne dans sa préface que cette biographie est « très fouillée, amicale mais sans complaisance ». L'Indochine y occupe une place importante comme l'indique cette phrase, qui témoigne à jamais de l’engagement d’une vie : « On ne sait jamais quand on revient d’Extrême-Orient ni dans quel état. Moi je n’en suis jamais revenu ». Une vie exceptionnelle : commando de la France Libre, officier, journaliste de guerre, auteur à succès, il est, avec son célébrissime Les Centurions, « à l’origine d’innombrables vocations militaires ». Né en 1920 d’un père ancien combattant et militant nationaliste, Lucien Osty s’engage dès l’automne 1939, à l’âge de 19 ans et suit bientôt un peloton d’élève-officier avant de réussir le concours d’entrée à Saint-Cyr au moment où les armées allemandes écrasent les résistances françaises : « Dans ces heures fiévreuses de la défaite, Lucien Osty découvre sa double nature de soldat et de rebelle. L’aventure de la guerre ne le lâchera plus ».

Un peu d’errance, les prisons espagnoles, l’arrivée en Angleterre, l’engagement dans la France Libre et la formation précèdent le débarquement, la campagne de France, la Libération. Désigné pour suivre un stage dans une école d’officier au printemps 1945, il préfère quitter l’armée comme sous-lieutenant. Rapidement, il est plus ou moins recruté par les services spéciaux et séjourne à Téhéran, sous couverture de journaliste. Journaliste qu’il va devenir effectivement, tandis que son appartenance formelle aux services de renseignement français reste sujette à caution. C’est alors que paraissent dans Le Parisien Libéré les premiers articles sous pseudonyme, signé Jean Lartéguy. C’est Max Corre, patron de Paris-Presse-L’Intransigeant qui lui propose de devenir « officier-reporter » pour décrire aux Français la guerre de Corée. Lartéguy y rencontre en particulier un chef mythique, Monclar, général de corps d’armée rengagé volontaire comme simple lieutenant-colonel, mais, s’il fait son devoir et gagne au passage une nouvelle citation, il ne parvient pas à faire sienne cette guerre : « C’est pour cela que cette guerre est sinistre : parce que personne ne fait sa guerre à lui et que le technocrate a remplacé l’entraîneur d’hommes ». Blessé, il séjourne un temps au Japon et, dès son retour en France, écrit Du sang sur les collines, publié en 1954, qui, re-écrit, deviendra Les Mercenaires. Désormais, c’est l’Indochine qui l’envoûte. Non seulement il suit les opérations, mais participe même à certains coups de main : « Pour les militaires, Lartéguy n’est pas un journaliste comme les autres. Courageux, présent au feu, c’est un des leurs ». Le drame de Dien Bien Phu est un choc et se développe le sentiment que l’armée a été lâchée par le politique : « Les Français ne pensent plus qu’à s’enfermer dans leur petit pays, leurs petites villes, leurs petites maisons et, comme des vieillards, ils ne regardent plus le monde qu’à travers leurs fenêtres … Ils veulent leur retraite, toucher des pensions et qu’on les laisse épousseter leurs vieilles gloires. La France capitule, par égoïsme, par paresse, pour qu’elle puisse s’endormir dans une douillette décadence ». Il tire de ces expériences la matière de nouveaux romans, qui seront autant de succès et observe maintenant les progrès du Viet Minh au Sud et au Laos.

La guerre se poursuit désormais en Algérie, où il se montre sévère pour tous, y compris l’armée française et critique « la culture développée de l’esprit de boutique ou de chapelle », et ne passe rien à de Gaulle : « Ce fut la cause d’une cassure durable entre la France et son armée et, peut-être plus grave encore, d’une perte de foi et de caractère toute aussi longue chez beaucoup de chefs militaires ». Seuls les hommes comme Bigeard, l’un des modèles des Centurions, trouvent grâce à ses yeux : « chez les officiers américains, le livre devient peu à peu un livre culte ». Grand reporter reconnu, il est contacté pour rejoindre l’OAS, ce qu’il refuse. Il ne prend parti ni pour, ni contre et s’efforce de rester un journaliste neutre malgré ses amitiés. Et cette pirouette : « Officier honoraire de l’armée française, je suis devenu pacifiste depuis que l’on perd toutes les guerres » ! Pendant de longues années, il alterne entre l’écriture de romans et la rédaction d’articles à partir de toutes les zones de guerre ou de crise, le Liban, le Vietnam, Cuba, la Bolivie où il se laisse un temps fasciner par le mythe de Che Guevara. Israël puis à nouveau l’Extrême-Orient l’appellent et ce sera L’Adieu à Saigon, « chronique au jour le jour de la fin du Sud-Vietnam ». L’homme vieilli et c’est bientôt la fin des voyages et des aventure, même pour Lartéguy.

Une vie plus dense qu’un roman. Une aventure humaine comme on en connait peu en cette seconde moitié du XXe siècle. Une succession d’expériences d’abord comme militaire puis aux côtés des militaires. Un regard à la fois aimant et critique. Une biographie qui passionnera les amateurs et apportera quelques éléments utiles aux historiens.

