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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 06:00

Les mariés de la Grande Guerre

Françoise Thill-Million

A travers quelques 300 lettres (et une fréquence beaucoup plus élevée à partir de la fin de l’année 1915) échangées entre Pierre et Jeanne, son grand-père et sa grand-mère, durant la Première Guerre mondiale, Françoise Thill-Million nous propose en parallèle l’histoire d’une famille et celle de la guerre elle-même. Chronologiquement, entre chaque extrait de correspondance, elle présente en quelques lignes le contexte.

Entré en campagne comme simple soldat au 106e RI, le régiment de Maurice Genevoix, passé à partir de novembre 1914 téléphoniste à la compagnie hors-rang, Pierre bénéficie de sa première permission de huit jours en août 1915, puis retrouve son régiment avec le souci de faire ce qui lui est demandé sans s’exposer inutilement. « Nous reviendrons », écrit-il à son frère. A Verdun au printemps 1916, puis sur la Somme à l’automne (il y est promu sergent, il sera adjudant à la fin de la guerre), il voit le plus souvent la guerre de l’immédiat arrière-front, sauf quand il faut aller rétablir sous le feu des lignes téléphoniques coupées par les bombardements. Fiancés jusqu’en 1916, Pierre et Jeanne préparent comme ils le peuvent leur mariage pour le début de l’année 1917 (« Tu arriveras, supposons le 22 et nous pourrions nous marier le 25 »). C’est ensuite la Champagne (il ne suit l’offensive du printemps 1917 que de loin), puis les Vosges et le sud de l’Alsace, et il a l’honneur d’être désigné pour la garde au drapeau de son régiment à l’occasion du 14 juillet à Paris, avec cette observation sur la différence de perception entre le front et l’arrière : « Le défilé a été superbe. La foule était très enthousiaste et ne ménageait pas les bravos, les fleurs, les cigarettes et même de l’argent. Il y a même des types qui, sans doute, ne sachant plus que crier, ont gueulé ‘Vive la guerre !’ C’est tout de même un peu trop d’enthousiasme ! ». Un enfant va naître à la fin de l’année 1917, et les correspondances entre les deux époux séparés par la guerre tournent naturellement autour de ce jeune fils. Les difficultés financières du ménage et celles liées au ravitaillement, déjà très présentes, occupent désormais la place principale. Au printemps 1918, Jeanne évoque fréquemment les bombardements de Paris et de la région parisienne par « le gros canon » ; tandis que Pierre se fait ponctuellement l’écho de ses nombreux mouvements, consécutifs aux replis imposés par les offensives allemandes. A partir du 15 août, il est désormais « à la poursuite des boches », et si les combats sont toujours difficiles (« Ils ont des mitrailleuses en masse ») car les Allemands s'accrochent au terrain, la supériorité matérielle des Alliés est définitivement acquise (« Jamais je n’aurais cru que l’on puisse amasser autant de canons »). Après l’armistice, il a le sentiment que la démobilisation est trop lente : son unité est repliée d’Alsace sur Châlons, mais il ne retrouve la vie civile qu’en août 1919. Cinq jours plus tard, il reprend le travail dans une entreprise de travaux publics et restera toute sa vie (il décède en 1968) fidèle à son amicale régimentaire.

Un ensemble assez classique de correspondances de guerre au sein d’un couple, qui laisse une très large place aux préoccupations familiales et dans lesquelles le poilu s’efforce visiblement de ne pas inquiéter son épouse, plus particulièrement intéressant pour les années 1917-1918, période au cours de laquelle le nombre de lettres et le nouveau statut de couple lui donne une cohérence et une densité particulière.

Editions Pierre de Taillac, Villers-sur-Mer, 2015, 212 pages. 16,90 euros.

ISBN : 978-2-36445-053-0.

