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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 06:00

Mémoires du général Paul Kourloff

L'agonie de la Russie impériale

Paul Kourloff

Dans le vaste mouvement éditorial de (re)découverte de textes autour de la Russie des tsars et de la fin de la dynastie des Romanov, voici un document aussi intéressant par ce qu'il dit ou ne dit pas, que par la façon dont il le dit ou le tait.

Personnage peu connu, le général Paul Kourloff, sans être un intime de la famille impériale, connaît assez bien Nicolas II et l'impératrice Alexandra Fiodorovna, que ses responsabilités politiques et administratives successives l'amènent à cotoyer. Vice-gouverneur puis gouverneur dans différentes régions de l'empire (en particulier Ukraine et pays Baltes), il est aussi adjoint du ministre de l'Intérieur comme chef du département de la police et commandant du corps des gendarmes sous le ministère Stolypine. Il termine par ailleurs sa carrière au gouvernement militaire de Petrograd à partir de 1916, ce qui en fait un bon observateur des journées révolutionnaires de 1917 et des principaux personnages de ces événements. On est difficilement convaincu par l'ensemble du texte, d'autant que Paul Kourloff témoigne d'une véritable vénération pour l'empereur et l'impératrice, ce qui le conduit à nier ou à diminuer très fortement toute responsabilité pour eux-mêmes et leur entourage proche. Ainsi, Raspoutine n'est-il plus qu'une sorte de moine un peu exhubérant et un peu naïf, éventuellement dévergondé mais qui ne profite pas matériellement de son influence et ne se mêle pas des affaires de l'Etat. De, même le général Soukhomlinoff, ministre de la guerre accusé d'incompétence et de prévarications, aurait-il été victime d'une cabale et serait innocent des accusations portées contre lui à partir de 1915. La quasi-totalité des généraux présentés sont finalement des chefs corrects (alors pourquoi autant d'échecs ?) et le mal vient d'abord de certains membres de la Douma et d'organisations comme l'Union des villes. Le caractère systématique (excessif ?) de cette défense de la famille impériale, de la Cour et de ses proches, finit pas lasser : c'est à se demander pourquoi le processus révolutionnaire s'accélère au début de l'année 1917... Rappelons simplement que, pour très honorable qu'elle soit, la fidélité à l'empereur n'est ni en elle-même un gage de qualité intellectuelle, ni une preuve de pertinence dans l'analyse politique.

Par contre, le livre a toutes les qualités de ses défauts, et il faut bien reconnaître que les portraits des principaux responsables politiques et administratifs de la période sont tout-à-fait intéressants. La longue liste des généraux qui occupent des fonctions d'encadrement et d'administration à l'arrière est impressionnante, tout comme celle des ministres et hommes politiques rencontrés par l'auteur. Elle est enrichie par des considérations personnelles directes qui en donnent des protraits vivants, surtout pour les grands responsables de l'arrière front et de l'intérieur. De même, son observation des grèves insurrectionnelles lui permet d'en faire une description ("monarchiste") à la fois précise, horrfiée et décalée. Emprisonné pendant plusieurs mois dans la forteresse Pierre et Paul lors de la révolution, il est finalement libéré et trouve refuge en France en août 1918.

Un récit profondément, totalement, favorable à Nicolas II et à sa famille, qui offre quelques "pépites" sur les rapports personnels au sein de l'élite impériale et de nombreux détails sur les événements de la période 1905-1917. A considérer avec prudence, mais indispensable pour avoir une vision d'ensemble de la période.

L'Harmattan, Paris, 2015, 294 pages, 31,- euros.

ISBN : 978-2-343-04665-5.

Crépuscule des tsars
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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 09:30

Parachutistes en Indochine

Marie-Danielle Demélas

Si elles ne furent pas les plus nombreuses (11.000 hommes sur plus de 250.000), les unités parachutistes ont indiscutablement marqué la guerre d'Indochine. Et réciproquement. Cette étude vient donc à point nommé pour nous en présenter certaines réalités.