Tallandier, Paris, 2013, 345 pages. 23,50 euros.
ISBN : 979-10-210-0059-9

Le Centurion
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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 07:00

Rol-Tanguy

Des Brigades internationales à la libération de Paris

Roger Bourderon

Considéré comme l'un des grandes figures françaises de la lutte contre les totalitarismes, Henry Tanguy reste paradoxalement peu connu. Son rôle comme chef régional des FFI au moment de la libération de Paris en août 1945 tend en effet à éclipser le reste d'une vie d'engagements.

Roger Bourderon, déjà auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire du Parti communiste pendant la Seconde guerre mondiale -et par ailleurs très proche d'une "conception marxiste de l'histoire", pour autant que cela puisse dire quelque chose-, nous propose ici (réédition légèrement augmentée d'un livre paru en 2003) une biographie complète de celui que Christine Levisse-Touzé définit dans sa préface comme un homme "fidèle au Parti", mais qui "conserve son libre arbitre".

Divisé en six grands chapitres chrono-thématiques ("Engagements, 1908-1936", "Au combat, 1937-1940", "Résistance, 1940-1944", "Libération, juin-août 1944", "Officier, 1944-1962" et "Fidélité, 1962-2002"), le livre nous présente à la fois l'homme public, engagé les armes à la main dans les combats des années 1930 et 1940, mais aussi l'homme privé, dans son cercle intime. Dans son avant-propos, l'auteur rappelle d'ailleurs qu'il a rédigé cette biographie avec l'accord de l'intéressé qui "a relu tous les chapitres de cet ouvrage jusqu'en juillet 1944 inclus. Il m'a donné son accord sur la façon dont y sont rapportées ses propres paroles. Il a participé de très près à l'élaboration des pages consacrées au mois d'août 1944". Nous touchons ici à la limite de l'exercice car, si l'ouvrage emporte globalement notre adhésion, nous restons toujours prudent lorsqu'une grande proximité personnelle voire idéologique parait lier l'auteur à son sujet. On lira avec un intérêt particulier le chapitre VI consacré à la guerre d'Espagne, où il effectue un premier séjour comme commissaire politique à l'arrière du front (1936-1937), puis un second, toujours comme commissaire politique mais affecté cette fois à la 14e brigade internationale (en 1938). Pratiquement aucune critique, aucune réserve : ni l'emploi des brigades, ni le rôle de Marty, rien ne semble devoir être remis en cause. Si les trosième et quatrième parties apportent également leur lot de précisions en présentant le point de vue de Rol tanguy (globalement toujours univoques cependant) sur des événements dans l'ensemble bien connus, on apprécie également les deux dernières parties qui lèvent (partiellement ?) le voile sur les années qui suivent la Libération : une carrière militaire pour le moins cahotique dans le contexte peu favorable de la guerre froide et une retraite qui témoigne d'une grande fidélité au Parti communiste et aux souvenirs des combats de jeunesse.

Au total,  malgré un parti pris très favorable au sujet (que l'on découvre sous un jour nouveau par rapport à l'image conventionnelle généralement présentée), une vraie plus-value pour l'histoire de la période, et l'on apprécie la précision et la diversité des sources citées. Un livre qui, complété par d'autres études, doit figurer dans vos références.

Tallandier, Paris, 2013, 768 pages, 29 euros.

ISBN : 979-10-210-0156-5

Communiste, résistant, soldat
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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 07:01

Elevé à la dignité ...

Général Lucien Le Boudec, Mémoires, 1923-1954

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Les mémoires du général Le Boudec s’écartent avec bonheur des lois formelles du genre. L’auteur a choisi de laisser un témoignage de son parcours de vie en nous faisant partager sa correspondance avec sa mère. La conception de l’ouvrage s’avère en outre extrêmement agréable : chaque page de texte est en effet accompagnée de photographies, parfois de dessins ou de reproductions de documents. Le lecteur se trouve ainsi plongé visuellement dans l’ambiance des faits évoqués et peut, derrière les événements racontés, reconstituer, par petites touches, une époque désormais totalement révolue.

La pudeur dans les mots tout autant que l’humour ont pour vertu de dédramatiser la gravité de quelques situations. On devine là une tendresse filiale soucieuse de ne pas susciter trop d’inquiétude mais aussi une retenue élégante, inhérente aux valeurs du monde militaire dans ce qu’elles ont de meilleur. L’émotion le dispute toutefois à l’admiration face au parcours du général. Élevé par sa mère, confronté très tôt aux difficultés matérielles, Lucien le Boudec acquiert rapidement une grande maturité, étayée par des principes clairs et solides de droiture et d’honnêteté.

