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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 06:30

Richard Nixon

Antoine Coppolani

Voici une véritable somme (plus de 1000 pages !) sur le président le plus détesté et le plus critiqué sans doute de l'histoire américaine (en Europe occidentale au moins). Beau pari, particulièrement bien relevé.

Antoine Coppolani nous propose donc une biographie tout-à-fait originale en français de Richard Nixon, seul président des Etats-Unis qui a été contraint à une démission honteuse (et largement brocardée par la presse). Défini par l'auteur comme "plus qu'un président", celui qui fut pendant près de trente ans "une figure centrale de l'échiquier politique américain, à la fois acteur et reflet des évolutions de la nation", ce "Nixon aux mille visages" méritait sans aucun doute ce travail (on apprécie d'ailleurs en introduction les quelques dizaines de lignes consacrées à "La biographie, stade suprême de l'historiographie ?"). Antoine Coppolani retrace parfaitement l'enfance, la jeunesse et les premiers pas dans la vie active puis en politique de Richard Nixon, dont la légende s'est emparée. Il décrit les origines familiales (le mythe des "haillons" et de la jeunesse malheureuse) et aborde très vite la question de sa "personnalité torturée", à la fois "solitaire" et participant à de multiples associations et activités. Après la Seconde guerre mondiale, il devient membre du Congrès, représentant de la Californie, et y gagne l'estime et la protection de membres influents du parti Républicain, ce qui décide définitivement de sa carrière. Antoine Coppolani s'intéresse ensuite à la période du MacArtysme, avec un Nixon toujours très engagé, puis à ses ambitions nationales, jusqu'à la vice-présidence (derrière Eisenhower) à la fin des années 1950, ce que l'on oublie très souvent en France : "il apparaissait comme le meilleur candidat à l'investiture républicaine, en 1960, et se trouvait, selon l'expression consacrée, à un battement de coeur de la présidence". C'est alors la grade époque de la guerre froide, l'opposition quasi-quotidienne à l'URSS, l'échec face à Kennedy, et une longue traversée du désert avant son élection à la présidence (alors qu'il ne dispose de la majorité parlementaire dans aucune des deux Chambres) : "La prise de fonction de Nixon renvoya la morne et inquiétante image d'une Amérique divisée"

Les chapitres 7 à 11 traitent donc de la présidence Nixon en tant que telle avec (guerre froide et guerre du Vietnam obligent) un très fort intérêt pour les questions diplomatiques et internationales, où l'on retrouve bien sûr un personnage comme Henry Kissinger, d'URSS en Chine. La détente, les premiers accords SALT, la persistance du problème cubain, la question moyen-orientale et le "retournement" de l'Egypte sont largement abordés. La fin de l'ouvrage est bien sûr centrée sur la campagne pour la réélection et l'affaire du Watergate, épisode emblématique des sentiments contradictoires d'une Amérique en proie au doute ("Les scrupules moraux n'embarrassaient pas le président et violer la loi ne le gênait guère"). La conclusion, enfin, tente de dresser un bilan aussi équilibré que possible. Difficile, au regard du poids des "affects" et du ressenti. Et cette formule finale, bien sentie, inspirée de l'histoire de l'art : "Pour appréhender le vrai Nixon et lui rendre justice, il eût fallu, en réalité, utiliser la technique du clair-obscur. Pour peindre Nixon, il eût fallu non Rockwell ni Warhol, mais le Caravage".

Les amateurs apprécieront les presque 200 pages de notes, références bibliographiques et index, qui font de cet ouvrage très complet un véritable outil de travail. Une riche bibliographie, sur un personnage extrêmement important de l'histoire américaine et dont la réputation en Europe, et plus particulièrement en France, n'a finalementque peu à voir avec ce qui fut effectivement sa carrière. 

Fayard, Paris, 2013, 1170 pages, 32 euros.

ISBN : 978-2-213-67210-6.

Au-delà du Watergate

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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 06:25

Le crime organisé

Du Canada à la Terre de Feu

Alain Rodier

Disons le tout net, ce n'est ni du Victor Hugo, ni du Proust, ni du Stendhal (pourquoi cet usage abusif de "Pour information", "Toutefois" et autres "En fait" au début de tant de phrases ?). Par contre, le texte "coup de poing" est digne d'un thriller.

Si chacun connait au moins de nom des différentes mafias américaines, si nous avons tous entendu parler des narcotrafic, ce livre dresse un tableau sans faiblesse de la gangrène qui s'impose dans la quasi-totalité des pays, au point parfois de contraindre les gouvernements à négocier avec les réseaux de truands. Du tranquille Canada, que l'on attendait pas en si mauvaise posture, au Mexique en bord de la guerre civile en permanence et où l'Etat central ne contrôle plus des provinces entières ; du Honduras, le pays le plus criminogène au monde, au Suriname, dont le président ne serait rien d'autre qu'un baron local de la drogue ; de la Colombie, dont on parle moins mais où la situation reste confuse, au Guatemala, au Venezuela, au Pérou, à l'Equateur, au Brésil (bienvenu pour la coupe du monde et les jeux olympiques !), sans oublier bien sûr les Etats-Unis de la mafia traditionnelle, des gangs et des "meutes", voilà une photographie bien inquiétante des trois Amériques. D'autant plus inquiétante que l'on apprend au détour d'un chapitre que, via l'Espagne, des têtes de pont sont dès à présent jetées vers l'Europe...

