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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 06:42

Un vigoureux plaidoyer reçu hier, un "cri du coeur" d'un grand historien qui a passé des semaines, des mois, des années à travailler sur les archives de Vincennes (on se souvient de sa Guerre d'Algérie par les documents), qui a lancé des milliers de mémoires et des centaines de thèses d'histoire militaire et défense, et sait donc parfaitement de quoi il retourne.

 

 PLAIDOYER POUR UN COMMANDEMENT UNIQUE AU SHD


La raison pour laquelle les universitaires fréquentent de moins en moins le SHD tient d'abord à une question tactique, puis à une question de fond.

La première concerne l'incroyable temps perdu et les démarches fastidieuses, avec demande d'un mois, pour consulter cinq malheureux cartons par jour, dont on ne peut au préalable deviner l’éventuelle richesse. Alors que les services américains, britanniques ou allemands facilitent l'accès aux archives, nous, professeurs d'université, constatons qu'en raison du manque chronique de personnel le SHD ressemble à un parcours du combattant pour un chercheur. Ce qui explique que moi-même et bien d'autres collègues nous donnons de moins et moins de sujets de mémoire de master ou de thèse dépendant du corpus de Vincennes. De principales, les archives de Vincennes deviennent simplement complémentaires. Je passe sur les critiques virulentes entendues de la part de collègues étrangers et de la perte d'image...

En fait, et j'ai pu le distinguer depuis mes premières recherches à Vincennes en 1972, la question de fond vient d'une méconnaissance des archives militaires par les conservateurs civils. Le jour où ils ont pris le pouvoir, le SHD a changé d'âme. Ainsi, les JMO que j'ai consultés sur 39-45 ou la guerre d'Algérie, auparavant en consultation libre, sont soumis à dérogation. Cela n'est pas admissible, surtout comparé aux archives de la justice militaire, aux archives judiciaires civiles, ou aux archives de la police ! En outre, vécu par quelques-uns de mes étudiants depuis dix ans environ, faire de l'histoire militaire a quelque chose d'étrange à Vincennes quand on passe par le canal des conservateurs…

Or, il s'agit bien du Service HISTORIQUE de la Défense. Tous les pouvoirs de décision et d'organisation devraient revenir à son seul chef militaire, « facilitateur » du travail de ses subordonnés et des chercheurs extérieurs. Ce service est interactif, il doit produire des études pour le ministère de la Défense, souligner les leçons des RETEX à chaque campagne, et elles deviennent nombreuses depuis l'engagement dans les Balkans. Il est tout à fait anormal que la longue lignée des officiers-historiens de qualité, dans l'esprit du général Jean Delmas, soit à ce point négligée, et pour leur avancement et pour le manque de considération dont ils pâtissent. Autre anomalie, pour le moins étrange, qui montre une nouvelle fois que le ministère de la Défense ne sait pas gérer ses richesses en hommes : on trouve dans différents postes en province, où ils perdent souvent leur temps, des conservateurs officiers ayant fait l’école du Patrimoine, dont la place de droit devrait être à Vincennes.

Dès lors que le politique a décidé le regroupement des services, il faut un seul chef, militaire, et une définition claire des missions. Les dyarchies, quelles qu'elles soient, conduisent à l'impasse. Foch, généralissime unique des alliés a donné la victoire à la coalition. Toute chose étant égale par ailleurs, il faut revenir à cette cohérence de l’organisation et à cet esprit volontariste, en affirmant la forte personnalité du SHD sous commandement militaire, puisque comme le nom l’indique, il s’agit bien de la Défense.


Professeur Jean-Charles Jauffret
Directeur du département d'histoire de Sciences Po Aix

PLAIDOYER POUR UN COMMANDEMENT UNIQUE AU SHD


La raison pour laquelle les universitaires fréquentent de moins en moins le SHD tient d'abord à une question tactique, puis à une question de fond.

