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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 06:00

Souvenirs d'une ambassade à Berlin

1931-1938

André François-Poncet

Cette réédition d'un livre qui (à notre connaissance) n'a pas été republié depuis 70 ans mérite d'être soulignée, car il nous place "aux premières loges" pour la fin de la république de Weimar, la mise en place du régime national-socialiste et la marche vers la Seconde guerre mondiale.

Présentés et annotés par Jean-Paul Bled, ces souvenirs de l'ambassadeur de France à Berlin durant cette période charnière de l'histoire allemande et européenne méritaient en effet d'être remis à la disposition du grand public, et rappelés aux plus jeunes chercheurs. Il s'agit bien de "souvenirs", rédigés dès la fin de la guerre, et non pas de la retranscription d'un journal tenu au jour le jour avant celle-ci. Le sommaire est donc constitué sur une base thématique (même si la chronologie n'en est pas absente). Nous pouvons suivre, presque de l'intérieur grâce aux nombreuses conversations de François-Poncet avec des dirigeants allemands, l'échec annoncé de von Papen, puis ses illusions lorsqu'il favorise Hitler et le NSDAP en pensant naïvement pouvoir ultérieurement en tirer parti. Après l'accession au pouvoir du Führer en janvier 1933, la mise au pas de l'Allemagne commence immédiatement, en particulier au sein des ministères de l'Intérieur (Etat fédéral et Etats fédérés) et l'on a ici la confirmation que les différents diplomates en poste à Berlin échangent finalement beaucoup entre eux (des informations sur l'incendie du Reichstag parviennent à François-Poncet via l'ambassadeur soviétique). L'encadrement de la population allemande dans un étroit réseau d'associations n'a pas qu'un intérêt idéologique : "Le système offre pourtant deux avantages : il fournit des emplois, des grades, des traitements à beaucoup de gens, que l'intérêt, renforçant la conviction, rend solidaire du régime. En second lieu, il pénètre partout ; il diffuse partout les mots d'ordre venus d'en haut ; il transmet à l'échelon supérieur les faits observés, les réflexions recueillies en bas". En un mot, il contribue à la mise en place du système policier. On apprécie les "comptes rendus" que l'ambassadeur fait de ses entretiens avec Hitler (le plus souvent en présence de tierces personnes) et l'on observe qu'il fait de l'année 1934 "l'année cruciale" (question des SA -la "nuit des longs couteaux" dure trois jours-, mais aussi de von Papen, mort d'Hindenburg, etc.), à laquelle il consacre plus de 80 pages. De la "Reconstitution d'une armée allemande" à l'évolution des relations entre "Hitler et Mussolini", François-Poncet se révèle être un observateur à la fois attentif et pertinent de l'évolution du régime (au point que l'on peut se demander comment il était encore possible de douter à Paris). On reste un peu sur sa faim pour le sujet de la conférence et des accords de Munich, et il fait pour terminer le récit de son dernier entretien avec Hitler à l'automne 1938, avant de prendre le poste d'ambassadeur à Rome (compte rendu publié dès 1940 dans le Livre jaune français).

Un texte important, essentiel, pour quiconque s'intéresse à l'histoire europénne des années 1930.

Perrin, Paris, 2016, 509 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-262-06111-1.

Avant la tempête
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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 06:00

Les avant-gardes artistiques

1848-1918

Béatrice Joyeux-Prunel

Volumineuse étude inédite dans la collection Folio Histoire, qui nous permet à travers le long XIXe siècle et les pays et continents de retrouver l'itinéraire des grands courants picturaux.

Béatrice Joyeux-Prunel commence par une longue et précise introduction d'une quarantaine de pages, qui pose la différence entre "Avant-garde" et "Modernes" et s'interroge sur le rôle de la place de Paris. Après avoir rappelé ce que fut les querelles des Anciens et des Modernes, elle s'intéresse à la montée en puissance de l'impressionisme et ouvre bien des réflexions sur l'internationalisation du marché de l'art dans les années 1880. Du parcours de Monet à Cézanne et bien d'autres, le récit est fluide et la lecture agréable. La deuxième partie change de focale et adopte un regard plus européen avec la place prise par Bruxelles et Londres, puis par le monde allemand et germanique, avec la question des sociétés artistiques nationales et des grands salons. Gauguin et Van Gogh en particulier traversent cet espace, qui voit émerger le symbolisme et l'Art nouveau. Avec le fauvisme et l'expressionisme au tout début du XXe siècle, s'amorce un renouvellement assez ample du paysage artistique et pictural, au sein duquel le monde des marchands (et des "petits" marchands) joue un rôle non négligeable. Les deux dernières parties enfin traitent des années qui précèdent immédiatement la Grande Guerre et de la Première Guerre mondiale elle-même, dans une perspective résolument européenne (Roumanie, Autriche-Hongrie, Russie) et en tenant compte des différentes sensibilités nationales. Les idées nationalistes exercent leurs influences et l'Allemagne impériale tient une place éminente (mais plutôt inattendue) dans ces évolutions. Les différents "positionnements" par rapport à la guerre sont bien soulignés, ainsi que l'émergence de nouvelles générations. En conclusion, le dadaïsme bien sûr (avec ses limites et ambiguités) et le développement de la place de New York : dans ce domaine aussi les vieux Etats européens perdent une grande partie de leur hégémonie antérieure.

