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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 05:45

Histoire de la Turquie

De l'empire à nos jours

Hamit Bozarslan

Nous avions chroniqué ce livre lors de sa première parution en 2013 (ici). Sa réédition rapide en format poche confirme qu'il a connu un réel succès, parfaitement justifié par la qualité du travail de l'auteur. Nous parlions en 2013 d'un outil de travail et d'un volume de référence. Il n'y a rien à changer, si ce n'est le prix très abordable.

Coll. 'Texto', Tallandier, Paris, 2015, 680 pages. 12,50 euros.

ISBN : 979-10-210-1040-8.

Histoire générale
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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 06:00

Nous autres à Vauquois

André Pézard

Voici la réédition à l'identique d'un texte paru pour la première fois pendant la guerre elle-même. Un texte qui raconte les durs combats pour la reconquête de la butte de Vauquois au printemps 1915, puis les efforts exceptionnels qu'il fut nécessaire de consentir pour conserver la moitié du sommet et du village jusqu'à l'automne 1918.

Le récit commence à la fin du mois de janvier 1915. Il est d'autant plus agréable à lire que l'auteur non seulement décrit ce qu'il voit, ce qu'il fait et ses pensées, mais aussi reconstitue les dialogues, avec ses camarades, ses subordonnés, ses supérieurs. Pour lui, les opérations actives dans ce secteur commencent à la fin du mois de février 1915 et, progressivement, inexorablement presque, les pertes s'ajoutent aux pertes. Les descriptions des engagements successifs sur un espace extrêmement restreint, pour une maison en ruine, pour un coin de rue, sont impressionnantes ; et celles des périodes d'attente ne le sont pas moins : "Les hommes ont eu juste le courage de creuser des trous dans le remblai ou le long d'un soubassement à peu près rasé ; les toiles de tentes sont maintenues au-dessus par des branches fichées ou par des cailloux pesants.De toutes parts, ces gîtes grossiers criblent la zone étroite qui fut naguère une ruelle campagnarde. Les poilus s'y accroupissent et s'y enchevêtrent par deux ou trois, sans cesse foulés aux pieds, sans cesse ensevelis sous leur toît qui s'effondre, sans cesse lapidés par des pierrailles qui croulent de la pente. La consigne du bataillon est que, le jour, la moitié des hommes peuvent se reposer, mais que, la nuit, tout le monde doit veiller : les guetteurs aux créneaux, les autres, baïonnette au canon, dans la tranchée". Les descriptions permettent de suivre les relèves (parfois dans un grand désordre), l'action de l'artillerie de tranchée, le percement des tunnels de mines et leurs effets mais aussi la crainte qu'ils inspirent, la préparation des grandes attaques aussi bien que celle des "petits" coups de main. On relève aussi celle d'un poilu visiblement victime d'un choc psychologique (pp. 181-182), et on note les observations d'expérience, qui autorise un calme apparent du chef de contact. Les effets de la pluie sur un réseau de tranchées déjà bouleversé par les bombardements sont décrits avec rigueur, sans oublier vis-à-vis des subordonnés les "négociations informelles" dans l'exercice du commandement, qu'il s'agisse des tenues ou de l'installation de la troupe par exemple. Entre mines et marmites, grenades et obus, cette remarque en mars 1916 : "Plus tard, on nous dira : 'Vous n'étiez pas à Verdun ? Vous n'avez pas subi la ruée allemande ? Vous ne savez pas ce que c'est que la guerre...'. Nous avons souffert autant que les autres -et nous souffrons depuis plus d'un an à la même place". En dépit de toutes ces souffrances, on ne trouve pas d'écho d'une grave ou prolongée baisse de moral, mais au contraire dans les mots qu'André Pézard utilise une immense fierté de commander à ses "bons gars".

Un témoignage passionnant sur près de dix-huit mois dans un secteur particulièrement actif et meurtrier. 

Association des amis de Vauquois et de sa région, 2013, 333 pages, 20,- euros

ISBN : 2-86480-836-6.

Pour commander directement auprès de l'association : ici.

Témoignage d'un officier de contact
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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 07:00

 Atatürk

Naissance de la Turquie moderne

Fabrice Monnier

L'histoire (événements de 1915) comme l'actualité (situation en Syrie et Irak) montrent toute l'importance de la Turquie sur la scène régionale et internationale. Cette nouvelle biographie du fondateur de république turque arrive donc à point nommé.