Correspondance de guerre
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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 06:00

Aviation italienne, aviation française, aviation allemande

Aéro Journal - n° 48

Des articles très divers et originaux pour ce numéro de rentrée, avec en particulier plus de vingt pages consacrées aux "bombardiers torpilleurs" de l'aviation militaire italienne et à leurs missions au-dessus de la Méditerranée. Autre unité originale et méconnue, l'escadrille de sauvetage dans le désert de Rommel, en Afrique du Nord. Enfin, l'article sur les posters d'identification aérienne de l'US Air Force rappellera aux plus anciens que ces moyens pédagogiques ont été employés jusque dans les années 1970... 

Bombardiers
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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 05:45

La Luftwaffe en couleurs (vol. 1)

Avions - hors-série n° 39

Voilà un hors-série tout à fait exceptionnel par la richesse de l'iconographie rassemblée. Peu de texte courant, mais de solides légendes qui accompagnent entre une et cinq photos sur chaque page, exclusivement en couleurs. Certaines sont relativement connues, mais d'autres sont totalement inédites. Les différents types d'appareils de l'arme aérienne allemande des années 1939-1942, quelques chefs et pilotes célèbres, des équipages sur les différents fronts, de la neige au sable, des moments de détente, des départs en mission, des appareils plus ou moins détruits au sol ou à la carlingue couverte de dessins de victoire... Les amateurs apprécieront !

Pour les photos
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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 07:00

La brigade blindée tchécoslovaque

Batailles & Blindés - n° 68

Si la Seconde guerre mondiale sur le front de l'Est occupe une part importante de la pagination avec la fin de l'article sur le bataille de Moscou et un aspect de la bataille de Koursk avec les combts de Ponyri, nous avons particulièrement apprécié l'original article consacré à l'engagement de la brigade blindée tchécoslovaque devant Dunkerque de l'automne 1944 à mai 1945. Original également le coup de projecteur sur les blinés cubains des années 1939-1945, avec le projet de mettre sur pied un corps expéditionnaire pour intervenir... en Espagne !

Tchèques en guerre
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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 05:45

Le monde expliqué par les cartes

Carto - n° 30

Le numéro de l'été 2015 titre sur les Caraïbes, mais il y est davantage question de trafics, migrations et crises diverses que de plages paradisiaques. Parmi la vingtaine d'articles très divers (de l'Euroscepticisme en Finlande au tourisme en Iran), on retiendra tout particulièrement les pages consacrées (avec bien sûr de nombreuses cartes à l'appui) à la participation du Hezbollah libanais au conflit syrien, à la guerre civile au Yémen et à la division Nord/Sud aux Etats-Unis. Enfin, les deux articles 'Histoire' sont consacrés à l'Arménie et au génocide de 1915. On apprécie également p. 75 la superbe reproduction de la carte de l'empire ottoman à son apogée (1654).

Des Caraïbes au Yémen
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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 07:00

Leclerc

Le croisé de la France Libre

Jean-Christophe Notin

La collection 'Maîtres de guerre', qui compte déjà une demi-douzaine de titres, ajoute son premier Français à son catalogue. La rédaction de ce volume consacré au maréchal Leclerc a été confiée à Jean-Christophe Notin, déjà auteur d'une biographie remarqué du chef militaire en 2005 chez le même éditeur, volume de référence de plus de 600 pages.

Ce livre est, selon la logique de la collection, centré sur la Seconde guerre mondiale à laquelle sont consacrées quelques 150 pages. On conçoit donc que les contraintes de pagination impliquent de fortes différences avec la publication de 2005. Une seconde évolution est l'emploi d'une très abondante iconographie, qui ravira sans aucun doute les amateurs. Le livre nous rappelle de belle manière les conditions de ralliement du Cameroun dès l'été 1940, la brillante remontée vers la Méditerranée à l'hiver 1942-1943, la difficile reconstitution des régiments en Afriqe du Nord, la participation aux combats de la Libération à partir de l'été 1944, la marche sur Berchtesgaden et n'ignore rien, en particulier, des relations plus que délicates avec de Lattre à la fin de la guerre. Sa mort dans un accident d'avion en 1947 marque profondément tous les contemporains. Une explication rationnelle en est proposée.

