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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 06:00

Cambrai, 1917

Tranchées - Hors-série n° 9

Belle étude, qui n’épuise pas le sujet, mais donne une solide approche de l’offensive britannique de novembre 1917. Comme toujours, le dossier présente la chronologie des événements, replacée dans son contexte, et détaille le déroulement de l’offensive. Une place très importante est naturellement consacrée à l’emploi des chars, sans oublier les divisions de cavalerie (montée), seule éventuelle réserve d’exploitation pour le maréchal Haig, ni la contre-attaque allemande de la fin du même mois qui surprend les Britanniques. Au-delà de la bataille de Cambrai elle-même, un numéro indispensable pour mieux comprendre la situation dans les armées alliées à la fin de la sinistre année 1917.

Blindés
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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 06:15

Rapide disparition de l’Union soviétique

NRH - n° 80

Un intéressant dossier consacré à la fin de l’URSS, présentée à la fois dans son ensemble, au niveau du pouvoir soviétique lui-même, et à travers une série de coups de projecteur particuliers (sur la dissidence, le KGB, Tchernobyl, les pays baltes, etc.). On apprécie la double page consacrée aux ouvrages des années 1970-1980 qui prévoyaient des scénarios fort différents… Une leçon de modestie que les éternels « experts » devraient méditer. Le dossier s’étend enfin jusqu’à la Russie d’aujourd’hui avec deux articles traitant directement de Poutine et de ses choix doctrinaux, politiques et diplomatiques. On apprécie nettement moins l’article visant à présenter comme presque anodine et sans effet la politique de Vichy à l’égard de l’école, tandis que les textes sur François Ier et sur les Suisses au service de la France sont très intéressants. Enfin, une présentation plus aérée et une légère évolution de la mise en page rendent la lecture plus agréable.

URSS
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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 06:00

8 août 1918

Tranchées - n° 23

Toujours une solide qualité rédactionnelle et iconographique pour ce numéro d’octobre-décembre 2015. Un bel et long article est consacré au « jour noir de l’armée allemande », le 8 août dans le secteur d’Amiens, sous l’angle français et en s’appuyant surtout sur l’excellent Heure H de Tézenas de Moncel. On relève également un texte sur les combats de Bois-le-Prêtre à l’été 1915 et le déluge de feu déversé par l’armée allemande sur les positions françaises. Enfin, la deuxième partie d’un article original et visiblement très complet sur l’histoire d’une pièce allemande de 15 cm. sous affût cuirassé dans le secteur de Verdun.

Français ou Britanniques ?
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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 06:00

L'Algérie indépendante

L'ambassade de Jean-Marcel Jeanneney

(juillet 1962-janvier 1963)

Anne Liskenne

Prenant la suite de Daniel Lefeuvre, Anne Liskenne, conservateur en chef des archives diplomatiques, analyse les documents de l'ambassadeur de France en Algérie, au 2ème semestre de 1962. Professeur d'économie et ancien ministre de l'industrie, JM Jeanneney est choisi en juin 1962 par le général de Gaulle, sans doute en raison de son approbation de l'indépendance de l'Algérie et de ses compétences économiques. Arrivant à Alger le 6 juillet, il s'installe au Rocher Noir puis à la villa des Oliviers et établit des relations suivies avec le Président Farès de l'Exécutif provisoire, puis avec Ben Bella, ses ministres Khemisti et Boumediene et avec Ferhat Abbas. Il dispose de 10 conseillers dans les services de l'ambassade et met en place progressivement  33 consuls, soit un effectif de 600 personnes.

Après une brève rencontre avec le général de Gaulle, qui lui donne autorité sur le Commandant supérieur, les premières instructions du gouvernement ne lui parviennent que le 9 août. Elles font le point de la situation de façon objective, reconnaissant qu'à côté des inégalités sociales, une économie moderne fait vivre le tiers des habitants, et que la pacification a été justifiéeIl est demandé à l'ambassadeur de nouer des liens nouveaux et d'engager la coopération avec l'Algérietout en respectant les garanties des Européens et la doctrine de non-engagement des nationalistes algériens.

Les conversations avec le gouvernement provisoire permettent de conclure plusieurs protocoles, dont ceux des fonctionnaires français, de la mise en valeur du Sahara et du contrôle financier. Dès le 27 août, JM Jeanneney intervient pour dénoncer l'insécurité : enlèvements de Français, massacre de supplétifs, viols par des militaires, pillage et taxation des récoltes, saisie des biens vacants, réquisition des terres et des matériels agricoles.