Un livre vite et facilement lu, qui déborde d'information, de noms , de chiffres, de dates (souvent très récentes, entre 2010 et 2013). Un tableau que l'on ne souhaite surtout pas voir se matérialiser sur notre continent. Mais, finalement, les gouvernants ont-ils encore la force et la capacité d'agir quand l'on constate les montants astronomiques des sommes en jeu ? ...

Editions du Rocher, Monaco, 2013, 286 pages. 19,90 euros.

ISBN : 978-2-268-07557-0.

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 06:25

Histoire des Etats-Unis

(2 vol.)

Pierre Melandri

En deux denses et riches volumes qui totalisent près de 1.800 pages, Pierre Melandri nous entraine dans un vaste voyage à travers un siècle et demi d'histoire américaine, de 1865 à nos jours.

Vol. 1 : Après un rapide prologue qui retrace l'histoire générale des Etats-Unis jusqu'à la guerre civile, qui constitue pour lui la véritable rupture et une entrée dans la modernité et dans lequel il cherche à identifier les fondements idéologiques de la république américaine, l'auteur divise son volume en trois grandes parties : "Naissance de l'Amérique contemporaine. L'âge doré", qui s'intéresse surtout aux questions intérieures directement liées à la défaite des Confédérés et à l'expansion territoriale vers l'Ouest ; "Les périls de l'inexpérience, 1897-1941", où l'on voit mises en oeuvre les politiques d'isolationnisme, l'opposition de principe au système colonial à l'européenne mais aussi les interventions dans la "zone de responsabilité" caraïbe et latino-américaine, les espoirs, les craintes et les débats suscités par la participation à la Première Guerre mondiale, les ambigüités de l'entre-deux-guerres, la crise de 1929 et la politique du New Deal ; et "L'Amérique contre les totalitarismes", qui nous emmène de la Seconde guerre mondiale à la guerre froide, de l'American Way of Life à la guerre du Vietnam. Le texte très dense, agrémenté de quelques cartes et graphiques (hélas en petit format) aborde tous les aspects politiques, économiques, culturels, intellectuels, idéologiques, sociaux, etc. L'ensemble est ponctué de nombreux chffres et d'exemples concrets qui facilitent la lecture. Le livre, qui se termine sur le constat de la diminution du rôle de l'Etat central, se ferme sur un très copieux index.

Vol. 2 : Ce deuxième volume couvre la période 1974-2012 pour une pagination presque identique au précédent. C'est dire si le texte est précis. Après s'être intéressé à la "révolution conservatrice" et aux années reagan, Pierre Melandri traite parallèlement des évolutions économiques, sociales et culturelles, entre croissance du niveau de vie et "blues des classes moyennes". Les présidences Clinton, Bush et Obama sont étudiées tour-à-tour, autour d'une promesse non tenue sur fond de scandales pour le premier, de la place prise par les conservateurs et la notion de "terrorisme" pour le second, et de l'idée (mal comprise et plus mal admise encore) de "centrisme" pour le troisième. Economie, politique intérieure et diplomatie tiennent donc une place importante, mais les questions militaires (et leurs conséquences) ne sont bien sûr pas oubliées.Le livre se termine sur une chronologie et un glossaire des termes américains très utiles et sur la bibliographie de référence pour l'ensemble des deux tomes.

Au bilan, un document de synthèse et un outil de travail indispensable. Deux volumes à petits prix qu'il ne faut pas hésiter à considérer comme des usuels, et à conserver à portée de la main. 

Tempus, Paris, 2013. vol. 1 = 935 pages, 12 euros, vol. 2 = 837 pages, 12 euros.

ISBN : 978-2-262-04177-9 et 978-2-262-04315-5.

Histoire généraleHistoire générale

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 06:25

Chili, 1970-1973

Mille jours qui ébranlèrent le monde

Franck Gaudichaud

"Quand en septembre on assassine un peuple et une liberté..." : innombrables ont été, comme le chanteur Renaud, les artistes européens qui ont flêtri le coup d'Etat de septembre 1973 au Chili en en faisant porter sans plus d'analyse la responsabilité sur "les Américains". Dans ce livre issu de sa thèse, Franck Gaudichaud revient sur les "mille jours" qui, avant le coup d'Etat lui-même, ont marqué l'histoire du Chili et d'une grande partie de la gauche internationale, "une période peuplée d'images héroïques et de mythes, qui troublent parfois le travail du chercheur".

