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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 06:00

Histoire du Québec

Marc Durand

Un sentiment d'affection presque instinctif me lie à nos cousins d'outre-Atlantique, et j'ai la faiblesse naturelle d'aimer ces vastes territoires, ces "quelques arpents de neige", où une langue française quasi pure est maintenue au milieu d'un immense ensemble anglo-saxon. Bref, je ne suis pas certain d'être absolument objectif...

En sept chapitres chrono-thématiques, Marc Durand nous raconte l'histoire de la "Belle Province" des débuts de la Nouvelle-France dans les années 1535 aux dernières évolutions de "la nation responsable", le Québec des années 2000. Les marques, aujourd'hui si vives, de cette présence française sont à rechercher en particulier dans la seconde moitié du XVIIe siècle, lorsque "la maison normande avec son toît à lucarnes donnait à l'habitat québécois d'aujourd'hui un modèle", tandis que "le style breton, plus massif, s'imposait à Montréal". A l'issue de la guerre européenne, les combats des années 1750 se soldent par l'abandon pur et simple du territoire "sans véritable état d'âme". S'ouvre alors une longue période de domination anglaise, à peine marquée par les révoltes de 1837-1838 (en plein développement des idées nationales, patriotiques mais aussi laïques), caractérisée pendant plus d'un siècle (1840-1940) par un repli sur elle-même de la communauté francophone. Dans un environnement qui reste essentiellement rural, l'Eglise assure la cohésion de la communauté francophone, participe activement au maintien de la langue, mais entretient également les valeurs les plus traditionnelles. C'est après la Deuxième guerre mondiale que le Québec évolue progressivement, avec l'urbanisation et la croissance de la population. Dans les années 1960, la "révolution tranquille" trouve sa traduction dans le système éducatif, social mais aussi politique avec l'émergence de l'idée d'indépendance, dont la progression culmine en 1976 avec l'arrivée du Parti québécois au pouvoir. Désormais reconnu sur le plan intérieur, présent à l'international par ses "Délégations", membre actif de la francophonie, le Québec s'est également donné un nouvel horizon, celui du Grand Nord, véritable nouvelle frontière.

Un livre qui nous parle de nos "cousins" d'Amérique et nous raconte une histoire dont les détails sont fort peu connus en France. Une longue chronologie et un solide bibliographie terminent ce livre. Un agréable dépaysement estival.

Editions Imago, Paris, 2016, 236 pages, 21,- euros.

ISBN : 978-2-84952-870-9.

Cousins d'outre-Atlantique

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 22:15

Le Ku Klux Klan

Farid Ameur

Spécialiste de l'histoire des Etats-Unis du XIXe siècle (globalement autour de la guerre de Sécession), Farid Ameur nous plonge dans l'histoire bien mystérieuse du KKK, depuis sa fondation dans le Tennessee en 1866 jusqu'à nos jours.