Après l'élection du 29 septembre, c'est auprès de Ben Bella que l'ambassadeur élève ses protestations contre l'insécurité et contre la politique des faits accomplis (cathédrale d'Alger, radiotélévison). Il se montre très critique envers l'orientation socialiste du programme de Tripoli, et particulièrement l'opération labours : confiée à un incapable (Ouzegane), elle constitue une atteinte à la propriété privée et se traduit par des dizaines de tracteurs cassés. Il déplore également l'indiscipline des chefs militaires, la baisse du niveau de vie et les dépassements de crédits qui imposent la séparation des Trésors français et algérien ( prévue dans les accords d'Evian, effective le 12 novembre).

C'est par la presse que JM Jeanneney apprend en décembre son remplacement par Georges Gorse. Il renonce à protester auprès du chef de l'Etat et rédige le 10 janvier 1963 un rapport de fin de mission qui est un constat sans complaisance de l'évolution politique de l'Algérie :

- lutte pour le pouvoir par des chefs de bandes sans envergure, seule l'armée des frontières est organisée et les kabyles restent puissants en ville d'Alger,

disparition de 1.850 Français, massacre non chiffrable de milliers de harkis, aucune sanction prononcée,

exode des pieds noirs qui sont moins de 180.000 fin 1962, démantèlement de la colonie française, défrancisation administrative,

- saisie de 2.600 biens mobiliers et matériels agricoles, 2.100 propriétés pillées,

coopération souhaitée par le petit peuple, mais discutée par le pouvoir révolutionnaire, qui met en cause les accords d'Evian.

En conclusion, le pire a été évité, la sécurité est redevenue normale, et la France conserve une position éminente grâce à l'empreinte laissée par la colonisation. Le caractère scientifique du travail d'Anne Liskenne est confirmé par de riches annexes (organigrammes, chronologie, bibliographie, index des personnes).

Maurice Faivre

Armand Colin, Paris, 2015, 288 pages, 28,- euros.
ISBN : 978220060070.

Première ambassade
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 07:00

Le RAID

Trente ans d'interventions

Jean-Marc Tanguy

Journaliste spécialisé animateur du site Le Mamouth et déjà auteur de plusieurs ouvrages en particulier sur l'aviation et les forces spéciales (par exemple ici et ici), Jean-Marc Tanguy nous propose une véritable plongée à l'intérieur de l'une des plus célèbres unités "anti-terroristes" (mais pas seulement).

L'album très largement illustré se divise globalement en deux grandes parties. La première (en deux chapitres) nous présente rapidement l'histoire de l'unité depuis sa création, puis insiste sur son rôle dans les drames de janvier 2015 avant de développer son organisation et ses équipements actuels, et dans ses quelques interactions avec la Défense. Après un important portofolio (images soigneusement choisies), la dernière partie s'intéresse pratiquement individuellement aux femmes et hommes du RAID, aux parcours, spécialités et expériences, des tireurs (et tireuses) de précision aux négociateurs, du médecin au plongeur, etc.

Au bilan, une présentation intéressante, assez complète, pleine d'empathie pour le sujet, de cette unité dont on n'entend parler qu'à l'occasion de drames et qui reste bien mystérieuse pour la plupart d'entre nous.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2015, 259 pages. 26,90 euros.

ISBN : 978-2-36445-064-6.

Policiers d'élite
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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 06:00

Le temps des ruines, 1914-1921

Emmanuelle Danchin

A partir de sa thèse, l'auteur nous propose un parcours sur le thème des ruines de la Première Guerre mondiale et de leur place dans la société française (et en partie allemande) pendant et après le conflit.

En effet, si nous sommes habitués à regarder ces illustrations, photos, dessins, cartes postales, représentant bâtiments et sites détruits du fait des opérations de guerre, nous sommes-nous interrogés sur leur influence, leur utilisation et leur rôle, leur poids propre ? L'approche est originale et le discours s'articule autour de trois parties principales, "Les représentations des ruines : une arme de guerre au service de la mobilisation", "Les ruines : incarnation de la nation et de ses souffrances", et "Des ruines héroïsées aux cadavres encombrants (1918-1921)". La première partie retrace en quelque sorte le parcours chronologique d'un bâtiment devenu ruine de guerre, de sa destruction à sa place dans la reconstruction du paysage la paix revenue ; et elle aborde pour son chapitre consacré à l'utilisation des ruines dans la propagande aussi bien le côté français que le point de vue allemand. La seconde partie s'intéresse d'abord à la question des destructions volontaires des Allemands pendant leur repli du début de l'année 1917 sur la ligne Hindenburg, puis à l'utilisation de l'image des ruines avec des expositions organisées pour faireconnaître à tous la barbarie de l'ennemi, enfin à l'image privée, ces photos prises par les individus et à la Commission des vestiges et souvenirs de guerre, mise sur pied dès 1917. Enfin la troisième partie traite de l'utilisation des ruines dans l'immédiat après-guerre, qu'il s'agisse d'un moyen de faire pression sur les autres gouvernements dans le cadre des négociations sur l'évaluation des dégats et les réparations, des décorations et distinctions remises à des sites détruits ou des premières manifestations du tourisme de mémoire. Enfin, un ultime chapitre revient sur une question douloureuse mais délicate : "Que faire des ruines ?", mais aussi comment les "entretenir", quels aménagements prévoir, avec les cas particulier de la ville de Verdun et des villages détruits.

