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13 avril 2019 6 13 /04 /avril /2019 06:00

Lucullus

Général et gastronome

Yann Le Bohec

A l'exception (peut-être) de quelques rares érudits, qui savait que Lucullus n'était pas qu'un gourmet amateur de repas fins ? Yann Le Bohec a l'heureuse idée de nous proposer une biographie passionnante de cet homme politique et grand militaire contemporain de Pompée et de César.

Avec tout le talent que l'on connaît au grand spécialiste de l'armée romaine, la vie de Lucullus est ainsi déroulée devant nous. Au terme d'une véritable enquête dans des sources très éparses (une phrase ici, une référence là, etc.) et toujours à vérifier, Yann Le Bohec retrace la vie de celui qui, issu d'une riche famille de la noblesse, fut un homme politique majeur (questeur, proquesteur, édile curule, préteur, propréteur, consul), mais aussi un grand général qui permet à Rome de s'établir solidement de Grèce en Anatolie, avec en particulier la conquête des royaumes du Pont et d'Arménie. Ces victoires lui valent les honneurs du "Triomphe" en - 63 et Lucullus se consacre désormais à la vie politique romaine, s'opposant successivement à Pompée et à César. On ne saurait toutefois rédiger une biographie à Lucullus sans évoquer les repas et les plats à l'époque romaine, et Yann Le Bohec y consacre bien sûr quelques pages en fin de volume.

Au-delà de l'aspect anecdotique que pourrait inspirer son titre, un livre sans aucun doute important pour quiconque s'intéresse à l'histoire de la république romaine.

Tallandier, Paris, 2019, 301 pages. 19,90 euros.

ISBN : 979-10-210-3152-4.

Un grand Romain

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22 janvier 2019 2 22 /01 /janvier /2019 06:00

Vercingetorix

Alain Deyber

Troisième édition revue et augmentée pour ce passionnant volume que nous avions particulièrement apprécié en 2017 (ici).

Cette troisième édition apporte des précisions complémentaires sur le siège d'Alésia, et en particulier la dernière bataille livrée par l'armée de secours, sur la reddition de Vercingétorix, ainsi que quelques compléments bibliographiques. Précisons que l'ouvrage comporte un volumineux glossaire de vocabulaire militaire adapté à la période (quelques 80 pages), qui sera d'une grande utilité pour tous les amateurs.

Un volume indispensable (pour les connaissances qu'il apporte et les idées qu'il défend aussi bien que pour le côté affectif de l'épopée du chef gaulois).

Lemme Edit, Chamalières, 2018, 261 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-917575-80-2.

Gergovie et Alésia

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 06:00

Vercingétorix, chef de guerre

Alain Deyber

Son nom est à la fois connu de tous et la réalité de son action bien ignorée : Vercingétorix, jeune chef militaire arverne qui s'opposa à la conquête de la Gaule par Jules César méritait bien ce livre.

Tout en reconnaissant que les sources sont extrêmement limitées, en fait peu de choses au-delà du De Bello Gallico de César lui-même,Alain Deyber en tire le maximum, en particulier par une critique sur la forme et le fond et une remise en contexte. Après avoir posé le cadre général de l'action (et notamment précisé la constitution des "armées gauloises", leur équipement aussi bien que les motivations de ses chefs), il revient sur les débuts de la guerre des Gaules et constate les graves difficultés auxquelles est acculé César. Dans une dernière grande partie, il s'interroge sur la conduite de la guerre par Vercingétorix, ce qui conduit à d'intéressants développements sur la nature de la coalition gauloise opposée aux Romains, sur la guerre de position et la "petite guerre". Quelle était l'autorité effective du chef gaulois sur ses troupes et ses alliés ? Pourquoi le choix d'Alésia, et celui-ci pouvait-il sembler pertinent ? Quels étaient les effectifs réels disponibles, y compris pour "l'armée de secours" ? Voici quelques unes des questions, parmi bien d'autres, auxquelles l'auteur tente de répondre en utilisant sa connaissance des opérations militaires et des principes de la guerre. On peut être surpris par exemple de voir évoqué un "état-major arrière", mais le parallèle est intéressant. La brève épopée de Vercingétorix, tardivement devenue un "mythe fondateur de l'histoire de France", ne doit pas faire oublier que son armée "fut une armée moderne par rapport au tumultus gallicus des siècles précédents" et que le jeune chef gaulois "fut notre premier grand stratège et tacticien de l'histoire".