Le seul sigle KKK suscite un nombre impressionnant de mythes et fantasmes, son histoire est à la fois violente et tortueuse, mais qui sait qu'il naît presque comme une fraternité étudiante avec pour but "de divertir ses membres et de resserrer les liens de camaraderie qui les unissent" ! Dans les anciens Etats confédérés où les pertes humaines comme les dégats matériels sont extrêmement importants et où les tensions politiques sont très vives, la société secrète exerce un réel attrait. Rapidement (mars 1867), le KKK aspire à "incarner l'esprit de revanche des Sudistes" et s'organise "en groupe paramilitaire". L'organisation mise en place s'inspire "d'une hiérarchie médiévale fantasmée" et d'une "gamme de titres ésotériques" ("Grand Dragon", "Grand Titan", "Grand Géant", "Grand Cyclope", "Grand Sorcier"), tandis que les opérations de nuit contre les anciens esclaves affranchis commencent, mais aussi contre l'administration fédérale : "Des dizaines de tribunaux, de bureaux de vote, d'écoles, d'églises et d'orphelinats noirs disparaissent en fumée". Officiellement dissout en 1869 après la réintégration des anciens Etats confédérés dans l'Union, le Klan n'en survit pas moins tout en éclatant en différentes organisations distinctes : "En 1873, des groupes extrémistes massacrent une compagnie entière de miliciens noirs à Colfax, en Louisiane. Bien qu'officiellement dissout, le Ku Klux Klan hante le Vieux Sud". Notons ici que jusqu'à la période la plus récente, la multiplication des scissions et des groupes antagonistes est une des caractéristiques de son histoire. Le rapport de force politique s'inverse cependant et, après quelques tentatives de répression, Washington rend une autonomie législative aux Etats du Sud et "la Cour suprême reconnaît toute la légalité des lois discriminatoires". Son objectif fondateur est atteint. Le KKK renaît toutefois en novembre 1915 en Géorgie et se trouve aussitôt "classée dans la longue liste des institutions bénévoles et charitables", mais il recrute difficilement jusqu'en 1920, année où son rayonnement est confié à de véritables professionnels de la communication (les questions financières personnelles ne sont pas étrangères à leur dynamisme...). Au-delà du racisme anti-Noirs, il met davantage encore en avant une moralité publique conservatrice et un engagement religieux (protestant) très traditionnel : "L'américanisme à cent pour cent séduit nombre d'Américains de la classe moyenne, aussi bien dans le Sud que dans le Middle West". Le Klan atteint un million d'adhérents en 1922, trois millions en 1924. Il en résulte que sa composition sociologique évolue, tout comme son implantation géographique, ... et la multiplication des violences sur le territoire américain. On dit même que les président Harding et Coolidge "auraient été admis dans ses rangs". Mais la roche tarpéienne est proche du Capitole et en quelques années, sous l'effet des procès et des scandales, des dissenssions internes et des réactions de ses opposants, le KKK s'effondre pour ne plus compter que 45.000 membres en 1930. L'entrée en guerre des Etats-Unis dans la Deuxième guerre mondiale lui porte un coup fatal, et le Klan est dissout une seconde fois en 1944 après... mise en liquidation judiciaire ! Mais à nouveau des groupes locaux subsistent ou se reconstituent et le KKK réapparaît dès 1946. Il est placé l'année suivante par le ministère fédéral de la Justice sur la liste des organisations subversives et ce n'est finalement qu'en 1956 qu'il retrouve un certain dynamisme dans le cadre de la lutte pour les droits civiques (mais aussi anti-communiste), sans toutefois dépasser les 20.000 membres en 1960. Les années 1960 sont marquées par une multiplication des actes de violence, mais aussi par l'augmentation des dissenssions internes et finalement par son quasi-démentèlement par le FBI entre 1964 et 1971 : "Malgré d'incessantes provocations, le Klan n'est plus qu'une coquille vide". Toujours condamné, toujours renaissant, le KKK ne cesse de disparaître pour réapparaître aussitôt, mais avec des effectifs à chaque fois plus faibles, en multipliant les excommunications et les scissions internes, en s'associant aux néo-nazis sur fond de détournements d'argent. De plus en plus proches des milieux survivalistes blancs violents, les différents groupes se proclamant héritiers du Klan s'émiettent entre grand guignol en robe et cagoule blanche et milices surarmées proches du terrorisme intérieur : "S'il ne faut pas surévaluer son importance, la société secrète assume désormais pleinement son statut d'organisation clandestine et terroriste. Quel que soit le nombre de ses activistes, elle ne rassemble plus que des irréductibles ... A l'aube du troisième millènaire, le Klan n'a pas fini de faire parler de lui". Organisés sur la base des Etats fédérés en groupes concurrents au noms plus ronflants les uns que les autres, il n'est cependant plus qu'un "mouvement marginal, fragile, peu visible et honni par la quasi-totalité des Américains ... A quelques exceptions près, leurs manifestations ne réunissent guère plus de quelques dizaines de personnes". Enfin, une dernière partie présente "Les secrets du Klan" : son organisation, ses rituels, ses adhérents célèbres, ses modes d'action, etc.

Au total, une plongée étonnante (parfois sinistre, parfois ridicule) dans un univers qui appartient pleinement à l'histoire de l'Amérique au cours des deux derniers siècles.

'Pluriel', Fayard, Paris, 2016, 222 pages. 7,50 euros.

ISBN : 978-2-818-50497-0.

L'empire invisible

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 06:00

Puebla, 5 mai 1862

Le jour où est née la nation mexicaine

Emmanuel Dufour

Fin connaisseur du Second empire et de la campagne du Mexique en particulier (son Aymard de Foucauld, ici), Emmanuel Dufour nous propose un livre original en ce qu'il analyse (un aspect de) cette campagne sous l'angle des Mexicains.

