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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 00:01

De Gaulle

Stratège au long cours

François Kersaudy

La quatrième de couverture commence par ces deux phrases significatives : "Des cinq grands protagonistes de la Seconde guerre mondiale, Charles De Gaulle est le seul à avoir reçu une formation d'officier général, les quatre autres -Hitler, Staline, Roosevelt, Churchill- pouvant être considérés comme des stratèges amateurs. Mais l'ironie du sort a voulu qu'il ait été aussi le seul à n'avoir pratiquement pas d'armée...". Nonobstant le fait qu'il n'y a pas de "formation d'officier général" et que Churchill peut difficilement être réduit à un "stratège amateur", l'affirmation n'est pas fausse et justifie le livre.

Prenant chronologiquement la carrière du futur président de la Ve République, l'auteur étend largement son propos avant et après la Seconde guerre mondiale qui est habituellement le coeur des ouvrages de la collection. De sa formation à Saint-Cyr à son arrivée comme jeune sous-lieutenant au 33e RI, des combats de Dinan en 1914 pour le lieutenant à ceux de Douaumont en 1916 pour le capitaine, de la mission militaire en Pologne au séjour au Levant, de l'auteur d'ouvrages de stratégie de l'entre-deux-guerres au commandant de la 4e DCr en 1940, du chef de la France Libre au gouvernement provisoire de la République, de la Libération à la traversée du désert sous la IVe République, de la guerre d'Algérie au retrait du commandement militaire intégré de l'OTAN et à l'arme atomique indépendante, c'est toute une vie consacrée à la conception, l'élaboration, la formalisation d'abord puis la mise en oeuvre ensuite d'une conception souveraine de la stratégie nationale. Ce fil conducteur, que l'on retrouve durant toutes les périodes, dans tous les exemples retenus, est indissociable de la pensée politique du général De Gaulle, avec le souci permanent que la France tiennent son rang. Lui-même s'interrogera : "Ce qui m'importe, c'est ce que l'on pensera dans deux générations, c'est le jugement que l'on portera : ai-je été utile à mon pays oui ou non ?"... Une question que les innombrables politiciens qui aujourd'hui prétendent se recommander du gaullisme devraient sérieusement se poser.

Une approche de la pensée du général De Gaulle dans le temps long qui montre la cohérence d'un parcours (mais aussi, lu en creux, la difficulté d'y être fidèle). Un volume à recommander à tous ceux qui souhaitent une compréhension claire des principes stratégiques du gaullisme.

Perrin, Paris, 2020, 336 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-262-07893-5.

Le Connétable
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13 octobre 2020 2 13 /10 /octobre /2020 00:01

Belchite

Ruines-fantômes de la guerre d'Espagne

Stéphane Michonneau

L'auteur se livre ici à une intéressante étude de cas sur l'utilisation et l'évolution de la mémoire, à partir du village de Belchite, au sud de Saragosse, site d'intenses combats pendant la guerre d'Espagne, dont la reconstruction a été voulue et instrumentalisée par Franco.

