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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 06:00

La justice déshonorée

1940-1944

Virginie Sansico

"L'intense politisation de la justice sous Vichy" fait ici l'objet d'une étude qui va bien au-delà des références habituelles aux juridictions d'exception, puisque l'auteure s'intéresse d'abord au fonctionnement de la justice "ordinaire", quotidienne.

Après s'être intéressée dans un premier ouvrage aux cours martiales de Vichy, Virginie Sansico aborde donc la question plus large de l'ensemble des juridictions pénales, dont elle souligne que paradoxalement les représentants du ministère public y conservèrent le titre de "procureur de la République", alors même qu'il n'y avait plus de République et que toute l'évolution du régime contribuait à éloigner l'Etat français de cette notion. Tout à la fois "héritier de l'ère républicaine" et système nouveau en rupture (les lois "politiques" existent aussi durant l'entreèdeux-guerres), la justice pénale de Vichy est d'abord présentée comme une certaine continuité de ce qui existe avant juillet 1940 et l'auteure note que "la transition entre la République et Vichy s'effectue en douceur". Très vite cependant, dès l'été, les premières mesures sont prises, visant en particulier à mettre au pas l'institution judiciaire, tandis que les oppositions politiques se diversifient et se multiplient progressivement. Elle organise ensuite son propos en grandes parties chrono-thématiques : "Le basculement (été 1941-fin 1942)", "La saison des juges (fin 1942-automne 1943)", et "La justice en guerre (fin 1943-août 1944)", qui correspondent à autant de phases d'évolutions importantes, pour la Justice elle-même mais aussi pour la Résistance (peut-être aurait-il été nécessaire de souligner davantage qu'à partir de novembre 1942, avec l'occupation de la zone sud, l'apparence d'indépendance du régime disparaît). On observe clairement que les juridictions d'exception prennent une part croissante dans le traitement des dossiers au fur et à mesure que la situation générale se détériore pour Vichy et les collaborateurs, comme dans une fuite vers l'avant, jusqu'aux sections spéciales (dont l'auteure détaille le complexe environnement lors de leur création en 1941). On constate également que le vocabulaire utilisé par les magistrats change au fur et à mesure, se faisant lui-même plus "politique", les accusations de "gaullisme" ou "judaïsme" prenant le pas sur les qualifications pénales normales et Virginie Sansico souligne à plusieurs reprises le rôle "apaisant" (anesthésiant) de Barthélémy, lui-même juriste, comme ministre de la Justice. Faux-papiers, propagande gaulliste, refus du STO, propos anti-nationaux, expulsion des Juifs de l'administration et de certaines professions, détention ou trafic d'armes, jusqu'à des engagements actifs dans la résistance : toute une nouvelle gamme d'infractions est longtemps jugée par des tribunaux "ordinaires", avec des magistrats qui étaient en poste avant la guerre (et souvent le resteront après, mais ceci n'est pas évoqué).

Un livre complet et détaillé (parfois un peu trop), qui met en relief une réalité peu glorieuse...

Tallandier, Paris, 2015, 623 pages. 25,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0389-7.

Justice inique aux ordres
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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 06:00

POMLT

Gendarmes en Afghanistan, 2010

Colonel Stéphane Bras

Nouveau témoignage sur l'engagement français en Afghanistan, mais il s'agit cette fois d'une mission différente de celles qui ont déjà fait l'objet d'une publication. L'ancien chef d'une centaine de gendarmes français envoyés sur place pour aider à la reconstitution et accompagner une police afghane devenue inexistante livre ici ses souvenirs.