Une biobliographie impressionnante et un imposant appareil de notes complètent le texte courant. Une contribution importante à l'histoire culturelle du continent avant la Grande Guerre. Un volume qui va sans doute très vite devenir de référence sur le sujet.

Folio Histoire, Paris, 2015, 964 pages. 9,50 euros.

ISBN : 978-2-07-034274-7.

Avant-gardes
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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 06:00

Spartacus

Chef de guerre

Yann Le Bohec

Bien connu de tous les amateurs d'histoire militaire et en particulier d'histoire antique, Yann Le Bohec nous livre aujourd'hui un (treizième !) ouvrage original qui s'intéresse aux caractéristiques militaires de la révolte de Spartacus et des opérations qui s'échelonnent entre -73 et -71 av. J.-C.

En onze denses chapitres chrono-thématiques, il nous entraîne (avoir avoir présenté son héros, ses origines, sa vie sa famille, etc., mais aussi l'armée romaine dans son organisation, son encadrement, sa tactique, etc., avant les événements étudiés) du milieu des esclaves et des gladiateurs dans la Rome ancienne et du cadre général des guerres serviles qui se prolonge, à partir de la Sicile, à partir de -132. Pour Spartacus, tout commence en Campagnie lorsqu'il devient chef d'une bande de révoltés de quelques dizaines d'hommes, d'origines et de statuts différents. Peu à peu, s'équipant sur les voyageurs rencontrés et les premières troupes romaines vaincues, les effectifs augmentent par le ralliement d'autres esclaves en rupture de ban, et l'affaire dépasse le cadre des autorités locales avec sa prise en compte par les autorités romaines. Echappant à ses premiers poursuivant, Spartacus commence à organiser sa troupe, mettre en place une hiérarchie, se préoccupe de son ravitaillement, envisage les actions futures à conduire : il n'est plus simplement un chef de bande mais devient un chef de guerre, qui fait preuve de réelles capacités tactiques, en fonction des ressources de la zone traversée et de la menace des troupes lancées à sa poursuite (4.000, puis 6.000 hommes à l'hiver -73 / -72). Spartacus bénéficie d'ailleurs d'un avantage intellectuel et moral : le Sénat romain sous-estime et méprise les esclaves, alors que l'effectif révolté passe progressivement de 70 hommes à 7.000, puis 60.000, enfin autour de 100.000. Spartacus "avait su organiser une vraie armée, avec infanterie lourde, légère et cavalerie ; il prévoyait la logistique, il utilisait le renseignement", mais il "ne sut jamais recourir à la poliorcétique ni créer une marine. Ce nouveau chef de guerre se conduisait en homme intelligent et en ennemi implacable", allant jusqu'à s'allier avec un grand adversaire de Rome, Mithridate, roi du Pont. Yann Le Bohec cherche ensuite à déterminer les "buts de guerre" du chef révolté et détaille, autant que possible, l'organisation, la composition (il y avait des Italiens hommes libres dans son armée, y compris des déserteurs des légions) et les structures de commandement mise en place. Il s'intéresse ensuite à la tactique employée (en ayant toujours soin de replacer ses analyses dans le cadre culturel et intellectuel de l'époque), tout en soulignant les faiblesses de l'armée des esclaves (Spartacus "n'a jamais emporté une ville, ... par le manque de matériel et de personnel compétent"). Il suit ensuite longuement les révoltés à travers l'Italie, du Nord au Sud au cours de l'année -72, puis termine ce récit sur l'échec du passage en Sicile et les derniers combats de l'hiver -72 / -71, avec les victoires de Crassus et de Pompée (ce dernier sachant habilement valoriser son rôle). Le dernier chapitre s'intéresse à "Spartacus après Spartacus", le souvenir de ces campagnes et leur influence sur la situation des esclaves.