Dans son introduction, Fabrice Monnier rappelle rapidement le contexte dans lequel émerge Mustafa Kemal, qui n'est pas encore le "père des Turcs" : celui d'un empire pluriséculaire mais "en proie à de graves convulsions". Selon un plan chronologique, nous suivons donc le jeune officier macédonien, franc-maçon, épris de modernité et de liberté, du coup d'Etat militaire de 1909 (il est alors chef d'état-major de la 3e armée), jusqu'à sa mort en 1938 comme chef d'Etat adulé dans son pays et respecté à l'étranger. Parmi tous les éléments de cette très riche biographie, l'auteur nous rappelle que Mustafa Kemal fut non seulement le "sauveur des Dardanelles", mais aussi qu'avant la Grande Guerre il sert en Lybie contre les troupes italiennes (et où il retrouve Enver Pacha), puis participe aux guerres balkaniques. Il est donc un officier déjà particulièrement expérimenté en 1914, et l'auteur souligne son rôle dès le début de la guerre (Gallipoli). A propos du massacre des Arméniens en 1915, Fabrice Monnier fait de Kemal un spectateur "impuissant et quelque peu indifférent". C'est ensuite sa participation à la tentative de reconquête de Bagdad, puis une délicate visite officielle en Allemagne en accompagnement du prince héritier ottoman. Enfin, en 1918, le commandement de la 7e armée sur le front de Palestine, face aux Britanniques. A la fin de la Grande Guerre, avant que ne bascule son destin, Kemal "qui, fin 1914, n'était qu'un simple lieutenant-colonel, (est) l'un des principaux généraux de l'Empire -mais pas, et ce bémol est important, l'un des plus en vue". Dès lors, dans un premier temps, il courtise le sultan et "soigne ses relations politiques", puis part pour l'Anatolie exercer un commandement lorsque survient l'invasion grecque. Notons ici une précision : "Le débarquement des Grecs à Smyrne, qui suscite parmi les musulmans d'Asie mineure une effervescence considérable, est tombé à pic pour justifier une insurrection (du Comité Union et Progrès) qui aurait très probablement de toute façon eu lieu, avec ou sans Mustafa Kemal". Ce dernier entre en rébellion ouverte contre Constantinople en juin 1919 et fédère autour de lui (de gré ou de force) tous ceux qui refusent l'invasion grecque et la faiblesse de l'empire. L'auteur évoque ici une tentative de double jeu du Sultan et du grand vizir, dont Kemal aurait su profiter. Le traité de Sèvres en août 1920, accepté par Constantinople, lui vaut de nouveau ralliements, tandis qu'il flirte également avec la Russie bolchevique et finit par obtenir au sud la neutralité de la France (en dépit de la question de Cilicie réglée à son profit) qui peine à s'installer en Syrie, le tout sur fond d'intrigues "byzantines". La guerre gréco-turque se prolonge dans un cortège de massacres jusqu'à l'incendie final de Smyrne (la responsabilité des irréguliers turcs semble bien engagée et Kemal ne s'en émeut guère), tandis que le traité de Sèvres est renégocié pour donner celui de Lausanne, beaucoup plus favorable à la Turquie. Entre temps, Kemal a su manoeuvrer pour rompre l'unité des Occidentaux à Constantinople et mettre fin au règne de la dynastie des Osmanlis, est devenu chef de parti et président de la Grande assemblée nationale. Angora, désormais Ankara, est proclamée capitale en 1923 et s'ouvre une ère nouvelle : la république est instaurée, elle sera autoritaire et Atatürk concentrera les pouvoirs : "Frapper brusquement l'adversaire après avoir soigneusement préparé son coup de force est le secret du succès de la révolution kémaliste ... Les Turcs, parfois admiratifs, souvent scandalisés, toujours effarés, s'aperçoivent que plus rien ne peut arrêter l'occidentalisation de leur patrie et son intégration à une Europe à la fois enviée et détestée". Dernier acte majeur de liquidation du passé : l'abolition du califat est décidée en mars 1924, mettant fin à des siècles d'unité musulmane. La Turquie de l'entre-deux-guerres connait alors une difficile marche forcée vers la modernité, avec instauration du parti unique, représsion des minorités, etc., mais aussi adoption de l'alphabet latin et puissant effort économique, favorisant la bourgeoisie tandis que le monde rural grogne. Au plan international, la Turquie entre à la SdN en 1932 et se rapproche de l'Allemagne dès l'année suivante. Kemal lui-même se laisse aller à des abus de boisson, sur lequel l'auteur ne cache rien, et sa santé, fragile depuis de nombreuses années, se détériore. A sa mort, il laisse une Turquie orpheline, mais qui lui conserve un véritable culte.