C'est donc à un véritable "scanner" de la gauche chilienne que procède l'auteur, qui organise son étude en quatre grandes parties : "Le Chili de l'Unité populaire", "Vers le débordement ? De l'échec des Comités de l'Unité populaire à l'Assemblée de Conception", "Des Cordons industriels en soi aux Cordons industriels pour soi" et " Répertoires du pouvoir populaire, territoire mobilisés et menaces de coup d'Etat". Nous abordons ainsi l'analyse des différentes composantes de la gauche chilienne, des socialistes modérés aux révolutionnaires, la question de la redistribution sociale et du capitalisme d'Etat, les premières réactions de la bourgeoisie et la naissance d'un véritable "marché noir", le rôle et les évolutions des syndicats, les manifestations d'un débordement du pouvoir par sa gauche alors que les travailleurs indépendants et les classes plus aisées s'organisent. L'inflation et les pénuries, qui touchent de plein fouet les classes moyennes et les populations les plus modestes, annoncent la "crise d'octobre rouge" en 1972, la lutte des classes devient une réalité quotidienne, la grève des camionneurs paralyse le pays et les forces armées, encore légalistes, jouent un rôle croissant ("L'ambassadeur du Mexique à Santiago se demande dans son journal de bord : Où est le président Allende ? On entend seulement la voix du commandant en chef de la zone d'état d'urgence ?"). Il y a dès lors cassure entre une base populaire qui s'auto-organise, un discours parfois plus lyrique que réaliste et un gouvernement qui place dans l'armée ses espoirs de stabilisation. Face au "spectre du soviet", chacun se radicalise, les mobilisations populaires se succèdent mais ne parviennent pas à dépasser le stade de la "défensive" et le gouvernement semble paralysé : "Début septembre, le Parti national n'hésite plus à distribuer des tracts qui laissent deux alternatives à Allende : la démission immédiate ou le suicide".

Une dense étude au coeur de l'expérience chilienne de "marche vers le socialisme" qui apporte sur la période considérée de très nombreuses informations, et laisse finalement le sentiment d'une envolée presque épique mais aussi d'une grave absence de pragmatisme et d'une incapacité à prendre en compte les réalités.

Presses Universitaires de Rennes, 2013, 345 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-7535-2663-1.

Unité populaire chilienne

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 06:30

JFK et l'indicible

Pourquoi Kennedy a été assassiné...

James W. Douglass

Un nouvel ouvrage sur la mort du président Kennedy, présenté comme un artisan de la paix assassiné par « un pouvoir que nous ne pouvons nommer, ni décrire précisément ».

S’appuyant sur les documents déclassifiés depuis une vingtaine d’années, le livre se veut aussi un éloge de la « vision gandhienne de la réalité » : pas un livre d’histoire donc, mais une analyse politique et morale : « John F. Kennedy n’était pas un saint. Il ne fut pas non plus un apôtre de la non-violence. Cependant, comme nous sommes tous amenés à le faire, il changeait … Il se détournait de ce qui aurait été la pire violence de l’Histoire pour aller vers un avenir plus pacifique, pour lui et nous » (« L’indicible » étant compris comme la menace d’une catastrophe nucléaire). Le livre est donc destiné à nous montrer que Kennedy avait changé, était encore en train d’évoluer et « devait » mourir. Les six chapitres chrono-thématiques traitent d’abord de la montée progressive vers le moment fatal, successivement du « Revirement d’un belliciste » (histoire de l’évolution personnelle de Kennedy à partir de la Seconde guerre mondiale), de « Kennedy, Castro et la CIA » (où le président américain cherche discrètement les voies d’un rapprochement avec le Leader Maximo), « JFK et le Vietnam » ( « Kennedy savait qu’en recherchant une coalition avec les communistes, il déclencherait un conflit à l’intérieur de sa propre administration », et ce témoignage de Bolden, de la sécurité présidentielle, qui « se rendait compte des risques qu’encourait le Président … La plupart de ses collègues semblaient détester JFK »). Puis (chap. 4), dans « Désigné pour être assassiné », est décrite l’opposition avec les magnats de l’acier liés au complexe militaro-industriel : « En résistant à la fois à la CIA, au Pentagone et aux élites financières, John Kennedy se dirigeait, en toute conscience, vers le point de non-retour ». La conspiration se met en place, le nom d’Oswald apparait et l’auteur utilise désormais de larges extraits du rapport Warren. Le suivant, « Saigon et Chicago », nous entraine dans une première tentative avortée, « Chicago fut en quelque sorte la répétition de Dallas », trois semaines avant la date fatidique. Enfin, « Washington et Dallas » revient sur les relations officieuses avec l’URSS via certains milieux catholiques, la dernière phase de préparation de l’attentat tel que l’auteur l’imagine (« De ce point de vue spirituel, celui que le présent livre adopte ») et James W. Douglass pointe les différentes interrogations non résolues ou les incohérences des enquêtes qui suivront. D’autres sont mis en avant, tel cet avis du docteur Mantik qui estime après avoir examiné entre 1993 et 1995 les radiographies officielles que « la partie arrière et la partie avant du crâne n’avaient pas été radiographiées dans les mêmes conditions. La seule explication possible à ce phénomène était que l’on avait affaire à un montage ». C’est donc jusqu’à la fin du livre une succession de témoignages à charge, de preuves indirectes, de soupçons permettant d’étayer la cause défendue : un complot des milieux « militaro-industriels » réactionnaires qui n’acceptent pas l’orientation pacifique que le président veut donner à sa politique internationale.