On apprécie en particulier la critique des textes antiques que fait Yann Le Bohec au fur et à mesure des pages, donnant au fil des paragraphes les raisons pour lesquelles il accorde davantage de crédit à l'un qu'à l'autre des auteurs de l'époque. On note également le côté très pédagogique du livre, chaque chapitre se terminant par une conclusion partielle clairement identifiée. Un volume facile à lire et très riche qui passionnera tous les amateurs.

Tallandier, Paris, 2016, 220 pages. 17,90 euros.

ISBN : 979-10-210-1747-4.

Guerres serviles
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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 07:00

Madame Royale

Anne Muratori-Philip

Une biographie originale (mais limitée, puisqu'elle se consacre pour l'essentiel sur la période révolutionnaire) sur un personnage que l'on croise régulièrement entre la fin du XVIIIe siècle français et le milieu du XIXe, sans que son rôle ne soit précisé. Fille aînée de Louis XVI, elle traverse la Révolution, le Consulat, l'Empire et les restaurations dans une Europe en proie à la fièvre.

Plusieurs parties, qui correspondent à périodes ou des situations rarement traitées dans la bibliographie, sont tout-à-fait passionnantes, comme la troisième qui traite de sa détention à la prison du Temple avec son jeune frère (Louis XVII) de mai 1794 à juin 1795, la cinquième qui aborde la question des efforts internationaux pour la libération jusqu'en novembre 1795, ou la suivante qui raconte son départ pour l'exil à la fin de la même année. On est presque surpris de la sympathie que Paris, mais aussi d'autres villes de province, manifeste à l'égard de la jeune princesse. Louis XVIII ne sort pas plus sympathique des manoeuvres douteuses pour s'assurer le soutien de la princesse dans sa marche vers le trône. Devenue duchesse d'Angoulème, elle connaît l'exil en Autriche, en Russie, en Prusse, en Angleterre, et ne rentre à Paris qu'avec les premier et deuxième retours des Bourbons. Ses relations avec les souverains successifs, jusqu'à Louis-Philippe Ier qui la condamne à un nouvel exil, ne seront jamais bonnes, et l'on aurait aimé ici de plus longs développements. L'unique survivante de la prison du Temple meurt à 72 ans, en 1851, dans un château proche de Vienne, et dans la discrétion.

Un ouvrage facile à lire, plaisant, et qui nous replonge sous un angle bien différent dans une période que l'on croyait connaître.

Fayard, Paris, 2016, 332 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-213-63175-2.

Marie-Thérèse Charlotte de France
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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 06:00

Robespierre

La fabrication d'un monstre

Jean-Clément Martin

Nouvelle biographie de Robespierre, après celle publiée il y a un peu plus d'un an par Hervé Leuwers (ici). Une étude qui aborde bien sûr essentiellement la période révolutionnaire et présente un portrait mesuré du personnage.

Le portrait qui en ressort est finalement celui d'un homme qui (paradoxalement) hésite, ne parvient pas à constituer un réseau de soutiens assez solide et à s'imposer au pouvoir, un idéaliste finalement plus à l'aise dans l'éloquence, les discours enflammés, que dans l'action concrète. Au fil des six chapitres consacrés aux années 1789-1794 (qui constituent l'essentiel du livre), c'est un portrait tout en contraste(s) et en finesse qui nous est présenté. Son rapport à la guerre extérieure, à la violence politique, à la religion, n'est finalement pas aussi simple que les reconstructions ultérieures (qui commencent dès le Directoire) l'affirment. Jean-Clément Martin propose une abondante bibliographie, de nombreux recours aux archives mais aussi utilise largement la presse de l'époque, bien plus vivante que l'on ne se l'imagine aujourd'hui. Après de longues luttes d'influence entre les différentes tendances révolutionnaires, il approche enfin du pouvoir en 1793, se prononce contre l'indiscipline qui agite les Sans-culottes et l'on sait peu qu'il désapprouve les excès des Fouché et autres Carrier en province. Les multiples détails et précisions sur cette période sont tout à fait intéressantes (affaire du jeune enfant-soldat Bara : "Il a inventé un héros de 13ans"), toujours sur fond de jeux d'influence entre les différentes tendances de la Convention parisienne. De débats houleux en journées révolutionnaires surchauffées, on sait comment cela se termine, et n'oublions pas qu'une centaine (oui, une centaine) d'autres révolutionnaires accompagnent finalement Robespierre sur l'échafaud.