Son engagement dans les FFI, à vingt-et-un ans, suscite le premier des hasards destinés à orienter sa vie vers une carrière qu’il n’avait pas envisagée. Jeune sous-officier, il est admis à l’École militaire interarmes, fusionnée à l’époque à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Élève-officier d’active de la première promotion d’après-guerre, il choisit, lors de l’amphi de sortie, les troupes coloniales (option cavalerie) et suit donc une année de spécialisation à Saumur. Il y découvre ce qui deviendra l’une de ses passions, l’équitation. Second hasard heureux, il a été breveté parachutiste, ce qui n’est pas encore le cas général dans les promotions, et peut donc rejoindre une unité aéroportée. Intronisé moniteur, il se lance dans la chute libre. Malheureusement, sa surdité d’une oreille l’empêche rapidement de pratiquer cette activité.

Mais Lucien Le Boudec est d’abord soldat dans l’âme. Volontaire pour l’Indochine, son premier séjour, de 1949 à 1951, lui vaut une blessure et trois citations. De retour en France, il fait la connaissance de son nouveau chef, le commandant Bigeard, qui instruit soigneusement son 6e bataillon colonial de commandos parachutistes. L’unité embarque ensuite en juillet 1952 pour l’Indochine. Les lettres du lieutenant Le Boudec permettent de suivre de l’intérieur ses combats et sa vie quotidienne, marquée par les efforts physiques et parfois les  ennuis de santé. Vient le fait d’arme de Tu Lê et la légendaire retraite qui amènent la célébrité au « bataillon Bigeard ». L’unité est désormais dédiée aux interventions majeures. Larguée en 1954 sur Diên Biên Phu, elle y est progressivement anéantie, comme le reste des troupes d’élite. Le Boudec, qui commande depuis peu une compagnie, est promu capitaine à titre exceptionnel et reçoit la croix d’officier de la Légion d’honneur dix-neuf mois à peine après celle de chevalier.

Si l’auteur demeure extrêmement discret sur ses actes de courage, maints témoignages extérieurs nous renseignent amplement à cet égard. En revanche, les fac-similés des plans du camp retranché, avec les zigzags des tranchées, laissent deviner, tout autant que les photos qu’ils complètent, l’âpreté des combats évoquée dans le texte.

Combattant exceptionnel, atteint de plusieurs blessures, Lucien Le Boudec connaît, après la reddition, les rigueurs de l’univers carcéral viet minh. Ses souvenirs constituent un témoignage de première main quant aux souffrances et aux sévices endurés. Mais ils sont aussi l’occasion, pour le lecteur, de voir un homme s’efforcer de survivre en conservant sa dignité, en refusant de pactiser avec l’ennemi et en pratiquant une étroite solidarité avec ses camarades, aidant notamment les moins valides à survivre. Le lavage de cerveau communiste ne parvient pas à le briser, ni à lui faire renier, ou simplement oublier, ses certitudes morales et ses convictions religieuses.

Les conditions de libération, le retour en métropole sont abordés aussi brièvement que simplement, même si l’on devine combien la défaite de Diên Biên Phu marque un tournant dans l’histoire militaire de la IVe République. L’ouvrage s’achève là, au grand regret du lecteur. Par-delà ce témoignage, qui ressemble à un roman d’aventures, se construit cependant, au fil des pages, le parcours d’un homme qui ne plie jamais devant l’adversité, préférant vivre ses valeurs et son état militaire avec toute sa conscience professionnelle et morale. Ainsi qu’il l’écrivait à sa mère, en septembre 1949 : « Devenir son propre juge et s’estimer soi-même, je crois que c’est la seule vérité ».

C’est également l’histoire d’un homme qui s’efforce par son travail de construire matériellement, pour lui et sa mère, un cadre d’existence stable et décent. Cela n’empêche nullement Lucien Le Boudec, toujours « calme et posé », d’exercer pour le plaisir son don de la caricature, d’approfondir sa culture littéraire et de s’intéresser à la civilisation indochinoise lors de ses séjours en Extrême-Orient.

On attend donc avec impatience la suite de ces mémoires. Mais, d’ores et déjà, en mesurant la volonté, l’humanité et la droiture qui émanent de ce premier tome, il paraît légitime et juste de dire, en rendant à l’expression tout son sens, qui excède la simple formule de politesse, « Mes respects, mon Général… ».

Jean-François Brun

Editions Lavauzelle, Panazol, 2013, 541 pages, 28 euros.

ISBN : 978-2-7025-1564-8.

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 07:05

Hermann Goering

François Kersaudy

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Excellent connaisseur des grandes personnalités politiques de la Seconde guerre mondiale, François Kersaudy signe ici (première édition en 2009) une remarquable biographie du maréchal de l'Air et "grand veneur du Reich" (mais oui !). Personnage fantasque, paradoxal, hors norme, Goering joue à la fois de 1922 à 1945 "un rôle déterminant dans l'ascension comme dans la chute de l'Allemagne nazie".

