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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 05:50

Pensées d’un soldat

Général Hans von Seeckt

Il s'agit de la version française de Gedanken eines Soldaten, paru initialement à Berlin en 1929, synthèse de la réflexion du général von Seeck, qui a dirigé de 1920 à 1926 la Reichswehr, c'est-à-dire l'armée professionnelle réduite concédée à l'Allemagne vaincue. Traduit en anglais dès 1930, ce n'est qu'en 1932 que le livre, subdivisé en quatre chapitres d'inégale longueur (« Les formules toutes faites » ; « Symboles » ; « Problèmes » ; « La chose essentielle ») est publié dans une collection se proposant d'exposer au public « les mœurs et l'esprit des nations ». Il importe alors de connaître les réflexions de l'adversaire de demain, qui en l'espèce brille par ses talents oratoires. Les prises de positions publiques du général von Seeckt avaient provoqué un certain émoi en France à la fin de la décennie 1920. Comparée avec le texte allemand, la traduction française semble moins altérer la prose originale de l'auteur que les célèbres Souvenirs de guerre de Ludendorff, par exemple. Seeckt a un style classique, aéré, avec des phrases relativement courtes. Au-delà du recueil d'aphorismes, il tente de saisir l'essence de l'art de la conduite de la guerre. Non-signée, l'introduction, en forme d'hommage, est assez emblématique de ce qui a fait de Seeckt une sorte de caricature (admirée) de l'officier prussien. Ennemi de l'approximation, celui-ci affirme qu’"il existe trois choses contre lesquelles l'esprit humain lutte en vain : la bêtise, la bureaucratie, et les formules toutes faites" (p.11). Il insiste sur les spécificités du métier militaire, charpente de sa carrière comme de ses écrits. "Celui qui sait ce que c'est que la guerre, ses nécessités, ses exigences et ses conséquences, en un mot, un soldat, réfléchira beaucoup plus sérieusement sur les possibilités de guerre que l'homme politique ou l'homme d'affaires qui pèse froidement ses avantages et ses désavantages" (p.14). Il s'en prend successivement à la galerie des fétiches, attirants ou repoussants, qui façonnent l'opinion publique. "Le type du général qui fait sonner son sabre et crie aux armes une invention perfide de la politique sans scrupule, un type cher aux stupides journaux amusants, une formule personnifiée" (p.15). Il se méfie des ambivalences dont s'accompagnent les aspirations à la paix après la Grande Guerre. "Le concept de pacifisme va de l'amour naturel pour la paix de l'homme expérimenté, conscient de ses responsabilités, à la servile volonté de paix à tout prix ; c'est donc une formule toute faite, dont le sens n'est pas clair" (p.16). Il s'amuse à propos du concept d'impérialisme, lequel serait condamnable, mais à géométrie variable : "ce n'est que chez les Anglais que la notion d'empire est admise à refléter l'orgueil d'une puissance qui s'étend sur toute la terre ; chez tous les autres peuples, l'impérialisme n'est que trahison à l'égard de la paix mondiale" (p.17). En même temps, le militarisme, terme péjoratif, est systématiquement imputé aux Allemands, chez qui le Traité de Versailles entend déraciner cette tendance jugée mortifère. Cependant, par le biais de la conscription, "la France fait fièrement de son peuple une nation armée. N'est-ce pas là du militarisme ?" (p.19). Persuadé que l'obscurité du langage est une entrave, non seulement à la compréhension immédiate, mais au développement d'une saine pensée politico-militaire, il dénonce l'emploi de raccourcis qui dénaturent la pensée de Clausewitz, par exemple la célèbre formule "la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens". En réalité, le théoricien "a besoin de plusieurs pages pour exposer clairement ce qu'il entend par ces mots" (p.20). Seeckt ré-explore également le paradigme de la bataille de Cannes, supposant l'enveloppement des deux ailes de l'ennemi, qui a inspiré le plan Schlieffen de conquête de la France avant la Grande Guerre. Celle-ci occupe naturellement une place centrale