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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 06:00

Les défaites de l'homme blanc

Guerres & Histoire - n° 23

Il fallait oser, surtout en ce moment, titrer à la Une sur les défaites coloniales des Européens. Le dossier s'ouvre sur un article de Vincent Joly, professeur des universités à Rennes 2, et se poursuit avec la description de quatre batailles : Adoua, en 1896, qui voit les Ethiopiens briser la progression italienne pour un temps ; Anoual, en 1921, où Abd el-Krim défait l'armée espagnole ; Gandamak, en 1842, lorsque les Anglais sont chassés d'Afghanistan ; et Dargo, en 1845, quand le Tchéchène Chamil s'oppose à l'invasion russe. Ou avec un autre titre : "La puissance de feu n'est pas suffisante, encore faut-il avoir un certain sens tactique et une intelligence de situation". Et une leçon sur les fondamentaux de l'art militaire. Parmi les autres sujets très variés qui se distinguent : la bataill navale de Lissa, entre Italiens et Autrichiens en 1866, la conquête "politique" du Mexique par Cortès, la garde impériale perse des Immortels et le Renault FT 17.

Osé !
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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 06:00

Cartouche

Roi du pavé de Paris

Gilles Henry

Le nom de Cartouche est bien connu comme étant celui de l'un des plus grands voleurs, souvenir entouré de mystère et d'un certain romantisme, et ce récit enlevé nous en dresse un portrait honnête mais finalement assez sympathique, tout en laissant en suspens un certain nombre de questions, en particulier sur sa famille.

"Voler aux riches pour donner aux pauvres" ? Oui, en partie au moins. Mais aussi brigandage et crapulerie pure et simple. Dans un contexte étonnant, celui du début du XVIIIe s. et de la Régence, et avec des effectifs impressionnants puisque le-dit Cartouche (que l'on appelle souvent de l'un de ses nombreux surnoms) parviendra à rassembler autour de lui plusieurs centaines de "partisans-voleurs", hommes et femmes (plus de 300 seront jugés après sa chute). Ce livre, construit chronologiquement, est rédigé dans un style très vivant, Gilles Henry faisant littéralement revivre son héros et multipliant les dialogues reconstitués. Dans la forme, tout au long de l'ouvrage, les chapitres à proprement parler rédigés par l'auteur alternent avec de larges extraits de textes signés de Thomas-Simon Gueullette, substitut du procureur du roi, "témoin direct des aventures de Cartouche", ce qui contribue aussi à donner à l'ensemble un rythme particulier. Au fil des pages, alternent les "coups" de plus en plus osés, se dessine une véritable lutte contre les archers du guet et la lieutenance de police (même si Cartouche compte dans leurs rangs visiblement corrompus plusieurs membres de son organisation), tandis que nous traversons Paris le jour comme la nuit, de quelques palais proches du pouvoir aux tavernes les plus reculées. Contraste parfois saisissant : le rafinement de certaines classes sociales est à des années lumière de certains assassinats particulièrement sauvages, mais les uns et les autres ne s'ignorent pas totalement. Arrêté, il finit par avouer et est condamné à mort, par le supplice de la roue, et exécuté le 28 novembre 1721, avant d'être suivi outre-tombe par certains de ses camarades (142 exécutions en quelques semaines !). Après avoir été exposé au public (moyennnant finances...), son visage est moulé et son corps soumis à la dissection. La bande est démantelée, les complices sont poursuivis, mais dans le public l'heure est désormais à la légende, au mythe, par les chansons, les livres, etc.  Peu à peu l'action publique s'essoufle, il ne reste que la réputation populaire.

Un livre intéressant car il éclaire d'un jour particulier une partie du Paris de l'époque, dans ce qui est explicitement écrit comme dans ce qui peut être lu entre les lignes. Une agréable lecture de vacances. 

Editions du Rocher, Monaco, 2015, 252 pages, 21,- euros.
ISBN : 978-2-268-07650-8.

De l'histoire à la légende
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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 06:00

La Grande-Bretagne dans la Grande Guerre

Pascal Le Pautremat

Avec un peu de retard par rapport à sa parution, voici donc la présentation du seul livre récent consacré en France à l'histoire générale du Royaume-Uni et de son armée pendant la Grande Guerre. Situation d'autant plus étonnante que le rôle du principal allié occidental a été d'une importance essentielle sur le front du Nord-est, mais aussi parce que Londres a, en Orient et outre-mer, clairement (et légitimement) suivi sa propre politique.