Le livre se termine sur une chronologie détaillée et surtout sur un glossaire assez complet qui permet de préciser le sens du vocabulaire militaire. Une étude agréable à lire qui mérite toute sa place dans notre bibliothèque.

Lemme édit., Chamalières, 2017, 223 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-917575-66-6.

De Gergovie à Alésia

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 06:00

Histoire des guerres romaines

Milieu du VIIIe s. avant J.-C.  -  410 après J.-C.

Yann Le Bohec

On ne présente plus Yann Le Bohec, auteur prolifique et spécialiste de l'histoire de l'armée romaine (par exemple ici, ici et ici). Et il faut toute son expérience et toute sa compétence, il faut des années de travail pour rédiger une telle somme.

Extrêmement riche et dense, l'ouvrage s'intéresse bien sûr aux innombrables campagnes qui permettent à Rome, après avoir difficilement assuré la survie de la cité, de conquérir son immense empire, "de l'Ecosse à la Mésopotamie". Mais il traite également du recrutement, de l'organisation, de l'entraînement, de la tactique ; dans les guerres étrangères comme dans les guerres civiles. Il nous présente également l'organisation défensive aux frontières, en Germanie ou en Orient, aussi bien que les aménagements provisoires lors des haltes. Quelques citations surprenantes, dont cette conclusion sur les guerres puniques : "A partir de 201, aucun Etat méditerranéen ne put rivaliser avec Rome, et ce fut alors qu'un sénateur prononça un discours très patriotique, sur un thème tout aussi patriotique : "Dorénavant, dit-il en conclusion, tous les peuples obéissent aux Romains". Et Caton l'Ancien d'ajouter : "Et tous les Romains obéissent à leur femme". Pour de nombreuses batailles, des cartes précises sont incluent, qui permettent de mieux comprendre les mouvements des grandes unités, et toujours un tour complet des terres conquises, d'Asie mineure à l'Afrique tingitane.

Un volume qui, en dépit de son épaisseur et de sa densité, se lit avec aisance, voire avec plaisir. Des chapitres d'une longueur raisonnable, des paragraphes assez brefs, un style agréable, et tant d'informations qu'il sera sans doute nécessaire d'y revenir à plus d'une reprise. Indispensable.

Tallandier, Paris, 2017, 607 pages. 25,90 euros.

ISBN : 979-10-210-2300-0.

Histoire générale

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 06:00

Les Champs Catalauniques

1er - 2 septembre 451

Attila vaincu devant Troyes

Fabrice Delaître

Dans la bien nommée collection "Batailles oubliées", Fabrice Delaître, spécialiste reconnu du Premier empire, se lance avec brio dans un véritable défi : reconstituer autant que possible l'environnement et le déroulement d'une bataille bien mystérieuse, celle qui permet à une coalition "romano-gauloise" de vaincre Attila, roi des Huns.

Dans un style toujours clair et agréable, l'auteur travaille avec rigueur. Après avoir présenté la difficulté du manque de sources, il expose sa méthodologie, en particulier liée au terrain. Il présente d'abord les forces en présence (qu'il ramène à un niveau plus juste que les chiffres souvent annoncés) et le cadre général de l'action, y compris les alliés des Huns dont on ne parle que très rarement. Après le début de l'invasion de la Gaule, la confrontation devient inévitable et Fabrice Delaître nous décrit dans le détail la montée en puissance des forces coalisées, la délivrance d'Orléans et les combats entre Loire et Seine, les accrochages de Méry et Estissac en août, les attaques contre la flanc-garde et l'arrière-garde d'Attila, enfin la bataille des Champs Catalauniques elle-même. Des organigrammes, des cartes, des photos du terrain aujourd'hui et de belles reconstitutions illustrent le texte courant. Les combats sont analysés sous un angle tactique avec un vocabulaire approprié, les choix sur le terrain des deux commandants en chef sont reconstitués autant que les (rares) sources, la topographie et la logique peuvent le permettre.

