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31 août 2018 5 31 /08 /août /2018 06:00

Général Jeannou Lacaze (1924-2005)

chef d'état-major des armées (1981-1985)

Didier Jean

Très rares sont les biographies consacrées à des personnages décédés récemment, et ce livre est d'autant plus bienvenu qu'il nous présente un chef militaire ayant atteint le sommet de la hiérarchie à une époque de doutes et de changements.

La carrière du général Lacaze s'étend en effet de la fin de la Seconde guerre mondiale au milieu des années 1980. Au cours de ces quarante années, il a traversé les conflits de la décolonisation et ceux de la guerre froide, il a servi dans des unités prestigieuses mais aussi plus discrètement dans les services de renseignement, il a vécu au premier poste, celui de chef d'état-major des armées, le premier grand changement de majorité de la Ve République avec l'élection de François Mitterrand et l'arrivée de ministres communistes au gouvernement. Il a eu à gérer les conflits africains (Tchad, Manta) et libanais (Drakkar), dans un contexte de crise est-ouest (SS20) et de difficultés intérieures (essais nucléaires, Nouvelle-Calédonie, etc.). Sur tous ces sujets, l'auteur apporte un certain nombre de réponses, appuyées sur de nombreuses citations et références.

On peut contester certaines appréciations ou conclusions partielles, mais il constitue indiscutablement une réelle plus-value dans notre connaissance des évènements, en particulier pour la période durant laquelle le général Lacaze fut CEMA et à propos de laquelle les publications sérieuses sont fort peu nombreuses. 

Editions Lavauzelle, Panazol, 2018, 408 pages, 28,- euros.

ISBN : 978-2-7025-1669-0.

Le Sphinx

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 06:00

Castelnau

Le quatrième maréchal

1914-1918

Benoit Chenu

Arrière-petit-fils du général de Castelnau, l'auteur défend bien sûr la mémoire et l'œuvre de son aïeul. Mais le livre, très détaillé, actualise et complète utilement la biographie désormais un peu ancienne du général Gras (Denoël, 1990), restée pendant de longues années l'ouvrage de référence sur de Castelnau.

En six grandes parties chronologiques ("La France au bord du gouffre", "La bataille de l'aile droite", "Le massacre de l'infanterie française", "Castelnau contre GQG", "Une guerre sans fin" et "Une paix précaire"), l'auteur retrace la carrière de celui qui fut l'un des meilleurs tacticiens de sa génération mais que ses sentiments royalistes et sa foi catholique écartèrent du sommet de la hiérarchie et sans doute aussi du maréchalat. Le lecteur y retrouvera tous les grandes évènements de la guerre, de la bataille des frontières à l'ultime offensive finalement annulée, puisque de Castelnau est le seul officier général de son rang a avoir effectué quasiment tout le conflit en situation de commandement ou au GQG. Les analyses de Benoit Chenu sont assez systématiquement favorables à son aïeul (ce qui est compréhensible), et il nous apporte une analyse personnelle par exemple sur la bataille de Morhange, sur les relations avec Foch lors de la "course à la mer, sur Verdun, la Somme ou sur le camp retranché de Salonique. Sur maints sujets d'ailleurs, de Castelnau aurait été en avance sur ses pairs dans la compréhension des nouvelles formes de la guerre, à l'échelle tactique, au niveau opératif ou au plan géostratégique (place de la Russie).

Basé en grande partie sur des archives privées auxquelles le lecteur "moyen" ne peut pas avoir accès, le livre cite abondamment les AFGG et (très justement) les excellents travaux d'Elisabeth Greenhalgh. Un livre solide, certes avec un certain parti pris (quoi de plus naturel), mais sans abus, référencé, qui complète très utilement la littérature existante et propose des angles d'approche inédits.

Bernard Giovanangeli éditeur, Paris, 2017, 447 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-7587-0204-7.

Le quatrième maréchal

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8 juillet 2018 7 08 /07 /juillet /2018 06:00

François-Joseph et Sissi

Le devoir et la rébellion

Jean des Cars

Auteur extrêmement prolifique et biographe quasi-institutionnel des dynasties et monarques européens, Jean des Cars nous livre ici une sorte de parallèle entre François-Joseph et son épouse, un couple peu ordinaire.