dans sa réflexion. Même s'il refuse pour sa patrie le rôle de l'agresseur qui lui a été assigné après l'Armistice ("quiconque est d'avis que, pour prouver notre politique pacifique nous aurions dû attendre d'être attaqués, admet qu'il aurait préféré voir la guerre se dérouler sur son propre sol plutôt que sur celui de la France", écrit-il p.27), il raille la propension de la "jeune littérature militaire allemande" à refaire la guerre mondiale, à laquelle elle n'a, selon lui, rien compris. Il affirme d'autre part que "le but de guerre de la France n'était pas l'Alsace-Lorraine" uniquement, mais plutôt "la défaite et l'affaiblissement aussi durable que possible d'un voisin dangereux" (p.30). Il présente ensuite une galerie de grandes figures : Frédéric II (le parangon de la vertu militaire prussienne, évoqué comme s'il était encore vivant), Schlieffen, Hindeburg. La partie la plus importante, « Problèmes » aborde la question de la stabilité dans l'Europe d'après-guerre et la répartition des responsabilités entre l'homme d'État et le général en chef. Le sous-chapitre « La cavalerie moderne » montre que dans l'esprit du général von Seeckt, perçu par ses contemporains comme moderniste, chevaux et cavaliers restent au cœur du dispositif de défense nationale. « La motorisation de l'armée est une des questions les plus importantes de l'évolution militaire (...) Beaucoup de prophètes voient déjà (...) le remplacement des cavaliers par des soldats montés sur des tanks accompli. (…) Nous ne devons certainement pas fermer les yeux au développement du véhicule à moteur, et à son utilisation militaire ; nous nous créerons théoriquement, et, dans la mesure où cela nous sera possible, pratiquement, les bases nécessaires pour son emploi ; mais nous nous garderons de négliger ce qui est utilisable, éprouvé, existant, pour une possibilité à venir ». Dans « Le chef d'état-major » Seeckt transcrit son expérience personnelle, mais évoque surtout des personnalités qui ont marqué l'histoire ancienne ou récente, rapportant par exemple que Lord Kitchener lui aurait confié en 1908 : « nous n'avons pas en Angleterre un état-major dans le sens où vous l'entendez ; je suis en train d'en créer un pour l'armée des Indes, sur le modèle du vôtre » (p.154). Cette nostalgie de l'époque d'avant 1914 durant laquelle l'Allemagne était admirée imprègne les Pensées d'un soldat, ouvrage par ailleurs plutôt tendu vers l'avenir. "La chose essentielle", énonce en coda le général, "c'est l'action. Elle a trois moments : la décision née de la pensée, la préparation née de l'exécution ou le commandement, l'exécution elle-même. Dans les trois stades de l'action, c'est la volonté qui dirige" (p.169). La vision du passé proposée n'est en rien mythique, Seeckt reconnaît que la guerre est dévastation, même s'il dénonce la naïveté (éventuellement intéressée) des pacifistes. Il ne manifeste aucune volonté d'esthétisation du phénomène, pas plus que de fascination pour la technique en tant que telle. « Il est faux de fonder le mouvement pacifiste sur la peur des nouveaux procédés de guerre et sur l'extension qu'elle prend aujourd'hui. L'épée n'est pas plus humanitaire que l'obus explosif de 210 (…) Contre de nouveaux moyens techniques d'attaque, la technique a toujours trouvé de nouveaux moyens de défense » (p.70). Élégantes bien que parcourues d'un certain pessimisme anthropologique, ces Pensées présentent un intérêt qui dépasse leur statut de document historique, Seekt se plaçant en quelque sorte dans la tradition du soldat-moraliste à la Vauvenargues. Ce livre, reprenant des thèmes traités sous forme de conférence, rappelle lointainement le ton des écrits du premier De Gaulle. Personnage au même titre que Hindenburg ou Ludendorff, Seeckt suscite moins de réserve, il alors est considéré comme un honnête homme même s'il n'attire pas forcément la sympathie. La quintessence de ses réflexions ayant nourri la résurgence militaire de l'Allemagne offre cependant, en 1932, aux Français un miroir déjà quelque peu inexact de la réalité d'outre-Rhin.