Un solide premier livre pour apprendre à connaître ce "croisé de la France Libre", dont la carrière dramatiquement interrompue a durablement marqué l'ensemble de l'armée française.

Perrin, Paris, 2015, 219 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-262-02954-8.

Maréchal de France
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22 août 2015 6 22 /08 /août /2015 07:00

Roland Dorgelès

Claude-Catherine Ragache

Grand romancier, membre fondateur de l'Association des écrivains combattants, longtemps président de l'académie Goncourt, Roland Dorgelès reste pourtant relativement méconnu du grand public en dehors des fameuses Croix de bois, alors qu'il publie de nouveaux ouvrages jusqu'au début des années 1970.

Dans cette biographie remarquablement documentée, Claude-Catherine Ragache retrace toute la vie, souvent étonnante ou déroutante, de Roland Decavelé, né en 1885 à Amiens, qui prend comme journaliste le pseudonyme de Dorgelès. Proche du milieu montmartrois, engagé à gauche (en particulier L'Homme Libre de Clemenceau), réformé du service militaire, il ne s'en engage pas moins en août 1914. Passant par le 74e RI, puis par le 39e, fantassin, mitrailleur, cité, éphémère pilote, il continue à écrire et publie en particulier en 1919 Les croix de bois, hommage à ses camarades disparus, qui fondent définitivement sa notoriété. C'est aucun doute sur les événements qui se succèdent au cours de la suite de sa vie et ses prises de position personnelles que l'on apprend ensuite le plus de choses, sa formule "Je hais la guerre, mais j'aime ceux qui l'ont faite" pouvant résumer (de façon réductrice) sa pensée. Il multiplie les nouveaux ouvrages et en particulier les longs déplacements internationaux, ce qui lui permet dans la presse ou à travers ses livres de s'inquiéter de la montée des dictatures, à Moscou comme à Berlin. Il assiste à l'effondrement de juin 1940 et poursuit ses activités sous l'occupation, prenant lors de la libération des positions (par exemple en faveur de Brasillach) qui lui vaudront quelques soucis avec les journaux communistes en particulier. N'acceptant ni les idées reçues, ni les propos à la mode, ni les généralités hâtives, il prône la justice et la paix tout en restant à l'écart des engagements de masse, des violences et des excès qu'il condamne (terrorisme du FLN, disparition de la notion de patriotisme dans la jeunesse, etc.), conservant jusqu'à sa disparition en 1973 un positionnement original au sein de "l'intelligensia" française.

Un livre parfaitement référencé qui permet de retrouver, dans son contexte, un personnage de la littérature et du journalisme qui n'est souvent plus, aujourd'hui, qu'un nom plus ou moins vaguement connu. 

Economica, Paris, 2015, 271 pages, 27,- euros

ISBN : 978-2-7178-6805-0.

Ecrivain, combattant, pacifiste
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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 07:00

Engins exceptionnels

TnT - n° 51

Deux articles retiennent notre attention dans ce numéro d'été du magazine spécialisé sur les véhicules et matériels militaires.

L'un nous raconte l'histoire du premier char d'assaut français, le Schneider CA1, présenté un peu abusivement comme "l'un des artisans de la victoire sur les forces du Kaiser". L'article présente néanmoins les limites techniques et militaires de l'engin, les luttes de pouvoir que sa naissance engendre et le taux d'attrition extrêmement élevé qu'il connaît dès ses premiers engagements. Le second s'intéresse à la production de matériel militaire de Porsche pendant la Seconde guerre mondiale, de la Kübelwagen de liaison au monstrueux Maus de 188 tonnes en passant par les "chasseurs de chars". Une épopée industrielle du temps de guerre bien oubliée aujourd'hui lorsqu'on l'on évoque la célèbre marque automobile.