En résumé, sur un sujet difficile pour lequel les renseignements précis sont fort peu nombreux, l'auteur parvient à reconstituer avec réalisme ce qui est le plus probable, sans exagération ni hypothèses douteuses. Un très bon "petit" livre qui ravira indiscutablement tous ceux qui s'intéresse à l'empire romain finissant mais aussi à l'analyse des opérations militaires des temps anciens, par la qualité de sa synthèse et une présentation agréable.

Historicone éditions, Plougastel, 2016, 87 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-912994-61-6.

Arrêter le "fléau de Dieu"

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 06:00

Alexandre

Exégèse des lieux communs

Pierre Briant

Si des dizaines de milliers d'ouvrages ont été publiés depuis l'Antiquité elle-même sur l'un des plus grand héros de l'histoire, le livre de Pierre Briant se distingue par son ampleur et les résonances, la modernité, qu'il évoque. Un véritable inventaire dans le temps long.

Le propos peut paraître excessif, puisque l'auteur évoque "la décolonisation de l'histoire d'Alexandre" et rappelle l'un de ses anciens articles : "Impérialismes antiques et idéologie coloniale dans la France contemporaine : Alexandre le Grand modèle colonial". En élargissant le plus possible son champ d'investigation (parfois jusqu'à des aspects assez secondaires ou des propos très "grand public"), Pierre Briant dresse un inventaire impressionnant des références à Alexandre à toutes les époques et dans (presque) tous les lieux  : "Créé dans l'Athènes du Ve siècle dans la suite des victoires de Marathon et de Salamine, le stéréotype culturel de la supériorité d'un petit peuple libre sur un immense empire peuplé d'esclaves était aisé à introduire et à adapter à toutes les situations où Est et Ouest se sont affrontés, et d'abord les victoires d'Alexandre". En sept grands chapitres (le dernier nous conduit d'Alexandre en Bactriane au général Petraeus en Afghanistan, rien de moins), nous retrouvons (ou découvrons) Alexandre dans l'imaginaire européen jusqu'au XIXe siècle, dans les représentations des princes et rois qui utilisent son image, mais aussi dans le monde ottoman et en Perse et jusqu'à l'Inde et au Mali, puisque l'un des manuscrits de Tombouctou semble faire directement référence au roi de Macédoine. Les thématiques de la colonisation et de la médiatisation sont au coeur des chapitres 3 et 4, avec quelques rapprochements osés, qu'il s'agisse d'une sorte de filiation entre Alexandre et Lyautey au Maroc, ou même avec le groupe de Heavy Metal Iron Maiden qui "fut le premier en 1986 à consacrer un morceau à Alexandre (Alexander the Great) dans un album intitulé Somewhere in time". Un long paragraphe est consacré à l'ouvrage de Benoist-Méchin dans la série "Le rêve le plus long", Alexandre le Grand, ou le rêve dépassé, dont on sait que les aspects romanesques dépassent souvent le respect de la vérité historique. Le chapitre 5 s'intéresse aux représentations d'Alexandre par les grands auteurs, de Montesquieu au XXe siècle, avec une analyse critique de leurs oeuvres, et le chapitre 6 pose curieusement la question de "Juger Alexandre ?", au nom d'une conception particulière de la colonisation et des questions raciales. J'avoue atteindre ici les limites de l'exercice, car traiter de l'Antiquité à partir des concepts culturels et des idées sociales du XXIe s. me semble peu adapté. Après tout, le nombre de victimes lors des conquêtes d'Alexandre ne semble pas pouvoir être précisé sur les bases des sources antiques, il ne fut ni le premier ni le dernier à raser des villes et réduire des populations en esclavage, et il serait intéressant de comparer ses pertes à celles (en pourcentage au moins) d'autres conflits proches, en amont ou en aval. Bref, invoquer les mânes d'Alexandre pour critiquer ou applaudir telle ou telle décision actuelle me semble relativement hors de propos, et les nombreux historiens (en particulier anglo-saxons) que cite Pierre Briant paraissent perdre toute souci méthodologique.