La mission s'inscrit dans le cadre des POMLT (Police Operational Mentoring and Liaison Team), acronyme désignant les équipes chargées de former et d'aider la police nationale. Reconnue pour sa solide formation et son grand professionnalisme, la gendarmerie française était sans doute la mieux placée pour apporter ce concours. Dans un premier temps, Stéphane Bras présente la préparation de sa mission en métropole, les hommes, les équipements, la préparation opérationnelle au cours des mois qui précèdent (les quelques lignes sur l'entraînement au tir dans les années 1990 dans l'armée de terre semblent un peu exagérées, il y a bien longtemps que l'enguelade n'est plus un moyen pédagogique d'enseigner le tir, au moins chez les chefs qui respectent leurs hommes et leurs missions...). Au printemps 2010, c'est le grand départ, avec la découverte d'un pays et d'un environnement totalement nouveaux, qui nous sont présentés (y compris dans l'organisation des forces internationales et avec quelques exemples sur les réticences américaines à l'égard des Français, mais les relations entre chefs militaire et gendarme tricolores ne sont pas toujours au beau fixe) à partir du chap. 3, puis l'installation sur les bases et dans les villes où doivent être déployées les équipes. Il insiste ensuite sur quelques particularités de la culture afghane et l'environnement humain auquel ses hommes sont désormais confrontés. C'est ensuite une description de la police afghane, dans ses forces et ses faiblesses (la question de la corruption endémique est évacuée en quelques lignes, comme "un facteur culturel" parmi d'autres) et dans son organisation, puis l'explication précise du mandat des POMLT, rarement développée. La dernière partie, à partir du chap. 5, est consacrée au récit des missions effectivement conduites par grands types et de façon pratiquement chronologique, dans un cadre très largement militarisé. Pas une opération de perquisition pour un délit de droit commun : la contribution gendarmique à la sécurité du pays s'inscrit dans le cadre de la lutte contre les Taliban. Vient enfin, à la fin du livre, le temps du bilan et les rencontres avant le départ dans la capitale afghane ("Les rumeurs courant sur la belle vie à EUPOL m'ont semblé plausibles").

Le livre se termine fort heureusement par un index des sigles et par une bibliographie indicative assez complète. Un beau et riche témoignage, rare encore, qui apporte une vraie plus-value à notre connaissance du conflit en centrant le regard sur le rôle et la place de la gendarmerie dans une opération de ce type, même si l'on peut regretter que l'auteur passe rapidement sur bien des difficultés, incohérences et disfonctionnements, à peine évoqués.

Editions ANOVI, 2015, 183 pages, 17,- euros.

ISBN : 978-2-914818-78-0.

Former les forces de sécurité intérieure
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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 06:00

La guerre d'Indochine dans le cinéma français

Images d'un trou de mémoire.

Delphine Robic-Diaz

En entendant "guerre d'Indochine", on pense immédiatement Pierre Schoendoerffer, bien sûr, mais il y a, en tout ou partie, quelques dizaines d'autres film. Chiffre certes non négligeable, mais qui, comme le souligne l'auteur dans son introduction, "est loin de concurrencer les centaines de films consacrés à la guerre du Vietnam par le cinéma américain". Guerre méconnue, floue, oubliée, "la guerre d'Indochine est une sorte de rendez-vous manqué entre le cinéma et l'histoire".

La première partie du livre s'ouvre bien sûr sur Pierre Schoendoerffer, "le héraut d'Indochine", son oeuvre et le sens qu'il a voulu lui donner. Puis viennent les réalisateurs d'autres films spécifiquement centrés sur sur la guerre d'Indochine, comme Claude Bernard-Aubert ; un film particulier, Ils étaient cinq, contemporain des combats et censuré ; des fims dont le sujet principal n'est pas l'Indochine, mais où apparaît plus ou moins longuement un "ancien d'Indo" (pas toujours présenté sous son meilleur jour). Delphine Robic-Diaz étudie en particulier les dossiers des commissions de contrôle et de la censure, et donne le détail des procédures, réunions, appels, contestations, etc. pour quelques uns. La seconde s'articule autour de "l'imaginaire colonial" quel'on retrouve au fil des images dans les différents films, la maîtresse autochtone, le métis, les indigènes fidèles ou révoltés, voire le traitre. La troisème partie replace ces productions dans leur contexte et celui du moment de leur réalisation, qu'il s'agisse des "séquelles de la Seconde guerre mondiale" (comme dans L'honneur d'un capitaine), la guerre d'Algérie, ou lorsquela guerre américaine du Vietnam est en toile de fond. La quatrième partie est profondément analytique : qui sont ceux que l'on retrouve dans ces films, quels sont les défauts qui leur sont généralement prêtés, qui furent et comment vécurent les prisonniers du Vietminh. Enfin, la cinquième partie, tout en analysant les différentes traces de l'Indochine (et si possible de la guerre) dans le cinéma, souligne les paradoxes de différentes (nombreuses ?) productions, entre prise de position et nostalgie.