Candice Menat

Paris, Cavalier, 1932, 179 p. (15 €)

Souvenirs et enseignements
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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 06:00

Influentia

La référence des stratégies d'influence

Ludovic François et Romain Zerbib (Dir.)

"Il suffit de regarder un journal télévisé pour se convaincre de cette modification : ministre faisant une déclaration, haut fonctionnaire s'exprimant sur une crise, entreprise annonçant un plan social, etc. Tous ont préparé des éléments de langage, la plupart ont fait un média training. Aujourd'hui, l'industrie des relations publiques intervient partout, tant pour vendre une lessive que pour faire accepter une guerre. Leur métier est l'influence". Il est difficile de présenter en quelques lignes un ouvrage aussi dense, mais cet extrait de l'introduction en donne parfaitement l'objet.

Cette volumineuse étude collective en 23 (+ 1 ultime petit) chapitres, dont les auteurs appartiennent pour la plupart au monde de l'intelligence économique et de l'information au sens large, dresse un tableau très comple des questions aujourd'hui récurrentes autour de la "société médiatique" et de ses manipulations. Les questions militaires ne sont pas directement abordées, mais il est bien évident que les processus mis en oeuvre, les moyens utilisés, les objectifs poursuivis sont peu différents. D'où l'intérêt de ce travail qui n'est ni résolument "pour", ni obstinément "contre", mais qui décrit aussi complètement que possible un phénomène qui aujourd'hui nous environne totalement. Au fil des pages, tous les termes utilisés sont explicités (le vocabulaire est d'ailleurs souvent d'inspiration militaire, il s'agit "d'opérations") et le fonctionnement de chaque acteur décrit, qu'il s'agisse des entreprises, des journalistes, des médias, etc. Le chapitre 6 ("Guerre de l'information et terrorisme") est sans doute celui qui, sur une trentaine de pages, parlera le plus au plus grand nombre de lecteurs, même s'il est difficile d'accepter tous les commentaires de l'actualité la plus brûlante. Ainsi, pour Franck Chaix, depuis les attentats de janvier 2015, "la France est à la tête d'un élan mondial qu'elle a impulsé", ce qui semble pour le moins excessif. On lira également avec beaucoup d'intérêt le chapitre 7, sur le thème des opérations d'influence autour de l'organisation des grands événements mondiaux (avec l'exemple des expositions internationales, mais on pense aux coupes du monde et autres grands championnats sportifs) ; le chapitre 9 sur la question de la cyberinfluence et d'Internet ; le chapitre 14 sur le lobbying ; le chapitre 17 sur "Renseignement et subversion : l'arme de la vérité". On reste plus dubitatif lorsque sont évoquées au chapitre 19 les questions d'éthique et de déontologie sur un tel sujet... Jusqu'où peut-on manipuler ?.. Enfin, le chapitre 22 sur la gestion de crise mériterait d'être médité par bien des décideurs, en particulier lorsqu'il est question de l'analyse a postériori pour en tirer les enseignements. Finalement, les événements les moins attendus ou les moins probables peuvent survenir, les menaces sont multiples et permanentes. Sans devenir en rien paranoïaques ou tomber dans la crainte du complot permanent, peut-être serions-nous bien inspirés d'apprendre le fonctionnement de ces processus d'influence pour décrypter et comprendre les actions qui nous entourent. Ce serait une vraie réaction de citoyens.