S'il est parfois "urticant", le volume est indiscutablement passionnant, parce qu'il retrace le parcours d'une véritable légende quasi-planétaire dans le temps (très) long, dans ses évolutions, dans ses échos politiques, culturels et sociaux. Un ouvrage étonnant car une telle approche, parfois iconoclaste, est intellectuellement à la fois originale et stimulante, même si l'on n'est pas toujours en accord avec l'auteur. 

Folio Histoire, Paris, 2016, 569 pages. 11,90 euros.

ISBN : 978-2-07-079376-1.

Mythe d'Alexandre et permanence de sa présence

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 06:00

SPQR

Histoire de l'ancienne Rome

Mary Beard

On doit récemment à Mary Beard, en traduction française, une exceptionnelle histoire de Pompei (ici) et elle nous offre avec ce solide ouvrage une approche de l'ensemble de l'histoire de ce petit village devenu capitale d'un immense empire, et donc de fait une histoire de l'empire lui-même et de sa civilisation sur environ un millier d'années.

Deux exemples totalement différents, dès les premières lignes, témoignent de l'ampleur de ce que nous devons à Rome : "L'assassinat de Jules César aux ides de mars en 44 avant J.-C. a fourni le modèle, et parfois même une légitimation maladroite de tous les tyrannicides", et puisque l'histoire et la  géographie sont étroitement liées "c'est principalement parce que les Romains firent de Londres la capitale de leur province de Bretagne qu'elle est aujourd'hui celle du Royaume-Uni". Tout en se gardant d'établir des comparaisons hâtives ou abusives ("Explorer la Rome antique depuis notre XXIe siècle relève du funambulisme"), elle confirme que "son Sénat et son peuple continuent d'avoir du sens pour nous". Dès avant l'ère chrétienne, Rome est la plus grande et plus peuplée ville d'Europe (jusqu'au XIXe s.), et c'est en ce Ier siècle avant J.-C., l'époque de Cicéron et de Catilina, que l'auteure commence son récit car il marque à la fois l'aboutissement d'une première phase et le début d'une nouvelle époque. L'auteure reprend ensuite un déroulement chronologique à partir de la fondation mythique de la ville par Romulus ("Maintes versions différentes de la légende se font concurrence, qui sont parfois incompatibles entre elles"), pour nous conduire au moment où "la ville de Rome commença à être éclipsée en tant que centre du pouvoir" entre la fin du IIIe et le début du IVe siècle. Au fil des douze chapitres, nous retrouvons ainsi la Rome des rois (étrusques ?), l'expansion dans la péninsule, la conquête du monde méditerranéen, les évolutions politiques intérieures, les rapports de force au sein de la cité comme de la République, les guerres des triumvirats et l'établissement de l'empire, la déification de l'empereur et les successeurs d'Auguste, la place des sénateurs dans ce nouvel ensemble et la réalité de la vie sociale dans cette métropole devenue tentaculaire. Au passage, elle souligne les évolutions au sein de la magistrature, relativise le "Alea jacta est" de César, s'attarde sur les rapports intra-familiaux et la place des esclaves, ou s'interroge sur l'utilité réelle du mur d'Hadrien. S'agissant d'une histoire de Rome, l'aménagement urbain n'est pas oublié, et l'on constate également qu'il n'y a plus de grands travaux de construction et d'aménagement dans la ville à partir de la fin du IIIe siècle : voilà aussi un signe de difficultés (les empereurs ne sont plus dans Rome) annonciatrices de lendemains sombres.

En un mot comme en cent, un livre riche, dense, passionnant, qui allie large survol à travers les siècles et souci du détail ponctuel dans la démonstration.

Perrin, Paris, 2016, 591 pages, 26,- euros.

ISBN : 978-2-262-04871-6.