Le livre se termine en particulier sur une filmographie très complète, classée par année de diffusion entre 1952 et 2009, puis sur une présentation technique de ces films, enfin par un classement par genres (du film de guerre à la comédie), avant une copieuse bibliographie (y cmpris plus d'une page de références d'articles de l'auteur elle-même). Une analyse qui parfois en reste à "l'image" de la guerre dans l'opinion publique plus qu'à ce qu'elle fut en réalité, quelques développements à partir de points de détail minuscules, mais au total un livre très intéressant sur le sujet, qui intéressera autant les historiens du conflit que ceux du cinéma.  

Presses universitaires de Rennes, 2015, 358 pages, 21 euros.
ISBN : 978-2-7535-3476-6.

Images... floues
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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 06:00

1515

Marignan

Amable Sablon du Corail

Du solide, complet, référencé sur une victoire fondatrice de l'histoire de France, importante pour un jeune roi, aux nombreuses conséquences continentales, qui a été instrumentalisée dès le lendemain et dont tous les écoliers ont longtemps pu donner la date.

Il est rare que l'on puisse envisager qu'un ouvrage soit (presque) "définitif" sur un sujet. Tel est pourtant le cas ici, avec une étude d'ensemble non seulement sur la bataille elle-même mais aussi sur son environnement et ses conséquences. Amable Sablon du Corail, auquel on devait déjà un Louis XI remarqué, nous propose en effet un livre complet (il se termine par plus de 110 pages de notes, sources et bibliographie). Il commence par nous présenter les deux protagonistes (France et Suisse) et leur armée, puis le cadre politique et militaire d'une l'Italie morcelée, où l'empereur romain germanique, le roi de France et le Pape s'opposent. Le chapitre 5, qui traite de la question du coût de la guerre au XVIe siècle est particulièrement intéressant (et l'on note en annexe une liste des compagnies soldées par François Ier). Vient ensuite le récit détaillé de la campagne du roi de France, qui s'ouvre sur un passage des Alpes, et voit l'implication croissante des cantons suisses les plus hostiles à François Ier, avec la personnalité entière du puissant cardinal-légat Schiner, alors que leur situation se dégrade dans le duché de Milan où il soutiennent le jeune duc Sforza. Tandis que les alliances se nouent et se dénouent, que bourgeois et militaires se disputent, le roi de France négocie avec certains Suisses et parvient à rompre le front uni de ses ennemis. Après l'occupation de Milan par les troupes "françaises" (pour l'essentiel des mercenaires), la bataille devient inévitable. Longue, meurtrière, terrible au regard des critères de l'époque, elle est pour François Ier une sorte de victoire à la Pyrrhus. Il achève bien la conquête du duché de Milan, prépare une alliance durable avec les cantons suisses (même si certains persistent d'abord dans leur hostilité), mais se heurte désormais frontalement aux Habsbourg et sera bientôt défait (et fait prisonnier) à Pavie. Et n'oublions pas cette première leçon de la bataille : "A la guerre, trois choses sont absolument nécessaires, premièrement de l'argent, secondement de l'argent, troisièmement de l'argent"... Grande constante dans l'histoire : "Plus que les charges de cavalerie à Marignan, ce fut la capacité des Français à trouver les sommes colossales nécessaires au paiement comptant des insatiables lansquenets qui ont emporté la décision".

Un livre majeur, indispensable, pour quiconque s'intéresse à la période, ou souhaite en avoir la compréhension la plus large.

Tallandier, Paris, 2015, 510 pages. 24,90 euros.
ISBN : 979-10-210-0330-9.

1515
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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 06:00

Journal de guerre 1914-1918

Abbé Achille Liénart

En cette période de commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, il est intéressant de revenir sur des ouvrages parus il y a quelques années, lorsqu'ils conservent leur pertinence et sont encore disponibles.

Le futur et charismatique cardinal et évêque de Lille est aumônier militaire volontaire pendant la Grande Guerre, d'abord à l'ambulance 3/51, puis au 201e RI. Il est en particulier à Verdun, sur la Somme, au Chemin des Dames, dans les Flandres. Bref, sur certains des secteurs les plus actifs du front. Les carnets d'origine ont été repris une fois la paix revenue et le récit, qui s'étend du 2 août 1914 au 12 mars 1919 a donc été réécrit. Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'un témoignage tout-à-fait passionnant. Infirmier et aumônier volontaire, il partage la vie de l'état-major de la division et du régiment, au plus près des poilus avec lesquels il essaie de passer le plus clair de son temps : "La comparaison que j'avais pu faire entre mon action à l'ambulance et mon action à la division provisoire m'avait convaincu de l'avantage qu'il y avait pour un aumônier à vivre avec les soldats plutôt qu'avec les officiers. En réalité, j'obtins facilement du colonel Hebmann d'être attaché au groupe des infirmiers régimentaires". Il raconte donc le détail de ses activités quotidiennes, toujours naturellement avec le prisme de sa fonction d'aumônier, et note par exemple avec émotion que, sur le front de Verdun, son colonel a rédigé pour lui une belle citation, bien qu'étant "de religion protestante" ! Resté fidèle au 201e RI jusqu'à la fin de la guerre et l'occupation en Allemagne, il multiplie donc les anecdotes, ce qui offre une approche à la fois très réaliste de sa perception des opérations militaires et de ses camarades, mais aussi en leur apportant une vraie élévation spirituelle, car il ne s'écarte jamais de son rôle de pasteur. La plume est alerte, le style agréable et l'ouvrage facile à lire.