Le rapide portrait qu'en dresse l'auteur en introduction est significatif : "comploteur de taverne, putschiste improvisé, militant errant, chômeur morphinomane, homme d'afaires talentueux, dandy corpulent, orateur tonitruant, député mercenaire, président du Reichstag conquérant, ministre de l'Intérieur sans scrupule, président du Conseil arriviste, truand confirmé, criminel d'occasion, ministre de l'Air étincelant, parvenu millionnaire, diplomate officieux, chasseur d'élite, stratège de salon, économiste amateur, écologiste avant l'heure, collectionneur d'art compulsif, successeur désigné du Führer et complice de tous ses crimes". Au fil des diférents chapitres, de sa naissance au foyer d'un ancien ministre-résident de Guillaume II dans la colonie allemande du Sud-ouest Africain, à son suicide en 1946 après le jugement de Nuremberg, Hermann Goering a effectivement connu une existence totalement atypique, parfois héroïque (comme pilote pendant la Grande Guerre (on vend alors en Allemagne des cartes postales à son effigie), parfois mélodramatique (après le putsch manqué de Munich en 1923 à Munich, où il est blessé et commencera à prendre de la morphine pour lutter contre la douleur), flamboyante (entre son ministère, sa résidence berlinoise et sa propriété de Carinhall), ridicule ("par peur de manquer d'uniformes, il s'en invente sans cesse de nouveaux ... Il collectionnait les médailles comme d'autres collectionnent les timbres"). Après les succès de l'Anschluss, de la guerre d'Espagne, des campagnes de Pologne et de france, c'est l'échec cuisant et sanglant de la bataille d'Angleterre : il estime pourant alors "qu'il faudra quatre jours pour éliminer la chasse anglaise au sud d'une ligne Londres-Gloucester et quatre semaines pour écraser entièrement la RAF". Même vis-à-vis du Führer, qui lui conserve son amitié, son étoile pâlit. Opposé à titre personnel à l'attaque contre l'URSS en 1941 ("C'est une erreur économique, c'est une erreur politique, c'est une erreur militaire") : désormais, "les visites de Goering au QG d'Hitler sont plutôt rares, car il ne sintéresse que de loin aux opérations en cours". On apprécie dans cette partie la présentation qui est faite à la fois des relations hiérarchiques au sommet du ministère de l'Air et des relations entre commandants des forces terrestres et aériennes sur le terrain. Ce sont ensuite les retraites de l'armée allemande, à l'Ouest comme à l'Est, et il perd tout crédit : "Je souligne à l'attention du Führer que le peuple est unanimement opposé à Goering, dont la malchance, jointe à son incapacité et à sa propension aux illusions, a abouti aux échecs retentissants de la Lftwaffe", note Goebbels (non sans parti pris...). Ce sont alors les premiers contacts exploratoires avec les alliés occidentaux, la déchéance de toutes ses fonctions au terme d'un véritable psychodrame, à l'instigation de Bormann, à la veille de la capitulation allemande, et enfin la prison, le procès, la mort, dont les images de nombreux reportages d'époque sont bien connues. Avec le mystère final de l'origine des capsules de cyanure et ces quatre lettres d'explication : à son geôlier, à l'aumônier, à son épouse et au Conseil de contrôle interallié : "Je vous aurais laissés me fusiller sans difficultés ! Mais il est impossible de pendre un Reichsmarschall allemand ... J'ai donc choisi la mort du grand Hannibal" ! Rien de moins !

Une biographie de référence qui passionnera tous les amateurs de la Seconde guerre mondiale.

Coll. 'Tempus', Perrin, 2013, 958 pages, 12 euros.

ISBN : 978-2-262-04180-9.

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 07:00

Staline, 1878-1953

Mensonges et mirages

Jean-Jacques Marie

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Agrégé de lettres classiques, diplômé de russe, spécialiste de l'Union soviétique et déjà auteur de plusieurs biographies de dirigeants communistes, Jean-Jacques Marie se propose dans cet ouvrage de dresser un portrait complet, précis et aussi objectif que possible de Joseph Vissarionovitch Djougachvili -dit Staline-, de sa naissance en 1878 à Gori, petite ville de Géorgie, jusqu’à sa mort en 1953 à la tête de ce qui est à l'époque la deuxième puissance mondiale. Ne se limitant pas à la seule « chronologie » de son personnage, l’auteur livre également une analyse de la "réhabilitation de Staline" impulsée dès Brejnev et qui culmine actuellement au travers de la politique nationaliste ambigüe du gouvernement de V. Poutine.

Intitulée Staline, mensonges et mirages, cette biographie richement documentée et illustrée se fait fort de rétablir la vérité historique sur certains aspects d'une existence sans cesse occultée, retouchée et falsifiée -au gré des besoins politiques du moment- une forme de vérité historique, sur celui qui fut pendant un peu plus de trente ans le maître absolu de l’Union soviétique. Acteur et metteur en scène de son propre culte, artisan minutieux de sa quasi-"déification" et correcteur attentif de ses biographies officielles, allant jusqu’à faire modifier sa date de naissance, « Koba », alias « Staline », alias « le Petit père des peuples », n’a jamais cessé d’être l’objet de rumeurs, de révélations plus ou moins orientées, voire de légendes auxquelles ont souvent été accordées un certain crédit historique (telle que celle de son activité supposée au sein de l’Okhrana, la police secrète du Tsar). Tout ceci fut d'autant plus facile que l’obsession du secret caractérise son action à la tête de l’URSS, ainsi que la solitude paranoïaque dans laquelle il se confine à partir des années 1940, sont autant d’éléments propices à l’élaboration d’une fantasmagorie exagérément élogieuse ou angoissée.