Située sur la ligne de front entre nationalistes et républicains à partir de l'automne 1936, la commune est assiégée en 1937, perdue par les Franquistes puis reconquise en 1938. Entièrement détruit, le village bénéficie de toute la sollicitude du gouvernement espagnol pour sa reconstruction, en contrebas de l'ancien village, dès la fin de la guerre civile comme "village adopté". L'auteur en décrit les modalités pratiques, techniques, mais aussi et surtout les échos politiques dans l'Espagne de l'époque. Au terme d'une évolution que l'on retrouve dans toute l'Espagne post-franquiste, "depuis les années 1990, Belchite est enfin le lieu d'un réinvestissement mémoriel qui en fait l'un des lieux de la guerre les plus visités dans l'actualité". Stéphane Michonneau s'intéresse dès lors à la place de la commune, qualifiée de "Nouvelle Numance" par les Franquistes, en écho à la résistance à la conquête romaine, comparée à Tolède, dans la mémoire espagnole. La deuxième grande partie du livre est ainsi consacrée à la question des ruines de guerre, du tourisme de guerre, de l'instrumentalisation de la reconstruction voisine et des grandes thématiques (paix, réconciliation, etc.). Comparant la situation de Belchite avec celle de Corbera d'Ebre, autre village martyr, en Catalogne, l'auteur constate que les habitants d'aujourd'hui restent globalement fidèles au récit héroïque antérieur et s'opposent sur ce point aux autorités régionales. La troisième partie revient sur les victimes civiles des combats, en particulier les morts, très généralement oubliés du discours public, et sur l'évolution de la façon dont leur souvenir est évoqué. La dernière partie enfin reprend une série de témoignages individuels , revient sur les graffitis laissés par les combattants dans les ruines et sur la coexistence des deux villages "en miroir l'un de l'autre" : celui en ruines et celui reconstruit. Finalement, plusieurs mémoires (comme il y a plusieurs générations ayant chacune leur compréhension des évènements) se superposent, coexistent, se complètent et s'opposent à la fois, même si une lecture "héroïque" de l'histoire passée reste très présente localement.

Une approche, à partir d'un cas particulier significatif, de tout un pan de l'évolution de l'Espagne par rapport à son passé récent. Une étude poussée à connaître par quiconque s'intéresse à cette période et au pays.

CNRS Editions, Paris, 2020, 428 pages, 26,- euros.

ISBN : 978-2-271-13118-8.

Mémoire(s) de la guerre d'Espagne
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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 00:01

Nasser

Archives secrètes

Hoda Nasser

Le titre est accrocheur : "archives secrètes"... D'autant que le personnage est relativement mal connu en France en dépit de son importance et de son héritage dans l'histoire régionale de la deuxième moitié du XXe s. 

L'intérêt du livre est absolument réel. Non pas parce qu'il apporterait des révélations extraordinaires ou mettrait en lumière de lourds secrets. Mais parce qu'il repose sur une double approche : d'une part les souvenirs familiaux de l'auteure, fille du Raïs (ce qui donne un portrait intimiste du leader égyptien), d'autre part parce qu'il s'appuie sur ces fameuses archives : "les notes, les brouillons et les carnets de Nasser sont comme les instantanés d'une vie politique". Tous les grands thèmes de la période sont bien sûr évoqués au fil des chapitres, de la crise de Suez aux Non-alignés, de l'unité rêvée des peuples arabes à la guerre du Yémen, du conflit israélo-arabe (en particulier la guerre de 1967) aux rapports avec l'URSS et les USA comme à la question libanaise. De même, la vie politique égyptienne, dans sa maigreur (Nasser se flatte régulièrement de ne pas reconnaître les partis) et ses oppositions (Frères musulmans en particulier) et les difficultés intérieures (on note une sorte de course vers un régime en fait de plus en plus dictatorial) sont régulièrement évoquées, sous l'angle bien sûr de l'approche personnelle de Nasser. En fin de volume, des discours, des correspondances et des notes sur les grands sujets diplomatiques sont présentés in extenso sur quelques 140 pages, et le livre se termine sur le journal tenu par l'officier Nasser pendant la guerre israélo-arabe de 1948. On en retire au total le sentiment de ne pas lire "la même histoire" que celle que l'on connaît (ou croît connaître), puisque le livre présente l'opinion intime du Raïs ; et l'on se prend à repenser à l'indispensable confrontation des sources pour un historien. C'est donc sous cet angle que l'ouvrage prend toute sa valeur, en mettant quelques repères égyptiens en vis-à-vis de l'historiographie courante en France ou au Royaume-Uni, mais sans surtout lui donner une valeur excessive.