Une biograhie qui mèle étroitement vie personnelle d'Atatürk et évolution générale du pays, particulièrement intéressante actuellement.

CNRS Editions, Paris, 2015, 346 pages. 22,50 euros.

ISBN : 978-2-271-08313-5.

Mustafa Kemal
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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 06:45

La guerre d'Indochine vue par la CIA

Nous l'avions chroniqué avec empressement dès que nous avions eu connaissance (ici).

Le livre est désormais disponible dans toutes les librairies !

Rappel utile...
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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 06:00

L'homme qui voulait tout

Napoléon, le faste et la propagande

Xavier Mauduit

Encore un livre sur Napoléon. Mais l'approche est (une nouvelle fois) différente. Il s'agit ici pour l'auteur de présenter au fil d'un récit chronologique comment ses adversaires et ses défenseurs l'évoquent, mais aussi comment l'empereur lui-même organise et met en relief sa propre gloire.

En neuf chapitres, nous suivons donc Napoleone Buonaparte, devenu Bonaparte, puis Napoléon Ier, en tant qu'individu mais aussi en tant qu'acteur essentiel d'une épopée extraordinaire, fulgurante, dont le développement et l'effondrement en quinze ans fascinent encore deux siècles plus tard. Tout au long du texte, à partir du récit résumé des grands événements, l'auteur commentent pour nous les pamphlets et les gravures qui le représentent, favorablement ou défavorablement, des extraits de textes où l'on prononcent ses louanges ou dans lesquels on le condamne, des lignes écrites ou dictées par le futur empereur lui-même. C'est donc un récit un peu original, y compris dans sa forme qui nous présente au fur et à mesure, avec de très nombreuses références, l'oeuvre de propagande et donc, en creux, les espoirs (souvent déçus) du fondateur d'une fragile nouvelle dynastie. La recherche de la paix, la proclamation de l'empire (pourquoi un empire ?), le rapport au peuple, les "vrais-faux" communiqués du Bulletin de la Grande Armée, le financement des artistes oeuvrant à sa gloire, etc. Jusqu'à la multiplication des ennemis résolus et des adversaires plus ou moins discrets, puis au dénouement sur cette île isolée de l'Atlantique sud : "Après avoir été chassé deux fois, battu par les Alliés, abandonné par les notables et par le monde des lettres puis exilé sur son rocher, Napoléon mène une guerre au long cours, qu'il remporte : celle de la mémoire". Et quelques uns parmi les lecteurs d'aujourd'hui se souviennent encore d'avoir appris, par exemple, il y a de nombreuses années : "Ce siècle avait deux ans / Rome remplaçait Sparte / Déjà Napoléon pointait sous Bonaparte...". Soyons honnête : entre Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe Ier d'une part, et le souvenir de l'empereur vainqueur de l'Europe coalisée entretenu par les demi-soldes et la littérature d'autre part, nombre de Français de la première moitié du XIXe siècle hésitaient peu... Tout le XIXe siècle et une grande partie du XXe en seront durablement marqués. Un livre facile à lire mais très riche pour aider à comprendre les raisons de cette quasi-fascination à travers le temps.

Egalement fort bien évoquées sont les innombrables propos, histoires, libelles, gravures, etc., diffusés depuis deux siècles pour condamner ou encenser Napoléon. Concluant sur les invraisemblables "informations" et autres "révélations" fantaisistes qui ont couru dès l'empire sur Napoléon et sont parfois encore colportées aujourd'hui, Xavier Mauduit a ce mot, décalé mais parfaitement adapté : "A moins que Napoléon, véritable pop-star, ne soit pas mort et vive encore aujourd'hui sur une île perdue au milieu du Pacifique en compagnie d'Elvis Presley"... Au-delà de toute rigueur historique, je trouve l'idée sympa. Elle traduit bien la popularité planétaire du personnage aujourd'hui encore.

Editions Autrement, Paris, 2015, 333 pages, 21,- euros.
ISBN : 978-2-7467-3501-9.