Jean-Jacques Marie choisit une structure à la fois chronologique et thématique, et nous livre tout au long de ses 19 chapitres un récit enlevé, détaillé et passionnant, alternant entre le mythe et la réalité de ce personnage incontournable du XXe siècle, acteur-clé de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre Froide mais dont de nombreuses facettes demeurent mal connues. Grâce à sa richesse documentaire et sa connaissance de la Russie de son histoire, l’auteur dresse un portrait renouvelé et sans complaisance de Staline, dont on apprend par exemple le ralliement tardif au bolchevisme, où il confirme l’insubordination lors de la campagne d’Ukraine de 1920, "l’embellissement" du récit de ses passages en prison ou le manque de discernement face aux Allemands qui, jusqu’à la veille de l’invasion de 1941, viennent en URSS effectuer des relevés topographiques du territoire sous couvert d’une recension des morts de la Première Guerre mondiale.

Une lumière nouvelle est également portée sur l’ascension « lente mais irrésistible » de Staline au sommet, sur ses étapes et ses protagonistes. Le fonctionnement de l’appareil politique et de ses rouages, les méthodes brutales de « l’homme de fer », sont décrites sans ambages, sans que le contexte ne soit pour autant négligé : l’auteur prend soin d’étayer son ouvrage de données précises sur les conditions sociales, économiques, politiques et militaires de la Russie de l’époque. Jean-Jacques Marie distille par ailleurs de nombreuses anecdotes, parfois drôles, absurdes par moments, le plus souvent tragiques : Staline fut tout autant capable de limoger son ministre du commerce extérieur pour des bananes qu’il ne trouvait pas à son goût, que de faire empoisonner son médecin pour un diagnostic déplaisant, ou fusiller un déserteur communiste de la Wehrmacht venu interrompre son banquet pour l’avertir du déclenchement imminent de l’opération Barbarossa.

Cette biographie se veut donc une synthèse –au besoin une rectification– des « documents incessants » qui continuent de paraître sur le "Petit père des peuples". On pourra toutefois regretter que l’auteur semble ne nous livrer son expertise (que l’on pressent extrêmement vaste) que pour appuyer un réquisitoire –certes objectif mais toujours à charge- contre Staline et l’ampleur de ses crimes, ainsi que contre l’admiration béate dont il fut et recommence à être l’objet. D’autres aspects auraient pourtant gagné à être développés et enrichis des connaissances de l’auteur, au premier rang desquels par exemple le détail et les évolutions de la politique étrangère menée sous le règne de Staline. De la même manière, l’étude de la réhabilitation du stalinisme annoncée par Jean-Jacques Marie, objet d’une douzaine de pages en fin d’ouvrage, laisse quelque peu le lecteur sur sa faim. Quelle en est vréellement l'ampleur ? La polémique sur l’interdiction de l’adoption d’enfants russes par des étrangers -dernière manifestation en date du nationalisme qui ressurgit en Russie depuis une dizaine d’années– rappelle pourtant l’actualité d’un point qu’il aurait été intéressant de voir approfondi.

Staline, mensonges et mirages n’en demeure pas moins une lecture à la fois instructive et plaisante, grâce à l'expertise d'un historien confirmé au style agréable. Jean-Jacques Marie signe ici une biographie particulièrement intéressante pour les passionnés de la période, qui apprécieront l’attachement à la réalité des faits et la large synthèse d’une aussi vaste et riche période.

Elliott Even

Editions Autrement, Paris, 2013, 283 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2-7467-3342-8.

Nota : Jean-Jacques Marie présentait son livre le mercredi 13 mars dernier sur France Inter.

Pour écouter l'émission :

http://www.franceinter.fr/emission-downtown-staline-raconte-par-l-historien-jean-jacques-marie

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 07:05

Le général Vauthier

Un officier visionnaire, un destin bouleversant

Max Schiavon

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Confessons tout d'abord deux hésitations à la lecture de cet ouvrage : d'une part, peut-on raisonablement effectuer une recension critique d'un livre dont on connait bien l'auteur et que celui-ci vous dédicace amicalement ? D'autre part, comment réagir avec un bandeau en couverture n'annonçant rien de moins qu'une étude sur le "général qui aurait pu faire gagner la France en 1940" ! Excuser du peu ! Et pourtant, allons-y !

