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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 06:00

1917

La paix impossible

Jean-Yves Le Naour

Nouvel opus dans la série que Jean-Yves Le Naour consacre à chaque année de guerre. Après 1914, la grande illusion ; 1915, l'enlisement ; et 1916, l'enfer ; il s'attache à présenter cette année 1917 qui voit les doutes, les inquiétudes, les oppositions augmenter chez tous les belligérants, qui voit les Etats-Unis entrer en guerre et la Russie imploser.

Ce gros volume de plus de 400 pages est construit autour de la notion de paix, paix espérée, paix recherchée, paix impossible. De l'évolution de la situation diplomatique entre l'Allemagne et les Neutres (et en particulier les Etats-Unis) à la dégradation des conditions de vie en Russie et aux révolutions russes, de la nomination et des promesses inconsidérées de Nivelle à son remplacement par Pétain, des grèves des ouvrières de la confection à un 1er mai de lutte (le premier depuis le début de la guerre), des refus d'obéissance au front à l'augmentation des prix à l'arrière, du mirage des réunions socialistes internationales à l'appel à la paix du pape Benoît XV, de l'aggravation de la crise intérieure en Autriche-Hongrie à la crise alimentaire en Allemagne, du désastre italien de Caporetto au renversement du roi de Grèce, de la prise du pouvoir par les Bolcheviques à l'arrivée de Clemenceau comme chef du gouvernement, tous les moments importants de l'année sont pris en compte et décrits.

Ils le sont avec le style et l'angle d'analyse de l'auteur, qui trouve toujours une responsabilité du haut commandement dans toute chose négative, mais avec un indéniable brio qu'autorise une plume alerte et une très large connaissance de la période. On apprécie les nombreuses citations et références ainsi que l'utile index final. Un volume utile pour continuer une belle série.

Perrin, Paris, 2015, 441 pages. 23,50 euros.

ISBN : 978-2-262-03037-7.

Année de rupture
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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 06:00

Athos

La Sainte Montagne

Ferrante Ferranti

Passionné par la beauté et les mystères de la petite péninsule de Grèce du Nord restée un Etat théocratique, une "république monastique" depuis l'époque byzantine, l'auteur a déjà publié un bel album de photographies sur le sujet et nous en propose aujourd'hui la description tranquille, de l'intérieur, à la vitesse du pélerin.

Après avoir raconté son arrivée en bateau sur la presqu'île, tout en nous rappelant l'origine du site et l'histoire de sa fondation, Ferrante Ferranti nous fait visiter tous les sites : le petit port de débarquement d'abord, seul mode d'accès, puis la modeste capitale administrative qui a "gardé des allures de principauté des Balkans au XIXe siècle", entre modernité et tradition : "Même si la modernité y pénètre par le biais des panneaux solaires, du téléphone portable et de la voiture, les Athonites détiennent l'image de farouches défenseurs de la Sainte Tradition, car aucun compromis n'est fait sur la quiétude de la vie monastique". Suivent ensuite les descriptions des différents monastères, à partir du centre spirituel de "La Grande Laure", dans lesquels il se rend en premier. Il se déplace ensuite de l'un à l'autre, généralement à pied, ce qui nous vaut quelques belles descriptions des vues sur la montagne ou sur la mer, paysages si propices à la réflexion : "Sur la plage de la baie Marionos, je médite avec nostalgie sur le temps où les Bénédictins étaient ici les témoins de l'unité chrétienne dans l'ascétisme". Au fur et à mesure des visites, il nous présente bien sûr chaque ensemble architectural ("Tous les monastères sont bâtis de la même façon, tels des châteaux-forts, avec une grande tour, généralement érigée en premier, et d'autres parties construites en bois à partir du Xe siècle"), mais décrit aussi les moines qui y vivent et qu'il rencontre (on note d'ailleurs qu'ils sont en général très réservés, donnant le sentiment pour la plupart d'être assez peu accueillants), évoque les oeuvres d'art (dont de magnifiques icones) que l'on peut y admirer, nous rappelle les crises intérieures que ces lieux connurent (car les oppositions internes furent importantes entre communautés et nationalités au cours de l'histoire) jusqu'à une époque très récente : "Les Ottomans s'en sont allés et la fin du communisme dans les Etats slaves de tradition orthodoxe a permis le renouveau de la spiritualité". Le tenants de la tradition la plus stricte vivent quasiment en état de siège : "Nous refusons toute aide financière car des menaces économiques pèsent sur l'Athos. L'argent de l'Union Européenne va tout détruire ; des députés exigent même de venir nous contrôler. Nous voulons que la Sainte Montagne reste ce qu'elle est. Elle n'est ni un site archéologique ni un centre touristique, mais un lieu vivant qui demeurera orthodoxe et existera jusqu'au Jugement dernier !".

