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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 06:00

Mémoires

Erich von Manstein

Présentation par Pierre Servent

Après une biographie du maréchal Manstein (ici), Pierre Servent nous propose une édition des mémoires du maréchal allemand. L’intérêt est donc incontestable pour tous ceux qui se passionnent pour la Seconde guerre mondiale.

Ces souvenirs ne concernent pas l’ensemble de la carrière de von Manstein, mais uniquement la période 1939-1944. Ils commencent avec la présentation de la connaissance que les généraux allemands pouvaient avoir des desseins d’Hitler à l’égard de la Pologne, et se terminent avec son départ du front de l’Est en 1944. Avec toutes les réserves que l’on doit faire sur la véracité ou l’authenticité des témoignages rédigés longtemps après les faits, ce volume de souvenirs est donc important. Manstein multiplie les affirmations selon lesquelles il n’aborde que l’aspect militaire de ses liens et relations avec les dirigeants du IIIe Reich et Hitler lui-même et qu’il n’entre pas dans les questions politiques, idéologiques ou « philosophiques » (sic !), ce qui est un peu facile a postériori. Il présente par exemple sa version de l’élaboration et de la présentation au Führer du plan de campagne à l’Ouest au tout début de l’année 1940, revient sur l’ordre d’arrêt donné aux divisions allemandes par Hitler devant Dunkerque et traite assez longuement des préparatifs (tardifs et approximatifs) d’invasion de l’Angleterre à l’été, ce qui lui permet de tailler quelques croupières à Goering (il a également des mots très durs pour le chef de la Luftwaffe à l’occasion de son récit de la bataille de Stalingrad et plus généralement de sa description de la situation à l’Est) : « L’intention de conquérir la maîtrise de l’air au-dessus de l’Angleterre par une guerre aérienne isolée, commençant huit jours avant la première date prévue pour l’invasion, constitue une faute de commandement ». La seconde partie importante est le récit de la campagne de Crimée, qui constitue le deuxième titre de gloire de Manstein. Outre la description des opérations, on relève en particulier sa présentation des relations avec la 3e armée roumaine qui lui est subordonnée (et donc sur les relations entre alliés de « consistance » différente pendant une campagne). On note également l’importance des moyens d’artillerie mis à sa disposition, y compris l’artillerie très lourde, dont « la célèbre Dora de 800 mm. Celle-ci avait été prévue, à l’origine, pour agir contre la ligne Maginot. C’était un miracle de technique ». Sa position à l’égard du rôle qu’Hitler s’obstine à vouloir tenir comme commandant en chef est à la fois claire et ambigüe. Nul doute qu’il n’y ait été de plus en plus hostile, mais il sait aussi se mettre en valeur et se retirer dès qu’il est question d’une opposition frontale : « Mon but était d’obtenir que, tout en demeurant nominalement commandant suprême, il se décidât à confier pratiquement la directions des opérations militaires sur tous les théâtres à un chef d’état-major responsable devant lui, et à nommer un commandant en chef particulier sur le front oriental … Ces tentatives […] furent spécialement délicates pour moi, Hitler sachant fort bien que de nombreuses autorités de l’armée eussent désiré me voir occuper moi-même ces fonctions … Je n’ai pas l’intention de parler ici d’un changement par la force dans le gouvernement du Reich, ni de la tentative faite en ce sens le 20 juillet 1944 ». Le troisième point enfin faisant l’objet de longs développements est « La tragédie de Stalingrad », au sujet de laquelle il explique comment il aurait fallu faire, ce qu’il a proposé, et pourquoi selon lui l’armée Paulus n’a pas été sauvée. Il détaille en particulier tous les débats autour de la tentative de percée (4e et 6e Armées) et de la journée cruciale du 19 décembre, mais s’attarde aussi sur des considérations plus larges à propos de la reddition finale de Paulus, de ses responsabilités et de ses rapports avec l’OHL et Hitler. Les 150 dernières pages racontent enfin les opérations de 1943-1944, les difficultés croissantes de l’armée allemande (vues comme le reste du texte au niveau d'un commandant d'armée ou de groupe d'armées, on n'aborde que rarement les niveaux inférieurs à la division), l’abandon progressif du terrain conquis jusqu’au Caucase, permettant à Manstein de mettre en valeur les « principes militaires allemands qui ont fait leurs preuves : conduire les opérations d’une manière mobile et souple, laisser le plus de marge possible à l’initiative et à l’autonomie des chefs de tout grade. Ces principes, il est vrai, étaient en opposition complète avec les conceptions de Hitler ». On constate d’ailleurs, si l’on suit le maréchal allemand, que son opposition aux décisions du Führer ne fait alors que croître. La bataille de Kharkov, l’opération Citadelle et les combats dans le bassin du Donetz constituent alors le cœur du récit des opérations, Manstein se justifiant systématiquement de l’insuccès de telle ou telle action en plaçant les responsabilités au niveau du commandement en chef et d’Hitler. Tout espoir de victoire échappe définitivement aux Allemands : « L’année décisive, 1943, s’était écoulée sans amener au moins une solution de compromis à l’Est ». Relevé de son commandement au premier jour d’avril 1944, il quitte la scène et termine son récit par la description de ses adieux à son état-major.