 La première concerne l'incroyable temps perdu et les démarches fastidieuses, avec demande d'un mois, pour consulter cinq malheureux cartons par jour, dont on ne peut au préalable deviner l’éventuelle richesse. Alors que les services américains, britanniques ou allemands facilitent l'accès aux archives, nous, professeurs d'université, constatons qu'en raison du manque chronique de personnel le SHD ressemble à un parcours du combattant pour un chercheur. Ce qui explique que moi-même et bien d'autres collègues nous donnons de moins et moins de sujets de mémoire de master ou de thèse dépendant du corpus de Vincennes. De principales, les archives de Vincennes deviennent simplement complémentaires. Je passe sur les critiques virulentes entendues de la part de collègues étrangers et de la perte d'image...

En fait, et j'ai pu le distinguer depuis mes premières recherches à Vincennes en 1972, la question de fond vient d'une méconnaissance des archives militaires par les conservateurs civils. Le jour où ils ont pris le pouvoir, le SHD a changé d'âme. Ainsi, les JMO que j'ai consultés sur 39-45 ou la guerre d'Algérie, auparavant en consultation libre, sont soumis à dérogation. Cela n'est pas admissible, surtout comparé aux archives de la justice militaire, les archives judiciaires civiles, ou les archives de la police ! En outre, vécu par quelques-uns de mes étudiants depuis dix ans environ, faire de l'histoire militaire a quelque chose d'étrange à Vincennes quand on passe par le canal des conservateurs…

Or, il s'agit bien du Service HISTORIQUE de la Défense. Tous les pouvoirs de décision et d'organisation devraient revenir à son seul chef militaire, « facilitateur » du travail de ses subordonnés et des chercheurs extérieurs. Ce service est interactif, il doit produire des études pour le ministère de la Défense, souligner les leçons des RETEX à chaque campagne, et elles deviennent nombreuses depuis l'engagement dans les Balkans. Il est tout à fait anormal que la longue lignée des officiers-historiens de qualité, dans l'esprit du général Jean Delmas, soit à ce point négligée, et pour leur avancement et pour le manque de considération dont ils pâtissent. Autre anomalie, pour le moins étrange, qui montre une nouvelle fois que le ministère de la Défense ne sait pas gérer ses richesses en hommes : on trouve dans différents postes en province, où ils perdent souvent leur temps, des conservateurs officiers ayant fait l’école du Patrimoine, dont la place de droit devrait être à Vincennes.

Dès lors que le politique a décidé le regroupement des services, il faut un seul chef, militaire, et une définition claire des missions. Les dyarchies, quelles qu'elles soient, conduisent à l'impasse. Foch, généralissime unique des alliés a donné la victoire à la coalition. Toute chose étant égale par ailleurs, il faut revenir à cette cohérence de l’organisation et à cet esprit volontariste, en affirmant la forte personnalité du SHD sous commandement militaire, puisque comme le nom l’indique, il s’agit bien de la Défense.


Professeur Jean-Charles Jauffret
Directeur du département d'histoire de Sciences Po Aix

Crise au SHD : un point de vue universitaireCrise au SHD : un point de vue universitaireCrise au SHD : un point de vue universitaire
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commentaires

E
Tout à fait d'accord. Vincennes c'est le b....Le bon temps de Delmas...et de nos thèses
Répondre
R
Il ne s'agit pas d'avoir les yeux en permanence dans le rétroviseur. Simplement que chacun puisse faire le travail pour lequel il est formé et compétent ...
I
Si les archives de la défense ne peuvent être confiées qu'à des militaires pour leur gestion, elles devraient de même être réservées à des militaires pour leur exploitation. Je ne comprends pas comment un chercheur civil pourrait être assez qualifié pour les comprendre... puisqu'un conservateur du patrimoine civil en est a priori incapable !
Répondre
R
Il ne s'agit d'être "tout l'un" ou "tout l'autre". Chacun a ses compétences, sa spécialité, etc. Conservateurs et historiens peuvent fort bien travailler ensemble : sous réserve que la définition de "politique générale" du projet soit bien celle de la Défense et corresponde aux besoins de "l'outil militaire". Si ce n'est pas le cas, il n'y a ni utilité, ni intérêt à conserver des archives en propre et il suffit de les confier aux A.N. en prévoyant un accès immédiat et sans réserve sur mandat institutionnel (idem Allemagne ou UK) et en mettant en place une petite structure "Etudes/Recherche" au niveau de l'EMA par exemple.

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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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