Entre lents cheminements, icônes miraculeuses, frugale restauration à base de pain et d'olives, vapeurs d'encens, couchers de soleil sur la montagne, antiques bibliothèques, fresques aux murs, Ferrante Ferranti poursuit aussi un itinéraire spirituel : "Avec lui, j'ai oublié le temps ; combien d'heures au-je passé à ses côtés, sur la terrasse surplombant les eaux, jusqu'à devoir faire rouvrir les portes du monastère fermées et cadenassées après le couchant". Un petit livre reposant, agréable à lire, riche d'enseignements et qui permet sans aucun doute une approche sereine de ce petit territoire, mais aussi des principes qu'il entretient.

Editions Desclée de Brouwer, Paris, 2015, 161 pages. 19,50 euros.
ISBN : 978-2-22006-742-1.

République monastique
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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 06:00

Le vol de l'histoire

Comment l'Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde

Jack Goody

Dans ce volume, paru au Royaume-Uni en 2006, l'auteur, anthropologue, se fixe pour objectif de démontrer que l'Europe a "imposé" sa compréhension et sa vision de l'histoire du monde au reste de la planète. Osons le dire immédiatement, en dépit des nombreux exemples pertinents donnés, le propos est finalement peu convaincant (même s'il connaît une certaine vogue).

La première partie remet en cause les études de trois historiens : Joseph Needham, devenu sinologue ; l'Allemand Norbert Elias, qui situe l'apogée de la civilisation dans la Renaissance européenne ; et le Français Fernand Braudel, qui situe en Europe également la fondation de l'économie moderne. Puis, thème par thème, il revient sur une série de notions temporelles et politiques (l'Antiquité, le Moyen-âge, le despotisme) qu'il relativise. Pour l'Antiquité grecque, il fait par exemple appel aux apports de l'Egypte et de la Phénicie pour expliquer que, finalement, le "berceau" de la culture européenne doit beaucoup à l'Orient et aux influences extérieures. De même, après la chute de l'empire romain (d'Occident), les échanges ne se sont pas interrompus entre l'Afrique du Nord, l'Inde et la Chine via le Moyen-Orient et Byzance. Dans le même esprit, la chevalerie et la guerre équestre "venaient bel et bien d'Orient" ; tandis que la notion de "despotisme asiatique" ne serait qu'une "impropriété grossière". La troisième et dernière partie aborde trois autres domaines : le développement des villes, des universités et de l'éducation, celui des valeurs d'humanisme et de démocratie, et enfin celui de l'amour, de l'amour courtois, romantique, et de l'attachement sentimental. Pour chacun, il multiplie les exemples pour prouver que les Européens n'ont pas été les seuls, ou les premiers, à valoriser ces facteurs positifs. Sur la liberté de mariage : "Le mariage arrangé, aussi contraire soit-il à la sensibilité des Européens modernes, n'empêche assurément pas que se développe un rapport de grande affection entre les conjoints une fois l'union scellée"... Effectivement, rien ne l'empêche. Mais est-ce pour autant une règle ? Ou un argument pertinent ?

Alors oui, bien sûr, l'Europe n'a pas tout inventé, loin de là. La Phénicie pratiquait le commerce international et la Chine a donné naissance à l'imprimerie. Certes. Mais la question n'est pas seulement là : ces inventions mises au point, encore faut-il les développer, les harmoniser, les valoriser, les combiner, pour en tirer le meilleur, pour les faire croître et prospérer. Les anciens Grecs ont indiscutablement été influencés par leurs principaux voisins, mais ce sont bien eux qui ont donné à l'Europe, pardon au monde, l'héritage intellectuel et architectural par exemple que l'on connaît encore aujourd'hui. Au bilan, un livre qui remet un certain nombre de pendules à l'heure mais qui, en voulant à tout prix prouver que finalement l'Europe n'a pas inventé ou produit grand chose (de positif) rate sa cible. Elle n'est pas exclusive d'autres, sous des cieux différents, mais il existe bien une "exception européenne".