Il ne s'agit ici d'écrire ni une nouvelle histoire générale de la guerre d'Indochine, ni celle des bataillons parachutistes en tant que tels, mais de suivre tout au long du conflit la vie et les combats des paras eux-mêmes. Nous passons donc en permanence des considérations générales aux détails parfois les plus pragmatiques, le plus souvent soulignés par un témoignage. Les neuf grandes parties reprennent de façon chrono-thématique le "parcours" théorique d'un para, de son départ de métropole à son retour, de l'organisation des unités (sans oublier la "vietnamisation" au début des années 1950), à la vie quotidienne et matérielle avec sa rudesse et ses excès parfois. Se pose alors la question de l'emploi des unités, plutôt type "commandos" (esprit SAS) ou comme infanterie d'intervention d'urgence quand une situation locale se dégrade ? Ultime réserve d'élite du commandant en chef, ou complément des forces traditionnelles insuffisamment nombreuses ? La réponse ne sera jamais durablement apportée, (et le rapport Ely de fin de campagne l'évoque encore). Pour faire la guerre, chaque soldat dispose de son équipement et de ses matériels, dont il porte une grande partie sur son dos en opération : entre 20 et 30 kilos... pour crapahuter dans la boue des rizières ? Une partie consacrée aux "Fractures dans l'armée" met également en relief l'importance des gestionnaires et financiers parisiens aux préoccupations à 1000 lieues des besoins des combattants, tout autant que l'incohérence de l'organisation politico-militaire nationale, sujets contre lesquels les généraux en Indochine doivent "lutter" en permanence. Il y a là quelques belles pages sur les limites à l'exercice de son autorité théorique par le chef militaire, sans oublier toutefois les "étoilés" (ou ceux qui aspirent à le devenir) qui anticipent presque les souhaits des partis pour favoriser leurs carrières. Les lignes sur "le fossé entre les états-majors et les combattants" sont claires, mais auraient aussi mérité d'être mises en perspective car la critique est commune à toutes les guerres. Le livre se termine avec l'inévitable évocation de Dien Bien Phu, à la fois traumatisme et mythe glorieux, et par le retour des prisonniers des camps du Vietminh, préalable à la "rétractation" du dispositif et au départ... pour l'Afrique du Nord où les capitaines et les colonels d'Indochine seront bientôt en situation de commandement.

Un livre qui propose une lecture partielle de la guerre d'Indochine, qui fait le choix d'une approche particulière, mais qui donne aussi de nombreuses informations précises, fait référence à de multiples témoignages et finalement, en rendant le parachutiste d'Indochine (dont on sent bien l'empathie de l'auteure pour eux) plus "normalement humain", donne à ces hommes un surcroît d'exemplarité et de gloire réelle. Un complément indispensable pour quiconque s'intéresse à la guerre d'Indochine.

Vendémiaire, Paris, 2016, 381 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-36358-204-1.

BCCP et BEP
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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 06:00

Un printemps russe

Alexandre Latsa

Un ouvrage d'histoire immédiate et de géopolitique, par un homme d'affaires français installé en Russie (et qui peut aussi agir de ce fait comme agent d'influence), qui arrive "en contre" du discours atlantiste récurrent sur la "menace" russe et appelle à un rapprochement européen.

