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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 05:50

Yougoslavie, Prusse, Pays-Bas, France, Royaume-Uni, Irak, ...

Batailles & Blindés  -  n° 76

Un tour d'Europe des combats de blindés pendant la Seconde guerre mondiale pour la partie historique et un détour par les blindés russes et anglais ou la bataille de Mossoul pour la partie 'Actualités', ce dernier numéro de Batailles & Blindés nous fait revivre des situations militaires bien différentes.Passons rapidement sur l'article de Une, qui traite du dramatique échec allié de Market Garden à l'automne 1944, sujet sur lequel une relativement abondante littérature récente existe. Plus originale est la présentation par David Zambon de l'action des blindés italiens dans les Balkans en 1941, dont les seuls (modestes) résultats effectifs sont obtenus dans les régions de l'Istrie et de la Slovénie actuelle. Les combats de Prusse orientale en 1945 ne sont pas inconnus et ils ont parfois été présentés de manière inutilement héroïque : Vincent Bernard revient avec mesure sur l'assaut soviétique contre Koenigsberg au printemps 1945. Enfin, Yann Mahé aborde un aspect particulier de la bataille des Ardennes : les échecs et la fin de la 2e Panzer-Division. 

1941-1945
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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 06:00

Histoire des Arabes

Eugène Rogan

Réédition en format poche d'un livre paru pour la première fois en France en 2013, ce livre important bien que non exempt de certaines réserves (voir notre première présentation, ici) doit être connu de tous ceux qui s'intéresse à un (très) très large Moyen-Orient.

Peu de choses à changer à notre première présentation, si ce n'est, peut-être, de rappeler l'angle d'observation très anglo-saxon de l'auteur. Le lecteur francophone pourra ainsi regretter que la part faite aux Français dans cet Orient compliqué semble minorée, mais il apprendra indiscutablement bien des choses et sera ensuite à même de replacer l'action de Paris dans le cadre régional et international qui doit être le sien.

'Tempus', Paris, 2016, 798 p., 16,- euros.

ISBN : 978-2-262-06658-1.

Cinq siècles d'histoire
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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 05:50

Août 1942, carnage à Dieppe

Aéro Journal  -  n° 56

Félicitons nous de trouver, dans ce numéro d'hiver de la revue d'histoire de la guerre aérienne, un article d'autant plus original que les études sur la composante terrestre de l'opération concernée sont nombreuses.

L'approche choisie pour cette présentation du raid de Dieppe est d'autant plus intéressante qu'elle permet d'une part de faire le lien entre les opérations aériennes de la Royal Air Force et l'assaut terrestre conduit par les Canadiens, et d'autre part d'intégrer au processus de décision des données individuelles personnelles (ego de certains chef militaires anglais) qui sont rarement prises en compte. Pour les autres articles, l'originalité est de règle, avec une rapide présentation de l'armée de l'air impériale perse des années 1920 à la révolution islamique de Khomeiny ; mais aussi avec l'article de Marco Petrelli sur les forces aériennes de la République sociale italienne à la fin de la guerre, en particulier le 2 Gruppo qui continuera à combattre les Alliés jusqu'en avril 1945.

Rare approche aérienne
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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 06:00

Petites histoires pour l'histoire

Annick Etienne-Jumeau

Dans de nombreux cas, les correspondances et les témoignages publiés de poilus de la Grande Guerre multiplient à l'envie les considérations personnelles et privées souvent très ressemblantes, ce qui finit par lasser le lecteur et donne l'impression d'une grande banalité. Tel n'est absolument pas le cas ici, où Annick Etienne-Jumeau a réalisé un vrai travail de sélection des extraits publiés de l'abondante correspondance de son grand-père, en s'efforçant visiblement d'en sélectionner les passages les plus significatifs.