Mastodontes
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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 07:10

Les avisos dragueurs

de 630 tw du type Elan

Gérard Garier

Une nouvelle production dans le droit fil des beaux albums spécialisés de cette maison d'édition, premier volume d'une série de deux à paraître. Bâtiments rapides de petite taille, les avisos n'ont pas généralement la notoriété des grands navires de la flotte de haute mer, et pour la période qui nous intéresse ici du Strasbourg ou du Béarn par exemple. Et pourtant...

Le livre s'ouvre sur une partie commune aux deux volumes qui explique la genèse de cette série de bâtiment. A partir d'un programme décidé en 1935, 13 avisos dragueurs sont mis en construction en 1936-1937, lancés entre juillet 1938 et février 1940 et officiellement mis en service entre juillet 1939 et juin 1940 ; six sont présentés dans cet ouvrage. L'auteur en présente également l'emploi pendant la "Drôle de guerre", dans la manche, l'Atlantique et le long des côtes du Maroc, alors même que certains n'ont pas encore reçu tous leurs équipements, puis il nous propose une intéressante comparaison internationale avec les navires du même genre dans les principales autres marines (y compris URSS) et enfin en détaille avec un luxe de précisions les plans et les caractéristiques techniques (y compris un fonctionnement à l'huile d'arachide comme combustible de secours lorsque la pénurie de gas-oil s'est imposée) et l'armement. Dans ladeuxième partie, il nous raconte l'histoire particulière de six bâtiments : L'Elan, le Commandant Bory, le Commandant Delage, le Commandant Rivière, le Commandant Duboc et le Commandant Dominé. Ils connaissent toutes les vicissitudes de la Marine nationale entre 1940 et 1945, de l'évacuation de la poche de Dunkerque au Levant et à Dakar, en particulier lors de la tentative anglo-gaulliste de l'automne 1940, du Maroc à l'Algérie, y compris à l'occasion du débarquement allié de novembre 1942, voire sous pavillon étranger (l'ex-Commandant Rivière étant devenu à la fin de l'année 1942 le FR 52 italien), etc. Ils participent ensuite à la lutte anti-sous-marine, à l'escorte de convois (longue liste des convois escortés en annexe), au débarquement de Provence, etc. Après la Seconde guerre mondiale, on les retrouve le long des côtes indochinoises où ils appuient les opérations de reconquête puis remplissent essentiellement des missions de surveillance maritime. Dernière partie de leur carrière, les années 1955-196..., on les trouve en divers points de l'outre-mer français, mais surtout le long des côtes algériennes.

Complété par de très nombreux tableaux de synthèse, illustré à profusion par des photos, des plans des profils, des peintures, etc., cette première partie de l'étude comblera les amateurs d'histoire navale.

Editions Lela Presse, Le Vigen, 2015, 331 pages, 49 euros.

ISBN : 978-2-914017-86-2.

Navires méconnus
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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 07:00

Pablo Escobar

Trafiquant de cocaïne

Thierry Noël

Depuis la mort de Pablo Escobar, une légende dorée malsaine est née, essayant de faire de lui une sorte de 'Robin des bois moderne', cultivant l'ambigüité pour nous le présenter comme étant essentiellement en lutte contre l'oligarchie colombienne et les ingérences américaines. La réalité est bien plus prosaïque : il est à l'origine de la mort de milliers de personnes, a plongé son pays dans la ruine et le désordre pour développer son lucratif trafic de cocaïne, puis a utilisé tous les moyens pour échapper à la justice. Tout simplement.