Partant à la fois des particularités de la société et de la culture russe, mais aussi de "la forte russophobie médiatique" devenue une des marques des grands médias français, l'auteur veut nous faire comprendre l'importance de "l'incroyablement redressement historique que le pays connaît depuis maintenant seize ans" en dépit "d'une incroyable campagne de diabolisation de cette nouvelle Russie". Alexandre Latsa aborde dès la page 25 la responsabilité américaine dans le processus d'escalade et "la constante obsession américaine à étendre l'OTAN en Europe orientale". Revenant (de façon un peu manichéenne) sur le Grand Jeu qui oppose le Royaume-Uni à l'empire des tsars au XIXe s. et la question de l'accès aux mers chaudes et à celle du contrôle des ressources énergétiques, il explique en partie par le choc que constitua l'offensive de l'OTAN contre la Serbie à la fin des années 1990 le mouvement qui s'observe depuis le début des années 2000. Enfin, "la présence de combattants djihadistes dans le Caucase russe", activement soutenu par les services américains, achève de convaincre à Moscou : "Cette manipulation d'un certain Islam par Washington pour affaiblir la Russie sur ses frontières sud n'est que la continuité stratégique de la politique américaine qui avait, en Afghanistan, vu Washington apporter un soutien direct aux Talibans contre l'Armée rouge". L'auteur s'intéresse ensuite à la très difficile situation intérieure de la Russie après 1991, à la main-mise des "familles" plus ou moins mafieuses sur l'économie, avec le risque complémentaire d'une implosion du pays. C'est de ce marasme moral, politique, financier, que "naît" Poutine, dont on ne peut pas oublier qu'il répond aussi à un besoin de la population et que ses mandats (ou ceux du couple Poutine-Medvedev) se traduisent par une amélioration constante de la situation économique de la majorité des habitants : "L'absence d'alternance et donc de contre-pouvoir politique bénéficie du soutien d'une majorité de la population pour laquelle l'enrichissement, mais surtout la stabilisation du cadre de vie et des institutions essentielles, est plus important que les droits de l'homme, ce que confirment du reste tous les sondages à ce sujet en Russie". Plusieurs pages reviennent sur les hiérarques de la privatisation (et souvenons-nous en héros de la corruption), que Poutine mettra au pas (en prison, exilés, etc.) pour assurer la réaffirmation de l'Etat. Deux thèmes (questions sociétales et énergétiques) occupent chacun plusieurs dizaines de pages, les résultats obtenus au plan intérieur permettant à Moscou de revenir en force dans le jeu diplomatique international, "du Kosovo à la Crimée en passant par Damas". La septième grande partie se propose de décrypter la russophobie (selon l'auteur) de la presse française, dans ses racines, ses inspirations et sees formes ; tandis que la huitième revient (sans doute l'une des moins convaincantes selon nous) sur les "révolutions de couleur", du monde arabo-musulman à la Russie : "Le sénateur McCain confirmait l'évidence, à savoir qu'une grande partie de l'élite américaine croyait non seulement que le printemps arabe allait réussir, mais aussi que le régime russe actuel était déstabilisable". Avant une ultime partie qui cherche à déterminer quelles peuvent être les "trajectoires pour la Russie de demain" entre l'Europe, l'Asie et pourquoi pas un avenir de puissance arctique, Alexandre Latsa consacre une dizaine de pages à la question ukrainienne et à la révolution orange : "Maidan : un piège américain".

Le livre, on le voit, est très hostile aux Etats-Unis (avec quelques raisons objectives) et est très en faveur de Poutine et de sa politique, au point que parfois l'argumentation devient un peu "légère". Mais il offre l'immense intérêt de proposer aussi d'autres grilles d'analyse (argumentées et soutenues par des chiffres) que celle que l'on nous propose habituellement sur toutes les antennes. Revendiquant un certain héritage gaulliste (ou gaullien), l'auteur en appelle finalement à un rapprochement européen : "Sans pour autant rompre avec ses partenares d'outre-Atlantique, Paris pourrait choisir de se tourner vers l'est et redevenir la puissance souveraine qu'elle a longtemps été en équilibrant son système d'alliance" et à remplacer la "Pax americana d'hier" par la "Pax euro-asiatica de demain".

Editions des Syrtes, Paris, 2016, 309 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-940523-42-9.

Renaissance
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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 06:00

La guerre soviétique en Afghanistan

Colonel Philippe Sidos

Nouvelle étude d'ensemble sur l'engagement soviétique en Afghanistan entre 1979 et 1989 (on se souvient en particulier des Victoires oubliées de l'armée rouge de Mériadec Raffray en 2010 chez le même éditeur), par un excellent spécialiste du monde russe et de l'Asie centrale.