Un livre qui présente une approche très particulière de la Grande Guerre, mais sans doute pas le moins intéressant du point de vue de la culture générale. A travers le cas particulier de ces ruines, des thématiques très différentes (social, moral, économie, etc.) sont abordées plus ou moins directement. Une étude qui se lit avec aisance et plaisir.

Presses universitaires de Rennes, 2015, 348 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-7535-4192-4.

Usage "social" et politique des ruines
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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 06:00

La route de Romain

De Sciences Po. à Buchenwald

François Perrot

Un témoignage émouvant sur une jeunesse en temps de guerre. Un témoignage de plus dira-t-on.

Dans son avant-propos, l'auteur souligne lui-même que la rédaction de ses mémoires du temps de guerre en 1987 pose indiscutablement un problème déontologique (à l'historien), "dans la mesure où bien des souvenirs se sont estompés et où la mémoire est parfois inexacte ou défaillante". Il ajoute dans l'introduction que c'est pour ses filles et petites filles qu'il s'est décidé à mettre par écrit ses souvenirs. En quatre grandes parties, le livre présente ainsi les "années noires mais glorieuses" de sa jeunesse. Il raconte son entrée en résistance, de façon très "artisanale" à l'été 1940 avec la fabrication d'autocollants archaïques avant d'avoir le projet de rejoindre la France Libre. Rapidement arrêté avec ses camarades, il est remis à ses parents poursuit ses études au lycée Henri IV , prend contact avec le mouvement Front National Etudiant et recommence à militer contre l'occupant. Arrêté à nouveau alors que deux supposés réfractaires au STO sont hébergés à son domicile, il passe par la rue des Saussaies de sinistre mémoire, puis par Fresnes (il raconte là les formes de communication entre prisonniers), croise l'abbé Stock, raconte le quotidien de sa prison. Il quitte un jour sa cellule pour la gare, et est interné au Frontstalag 122 près de Compiègne, où en dépit des difficultés la vie semble moins dure. Puis à nouveau le train en direction de l'Est, nus à cent par wagon après avoir franchi la frontière du Reich, jusqu'à Weimar. Nouveau transfert et arrivée dans un camp isolé : "Nous sommes arrivés dans un camp de concentration nommé Buchenwald". Il s'agit en fait "d'une réserve de main d'oeuvre pour les Kommandos", et l'auteur nous présente alors les Kapos qui collaborent avec les SS, les différentes populations prisonnières dans cette véritable "tour de Babel" . Encore un changement avec un départ pour l'annexe de Berlstedt, où les détenus travaillent dans le domaine des carrières et de la briqueterie. En avril 1945, les SS évacuent le camp et ils nomadisent en Allemagne pendant plusieurs jours avec leurs prisonniers, jusqu'à ce qu'ils soient libérés par les Américains de l'armée Patton. L'épreuve est terminée, c'est l'heure du retour vers l'ouest et de l'arrivée à Paris pour retrouver sa famille. 

Complété par plusieurs pièces annexes, le livre en lui-même ne nous apprend rien de particulier sur cette période et le sort réservé aux résistants arrêtés. Il apporte par contre un témoignage, simple et clair, sur ce qu'était le quotidien de ces jeunes hommes. 

Lavauzelle, Panazol, 2015, 189 pages, 19,- euros.

ISBN : 978-2-7025-1632-4.

Résistance et déportation
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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 06:15

Hannibal contre Rome !