On ne referme pas pour autant le livre en étant devenu "robespierriste", mais avec une compréhension sans aucun doute plus équilibrée des évènements de l'époque.

Editions Perrin, Paris, 2016, 367 pages. 22,50 euros.

ISBN : 978-2-262-04255-4.

L'Incorruptible
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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 05:50

Le débarquement de Provence (2)

Batailles aériennes - n° 75

Remarquons tout d'abord que dans son éditorial Michel Ledet s'interroge sur le relativement faible intérêt des lecteurs pour les deux numéros consacrés à la guerre aérienne en 1914 et 1915, mais annonce le maintien au programme d'un troisième volume consacré à l'année 1916 et en particulier à Verdun.

Ce deuxième opus sur le débarquement de Provence, spécifiquement consacré à l'opération Dragoon de 1944, présente tout d'abord le contexte aérien général, les forces des belligérants et la planification en amont. Il détaille ensuite longuement les différentes phases qui s'échelonnent de la fin du mois d'avril au débarquement lui-même et à la libération de Toulon. La préparation et la conduite des opérations aériennes sont particulièrement bien expliquées, et les photos qui accompagnent le texte courant souvent originales. Un numéro utile pour tous les amateurs. 

Opération Dragoon
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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 06:00

Jihâd au Sahel

Menaces, opération Barkhane, coopération régionale

Olivier Hanne et Guillaume Larabi

Il est difficile de publier presque à chaud des synthèses novatrices sur des événements qui se poursuivent, mais il peut être utile d'en effectuer une présentation générale des origines et des développements. Ce livre s'inscrit dans cette veine.

De façon très classique, les auteurs adoptent un plan globalement chrono-thématique, partant des "Racines des tensions" pour arriver à "Vers un nouveau contre-terrorisme". Les deux premières parties survolent simplement rapidement l'histoire récente de ces territoires, et c'est là sans doute l'une des faiblesses de l'ouvrage. La troisième partie s'intéresse aux armées africaines, qui devraient être au coeur de la lutte contre les bandes terroristes et dont les déficits, difficultés structurelles ou insuffisances sont soulignées, tout comme est présentée la mise en place sous le patronage de Paris d'un "G5 Sahel", que peu de Français connaissent sans doute et qui constitue une véritable innovation (au moins dans son principe). La coopération régionale ("ambitieuse") entretenue par la France dans la région est d'ailleurs le thème et la substance de la quatrième partie, tandis que la cinquième et dernière veut présenter un "état des lieux" en 2015. Entreprise risquée dès que l'on s'éloigne des données strictement factuelles (l'actualité est là pour le confirmer), mais moins sans doute que la conclusion qui se hasarde à envisager "Le Sahel en 2020" avec trois hypothèses : la déstabilisation générale, le succès de la coopération inter-sahélienne, ou des avancées régionales dans un environnement restant dangereux. Bref, chacun peut y trouver son compte.

Comme pour d'autres volumes récemment publiés sur cette question, j'ai cherché sans succès quelques pages sur la fragilité du Tchad, en particulier dans l'hypothèse de la disparition de son président (aujourd'hui bien âgé et usé) qui le tient d'une main de fer. Heureusement, d'assez nombreuses cartes et quelques graphiques viennent en appui du texte courant qu'ils complètent. Un volume à retenir pour les informations factuelles qu'il propose et pour les pistes qu'il ouvre.

Bernard Giovanangeli Editeur, Paris, 2015, 191 pages, 15,- euros.

ISBN : 978-2-7587-0137-8.

Avenir du Sahel ?
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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 04:47

Saisir l'insaisissable

Gendarmerie et contre-guérilla en Espagne au temps de Napoléon

Gildas Lepetit

Spécialiste reconnu de l'histoire de la gendarmerie, Gildas Lepetit nous offre ici une remarquable étude sur son engagement dans le cadre de la guerre d'Espagne, contribuant à combler ainsi un véritable "vide mémoriel".