L'intérêt particulier de ce volume (comme en témoigne la bibliographie finale) est d'utiliser abondamment les écrits russes, et donc de donner de ces dix ans d'opérations une autre image que celle généralement diffusée dans les pays de l'OTAN. L'auteur explique d'abord en quoi le pays est historiquement important sur le flanc sud de la Russie puis décrit en particulier l'analyse ("lucide") des risques qui est faite par Moscou. Il décrit ensuite les principales phases du conflit sans taire les échecs ou les impasses, puis s'intéresse plus particulièrement aux procédés de contre-insurrection avec un (trop) bref chapitre sur l'arme blindée et des développements plus longs sur l'arme aérienne et "la guerre des convois logistiques". Il détaille dans une dernière grande partie l'emploi des troupes aéroportées, des hélicoptères de combat, des Spetsnaz (dont un "bataillon musulman" du GRU) et s'attarde dans un ultime chapitre sur l'emploi des missiles Stinger, livrés aux Moudjahidines par les Américains, et les intéressantes contre-mesures soviétiiques pour tenter de répondre à cette menace. Soulignant en conclusion les responsabilités du Pakistan voisin dans tous ces événements, il observe : "En 1992, la chute du régime de Kaboul mis en place par Moscou en décembre 1979, fut attribuable non pas à un échec militaire ni à la supériorité des forces de la résistance, mais plutôt à l'incapacité d'instaurer une gouvernance afghane viable et une situation économique viable"... De quelle intervention parle-t-on finalement ? La soviétique ou la suivante ? Et cet ultime constat, qui n'est pas sans rappeler certains apprentis-sorciers antérieurs : "La guerre hybride ne serait-elle pas née en Afghanistan quand la CIA sut habilement calculer avec son partenaire pakistanais le niveau de son engagement en faveur des moudjahidines ... Les adversaires de Moscou surent conduire une vaste manoeuvre stratégique multiforme sur toute la gamme émotionnelle et médiatique, tout en entretenant la guerre à son juste niveau".

A lire avec grand intérêt.

Economica, Paris, 2016, 320 pages, 29,- euros.

ISBN : 978-2-7178-6853-1.

Afghanistan
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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 06:00

Eben-Emael

L'autre vérité

Hugues Wenkin

L'auteur revient en détail, à partir de témoignages et d'archives restées confidentielles, sur la chute du principal fort belge aux premiers jours de la Seconde guerre mondiale à l'Ouest. Dès l'introduction, il n'y va pas par quatre chemins : "Montrer les défaillances belges a pour avantage de remettre en perspective l'assaut nazi. En démontrant qu'en ce petit matin du 10 mai, l'armée allemande a bel et bien vaincu sans péril, il nous est permis de diminuer la gloire que le régime hitlérien en a retiré abusivement pour les besoins de sa propagande".

Hugues Wenkin, bien connu pour ses contributions à différentes revues d'histoire grand public (il donne ainsi un style dynamique et enlevé à son récit) revient en détail sur les conditions amont à la campagne de Belgique (les paras allemands, les forts belges, la stratégie de neutralité) et entre dans le vif du sujet avec le départ de l'unité aérotransportée allemande (85 hommes répartis en onze planeurs) dans la nuit du 9 au 10 mai 1940. Tous n'arriveront pas sur zone et l'armée belge a perçu les préparatifs de l'attaque. Les premiers constats sont nets et l'auteur parle de "l'ambiance nonchalante qui règne dans le fort", ce qui se traduit par la non occupation ou l'occupation incomplète de certains des principaux postes de défense au moment de l'attaque allemande. Les erreurs d'interprétation, les ordres erronés, les mauvaises communications expliquent aussi le désarroi des défenseurs belges, qui causent néanmoins de nombreuses pertes aux Allemands. L'affaire du fort d'Eben-Emael est bien sûr replacée dans son contexte général, en particulier les attaques contre les ponts sur le canal Albert. Chaque phase de la bataille ou chaque engagement important est accompagné d'une carte simple et claire. La description finale du chaos qui règne au sein de la garnison belge du fort est parfois impressionnante, d'autant que le haut commandement belge est étrangement absent  ("Personne à l'échelon supérieur des deux corps d'armée ne semble vouloir prendre la responnsabilité de la reddition de l'ouvrage le plus puissant d'Europe"). Le commandant du fort est seul : "Seul pour conduire sa garnison apeurée, seul pour prendre la pénible décision qui ruinera sa carrière". Comme le titre le chapitre 9, "Eben-Emael, une victoire allemande sur l'impréparation belge"... et la garnison du fort n'est pas, loin de là, la seule à blâmer.