Pascal Le Pautremat, après un premier chapitre qui fait le point de la situation du Royaume-Uni avant la Grande Guerre, en particulier dans les domaines politique, économique et stratégique, puis un second  qui détaille les modalités de montée en puissance militaire et de l'économie de guerre, organise son propos de façon chronologique, année par année (chap. 3 à 7, de 1914 à 1918). L'ultime chapitre enfin est consacré à la sortie du conflit et à l'immédiat après-guerre, au plan international comme intérieur. Très descriptive, l'étude apporte beaucoup en termes de connaissance de l'allié, de son engagement, de l'équipement et de l'emploi de ses troupes, de sa mobilisation industrielle et de son "home front". Il est peut-être trop mesuré dans l'analyse et la problématique, en particulier pour ce qui concerne les tensions (récurrentes) franco-britanniques, souvent à peine évoquées au détour d'une phrase. De même, si l'empire est bien sûr régulièrement cité, l'ouvrage reste clairement centré sur la métropole et les îles britanniques, et les fronts orientaux périphériques (à l'exception des Dardanelles) sont un peu rapidement abordés. Peut-être le sujet était-il trop ample pour être traité en un seul volume ?

On apprécie la longue biblioraphie finale très variée et les annexes (dont l'annexe 2 qui présente l'effort humain de la Grande-Bretagne dans la guerre sous forme de tableaux). Un volume qui, dans le quasi-désert éditorial sur le sujet mérite indiscutablement d'entrer dans votre bibliothèque.

SOTECA 14-18 Editions, Saint-Cloud, 2014, 320 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-9163-8531-0.

Entente Cordiale ou Perfide Albion ?
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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 06:15

Paroles de soldats

Les Français en guerre, 1983-2015

Hubert le Roux et Antoine Sabbagh

En dehors des participants eux-mêmes et parfois de leurs familles, qui peut connaître ce que les opérations extérieures de la France inspirent à ses soldats ?

Préfacé par le général Charpentier, gouverneur militaire de Paris, qui explique que les jeunes soldats d'aujourd'hui, outre le choix du service des armes, "apprennent et acceptent les rites de la cohésion et de la fraternité d'armes qui est le ciment de la force de nos armées, en décalage absolu avec l'individualisme et le communautarisme qui rongent notre société", le livre s'ouvre sur l'hommage rendu dans les rues de Paris, un matin de février 2013, à un sous-officier mort au Mali. Il s'appuie sur "une quarantaine d'entretiens" conduits au cours d'une année avec des militaires de tous grades ayant participé aux opérations extérieures des 35 dernières années, du Liban (Drakkar) en Centrafrique. L'ouvrage reprend chornologiquement ces OPEX entre l'automne 1983 (Liban) et janvier 2014 (Centrafrique), en passant par la première guerre du Golfe, le Rwanda, l'ex-Yougoslavie, le Cambodge, l'Afghanistan, la Libye et le Mali. Les témoignages sont très divers, dans les grades, dans les missions confiées, dans les circonstances particulières. Comment ont-ills appréhendé leurs missions ? De quoi se souviennent-ils et pourquoi ? Quels enseignements ? Quels traumatismes parfois ? Tous sont intéressants, beaucoup sont forts. On retiendra particulièrement ceux relatifs à l'engagement au Rwanda en 1994, bien loin des discours aussi accusateurs que politisés ultérieurs ; à la Bosnie (et finalement "on était fiers du bérêt bleu clair" de l'ONU) et bien sûr à l'Afghanistan, avec ses blessés si nombreux. On peut y lire les sentiments des hommes, mais aussi leurs témoignages sur leurs expériences opérationnelles, et il faut souligner que l'amour du pays et le sens de l'engagement sont présents au premier rang. Mais il y a aussi au fil des pages les rapports hiérarchiques, les relations avec la famille, les difficultés matérielles ou techniques, l'importance de la formation et de la discipline de comportement, la confusion de la situation locale en Centrafrique, etc. Bref, des témoignages de combattants qui nous rappellent que les gouvernements français successifs, sans discontinuer, n'ont jamais hésité à déployer et engager les armées sur les théâtres les plus variés. En annexe, la liste sur treize (oui, 13) pages des OPEX lancées entre 1983 et 2014.