L'empereur et son image
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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 06:15

Dominante 1940-1945

Los ! - n° 20

Unanimement salué par les lecteurs et la critique, le magazine Los ! entre dans sa quatrième année avec le même niveau d'exigence éditoriale. Pour ce numéro 20, outre l'intéressant article sur le contrôle et la conduite des tirs à partir des tourelles d'artillerie embarquée, une série de grands articles revient, avec nombreuses illustrations et cartes lisibles, sur la perte par les Britanniques du porte-avions Glorious en juin 1940, sur les sous-marins Typ XXIII qui apparaissent côté allemand à la fin de la guerre, sur la première bataille navale de Guadalcanal en 1942, sur le torpillage du Gustloff, chargé de milliers de civils évacués, par les Soviétiques en 1945, etc. Un feu d'artifice de bons articles ! 

Seconde guerre mondiale (navale)
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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 06:00

De l'Antiquité à aujourd'hui

C'est la guerre - n° 2

Le magazine conserve sont style très "éclaté", avec une profusion d'encarts sur les sujets les plus variés, et la partie rédactionnelle se précise avec quelques articles de bonne tenue (mais souvent brefs, 1 à 2 pages doubles) dans le panorama "grand public". Les deux doubles pages consacrées aux avions de chasse ne comptent ainsi pas moins d'une trentaine de focus sur tel ou tel appareil : le lecteur non averti risque de s'y perdre. Parmi les articles, on retiendra celui sur la bataille de Cambrai en 1917. Les "24 derniers carrés héroïques" sont traités très brièvement, de sorte que seuls les néophytes découvriront vraiment quelque chose. Pour les questions d'actualité (ou presque), les textes sur "Crise en Crimée" et "Le conflit coréen" présentent une bonne synthèse. A partir de ce numéro, j'assure la présentation de quelques ouvrages récents en lien avec les principaux thèmes triatés.

Rythme et flash
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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 06:00

La haine et la honte

Journal d'un aristocrate allemand, 1936-1944

Friedrich Reck-Malleczewen

Paru en traduction française en 1968 mais semble-t-il non réédité depuis, ce journal d'un fils d'une vieille famille de Junkers prussiens constitue une critique sans faille, au quotidien, du régime nazi, dans sa réalité comme dans ses représentations, en temps de paix comme en temps de guerre.

Devenu romancier à succès dans l'entre-deux-guerres, Friedrich Reck-Malleczewen met ses idées et pensées sur le papier à des échéances variables : quelques jours, quelques semaines, voire quelques mois entre deux brefs chapitres. Si les mots sont parfois terribles, le tableau des nombreuses situations personnelles ou ponctuelles racontées porte aussi la marque d'un profond mépris pour le "vulgaire". Dans sa présentation, Pierre-Emmanuel Dauzat observe avec Walter Laqueur que l'original de ce livre n'a sans doute pas reçu en Allemagne lors de sa parution l'accueil qu'il aurait mérité car, "pour les critiques de gauche, Reck-Malleczewen a eu le tort de s'opposer au nazisme pour les mauvaises raisons. Autrement dit, il était ostensiblement royaliste quand la seule critique 'légitime' était de gauche". Pourtant, ce conservateur traditionnaliste en vient à souhaiter très tôt la défaite complète de son pays, "une Allemagne qui ne méritait plus son nom". Un rappel intéressant sur la diversité des opinions de ceux qui, peu ou prou, résistèrent à Hitler. Chaque chapitre prend appui sur un événement particulier, récent (de la mort de Spengler en mai 19136, à l'arrestation de l'auteur en octobre 1944),à partir duquel il revient systématiquement à une critique de plus en plus rude du système nazi en tant que tel, mais aussi des hommes qui en assurent la direction, passant du dégoût à la haine et la honte, qui donnent son titre au livre.

Les citations pourraient être multipliées, évitons celles qui l'illustrent trop l'horreur et ne reprenons que des propos plus sobres ou les plus légers, mais qui n'en sont pas moins significatifs d'abord d'un état d'esprit. Le mépris pour les hiérarques nazis d'abord : lorsque la princesse Friedrich Léopold, belle-soeur de l'ancien empereur d'Allemagne, rend visite à Goering, celui-ci "lui a fait faire antichambre pendant deux heures au milieu des dactylos assises de-ci de-là et des voyous SS" et le "capitaine en retraite de l'armée impériale" n'est plus présenté que comme un bourgeois cupide et mal élevé. Sur les exigences et les évolutions du régime en mai 1937 : "L'Allemagne est laide, stupide et l'épicentre de tous les séismes politiques qui se succèdent par cycles de vingt-cinq ans". En octobre 1940 après les victoires remportées à l'ouest : "Je revois tout un peuple enivré des succès des brigandages politiques, la populace de cinéma braillant de joie devant les actualités sanguinaires, applaudissant lorsque des hommes transformés en torches sautent de tanks incendiés". Le même mois, évoquant le particularisme bavarois au sein de la "nouvelle" Allemagne : "Les nazis, qui se sont voués corps et âme à leurs stupides objectifs technocratiques ne viendront jamais à bout de la Bavière, même si leur occupation devait se prolonger dix ans encore. Même s'ils devaient être victorieux, deux choses les mèneraient à leur perte : le manque d'âme et, bien plus encore, l'absence totale d'un humour que ces ennemis du rire craignent plus qu'une nouvelle déclaration de guerre". Vanité, arrivisme, ridicule, absence de culture aussi bien que de morale, Friedrich Reck-Malleczewen taille aux dirigeants nazis, sur fond de dégoût pour la masse qui les suit, un costume qui mérite d'être connu. D'autres chapitres abordent des questions plus dramatiques (la guerre et son coût, le sort des prisonniers russes, etc.), avec des mots parfois très forts, adaptés au caractère terrible ou monstrueux des situations.