Max Schiavon a eu parfaitement raison de saisir l'opportunité qui lui a été offerte par la famille du général Vauthier d'inventorier et d'analyser un fonds d'achives privées très important et pour l'essentiel inédit. Ces épisodes sont rares dans la carrière d'un historien et il est toujours important de porter à la connaissance du public des documents jusque là ignorés. Mais il convient aussi de garder avec son sujet une vraie distance critique, même si l'on ne peut se défaire d'une certaine sympathie : parler en introduction d'un "véritable génie dans l'acception la plus forme du terme" est bien sûr excessif et il suffit pour s'en convaincre de se reporter à d'autres carrières d'officiers généraux atypiques ou précurseurs (comme Pellé ou Armengaud par exemple). Polytechnicien, artilleur, parfaitement noté dès ses premières années de service, le futur général Vauthier sert essentiellement au front pendant la Grande Guerre, qu'il termine comme capitaine, deux fois cité et titulaire de la Légion d'honneur. Dès la guerre terminée, il se passionne pour la défense contre-avions, est breveté major de l'école de guerre, sert à l'état-major de l'armée, devient un véritable spécialiste des questions aériennes et la doctrine d'emploi de l'armée de l'air en gestation. il écrit de nombreux articles, enseigne, prononce des conférences. Traducteur de Douhet, il considère que "la défense aérienne est une oeuvre nationale, qui concerne le pays tout entier". A partir de l'avion, il s'intéresse à l'aérotransport des unités et donc aux troupes de choc déposées (ou larguées) sur les arrières de l'ennemi, mais aussi à la défense des populations (on sait que le thème de la guerre aérienne est très en vogue durant l'entre-deux-guerres). Remarqué, il rejoint en 1931 l'état-major de Pétain à l'Inspection générale de la défense aéreinne du territoire, rédige des rapports, continue à publier des articles, élargit sa réflexion à la question du commandement unique interarmées. Tout cela est fort bien, mais le bilan de Pétain (dont Vauthier devient chef d'état-major et restera le principal collaborateur entre 1936 et 1939) à la tête de cette inspection est loin d'être positif et la "DCA" (au sens large) est véritablement en déshérence au cours des années 1930, comme en témoignera la situation en août 1939. Alors ? Quelle influence ? Quel bilan ? Ici, nous restons sur notre faim et l'on a du mal à imaginer qu'un officier aussi "soutenu" et aussi "influent" ne puisse finalement présenter qu'un aussi maigre bilan concret ? Et pour relativiser son propos, l'auteur reconnait lui-même au détour d'une phrase : "De nombreux officiers ont vu clair durant ces années 1930" (p. 184). C'est vrai : pour "précurseurs" que soient les écrits du général Vauthier (et ils le sont), ils ne sont pas exclusifs de réflexions parallèles et convergentes de certains de ses camarades. Il y aurait donc une réflexion à poursuivre sur "la myopie", certains diraient "l'autisme", d'une génération de décideurs politiques et militaires... L'imposant dernier chapitre (chap. 6, pp. 187-261), "Dans la tourmente de la Seconde guerre mondiale", développe et détaille le rôle du général Vauthier pendant la Drôle de guerre et la campagne de France, puis sa captivité jusqu'en 1945.

Au bilan, cette biographie est tout-à-fait passionnante. Il convient toutefois d'une part de tempérer certains propos par trop élogieux (il n'est jamais souhaitable en histoire de multiplier les qualificatifs excessifs) et d'autre part de recontextualiser chaque épisode au-delà de la seule personne du général Vauthier (il appartient non seulement à un "réseau" mais à une génération et à une époque). Sous ces deux réserves, l'ouvrage de Max Schiavon doit impérativement être connu de toutes les personnes intéressées par l'évolution des armées entre les deux guerres mondiales. Le travail est accompagné de très nombreuses (parfois longues) et utiles citations, soulignées par des références précises. Il est complété par des notes de bas de page adaptées, par un belle bibliographie et un solide index. Comme il existe des "thèses sources", qui font connaître de nouveaux documents et ouvrent sur de nouvelles recherches, un livre qui permet indiscutablement de relativiser nombre d'idées reçues sur l'entre-deux-guerres et qui apporte beaucoup à la connaissance fine de la période.

Editions Pierre de taillac, Paris, 2013, 298 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-36445-017-2.

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 06:55

Le général J.B.E Estienne  « père des chars »

Des chenilles et des ailes

Arlette Estienne Mondet

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Rédigé dans un style enlevé, cet ouvrage sur l'héroïque créateur des blindés français comporte de nombreuses références précises et variées utiles au chercheur en histoire militaire. Il est intéressant d'aborder cette biographie après les classiques  des généraux Bourget (1956) et Ramspacher (1983). Elle est en effet accessible à un plus large public grâce à son ton plus moderne et dispose d'une assise documentaire plus large que les précédentes. La petite-fille d'Estienne, qui n'a pas connu directement son grand-père, s'appuie sur des témoignages, des archives et des publications, offrant une évocation assez vivante de la vie militaire de la IIIe République qui naît d'une guerre, traverse victorieusement la suivante et s'achève dans une autre.