Extrêmement fouillé dans le détail des opérations décrites, de la marche en avant par le massif montagneux des Combres, à l'arrivée devant la ville à partir du 4 mai. On peut suivre les échanges télégraphiques entre le défenseur de la ville et les autorités gouvernementales, les mesures prises au fur et à mesure de l'approche des Français, commandé par le général de Lorencez. Ce dernier est généralement présenté comme le premier responsable de l'échec du 5 mai, sa suffisance et son mépris de l'ennemi en particulier se manifestant depuis plusieurs jours parallèlement à sa soif d'une victoire prestigieuse. Déjà l'illusion que la furia francese sera suffisante pour rompre les obstacles... Sapeurs en tête, les Français attaquent après une trop sommaire reconnaissance à partir du milieu de journée. Après une préparation d'artillerie en demi-teinte, les zouaves chargent mais sont bloqués par une ligne de feu d'infanterie : "L'effet de surprise est immense ! La violente fusillade mexicaine déclenchée sur les zouaves les oblige à suspendre leur course et, haletants, à se coucher au sol". Pour un deuxième assaut, des fusiliers-marins sont engagés aux côtés des zouaves. Sans plus de succès. Une troisième tentative avec les zouaves et les chasseurs à pied atteint la base des fortifications mexicaines mais ne peut tenir face à la contre-attaque mexicaine. En dépit du courage des hommes, les pertes sont trop nombreuses et sous l'orage tropical il faut se replier : "Il est quatre heures. On marche depuis cinq heures du matin et l'on se bat depuis midi. Témoin des efforts surhumain de ses troupes, ... le génral de Lorencez donne le signal de la retraite". Tandis que les Français évacuent le champ de bataille, les Mexicains renoncent à poursuivre, mais n'en publient pas moins des communiqqués de victoire : ils ont fait reculer la puissante ("l'orgueilleuse") armée française. Une bataille de quelques heures donc, une bataille qui paraît compter peu à l'échelle de la campagne dans son ensemble, mais à partir de laquelle va naître et croître une forme nouvelle de nationalisme mexicain. Les Français reviendront devant Puebla, mais un an plus tard...

Tout en relativisant la portée quasi-mythique de la victoire mexicaine, Emmanuel Dufour nous présente sous un jour nouveau (pour nous) la campagne du Second empire et nous en apprenons beaucoup sur les divisions politico-militaires du Mexique et ces Républicains mexicains. Facile à lire et très intéressant. 

Editions L'Harmattan, Paris, 2015, 223 pages. 23,50 euros.

ISBN : 978-2-343-07561-7

Le "Valmy mexicain"

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 06:00

Cuba, une révolution

Vincent Bloch

Quelles peuvent être les particularités de la révolution cubaine et du régime castriste et quelles ont été ses rapports à l'histoire de Cuba ? Tels sont globalement les thèmes de cet ouvrage, tiré de la thèse de l'auteur.

En neuf chapitres globalement chrono-thématiques, Vincent Bloch s'efforce d'identifier et de définir ce qu'a été le régime cubain de la révolution de 1959, à laquelle il consacre une grande partie de sa longue introduction, aux années 1980. La question des rapports avec l'URSS et de la proximité avec le mouvement communiste constitue une sorte de fil rouge, dans l'analyse de l'Etat et de l'organisation politico-sociale et dans le développement du système répressif. L'auteur, toutefois, s'interroge heureusement dans son premier chapitre sur la question de la "nation cubaine", en particulier au 19e siècle -dont le cadre particulier du débat sur l'esclavage- et au début du 20e, avec des lignes très intéressantes sur la perception politique de la question raciale ainsi que sur les révoltes récurrentes qui secouent l'île, ce qui permet au lecteur non initié d'avoir une solide mise en perspective des débats ultérieurs. On apprécie également les observations et les analyses sur les équilibres politiques internes au Cuba révolutionnaire, où au-delà de l'unanimisme partisan on constate que les "tendances" sont nombreuses, tandis que le peuple s'efforce de mettre en oeuvre des pratiques d'évitement pour ne pas perdre davantage dans le domaine des libertés ou plus simplement du niveau de vie. De même, la double question des prisonniers politiques et des exilés à l'étranger est-elle posée à plusieurs reprises. Sincèrement révolutionnaire à ses débuts, le régime évolue ainsi rapidement vers un régime de parti unique, qui ne fait pas "disparaître le jeu entre décisions et orientations", remplaçant une élite gouvernante par une autre. Si le cadre légal et social devient très normatif, et si son respect conditionne l'accès à une vie "normale" (pour ne pas dire confortable), certains sont "plus égaux que les autres", parce qu'ils participent formellement aux manifestations et activités du parti ou parce qu'ils ont la possbilité de participer au marché noir par exemple. Les contradictions s'aggravent au fil des années et autour de 1980 "la ligne idéologique de Fidel Castro et a fortiori la doctrine officielle du régime échappaient pourtant à une définition rigide et apparurent même souvent comme imprévisibles".  A propos de la militarisation du régime, Vincent Bloch distingue entre le discours officiel et "un imaginaire guérillesque" qui se manifeste dans tous les secteurs de la vie publique.

Une étude scrupuleusement référencée qui lève le voile d'un discours officiel monolithique, tout en précisant la nature et l'intensité des rapports avec l'Union soviétique. Un volume parfois un peu ardu pour ceux qui ne connaissent pas un minimum d'histoire de l'île et du mouvement communiste, mais d'une très grande richesse et d'une précision scrupuleuse. 

Editions Vendémiaire, Paris, 2015, 445 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-36358-199-0.