Un livre très dense qui aborde, mine de rien, de très nombreuses facettes de notre société, au point que l'on se demande parfois s'il est encore possible de croire quelqu'un... Un livre qui peut aussi être lu utilement avec un esprit d'historien, car les stratégies d'influence ne datent pas de l'avènement d'Internet.

Lavauzelle, Panazol, 2015, 427 pages. 27,30 euros.
ISBN : 978-2-7025-1625-6.

Se défendre des "éléments de langage"
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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 06:10

Artois 1915

Tranchées - n° 21

Avec ce numéro, le magazine fête son cinquième anniversaire. Un beau pari, parfaitement tenu, et dont il faut espérer qu'il en annonce d'autres plus éloignés encore. Exceptionnellement, un petit bémol cette fois sur l'éditorial d'Yves Buffetaut : si l'ampleur des commémorations en 2015 connaît une nette diminution par rapport aux flots ininterrompus de 2014 (quoi de plus logique), les publications et manifestations liées à la Grande Guerre se maintiennent à un niveau élevé, comme en témoigne les très nombreuses annonces que nous mettons en ligne sur la page FB (ici). Au regard de toutes les activités en cours, il n'est pas certain que l'intérêt du public faiblisse. Avec une présentation générale de la revue qui semble modernisée (plus aérée), mais toujours un grand souci de la qualité des illustrations, tous les articles sont intéressants, qu'il s'agisse des opérations avec les refus d'obéissance au 17e corps en Artois en mai 1915 (deux ans avant ceux qui suivent l'échec de l'offensive Nivelle), des combats de Verdun avant la grande bataille de 1916 ou du dossier d'une vingtaine de pages sur les Dardanelles (dont un très bon article sur le sacrifce des Irlandais de la 10th -Irish- Division) ; de celui original sur Metz et la guerre aérienne ; ou enfin des rigueurs de la guerre à Senlis au début du conflit.

A suivre avec toujours le plus grand intérêt... Et à bientôt pour le 10e anniversaire ?

Année 1915
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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 06:00

Le Panthéon expliqué aux plus jeunes

Des grandes figures de l'histoire de France

Ouest France - hors-série

Bonne idée du plus grand quotidien français que la publication de ce hors-série destiné aux enfants et adolescents, avec une mise en page étudiée et un vocabulaire adapté. Le bâtiment lui-même, église du XVIIIe s., est présenté, ainsi que les raisons qui en firent "la maison des grands hommes". Puis les célébrités (de leur temps) honorées sont présentées de façon chrono-thématique, de Mirabeau à Pierre Brossolette, sans oublier l'explication très pégagogique de l'histoire du pendule de Foucault, qui permet de visualise la rotation de la terre. 

La patrie reconnaissante
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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 05:50

"Le père la victoire"

Clemenceau est nommé président du Conseil

Journaux de guerre - n° 40

La publication hebdomadaire de reproductions pro-format de journaux de la Grande Guerre se poursuit méthodiquement. Sur le thème de l'accession au pouvoir de Clemenceau en novembre 1917, cette livraison nous propose un exemplaire de L'Humanité (16 novembre), du Phare -de Nantes- (16 novembre), du Petit Marseillais (21 novembre) et du Canard enchaîné (21 novembre). Les articles d'aujourd'hui qui présentent le thème et accompagnent les reproductions sont de bonne tenue et campent bien le personnage, même si l'on se demande ce que vient faire dans ce dossier l'encart d'Alain Bauer sur Manuel Valls.

Le Tigre
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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 07:10

Quatre-Bras, Syrie, Beaumont-en-Argonne

Traditions - n° 2

Belle diversité dans ce numéro avec trois récits de batailles et campagnes, en 1815 (Quatre-Bras et Ney), en 1860 (campage de Syrie de Beaufort d'Hautpoul), et en 1870 (bataille de Beaumont-en-Argonne à la fin du mois d'août 1870). Un long article raconte également l'histoire du pantalon garance au XIXe siècle, et sa survivance au début de la Grande Guerre (les références finales aux "généraux meurtriers" sont un peu lassantes), avec une ultime réapparition de la couleur sur ... les calots de l'armée d'Afrique et les bérets des parachutistes coloniaux dans les années 1950. On note également deux articles originaux sur des unités rarement évoquées : la garde constitutionnelle de Louis XVI en 1791 et les régiments de hussards russes. Une revue qui se distingue toujours par la qualité de son iconographie. 