Un livre utile et tout-à-fait complémentaire des présentations plus générales ou théoriques qui existent déjà. Pour toucher la réalité vécue par des hommes sur le terrain. On note enfin que les droits revenant aux auteurs sur ce livre sont reversés à l'association caritative 'Terre Fraternité'.

Tallandier, Paris, 2015, 462 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0484-9.

Témoignages
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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 06:00

Du sang bleu dans les tranchées

Bertrand Goujon

Excellent ! En dépit de quelques réserves personnelles (les goûts du lecteur...) les publications se succèdent chez Vendémiaire avec un niveau maintenu d'exigence foncière et de qualité.

L'auteur introduit son livre par une citation extraite de la Grande illusion, entre le major Rauffenstein et le capitaine de Boëldieu, donnant ainsi le ton de l'ouvrage : "Je ne sais pas qui va gagner cette guerre ; la fin, qu'elle qu'elle soit, sera la fin des Rauffenstein et des Boëldieu"... A partir (en particulier) de très nombreux témoignages publiés (on se reportera utilement à la bibliographie finale), Bertrand Goujon retrace les parcours de guerre, dans leur variété mais avec quelques constantes, de la noblesse française, et d'abord de cette petite noblesse provinciale qui souvent, "sur ses terres", structure et polarise encore en 1914 la vie locale. Peut-être aurait-il été, d'ailleurs, nécessaire de préciser davantage ce que représente ces "nobles" dans leur diversité économique, sociale et culturelle, le simple fait d'arborer une particule, voire de porter un titre, ne suffisant pas à la définir. Le récit est, pour ceux qui s'inéressent déjà aux échelons "intermédiaires" de commandement, assez entendu, mais il offre l'intérêt de multiplier les citations et références. Partant des "Illusions perdues de l'été 1914", il termine par "L'impôt du sang et la mémoire des morts", passant par l'évolution des sentiments au long de la guerre, l'existence d'embusqués (comme dans toutes les couches de la société), la certitude d'avoir "Un rang à tenir", le choix de certaines armes jugées plus prestigieuses, la volonté d'avoir aux yeux de tous un comportement exemplaire, etc. Bertrand Goujon insiste en particulier sur la "ruralité" ou le côté "province" de la plupart de ces nobles, et il souligne les particularités d'une classe sociale, pardon d'un corps social ce qui est différent, qui brille quelque part de ses derniers feux, avec un monde qui disparaît. Mais pour valider le fait que "les hauts gradés d'ascendance nobiliaire ont tendance à choisir leurs collborateurs parmi leurs pairs", une poignée d'exemples semblent d'autant plus insuffisant que l'on peut en présenter autant "prouvant" le contraire. Quelques graphiques statistiques de synthèse auraient été ici les bienvenus pour appuyer l'argumentation. On voit bien enfin, en conclusion, qu'un certain nombre de nobles anciens combattants sont élus à la Chambre ou au Sénat à partir de 1919, mais il faut aussi relativiser ces exemples en prenant en compte le nombre total de parlementaires, par exemple. Finalement, "les noblesses françaises" (il est bon de distinguer au sein même de ce groupe) sont après la guerre "globalement fragilisées en termes démographiques, patrimoniaux, économiques et politiques".

L'armée française de 1914-1918 était le fruit de quarante ans "d'ascenseur républicain" et si les nobles (terme générique) sont bien sûr représentés parmi les cadres subalternes et supérieurs, ils sont bien loin d'en être l'illustration absolue. Tout est ici fonction de finesse dans la description. Avec toutes ces difficultés, une étude courageuse et originale. Un livre riche et intéressant, où l'on appréciera les très nombreuses citations et références. Une plus value réelle dans notre connaissance de la mosaïque des armées de la Grande Guerre.

Vendémiaire, Paris, 2015, 669 pages, 25,- euros.
ISBN : 978-2-36358-156-3.

Noblesse de France
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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 06:00

Les tueurs de la République

Vincent Nouzille

Quelque part entre la réalité et le fantasme, et pourtant un constat : il s'agit d'une évidence sous tous les régimes et à toutes les époques.