Ouvrage de justification de l'action de son père, le livre de Hoda Nasser doit être connu de tous ceux qui s'intéressent à l'Egypte, au Moyen-Orient et au monde arabe des années 1950-1970, mais aussi à leurs échos ultérieurs. Une bonne occasion de revenir sur des crises et des conflits auxquels la France ne fut pas étrangère.

Flammarion, Paris, 2020, 369 pages. 23,90 euros.

ISBN : 978-2-0813-5810-2.

Le Raïs
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11 octobre 2020 7 11 /10 /octobre /2020 00:01

De Rezonville à Varsovie en passant par Vermelles et Verdun

Tranchées  -  n° 42

Le magazine confirme l'élargissement de ses centres d'intérêts, d'une part en poursuivant la publication d'articles sur la guerre de 1870 (dans ce numéro les combats de Rezonville - Mars-la-Tour le 16 août 1870, par François Hoff) et d'autre part en étendant dans le temps son champ d'investigation avec un bel article sur la bataille de Varsovie à l'été 1920 (par Jacques Wiacek). Pour la Grande Guerre stricto sensu, le magazine revient sur les terribles combats de Vermelles, au nord d'Arras, en octobre 1914 (avec un coup de projecteurs sur les "autocanons"), par Yves Buffetaut ; sur la désastreuse offensive locale de Saint-Thomas-en-Argonne en septembre 1915 ("Le sacrifice inutile de la 128e DI"), par Franck Beauclerc ; et nous présente sous la signature de Benoît Rondeau une synthèse de la campagne d'Afrique orientale de von Lettow-Vorbeck (on apprécie en particulier la présentation détaillée de la bataille de Tanga).

Un numéro presque "100% batailles", à conserver.

 

De 1870 à 1920
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10 octobre 2020 6 10 /10 /octobre /2020 00:01

Verdun, Gallieni, Tannenberg, etc.

14-18 Magazine  -  n° 90

Un sommaire qui nous entraîne sur toutes les pistes de la Grande Guerre, et autour de la Grande Guerre. Pour les batailles, dix pages de Jean-Pascal Soudagne avec une belle cartographie sur l'offensive Guillaumat à Verdun fin août 1917, et j'interviens avec un article sur Tannenberg, en Prusse orientale, en 1914. Pour les personnalités, Frédéric Médard termine son étude sur les obsèques nationales de Gallieni en 1916 et Pierre Lévêque revient sur la personnalité de Barbusse, auteur du célébrissime Le Feu (dont on apprend que le monument mortuaire fut offert par "les travailleurs de l'Union soviétique"). Pour les lieux, Stéphane Bottero présente l'In Flanders Fields museum d'Ypres et Jean-François Krause s'intéresse au monument aux morts de Decazeville, en hommage aux mineurs. Enfin, Jean-Pierre Verney fait le constat de l'échec des traités de paix dans "1919, le rêve d'un nouveau monde", tandis que Patrice Warin revient sur les monnaies "de nécessité", d'usage provisoire et local ("Le Notgeld, histoire et traditions").

Un numéro qui séduira les amateurs les plus exigeants.

Toute la Grande Guerre
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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 00:01

De la grande stratégie

John Lewis Gaddis

Voici un livre étonnant qui balaie très largement l'histoire occidentale, depuis la Grèce antique jusqu'au XXe siècle, pour nous convaincre (en réalité c'est assez rapide car nous sommes acquis à l'idée) que la capacité d'adaptation et le sens de l'opportunité à saisir sont les clefs du succès militaire, au détriment de l'idée préconçue, de l'obstination, de l'omnipotence intellectuelle.