Sur quelques 950 courriers, elle nous offre donc des extraits qui apportent réellement quelque chose, directement, à notre connaissance du quotidien militaire d'un soldat. Entre avril 1915, lorsque sa classe est appelée, et septembre 1919, date de sa démobilisation, nous pouvons suivre le parcours d'André Jumeau, de l'Aube (1915) à la Somme (1916), de l'arrière-front à la Meuse (1917), de la Lorraine à l'Oise et à la Somme (1918), en occupation en Allemagne enfin en 1919. Pas de "militarisme" ou de nationalisme outrancier dans ces correspondances, quelques critiques sévères du déroulement et de la prolongation de la guerre avec son interminable cortège de morts, blessés et disparus, mais surtout le "simple" récit du quotidien d'un soldat qui fait son devoir, sait parfois profiter d'une opportunité pour rester quelques temps à l'abri : "Voici par ordre d'importance les désirs du poilu qui sont les seuls sujets de sa conversation : d'abord la fin de la guerre avec la victoire, ensuite le retour dans la vie civile, la permission avec toutes ses joies, la bonne blessure, les lettres et colis". Le travail aux tranchées est fréquent et l'aménagement du front avant une attaque importante une vraie priorité, mais il souligne aussi la différence de perception entre "l'avant" et "l'arrière" : "Si les tranchées ont un certain cachet poétique aux yeux de quelques civils, je les conseille à venir patauger un peu dans la mélasse et ils verront qu'il y a loin des images ou description à la réalité vécue" (sur la Somme en juin 1916). Blessé au printemps 1917, il se fait plus amer ("Comme disent les boches classe 14 : patriote ; 15 : pas patriote ; 16 : prisonnier") et il évoque rapidement le "stupide sacrifice" des soldats français. Fantassin, signaleur, mitrailleur, planton, observateur, il sera aussi bûcheron et carrier pour les besoins de la guerre ; et au hasard de ses déplacements et de ses rencontres décrit ici un faux "arbre creux" dans lequel monte un observateur, ou évoque là l'installation d'une "école de camouflage" à Nancy. Ses compétences techniques lui valent à quelques reprises d'être retiré des charges de la première ligne pour dessiner les plans de pièces métalliques ou d'installations d'infrastructure, mais il participe aussi aux opérations de la victoire retrouvée à partir de l'été 1918 : "Ce que j'ai vu de magnifique pendant l'offensive, c'est la charge de la cavalerie canadienne ... Ils filaient au triple galop dans un nuage de poussière chargeant sur les batteries ennemies et sabrant tout autour d'eux", et observe les nouveaux chars en action : "Les tanks aussi ont fait des merveilles les deux premiers jours, seulement ces machins-là flambent assez facilement" (19 août). Lorsqu'il est en occupation en Allemagne (par ailleurs globalement bien accueilli par la famille où il loge), il indique comme lieu non pas une province ou une région, mais "Bochie"... Les dernières pages du livres sont consacrées à la reproduction pro-format, d'une belle écriture facilement lisible, de son séjour sur la Somme entre le 7 et le 12 août 1918, où "la division est amenée la nuit en camion", véritable avantage stratégique des Alliés et en particulier des Français par rapport à l'armée allemande.

Un petit livre tout à fait intéressant et un témoignage qui mérite de figurer sans hésitation dans la bibliothèque de tout amateur de la Grande Guerre.

Auto-édition, 2015, 153 pages, 15,- euros.

ISBN : 9782746686144.

Pour commander directement : ici.

Dense témoignage
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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 10:20

Café historique

Les trains blindés et les chars d'assaut au programme !

Le prochaine café historique CFHM / La Chouette se tiendra le mercredi 7 décembre au café brasserie "Le Concorde" (239 boulevard Saint-Germain, 75007, métro Assemblée nationale), de 19h00 à 21h00, sur le thème des trains blindés et des chars d'assaut.

Nos invités :

Paul Malmassari, spécialiste bien connu des matériels blindés (plus ils sont lourds, plus il aime en retrouver l'histoire), qui vient de publier au Royaume-Uni une histoire mondiale des trains blindés quasiment exhaustive (Armoured Trains : An Illustrated Encyclopedia, 1825-2016).

Serge Tignères, historien, journaliste, réalisateur de documentaires (les prochains seront diffusés sur TMC Découverte le 9 décembre), dont le récent Histoire des chars.

Selon les usages, chacun commande et règle sa consommation en arrivant au Concorde, puis s'installe dans la salle du premier étage qui nous est réservée.

Nous vous attendons nombreux mercredi prochain !

Merci de partager et de relayer largement !

 

Du lourd, du très lourd !Du lourd, du très lourd !Du lourd, du très lourd !
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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 06:00

Sois sage, c'est la guerre

Souvenirs d'enfance, 1939-1945

Alain Corbin

Ouvrage étonnant que ces "souvenirs" de guerre, dont Alain Corbin, âgé de quatre ans au début de la Seconde guerre mondiale, nous indique dès le début que l'exode du printemps 1940 constitue son premier souvenir clair.