Le livre est rondement mené, le style enlevé, agréable à lire. Au-delà de l'image de "Sissi l'impératrice", les lecteurs apprendront à mieux connaître l'empereur que fut François-Joseph, qui resta sur le trône jusqu'à sa mort à la fin de l'année 1916 et se considéra toute sa vie comme un soldat. A la fois inspiratrice et profondément différente de son époux, Sissi exerce une réelle influence sur ce dernier, mais dans des proportions qu'il n'est pas toujours facile de déterminer. Longtemps plongée dans la dépression (la mort de son fils est un épouvantable drame), elle connaît une fin de vie marquée par le malheur jusqu'à son assassinat en Suisse par un anarchiste, et ce malheur touche tout autant son empereur de mari, qui entretiendra jusqu'à son décès la mémoire et le culte de son épouse.

Un bon livre de vacances, qui nous laisse en permanence entre une réalité rarement gaie et une légende dorée. 

Perrin, Paris, 2017, 542 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-262-06557-7.

K. u. K.

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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 06:00

Juin

Le maréchal africain

Guillaume Denglos

Nouvel ouvrage consacré à l'un de nos grands chefs militaires du XXe siècle, après la récente biographie de De Lattre (ici), et c'est une bonne nouvelle.

Après celle signée par Jean-Christophe Notin en 2015 (ici) et avec laquelle il sera intéressant de la comparer en détail, Guillaume Denglos nous propose une biographie du maréchal Juin, qualifié assez justement de "maréchal africain" (du Nord). Et dès les premières lignes, l'auteur rappelle que Juin est emblématique de l'ascenseur social, de la méritocratie républicaine : "Ce que je suis devenu, c'est grâce aux libéralités de la République. Ceci pour moi impose une conscience". De propos que l'on peut méditer. L'auteur parle, à propos des sympathies vichyssistes et de la politique suivie au Maroc comme résident général à la fin des années 1940, de "légende noire", formule qui nous parait excessive.

De sa jeunesse algérienne (Constantine) à sa rupture avec De Gaulle sur la question de l'avenir de l'Algérie, du major de Saint-Cyr au vainqueur de Gembloux en 1940, du fils spirituel de Lyautey aux négociations avec les Allemands avant le débarquement anglo-américain de novembre 1942, du Corps expéditionnaire en Italie à la déposition ratée du sultan du Maroc, c'est une carrière presque incroyable qui l'on peut suivre. Cette fresque d'un demi-siècle d'histoire militaire de la France jusqu'au sabordage de la CED et à sa marginalisation par Edgard Faure alors que se noue le drame algérien donne presque parfois le tournis.

Une belle biographie, de notre dernier maréchal nommé de son vivant, qui mérite indiscutablement de figurer dans toute bibliothèque bien tenue.

Belin, Paris, 2018, 462 pages, 26,- euros.

ISBN : 978-2-410-01358-0.

L'archétype de l'officier de l'armée d'Afrique

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18 juin 2018 1 18 /06 /juin /2018 06:00

Speer

L'architecte d'Hitler

Martin Kitchen

Celui qui fut longtemps considéré comme un personnage un peu marginal au sein de la très haute hiérarchie du IIIe Reich, en grande partie d'ailleurs sur la base de ses propres mémoires, est aujourd'hui remis à sa juste place. Au cœur du système.

L'introduction dresse le portrait du personnage : "cet homme ni foncièrement méchant, ni insensible, ni mesquin demeurait totalement étranger à la morale et aux émotions ... Ce sont des hommes comme Speer qui ont permis l'existence du régime". Ce livre volumineux et dense, aux très nombreuses sources et références, n'évoque que rapidement les jeunes années de l'architecte pour se consacrer à ses différentes responsabilités au sein de l'appareil d'Etat nazi, qu'il s'agisse du mégalomaniaque projet de "Germania", nouvelle capitale en remplacement de Berlin, du ministère de l'Armement, élément clef dans la conduite de la guerre, ou des armes miracles, dont la présentation tenait autant des sciences et techniques que des mensonges grossiers. Avec soin, Martin Kitchen détaille les responsabilités réelles de Speer, rappelle qu'il ne cesse d'essayer de les augmenter, fait le récit de ses oppositions avec les autres grands dignitaires. Nous sommes là bien loin des déclarations du procès de Nuremberg et des phrases soigneusement pesées de ses mémoires.