En résumé, une remise en cause complète de la thèse officielle à partir d’un postulat politique de départ qui « imagine » une autre politique américaine, idéalisée, mais bien naïve au regard des réalités. Le livre est toutefois utile parce qu’il offre une volumineuse bibliographie et produit de nombreuses références, ce qui donnera aux amateurs la possibilité de poursuivre leurs recherches et de croiser les sources. Entre histoire, morale, psychologie et position partisane : un vrai travail d’enquête, mais à charge.

Editions Demi-Lune, Plogastel Saint-Germain, 2013, 654 pages, 23 euros.
ISBN : 978-2-917112-24-3.

Retour sur l'assassinat de Kennedy

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 06:30

Le spectre de la révolution noire

L'impact de la révolution haïtienne dans le monde atlantique

1790-1886

Alejandro E. Gomez

A partir de thèse soutenue à la fin de l'année 2010, Alejandro Gomez nous propose une histoire revisitée, à la fois approfondie et élargie, de la grande révolte des esclaves de Saint-Domingue à la fin du XVIIIe siècle.

On connait bien sûr le nom de Toussaint Louverture, figure emblématique de l'insurrection, mais on ignore généralement la réalité des rapports locaux entre puissance métropolitaine, planteurs (Saint-Domingue est alors la plus riche et la plus rentable des colonies) et Etats ou territoires voisins. Ainsi, tout en racontant l'histoire de la révolte et ses conséquences, l'auteur s'intéresse aussi (et certains paragraphes sont passionnants) aux effets que les nouvelles venues de la colonie française ont dans tout l'arc caraïbe, de Virginie au Vénézuela en passant par Cuba et par la Jamaïque. Il termine d'ailleurs, après avoir comparé la révolution haïtienne au processus d'indépendance des colonies sud-américaine de Madrid, par une analyse des réactons observées sur ce sujet au parlement britannique et aux Cortès espagnols (en particulier à l'occasion du débat abolitionniste), donnant à son livre toute l'ampleur régionale et internationale annoncée dans le titre.

Une très belle étude sur les conséquences régionales d'un événement de l'histoire de France dont nous ne conservons souvent qu'un souvenir partiel.

Presses universitaires de Rennes, 2013, 308 pages, 19 euros.

ISBN : 978-2-7535-2220-6.

Conséquences d'une révolte

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 06:10

Irak and Back

Inside the War to win the Peace

Col. Kim Olson

"L'autre" guerre d'Irak de l'armée américaine.

L'engagement de l'armée américaine en Irak, voulu par le président Bush, a été particulièrement meurtrier et l'on se souvient des scènes de guerre urbaine présentées sur toutes les télévisions. Mais, et on le sait assez peu, il n'y avait pas que cet aspect là dans les opérations qui suivirent la chute de Saddam Hussein.

Dans ce livre de témoignage, le lieutenant-colonel féminin (en retraite) Kim Olson, en charge de ce que nous appellerions les "actions civilo-militaires" et de reconstruction, raconte sa désignation, son arrivée à Bagdad, décrit les conditions extrêmement difficiles de son installation et du début de ses travaux, ses initiatives (entre contraintes opérationnelles, nécessités de sécurité, problématique du renseignement et volonté d'améliorer le sort des habitants). Le tout à partir de la description de situations très concrètes (déplacements, rencontres et réunions, etc.). On se rend compte de la diversité des actions entreprises, du tonneau des Danaïdes (sommes considérables dont l'essentiel est parfois englouti pour un résultat marginal), des ressorts locaux et des manoeuvres indirectes des uns et des autres. Elle insiste également sur ses sentiments personnels, ses relations et pensées avec sa famille et ses enfants, les risques au quotidien dans une ville et un pays en proie à la guérilla urbaine.

Au bilan ? Quelques progrès certes. Des améliorations ponctuelles visibles, ici ou là. Mais aussi, et sans que cela soit toujours très clairement exprimé, une immense fatigue et une aussi grande déception : tant d'efforts pour si peu... Un livre témoignage qui donne à méditer sur la place de la construction de la paix en temps de guerre. A quel moment ? Avec quelle politique ? Avec quels moyens ? Kim Olson ne répond pas à toutes ces questions fondamentales, mais propose son expérience pour nous aider à réfléchir.