Le terme "tueurs" dans le titre attire sans doute le regard, mais il correspond assez peu à la réalité, s'agissant de représentants de l'Etat mandatés au plus haut niveau. Et si l'ouvrage s'ouvre sur la présentation d'un François Hollande guerrier assumant sans sourciller la responsabilité des ordres donnés, commençons par préciser que les missions de ce type existent pour ainsi dire depuis la nuit des temps et sous tous les cieux, tout comme une certaine loi du silence au nom de la raison d'Etat. Jouer l'étonnement et les vierges effarouchées ne changerait rien à l'affaire. Depuis qu'il existe un pouvoir à défendre ou qu'une communauté se sent menacée dans sa substance, les chefs ennemis sont exécutés. Enfin, objectivement, la France n'est pas le pays le plus "pratiquant" en la matière et il ne fait donc pas être surpris. Jouant assez facilement sur les réactions émotionnelles (vocabulaire employé en particulier), Vincent Nouzille note néanmoins en introduction cette affirmation du chef de la DGSE devant les députés en 2013 : "Nous sommes des agents de l'Etat agissant sous les ordres de l'autorité politique pour la défense des intérêts de la République". Et il souligne en conclusion : "En dépit des qualités et du dévouement des hommes engagés dans ces missions périlleuses, ...". Voilà qui relativise les "tueurs"... Ceci étant rappelé et les choses remises à leur juste niveau, le livre est divisé, après une introduction qui tente de définir la notion d'un "droit de représailles" et ses rapports avec la raison d'Etat, en seize chapitres pratiquement chronologiques, de la guerre d'Algérie et ses suites à la guerre actuelle contre le terrorisme, en passant par les multiples "affaires" liées à la Françafrique, aux présidences Giscard puis Mitterrand, au 11e choc, à l'ex-Yougoslavie, à l'affaire des moines de Tibhirine en Algérie, au rapprochement croissant avec les Etats-Unis après le 11 septembre 2001 et aux présidences Chirac puis Sarkozy. Dans ce vaste survol des opérations secrètes de la Ve République, des exemples de nature différente sont proposés, de l'assassinat de tel dirigeant à la coopération avec différents services étrangers. Au passage, l'auteur évoque les fameux "carnets" du général Rondeau, saisis par la justice en 2006 dans le cadre de l'affaire Clearstream ; l'enquête sur "le compte japonais" de Jacques Chirac ; et les équipes "Alpha" (comme les opérations éponymes) entre 1986 et 2002 puis un retour en grâce à partir de la présidence Sarkozy (notons que la présence de "commandos" sur le sol libyen est un secret de Polichinelle). On peut regretter toutefois à pluseurs reprises une certaine confusion entre les diverses formes de "l'action discrète" : entre l'opération "homo" et l'envoi de quelques éléments du COS, il y a plus qu'une marge... Et sur un tel sujet, il est difficile de faire étalage de sources croisées !

En résumé, un livre intéressant sur les opérations "non publiques", à l'initiative et sur ordre de l'exécutif, et parfois des opérations militaires simplement "discrètes". Un livre qui se lira facilement mais qu'il faut prendre avec une certaine distance pour éviter le côté "sensationnel", impérativement croiser avec d'autres sources (rappelons que 95% de l'information est publique, il suffit de savoir la chercher au bon endroit), et éviter de considérer comme une vérité absolue. Des éléments avérés (la morale n'existe pas face à la raison d'Etat), mais aussi des extrapolations journalistiques...

Fayard, Paris, 2015, 347 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-213-67176-5.

Opérations (très) spéciales
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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 06:00

Qu'est-ce que la féodalité ?

François L. Ganshof

Réédition d'un ouvrage déjà ancien, mais qui est un véritable classique. Paru pour la première fois en 1944 mais constamment réédité (dans de nombreux pays) depuis, il a été actualisé et mis à jour (pour son édition allemande) jusqu'à la fin des années 1970.

Il s'agit donc pas d'une nouveauté éditoriale, mais bien d'un livre de référence, dont l'intérêt (majeur) est inversement proportionnel au poids (léger). L'auteur ne s'intéresse pas à la vie des seigneurs, princes et chevaliers, à la guerre et aux "cours d'amour" ou à la construction des châteaux-forts, mais à la naissance et au développement juridique et culturel de la féodalité comme organisation de la société, dans ses aspects juridiques (et parfois culturels), dans son fonctionnement, dans les diverses formes de rapports de suzerain à vassal, etc. S'appuyant sur un très large corpus de citations extraites des textes originaux (en bas latin, toutes traduites), il s'intéresse essentiellement, après avoir identifié rapidement les origines du système féodal dans la monarchie franque, à la féodalité carolingienne (deuxième partie), puis à la féodalité classique à partir du Xe siècle. Point tout à fait intéressant, il compare très fréquemment les situations qui existent dans le royaume de France, mais aussi en Angleterre, dans les pays allemands et ce qui deviendra la Belgique, voire ponctuellement en Italie. Quelques points particuliers méritent absolument que l'on s'y attarde : la notion de fidélité dans le lien de vassalité, qui peut déboucher sur une opposition au roi lorsque il y a "sous-vassaux" successifs ; les fiefs remis littéralement "en viager" et les règles de succession qui seront instituées lorsque l'héritier présomptif est un enfant ou une femme, les fiefs particuliers (ecclésiastiques par exemple), etc.