Castro et les Barbudos

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 06:00

Le Mexique des insoumis

La grande révolution de 1910

Alexandre Fernandez

Les éditions Vendémiaire ont vraiment "le chic" pour sélectionner des manuscrits sur des thèmes novateurs, tout en assurant à l'ensemble des collections un haut niveau de qualité. Ce volume, consacré à dix ans de révolution(s) mexicaine(s), entre 1910 et 1920, en témoigne une nouvelle fois.

Nous avons généralement de ces événements la seule vision transmise par les journalistes (à l'époque) ou historiens américains (ensuite), marquée par les périgrinations de colonnes de cavalerie au sud du Texas et le débarquement de troupes à Veracruz, sur la côte de la mer des Caraïbes, pour défendre les intérêts (financiers et pétroliers) des Etats-Unis. Ce volume nous propose un autre regard, à partir des points de vue des Mexicains eux-mêmes, et entre dans le détail des soubresaults politiques et des mouvements militaires de factions en lutte. Un premier chapitre fait un point de situation du Mexique avant le début des grandes révoltes, puis sept autres présentent les événements dans la capitale comme dans les différents "fiefs" provinciaux (composante populaire et quasiment tribale) des principaux protagonistes : Huerta, Villa, Zapata, Guttiérres, Obregon, Carranza. L'auteur n'oublie pas le rôle particulier (indirect comme direct) des Américains, essentiel dans la naissance comme dans les évolutions de la situation. Les phases aigües de cette révolution se déroulant pendant que les crise européenne dégénère, puis pendant la Grande Guerre, nous en avons parfois oublié jusqu'à l'existence même. Il en naquit pourtant le "constitutionnalisme"  et la création du "mythe de la révolution", socle du futur Parti révolutionnaire institutionnel, PRI, (l'association des deux derniers mots ne manque pas de saveur...), socialiste, toujours présent en ce XXe siècle.

Un livre passionnant et aisé à lire sur un épisode peu connu en France de l'histoire du XXe siècle, dont les conséquences ont pourtant été sensibles dans le temps long.

Editions Vendémiaire, Paris, 2015, 253 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-36358-061-0.

Viva Zapata !

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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 07:00

Pablo Escobar

Trafiquant de cocaïne

Thierry Noël

Depuis la mort de Pablo Escobar, une légende dorée malsaine est née, essayant de faire de lui une sorte de 'Robin des bois moderne', cultivant l'ambigüité pour nous le présenter comme étant essentiellement en lutte contre l'oligarchie colombienne et les ingérences américaines. La réalité est bien plus prosaïque : il est à l'origine de la mort de milliers de personnes, a plongé son pays dans la ruine et le désordre pour développer son lucratif trafic de cocaïne, puis a utilisé tous les moyens pour échapper à la justice. Tout simplement.