Le texte est illustré d'une riche iconographie particulièrement adaptée et de nombreux croquis (du terrain par exemple, comme pour le secteur de Douaumont, p. 34), dont on apprécie la précision, de la main d'Achille Liénart. Le livre, enfin, est accompagné d'un CD qui donne la retranscription intégrale du journal de l'abbé Liénart, ce qui donne bien sûr une plus-value particulière à l'ensemble. Un témoignage qui mérite très amplement d'être connu et lu.

Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2008, 131 pages. 29,50 euros.

ISBN : 978-2-7574-0073-9.

Pour commander directement l'ouvrage : ici.

Aumônier du 201e RI
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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 06:00

Metz 1914-1918

Soigner et secourir entre front et intérieur

Jean-Claude Laparra et Pascal Hesse

Nouvel exemple, et bel exemple, d'étude locale hors des sentiers battus habituels, avec ce volume consacré au service de santé de l'armée impériale et à la Croix-Rouge allemande dans une grande ville de l'immédiat arrière-front, Metz.

Méthodiquement, et avec l'appui d'une riche iconographie généralement peu connue dans les études en France, mais aussi grâce à de nombreux tableaux et graphiques, les deux auteurs nous présentent l'organisation et le fonctionnement des services de secours aux blessés, dans leur diversité (du service de santé militaire aux associations caritatives). Une place de premier plan (pp. 67-169) est légitimement accordé aux établissements hospitaliers, qu'ils soient militaires, civils réquisitionnés ou même comme le Bon-Secours (francophone) resté sous statut pleinement civil (bien que contrôlé). Au-delà, une troisième partie traite de l'environnement du système de soin, avec le trafic ferroviaire, les trains sanitaires et la gare (l'imposante gare wilhelmienne de Metz mais aussi les petites gares périphériques), la protection des civils contre les bombardements aériens (plus de 700 attaques par avions conduites par les Français sur la ville), et plus largement le contrôle sanitaire et social d'une ville d'une importance majeure dans le système défensif allemand et l'immédiat arrière-front. Les illustrations sont nombreuses et adaptées (cartes postales, photos, documents officiels, croquis, cartes, cachets postaux, etc.).

Un volume utile, par deux très bons connaisseurs de l'armée impériale allemande qui nous détaillent l'organisation et le fonctionnement d'un service souvent méconnu.

Editions des Paraiges, Metz, 2014, 223 pages, 28 euros.

ISBN : 979-10-90185-46-3.

Lothringen
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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 05:45

De Soupir à Berry-au-Bac

La Lettre du Chemin des Dames - n° 34

Le dernier numéro de la revue d'histoire éditée par le département de l'Aisne vient de paraître. Parmi les sept articles principaux de ce numéro, on retient en particulier (outre le programme des commémorations du 16 avril) le portofolio des photos d'un artilleur, "Eté 1916 à Berry-au-Bac".

Rappelons que La Lettre du Chemin des Dames peut être obtenue gratuitement et qu'elle existe en support "papier" et électronique. Pour s'abonner : ici.

Lettres et photos
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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 06:00

Face à la guerre

Ecrits 1914-1916

Georg Simmel

Un petit ouvrage tout à fait intéressant, en ce qu'il présente les textes publiés pendant la Grande Guerre elle-même, dans la presse allemande de l'époque, par l'un des plus éminents intellectuels de la période.