Distinguant entre les "hérissons" obstinés et les "renards" capables d'adaptation quasi-immédiate, John L. Gaddis fait ainsi le choix d'une dizaine d'exemples choisis dans l'histoire, des guerres médiques à la guerre froide, en passant par les conflits entre cités grecques, l'opposition entre Octave et Antoine, Machiavel et les Médicis, Elisabeth d'Angleterre et Philippe II d'Espagne, la guerre d'indépendance des colonies américaines, la campagne de Russie de Napoléon Ier, l'esclavage et la guerre de Sécession aux Etats-Unis, etc. Les références sont très nombreuses, souvent littéraires, tirées du roman ou de pièces classiques, trop peut-être. Si l'auteur est visiblement à son aide pour manier les concepts et jongler avec les évènements du passé, il ressort de l'ensemble une impression de tourbillon qui peut impressionner le lecteur mais aussi le perdre au fil des innombrables digressions et des "sauts" chronologiques pas toujours expliqués.

Au bilan, un livre qui étonne, qui dérange, mais qui ne semble pas adapté à un public trop néophyte car les idées agitées demandent, pour être suivies, de solides connaissances préalables. Finalement, "les renards s'adaptent plus aisément à des changements rapides, mais les hérissons prospèrent durant les périodes de stabilité". Alors, plutôt "renard" ou "hérisson" ?

Les Belles Lettres, Paris, 2020, 357 pages. 25,50 euros.

ISBN : 978-2-251-45109-1.

Ambitieuse synthèse
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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 00:01

Y a-t-il de bons dictateurs ?
Mussolini, une amnésie historique

Francesco Filippi

Voici un petit volume qui tient du pamphlet politique avec pour seul objectif de vouloir démontrer qu'il n'y a rien eu de positif en Italie sous le gouvernement de Mussolini. Soit. Mais le caractère systématique de la critique négative pose quand même question.

Dans cet essai, l'auteur reprend point par point une dizaine de sujets sur lesquels il est souvent dit que Mussolini aurait fait progresser l'Italie, et s'attache à démontrer qu'il n'en a rien été. Sujet par sujet, de l'assèchement des marais pontins à l'accession des Italiens à la propriété individuelle, de l'essor économique à la mise en place du système de retraite, de "Mussolini et les femmes" à la politique militaire, du racisme à l'antisémitisme, Francesco Filippi démonte toutes les réussites improprement attribuées selon lui au régime. Globalement, deux arguments principaux reviennent pour chaque exemple : d'une part le processus avait commencé bien avant l'arrivée au pouvoir de Mussolini (ce qui est une évidence, rien ne surgissant soudainement du néant), d'autre part la censure et la propagande du régime ont grandement contribué à créer ces mythes (ce qui tout en étant vrai n'empêche pas objectivement certaines évolutions). Finalement, si ceux que l'auteur qualifie de nostalgiques aujourd'hui peuvent s'exprimer ainsi, ne peut-on pas y voir aussi le retour de bâton d'un discours précédent exclusivement critique ? On peut toujours trouver ici ou là des cas concrets précis justifiant une thèse ou une autre... L'histoire est toujours plus complexe que le noir et blanc brutal, et dans de nombreux domaines institutionnels on observe ainsi une forme de continuité dans les évolutions, avant, pendant, après.

Francesco Filippi ne place pas son étude sous le patronage de l'histoire, mais de la politique actuelle, "pour éviter que le passé ne se transforme en futur". Parmi ses références, en bibliographie, quelques grands noms parmi les historiens italiens actuels ou récents de qualité, mais tous marqués à gauche de l'échiquier politique, comme Nicola Labanca ou Giorgio Rochat. Ce faisant, son propos est idéologiquement orienté à la base, comme celui qu'il dénonce. Un livre intéressant, car il montre aussi la persistance dans les débats actuels, 80 ou 90 ans après les faits, de thématiques et d'arguments réciproques très connotés.

La Librairie Vuibert, Paris, 2020, 207 pages. 14,90 euros.

ISBN : 978-2-311-10330-4.