Naval Institute Press, Annapolis, 2006, 211 pages.

ISBN : 978-1-59114-649-0.

Reconstruire l'Irak

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 07:05

Little Big Horn

Autopsie d'une bataille légendaire

David Cornut

Revenons sur notre présentation de ce beau livre (le 4 janvier dernier, ici), la "somme" de David Cornut sur la quasi-mythique bataille de Little Big Horn. Du fait de l'intérêt suscité parmi nos lecteurs et des débats qui entourent ce sujet, l'auteur a bien voulu répondre à quelques questions.

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Question : Comment en êtes-vous arrivé à étudier cette bataille finalement peu connue en France?

Réponse : Titulaire d’une maîtrise en histoire, je suis « tombé » sur Little Bighorn par accident. Lors d’une visite du champ de bataille de Gettysburg, j’ai été intrigué par un portrait du général Custer que j’ai acheté pour sa flamboyance vestimentaire. J’ai ensuite commencé à « prospecter » sur Internet, où j’ai découvert la controverse et commandé mes premiers livres. Il y a ensuite eu les voyages, les entretiens avec les spécialistes et les consultations de documents, qui m’ont définitivement poussé à écrire sur le sujet. Little Bighorn est en même temps un conflit armé, un casse-tête policier où il faut vérifier les "dépositions" de chacun, une scène de crime fouillée en 1984 seulement, un mythe identitaire américain malléable, un conflit entre des immigrants et des tribus autochtones, une sombre histoire politique et une image célébrée par l’art. Tous ces facteurs rendent la bataille absolument fascinante. Aux Etats-Unis, on la compare parfois à une maladie virale, tant elle captive les chercheurs.

Question : Vous décrivez un Custer finalement très différent de l'image généralement admise. Y a-t-il débat aujourd'hui parmi les historiens américains sur ce sujet et comment le vaincu de Little Big Horn est-il présenté ?

Réponse : Oui. Custer était un prodige de la cavalerie, parfois immature et maladroit, devenu un héros populaire de l’ampleur d’un Davy Crockett. Après des études mouvementées à l’académie de West Point, il a démontré une telle maîtrise au combat qu’il est devenu général de cavalerie à 25 ans, un record jamais égalé dans l’histoire américaine. Après la guerre de Sécession, il a été affecté à l’Ouest où il n’a pas eu l’occasion de beaucoup se battre contre les Indiens et a subi des revers importants, jusqu’à la cour martiale de 1867. Il a cependant formé un régiment d’élite et soigné son image avec des articles dans la presse. Pour donner une idée de sa célébrité, on peut noter qu’en 1876, on distribuait des daguerréotypes à son effigie dans des commerces pour fidéliser les clients ! Little Bighorn a bouleversé la perception du public à son encontre. Les officiels de l’armée ont rapidement compris que la véritable histoire de la bataille serait très embarrassante. Ils ont donc sabordé tous les efforts faits pour ouvrir une enquête officielle sur la défaite, cachant des archives jusqu’en 1951. Faute d'explication, la culture populaire s’est emparée du drame et en a fait ce qu’elle voulait, selon les humeurs, les époques et les envies. On a multiplié le nombre des guerriers, agrandi le village indien, déformé les mouvements et les faits.

De même pour Custer, qui est devenu un triste fourre-tout, un nom sans histoire, entre fantasmes, condamnation du colonialisme, patriotisme naïf et anti-américanisme virulent. Dans l’historiographie, par contre, j’ai noté des avancées très encourageantes. Depuis les années 1970, la carrière de Custer pendant la guerre de Sécession a été mieux étudiée et mise en avant. Depuis 1997, il y a aussi un nouveau regard sur Little Bighorn, avec une lecture plus critique des témoignages. En janvier 2013, par exemple, la revue d’histoire militaire MHQ titrait : « Custer : son plan audacieux à Little Bighorn lui a pratiquement fait gagner la bataille». L’article était signé Paul Hutton, spécialiste reconnu du sujet. Ce sont des signes encourageants, même si la frilosité est palpable à l’heure de la conclusion. Les historiens recensent les faits, mais le malaise reste visible quant vient le temps de les analyser selon le règlement militaire. En effet, des officiers autour de Custer ont commis des parjures et des actes de haute trahison qui n'ont jamais été punis.

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Question : On a le sentiment en lisant votre ouvrage que la coalition indienne n'est pas réellement commandée et que chaque chef, chaque guerrier ayant un peu d'ascendant sur les autres, mène "sa propre guerre". Qu'en était-il exactement et peut-on parler d'une "conduite de la guerre" par les chefs des tribus indiennes ?