Un livre tout particulièrement intéressant (avec les réserves soulignées en introduction).

Perrin, Paris, 2015, 576 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-262-05077-1.

Le meilleur chef militaire allemand ?
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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 06:00

Signes de vie

14-18 tout en tweets

Laurent Jarneau

Peut-on raconter toute la Grande Guerre en une série de « tweets » chronologiques ; d’août 1914 à l’immédiat après-guerre ? Tel est le pari de Laurent Jarneau, journaliste, qui souhaite par ce biais intéresser les plus jeunes à l’histoire de la Première Guerre mondiale.

L’objectif est plus que louable et le volume ne manque pas d’intérêt, d’autant que l’auteur nous assure que toutes les citations sont absolument authentiques, mais le processus est vicié à la base par deux difficultés. L’absence de contextualisation des propos repris (on sait bien que deux soldats voisins peuvent ne pas rendre compte de la même façon d’une même situation d’une part, tandis que le même soldat connaît des « hauts » et des « bas » du moral au fil des semaines et des mois, ce qui change naturellement la tonalité de ses expressions pour un sujet identique). Par ailleurs, l’absence d’explication(s) sur les choix effectués finit par susciter des interrogations. En effet, il s’agit très souvent d’une longue litanie de morts, tués, blessés, disparus, entrecoupée de messages sur l’horreur de la guerre. En résumé, le jeune lecteur retiendra l'horreur de massacres. Une nouvelle fois, il n’est absolument pas question, bien sûr, de nier la réalité des pertes terribles de la Grande Guerre et les souffrances parfois indicibles des poilus. Mais il n’est pas très sérieux de limiter à cet aspect la transmission aux jeunes générations, car on sait que les choses sont beaucoup plus complexes. Certains mobilisés n’ont pratiquement jamais vu le feu, la plupart passent l’essentiel de leur temps à attendre, lorsque les combats sont vifs dans un secteur un calme (approximatif) règne dans les secteurs voisins, la guerres d'un artilleur ou d'un aviateur n'est pas celle d'un fantassin, sans oublier le sens du sacrifice et les actes héroïques (car, oui, il y en a), etc. Donner l’image d’une boucherie permanente et d’une hostilité générale des simples soldats est peu conforme à une réalité qui fut plus complexe. Par ailleurs, affirmer comme dans la préface que « cette guerre là, racontée à hauteur d’hommes, est bien différente de celle qui a été relayée par la propagande de l’époque » est un peu facile : après l’indéniable bourrage de crâne, la censure et la propagande, l’histoire de la Grande Guerre a été très largement réécrite durant l’entre-deux-guerres puis depuis les années 1950 dans une toute autre perspective. Les nombreux spectacles et œuvres artistiques qui accompagnent depuis un peu plus d’un an le centenaire de la Grande Guerre en témoignent.

Il y a de fortes chances pour que le jeune lecteur s'identifie assez facilement aux personnages du récit, mais il n'aura qu'une présentation tronquée de l'histoire. En résumé, un petit livre intéressant, d’autant que Laurent Jarneau présente sommairement en fin de volume ses principales sources, mais qui ne donne qu’une vision partielle de la Grande Guerre, même « vue du bas » et aurait sans doute beaucoup gagné à présenter une vision plus "kaléïdoscopique".

Edition Dacres, Paris, 2015, 134 pages, 12,- euros.

ISBN : 979-10-92247-25-1.