Du Premier au Second empire
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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 07:00

1914. La fin de la guerre de mouvement

La victoire était-elle encore possible ?

Champs de bataille thématique - n° 40

Un numéro assez complet qui nous entraîne de l'exploitation manquée de la bataille de la Marne à la mélée des Flandres sur le front Ouest, mais aussi qui consacre presque la moitié de sa pagination aux autres fronts, qu'il s'agisse des combats de l'armée russe, de la résistance serbe, des opérations coloniales ou de la guerre navale. Si dans le texte certaines phrases constituent des raccourcis un peu rapides, et en dépit de quelques erreurs factuelles, l'ensemble est cohérent et donne, dans le domaine des grandes opérations et des unités engagées, une bonne première image de cette guerre réellement mondiale dès le début. A conserver avec les deux précédents hors-série consacrés à la Grande Guerre.

Août-décembre 1914
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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 06:50

Enfin libres !

Les derniers combats dans l'Ouest

Ouest France - Hors-série avril 2015

Partant du débarquement et de la bataille de Normandie, ce numéro nous entraîne à travers une douzaine de chapitres jusqu'au quotidien des lendemains de la Libération, avec l'épuration, les prisonniers allemands qui parfois s'installeront sur place après-guerre, les premières élections et le retour de la normalité républicaine, la (re)parution d'une presse libre, etc. De bons résumés, sur les ports de Cherbourg et du Havre, sur les poches de l'Atlantique ou les réseaux de résistance. Beaucoup d'illustrations. Une publication grand oublic de qualité.

Libération
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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 06:00

Une autre "Petite Garnison"

Morhange, 1890-1918

Jacques Didier

Un joli album sur une petite garnison allemande d'Alsace-Lorraine. On a aujourd'hui oublié que la petite ville de Mohrange fut, après Metz, la deuxième garnison allemande de Lorraine et que le Kaiser lui-même y fit une visite remarquée.

L'avant-propos d'une demie-douzaine de pages pose le cadre historique. L'auteur rappelle par exemple que la garnison est l'une des plus mal considérée de l'armée allemande, où l'on ne trouve que le travail et l'ennui, "la terreur des jeunes officiers". La plupart des très (très) nombreuses illustrations proviennent des fonds photographiques conservés par les archives municipales (nouveau témoignage de la richesse des sources locales). L'album est divisé en quatre grands chapitres : "La garnison de Mohrange - L'urbanisation de la ville nouvelle" (dont deux cartes de 1883 et 1914 à la fin du livre permettent de visualiser l'évolution), "Les manoeuvres impériales et les visites de Guillaume II" (reportage très étoffé), "Les événements marquants célébrés à Mohrange", et "Les années de guerre 1914-1918 - La bataille de Mohrange".  Jusqu'à trois photos par page permettent de se représenter le poids que constitue l'armée impériale dans une petite ville, et l'on apprend au passage que la Kaiserstrasse est devenue après la guerre l'avenue Foch... A Mohrange, cela s'impose ! De même, c'est à l'importance de la population, causée par la croissance des effectifs, que l'on doit la création d'un tramway, dont l'activité cesse à la fin de la guerre.

Bref, au fil des photos, ce sont les pages d'une histoire un peu oubliée qui défilent. Et qui, au-delà de la simple présence militaire dans la ville, ouvrent sur bien des thèmes connexes. Un album très sympathique et qui peu apporter beaucoup en terme de quotidien de l'armée allemande d'avant 1914.