Thierry Noël (déjà auteur d'un remarqué La dernière guérilla du Che, ici), retrace pour nous la vie de ce personnage, né dans une pauvre famille des environs de Medellin et qui se lance dans les petits délits peu avant ses 18 ans, promettant "à ses amis que, s'il n'a pas réuni un million de pesos colombiens à vingt-cinq ans, il se tirera une balle dans la tête". Un "défenseur du peuple", on le voit... Après le vol de voitures, il passe à l'enlèvement contre rançons de notables locaux, puis à la contrebande, progressant dans la hiérarchie criminelle, avant de se lancer de façon artisanale dans le trafic de drogue, qui commence à générer des revenus extrêmement importants au début des années 1970. Il achète une Renault 4 et effectue quelques aller-retour avec l'Equateur voisin, puis utilise un camion et recrute des subordonnés. A la fin des années 1970, la demande explose aux Etats-Unis et la culture de la coca se développe avec la protection de l'oligarchie provinciale. Des laboratoires de transformation sont construits, une flotte de petits avions permet le transport, les bénéfices sont réinvestis et le trafic décuple. Avec une inventivité qui laisse pantois, un réseau de "distribution" très efficace est organisé au sud des Etats-Unis, à partir de Miami et de la Floride. A cette époque, les Américains commencent à s'organiser (pas moins de 47 agences et services fédéraux engagés dans la lutte contre la drogue), tandis qu'en Colombie la dictature est renversée. Mais le gouvernement de gauche élu est aussitôt balayé par un coup d'Etat militaire en quelque sorte "sponsorisé" par les parrains de la drogue : "Pour la première fois, le trafic de cocaïne vient de s'offrir un gouvernement", formule excessive mais qui traduit une réalité. Sur fond de multiplication des soulèvements militaires, dans un pays appauvri et fatigué, le pouvoir revient aux civils en 1982 mais ouvre aussi "pour les gros trafiquants colombiens une période florissante". A Medellin, Escobar "s'impose comme le parrain du milieu local", avec intégration verticale de tout le processus "économique" et création de filiales périphériques. Devenu millionnaire en dollars, Escobar fait aménager une immense propriété entre Medellin et Bogota et se lance dans les actions philanthropiques (soins gratuits, alphabétisation, raccordements électriques, etc.), se créant ainsi "une clientèle dévouée". L'homme, parvenu au sommet de la richesse et vivant dans le plus grand luxe, est contradictoire : "on trouve chez lui une véritable générosité". Tandis que les barons de la drogue deviennent de véritables industriels, la violence et la corruption se généralisent pour acheter le silence de services publics entiers, illustrée par la formule "De l'argent ou du plomb ?", "archétype de la proposition mafieuse qu'on ne peut pas refuser". La situation se complique toutefois avec l'émergence des mouvements de guérilla d'inspiration marxiste, certains responsables des FARC commençant à imposer un "impôt révolutionnaire" pour protéger les cultures, les laboratoires, les aérodromes, incitant finalement les trafiquants à s'organiser "miliairement" et à financer la lutte contre les rebelles, mais aussi à démultiplier les relations à l'étranger, au point d'agir par l'intermédiaire des Cubains et de Panama pour faire libérer la soeur de l'un des parrains de la drogue. Désormais, le Panama de Noriega devient l'un des relais important dans la route du trafic vers les USA. C'est à la même époque l'épisode des Contras au Nicaragua, où narcotrafiquants et CIA travaillent de concert (les noms de Reagan et de Bush sont évoqués), tandis qu'en Colombie même les barons de la drogue s''associent aux groupes d'autodéfense et à l'armée pour lutter contre les mouvements révolutionnaires. En 1982, c'est l'apothéose : élu député du parti Libéral (si, si...), Escobar fait son entrée au parlement "accompagné d'une foule de partisans et de gardes du corps" ! Mais la Roche tarpéienne est proche du Capitole : d'anciens dossiers d'assassinats ressortent des cartons, une partie de la presse s'en mêle, un nouveau colonel prend la tête de la police anti-drogue et les Etats-Unis se décident à placer Escobar sur la liste des personnes recherchées. Le Panama devient moins sûr, les opérations héliportées se multiplient contre les laboratoires, et Escobar doit brièvement trouver