Folio Histoire, Paris, 2015, 607 pages. 9,50 euros.

ISBN : 978-2-07-045396-2.

Contre "l'eurocentrisme"
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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 06:15

The Journal of Military History

Octobre 2015

Le dernier volume du trimestriel de la Société pour l'histoire militaire vient de paraître. Son sommaire comme ses nombreuses recensions sont presque entièrement consacrés à la Grande Guerre.

Pas moins de huit articles sont ainsi consacrés à la Première Guerre mondiale (et un à la guerre civile américaine) et une quarantaine d'ouvrages anglo-saxons sont présentés, ce qui constitue une opportunité tout à fait précieuse pour mettre à jour sa bibliographie avec des titres peu connus en France. Parmi les articles, on note en particulier celui de Robert Doughty sur Joffre et celui d'Elisabeth Greenhalgh sur Foch, mais aussi un texte intéressant de Richard DiNardo sur l'invasion de la Serbie en 1915. Parmi les livres présentés, quatre thématiques dominent : la marche vers la guerre et le déclenchement du conflit, les questions politiques et militaires liées à l'empire ottoman, les USA face à la guerre et dans la guerre, et les analyses à caractère tactique et opérationnel (campagne de Roumanie, Verdun, marine australienne, artillerie de l'armée allemande, front russe, etc.).

Un volume tout particulièrement intéressant.

Pour accéder au sommaire et commander : ici.

Grande Guerre
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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 06:00

Versailles

Enquête historique

Mathieu da Vinha

Une approche originale du château de Louis XIV par le directeur scientifique du château de Versailles, conseiller historique sur la série éponyme de Canal + : "éclairer la fiction en la confrontant parfois avec la réalité historique", avec en référence cette "excuse" inspirée d'Alexandre Dumas : "Il est permis de violer l'histoire à condition de lui faire de beaux enfants".

En quatre parties et avec beaucoup de finesse, l'auteur nous présente l'histoire de la construction de Versailles et de la vie de Louis XIV et de la cour pendant les premières années d'occupation du château. Au fil des chapitres, nous apprenons pourquoi (et quand) Louis XIV fait le choix du soleil comme symbolen ce qu'est la "Grande enquête" de 1666 sur la noblesse ou quels sont les détails de l'étiquette, mais nous suivons surtout tout le processus de construction du château et d'installation progressive du monarque car le palais constitue bien le fil rouge de tout le livre. Nous en apprenons davantage sur les grands (princes étrangers, famille du roi, haute noblesse) qui fréquentent le château ou s'y installent plus ou moins durablement, mais aussi sur la domesticité et la véritable "ville" qui vit par et pour le service du souverain. Cela nous donne aussi quelques belles pages sur l'éducation des jeunes princes, et sur l'intérêt de Louis XIV pour les arts et les lettres, les divertissements royaux et... les femmes. Le livre se termine sur quelques descriptions de Versailles et surtout une série de portraits des personnages les plus importants.

Faire de l'histoire intelligente de façon agréable en prenant le prétexte d'une série de fiction ? Pourquoi pas. Pari réussi.

Tallandier, Paris, 2015, 256 pages. 18,90 euros

ISBN : 979-10-210-1002-4.

Un palais-maîtresse
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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 06:00

L'Islam en 100 questions

Malek Chebel

Alors que la question de la place de l'Islam dans la société française appartient désormais au débat public quotidien, ce petit livre format poche est d'un indiscutable intérêt, même si, à notre sens, il ne pose pas les deux ou trois questions "qui gênent".