Un livre original, sans doute aussi parce que le personnage n'était peut-être pas lui-même toujours très sympathique. Il n'a pas la fraicheur ou l'enthousiasme (ni l'engagement direct d'ailleurs) des jeunes du réseau de la Rose blanche. Mais sa critique féroce du quotidien des responsables nazis régionaux (et parfois nationaux), comme de la politique mise en oeuvre, mérite indiscutablement d'être connue.  

Vuibert, Paris, 2015, 286 pages. 19,90 euros.

ISBN : 978-2-311-10085-3

Réquisitoire
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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 06:00

Comprendre le génocide des Arméniens

1915 à nos jours

Hamit Bozarslan, Vincent Duclert, Raymond H. Kévorkian

En cette année du centenaire du génocide des Arméniens, les livres se succèdent sur ce triste épisode, désormais bien connu dans sa chronologie. Affirmer, comme la 4e de couverture, qu'il "souffre d'une méconnaissance publique qui découle d'un long oubli de l'événement" est relativement abusif, en particulier en France où une importante communauté arménienne a trouvé refuge à l'époque et régulièrement évoqué le drame, et où depuis une quarantaine d'années le sujet a été abondamment traité dans la littérature.

L'ouvrage se divise en trois grandes parties complémentaires. La première s'intéresse aux faits ("La destruction des Arméniens ottomans"), des exactions de la fin du XIXe siècle aux massacres systématiques perpétrés en 1915-1916. La seconde ("Les fondements idéologiques, politiques et organisationnels de la destruction") s'interroge sur les fondements de cette volonté meurtrière dans le contexte particulier de la Grande Guerre (accusations de trahison portée contre les Arméniens catholiques), décrit l'organisation unioniste, présente les hommes concernés et s'attarde sur l'attitude ultérieure de la Turquie républicaine, jusqu'à la position officielle récente "d'oubli réciproque", adoptée au début des années 2000. La troisième et dernière parti enfin, sous le titre "Le  génocide des Arméniens, une histoire mondiale", replace les massacres dans un contexte essentiellement européen, de la condamnation formelle dès le printemps 1915, à l'abandon au bénéfice d'une alliance avec la nouvelle Turquie kémaliste après la Première Guerre mondiale. Au fil des pages, les citations sont multipliées et la démonstration de la volonté génocidaire est faite sans ambigüité

Le livre, fortement documenté (mais, une fois de plus, la question est bien connue depuis longtemps et les premiers témoignages indiscutables ont été publiés dès la guerre elle-même), adope aussi un ton engagé, phrases courtes, affirmations rapides, raccourcis parfois (concernant la Légion arménienne visiblement surévaluée, ou le rôle des Français en Cilicie entre 1919 et 1922, les affirmations sont même souvent approximatives). La dérive terroriste arménienne des années 1970-1980 est évoquée sans être explicitement condamnée semble-t-il, et le livre se termine sur la  description de la succession de batailles juridiques ces dernières années,visant à obtenir une loi permettant de condamner le négationnisme. Autant le récit complet des événements eux-mêmes est important et contribue à renforcer la connaissance générale sur le sujet, autant les derniers éléments évoqués introduisent une sorte de gêne : l'historien et le militant font rarement bon ménage. La mémoire est un objet d'histoire, il est plus délicat qu'elle en devienne le fondement et le moteur.

Au bilan, une très bonne synthèse sur les événements et la réalité du génocide, et une certaine réserve sur quelques observations et commentaires plus actuels.

Tallandier, Paris, 2015, 492 pages. 21,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0675-1.