Thierry Noël (déjà auteur d'un remarqué La dernière guérilla du Che, ici), retrace pour nous la vie de ce personnage, né dans une pauvre famille des environs de Medellin et qui se lance dans les petits délits peu avant ses 18 ans, promettant "à ses amis que, s'il n'a pas réuni un million de pesos colombiens à vingt-cinq ans, il se tirera une balle dans la tête". Un "défenseur du peuple", on le voit... Après le vol de voitures, il passe à l'enlèvement contre rançons de notables locaux, puis à la contrebande, progressant dans la hiérarchie criminelle, avant de se lancer de façon artisanale dans le trafic de drogue, qui commence à générer des revenus extrêmement importants au début des années 1970. Il achète une Renault 4 et effectue quelques aller-retour avec l'Equateur voisin, puis utilise un camion et recrute des subordonnés. A la fin des années 1970, la demande explose aux Etats-Unis et la culture de la coca se développe avec la protection de l'oligarchie provinciale. Des laboratoires de transformation sont construits, une flotte de petits avions permet le transport, les bénéfices sont réinvestis et le trafic décuple. Avec une inventivité qui laisse pantois, un réseau de "distribution" très efficace est organisé au sud des Etats-Unis, à partir de Miami et de la Floride. A cette époque, les Américains commencent à s'organiser (pas moins de 47 agences et services fédéraux engagés dans la lutte contre la drogue), tandis qu'en Colombie la dictature est renversée. Mais le gouvernement de gauche élu est aussitôt balayé par un coup d'Etat militaire en quelque sorte "sponsorisé" par les parrains de la drogue : "Pour la première fois, le trafic de cocaïne vient de s'offrir un gouvernement", formule excessive mais qui traduit une réalité. Sur fond de multiplication des soulèvements militaires, dans un pays appauvri et fatigué, le pouvoir revient aux civils en 1982 mais ouvre aussi "pour les gros trafiquants colombiens une période florissante". A Medellin, Escobar "s'impose comme le parrain du milieu local", avec intégration verticale de tout le processus "économique" et création de filiales périphériques. Devenu millionnaire en dollars, Escobar fait aménager une immense propriété entre Medellin et Bogota et se lance dans les actions philanthropiques (soins gratuits, alphabétisation, raccordements électriques, etc.), se créant ainsi "une clientèle dévouée". L'homme, parvenu au sommet de la richesse et vivant dans le plus grand luxe, est contradictoire : "on trouve chez lui une véritable générosité". Tandis que les barons de la drogue deviennent de véritables industriels, la violence et la corruption se généralisent pour acheter le silence de services publics entiers, illustrée par la formule "De l'argent ou du plomb ?", "archétype de la proposition mafieuse qu'on ne peut pas refuser". La situation se complique toutefois avec l'émergence des mouvements de guérilla d'inspiration marxiste, certains responsables des FARC commençant à imposer un "impôt révolutionnaire" pour protéger les cultures, les laboratoires, les aérodromes, incitant finalement les trafiquants à s'organiser "miliairement" et à financer la lutte contre les rebelles, mais aussi à démultiplier les relations à l'étranger, au point d'agir par l'intermédiaire des Cubains et de Panama pour faire libérer la soeur de l'un des parrains de la drogue. Désormais, le Panama de Noriega devient l'un des relais important dans la route du trafic vers les USA. C'est à la même époque l'épisode des Contras au Nicaragua, où narcotrafiquants et CIA travaillent de concert (les noms de Reagan et de Bush sont évoqués), tandis qu'en Colombie même les barons de la drogue s''associent aux groupes d'autodéfense et à l'armée pour lutter contre les mouvements révolutionnaires. En 1982, c'est l'apothéose : élu député du parti Libéral (si, si...), Escobar fait son entrée au parlement "accompagné d'une foule de partisans et de gardes du corps" ! Mais la Roche tarpéienne est proche du Capitole : d'anciens dossiers d'assassinats ressortent des cartons, une partie de la presse s'en mêle, un nouveau colonel prend la tête de la police anti-drogue et les Etats-Unis se décident à placer Escobar sur la liste des personnes recherchées. Le Panama devient moins sûr, les opérations héliportées se multiplient contre les laboratoires, et Escobar doit brièvement trouver refuge au Nicaragua... sandisniste. L'argent n'a vraiment pas d'odeur ! Tandis que le parrain de Medellin multiplie les initiatives pour préserver son trafic et ouvrir de nouvelles routes, l'étau se resserre peu à peu autour de lui. Arrestations sur le territoire américain, évolutions politiques dans différents pays latino-américains, meurtres et assassinats en série, attentats, enlèvements crapuleux : l'environnement devient de plus en plus violent et dangereux, tandis que le "Contragate" puis "l'Irangate" secouent le Congrès américain. Escobar rode alors son discours sur l'influence politique et économique que les USA prétendent exercer au nom, officiellement, de la lutte contre le trafic de drogue qui ne serait qu'une forme de leur impérialisme. Il multiplie les interventions médiatiques contre les menaces d'extradition qui pèse sur lui, tout en continuant à exercer des pressions et à multiplier les délits. Il en vient même à engager un spécialiste des explosifs pour réaliser des attentats. En 1988, il est au sommet de sa puissance mais ses manières expéditives commencent à déranger même parmi les autres narcotrafiquants. C'est la guerre entre les cartels de Medellin et de Cali, dont le gouvernement tente de tirer partie. Plusieurs grandes offensives sont lancées contre Escobar, mais il parvient toujours à s'échapper tandis que le mouvement paramilitaire lié aux trafics est à son tour officiellement combattu. La situation se dégrade continuellement, jusqu'à l'assassinat du candidat donné en tête de la course à l'élection présidentielle. A la fin des années 1980 le pays semble réellement sombrer dans le chaos, entraînant dans une spirale infernale les Etats voisins, Cuba et Panama au premier rang. Le président Barco décide de réagir en lançant la lutte dans tous les domaines. Pour le gouvernement : "La Colombie est en guerre, ce n'est pas une simple expression réthorique. C'est une guerre contre les trafiquants et les terroristes". Ces derniers répondent : "Nous déclarons la guerre totale et absolue au gouvernement, à l'oligarchie industrielle et politique, aux journalistes qui nous ont attaqués et outragés, aux juges qui se sont vendus au gouvernement". Les vagues d'attentats se succèdent tandis que le Corps d'élite de la police s'installe à demeure à Medellin. Escobar profite alors de son image de "bandit populaire" et d'un réel soutien populaire, même si "dans les parcs, les rues et les avenues de la ville, c'était la bataille générale, parce que, quand on croisait des bandits, on s'envoyait du plomb". On ne compte pas moins de cent attentats pour les quatre derniers mois de l'année 1989, jusqu'à l'explosion en vol d'un appareil des lignes aériennes civiles. De troubles négociations au début de l'année 1990 se traduisent par une brève pause dans la violence, mais dès le mois de mars les opérations reprennent : entre avril et août "plus de 450 policiers sont tués", "la violence et le chaos vont crescendo". Si Escobar parvient encore à échapper durant l'été à une grande opération aéroportée lancée contre lui, ses proches sont abattus et ses jours semblent comptés. Mais la Colombie elle-même est épuisée par cette lutte et le gouvernement ouvre des négociations avec le trafiquant et l'on vous laisse découvrir p. 282 les extraordinaires conditions de "détention" qu'Escobar accepte de faire... Avec un nombre de victimes "qui correspond à des chiffres propres à un conflit armé classique", un conflit qui pourtant n'est pas encore terminé, et d'abord entre les cartels. C'est finalement une organisation "officiellement non officielle" qui porte les derniers coups à l'entourage d'Escobar en utilisant les mêmes moyens terroristes et c'est le commandant Aguilar qui "loge" l'ancien parrain déchu, grâce aux écoutes téléphoniques, dans un appartement de Medellin : "Pablo Escoobar est mort ! Vive la Colombie".