Une analyse très précise, et par bien des points assez décapante (quelques débats en perspective ?), d'un événement majeur du début de la Seconde guerre mondiale, dont les conséquences tactiques immédiates, mais aussi morales dans le temps long, ont été extrêmement importantes. Le volume est par ailleurs très bien illustré. Un bel équilibre entre l'étude historique et l'album.

Editions Weyrich, Neufchâteau (BE), 2016, 179 pages, 32,- euros.

ISBN : 978-2-87489-379-7.

Pour commander directement chez l'éditeur : ici.

Belgique
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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 06:00

Les Tuileries

Château des rois, palais des révolutions

Antoine Boulant

C'est à un monument symbolique de Paris, et pourtant aujourd'hui disparu (il n'en reste le souvenir qu'à travers le nom d'un jardin qui jouxte le Louvre), qu'Antoine Boulant consacre avec brio cette passionnante étude.

Rappelant en introduction que le palais fut incendié en 1871 et ses ruines démentelées en 1883, l'auteur veut nous présenter une "prodigieuse aventure architecturale", conçue par Catherine de Médicis et siège principal du pouvoir tout au long du XIXe siècle. Cette histoire globale du palais et de ses jardins, mais aussi histoire politique par la description des (nombreux) grands événements qui s'y déroulent, nous entraîne ainsi au fil des siècles à travers le détail des évolutons successives de l'ensemble des bâtiments (et de leurs aménagements intérieurs au rythme des changements de régime), mais aussi  au coeur des événements jusqu'au XVIIe siècle puis à nouveau à partir de la fin du XVIIIe. Après "l'éclipse" causée par l'installation de la cour à Versailles (même si l'ascension d'une montgolfière en décembre 1783 reste une événement parisien d'une portée considérable), c'est avec la révolution de 1789 que le palais va retrouver son rôle de première résidence du prince, de Louis XVI à Napoléon III. Des grandes heures du Premier empire à sa destruction par "cinq fourgons remplis de poudre, de pétrole, de goudron, d'alcool et d'essence de térébenthine", de la splendeur au désastre, vous saurez tout de l'histoire du palais et apprendrez beaucoup de la vie officielle parisienne. Antoine Boulant nous raconte pour terminer l'étonnant destin de certains des éléments de décoration ou des pierres de l'édifice à la fin du XIXe siècle, réutilisés y compris pour la construction du château du duc de Pozzo di Borgo au-dessus de la baie d'Ajaccio, jusqu'aux campagnes de fouilles des années 1980 et aux projets les plus récents de reconstruction du palais.

Complété par une chronologie, un index, une belle bibliographie et quelques illustrations soigneusement choisies, ce "livre-plaisir", agréable à lire, est à connaître par tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de Paris et à l'histoire de France.

Tallandier, Paris, 2016, 324 pages. 21,90 euros.

ISBN : 979-10-210-1878-5.

Le palais disparu
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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 06:00

Pourquoi Byzance ?

Un empire de onze siècles

Michel Kaplan

Une plongée réussie à la fois dans l'histoire, la mémoire et même le rêve. Spécialiste internationalement reconnu des études byzantines, auxquelles il a consacré l'essentiel de sa carrière universitaire, Michel Kaplan nous propose ici une synthèse sur l'histoire et l'héritage de cet empire réellement millénaire.