Guerres & Histoire - n° 27

Le dernier numéro de Guerres & Histoire nous propose à la Une un excellent dossier en cinq articles sur les guerres puniques (auxquels on peut ajouter le tout aussi excellent éditorial de Jean Lopez). Le véritable mythe militaire qu'est devenue au fil des siècles la bataille de Cannes est ainsi replacé dans son contexte, et si toute sa place est donnée à Hannibal comme chef tactique on ne peut que constater son piètre sens stratégique et son "inadaptation intellectuelle" à l'ennemi qu'il avait à combattre, Rome. Un exemple qui en rappelle d'autres plus récents... Parmi les autres articles, se distinguent selon nous la rubrique "Caméra au poing", consacrée à la guerre fluviale en Indochine, celui sur la "Révolte des Taiping" dans la Chine du milieu du XIXe siècle, le "Long combat vers l'égalité" des Noirs dans l'armée américaine qui retrace plus de deux siècles de lente intégration, et l'histoire exceptionnelle de deux "traitres" à leur propre armée : celle de l'Allemand qui tente d'avertir Staline de l'offensive Barbarossa et celle du Soviétique devenu garde du corps de Massoud.

Toutes les qualités d'intelligence sur le fond et de présentation agréable dans la forme.  

Cannes !
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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 06:00

Musique militaire

Revue Historique des Armées - n° 2 / 2015

Nous n'avions pas encore pu chroniquer ce numéro exceptionnel de la RHA, et c'est bien dommage. Un véritable numéro thématique dont la presque vingtaine d'articles, rédigés par d'excellents spécialistes, font un tour d'horizon très large de la question.

Sous la direction de Thierry Bouzard et en partenariat avec Theatrum Belli, voici donc une approche fine de ce "patrimoine culturel méconnu", allant de "La transmission des ordres par signaux sonores" au chant comme "Outil de communication des soldlats depuis l'Indochine et l'Algérie". Ancien régime, période napoléonienne, très riche XIXe siècle, mais aussi la musique comme facteur de rayonnement de l'institution militaire, les "Cahiers de chansons des soldats" de la IIIe République, le rôle du chant au sein d'une unité, etc. Si l'on ajoute à la qualité des textes proposés une iconographie souvent originale et de très belle qualité, voici un numéro qu'il faut non seulement lire, mais précieusement conserver.

La RHA n'étant pas diffusée en kiosque, pour commander : ici.

 

En avant la musique !
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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 06:00

Gertrude Bell

Archéologue, aventurière, agent secret

Christel Mouchard

Voici une passionnante biographie de celle que l'on a pu surnommer "la reine sans couronne d'Irak", un peu comme Lawrence fut "le roi secret d'Arabie". Nous voici au coeur de l'influence et de la présence britannique au Moyen-Orient au début du XXe siècle, avant et après la Grande Guerre.