Mussolini et l'Italie
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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 00:01

Campagne d'Italie, 1796-1797

De Nice à Loeben, autopsie de la première campagne de Napoléon

Michel Molières

Lodi, Arcole, Rivoli ! Ces noms de victoires claquent au firmament de la gloire militaire du futur empereur. Au-delà de ces noms presque symboliques, cette campagne exemplaire mérite d'être mieux connue et c'est à cet exercice difficile que se livre avec brio Michel Molières, grâce à un procédé rarement utilisé, celui de la chronique quotidienne.

Après avoir présenté le contexte général, le théâtre des opérations, les armées en présence et les plans initiaux des chefs militaires, l'auteur reconstitue en effet au jour le jour les pensées, les ordres, les actions du général Bonaparte à partir de sa correspondance et des témoignages des acteurs. Un récit qui met en valeur le génie militaire du futur empereur, alors jeune général presque inexpérimenté. La campagne est divisée en trois phases : la marche vers l'Adige d'avril à mai 1796 avec la mise hors jeu du Piémont, les opérations autour de Mantoue avec la conquête de l'Italie centrale et la campagne sur Rome ("L'un des objectifs non avoués de cette expédition est de se procurer les fonds nécessaires à la poursuite des opérations contre l'Autriche"), le passage de la Piave et la marche sur Vienne enfin, du 10 mars au 7 avril 1797, cette dernière phase se terminant par l'armistice de Loeben, prélude à la paix de Campo Formio. Chaque partie s'ouvre sur une présentation générale et un résumé de la période par l'auteur, avant que la chronologie quotidienne et les citations ne reprennent leurs droits. Ce choix rédactionnel apporte indiscutablement un dynamisme, un réalisme, une intensité au texte courant, qui fait que l'on a toujours envie (même si on connaît la campagne) de lire la page suivante à la recherche d'un fait nouveau, d'une citation originale, d'un détail méconnu, d'une petite histoire supplémentaire. Un bémol toutefois : les quarante-cinq cartes qui ponctuent l'ouvrage, dans les nuances de gris clair et de gris foncé, sont parfois tout juste lisibles, de même que pour les nombreuses illustrations (souvent des gravures d'époque). Pour les amateurs, le livre se termine par la description détaillée de l'ordre de bataille à chaque étape de la campagne.

Un récit impressionnant, par son volume comme par sa précision, qui donnera à tous les amateurs la meilleure compréhension possible de la plus belle et de la plus riche d'enseignements campagne de Napoléon, avec celle de 1814. Indispensable à tous les amateurs de l'histoire napoléonienne.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2020, 791 pages,. 29,90 euros.

ISBN : 978-2-36445-148-3.

Monumental
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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 00:01

Les sentiers de la victoire

Peut-on encore gagner une guerre ?

Gaïdz Minassian

L'ambition de l'ouvrage et l'ampleur du volume impressionnent, mais l'on peut légitimement se demander au terme de la lecture si l'auteur ne multiplie pas inutilement les interrogations et les étapes successives du raisonnement.