Génocide arménien
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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 06:00

Jeanne d'Arc

Une mission inachevée

François Sarindar-Fontaine

Après une biographie de Lawrence d'Arabie que nous avions chroniqué (ici), François Sarindar-Fontaine s'intéresse à une toute autre période et à un tout autre personnage, même si celui-ci appartient aussi à la cohorte des héros idéalisés et des "hommes" de guerre devenus mythiques avant même leur mort ou peu après.

Bien qu'il s'en défende aux premiers mots de son introduction, l'auteur nous propose une biographie (presque) complète de la bergère lorraine déclarée sainte et protectrice de la France, en insistant bien sûr sur les quelques mois de son épopée mystico-politico-militaire qui constituent l'essentiel de l'ouvrage, mais au-delà encore il décrit avec précision la situation politique générale dans le royaume au début du XVe siècle. Il suffit pour s'en convaincre de lire le début du premier chapitre qui explique, clairement mais en détail, l'extrême complexité de la situation juridique et politique du village de Domrémy à l'époque, écartelé entre le Saint-Empire romain germanique et le royaume de France, entre le duc de Lorraine et celui de Bourgogne. Au fil des pages, François Sarindar-Fontaine tente d'éclaircir différents points obscurs ou contestés sur les origines, l'engagement et la brève vie de Jeanne à partir de très nombreuses citations, qu'il commente, analyse et critique pour tenter de démêler le vrai du faux. Une chose est sûre, jusqu'à sa rencontre avec le roi Charles, suppositions et conjectures sont particulièrement nombreuses, mais elles ne cessent pas par la suite. Les grands personnages du moment, comme de La Trémoille et Renaud de Chartres, exercent une influence non négligeable sur le "roi de Bourges" et son environnement immédiat et tiennent une place importante dans ce volume, mais c'est toute une galerie de portaits qui nous est proposée, unb véritable tour d'horizon des ducs, princes et chevaliers du temps, au prix parfois de nombreuses digressions. Pour ma part, je reste assez dubitatif sur l'importance à accorder à "la main divine" qui aurait guidé la Pucelle dans ses pas et ses actes, mais l'auteur tient globalement bien l'équilibre entre une conception très religieuse du récit et une analyse très factuelle et basiquement logique. Dans le récit qu'il fait de la campagne et des opérations qui suivent durant l'année 1429, il n'omet pas d'évoquer à plusieurs reprises les difficultés ou les divergences qui surgissent entre Jeanne et ses compagnons masculins, les chefs militaires effectifs, et critique même son absence de sens de la manoeuvre : elle entraîne et stimule le courage, mais ils mènent les assauts. L'auteur revient également sur la préparation, les modalités et la conduite des opérations autour de Paris, que suivent des semaines de quasi "nomadisation" et de relative inaction. L'heure est aux négociations et le roi Charles a désormis une analyse plus politique de ses rapports avec le duc de Bourgogne aussi bien que de leur évolution à moyen terme. L'heure de Jeanne est-elle déjà passée ? Serait-elle considérée comme un atout que le roi conserve dans sa manche, en réserve ? C'est l'époque où la Pucelle et ses frères auraient été annoblis, événement sur lequel l'auteur est plus que dubitatif. Il accorde d'ailleurs à ces frères, en particulier Jean et Pierre, une place relativement importante dans le livre, ce qui contribue aussi à remettre Jeanne en situation. Au début de l'année 1430, "le parti de la guerre n'a plus le vent en poupe" et seule une petite troupe (qui s'étoffe cependant peu à peu) entoure Jeanne durant le printemps, de Lagny à Melun et de Senlis à Compiègne, ville près de laquelle elle est faite prisonnière (les circonstances et les questions qui entourent cet événement sont largement détaillées). Le récit se termine ici, et le livre se referme sur un épilogue qui rappelle brièvement les conditions de sa détention, son transfert à Rouen, l'instruction puis le procès, sur lequel il revient et dont il souligne les ambiguïtés avant de "régler leur sort" à ceux qui imaginent que Jeanne ait pu survivre.

Un livre passionnant, dense, précis, qui replace un élément important du "roman national" dans le contexte de son temps. Un livre qui pose beaucoup de questions au fil des pages, même si l'auteur n'hésite jamais à donner son avis en expliquant pourquoi il fait le choix de telle ou telle hypothèse.  

L'Harmattan, Paris, 2015, 317 pages, 33 euros.

ISBN : 978-2-343-05900-6.

La Pucelle d'Orléans
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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