refuge au Nicaragua... sandisniste. L'argent n'a vraiment pas d'odeur ! Tandis que le parrain de Medellin multiplie les initiatives pour préserver son trafic et ouvrir de nouvelles routes, l'étau se resserre peu à peu autour de lui. Arrestations sur le territoire américain, évolutions politiques dans différents pays latino-américains, meurtres et assassinats en série, attentats, enlèvements crapuleux : l'environnement devient de plus en plus violent et dangereux, tandis que le "Contragate" puis "l'Irangate" secouent le Congrès américain. Escobar rode alors son discours sur l'influence politique et économique que les USA prétendent exercer au nom, officiellement, de la lutte contre le trafic de drogue qui ne serait qu'une forme de leur impérialisme. Il multiplie les interventions médiatiques contre les menaces d'extradition qui pèse sur lui, tout en continuant à exercer des pressions et à multiplier les délits. Il en vient même à engager un spécialiste des explosifs pour réaliser des attentats. En 1988, il est au sommet de sa puissance mais ses manières expéditives commencent à déranger même parmi les autres narcotrafiquants. C'est la guerre entre les cartels de Medellin et de Cali, dont le gouvernement tente de tirer partie. Plusieurs grandes offensives sont lancées contre Escobar, mais il parvient toujours à s'échapper tandis que le mouvement paramilitaire lié aux trafics est à son tour officiellement combattu. La situation se dégrade continuellement, jusqu'à l'assassinat du candidat donné en tête de la course à l'élection présidentielle. A la fin des années 1980 le pays semble réellement sombrer dans le chaos, entraînant dans une spirale infernale les Etats voisins, Cuba et Panama au premier rang. Le président Barco décide de réagir en lançant la lutte dans tous les domaines. Pour le gouvernement : "La Colombie est en guerre, ce n'est pas une simple expression réthorique. C'est une guerre contre les trafiquants et les terroristes". Ces derniers répondent : "Nous déclarons la guerre totale et absolue au gouvernement, à l'oligarchie industrielle et politique, aux journalistes qui nous ont attaqués et outragés, aux juges qui se sont vendus au gouvernement". Les vagues d'attentats se succèdent tandis que le Corps d'élite de la police s'installe à demeure à Medellin. Escobar profite alors de son image de "bandit populaire" et d'un réel soutien populaire, même si "dans les parcs, les rues et les avenues de la ville, c'était la bataille générale, parce que, quand on croisait des bandits, on s'envoyait du plomb". On ne compte pas moins de cent attentats pour les quatre derniers mois de l'année 1989, jusqu'à l'explosion en vol d'un appareil des lignes aériennes civiles. De troubles négociations au début de l'année 1990 se traduisent par une brève pause dans la violence, mais dès le mois de mars les opérations reprennent : entre avril et août "plus de 450 policiers sont tués", "la violence et le chaos vont crescendo". Si Escobar parvient encore à échapper durant l'été à une grande opération aéroportée lancée contre lui, ses proches sont abattus et ses jours semblent comptés. Mais la Colombie elle-même est épuisée par cette lutte et le gouvernement ouvre des négociations avec le trafiquant et l'on vous laisse découvrir p. 282 les extraordinaires conditions de "détention" qu'Escobar accepte de faire... Avec un nombre de victimes "qui correspond à des chiffres propres à un conflit armé classique", un conflit qui pourtant n'est pas encore terminé, et d'abord entre les cartels. C'est finalement une organisation "officiellement non officielle" qui porte les derniers coups à l'entourage d'Escobar en utilisant les mêmes moyens terroristes et c'est le commandant Aguilar qui "loge" l'ancien parrain déchu, grâce aux écoutes téléphoniques, dans un appartement de Medellin : "Pablo Escoobar est mort ! Vive la Colombie".

Ce n'est pas un roman noir, mais l'histoire d'un pays pendant une trentaine d'années. C'est passionnant. A tous les points de vue.

Editions Vendémiaire, Paris, 2015, 381 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-36358-175-4.

Violence et corruption
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Qui Suis-Je ?

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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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