Au nom du sénat et du peuple romain

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 06:00

Les derniers jours

La fin de l'Empire romain d'Occident

Michel De Jaeghere

Edition revue et augmentée d'un livre paru en 2014, et alors même que la production d'ouvrages sur le sujet reste régulière (ici et ici par exemple). Un livre volumineux et qui multiplie les références en appui de la thèse de l'auteur, dont la citation choisie en ouverture donne le sens général : "Aucune civilisation n'est détruite du dehors sans s'être tout d'abord ruinée elle-même". Michel De Jaeghere, directeur du Figaro Histoire, précise utilement dans les premières pages le point historiographique des interprétations données depuis fort longtemps sur cet événement majeur, mais n'en oublie pas ses idées personnelles lorsqu'il critique (par ailleurs justement) la comparaison établie depuis 2008 au moins au nom de "l'immigration salutaire" entre l'entrée en scène des peuples barbares et la période actuelle. Et il résume : "Sa chute ne se limita pas à un changement de régime, la substitution des royaumes barbares au beau rêve d''empire universel. Elle s'inscrivit  dans un cadre autrement plus vaste : celui d'une altération profonde de la civilisation du monde antique, dans ses manifestations matérielles, dans ses instruments juridiques comme dans son héritage moral et spirituel, au point d'apparaître comme un effondrement".

L'auteur ne se contente donc pas d'un récit politique ou militaire, et les aspects culturels ne sont jamais bien loin. Il aborde tous les thèmes au fil des années, car bien sûr cette disparition n'est pas survenue en un jour. De la crise du IIIe siècle aux empereurs illyriens, de la question religieuse à la crise démographique, du déploiement des légions à cet étranger aller-retour que fut la "barbarisation des esprits" mais aussi la "romanisation des vaincus", il nous entraîne dans un vaste périple européen, méditerranéen, balkanique et oriental. L'arrivée des différentes tribus Goths marque une évolution nouvelle, amplifiée par l'irruption des Vandales et bientôt des hordes d'Asie centrale. Désormais l'empire survit à Constantinople et le dernier empereur d'Occident n'est plus qu'un exilé dans la région de Naples. L'ensemble du texte s'appuie sur un important appareil de notes, les citations sont nombreuses et en fin de volume l'auteur revient sur le méconnu traité de 382 entre Théodose et les Goths, événement majeur dans l'effondrement de l'empire, en s'efforçant d'en reconstituer le but et les termes. Enfin, une très abondante bibliographie finale, assez exemplaire, permettra à chacun d'aller plus loin sur tous les sujets, des questions successorales ou militaires à celle du paganisme et de la place de l'église, de l'établissement par les armes des royaumes barbares, des "faux" empereurs aux "vrais" usurpateurs et prétendants. Pendant que les provinces des Gaules sont dévastées, les armées élisent leurs propres empereurs, mais "la frontière du Rhin est abandonnée à la garde des Francs et des Alamans".

Un ouvrage indiscutablement important, agréable à lire, qui devrait marquer durablement les études sur ce thème presque éternel : pourquoi et comment meurent les empires.

'Tempus', Paris, 2016, 798 pages, 16,- euros.
ISBN : 978-2-262-06425-9.

Fin d'un monde

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 06:00

Alésia

52 avant J.-C.

Yann Le Bohec

Grand spécialiste, internationalement reconnu, d'histoire militaire romaine et auteur de près d'une vingtaine d'ouvrages, dont récemment (ré)édités l'Histoire militaire des guerres puniques (ici), César chef de guerre (ici) et Spartacus chef de guerre (ici), Yann Le Bohec a publié en 2012 cette étude très solide désormais disponible en format poche.