Un texte serré, dense, riche, que chaque amateur du Moyen-Âge doit connaître mais qui au-delà intéressera aussi tous ceux qui se passionnent pour les relations que les (plus ou moins) "grands" entretiennent avec les royaumes modernes naissants et l'émergence des grandes monarchies européennes.

Coll. 'Texto', Tallandier, 2015, 315 pages, 10 euros.

ISBN : 979-10-210-0849-6.

Féodalité
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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 05:50

L'enfer réglementé

Le régime de détention dans les camps de concentration

Nicolas Bertrand

L'horreur au quotidien. La réglementation tatillonne et formaliste de l'esclavage (au mieux) et de l'extermination. La réalité législative et réglementaire des camps.

Ce qui est extraordinaire pour le lecteur non spécialiste tout au long de cet ouvrage est le formalisme pontilleux de l'administration des camps, pour couvrir en fait les débordements et les excès les plus criminels. Au-delà, c'est donc une réflexion par l'exemple (les exemples) sur la place et l'importance du droit dans les sociétés totalitaires et l'universes concentrationnaire. Ces questions font l'objet d'une solide introduction qui pose les termes de l'historiographie et du débat sur le "double Etat", ce juridisme apparent (et parfois appliqué) servant aussi à "apaiser les consciences" et à permettre à "des individus normaux" d'exécuter "srcupuleusement leur tâche au sein de cet enfer". Avec une extrême précision et à l'aide d'innombrables exemples, Nicolas Bertrand organise donc son livre en trois grandes parties : "La correspondance", avec le régime général appliqué aux détenus, les dérogations et la censure ; "Le régime disciplinaire", en suivant la procédure de l'incident à sanctionner et l'application de la peine et à "l'interdiction formelle de toute punition arbitraire" (exemples étonnants) ; "Le travail forcé" enfin, dans son organisation, le régime appliqué aux travailleurs forcés, les "récompenses" éventuelles pour rendement supérieur aux normes et pour finir le sort de la dépouille et des biens du détenu mort. Tout en étant tolérés et souvent couverts, les actes de violence gratuite et meurtrière ne constituent pas pour l'auteur la caractéristique première des camps de concentration. L'ensemble du régime appliqué aux prisonniers, le rythme et le cadre des activités quotidiennes sont bien sûr à prendre en compte au premier chef et c'est ce choc (moral, intellectuel, etc.) entre formalisme juridique et réalité quotidienne qui, finalement, est peut être le plus fort.

Un livre sobre, presque froid, pour expliquer l'encadrement des abus de pouvoir et souvent de la bestialité. Froid, dans le dos.

Perrin, Paris, 2015, 397 pages. 23,90 euros.

ISBN : 978-2-262-04083-3.

Camps de concentration
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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 06:15

De la Meuse au Danube

1944-1945

Julien Hottier

Un jeune homme, un petit groupe de camarades, un engagement dans la résistance, puis dans la 1ère Armée française jusqu'à la victoire. Un témoignage simple, assez direct et à bien des égards émouvant.