Réponse : Les guerriers menaient effectivement souvent leur « propre guerre ». Il était admis, chez les Amérindiens, que l’on suivait un leader selon sa force de persuasion, mais que l’on était libre de le quitter à tout moment. Ce manque de discipline, qui explique certaines défaites, vient du modèle standard des « guerres indiennes », fait de raids-surprise sur des possessions ennemies. Cette guérilla demandait des hommes bien entraînés individuellement et bons cavaliers, ce qui était le cas, mais de discipline globale. Cela dit, les sociétés guerrières avaient leurs propres formations, et beaucoup se sont battues à Little Bighorn dans la coalition, provoquant souvent des offensives décisives. Ainsi, Lame White Man et ses jeunes Cheyennes, réunis et formés bien avant la bataille, ont conduit la charge qui a brisé la ligne fédérale. Les hommes de Crazy Horse ont également suivi leur chef, tout comme les 130 hommes du chef de guerre Runs The Enemy. Cependant, il est vrai que la notion de « conduite de la guerre », avec un "général" pour toute la coalition, n’est pas applicable chez les tribus, en tous les cas dans le sens que nous lui donnons. Sitting Bull pouvait inspirer des guerriers, comme à Kildeer Mountain en 1864, mais il ne pouvait garantir leurs mouvements. A Little Bighorn, la surprise de l’attaque de Custer a rendu toute coordination des mouvements impossible, comme l’ont confirmé les témoins indiens. Des dizaines de groupes de guerriers ont cherché à attaquer les lignes fédérales de la manière la plus efficace et moins coûteuse en vies possible.

 Question : En quoi Little Big Horn a pu représenter (et représente peut-être toujours ?) un évènement majeur dans l'histoire américaine ultérieure ?

Réponse : C’est très étrange que Little Bighorn soit si peu connue en France -au-delà de l’image d’Epinal du cinéma-, car aux Etats-Unis, aucune bataille nationale n’est aussi étudiée que ce «last stand». Pour comprendre cette importance, je compare souvent, toutes proportions gardées, Little Bighorn au 11 septembre ou au Titanic. En 1876, une semaine avant la célébration du centenaire des Etats-Unis, 268 soldats sont tués par des tribus autochtones. Pour la grande puissance en gestation, sûre de sa « Destinée Manifeste », inaugurant le téléphone et la moissonneuse-batteuse, le choc est immense. Il ne faut pas oublier que la guerre de Sécession ne s’est terminée que onze ans auparavant. On pense alors que les bains de sang ne sont plus possibles, que la survie de la nation est assurée et que l’Amérique tient son avenir entre ses mains. 

Il y a également ces millions d’immigrants, Français, Allemands, Irlandais, Suisses, qui n’ont aucune mémoire collective commune. Pour ces pionniers de 1876, Little Bighorn est leur premier traumatisme partagé d’Américains, leur première expérience commune que l’on discute dans les saloons. C’est aussi une occasion de réunir le Nord et le Sud dans un même deuil, d’oublier la Sécession, de se sentir Américain et de se trouver un ennemi commun et facile, les Amérindiens. Signe de l’histoire, six mois après Little Bighorn, les Démocrates du Sud reprendront le pouvoir à Washington par l’élection serrée de Rutherford Hayes.

Enfin, Little Bighorn, c’est aussi la mémoire amérindienne, le symbole de la « dernière résistance » de Sitting Bull face à la colonisation. Cette victoire sera résumée par Mary Crow Dog avec cette belle formule : « Les anciens se rappelaient l’époque où leurs pères et leurs grands-pères avaient combattu Custer l’arme au poing ».

Little Bighorn est toujours un mythe identitaire aujourd'hui. Les thématiques qu’elle renferme -immigrants, colonialisme, destinée manifeste, minorité amérindiennes, douleur de la défaite, désastre, résistance, Frontière, doute, tactique de cavalerie- sont systématiquement utilisées dans les médias et rappelées en permanence à travers la caricatures et les discussions. Au cinéma, aussi : en 1940, Errol Flynn en Custer représente la résistance des Américains face au nazisme. En 1970, Richard Mulligan est le désarroi du Vietnam. En 1990, Gary Cole sonne le retour de l’armée américaine dans le Golfe. Les tactiques de Little Bighorn sont aussi actuellement débattues à l’école de commandement de Fort Leavenworth. Le sujet survit en se métamorphosant selon les époques. Ce n’est pas un hasard si, en 2009, le président Obama a honoré un vétéran indien crow de la Seconde Guerre Mondiale, dont le site de la Maison-Blanche a rappelé qu’il était un descendant d’un éclaireur de l’armée à Little Bighorn.

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Question : Au-delà du symbole, pourquoi selon vous un chercheur d'histoire militaire doit s'intéresser à Little Big Horn?