La guerre en 140 caractères
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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 05:45

1815. Campagne de Belgique

Yves Moerman et Yann Deniau

Napoléon Ier - hors-série n° 23

Ce numéro hors-série d'été nous présente, dans un large quadrilatère entre Charleroi, Namur, Wavre et Waterloo tous les sites qui virent passer les armées de Napoléon Ier et les Coalisés lors de l'ultime campagne de Belgique en 1815. Les visites commencent par Bruxelles, puis se dirigent rapidement vers les lieux des combats, qui constituent l'essentiel du volume, et suivent chronologiquement les armées françaises, véritable guide touristique d'aujourd'hui illustré de très nombreuses photos actuelles. Vous découvrirez à Hestrud la plaque placée à l'endroit où Napoléon fit boire son cheval et où il se fit interpeller par le jeune Cyprien Joseph Charlet, la maison où mourut le général Letort blessé lors de la bataille de Gilly, la ferme de Gemioncourt à Baisy-Thy (bataille de Quatre-Bras), ces bâtiments sur les murs desquels un boulet de canon est resté, les nombreuses stèles, plaques, les divers monuments élevés depuis deux siècles aussi bien en hommage aux troupes françaises et à l'empereur qu'en souvenir des Britanniques, Allemands, Hollandais, Belges, mais aussi Polonais  et Suisses qui combattirent sur ce territoire.

Beaucoup d'anecdotes, une localisation très précise du moindre monument commémoratif ou site historique. Un must original si vous voulez mettre vos pas dans ceux de l'empereur pour son ultime campagne.

 

Tourisme impérial
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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 06:00

L'esprit de résistance au Panthéon

Les héros ne meurent jamais

Bernard Zahra

Mis en vente au moment de l'entrée de quatre nouvelles figures, toutes issues de la Résistance, au Panthéon, ce livre se veut une ode (assez réussie) à l'esprit de la résistance au nazisme.

Mettons immédiatement de côté l'avant-propos, (trop) long préchi-précha dans l'esprit de "l'après-Charlie", où l'abus de lettres majuscules ne parvient à compenser ni le caractère convenu du discours, ni le manque de hauteur d'analyse et qui ne nous a pas convaincu. Par contre, le livre lui-même s'organise en cinq grands chapitres intéressants, le premier consacré en parallèle à Jean Moulin et Jean Zay, "pratiquants de la mystique républicaine", les suivant s'intéressant à des personnalités aussi différentes que Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et René Cassin. Chacun décrit la vie de l'intéressé(e), en insistant bien sûr sur son engagement et son rôle pendant la Seconde guerre mondiale. Au-delà des quelques moments de leurs vies gravés dans la mémoire collective, ils retracent pour nous des existences engagées, marquées par le souci du bien commun, du respect d'autrui et de la justice. Comme René Cassin, "ni sectaires, ni opportunistes", ils se sont engagés très tôt, par refus de la défaite et refus de la collaboration avec l'occupant, acceptant les pires souffrances et parfois la mort au nom d'une certaine conception de la France. "La peau au bout de ses idées" mise en pratique quotidienne, et non pas dans des discours de façade.

On n'échappe pas à quelques répétitions, mais commencez directement à la page 19 et vous prendrez plaisir à poursuivre votre lecture tout en apprenant bien des choses sur la vie de ces six héros, pourtant si différents, de la Résistance.   

Riveneuve éditions, Paris, 2015, 208 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-36013-333-8.

 

Mémoire
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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 05:50

Le petit quizz Versailles

Grégoire Thonnat

Petite collection devient grande ! Après la Grande Guerre et la Marine, nouvel opus dans l'originale série des "Petits Quizz" avec ce volume consacré au château de Versailles. Selon un principe désormais bien rodé et toujours efficace, le corps du livre est constitué par 100 questions-réponses qui abordent des aspects très divers. Connaissez-vous l'agronome Jean-Baptiste de La Quintinie ? Les deux choses strictement interdites en présence du roi ? L'origine du God Save the King ? Qui sont les 'garçons bleus' ou les 'Cherche Midi' ? Et savez-vous que c'est pour l'une de ses favorites, Madame de Chateauroux, que Louis XIV fit installer une "chaise volante", ancêtre de l'ascenseur ?

Comme pour les autres volumes, une chronologie, une dizaine de brèves biographies, et la présentation des 10 livres et films à connaître sur Versailles complètent le tout. C'est gai, frais, amusant, surprenant. On en vient presque à rêver, après 3 ou 4 prochains titres à venir, à un jeu de société reprenant l'ensemble des publications !

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2015, 149 pages. 6,90 euros.

ISBN : 978-2-36445-055-4.

Apprendre en jouant
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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 06:00

Goebbels

Peter Longerich

Voici une biographie que toute personne intéressée par l’histoire allemande et européenne au XXe siècle se doit de lire. Une biographie de référence puisant aux plus larges sources, et d'abord au journal personnel de Goebbels lui-même.