Alors que des souvenirs personnels de la Seconde guerre mondiale sont régulièrement publiés, Julien Hottier (qui revient dans son introduction sur l'utilisation mémorielle de la mort de Guy Môquet) affirme vouloir parler le langage de la vérité et, à plusieurs reprises, ne mâche pas ses mots. Après avoir entendu un ancien combattant parler de "guerre sans haine", il poursuit : "Je ne sais pas où ni comment il a participé à cette guerre (peut-être parmi les pacifistes de 1939 ou dans un stalag), j'ai quant à moi ressenti, d'un côté comme de l'autre, une haine telle que si les armes nous avaient fait défaut, cette guerre se serait sans doute terminée avec les griffes et les dents comme dans la préhistoire". Le ton est donné. Le livre est organisé en trois parties d'inégales longueur. La première décrit en une quarantaine de pages la vie du jeune homme d'alors sous l'occupation dans son département de la Meuse, de juin 1940 à mars 1944, sa volonté de rejoindre la résistance, ses premiers contacts avec un maquis. La seconde raconte en une centaine de pages sa vie et ses actions dans la résistance, de mars à septembre 1944, entre sabotages, déraillements de trains et attaques des Allemands. La troisième enfin, en 150 pages environ, est consacrée à l'intégration du groupe de jeunes camarades maquisards dans l'armée régulière (et toute la problématique de "l'amalgame"), son engagement en première ligne en Alsace, la formation complémentaire qui leur est donnée, le très symbolique franchissement du Rhin par des Français à nouveau victorieux et la campagne d'Allemagne jusqu'au 7 mai : "Un clairon sonne le 'Cessez-le-feu'. Curieusement il n'y a pas d'explosion de joie, ni de démonstrations exubérantes. L'impression d'un grand vide, le constat de la fin d'une épreuve tellement énorme qu'elle n'a pas fini de nous écraser". Ces combats ont été particulièrement meurtriers : "En huit mois d'opérations de Lorraine, d'Alsace et d'Allemagne tant sous la forme du Groupement tactique de Lorraine, du 1er régiment de Parisque du 15.1, l'unité a perdu plus de huit cents tués sur un effectif d'environ quatre mille cinq cents hommes".

Un nouveau témoignage (sans doute à partir d'une mémoire un peu repensée ou réécrite au fil du temps) qui donne une bonne image de ce que pouvait être, vivre, penser, un jeune homme qui voulait s'engager personnellement contre l'occupation allemande. Un récit qui complète de manière intéressante notre connaissance kaléidoscopique de ces années sombres.

Lavauzelle, Panazol, 2014, 272 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-7025-1619-5.

Résistance et libération
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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 06:10

Détruire les Arméniens

Histoire d'un génocide

Mikaël Nichanian

Dès avant la Première Guerre mondiale, la "question" arménienne empoisonne la vie intérieure de l'empire ottoman et, depuis l'entre-deux-guerres, elle pèse sur les relations entre la Turquie et les nations occidentales.

A partir du rappel que les élites 'Jeunes Turques' de la Grande Guerre sont d'abord de culture et de formation européennes, Mikaël Nichanian s'interroge sur les fondements de la haine génocidaire, et pousse ici assez loin la comparaison avec le génocide juif de la Seconde guerre mondiale. Pour ce faire, il reprend dans un plan chronologique l'histoire de la "question arménienne" dans l'empire ottoman depuis la deuxième moitié du XIXe siècle. Il décrit avec forces précisions (toujours référencées) les revendications et l'action politique des Arméniens, la pollitique (souvent en réaction) des autorités ottomanes, la genèse du mouvement Union et Progrès jusqu'aux guerres balkaniques. Les chapitres 3 et 4 sont consacrés aux années de guerre. Le premier développe longuement la situation entre l'entrée en guerre et avril 1915, avec la montée en puissance des mesures anti-arméniennes à mettre en parallèle avec les déboires militaires. Le second détaille les deux grandes phases du génocide, à partir d'exemples très précis : les massacres dans les villages et la déportation, puis "l'extermination dans le désert" au sud de l'empire l'année suivante. Mikaël Nichanian rappelle aussi que les Arméniens n'ont pas été les seules victimes de cette politique de "turcisation" forcenée et que les autres minorités religieuses et/ou nationales ont eu à en souffrir gravement. Le chapitre 5 enfin s'attache à la période qui suit immédiatement la Première Guerre mondiale jusqu'au début des années 1920, au plan politique avec l'émergence du mouvement national de Mustafa Kemal, mais aussi dans la société musulmane dans son ensemble. La conclusion s'intéresse bien sûr à l'héritage (ou à la trace) de ces événements dans la Turquie de la fin du XXe siècle et du temps présent. Fondamentalement, les peurs parfois irrationnelles qui agitent les élites dirigeantes et une grande partie de la population turque ne sont pas de nature à faire changer la position officielle sur le génocide. 

Un livre très référencé, très complet, qui fait un solide bilan de la question et qui permettra à chacun d'affiner ses connaissances tout en se faisant une idée précise des événements, de leur contexte et de leurs conséquences.

PUF, Paris, 2015, 273 pages, 21,- euros

ISBN : 978-2-13-062617-6.

La "question" arménienne
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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