La première partie comprend la reproduction de certains articles, dans lesquels Simmel s'interroge sur le développement de la guerre et ses conséquences sociales. Les réflexions sont profondes, les textes sont denses, la philosophie n'est jamais loin, et l'on sent l'auteur parfois tiraillé entre des tendances opposées, sinon contradictoires. Parmi les articles réunis, "L'idée d'Europe" ("L'idée d'Allemagne devient la légataire universelle des énergies qui tendaient vers l'idée d'Europe, comme elle hérite de bien d'autres idées qui, à notre vie de jadis, dictèrent un lit trop étroit ou un horizon trop lointain : ces énergies, aujourd'hui, on les ramène à leur source pour les faire jaillir à nouveau") ; "Deviens ce que tu es" qui reprend la célèbre formule de Nietsche ("Qui ne peut travailler au chantier de l'Allemagne nouvelle devra rester sur la touche : aux hommes et aux choses qui, intérieurement, ont déjà leur compte et sont devenues infertiles, la guerre intime seulement la sentence. Car ces secousses s'impriment aux arbres pour faire tomber le fruit blet, qui n'a l'apparence de la fraicheur que pour une molle complaisance") ; "L'Europe et l'Amérique" ("L'Amérique, en soufflant sur les braises de cette guerre, n'agit pas contre un camp, mais contre tous, contre l'Europe comme un tout") ; "La crise de la culture" ("Peut-être va-t-elle (la guerre) définitivement éliminer bien des contenus transitoires de la culture, et en faire naître autant de nouveaux") ; "La dialectique de l'esprit allemand" ("Lorsque l'on croit nous déprécier parmi les peuples, la raillerie qui moque ce que nous devenons au rythme qui est le nôtre masque à coup sûr un sentiment d'inquiétude et d'angoisse quant à ce que nous pouvons encore devenir") ; "Transmutation de l'âme allemande" ("Nous avons le sentiment si intense de vivre maintenant de l'histoire, autrement dit : un moment unique, toute comparaison avec des épisodes du passé sonnant faux") ; "Eclairer l'étranger" ("Nous nous adressons aux neutres afin que vérité soit faite dans le monde, et pour une seule raison : elle est la vérité ; et même si elle ne parvient pas au monde, même si le monde fait la sourde oreille, nous la disons pourtant") ; et "Bergson et le cynisme allmand" ("Si nous étions des cyniques, nous l'eussions peut-être esquivée, cette guerre, au prix de notre dignité et de notre avenir"). La seconde s'interroge, à travers les parcours de Simmel et de Bergson, sur la place de l'intellectuel en politique et dans la société en temps de guerre, sur les rapports entre philosophie et propagande, sur les notions de 'vieux monde' et 'd'homme nouveau'. Au-delà de l'analyse comparative, même si Simmel meurt avant la fin de la Première Guerre mondiale et quels qu'aient pu être ses engagements personnels antérieurs, on trouve dans ses textes (dont on se rappellera cependant qu'ils ont été écrit sous le régime de censure du temps de guerre) des signes précurseurs, des traces annonciatrices, d'un discours développé par des groupes radicaux de l'entre-deux-guerres.

Editions de la rue d'Ulm, Paris, 2015, 119 pages, 12 euros.

ISBN : 978-2-7288-0528-0.

Analyse d'un intellectuel allemand
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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 05:45

Wehrmacht contre Armée rouge

2e Guerre Mondiale - n° 59

Les comparaisons semblent à la mode. Cette fois, c'est aux deux armées qui s'opposent sur le front de l'Est que s'intéresse le magazine (sous la signature de Vincent Bernard). On remarque en particulier les différents tableaux récapitulatifs. Parmi les autres articles, un texte sur la division allemande (16e ID) qui fut engagée le plus loin dans le Caucase (Jean-Baptiste Murez) et une présentation de Benoit Rondeau sur l'armée belge contre l'armée allemande (la campagne des dix-huit jours). Une question : où la cartographie est-elle obtenue, ou réalisée ? "La Prussie de l'Est" et la "Galatie" (p. 73) semblent des noms de provinces pour le moins étonnants...

Test comparatif
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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 06:00

Portraits de nazis

Werner Best

Ouvrage étonnant que celui-ci, qui veut nous présenter de l'intérieur, à partir du témoignage d'un haut dignitaire, quelques uns des principaux dirigeants nationaux-socialistes.