Vol. 1

Une enfance difficile, au plan physique comme psychologique, mais aussi le sentiment très précoce qu'il est "appelé à de hautes destinées", sont des données qui influencent profondément le jeune Goebbels et expliquent sans doute son esprit torturé. Lors de son rapprochement avec le parti national-socialiste dès le début des années 1920, il est encore marqué par son éducation catholique : "Le socialisme et le Christ. Fondement éthique. Débarrassé du matérialisme sclérosé. Retour au dévouement et à Dieu !", note-t-il dans son journal le 13 mars 1924. De plus en plus nationaliste, de plus en plus antisémite, il considère Hitler comme un "guide" et en devient l'un des adeptes les plus fidèles, tout en appartenant dans un premier temps à l'aile gauche du parti. Il se lance résolument à l'été de la même année en politique, devient journaliste pour le parti, noue des relations personnelles dans les milieux de la droite traditionnelle, et Peter Longerich parle de "fusion symbiotique" avec Hitler et de "trouble narcissique de Goebbels". Sa fidélité au Führer le fait ainsi évoluer vers des conceptions (en apparence) plus conservatrices, au fur et à mesure de l'ascension sociale et électorale. L'auteur consacre bien sûr de nombreuses pages à l'action de Goebbels à Berlin, et relativise d'ailleurs, ou corrige, de nombreux passages du fameux Combat pour Berlin ("version extrêmement retravaillée de ses carnets"). Il nous brosse à partir du début des années 1930 le parcours socialement très avantageux d'un Goebbels bientôt au coeur du pouvoir. Au fil des paragraphes, toute la complexité des relations (souvent conflictuelles) entre tendances opposées du NSDAP d'une part, et entre le NSDAP et les partis de la droite radicale traditionnelle d'autre part, apparaît très clairement. Goebbels se trouve ainsi au premier rang lors de la "mise au pas" de la SA. Sa contribution aux campagnes électorales et son rôle dans la propagande sont naturellement beaucoup étudiés, mais les luttes sourdes entre factions restent sa crainte, presque obsessionnelle : "Le Führer n'est pas venu dîner. Nous avons l'impression que quelqu'un l'a monté contre nous. Nous en souffrons tous les deux énormément", écri-il en octobre 1934 en parlant de lui-même et de son épouse, ce qui est significatif du type de relation entretenue avec Hitler. Entre violence extérieure, orgueil et dépression, sentimentalisme "de midinette", il ancre progressivement sa place dans le dispositif institutionnel et culturel nazi. Plus de 140 pages de notes et références pour ce seul volume ! On reste rêveur devant l'ampleur du travail.

Vol. 2

Le tome 2 nous montre Goebbels dans son rôle de responsable de la mobilisation morale, intellectuelle, politique de l'ensemble du peuple allemand autour du Führer avant le début de la guerre (il se vante "d'avoir submergé le monde d'un flot de rumeurs où plus personne n s'y retrouve"), puis, une fois le conflit commencé, au fil des victoires allemandes puis des revers. L'offensive à l'Est contre l'Union soviétique en 1941 est par exemple suivie par la mise en oeuvre de trois radio clandestines, "d'abord trotkystes, puis séparatistes, et enfin nationalistes russes, toutes violemment opposées au régime de Staline". Tandis que se poursuivent les opérations militaires, il développe le contrôle total de la population, se heurtant aux Eglises ou même au ministère des Affaires étrangères. Bientôt toutefois, il faut envisager une guerre plus longue que prévu, puis cacher les revers, tout en multipliant la propagande antisémite. Dans tous ces secteurs, Goebbels fait le maximum pour satisfaire le Führer, et il s'intéresse de plus en plus au "front intérieur" allemand, devenant l'un des grands acteurs de la guerre totale. Stalingrad et la capitulation en Afrique du Nord annoncent des lendemains moins glorieux : la propagande évolue d'autant plus rapidement que les difficultés de la vie quotidienne touchent désormais la population civile au coeur de l'Allemagne. Les bombardements alliés massifs de Hambourg, Berlin et Dresde sont également évoqués, suscitant l'incompréhension et lui faisant retrouver à certains égards les accents "révolutionnaires" du nazisme des années 20. les Occidentaux débarquent en France, les Russes progressent à l'Est : vient l'heure des "armes miracles" et de la répression accrue contre les opposants intérieurs, les modérés et les tièdes. S'appuyant sur l'organisaton du parti, qui reste solide, il multiplie les opérations caritatives au bénéfice de la population tout en organisant des manifestations de soutien au régime. Plus radical encore qu'Hitler lui-même : "Hitler  était d'avis que le moment n'était pas encore venu d'un grand appel à la guerre totale au sens réel du terme. Goebbels, qui défendait une opinion contraire, ne parvint pas à s'imposer. Il en conclut que Hitler préférait emprunter la voie de l'évolution plutôt que de la révolution". On connaît les dernières semaines, les derniers jours dans Berlin assiégé puis progressivement conquis par l'Armée rouge, mais le livre nous donne ici les pensées personnelles profondes de Goebbels. La fin, le suicide, en famille, dans le bunker, après avoir conservé sa fidélité jusqu'au bout au chef qu'il s'était choisi quelques vingt ans plus tôt, même si quelques critiques émergent au cours des derniers mois.