Ce n'est pas un roman noir, mais l'histoire d'un pays pendant une trentaine d'années. C'est passionnant. A tous les points de vue.

Editions Vendémiaire, Paris, 2015, 381 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-36358-175-4.

Violence et corruption

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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 06:00

Les aventuriers du Missouri

Sacagawea, Lewis et Clark à la découverte d'un nouveau monde

Daniel Royot et Vera Guenova

Au tout début du XIXe siècle, l'expédition dite "de Lewis et Clark" ouvre la longue progression des Euro-Américains vers l'Ouest. Elle est totalement entrée dans la mémoire américaine, dans "la geste" mythifiée de la "Conquête", et son bicentenaire a été très largement célébré il y a quelques années.

Voici donc le récit très complet de cette expédition, qui met en lumière et en valeur la place et le rôle de Sacagawea. Jeune indienne issue d'une petite tribu des Rocheuses, cédée à un trappeur canadien puis recrutée comme interprète pour l'expédition. Les premiers chapitres nous présentent ces nations indiennes fin XVIIIe - début XIXe siècles, que l'on connait finalement fort mal en Europe, puis les premiers efforts de la jeune nation américaine pour porter ses regards au-delà des 13 colonies originelles et ensuite au dessus du Mississippi. Il s'agit bien d'une volonté présidentielle : "L'expédition d'une incroyable audace qui va affronter cette terra incognita est organisée par Jefferson lui-même". Au cours de l'expédition, dont les différents membres sont présentés, on croise fréquemment des Français, parfois métis d'Indienne et coureurs de la prairie, qu'ils viennent du Canada voisin ou de la Louisiane qui vient d'être cédée par Napoléon Ier aux Etats-Unis. Après l'installation à l'automne précédent d'un poste sur la Knife River et le recrutement de quelques Indiens ainsi que de la fameuse Sacagawea, la colonne du "Corps de la découverte" démarre au printemps 1805. La traversée jusqu'aux Rocheuses est difficile et les auteurs nous font revivre le quotidien de cette petite communauté dans les immensités de l'Ouest américain, dans sa progression comme dans ses rencontres avec les tribus indiennes, qui se battent parfois entre elles et avec lesquelles les négociations sont parfois compliquées. Au terme de leur périple, Lewis et Clark reviennent vers l'Est : "Clark juge la faune de Washington plus redoutable que les hordes de loups des Grandes Plaines". Dans un environnement désormais compliqué par les ambitions et les espoirs de profits, sur fond de négociations avec les Indiens, de règlements de compte, d'incursions des Britanniques venus du Canada, tandis que notables locaux, fédéraux et tribus s'opposent. Désormais, les Européens, et en particuliers les représentants des compagnies qui assurent la traite des peaux, sont de plus en plus nomreux dans les Grandes Plaines. Une époque s'est indiscutablement terminée avec l'expédition de 1804-1806.

Un récit d'aventures, de trappeurs, d'exploration, parfaitement authentique mais qui ressemble aussi aux romans pour adolescents. Quand la réalité est encore plus surprenante que la fiction. 

Editions Vendémiaire, Paris, 2015, 313 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-36358-178-5

Début de la conquête de l'Ouest

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 06:00

Dictionnaire du western

Claude Aziza et Jean-Marie Tixier

En ce début de vacances, un livre "à picorer" pour rêver aux grands espaces, aux chevauchées en liberté, mais aussi aux attaques de trains, aux Comanches et aux chasseurs de primes, aux shérifs et aux chercheurs d'or. Bref, pour revoir quelques super-productions tout en écoutant une musique d'Ennio Morricone.