Réponse : Dans mon livre, je veux combattre notre vision enfantine des guerres indiennes, héritée de Buffalo Bill, en inscrivant chaque fait, chaque personnage dans son époque. Les guerres indiennes n’étaient pas de simplistes combats, mais des guerres coloniales complexes, avec un débat sur la question presque moderne dans la société américaine. Il y avait des mouvements politiques pour les Indiens, des officiers héroïques, des officiers racistes, des groupes religieux, des humanistes, des chefs belliqueux, des chefs héroïques, etc. Il reflète souvent les débats et les enjeux qu'ont eu les Français, les Hollandais ou les Anglais dans leurs propres "aventures" coloniales.

De même, Little Bighorn se veut un fait militaire complexe, avec treize cartes dans le livre situant précisément l’action. Beaucoup d'ouvrages sur le sujet divisent le terrain en plusieurs plans distincts, rendant la vision d’ensemble impossible et donnant l'impression d'une agonie inéluctable des hommes de Custer. Avec une carte globale du champ de bataille, Little Big Horn, autopsie d’une bataille légendaire donne l’occasion au lecteur de juger les décisions des cadres, américains ou amérindiens. Non, la bataille n’était pas simple, ni suicidaire. Non, tous les hommes du 7e de cavalerie ne sont pas morts. Non, les Amérindiens n’étaient pas des milliers et leur victoire a été acquise par la sueur, le sang et des facteurs particuliers côté fédéral. Oui, Little Bighorn est aussi une affaire d’Etat, qui éclaire une certaine corruption de l'armée américaine. J’ai lu récemment, dans un ouvrage anglais consacré au désastre colonial d’Isandhlwadna, où les Anglais ont été massacrés par les Zoulous, que l’engagement avait été étouffé par l’armée anglaise, qui a diffamé le commandant décédé et modifié le déroulement des évènements… Little Bighorn peut donc également servir, pour les chercheurs en histoire militaire, à traiter à l'avenir avec une prudence particulière certains désastres militaires émotionnels, sur lesquels on présente des explications faciles.

Merci pour la précision de ces réponses, très complètes, et encore bravo pour ce beau livre.

 

 Nota : Pour ceux de nos lecteurs qui souhaitent élargir leurs connaissances sur les campagnes de Custer, nous renvoyons à la recension publiée ce jour par Stéphane Mantoux, sur Historicoblog, de l'ouvrage 'Custer and His Wolverines' (Edward G. Longacre), qui traite des opérations la brigade de cavalerie du Michigan pendant la guerre de Sécession (ici).


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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 07:00

Little Big Horn

Autopsie d'une bataille légendaire

David Cornut

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Nouvelle édition, revue et augmentée (en particulier sur le plan de l'iconographie, absolument magnifique) de ce vrai succès populaire pour une "petite" maison d'édition. Et l'initiative est d'autant plus heureuse qu'il s'agit de l'étude de référence en français sur un personnage et une bataille presque mythiques de "la conquête de l'Ouest". Loin des clichés cinématographiques, David Cornut nous propose à la fois, en un seul volume, une quasi-biographie de Custer, mais aussi des chefs indiens qui lui sont opposés, un récit particulièrement détaillé des combats eux-mêmes, entre le 25 et le 27 juin 1876, et enfin une analyse des conséquences de la défaite de la cavalerie US jusqu'à la fin du XIXe s. (et parfois jusqu'à une période plus récente récente).

La sulfureuse réputation de Custer sort nettement améliorée de cette étude. La première partie lui est globalement consacrée ("Custer, le 7e de cavalerie et les tribus des plaines") : "Présenté par ses partisans comme le soldat le plus expérimenté de la Frontière et par ses détracteurs comme le promoteur de massacres d'Indiens, il n'est en fait ni l'un ni l'autre" et on le suit, comme officier subalterne, de West Point (où il est régulièrement puni) à la guerre de Sécession, à la fin de laquelle il connait un avancement (à titre temporaire) extrêmement rapide et une grande popularité ("Le général Custer est sans doute l'un des meilleurs généraux de cavalerie que ce pays ou un autre n'ait jamais produit", dit de lui son adversaire, le général sudiste Kershaw). Redevenu capitaine à la fin de la guerre, il sert en Louisiane, puis au Texas et enfin comme lieutenant-colonel au Kansas en 1866. Face à lui, les grands noms de la résistance indienne dans les vastes plaines de l'Ouest : Sitting Bull, Crazy Horse, Touch The Clouds, Knife Chief, Red Horse, Left Hand, Bull Bear et bien d'autres. Des noms qui résonnent en écho de nos lectures d'enfance et dont David Cornut nous brosse un portrait détaillé dans la deuxième partie, qui s'intéresse plus particulièrement à la campagne de 1876 des troupes américaines contre les tribus. Le récit des trois jours de la bataille elle-même s'étend sur 120 pages (pp. 139-259), ce qui donne une idée de la précision que l'auteur apporte à son récit. Il semble que le moindre témoignage (même de détail) ait été retrouvé ! Ajoutons que l'iconographie d'époque est complétée par de nombreuses photos prises par David Cornut  sur le terrain et par onze cartes détaillées qui permettent de suivre tous les mouvements et toutes les phases de la bataille (en mettant bien en valeur la planimétrie). La quatrième et dernière partie, on l'a dit, traite des suites des combats, des accusations des uns et des arguments de défense des autres, de la question des réserves indiennes et du massacre de Wounded Knee (dont le récit n'a cependant presque rien à voir avec l'image qui en est habituellement donnée), enfin du long combat mémoriel mené par la veuve de Custer, "Libbie", pour défendre l'honneur de son défunt mari.