Il ne s'agit donc pas pour lui de nous raconter sa perception de la guerre elle-même, mais plutôt de décrire, à son niveau, dans son milieu, et avec la compréhension qu'il pouvait avoir entre 4 et 8 ans, les effets (souvent indirects) de la guerre sur sa vie quotidienne et familiale dans un petit village normand, plus d'histoire sociale de la France rurale en guerre en quelque sorte. La guerre y est bien présente, mais par petites touches, dans une sorte de brouillard lointain parfois. Le livre est donc aussi une forme de présentation de la vie d'une famille aisée (le père, médecin dans un village, est un notable qui possède deux voitures pour lesquelles il ne manqua jamais d'essence : "En tant que médecin, mon père n'avait pas à installer de gazogène ; l'essence lui était fournie"), avec la jeune fille qui tient le rôle de la bonne dans la maison de famille, l'alimentation et les repas (visiblement il ne manque de rien : "On l'aura compris, Lonlay ne souffrait guère des privations" ... "Le veau, le poulet, le jambon ne manquaient pas dans ce bocage"), mais la situation est différente à quelques dizaines de kilomètres de là, dans la région d'Alençon, où réside une autre partie de sa famille. Nous y retrouvons aussi la perception qu'Alain Corbin peut avoir du travail de son père, du rôle d'un médecin de campagne, de ses relations avec le monde paysan, avec les soeurs infirmières ; et l'auteur sait insister avec pudeur sur la piété et la discrète culture de ce père, profondément catholique (la religion est très présente, aussi bien dans la vie familiale que dans celle de la communauté villageoise), originaire des Antilles, "sensible à la francéité de ces îles, (qui) attachait beaucoup d'importance à la pureté de la langue". Finalement, la vie est à la fois calme et monotone dans ce coin de France où il ne se passe pas grand chose malgré la guerre mondiale. Ce n'est qu'à partir de l'été 1942 (il a alors 6 ans) qu'Alain Corbin en a la perception plus nette, à la fois parce qu'il a lui-même grandi, parce qu'il quitte le cocon familial pour devenir interne, mais aussi parce que les conséquences du conflit deviennent plus sensibles avec les difficultés de l'occupant. C'est finalement à l'été 1944, après le débarquement, que la guerre devient matériellement présente, pour quelques semaines, dans la vie du jeune garçon et de sa famille, bien que son père ait pris soin de protéger sa famille en l'installant provisoirement dans une ferme isolée... de la région de Mortain. Mortain, le nom évoque immédiatement l'une des grandes opérations de la bataille de Normandie : "Nous entendions les grondements périodiques d'escadrilles de forteresses volantes américaines ... Je regardais cela comme un feu d'artifice ... Nous entendions au loin l'affrontement des mitrailleuses", etc. Le paysan, ancien poilu de la Grande Guerre, a même creusé quelques mètres de tranchée autour de sa ferme pour y protéger sa famille et ses hôtes ! Les dernières pages sont consacrées aux lendemains immédiats de la libération : paradoxalement, la guerre (ou plutôt ses conséquences) y est davantage présente, en particulier dans la vie sociale.

Un petit volume de souvenirs intimes, qui oscille entre histoire sociale et histoire culturelle et qui nous replace au coeur de ce qu'était une forme de ruralité française pendant la Seconde guerre mondiale. Loin des récits épiques, à lire avec intérêt.

Flammarion, Coll. 'Champs Histoire', 2016, 159 p., 8,- euros.

ISBN : 978-2-0813-7561-1.

Emotions d'enfance
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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 06:00

14-18

Correspondance d'un territorial meusien

Ives Rauzier

Déjà auteur de plusieurs ouvrages sur la Grande Guerre (ici et ici) à partir de témoignages de poilus, Ives Rauzier nous propose de retrouver la guerre d'un poilu originaire d'Etain, "tailleur d'habits" entré en campagne au 44e régiment d'infanterie territorial et qui sera mortellement blessé le 25 avril 1917.