Au-delà de l'homme, un livre important pour comprendre le système nazi.

Perrin, Paris, 2017, 639 pages, 27,- euros.

ISBN : 978-2-262-06561-4.

Technocrate et courtisan

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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 06:00

De Lattre

Ivan Cadeau

La guerre picrocholine opposant 2e DB et 1ère Armée, Juin et de Lattre, est-elle terminée ? Pas tout à fait sans doute, mais le temps fait son œuvre et nos derniers maréchaux méritent bien désormais des études aussi objectives que possible.

Celle qu'Ivan Cadeau consacre au maréchal de Lattre de Tassigny se distingue. Bien connu pour ses publications antérieures sur la guerre d'Indochine et la guerre de Corée, Ivan Cadeau aborde avec brio un genre nouveau pour lui, celui de la biographie. Chronologiquement, il nous présente toute la carrière d'un officier d'exception, qui commence à Saint-Cyr (pas facile...) puis comme jeune dragon, pour se terminer avec un commandement en chef en Indochine où il laisse ses dernières forces. Dur de caractère, pour ne pas dire parfois caractériel, il n'en demeure pas moins un chef exceptionnel, au fort charisme, un de ces chefs que l'on adore ou que l'on déteste mais qui ne laisse jamais indifférent. Les passages consacrés à la Seconde guerre mondiale (qu'il s'agisse de la campagne de France, du séjour en zone "libre", de la Libération) sont tout particulièrement intéressant et l'on sent que chez cet éducateur-né les exigences sont fortes. Le chef de la 1ère Armée française ne laissait personne indifférent, ses motivations profondes furent toujours dignes et nobles.

Une très solide (mais agréable) biographie qui participe au renouvellement des études sur les grands chefs militaires et qui apportera beaucoup d'informations à tous ceux qui s'intéressent à l'armée française de la première moitié du XXe s.

Perrin, Paris, 2017, 325 pages, 22 euros.

Le roi Jean

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 06:00

Patton

La chevauchée héroïque

Benoît Rondeau

Contributeur régulier de différents magazines d'histoire et déjà auteur de plusieurs ouvrages remarqués sur la Seconde guerre mondiale (ici, ici et ici par exemple), Benoît Rondeau nous propose aujourd'hui une ample biographie du général américain le plus célèbre de la Seconde guerre mondiale, tant sur le plan de la personnalité que des capacités tactiques.

Au fil des pages, en vingt-trois chapitres regroupés en quatre grandes parties ("La genèse d'un général, 1885-1940", "Le destin d'un guerrier, 1941-1943", "L'entrée dans la légende", et "Le mythe Patton"), Benoît Rondeau fait non seulement le récit de la vie et des campagnes du général, mais il s'intéresse aussi à sa personnalité complexe pour dresser le portrait d'un "personnage plus nuancé", un "héros aux dimensions de l'Amérique". Il précise également dans son introduction que son "texte est une synthèse, la biographie la plus exhaustive de Patton écrite en langue française", grâce en particulier à la traduction de nombreuses études en anglais. Nous suivons donc Patton du Vieux Sud à West Point, dans ses premières affectations et aux Jeux Olympiques de 1912, sur la frontière mexicaine puis dans la guerre mondiale où le cavalier devient tankiste, les débats autour de l'arme blindée durant l'entre-deux-guerres et la traversée du désert à la suite d'une mauvaise nouvelle blessure, le retour en grâce à la tête du 1er corps blindé et l'opération Torch, l'Afrique du Nord et bien sûr les combats de Tunisie, les relations difficiles avec les Britanniques et ses rapports avec des médias pour lesquels il est toujours un "bon sujet". On connaît (par le film fameux, dont il faut pas ailleurs se méfier) l'épopée de la campagne de Sicile, l'opposition avec Montgomery et "l'affaire des gifles", au sujet desquelles (2 cas avérés) les explications s'enchevêtrent et illustrent le caractère fantasque, impulsif, émotif du général,mais aussi sans doute sa grande fatigue à cette époque. On sait que ces événements manquent de lui coûter la suite de sa carrière et c'est dans une forme de msie à l'écart qu'il voit ses camarades participer au débarquement de Normandie. On connaît la suite, l'arrivée en France un mois plus tard alors que les Alliés sont quasiment bloqués, l'opération Cobra et la percée tant attendue, la marche vers l'est et les difficultés de ravitaillement, un ralentissement significatif en Lorraine à l'automne et l'autre "grande affaire" : la bataille des Ardennes. Sa fin de carrière en demie-teinte et sa mort brutale favorisent le développement de la légende. Dans la dernière partie, Benoît Rondeau s'efforce (même s'il ne cache pas sa sympathie pour le général) de démêler le vrai du faux parmi toutes les approximations et rumeurs qui entourent son souvenir. Au-delà de ses idées reçues, de ses a priori et de son caractère fantasque, il reste une icône pour une partie de l'Amérique d'aujourd'hui et de son armée.