S'enthousiasmant enfant pour la légende napoléonienne, il assiste à l'occupation de son village lorrain natal par les troupes allemandes en 1870, événement qui marque au fer rouge sa sensibilité et inspire son choix de la carrière d'artilleur.  Élève brillant même si indocile, éduqué tout spécialement dans la branche des mathématiques, il est en 1880  triplement admissible à l'École Normale Supérieure, à Saint-Cyr, et à Polytechnique, école qu'il choisit d'intégrer. Attiré par l'épistémologie comme par l'Antiquité classique, dispositions qui favoriseront son amitié avec Clemenceau, il développe une réflexion très personnelle sur la science et le machinisme, dont certaines pépites sont enchâssées dans le texte d'Estienne-Mondet. Il parvient peu à peu à imposer à son entourage une personnalité chaleureuse et charismatique, jugée initialement pas très militaire par ses supérieurs car peu conforme aux canons régissant tous les aspects de la vie de l'officier à l'époque de la Revanche. Estienne est initialement une étoile montante de l'artillerie, son ingéniosité s'exerce dans  les diverses composantes auxquelles cette arme s'articule, à commencer par l'aviation d'observation qui aide à régler les tirs. Si les "ailes" viennent chronologiquement avant les "chenilles", il embrasse au cours de sa trajectoire pour ainsi dire tous les aspects du combat terrestre. L'auteur fait la part belle, dans le récit, aux interventions de collaborateurs, de "compagnons de route" de J.B.E. Estienne, Malgré sa ténacité, il n'aurait pas pu œuvrer sans cette constellation de talents qui s'additionnent. Même si ses projets se heurtent souvent à la lourdeur de l'appareil administratif, voire à des mauvais vouloirs, il dispose d'un solide réseau capable de l'appuyer, ayant noué des amitiés par delà la sphère de la société militaire. Il n'hésite pas à emprunter des voies directes. Pour le char, d'abord désigné sous le vocable "Artillerie d'Assaut", innovation qui l'a fait passer à la postérité il n'hésite pas à court-circuiter la hiérarchie en s'adressant directement au général Joffre, commandant en chef, car « la logique des institutionnels ne répondait pas à l'urgence et la détresse du front » (p.100). Une illustration exemplaire est fournie par la mise en chantier des engins Saint-Chamond, projet concurrent des cuirassés terrestres Schneider conjointement conçus par le colonel Estienne et l'ingénieur Brillié, qui retarde l'engagement de ces derniers sur le champ de bataille, alors que les Britanniques utilisent déjà leurs Mark. L'aventure des chars et des tankistes durant les années 1917 et 1918 est évoquée de manière dynamique et détaillée.  Au sortir de la Grande Guerre, leur promoteur (promu général de brigade le 08 août 1916, puis de division le 23 avril 1918) rédige le prophétique Mémoire sur les missions des chars blindés en campagne du 25 mai 1919 resté malheureusement inédit. De même, s'il prononce deux conférences exposant ses vues d'avenir, au Conservatoire des Arts et Métiers le 12 février 1920, puis à Bruxelles devant le roi des Belges le 7 mai 1921, il s'agit presque de son chant du cygne, puisque son exigence d'emploi en masse des chars, qui constitueraient idéalement une arme autonome, n'est pas entendue, la doctrine française les rattachant à l'infanterie à laquelle ils sont étroitement subordonnés. Estienne est nommé Inspecteur des chars de combat, poste qu'il occupe jusqu'en 1923, et directeur des études techniques  fonction qu'il quitte en 1926, dix ans avant sa mort. S'il s'efforce toujours de penser les matériels de demain et leur action concrète dans la guerre moderne, son influence réelle est limitée, bien qu'il inspire la conception du B1, véhicule de combat plus solidement blindé que les Panzer qui lui seront finalement opposés. Il entretient durant toute sa vie d'officier d'active des relations complexes avec le général puis maréchal Pétain, qu'il avait soutenu par son talent d'artilleur durant l'éprouvante bataille de Verdun. Ce personnage, tout-puissant dans l'entre-deux-guerres, lui apporte un appui généralement conditionnel. Bien que son aîné, il prononcera son éloge funèbre.

Le dynamisme personnel d'Estienne est prolongé par ses fils, qui bénéficient dans leur entreprise de la réputation et de l'intelligence créatrice de leur père. Arlette Estienne-Mondet réserve une place importante à l'utilisation du moteur pour les liaisons continentales en Afrique, l'empire étant conçu comme un prolongement du territoire métropolitain, malgré de nombreuses turbulences au Maghreb. La compétition entre Renault et Citroën, les choix cornéliens à effectuer entre automobiles à roues ou à chenilles pour la traversée du Sahara sont dépeints de manière vivante. S'il a constamment cherché à anticiper, Estienne a relativement peu écrit après 1918, malgré un talent plutôt supérieur à celui de ses contemporains. C'est avant tout un homme d'action, qui a durablement marqué de son empreinte l'art de la guerre. Loin de l'insensibilité parfois reprochée aux officiers généraux de la Première Guerre mondiale, il conçoit le progrès technique comme un moyen d'emporter la décision et de limiter le sang versé dans les rangs de l'infanterie notamment. La devise personnelle de ce "père fondateur" de la future arme blindée cavalerie est « Réaliser, c'est se résoudre délibérément à faire œuvre imparfaite » (p.101). L'ouvrage de sa petite-fille se lit comme une sorte de Bildungsroman mettant en scène l'officier émergeant à la Belle Époque d'une famille non-militaire, intervenant de manière décisive au moyen d'une invention technique (somme toute modeste dans sa conception originale) dans le cours de la Première Guerre mondiale. Il formule pour l'avenir des vues d'ensemble visionnaires, que l'armée française, contrairement à ses voisins européens, échoue à concrétiser.