Partant de trois "illustrations" différentes de la guerre (Achille, symbole de la force qui prend les armes par vengeance ; Ulysse, qui entre en guerre sous la contrainte et utilise la ruse ; Hector, qui s'y lance par devoir et pour les siens), l'auteur considère dès les premières pages, après une tentative de définition de ce que peut être la victoire, que "notre sujet est un puzzle inséré dans une poupée russe à l'intérieur d'une boite noire"... Voilà qui ne simplifie pas l'approche de la question. Gaïdz Minassian développe son argumentation en quatre grandes parties ("Ambivalences de la victoire dans le temps", "Pyramide de la victoire dans le temps", "Impossible et impuissante victoire", et "Pour un monde hectorien"). Il présente dans un premier temps une analyse chronologique très (trop ?) détaillée dans le temps long (de l'Antiquité à nos jours) de la notion de victoire avec ce constat aujourd'hui : "On ne sait plus pourquoi on se bat et quand les buts de guerre ne sont pas clairs, le brouillard de la victoire s'épaissit. Plus le volet politique d'une opération est clairement défini, plus la paix est sur de bons rails". La seconde partie s'interroge sur la structuration de la notion de victoire, ses fondamentaux et ses instruments, mais aussi ses illusions (mirage de la victoire) et ses paradoxes, avec toute la problématique récente des crises de basse intensité : "Comme la guerre a été mise à l'index du droit et que les normes internationales ont compacté les fondements de l'ordre mondial, la grande victoire stratégique qui débouche sur une paix durable a disparu". La troisième partie nous entraîne au-delà de la seule victoire militaire, notion incomplète et provisoire qu'il est nécessaire de "réinventer", et présente les différentes théories récemment émises sur le sujet, notamment parmi les chercheurs anglo-saxons. Distinguant entre les conceptions américaines et françaises, relativisant la notion de "victoire démocratique", il s'efforce de formaliser les différents stades de la défaite ou de la victoire (ce qui est parfois très formel), avec cette question étonnante mais bienvenue : "Pourquoi, en France, publie-t-on plus d'ouvrages stratégiques sur la défaite que sur la victoire ?"... Finalement, l'analyse des opérations récentes ou en cours (victoire militaire insuffisante, impasse politique). La quatrième partie enfin en appelle à éviter l'humiliation du vaincu pour assurer la paix... : "Déshumilions l'ordre mondial, c'est à dire libérons le système international de sa violence structurelle à travers la norme de l'humiliation et redonnons à Hector la place qui lui revient". Oserons-nous dire, après être monté si haut dans la réflexion, que la fin nous laisse... sur la faim. L'appel à de nouvelles normes juridiques et à l'apaisement des passions est-il suffisant ? Ou faut-il plutôt conclure à la guerre sans fin ?

La bibliographie, de Sun Tu à Jean-Yves Le Drian !, de près de vingt pages invite les amateurs à emprunter de nombreuses autres pistes. Un gros volume, parfois un peu redondant, qui fourmille littéralement d'idées, de propositions, d'analyses, d'exemples, et qui donc ouvre sur d'innombrables discussions et controverses. 

Passés/Composés, Paris, 2020, 713 pages, 27,- euros.

ISBN : 978-2-3793-3000-1.

Intellectualisme ?
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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 00:01

De Gaulle et Pétain

Pierre Servent

Le sujet est à la fois d'actualité avec les commémorations en cours et d'une grande permanence avec les nombreux écrits (en particulier articles) publiés sur ce thème depuis des années.

S'il n'apporte pas d'informations nouvelles, Pierre Servent met au service du drame son style et sa plume. Il nous raconte donc la désormais bien connue histoire des relations entre le maréchal vainqueur en 1918 et le général chef de la France Libre en 1940. Une histoire qui commence par l'arrivée du sous-lieutenant De Gaulle dans le régiment commandé par le colonel Pétain avant la Grande Guerre, et qui se termine, au-delà de la mort de ce dernier, par les propos très mesurés de De Gaulle lors du 50e anniversaire de 1918. Comparant leur relation à "un drame shakespearien", Pierre Servent la décrit chronologiquement en quatre actes : "La fascination" (jusqu'à la Grande Guerre), "La protection" (années 1920 et début des années 1930, permettant à De Gaulle de progresser dans la carrière), "La séparation" années 1930), "Le duel" (1940 et après), tout en rappelant que l'un comme l'autre firent souvent au sujet du second quelques confidences à leurs proches, et que leurs relations ont été compliquées (presque oedipiennes selon l'auteur).

Au bilan, un livre fort bien documenté, qui ne porte au pinacle ni l'un ni l'autre des protagonistes, qui passe habilement du profil psychologique personnel au récit des évènements publics ou privés. Solide synthèse : "Jusqu'au bout, le mimétisme entre ces deux grands acteurs nationaux aura été fascinant"

Perrin, Paris, 2020, 221 pages, 18,- euros.

ISBN : 978-2-262-08532-2.

Le maréchal et le connétable
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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