Organisé en trois grandes parties comptant chacune une trentaine de brefs chapitres ("Le Coran et le prophète", "L'Islam, ses rituels, son oeuvre", et "L'Islam et la France"), l'ouvrage est très riche en informations factuelles et références historiques permettant de mieux appréhender, pour la première partie les conditions de la naissance de l'Islam, de rédaction et de contenu du Coran, de la division entre Sunnites et Chiites, des relations entre l'Islam et les autres religions monothéistes ; puis pour la seconde les modalités d'exercice de leur foi par les musulmans, le sens de nombreux symboles et l'approche de différents aspects de la vie privée et sociale (la nourriture, le mariage, les arts, etc.). La troisième enfin évoque la présence musulmane en France depuis le Moyen-âge jusqu'aux évènements les plus récents, dans les domaines politiques, artistiques et culturels mais aussi de vie propre de la comuunauté musulmane en tant que telle. On le voit, beaucoup d'informations et de précisions qui seront extrêmement utiles à tous ceux qui souhaitent s'intéresser calmement au sujet. Il faut néanmoins noter que l'argumentation est assez systématiquement favorable à l'Islam (le chapitre sur l'esclavage par exemple est à cet égard significatif) et surtout que quelques questions essentielles ne sont abordées que partiellement (à travers les chapitres consacrés au Coran, à la charia, et à "Quelle grande réforme de l'Islam reste-t-il à faire?") et surtout ne sont pas traitées sur le fond. Concrètement, dans la réalité, quelle place le respect du Coran par les croyants et l'application de ses préceptes laissent-ils à la vie politique démocratique et laïque ? Les questions religieuses priment-elles sur les choix politiques dans les relations internationales des pays musulmans ? Les influences extérieures (Arabie Saoudite, Maroc, Algérie, Turquie, etc.) sur les différentes composantes de l'Islam de France sont-elles mesurables (ou mesurées) et quelles sont leurs conséquences ? Là, pas de réponse nette, voire pas de réponse du tout (voir le chapitre sur le CFCM). Et sur de tels sujets (semble-t-il tout de même plus importants que la notoriété de Simbad le marin ou la vie de Barberousse, qui font chacun l'objet d'un chapitre), ce quasi-silence voilé de brouillard pose question. 

Coll. 'Texto', Tallandier, 2015, 302 pages, 9,- euros.

ISBN : 979-10-210-1633-0.

Islam
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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 06:00

Enquête sur un sabre

Claudio Magris

L'action se déroule entre l'été 1944 et le printemps 1945 en Carnie, cette province de la grande région d'Udine, frontalière de l'Autriche. Elle met en scène, en particulier, les Cosaques alliés du IIIe Reich, repliés sur ces terres éloignées de leur pays d'origine par les Allemands et confrontés à la résistance locale.

Le petit livre se présente sous la forme d'un rapport d'enquête, à la fois "testament" et texte onirique, philosophique, fantasmé, entre rêve et réalité, dans lequel l'auteur raconte sa recherche de la fin (et des restes mortels) de l'un de ces chefs cosaques, le général Krasnov, ataman des cosaques du Don, héros de la Grande Guerre et de la guerre civile, "que les nazis avaient ... mis à la tête de l'armée cosaque qui leur était alliée, en lui promettant la création d'un Kosakenland, une patrie cosaque autonome dans les villages et les montagnes de la Carnie". Après s'être volontairement rendu aux Britanniques contre la promesse de ne pas être livré aux Soviétiques, qu'est devenu Krasnov ? A-t-il été exécuté à Moscou comme tant d'autres ? A-t-il été tué par les partisans italiens ? Cette histoire "cahotique et compliquée" est d'autant plus passionnante que Claudio Magris procède à de nombreuses digressions pour essayer de comprendre comment ces farouches cavaliers adeptes de la liberté ont pu accepter de se soumettre à un ordre nazi qui était à l'antithèse de leurs valeurs. Une contradiction que la personnalité de Krasnov, telle qu'elle est décrite, illustre pleinement : il multiplie les gestes amicaux et affectueux, "à nous, les gamins, il ne faisait pas peur m'a dit le maire de Verzegnis, mais ces petits gestes se perdaient dans la masse des prévarications commises par ses soldats et ses alliés, et donc faites en son nom, sur la foi de ce sabre qu'il brandissait, croyant donnner un signe de commandement et faisant alors un 'Présentez armes' aux Allemands comme un troufion de caserne". La découverte (réelle ?) de la garde d'un sabre brisé, qui donne au livre son titre, en constitue également le fil rouge, sur fond de trahison générale et d'erreurs de jugement systématiques, avec pour "unique point précis parmi ces projets discordants ... la volonté d'échapper coûte que coûte aux Soviétiques". Dans le dédale de cette recherche fantasmée, dans le décor des Alpes carniques, il y a même un mystérieux trésor enterré, et ces cartes des différentes régions d'Europe traversées pendant l'exil : "Je vois en lui un reflet de moi-même, le portrait de tout homme qui a un moment de sa vie veut fermer les yeux sur sa propre vérité et pour la cacher à sa propre vue, élabore une mise en scène laborieuse et compliquée ... C'était un pécheur, mais je crois que son courage lui a permis de saisir l'ironie du destin".