Quelques utiles annexes (chronologie, principaux débats historiographiques ultérieurs, précis de terminologie des termes militaires, un complément d'enquête couvrant la période 2006-2008, un index et les indispensables -et nombreuses- sources et références) complètent ce bel ouvrage. Traiter de façon aussi complète et avec un tel brio d'opérations militaires totalement méconnues en France, tout en gardant généralement un ton posé et un discours équilibré (même si on n'échappe pas aux "Indiens rebelles" et si objectivement Custer est "défendu" par l'auteur), en s'appuyant sur de très nombreuses sources américaines et en y ajoutant de superbes illustrations parfois inédites : chapeau ! Voilà un livre qui, tout en vous faisant voyager au pays des indiens et des cow-boys sur fond de musique d'Ennio Morricone vous entrainera également dans les détails parfaitement référencés d'une des batailles fondatrices de "l'esprit américain". Un plaisir pour tous les amateurs.

ANOVI / L'àpart éditions, Turquant, 2012 (rééd.), 360 pages, 27 euros.

ISBN : 978-2-36035-134-3.

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 07:05

L'autre 1812

La seconde guerre d'indépendance américaine

Sylvain Roussillon

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Nous regrettions presque il y a quelques semaines (voir notre chronique du 5 novembre) qu'il n'existe aucun ouvrage de synthèse dans la bibliographie française sur la guerre de 1812 entre les jeunes Etats-Unis et l'Angleterre. Voilà qui est désormais réparé avec ce livre très complet en 190 pages.

Une guerre pour rien presque, puisqu'après deux années de difficiles combats les deux belligérants reviennent pratiquement sur leurs frontières initiales. Mais une guerre fondamentale, car le traité de paix signé en 1814 sanctionne l'acceptation définitive par Londres de l'indépendance de ses anciennes "13 colonies" et permet à la jeune fédération américaine d'envisager désormais son développement continental. De façon très pégadogique, Sylvain Roussillon commence par présenter le contexte général de ce conflit, les provocations britanniques, les objectifs de Washington et le rôle non négligeable des tribus indiennes. Au long des deuxième, troisième et quatrième parties, il détaille l'évolution des événements et des combats sur les différents théâtres ou "fronts" (les Grands Lacs, le Nord-ouest, le Sud, l'Ouest, les opérations navales de blocus, la guerre dans le Pacifique et le rôle des corsaires). On voit Washington en flammes et les Anglais débarquer en Floride et en Louisiane. On suit la révolte des tribus Creek et leurs tentatives pour se joindre à l'armée anglaise contre l'occupant américain. Au final cependant, les troupes américaines s'adaptent, résistent, apprennent de la guerre (la question "Milices/Armée professionnelle" est un vrai fil rouge du récit), alors que les généraux anglais commettent de graves erreurs. On croise même quelques francophones perdus dans ce conflit, qu'il s'agisse des frères Pierre et Jean Lafitte (venus de Saint-Domingue et originaires de Franche-Comté ou du Sud-ouest selon les sources), qualifiés de "flibustiers", ou des différentes formations de volontaires créoles qui rallient le général Jackson et la cause américaine. 

Lorsque le traité de paix est finalement appliqué sur le terrain, les deux pays totalisent un peu moins de 4.000 morts et 27.000 blessés et disparus., ce qui peu sembler relativement peu par rapport à la durée du conflit et au nombre de batailles conduites. Mais c'est surtout dans ses conséquences politiques et économiques que l'auteur analyse l'importance de cet affrontement, qui annonce l'accession à la présidence des Etats-Unis de James Monroë, qui formalisera la doctrine isolationniste. Un seul regret (presue marginal) : les cartes en noir, blanc et dégradés de gris sont parfois peu "parlantes" en première lecture.

Une importante bibliographie spécialisée (bien sûr en anglais) termine ce volume particulièrement bien venu. Si "L'autre 1812" a été eclipsé par la campagne de Russie et les guerres napoléoniennes qui se déroulent au même moment en Europe, l'événement n'en demeure pas moins véritablement fondateur d'une puissance nouvelle. A lire.

Bernard Giovanangeli éditeur, Paris, 2012, 191 pages, 18 euros.

ISBN : 978-2-7587-0102-6.

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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