Cette abondante correspondance (il s'agit essentiellement de courriers adressés à son épouse ou à sa famille) est donc au coeur du volume, dont elle constitue l'essentiel de la pagination. Elle ne révèle rien d'extraordinairement original par rapport aux innombrables témoignages du même ordre déjà publiés et l'on observe que les "traditionnelles" questions, récurrentes, de l'attente, du retard ou de l'arrivée du courrier, du souci de la famille restée à l'intérieur, pour laquelle on s'inquiète et à laquelle on demande des nouvelles tout en donnant de soi les informations les moins dures possible, des sujets financiers avec la question des aides et allocations attendues ou touchées. Toutefois, le volume présente un intérêt certain car on y retrouve aussi de nombreuses autres observations et remarques. De façon généralement assez floue (on craint généralement le contrôle du courrier, avec son lot de fantasmes ("Je ne vois pas grand-chose à te dire car tu sais c'est encore pis maintenant celui qui est pris à mettre des choses concernant la guerre, on l'envoi soit aux Eparges ou dans l'Argonne") mais systématique, quelques mots ou phrases figurent toujours sur la situation militaire dans son secteur, les missions auxquelles il participe et les actions qui sont les siennes. Reconnaissons que s'il n'est pas à l'abri des tirs de l'artillerie allemande, il est rarement en situation de danger physique immédiat et qu'il a souvent du temps disponible. Le 21 février 1916 il écrit : "Je crois que les permissions sont suspendues ... J'ai reçu le bulletin mais je n'ai pas encore eu le temps de le lire, je le regarderai après la soupe", et c'est à partir du 25 ou du 26 que sa compagnie semble effectivement directement concernée par l'offensive allemande et son régiment est ensuite employé à l'entretien de la Voie sacrée. Car le 44e RIT sert essentiellement dans le secteur de Verdun, dès la mobilisation et jusqu'en 1916, avant de rejoindre l'Aisne et la région de Soissons, et il apparait clairement que le secteur est globalement calme jusqu'à l'attaque allemande de février 1916. Il n'en mène pas moins une guerre relativement active, et n'hésite pas à se plaindre le 14 avril 1917 que les poilus plus âgés que sont les territoriaux soient toujours à l'avant : "Ils ne savent guère quoi faire de nous, toujours aux avants-postes à nos âges, tant qu'il y en a à l'intérieur qui n'ont jamais vu les tranchèes et qui ne les verront jamais". En fait, le livre touche le lecteur par son côté profondément et simplement humain d'un soldat déjà âgé qui fait son devoir au mieux en espérant retrouver sa famille...

L'auteur ponctue le texte courant d'encarts qui présentent des extraits des "courriers retour", rédigés par la famille à l'attention du poilu ou au sein du premier cercle familial et complète le récit épistolaire d'Emile Lefevre par des résumés de la situation tactique dans son environnement, ou des mouvements de son régiments et des bataillons, qui se remarquent aisément grâce à une police d'écriture différente. Le livre se termine sur de nombreuses annexes complémentaires au texte courant, parfois originale comme ce "Carnet pour comptabiliser les décès", sans doute tenu par la mère de son épouse, qui liste au fil des jours les morts originaires d'Etain et de la Meuse dont elle a connaissance, ou très complémentaires comme les nombreuses cartes postales reproduites.

Un volume qui raconte sobrement, avec des mots simples, la guerre d'un territorial dans la zone des armées. Pas d'envolées lyriques, de fréquents regrets sur les situations vécues, mais aussi une forme de patriotisme foncier et il faut le reconnaître un certain fatalisme. Sans doute indispensable pour ceux qui s'intéresse à l'histoire locale de la Meuse et des Meusiens, mais très intéressant aussi pour tous les historiens de la Grande Guerre, car on y retrouve finalement une vérité sans fard, souvent éloignée des discours académiques, journalistiques ou politiques.

The BookEdition.com, 2016, 571 pages, 27,- euros.

EAN : 9782950195494

Commande directement auprès de l'auteur : Ives Rauzier, Professeur, lycée Gustave Eiffel, 143 cours de la Marne, 33074 Bordeaux cedex.

Vie quotidienne d'un poilu
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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 06:00

Le roman vrai de Tabi

Journal d'une expédition en pays Dogon

(18 septembre - 26 décembre 1920)

Robert Arnaud

Ce journal d'une colonne expéditionnaire à la fin de la pacification du territoire aujourd'hui malien présente plusieurs intérêts : il nous rappelle comment se déroule la dernière phase de la colonisation, il nous présente le regard non pas d'un militaire mais celui d'un administrateur civil des colonies, et enfin il ne manque pas de qualités littéraires.