Un ensemble de deux volumes extrêmement riche et qui doit impérativement être connu de tous les amateurs. Petit bourgeois narcissique, idôlatre de Hitler, le personnage est à la fois trouble et par certains aspects fascinant : "Goebbels "se voyait en maître génial d'un appareil de propagande gigantesque et d'une grande compexité, chargé de produire une fusion presque sans faille entre le peuple et la direction politique, un appareil fonctionnant à l'unisson de son idole politique Hitler et puisant dans une connaissance intime de la psychologie de masse". Un image que l'auteur confirme sur certains point mais sait aussi parfois relativiser.

Coll. ‘Tempus’, Perrin, Paris, 2015.

Vol 1, 1897-1937 : 689 pages, 12,- euros, ISBN : 978-2-262-05031-3.

Vol 2, 1937-1945 : 621 pages, 12,- euros, ISBN : 978-2-262-05039-9.

Ministre de l'Information et de la PropagandeMinistre de l'Information et de la Propagande
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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 05:50

 

Champagne, Vosges, Verdun

Tranchées - n° 22

Un numéro d'été extrêmement riche, qui nous entraîne de l'Oise en juin 1915 (bataille de Quennevières) à la Main de Massiges en septembre de la même année (l'article est excellent, aussi bien dans le fond que dans la forme), mais aussi avec les Diables Rouges du 15/2 sur le Vieil Armand tout au lond de la deuxième année de guerre, puis à Verdun en août 1917 et dans l'Aisne en 1917 avec les chars français. Essentiellement centrés sur les aspects militaires des opérations décrites, les auteurs n'en oublient pas pour autant l'environnement général et savent passer du cas individuel au plus petit niveau à des réflexions plus hautes à l'échelle du théâtre d'engagement. Un excellent numéro.

Par ailleurs, le magazine fêtant ses cinq ans, il est possible de bénéficier de nombreuses offres promotionnelles, en particulier parmi la longue liste des petits ouvrages publiés par Ysec éditions.

Terribles années 1915 et 1917
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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 06:00

Pierre le Grand

Le premier empereur de toutes les Russies

Francine-Dominique Liechtenhan

Voici un portrait très contrasté du tsar Pierre le Grand (ainsi qu'il se nommera lui-même), contemporain de l’empereur romain germanique Léopold Ier, de Guillaume III roi d’Angleterre et stathouder de Hollande, de Charles XII en Suède, de Louis XIV en France : une période exceptionnelle de l'histoire de l'Europe.