Alors ? Il n'y a pas de réponse. Les faits vérifiés ne valident pas la construction intellectuelle. Le rêve du vieux chef cosaque ne pouvait rien attendre de l'idéologie nazie qui lui est fondamentalement contraire : "Krasnov chercha précisément la défense de l'aventure, de la chevalerie et de la tradition dans le nazisme, le plus mortel ennemi de la tradition et de l'aventure, caserne totalitaire et technologique qui nivelait la vie par une uniformité bien plus rigide que celle imputée au démocratie méprisée". Manipulé, trahi, le vieil ataman héros de la guerre civile russe disparaît, de la vie et de l'histoire, après une ultime entrevue avec le général Vlassov, auquel à la fois toutes ses conceptions l'oppose et que tout rapproche pourtant dans le malheur.

J'arrête là. J'abandonne mon auteur et, profitant d'un dernier rayon de soleil, je m'éloigne en direction des montagnes. En rêvant moi aussi qu'elles deviennent steppes. 

Coll. 'L'imaginaire', Gallimard, Paris, 2015, 105 pages. 8,50 euros.

ISBN : 978-2-07-011474-0.

 

Nouvelle
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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 05:55

L'horizon de Blanche

Maryline Martin

Nouveau roman sur le thème de la Première Guerre mondiale pour Maryline Martin, avec pour axe central l'engagement des femmes dans la Grande Guerre.

Le livre nous raconte la vie, émotionnellement parfois bien mouvementée, d'une jeune femme née dans un milieu très modeste d'artisans dans la capitale, sensible aux idées du mouvement féministe du début du XXe siècle et sans doute trop tôt installée en couple avec un "macho" jaloux, pour utiliser un néologisme. Se retrouvant seule après la mobilisation et ayant rencontré un beau et jeune étudiant en médecine, elle s'engage au sein de l'Union des femmes de France et nous suivons désormais au fil des chapitres trois parcours différents et qui se croisent parfois : celui de Blanche, l'héroïne, qui va devenir infirmière à Enghein ; celui de Numance, le mari, dont la guerre revèle les mauvaises pulsions et qui va finalement mourir ; et celui de Louis, l'amant, qui devient un grand chirurgien, d'abord à l'arrière puis dans la zone des armées.

C'est gentillet, plein de bons sentiments, un peu "collection Arlequin mode guerre de 14". On relève au fil des pages beaucoup d'informations ponctuelles exactes sur l'organisation du service de santé, la préparation du concours d'infirmière, l'organisation des transports et de la vie à l'arrière. Un "roman pour jeunes filles", comme on disait au début du siècle dernier.

Editions Glyphe, Paris, 2015, 168 pages, 12,- euros.

ISBN : 978-2-35815-164-1.

Roman
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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 06:00

L'ennemi invisible

Sofiane Bouhdiba

Un ouvrage original, puisque l'auteur s'attache à retrouver dans l'histoire des conflits armés une série d'exemples particulièrement significatifs du fait que les mauvaises conditions d'hygiène, les maladies, les épidémies, causent autant sinon plus de décès parmi les militaires que les combats eux-mêmes.

Pour assoir sa démonstration, il revient donc sur dix exemples plus ou moins célèbres, entre les Croisades et la fin du XXe siècle, chaque épisode de guerre étant associé à une épidémie ou une maladie particulière. Il commence ainsi avec le siège d'Antioche en 1097-1098, durant lequel la faim est la première cause de mortalité chez les croisés ; poursuit par le siège de Caffa en Crimée, à l'origine de l'épidémie de peste dans tout le bassin méditerranéen au XIVe siècle ; puis par la prise de la capitale aztèque, Tenochtitlan, par Cortés, grâce à quelques centaines d'hommes et... une épidémie de variole ; etc. Il revient pour des périodes plus récentes sur Valmy ("La France trouvera alors un allié inespéré dans cette bataille décisive : la dysenterie"), sur la retraite de Russie à l'hiver 1812, avec le "général Hiver" et le froid ; sur la campagne de Crimée du Second empire et son épidémie de choléra ; sur la campagne du Mexique et les ravages de la fièvre jaune (on se souvent du vomito negro) ; sur la campagne de Tunisie et la fièvre typhoïde ; etc. Pour les conflits du XXe siècle, les exemples choisis sont totalement différents : les atteintes à la santé des poilus causées par l'eau et la boue des tranchées d'une part, et le syndrome de la guerre du Golfe parmi les vétérans américains.