Une solide préface et une belle introduction présentent l'auteur et remettent en contexte le récit de ce Journal d'une expédition (sur le plan de l'organisation coloniale depuis le début de la présence française dans la région en particulier). Il apparait ainsi que Robert Arnaud, par ailleurs romancier, a réécrit son "Journal" quotidien initial, rédigé en style plutôt télégraphique, pour en faire un récit dans lequel il se donne parfois le beau rôle, ce qui explique très vraisemblablement le réel plaisir de lecture d'un texte qui a été retravaillé. Certaines parties du livre sont donc à prendre avec prudence. Pour soumettre un modeste village protégé au sommet d'une falaise inaccessible et défendu par quelques dizaines d'hommes équipés de vieilles pétoires, il dispose de moyens "impressionnants : 145 hommes en comptant un peloton de garde-cercles de Hombori, 2 canons, 150 obus, une mitrailleuse, des grenades à fusil". On voit l'échelle de la campagne, mais "cette falaise est la plus admirable et la plus imprenable des citadelles". Ce n'est donc pas tant l'aspect strictement militaire de la campagne qui est à retenir, mais bien toutes les observations que Robert Arnaud note au fil des jours : habitudes et rituels des populations locales, comportements des représentants indigènes de l'administration coloniale, paysages et cultures agricoles. Au hasard des rencontres, le 28 septembre, un tirailleur ancien combattant de la Grande Guerre à Verdun et sur le front de Salonique : "Il regrette la France où l'on mange tant et si bien et où les gens sont si gentils ... Il a été du recrutement de 1915 et regrette de ne plus servir ... Il décrit à tout le monde et cette richesse prodigieuse et l'amitié des Français pour les Noirs". Ce n'est pas le discours généralement mis en avant. Quelques données étonnantes aussi, comme ce relevé des 30 coups de canons tirés le 7 octobre, selon lequel 6 obus sont non éclatés ou non percutés, ce qui représente un pourcentage non négligeable (on apprend plus loin que "les obus étaient depuis plus de dix ans en dépôt à Tombouctou, où ils subissaient les écarts les plus grands de température"), tandis que le premier coup bien ajusté n'est que le vingtième... On y constate également que la "guerre des grottes" n'est pas un phénomène exclusivement algérien ou tonkinois et qu'en Afrique noire également les populations savent parfaitement les utiliser comme refuges et comme bases. L'ensemble de l'ouvrage est illustré de photos et dessins visiblement relevés sur le vif et qui renforcent l'intérêt presque ethnographique de ce "Journal".

Un volume qui doit impérativement être connu de tous ceux qui s'intéressent à la conquête coloniale et aux populations de l'actuel Mali.

Amis des archives d'outre-mer, Aix-en-Provence, 2016, 265 p., 19,- euros.

ISBN : 978-2-9504975-3-6.

Pour commander directement le livre : ici.

Une colonne au Mali
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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 06:00

La mobilisation financière pendant la Grande Guerre

Le front financier, un troisième front

Florence Descamps et Laure Quennouëlle-Corre (Dir.)

Ce volume reprend les dix communications prononcées à l'occasion des journées d'études organisées en septembre 2014. Il répond indiscutablement à un besoin, car les études approfondies sur ces questions financières sont extrêmement rares dans la bibliographie récente.