Chacun connaît peu ou prou l'importance et l'intensité de la rébellion espagnole à l'occupation française, mais qui serait capable d'évoquer la place tenue par la gendarmerie d'Espagne dans cette campagne ? En utilisant, souvent pour la première fois, de très nombreuses sources d'archives, l'auteur nous entraîne de l'envoi de vingt escadrons au nord de l'Ebre à la fin de l'année 1809 au repli définitif en 1813-1814. Il organise son propos de façon très méthodique et pédagogique en trois grandes parties : "La gendarmerie d'Espagne : instrument de répression ou d'annexion ?", "Le gendarme en Espagne, et "Le chant du cygne". Au fil des chapitres et des pages, il brosse un tableau complet de cette gendarmerie, dans la permanence mais aussi les évolutions de ses missions, son organisation, son recrutement, son équipement et jusqu'aux questions de soldes et de primes. La rébellion espagnole (que l'on appelle là-bas "guerre d'indépendance") est bien sûr omniprésente et Gildas Lepetit prend toujours soin de replacer chaque événement, décision ou action particulière dans son contexte local du moment. Il n'hésite pas à pointer les difficultés certes, mais aussi les erreurs commises, du fait des ordres de l'empereur, des chefs militaires (qui s'entendent fort peu entre eux) ou des responsables gendarmiques eux-mêmes. Il sait aussi commenter, en positif comme en négatif, l'efficacité réelle de son rôle et souligne un "coût exorbitant" pour un "résultat contrasté". Ponctuellement, il pose aussi la question du rôle de fond : s'agit-il de conquérir ou de pacifier, de combattre ou de maintenir l'ordre ? Nous avons donc, à la fois, un ouvrage important pour mieux connaître et comprendre la campagne d'Espagne, une étude quasiment sociologique du corps et une approche polymorphe de son histoire.

Un ouvrage indispensable pour quiconque s'intéresse au Premier empire.  

Presses universitaires de Rennes, 2015, 348 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-7535-4283-9.

Gendarmerie impériale
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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 06:00

Koutiepov

Le combat d'un général blanc : de la Russie à l'exil

Nicolas Ross

Auteur de plusieurs ouvrages sur la période révolutionnaire en Russie et la guerre civile, Nicolas Ross publie aujourd'hui une intéressante histoire du général Koutiepov qui fut, à partir de 1917, très étroitement associé à toutes les actions entreprises par les Blancs contre les Bolcheviques, d'abord dans le cadre de la guerre civile russe, puis à partir de ses lieux d'exil.

Les deux premiers chapitres posent le cadre général de l'action et rappelle ce que fut la carrière, en particulier durant la Grande Guerre de celui qui n'est encore que colonel en 1917. Les qualités de Koutiepov, sa détermination, son sens tactique y sont en particulier mis en valeur. Puis l'ouvrage se concentre sur la période 1920-1930. Celui qui a été nommé au plus haut grade de la hiérarchie militaire russe par le général Wrangel commence son exil avec ses troupes repliées de Crimée sur la péninsule de Gallipoli, où le dénuement est à peu près complet et où il faut déployer des trésors d'imagination pour organiser la vie, l'alimentation, la santé, la formation des futurs cadres, maintenir la discipline, etc. Peu à peu, les détachements, "régiments", écoles militaires sont transférés vers la Bulgarie ou la Serbie-Yougoslavie. Surnommé "le général de fer" (sa détermination confine souvent à la rudesse, voire à la cruauté, lors des combats de Crimée par exemple), il acquiert une place exceptionnelle dans le dispositif russe blanc en exil : "Koutiepov incarnait l'armée russe à l'étranger tout court ... Il était l'incarnation et le symbole de l'armée. Et c'est en cette qualité qu'il est devenu une figure centrale de l'émigration russe". Certes monarchiste, mais russe avant tout, il entre progressivement dans l'action clandestine, sans cesser pour autant d'agir en faveur de ses anciens soldats, désormais regroupés en "associations". Ces chapitres ("Dans les Balkans" en particulier) sont l'occasion de passionnantes pages sur la place que tiennent ces anciens soldats de l'armée impériale russe dans la vie de la Bulgarie du début des années 1920. Tout le "petit" et le "grand" peuple de la communuauté russe en exil passe successivement devant nous, à l'occasion des déplacements de Koutiepov et des réunions auxquelles il participe dans les différentes villes européennes où les uns et les autres se sont repliés, y compris le grand-duc Nicolas Nokolaïevitch (entre Antibes et le château de Choigny près de Paris). C'est à cette époque (mi-1924), qu'il se lance dans l'action secrète et clandestine. Après avoir présenté les deux grandes associations militaires (l'Union des Anciens de Gallipoli et surtout l'Union générale des combattants russes), qui jouent un rôle essentiel au sein de l'émigration, l'auteur s'intéresse de près aux missions de renseignement et contre-révolutionnaires poursuivies sur le sol même de l'URSS naissante pendant les années 1920. Le portrait du général Koutiepov devient moins net, on se demande parfois dans quelle mesure il ne fait pas preuve d'une confondante naïveté devant les actions des services soviétiques, et à tout le moins on reste parfois étonné face à certains choix alors qu'il sait parfaitement que ses interlocuteurs ou correspondants sont des agents de l'OGPU. Entre vrais et faux traitres, et même si certains événements relatés relèvent davantage de l'anecdote d'une part et si le caractère très contestable de certaines sources en rend l'analyse critique délicate d'autre part, on est impressionné par le nombre d'actions conduites (et parfois l'ambition de certaines d'entre elles) sur le sol même de la Russie jusqu'à une date très avancée. Les deux derniers chapitres sont consacrés à la mystérieuse disparition de Koutiepov en plein Paris aux premiers jours de 1930 et aux hypothèses envisagées lors de l'enquête et depuis. Son corps ne sera pas retrouvé, mais les agents doubles (voire triples) sont nombreux. Nicolas Ross envisage les différentes pistes, cependant l'action des services de renseignements d'URSS semble difficile à exclure.