Vous lirez cette biographie comme un roman d'aventure. Elle commence normalement par la présentation de la riche famille de Gertrude, le remariage de son père, sa personnalité à la fois attachante, curieuse, et solide, sinon dure à certains égards et surtout son exceptionnelle capacité à apprendre, à lire, à raisonner et débattre, qui lui vaut d'être la première femme titulaire de la mention Très bien à l'issue de ses examens d'histoire à d'Oxford. Après trois ans de vie de bals et de réceptions à Londres, elle part pour la Perse avec sa tante en 1892, où après quelques mois elle pense pouvoir épouser un consul désargenté, mais le père refuse cette union. C'est le retour à Londres, mais pour repartir aussitôt pour la Suisse et l'Italie, l'Algérie, l'Allemagne, la Grèce, ConstantinopleChypre, la Syrie, Gibraltar, Tanger, l'Espagne, la Perse à nouveau : elle entame son deuxième tour du monde en 1903 ! Et cela avec le luxe des grands voyageurs de la fin du XIXe-début du XXe siècle : "Elle n'a pas peur des bagages volumineux, ils sont le prolongement naturel de sa personne ... Si la mode n'attend pas son retour pour changer, elle fait sans complexe appel au courrier". En 1905, après avoir appris l'arabe, elle se lance dans le désert "où nomadisent des tribus farouches que le pouvoir ottoman peine à contrôler". Seule avec ses serviteurs à sa suite, elle visite Pétra, puis part pour le djebel Druze et désormais consacre son intérêt et son temps à cette région. Paradoxalement, pour répondre à la demande "sociale" de sa famille et de la bonne société britannique, elle multiplie les correspondances qui présentent ses déplacements comme une suite ininterrompue de plaisirs et d'agréables moments : "Quand elle trace un itinéraire, elle sait quels hommes vont se trouver sur son chemin et, à peu près, jusqu'où leur faire confiance, comment les apprivoiser. A force de connaissance et de prudence, apte à utiliser tous les ressorts de l'hospitalité arabe, elle va ainsi traverser une décennie de vendettas diverses sans une égratignure, en usant de sa parole et de sa carte de visite". Au tournant des années 1910, elle découvre littéralement l'ancienne métropole d'Al-Ukhaidir au nord de Nadjaf et se rend à Karkemish, ancienne cité hittite sur l'Euphrate, où les fouilles sont conduites par des archéologues britanniques que l'on dit liés aux services de renseignement de Sa Majesté, dont un jeune T. E. Lawrence (qui deviendra son ami), Babylone, et Assur figurent aussi sur son itinéraire. Au fil des déplacements et des rencontres, en robe de soirée dès qu'elle peut disposer de ses bagages, elle rencontre émirs et chefs de tribus, parle avec eux, partage le thé et écoute quelques chants. Après quinze ans d'absence, elle séjourne deux ans en Angleterre avant de retrouver l'Arabie en 1913 et se lance dans un immense périple par les territoires actuels de la Jordanie, de l'Arabie saoudite, de l'Irak et de la Syrie, à l'époque plus ou moins concrètement sous suzeraineté ottomane, mais surtout zone mal contrôlée et en état larvé d'insurrection. Elle rencontre les cheiks, reste quelques temps prisonnière à Ha'il, au pays des Chammars, peut repartir et s'arrête à Bagdad, visite à nouveau les ruines des grandes cités antiques, rejoint Palmyre au terme d'un véritable raid dans le désert et retrouve Damas, lieu de son départ quatre mois plus tôt. Les itinéraires qu'elle a ouvert seront, après le début de la Grande révolte arabe, utilisés par les Hachémites et leurs alliés occidentaux, tandis que Gertrude Bell travaillera pour "le département de renseignement militaire de Bassora". Au début de la Première Guerre mondiale, elle s'engage cependant dans la Croix-Rouge, et elle sert à l'hôpital militaire britannique de Boulogne-sur-Mer. Elle retrouve l'Orient à la fin de l'année 1915 et son "réseau mondain", qui "a des ramifications jusque dans les tentes de laine noire plantées sur les rives de l'Euphrate et sur les frontières du Nedjd", est si utile à l'empire britannique ! Christel Mouchard rappelle sa connaissance profonde de la région et la cite : "Qui sait, si ce n'est ceux qui sont familiers de la région, que l'Orient est un et indivisible ? Appuyez sur un bouton à Kaboul, le choc électrique sera ressenti jusqu'à Damas". Visiblement, certains l'ont aujourd'hui oublié. On croise alors les personnages qui favorisent la révolte contre les Turcs du chérif Hussein et de ses fils en 1916, Hogarth, Clayton, Storrs et Lawrence. Du Caire, elle passe en 1916 à la Mésopotamie, poursuit son travail avec les notables locaux, facilite les relations souvent tendues entre Le Caire et les Indes, et y gagne le poste de Political Officer, seul officier féminin de l'armée britannique, puis celui d'Oriental Secretary ! A la fin de la guerre, son nom sera même prononcé pour devenir Haut-Commissaire en Mésopotamie : "Les Britanniques ne peuvent se passer d'elle parce qu'elle est la seule capable d'évaluer le poids réel des mouvements d'opinion qui parcourent la ville". Après être passé par Paris lors de la conférence de la paix, elle regagne l'Orient, persuadée qu'il faut faire naître un royaume arabe indépendant et devient la conseillère de l'administrateur civil Percy Cox, avec pour adjoint un certain Saint-John Philby, avant que celui-ci ne regagne le centre de l'Arabie avec Ibn Saoud et ne serve les Américains. Lors de la conférence du Caire, voulue par Churchill en mars 1921, elle est à l'apogée de sa notoriété et de son influence. Fayçal y sera fait roi d'Irak, et Gertrude Bell faiseuse de roi : "En demeurant près du nouveau roi, elle se fabrique un pays, l'Irak, quasiment taillé sur mesure, loin de l'Angleterre et tout près du désert. Elle pose ses bagages, cette fois définitivement". Mais dans les bouleversements du Moyen-Orient et de l'Arabie de l'entre-deux-guerres, son influence va s'effacer rapidement. Malade, elle décède à l'été 1926.

L'historien prendra soin de croiser les informations de ce livre, essentiellement basé sur la correspondance de Gertrude Bell, très fréquemment citée, avec les archives : il est fort probable qu'en certains points le récit que fait Christel Mouchard ne doivent être en partie amendé. Il n'en demeure pas moins qu'il y a là un formidable récit d'une vie exceptionnelle. A recommander à tous ceux qui s'intéressent à l'Orient arabe, y compris aujourd'hui.

Tallandier, Paris, 2015, 333 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-1031-4.

L'aventurière exemplaire
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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