L'ensemble est équilibré. Si les contributions traitent souvent de la France, ni le Royaume-Uni, ni l'empire allemand ne sont oubliés, et les textes relatifs à la situation française l'aborde à plusieurs reprises dans une perspective internationale (avec la Russie, les Etats-Unis, etc.). Trois grandes entités sont au coeur du volume : le ministère des Finances en tant que tel, naturellement, la Banque de France, partenaire incontournable, et la Caisse des dépôts et consignations, qui "est venue conforter l'assise du crédit de l'Etat" et fait en particulier l'objet d'une intéressante communication de Philippe Verheyde. Dans sa communication sur "Les emprunts français aux Etats-Unis, 1914-1917", Laure Quennouëlle-Corre rappelle les oppositions intérieures en Amérique même au principe du premier grand emprunt en 1915, les difficultés entre Américains et Franco-Britanniques (qui n sont par ailleurs pas d'accord entre eux) et observe que le placement des emprunts ultérieurs sera de plus en plus difficile. Dans son article en quelque sorte presque parallèle, "De l'argent pour Armageddon : la mobilisation financière de l'Allemagne entre 1914 et 1918", Gerd Hardach aborde plus largement les aspects politiques, industriels et économiques de cette mobilisation dans le IIe Reich et s'intéresse également à l'inflation intérieure. Enfin, dans sa communication, "Le ministère du Commerce au secours de la circulation monétaire pendant la Grande Guerre", Clotilde Druelle-Korn nous parle en particulier de ces "monnaies de nécessité", émises par les chambres de commerce pour compenser la raréfaction ou l'insuffisance de la monnaie divisionnaire "officielle", des émissions qui se poursuivront bien après la guerre puisque  les "bons" et "jetons" ne disparaissent définitivement qu'en 1928. Les autres interventions méritent également que l'on s'y attarde, comme celle d'Olivier Feiertag sur "Les relations financières entre la Russie et la France pendant la Première Guerre mondiale : arme financière et logiques de marché", qui rappelle l'importance du marché des fonds russes à Paris en 1914, revient sur la conférence financière interalliée de février 1915 et développe ensuite un long paragraphe sur les conséquences des révolutions de 1917.

De nombreux graphiques et tableaux complètent la plupart des communication et une bibliographie spécialisée est précisée en fin d'ouvrage. Un volume qui apporte un éclairage souvent méconnu aussi bien au processus politique intérieur de prise de décision qu'aux relations internationales entre des Alliés dont la solidité financière a été fort différente (avec les conséquences que cela implique en terme en termes de "leadership" et donc de capacité d'influence).

Comité pour l'histoire économique et financière de la France, ministère des Finances, Paris, 2015, 282 p., 20,- euros.

ISBN : 978-2-11-129396-0.

L'argent, le nerf de la guerre
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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 06:00

La révolte des Gueux

en Flandre, Artois et Hainaut

Alain Lottin

Lorsqu'à l'été 1566 des bandes de protestants saccagent les églises du Nord, la grande région des Pays-Bas espagnols connaît depuis plusieurs années un cycle de violences extrêmes, qui manifestent à la fois une opposition à l'Espagne (et à l'empire) catholique de Charles Quint puis Philippe II, et une révolte des Anabaptistes, Luthériens et Calvinistes contre l'Inquisition.

Devant les progrès des églises protestantes dans la région, la contre-réforme catholique, sous l'autorité effective de Marguerite de Parme, demi-soeur de Philippe II et gouvernante générale des Pays-Bas, est mise en oeuvre sans états d'âme. Dans ce livre, organisé en neuf chapitres, Alain Lottin dresse pour nous toute l'histoire de cette révolte, des "Progrès de la nouvelle religion" et au ralliement des nobles (le choix devient alors plus politique), jusqu'aux combats qui se succèdent entre l'automne 1566 et le printemps 1567 "Gueux ! Le nom a été orgueilleusement revendiqué par les gentilshommes confédérés le 5 avril 1566. "Vive les Gueux" est devenu un signe de ralliement et de défi pour tous ceux qui s'opposaient à la politique religieuse intolérante de Philippe II. Il est aussi l'ultime cri de fierté et d'espoir de celles et de ceux qui montent sur l'échafaud ou le bûcher". Le terme ne doit pas laisser penser que l'on n'y trouve que de pauvres hères. Parmi eux, des paysans et des villageois, mais aussi des artisans des villes et de nombreux nobles de la région, dont les grands personnages, comme le comte d'Egmont (qui sera exécuté par décapitation à Bruxelles). Face à face aussi, et cela annonce en un sens les campagnes de Louis XIV, le prince d'Orange (protecteur de Hollande) et le duc d'Albe, impitoyable représentant du souverain. La répression est d'autant plus sévère que la révolte a été importante et que le pouvoir a pris peur. Pour échapper aux condamnations ou à la mort, nombreux sont ceux qui émigrent vers les Etats allemands et l'Angleterre.

On apprécie tout particulièrement la facilité de lecture, sur un sujet qui aurait pu être ardu, et pour ceux qui veulent aller plus loin les nombreuses références (archives et bibliographie) rassemblées en fin de volume. Un petit livre tout à fait passionnant sur une révolte aux accents à la fois politiques et religieux, bien mal connue aujourd'hui en dehors de sa région d'origine.

Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 192 p., 20,- euros.

ISBN : 978-2-7574-1394-4.

Quand le Nord se révoltait
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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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