En résumé, une vie qui tient du roman, mais du roman vrai, sur fond de survivance de l'armée impériale en exil, de lutte contre le bolchevisme et d'actions troubles des services spéciaux. Un sujet original et passionnant, même si la partie finale devra nécessairement être croisée avec d'autres analyses.

Editions des Syrtes, Paris, 2016, 333 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-940523-38-2.

Russe blanc
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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 06:36

Les cavaliers de Lunéville

Aux avant-postes de la Lorraine, 1871-1918

Jean Bourcart

150 ans d'histoire de la cavalerie. A partir de sa thèse soutenue en 2013, Jean Boucart nous propose une histoire complète de la 2e division de cavalerie durant la première partie de la IIIe République.

Cette solide étude est divisée en trois parties principales ("Un espace historique d'extrême frontière", "une division de cavalerie en avant-garde" et "Des exigences partagées dans la société") qui permettent de dresser un tableau complet. La première partie pose le cadre spatial, à quelques encablures de la frontière née de la guerre de 1870-1871, dans cette ancienne capitale d'un duché de Lorraine qui fut déjà, au XVIIIe siècle, un haut lieu de la cavalerie et où la 2e division de cavalerie s'installe durablement à partir de la fin de 1873, d'abord rattachée au 6e, puis au 20e corps d'armée. Elle marque durablement la cité de son empreinte, en particulier dans le domaine de l'urbanisme. La seconde partie s'intéresse directement à cette grande unité, qui acquiert rapidement un réel prestige, dont les unités rayonnent dans toute la région et dont certains de ses chefs exercent une influence significative sur l'ensemble de la cavalerie française entre 1874 et la Grande Guerre. Jean Bourcart détaille en particulier ce qu'étaient la vie, l'entraînement, les missions de ces régiments de hussards, dragons et chasseurs. Le dernier chapitre de cette deuxième partie est consacré à l'emploi de la division pendant la Première Guerre mondiale, avec les aléas qui connaît une immense majorité de l'arme : échecs pendant la guerre de mouvement (quelques pages sur les combats de Lagarde et plus généralement de la bataille des frontières), combats à pied durant la guerre de position ou missions peu glorieuses à l'arrière du front, puis reprise du mouvement jusqu'à l'Alsace et l'occupation en Allemagne. La 2e DC retrouve saa garnison de Lunéville, mais désormais la question du moteur et de la motorisation s'impose. La troisième partie enfin, s'attache à retrouver et expliquer les diverses formes d'intégration de la division dans sa "cité cavalière", son rôle dans l'économie et le développement de la ville, la présence des uniformes dans les rues et les salons, la place éminente du cheval et de l'équitation dans la société locale et régionale.

Au bilan, une contribution importante à notre connaissance de l'armée d'avant 1914, qu'il s'agisse des formes de la préparation à la guerre ou de son rapport à la société civile de son temps, dans cet espace lorrain particulier. Une étude à la fois d'histoire régionale et d'histoire militaire nationale. Une belle et utile réussite. 

Editions Gérard Louis, Haroué, 2015, 413 pages, 35,- euros.

ISBN : 978-2-35763-087-1.

2e DC
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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