Un livre qui ne "révèle" rien d'important, mais qui offre une portrait plus contrasté que l'on pouvait initialement le supposer. On pourra certes discuter plusieurs tentatives d'interprétations à l'occasion d'évènements marquants, mais il faut reconnaître que Benoît Rondeau envisage des pistes nombreuses et différentes avant de donner son explication. Un livre effectivement de synthèse qui va s'imposer dans la littérature en français.

Tallandier, Paris, 2017, 603 pages. 27,90 euros.

ISBN : 979-10-210-2190-7.

Un général hors norme

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 06:00

Les guerres du général Gambiez

Nicole Pietri et Jacques Valette

Retour sur un ouvrage collectif paru il y a plusieurs années, qui permet de retracer la vie et la carrière d'un officier général historien, auquel on doit en particulier une histoire de la Première Guerre mondiale en deux volumes.

Saint-Cyrien de 1925, Fernand Gambiez a participé à tous les conflits de 1939 à 1961, et a exercé ensuite de hautes fonctions militaires, politiques et historiques. Le professeur Jacques  Valette, qui a été son chef de cabinet en Tunisie, a fait appel à huit historiens qui ont évoqué tous les actes de sa carrière.

Le colonel Paul Gaujac rappelle qu’après l’Ecole de Guerre et le commandement d’une compagnie d’infanterie en 1940, le LCL Gambiez a rejoint le Maroc clandestinement par l’Espagne. A Staoueli, le général Giraud le charge de créer le Bataillon de choc en mai 1943. Une rapide formation morale et opérationnelle (parcours de combat à tir réel et parachutage) permet d’engager le bataillon dans la conquête de la Corse, de l’Ile d’Elbe et dans la campagne de France et d’Allemagne, où le bataillon devient Brigade de choc en novembre 1944. Son engagement en formation d’infanterie est courageux et efficace, mais ne correspond pas à sa vocation initiale d’infiltration, qui sera ensuite assurée par le 11° Choc à Mont-Louis. En 1946, le colonel Gambiez commande le Centre d’Instruction des sous-officiers de Saint-Maixent, et en 1948 le 27° RI. Il est en phase avec la solution de Lattre des camps légers. En novembre 1949, le colonel Gambiez fait un premier séjour en Indochine, où il conduit des actions de choc dans le delta Nord, avant que de Lattre ne le charge de contrôler les évêchés catholiques. Promu général en 1952, il fait un 2° séjour auprès du général Navarre, dont il n’approuve pas la décision de Dien Bien Phu; il commet cependant l’erreur d’approuver la trêve demandée par Giap. Adjoint du général Ely, il sera ensuite responsable de deux opérations : la réimplantation de 860.000 catholiques au Sud, et les négociations concernant les Sectes de Cochinchine.

Francis Latour fait un historique intéressant des rapports ambigus existant entre la France et les évêques catholiques autochtones, partisans de la décolonisation; après l’opération Auvergne d’évacuation, dirigée par le général Vanuxem, le général Gambiez assure la réinstallation au Sud-Vietnam, au printemps 1955, dans des conditions difficiles, avec un dévouement qui lui vaut les remerciements du clergé.