Editions des Paraiges, Metz, 2014, 112 pages, 25,- euros.

ISBN : 979-10-90185-56-2.

Morhange
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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 06:00

Fantômas sous les tropiques

Aller au cinéma en Afrique coloniale

Odile Goerg

Facteur d'évasion, d'émancipation, de compréhension du monde, de contestation mais aussi tout simplement de loisir, le cinéma a joué un rôle important dans l'évolution des populations africaines. Tel est le sujet de ce livre qui alterne entre l'histoire sociale et culturelle et l'histoire politique.

Centrant essentiellement (mais sans exclusive) sa réflexion sur l'Afrique de l'ouest, Odile Goerg s'intéresse à tout ce qui a trait au "monde" du cinéma, qu'il s'agisse des infrastructures, des circuits commerciaux, des populations concernées, des questions liées à la censure, pour ce qui peut, parfois, être un facteur d'émancipation mais qui reste d'abord un loisir. La première partie nous plonge dans l'univers des cinémas africains : quels sont-ils, où sont-ils implantés, quels sont les publics ? Le propos est précis, détaillé, et l'on découvre toutes les modalités (l'ingéniosité) d'aménagement des lieux de projection, publics et privés, commerciaux ou associatifs, scolaires et confessionnels, jusqu'à l'apparition des premières infrastructures spécifiquement dédiés dans les années 1920 et surtout 1930 avec, même si ce n'est pas "légal", une forme de ségrégation puisque dans les salles mixtes les dix premiers rangs sont réservés aux Noirs. Lorsque se développe le contrôle de la censure, les colonies obtiennent une autonomie de fonctionnement, dans le respect des "bonnes moeurs". Tandis que l'accès aux projections se démocratise (mais l'auteure note toutefois que pendant longtemps "on ne choisit pas le film que l'on va voir ... On va au cinéma sans se préoccuper de ce qui est à l'affiche"), la diffusion se modernise et un nouveau secteur commercial émerge, qui élabore des programmes de diffusion dans les domaines qui plaisent le plus aux spectateurs (romance, action, comique). Le mouvement s'accélère après la Seconde guerre mondiale, et les années 1950-1970 constitue un espèce d'âge d'or avec l'installation de nombreuses salles dans des villes de l'intérieur. L'impact des films sur les populations devient donc proportionnellement plus important également : plus de salles, plus de spectateurs (mieux formés), plus de diversité dans les programmes. Les effets sont individuels et collectifs : "C'est s'évader dans un autre monde,, c'est une fête pour laquelle on s'habille avec soin, un moment de magie". Mais c'est aussi une ouverture sur un monde qui change de plus en plus vite, et les anciennes structures coloniales peinent à suivre le rythme. Si certains films sont censurés parce que politiquement engagés, d'autre le sont tout simplement parce que les représentants de la métropole n'y sont pas à leur avantage, et l'on est surpris d'apprendre qu'en 1955 Tarzan lui-même devient suspect : "J'appelle votre attention sur le fait que ce film, au demeurant aussi naïf et invraisemblable que ceux de sa série, met en scène en pays africain et au contact d'une population primitive, des Européens présentés  sous un jour défavorable"... L'ère de la passivité des spectateurs est donc passée. A la veille des indépendances, se développe une véritable "bataille des images", au coup par coup, sans réelle cohérence politique.

Au fil des chapitres, l'auteure compare les situations entre Afrique français et et territoires britanniques, mais aussi entre l'Afrique de l'Ouest et le Congo belge ou l'Afrique australe et propose en annexe une liste des films autorisés au Soudan français en 1936, ainsi qu'un solide ensemble de références (archives, entretiens, bibliopgraphie, etc.). Un sujet original traité avec doigté.

Editions Vendémiaire, Paris, 2015, 287 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-36358-170-9.

Importance sociale du (des) cinéma(s)
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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