L'introduction rappelle utilement les conditions de rédaction du texte original : en prison au Danemark à la fin des années 1940, par un homme qui a été le n° 2 de l'Office central de sécurité du Reich (RHSA), adjoint d'Himmler et de Heydrich (il fut très proche des deux) avant d'être le représentant nazi en poste à Copenhague. Pour contextualiser le texte, il est rappelé que cet homme, Werner Best, est d'une part dans une situation psychologique fragile et qu'il organise sa propre défense d'autre part. Cette même introduction retrace le parcours personnel de Best à partir de la Grande Guerre, ses fonctions de juge en Hesse, son engagement contre les Français en Rhénanie, son entrée au parti nazi, son parcours administratif et politique exemplaire au sein de l'appareil d'Etat jusqu'à son arrivée à Copenhague en 1942 après une affectation en France. Le portrait qu'il fait des principaux dirigeants nazis qu'il a connu (Ribbentrop, Hitler, Göring, Canaris, Himmler, Heydrich) est rarement flatteur, et celui de Ribbentrop commence par exemple par le rappel de l'accusation d'homosexualité porté contre celui qui n'est pas encore ministre des Affaires étrangères du Reich. Même si Ribbentrop est décrit comme "habile et aimable", il est aussi "très nerveux et souffreteux", supporte mal ses responsabilités ministérielles et se trouve par rapport à Hitler "dans un état de soumission, nourri par la suggestion et la peur". Le Führer lui-même, que Best rencontre assez régulièrement à partir de la fin de l'année 1931, est décrit comme le "prophète prosélyte ... dans un état quasi-maladif d'extrême excitation et de dépression", mais aussi "vieilli et crispé" dès 1937, et plus tard "absent et apathique" lors des réunions de travail. Pour autant, Best ne renie rien de son engagement passé, même si à partir de l'été 1944 Hitler est devenu "le prohpète fou furieux". Göring, en dépit des défauts et excès bien connus du personnage, est sans doute celui qui laisse l'impression la plus sympathique. S'il n'est spécialiste de rien, au moins est-il capable d'humour et l'auteur lui attribue un bon sens solidement ancré, faisant de lui un président (du conseil des ministres de Prusse) "adéquat, mesuré et juste". Il n'échappe toutefois pas à la critique : "L'échec de l'armée de l'air allemande est incontestablement lié au fait que les officiers du ministère de l'Aviation n'étaient que des receveurs d'ordres purement administratifs et que Göring, vingt ou vingt-cinq ans après avoir fait ses preuves comme pilote de chasse, n'était tout simplement pas le spécialiste technique et organisationnel qui convenait à une armée de l'air moderne". Au passage, Göring était trop peu "idolâtre" pour être réellement un disciple d'Hitler, et l'extraordinaire collection d'oeuvres d'art volées à travers l'Europe est supposée devoir "revenir non pas à sa fille Etta, mais au Reich". Le portrait qui est fait de Canaris, "le Levantin", est également très intéressant, globalement favorable, nous précise de nombreux points sur l'articulation interne des relations entre les services de renseignement au sein du Reich et aborde indirectement la question de la fidélité ou de la résistance de Canaris à Hitler : "J'ai l'impression que Canaris s'est comporté de manière passive des deux côtés : il a laissé faire ses collaborateurs, mais lui-même n'y a pas pris part. Je m'explique son comportement par son pessimisme". Himmler et Heydrich clôturent le volume, avec des relations oscillant au fil du temps du meilleur à la froideur (en fonction des ambitions des uns et des autres et des fidélités réciproques). Il développe ici ses réticences, puis oppositions, à la politique du Reich au Danemark (n'oublions pas qu'il y alors est prisonnier) et l'on a là (p. 198-199) quelques éléments sur les premiers contacts entre Himmler et les Alliés. Et en 1945, à la veille de la capitulation, on rencontre au passage Degrelle en fuite... Les appréciations portées sur Himmler en particulier (comparé à Robespierre : "Tout comme le doctrinaire d'Arras, le sanglant 'maître d'école' de la Révolution française, le sanglant 'maître d'école' à la cape noire de la SS peut simplement être compris comme un enseignant intransigeant"...) confirmen que, finalement, l'auteur ne regrette rien et cherche à se défendre sans renier les bases idéologiques de son engagement passé.

Replacé dans son contexte, le livre est tout particulièrement intéressant, tout en le considérant pour ce qu'il est : un témoignage rédigé par un "général" de l'administration SS au parcours atypique, prisonnier après 1945...

Perrin, Paris, 2015, 249 pages, 19,- euros.

ISBN : 978-2-262-04087-1.

Dirigeants nazis
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Qui Suis-Je ?

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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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