On reste finalement un peu sur sa faim à l'issue de la lecture, car la très brève conclusion ne développe pas à proprement parler une synthèse des enseignements, et se termine curieusement par l'évocation d'un opérateur de drone ("Peut-il être considéré comme responsable de la mort ?"). Par ailleurs, il aurait sans doute été intéressant de mettre en parallèle des situations décrites l'évolution des réponses, jusqu'à l'émergence de services de santé modernes. Le livre n'en demeure pas moins intéressant, en ce qu'il met en relief, dans des campagnes pour lesquelles on n'en parle peu, les contraintes médicales et sanitaires. Ce sujet vient par exemple immédiatement à l'esprit pour la première expédition de Madagascar (non traitée), mais qui y pense pour celle du Mexique ? Il permet ainsi d'intégrer à la réflexion sur ces opérations une composante fondamentale pour le maintien de la capacité opérationnelle. 

Editions Pierre de Taillac, Villers-sur-Mer, 2015, 169 pages. 19,90 euros.

ISBN : 978-2-36445-051-6.

La faucheuse
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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 06:00

Journal

1914-1923

Général Edmond Buat

Voilà un livre-document absolument indispensable pour quiconque souhaite améliorer sa compréhension des évènements de la Grande Guerre et de l'immédiat après-guerre.

Soigneusement conservés par la famille, les douze cahiers de notes (presque) au jour le jour prises par le colonel puis général Buat à partir d'août 1914 sont désormais portés à la connaissance de tous. Si, ponctuellement, des extraits avaient pu circuler, une édition intégrale restait à réaliser. C'est désormais fait. Successivement en poste au GQG, brièvement à l'état-major d'une Armée, au cabinet du ministre de la Guerre, à nouveau au GQG, puis titulaire de commandement opérationnels au niveau brigade, division et corps d'armée, il est en 1917 le commandant de la réserve générale d'artillerie lourde, dont on sait toute l'importance dans les opérations de l'époque. Il est un éphémère commandant de la 5e Armée à l'été 1918 avant de rejoindre Pétain comme major général des armées en campagne, n° 2 des armées françaises. Il accède dix-huit mois plus tard au sommet de la hiérarchie militaire, comme chef d'état-major général, poste qu'il conserve jusqu'à son décès brutal à la fin de l'année 1923. Durant cette période, il est au premier rang des questions politico-militaires, stratégiques, doctrinales, budgétaires et d'équipements de l'après-guerre, sait faire preuve d'une profonde capacité d'innovation, témoigne de beaucoup de réalisme et observe avec attention ceux avec lesquels il est amené à travailler.

On ne peut résumer en quelques lignes un tel Journal, mais on voit bien qu'au fil des années et des responsabilités occupées, Edmond Buat croise l'ensemble du personnel politique, militaire, journalistique, industriel de l'époque. Il est à l'origine de la création d'un sous-secrétariat d'Etat spécialisé pour l'armement et les munitions en 1915, mais aussi au centre des âpres débats sur les effectifs ou les chars d'assaut au tout début des années 1920. Pendant la guerre elle-même, du fait de ses affectations successives, il est amené à s'intéresser aussi bien aux questions d'équilibre parlementaire que d'organisation des réseaux défensifs sur la ligne de front ou de l'organisation et de l'emploi des nouvelles unités d'ALGP. Un seul bémol (s'il faut absolument émettre une réserve) : la petitesse des caractères d'imprimerie utilisés. Plus de 1400 pages en tout petit format, les lunettes sont indispensables ! Plaisenterie mise à part, un (gros) livre, chaudement et spécialement recommandé pour tous les amateurs de la période. Il doit absolument figurer au premier rang de toute bonne bibliothèque sur la Grande Guerre. 

Perrin, Paris, 2015, 1481 pages, 45,- euros.

ISBN : 978-2-262-03839-7.

Es-sen-tiel !
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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