De "A" comme "Âge d'or" à "Z" comme "Zorro", tout le cinéma "de western" depuis les débuts du cinématographe. Les films, bien sûr, les plus grands classiques (Alamo, La charge fantastique, etc.) et les plus étonnants (Into the Wild)  ; mais aussi les acteurs (Fonda, Ford, etc., jusqu'à Ronald Reagan) et les actrices (dont Marlène Dietrich) ; les lieux, les thèmes, les objets, la typologie, les Indiens évidemment, les héros tutélaires, etc... Un volume très complet où les entrées ponctuelles alternent avec les sujets de fond qui permettent d'approcher l'importance culturelle du "phénomène western".

Une approche pointilliste réussie d'un élément absolument essentiel de la culture nord-américaine, mais qui a également connu un succès planétaire.

Editions Vendémiaire, Paris, 2015, 349 pages, 26,- euros.
ISBN : 978-2-36358-177-8.

Dans les vastes plaines de l'Ouest

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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 06:00

L'Etat profond américain

La finance, le pétrole et la guerre perpétuelle

Peter Dale Scott

En chroniquant le précédent ouvrage de Peter Dale Scott (ici), American War Machine, nous terminions en indiquant que de nombreuses données semblaient pertinentes, mais que nous ne pouvions adhérer aux conclusions. Ce nouvel opus confirme cette analyse.

Enseignant, ancien diplomate, chercheur, analyste, auteur, Peter Dale Scott est spécialisé sur les activités clandestines et les liens entre décideurs politiques, industriels et financiers, trafiquants internationaux : ce qu'il désigne sous le qualificatif de "politique profonde". Ce livre constitue en quelque sorte semble-t-il le bilan de ses recherches et de ses analyses. Il brosse le tableau de ses liens et relations étroites sur plusieurs décennies, revenant souvent aux années 1960, voire avant ; établissant des connections entre le parcours de tel officier des services de renseignement et telle banque ou trust international ; retraçant l'itinéraire de pots de vin d'Amérique en Arabie saoudite (et réciproquement) avant que l'argent n'arrive finalement sur quelque compte off shore proche d'Al Quaïda ; sur la "militarisation" de la société américaine et les écoutes extra-judiciaires ; sur l'impuissance du Congrès et les manipulations (supposées) de proches de la Maison-Blanche ; sur la protection accordée par des agences américaines à des criminels islamistes ; etc. Pour cela, il retrace des évolutions sur une soixantaine d'années, de l'assassinat de Kennedy à la guerre du Vietnam et au Watergate, de la crise pétrolière à la chute de l'Iran impérial, des premiers attentats des années 1980 au 11 septembre. Le rôle de quelques grands personnages américains, comme William Casey, est mis en relief, souvent pour le pire ; et "l'alliance" entre les Etats-Unis et la famille régnante saoudienne via les intérêts pétroliers est régulièrement mise en avant. Il décrit ainsi un "Etat profond supranational ..., un milieu dans lequel les éléments états-uniens, saoudiens et israéliens interagissent clandestinement", et qui entretient des relations "de travail" avec les milieux les plus troubles des trafics internationaux et du terrorisme. Le transfert de prérogatives régaliennes de sécurité à ces sociétés privées est vivement critiqué, source d'enrichissement pour ces entreprises et leurs dirigeants qui peu à peu en viennent à dicter leurs lois aux gouvernants. Des éléments objectifs certains, d'autres probables ou possibles. Mais j'ai toujours du mal à adhérer au "complot", même si l'auteur prend soin d'observer qu'il s'agit plutôt d'une évolution presque naturelle des structures existantes, qui échappent aux responsables élus et mènent leur vie propre.

Le livre donne le sentiments, parfois, d'être un peu "brouillon", en revenant à plusieurs reprises sur des points déjà évoqués (Kennedy, etc.), que l'auteur travaille sans doute depuis de très nombreuses années. A connaître comme un élément (important) de réflexion, mais à n'utiliser qu'avec de très prudentes réserves.

Edition Demi-Lune, Plogastel Sant-Germain, 2015, 429 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-917112-27-4.

De la démocratie en Amérique

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 07:15

Histoire de la nation Cherokee

Lionel Larré

Les nations indiennes ne sont généralement connues qu'à partir des sources américaines, et cet ouvrage présente l'originalité de traiter son sujet, autant que possible, à partir de la documentation conservée par les Cherokee eux-mêmes, dont on ignore généralement qu'ils s'adaptèrent très tôt à la "civilisation" euro-américaine.