Candice Ménat

L'Harmattan, Paris, 2010, 54 pages, 27 euros.

ISBN : 978-2-296-13179-8.

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 07:01

Jacques Seydoux, diplomate

1870-1929

Stanislas Jeannesson

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De la belle et solide biographie ! Un travail de qualité et de référence.

Né dans une famille de la bonne bourgeoisie (son grand-père est député, son père diplomate), Jacques Seydoux entre à son tour au Quai d’Orsay, après une scolarité en droit et en sciences politiques, au milieu des années 1890. Il ne sert dans des postes à l’étranger que quelques années, en début de carrière et, du fait en particulier d’une santé fragile, devient assez tôt l’un des « cadres » de l’administration centrale au sein de laquelle il va exercer des fonctions aussi discrètes qu’importantes, ce qui lui permet de nous en décrire, de l’intérieur, les évolutions, les forces et les faiblesses.

Le chapitre I du livre (pp. 15-41) s’intéresse tout naturellement aux origines familiales et à la jeunesse de Jacques Seydoux. Le second (pp. 43-86) nous présente la vie de l’intéressé pendant ses premières années de vie professionnelle jusqu’à la Grande Guerre (on y découvre en particulier « l’affaire de Mascate » entre Paris et Londres et l’on y trouve la confirmation de la politique très personnelle de Caillaux pendant la crise marocaine). Le chapitre III (pp. 87-119) est tout particulièrement intéressant, dans la mesure où Seydoux (nommé dès 1914 chef du service de guerre économique) devient l’un des acteurs français essentiels du blocus des empires centraux. On apprécie ici la description du long processus politique et interallié ainsi que les tableaux comparatifs de l’organisation du blocus en France et en Grande-Bretagne. Cette expérience interalliée marque profondément le diplomate qui prend la tête de la sous-direction des relations commerciales après la guerre (chap. IV, pp. 121-153, « Le tournant de l’après-guerre »), est directement impliqué dans les conférences internationales qui se succèdent sur l’irritante question des réparations sur fond de crises en Haute-Silésie et dans la Ruhr mais aussi de retour de la jeune URSS sur la scène internationale (chap. V, pp. 155-186, « La reconstruction de l’Europe » ; chap. VI, pp. 187-232, « De Gênes au plan Dawes » ; chap. VII, pp. 233-265, « Regards à l’Est »). Les deux derniers chapitres (chap. VIII, pp. 267-328, « L’heure de Locarno » et chap. IX, pp. 329-353, « La patience de vivre ») relatent les dernières années de carrière puis la retraite de Seydoux, qui rejoint le secteur bancaire et s’engage en faveur de la Société des Nations et de la réconciliation franco-allemande.

On le voit, l’homme traverse quelques unes des plus grandes crises et épreuves du début du XXe siècle. Son témoignage est d’autant plus intéressant que, personnage discret, il écrit beaucoup, comme les hommes cultivés de son temps. Ainsi, pendant la Grande Guerre, entre août 1914 et décembre 1918, il noircit de notes presque quotidiennes vingt-trois cahiers d’écoliers, totalisant 955 pages, intégralement conservés aux archives du MAEE. Stanislas Jeannesson explique : « Pour Seydoux, qui reste confiné dans les bureaux du Quai d’Orsay, la guerre est à la fois proche et lointaine ; elle est l’objet de constantes préoccupations, tant dans son travail que sa vie quotidienne, mais le front demeure un horizon toujours inaccessible ». Au passage, quelques brillantes figures sont égratignées, comme Berthelot (pas le général, l’autre) qui, au moment des combats de Verdun en avril 1916, « s’occupe de faire faire un tennis dans les jardins ». Tous les citoyens n’ont pas connu la même guerre …

En résumé, une superbe biographie, au ton et au style très académique, complétée par tout l’appareil de notes, la bibliographie, l’indication des sources, l’index, etc. Un livre de référence indispensable pour quiconque s’intéresse à l’histoire politique, diplomatique et même militaire de la France du tournant du XXe siècle à l’entre-deux-guerres, aussi bien qu’à la vie interne du Quai d’Orsay ou aux premiers temps de la « sécurité collective ».

Presses Universitaires de Paris Sorbonne, 2012, 409 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-84050-875-5.

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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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