Encore plus ambiguë est la tentative de récupération des sectes caodaïstes (Hoa Hao) et Bin Xuyen qui ont assuré pendant des années la sécurité de leur territoire. Contre l’opposition du président Diem, Gambiez souhaiterait intégrer leur Front unifié dans l’armée régulière, mais il est contraint en mai 1955 de les abandonner. Remarquablement documentée est la présentation de cette médiation par D. Dominique-Cloarec.

En 1955-57, le général Gambiez assure un triple commandement en Tunisie : la 11° DI, la Division Nord et le Commandement supérieur. Faisant effort sur le renseignement à la frontière algérienne, il crée un Centre de contre-guérilla et lutte contre le dissident Salah ben Youssef. Mais il se heurte à la connivence de Bourguiba avec l’ALN, qui passe de 4.000 à 7.500 combattants. Les conditions politiques, décrites par le professeur Valette, imposent l’évacuation de la Tunisie en juin 1958.

Le 31 décembre 1958, le nouveau Commandant du Corps d’Armée d’Oran reçoit à Alger les directives du Délégué général Delouvrier et du Commandant en chef Challe. De février à mars 1959, le plan Challe élimine 50% des unités rebelles d’Oranie; il est appuyé par Gambiez qui prône le respect des biens et des personnes. Malgré la réduction drastique des effectifs, la politique de pacification active (SAS renforcées) donne l’impression que l’Oranie est pacifiée. Par la suite, le professeur Guy Pervillé observe une dégradation de la situation, due principalement à l’évolution de la politique gouvernementale.

Maurice Faivre a consulté le fonds Gambiez sur le putsch. Jusqu’alors, le Commandant en chef en Algérie était d’un optimisme raisonné. La situation militaire s’était améliorée, il ne restait que 5.500 rebelles réguliers et le calme était revenu dans la casbah. Le 22 avril, jour du putsch, il est parti pour Tipaza pour « essayer de briser dans l’oeuf l’insurrection ». Bloqué par un lieutenant, il refuse de rencontrer le général Challe et est transféré à In Salah. De retour à Alger, il constate : mon état-major a travaillé pour l’insurrection. Une fois la surprise passée, l’armée est restée loyale et disciplinée. A son départ le 12 juin, il constate que l’interruption des opérations offensives n’a pas eu d’effet durable, le potentiel de l’ALN s’est accru, et le terrorisme a été multiplié par deux. Dans sa déposition au procès Challe (29 mai 1961), il exprime un jugement nuancé sur le putsch : "Le mouvement insurrectionnel répondait au sentiment d’une grande partie de l’armée…Cette armée n’approuvait pas la politique algérienne du général de Gaulle. Malgré leur désaccord, les cadres appliquaient sans enthousiasme la politique de l’Etat. Certaines unités isolées se crurent les derniers tenants de l’honneur militaire….Ceux qui l’ont cru ont fait une erreur de calcul immense, et peu pardonnable, même s’ils ont cru agir par un amour irraisonné, déraisonnable, de leur Patrie, de notre Patrie".

Michel Ostenc analyse les réactions de la presse italienne face à l’affaire algérienne. Le pétrolier Mattei et la gauche sont partisans de la décolonisation, alors que les autorités politiques observent avec inquiétude les faiblesses du général de Gaulle et recommandent le maintien de la solidarité atlantique.

De retour à Paris en 1961, le général d’armée Gambiez sera directeur de l’IHEDN et membre du Conseil supérieur de la Guerre. A ce titre, Jérome de Lespinois observe qu’il donne un avis prudent sur la conversion atomique de l’armée de terre : il propose de modifier les structures sous la forme de complexes interarmées.

En même temps, le général d’armée est chargé, à la tête de la Commission Armée-Jeunesse, d’appliquer les directives sociales de Michel Debré, et celles de Michel Messmer sur le reclassement économique des appelés. Nicole Pietri décrit la mise en place dans les régiments de 1.300 officiers conseils, de clubs loisirs et agricoles, et un programme de 230 heures de promotion sociale. Conseiller d’Etat en service extraordinaire et membre de l’Académie des sciences morales et politiques, il participe à la révision du règlement militaire.