L'auteur remet longuement en contexte la guerre des Gaules en soulignant la volonté de César d'obtenir un succès utile au plan politique intérieur, présente les profondes divisions entre les peuples gaulois et résume le déroulement des opérations avant Alésia, entre - 57 et - 53 av. J.-C. L'essentiel du livre, à partir de la page 59, est donc consacré à la campagne de - 52 et à la bataille d'Alésia elle-même. Yann Le Bohec revient sur la polémique relative à la localisation du site pour conclure : "En conclusion et en bonne méthode, il vaut mieux suivre pour l'instant et jusqu'à preuve du contraire l'avis de la majorité des chercheurs : l'Alésia de la guerre des Gaules correspond à Alise-Sainte-Reine, qui se trouve dans la Côte-d'Or, en Bourgogne". Il établit une comparaison intéressante (quoiqu'assez classique) entre les deux chefs, César et Vercingétorix, et les deux armées, légions romaines et leurs alliés d'une part, coalition gauloise d'autre part, qui ne tient véritablement que par la personne de son chef. Il traite bien sûr longuement de  "l'art de la guerre de siège", la poliorcétique, romaine à Alésia et surtout détaille (ce que de nombreux lecteurs apprendront sans doute) les quatre batailles distinctes qui scandent en fait l'histoire générale du siège. Mettant en relief le rôle essentiel même s'il fut trop tardif de Vercingétorix (et nous ne sommes pas là dans le "roman national"), contraint de se rendre après l'ultime échec de l'armée de secours, Yann Le Bohec le rappelle en conclusion : "Après la défaite de Vercingétorix devant César à Alésia, la Gaule se romanisa peu à peu, la Gaule celtique devint la Gaule romaine. Et c'est ainsi que la Gaule donna naissance à la France".

Un petit volume indispensable.

'Texto', Paris, 2016, 222 pages. 8,50 euros.

ISBN : 979-10-210-2113-6.

Alesia, c'est où ?

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 06:00

Justinien

Le rêve d'un empire chrétien universel

Pierre Maraval

Spécialiste d'histoire religieuse et auteur de plusieurs ouvrages sur l'Antiquité chrétienne (récemment ici), Pierre Maraval nous propose aujourd'hui une histoire du règne de Justinien (et de son oncle Justin auquel il est associé entre 518 et 527 avant de régner seul), marquée par les questions militaires et au moins autant religieuses.

Après une belle introduction qui présente utilement un large panel de sources, puis nous précise ce qu'il en est de l'empire et de Constantinople au début du VIe siècle, l'auteur décrit les deux règnes en trois grandes parties : "Le règne de Justin, 518-527", "Justinien seul empereur. Nos temps heureux, 527-540", et "Un temps d'épreuves et de désillusions, 540/541-565". Dans chaque partie, il explique le fonctionnement de l'empire et les évolutions de son administration, revient longuement sur les débats religieux ("byzantins" au sens propre, avec les innombrables schismes et "sectes") qui déchirent les églises chrétiennes, évoque les évolutions sociales (ou "sociétales") et insiste sur les questions militaires (réorganisations) et diplomatiques (négociations), puis les campagnes elles-mêmes en Europe et en particulier dans les Balkans (on découvre qu'il existe toujours à l'époque un "poste de garde des Thermopyles, dont les enceintes avaient été doublées" : cf. l'importance de la géographie et du terrain dans l'histoire militaire), la péninsule italienne et une partie de l'Espagne, en Afrique du Nord et de façon récurrente contre la Perse, puissance montante à l'est. Nous y voyons à l'oeuvre les généraux de Justinien, dont le célèbre Bélisaire bien sûr (et cette déclaration au début de la première campagne africaine, lorsqu'il recommande "de payer la nourriture et d'éviter toute violence envers les autochtones, en affirmant que 'les Libyens, qui depuis tout temps sont des Romains', étaient prêts à les (les soldats de Justinien) accueillir comme des libérateurs de l'oppression vandale"). Qu'il s'agisse de la politique architecturale (dont la construction de la nouvelle Saint-Sophie qui devait dépasser "par sa grandeur, sa magnificence, son originlité architecturale, tout autre édifice élevé à la gloire de Dieu"), l'influence des différentes communautés, du rôle des évêques, des réformes sociales, des conciles, de l'Afrique byzantine ou des efforts pour réinstaller l'empire en Italie du Nord, des nombreuses révoltes qui marquent la seconde partie du règne, des relations avec les peuples "barbares", ou de la répression intérieure, nul doute que chacun en apprendra beaucoup sur cette ultime apogée de l'empire romain d'Orient.

A la marge, dommage que l'on ne compte que trois cartes dans le livres, mais un index très complet figure heureusement en fin d'ouvrage. Un ouvrage tout particulièrement intéressant.

Tallandier, Paris, 2016, 428 pages. 22,90 euros.

ISBN : 970-10-210-1642-2.

L'empereur "qui ne dort jamais"

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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