Cette biographie très complète revient sur tous les aspects du personnage, et à travers la description de ses faits, ses gestes, ses décisions, sur sa personnalité complexe, torturée sans aucun doute. Confronté dès sa jeunesse aux drames familiaux et aux violences des premiers âges de la dynastie des Romanov, il alterne les phases d’exaltation et de déprime, les gestes forts pour le développement de la Russie et son intégration à l’Europe mais aussi les actes les plus graves de torture et de répression. Si une certaine « légende noire » (à bien des égards avérée) a retenu sa propension à l’abus d’alcool et son goût pour les plaisirs de la chair sans réelle limite (y compris avec son favori), il faut aussi savoir y ajouter la fondation de l’académie russe des Sciences et l’appel à de nombreux savants et techniciens venus de l’Ouest, mesures qui favoriseront la création d’un Etat moderne. Il visite à plusieurs reprises l’Europe occidentale, jouant des alliances entre la Prusse, l’Autriche, la Hollande et la France et cherchant à établir une sorte de zone d'influence russe sur la Pologne alors encore puissante ; fonde Saint-Pétersbourg, ouverte sur la mer, pour que sa capitale dispose d'un accès direct sur le monde ; multiplie les mesures pour briser le carcan très traditionnaliste de l'église orthodoxe, s'appuie sur l'armée (tout en renforçant la marine) et n'hésite pas à lancer de nouvelles campagnes pour accroître son empire, mais choque aussi ses pairs et les grands par sa relation (puis son mariage) avec une roturière du plus bas niveau, une relation d'ailleurs un brin "sado-maso". Paradoxes permanents : en dépit de ses crimes et de ses turpitudes, "il fut un mari et un père aimant, soucieux de légitimer ses enfants et d'assurer l'avenir de son épouse". De l'intégration des provinces (Etats) baltes à de quasi-déportations massives pour avoir un nombre suffisant d'ouvriers travaillant à la construction de sa nouvelle capitale (on parle de 200.000 victimes) ; de son goût pour le déguisement y compris lors des séjours à l'étranger dès son premier séjour à l'Ouest à sa présence plus ou moins incognito dans les lieux les plus improbables ; de la mise au pas de la noblesse à l'usage systématique des pots de vin pour s'attacher des fidélités internationales : un portrait contrasté pour un souverain qui ne le fut pas moins, qui parviendra généralement à ses objectifs sans manifester le moindre respect ou le moindre égard pour ses sujets ou ses interlocuteurs, et sans doute le moindre remord...

Une biographie durant la lecture de laquelle on retient son souffle, presque un roman tant le personnage est exceptionnel. 

Tallandier, Paris, 2015, 685 pages. 27,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0713-0.

Le premier (très) grand tsar
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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 05:50

Canons de débarquement, mitrailleuses et blindés

GBM - n° 113

Après un éditorial dans lequel François Vauvillier s'élève contre la mode de la repentance et appelle à retrouver d'abord l'art du "vivre ensemble" dans "cette France menacée de mort", puis les traditionnelles rubriques consacrées aux courriers des lecteurs et aux progrès de la recherche (identifications, iconographie, etc.), on retiendra plus particulièrement cinq articles. Spécialiste incontesté de l'artillerie, Guy François nous propose de revenir sur "Un siècle de canons de débarquement de la marine", véritables et premiers "canons d'accompagnement de l'infanterie" et dans un deuxième texte sur "Les autocanons de 47 et leur emploi" en particulier contre avions à partir du printemps 1915. Jean-Claude Latour s'attarde sur la création de compagnies de mitrailleuses à l'été 1915, faisant "quadrupler la puissance de feu de ces régiments" en dépit de la baisse des effectifs. Stéphane Bonnaud, dans le premier article d'une série à suivre, nous parle du "47e BCC à Abbeville" avec un luxe de précisions. Jacques Sicard et François Vauvillier enfin labourent un nouveau champ de recherche, très rarement évoqué à ce jour, sur la présence des unités dans les colonies africaines en 1940-1942 avec "Les groupes mobiles en AOF. Cavaliers et coloniaux". Au bilan, un numéro très riche.

Matériels et combats
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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 06:00

Dictionnaire du western

Claude Aziza et Jean-Marie Tixier

En ce début de vacances, un livre "à picorer" pour rêver aux grands espaces, aux chevauchées en liberté, mais aussi aux attaques de trains, aux Comanches et aux chasseurs de primes, aux shérifs et aux chercheurs d'or. Bref, pour revoir quelques super-productions tout en écoutant une musique d'Ennio Morricone.

De "A" comme "Âge d'or" à "Z" comme "Zorro", tout le cinéma "de western" depuis les débuts du cinématographe. Les films, bien sûr, les plus grands classiques (Alamo, La charge fantastique, etc.) et les plus étonnants (Into the Wild)  ; mais aussi les acteurs (Fonda, Ford, etc., jusqu'à Ronald Reagan) et les actrices (dont Marlène Dietrich) ; les lieux, les thèmes, les objets, la typologie, les Indiens évidemment, les héros tutélaires, etc... Un volume très complet où les entrées ponctuelles alternent avec les sujets de fond qui permettent d'approcher l'importance culturelle du "phénomène western".

Une approche pointilliste réussie d'un élément absolument essentiel de la culture nord-américaine, mais qui a également connu un succès planétaire.

Editions Vendémiaire, Paris, 2015, 349 pages, 26,- euros.
ISBN : 978-2-36358-177-8.

Dans les vastes plaines de l'Ouest
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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