Dans ce beau travail, Lionel Larré nous conte donc l'histoire des Cherokee depuis l'installation des premiers Européens sur le territoire américain. Il commence par présenter, dans les premiers chapitres, le cadre général, la culture et la société cherokee, peuple montagnard du sud-est des actuels Etats-Unis. Au fur et à mesure des chapitres, l'auteur ajoute à son texte des documents en anglais (dont on regrette qu'ils ne soient pas tous traduits en français pour les lecteurs non anglophones) judicieusement choisis. A partir du chapitre 3 et des premiers contacts avec des Européens (des Portugais autour de 1540, mais très vite les Anglais et les Français), l'histoire de la nation Cherokee se développe parallèlement à l'évolution du commerce et des échanges (arrivée des armes à feu, du cheval, des ustensiles du quotidien, etc.), dont l'accroissement justifie la présence de commerçants européens et dès 1721 la signature d'un premier traité avec le gouverneur de Caroline du Sud. L'importance de la propriété du sol ("la notion de propriété terrienne qui fut le catalyseur de tant de conflits") est soulignée dès avant la fin du XVIIIe siècle. Tandis que les tribus s'allient (ou non) avec telle ou telle puissance européenne, la lutte entre Français et Anglais en Europe a des échos dans le Nouveau monde et, sous l'influence d'un aventurier fin politique, les Cherokee acceptent de se placer "sous la protection du roi d'Angleterre" et quelques uns de leurs représentants séjournent à Londres à l'été 1730. Durant la guerre de Sept Ans, la position des Français reste longtemps favorable et les Indiens se divisent avant d'être contraints de se soumettre après avoir subi de lourdes pertes. Le processus qui va durer pendant plus d'un siècle commence dès le milieu des années 1760 : "Des colons européens de plus en plus nombreux s'étaient installés sur le territoire cherokee ... Ces mouvements de populations initièrent une longue série de traités avec les colonies ; chacun d'eux fut une tentative de fixer les frontières une fois pour toutes, mais en obligeant à chaque fois les Cherokees à concéder une partie de leur territoire". Le processus se poursuit après la naissance des Etats-Unis (le premier traité est daté de 1785), plaçant de fait, puis explicitement, les Indiens sous protectorat "civilisateur" américain. Le bilan est extrêmement lourd : "Les Cherokees sortaient du XVIIIe siècle presque décimés : selon McLoughlin, la nation cherokee avait perdu les trois quart du territoire qu'elle revendiquait au début du siècle, et ne comptait plus qu'environ 10.000 membres". Missionnaires et instituteurs oeuvrent de plus en plus massivement parmi la population cherokee, dont une grande partie reste attachée aux Etats-Unis lors de la guerre de 1813-1814 contre l'Angleterre, mais a aussi pour effet de consolider un "gouvernement" de la nation cherokee, qui se dote en 1827 d'une première constitution, "imprimée en anglais et en cherokee" ! (mise au point d'une forme écrite de la langue en 1821). Dans le même temps toutefois, un certain nombre de Cherokee passent à l'ouest du Mississippi, vers l'Arkansas (où ils implantent une seconde république cherokee) et le Texas, progressivement rejoints par ceux que la progression de la colonisation européenne chassent de leurs terres. Après un étonnant conflit avec la Georgie, durant lequel la presse et le lobbying tiennent une vraie place, les déplacements plus ou moins forcés vers l'ouest se multiplient et les nouveaux regroupements de population engendrent de profonds changements dans l'organisation des territoires cherokee, qui connaissent cependant une paix relative jusqu'à la guerre civile américaine. Partagée entre neutralistes et partisans de la Confédération (deux régiments cherokee), le territoire est ravagé par une guerre civile dans la guerre civile, mais Stand Watie est le dernier général sudiste à se rendre, deux mois après Lee. Les destructions causées par la guerre sont progressivement reconstruites et le territoire se relève, mais l'immigration de nombreux Euro-Américains modifie définitivement l'équilibre démographique : "En 1890, le Territoire indien fut inclus pour la première fois dans le recensement décennal des Etats-Unis. Il dénombra dans la nation cherokee 22.015 Indiens et 29.166 Blancs". C'est en 1900, finalement, que les Cherokee "signèrent un accord avec les Etats-Unis pour accepter la citoyenneté états-unienne", accord qui prévoit également la disparition d'un gouvernement autonome, et le Territoire indien est réuni à l'Oklahoma à la fin de l'année 1907. C'est autour de 1914 que ces ultimes mesures aboutissent et la nation cherokee semble disparaître définitivement... Mais un renouveau par étape se dessine, dans les années 1930, puis dans les années 1960-1970 : une nouvelle constitution cherokee est adoptée en 1976, et aujourd'hui "la Nation Cherokee vit toujours, disposant de l'autonomie judiciare sur son territoire, ... avec une économie et une culture en plein essor".

Le récit d'une opposition sur plus de deux siècles, mais aussi la description d'une formidable capacité d'adaptation progressive : un livre d'histoire de plein titre qui se lit comme un roman. Bravo !

Presses universitaires de Bordeaux, 2014, 285 pages, 14 euros.

ISBN : 978-2-86781-929-2.

Nation amérindienne

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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