Le professeur André Corvisier rappelle ce que fut sa collaboration au sein des Commissions d’Histoire militaire. En 1969, le président Gambiez organise à Paris le premier colloque international, auquel participent 14 nations. Il est élu président de la Commission internationale en 1973, et crée l’Institut d’Histoire militaire comparée ; il promeut la Revue internationale et la collaboration Armée-Université. Après une enquête remarquée sur la peur et la panique dans l’histoire, il prépare le colloque de 1989 sur le bicentenaire de la Révolution, auquel il ne pourra assister.

"Ce général ne laissa jamais indifférent", conclut Jacques Vialette. Michel Poniatowski, ancien du Choc, le voit comme «un personnage complexe et atypique, un peu prélat, un peu diplomate, un peu politique». Cette vie de dévouement au service de la France et de son armée, qui devrait intéresser tous les historiens.

Maurice Faivre

L'Esprit du livre, 2009, 217 pages.

ISBN : 9782915960600

Le livre n'est semble-t-il plus disponible mais peut être acquis via les sites d'occasion.

Militaire et historien

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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 06:00

Kennedy

Vérités et légendes

Georges Ayache

Déjà auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux Etats-Unis (ici par exemple), Georges Ayache connait indiscutablement bien son sujet et, selon la formule de cette collection, nous livre un portrait original du célèbre président américain assassiné à Dallas à partir de 27 brefs chapitres qui correspondent chacun à une affirmation vraie ou fausse.

Au-delà de la légende patiemment construite et défendue avec détermination (il évoque en introduction la présentations de "l'archange fauché en pleine gloire"), l'auteur nous parle ainsi du "beau gosse" homme à femmes (comme son père), de la réalité de sa guerre dans le Pacifique, de la préparation (presque de la mise en scène) de son entrée en politique, des doutes sérieux qui pèsent sur les articles et livres qu'il a signé mais peut-être pas écrit, etc. Des modalités de son élection à la présidence à son exercice du pouvoir, de ses fréquentations personnelles et ses relations conjugales houleuses, de la trahison de ses amis à ses hésitations en politique intérieure, il est certes celui qui se proclame Berlinois, mais trop tardivement pour impressionner Moscou et finalement est un des responsables de l'enlisement au Vietnam.

En bref, un tableau bien plus contrasté qu la légende généralement répétée et une approche de l'icône de toute une génération qui risque de faire grincer bien des dents.

Perrin, Paris, 2017, 236 pages. 14,90 euros.

ISBN : 978-2-262-06977-3.

Le play-boy président ?

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 06:05

Sun Tzu

Qui suis-je ?

Yann Couderc

Il y a décidément souvent de belles initiatives chez les "petits" éditeurs, et cette étude d'ensemble réalisée par l'un des meilleurs spécialistes du personnage est réellement très complète dans une pagination limitée.

En à peine plus de 100 pages en effet, Yann Couderc nous présente à la fois une biographie de Sun Tzu (autant que des sources très lacunaires et tardives peuvent le permettre), mais aussi une remise de son héros et de son oeuvre dans le contexte de la Chine de l'époque, une analyse du célèbre traité sur L'art de la guerre et enfin une présentation de l'héritage de Sun Tzu aujourd'hui, une formidable mais récente popularité après de longs siècles de quasi-oubli. Le plan est pédagogique et progressif, l'iconographie est riche et adaptée, le texte facile à lire et précis, les descriptions soigneusement détaillées : un exemple de présentation d'un auteur et de son livre-phare. On apprécie à la fin du livre, parfois non sans sourire, l'analyse des cas de grands capitaines dont on dit qu'ils ont pu être inspirés par Sun Tzu, de Napoléon à Mao.  Selon Yann Couderc, à l'exception de Patton et de Liddell Hart, "nous pouvons affirmer que leur prétendue lecture de L'art de la guerre est pure affabulation".

Une chronologie et une belle bibliographie terminent ce livre, qui passionnera tous ceux qui s'intéressent aux questions de stratégie et d'identification des "principes de la guerre". Vivement conseillé !

Editions Pardès, Grez-sur-Loing, 2017, 126 pages, 12,- euros.

ISBN : 978-2-86714-516-2.

La présentation de son livre par l'auteur : http://suntzufrance.fr/qui-suis-je-sun-tzu/

Autour d'un véritable mythe

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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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