L'auteur a la bonne idée de commencer son livre par ce qu'il nomme "L'actualité de Byzance", prologue d'une cinquantaine de pages illustré par ce simple constat : "Qui déambule aujourd'hui dans l'aéroport d'Athènes aura la surprise d'entendre la voix grecque appeler à l'embarquement les passagers pour Constantinople, tandis que la voix anglaise appellera les passagers pour Istanbul sur le même vol". Au-delà la l'anecdote, on comprendra mieux "l'indéfectible solidarité que la Démocratie hellénique à témoigné à la Serbie à la fin de la période Milosevic". Michel Kaplan traite ensuite chronologiquement, et dans le détail, de l'histoire de l'empire romain d'Orient, de son établissement par Constantin à sa disparition le 29 mai 1453, avec la mort au combat de Constantin XI Dragasès. L'histoire d'un combat au-delà du temps pour une certaine conception de l'empire et du pouvoir, dont tous les chefs et rois "barbares" d'Europe occidentale s'inspireront. Au fil de cette longue histoire faite de drames et de rétablissements de dernière minute, de reconquêtes et de crises internes, d'assauts extérieurs et de querelles religieuses, émergent des noms plus ou moins connus, de Justinien à la dynastie des Commènes et aux Lascaris (voir leur palais dans la vieille ville de Nice). Il revient bien sûr sur la prise de la capitale par les Croisés en avril 1204 : la rapacité de Venise et l'appât du gain font que "durant trois jours, la ville est livrée à un massacre furieux et à un pillage insensé" : "Les Chrétiens pillent la première ville de la Chrétienté". L'auteur s'intéresse régulièrement aux évolutions politiques et institutionnelles d'un Etat qui, pour rester autocratique n'en est pas moins fondé sur le droit, et qui doit dans le même temps gérer finement ses dissenssions intérieures et les agressions extérieures (pas uniquement ottomanes). Entre partage volontaire et imposé du pouvoir entre différents héritiers, effets secondaires de la lointaine guerre de Cent ans, conséquences du Grand Schisme d'Occident, la situation ne cesse de se dégrader au XIIIe et au XIVe siècles : lorsque Jean VIII meurt en 1448, l'Eglise refuse "de lui rendre le dernier hommage", ce qui donne une idée de l'état de délabrement de la situation et de la dépreciation de la dignité impériale. Lorsque la deuxième Rome tombe, il ne reste que quelques 7.000 hommes, pour s'opposer aux 100.000 du sultan Mehmet, et elle va pourtant résister plusieurs mois aux assauts, avant que tout ne s'effondre le 29 mai, après une ultime messe à Sainte-Sophie. Dernier paradoxe, au-delà encore, les Ottomans, sous certains aspects, relèveront la dignité impériale.

Une belle, longue et riche histoire, qui nous dit aussi que l'illusion d'un bénéfice matériel immédiat peut gravement compromettre la survie dans la durée.... 

Folio Histoire, Paris, 2016, 490 pages. 8,70 euros.

ISBN : 978-2-07-034100-9.

Histoire et héritage
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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 06:00

Rompre le front ?

Novembre 1914 - mars 1918

Comment percer les lignes ennemies et retrouver la liberté de manoeuvre ?

Rémy Porte

Mon dernier ouvrage vient de paraître.

Ni étude académique, ni "jargonnage" tactico-tactique, il a pour objectif de présenter de façon aussi claire que possible pour le grand public les différents projets et les hypothèses ou options qui émergent à partir de l'automne 1914 pour tenter de répondre à cette question qui obsède les états-majors : comment rompre les lignes allemandes ? Une première partie revient sur les particularités de ce "système-tranchées" évolutif qui interdit toute capacité de manoeuvre. Puis, du niveau stratégique et politico-militaire avec la question des alliances et des fronts extérieurs, à l'échelle du théâtre d'opérations avec les responsabilités particulières du Grand Quartier Général, et au plan tactique avec la multiplication des initiatives locales et l'arrivée de nouveaux matériels et armenents, une large présentation des projets, les plus classiques ou les plus novateurs. A partir de très nombreux extraits de témoignages (du simple soldat au général), une approche qui revient sur certaines idées reçues et replace chaque niveau devant ses propres responsabilités.

14-18 Editions, Saint-Cloud, 2016, 201 pages, 25,- euros.

ISBN : 979-10-91561-84-6.

Disponible chez votre libraire habituel ou auprès de l'éditeur : ici.

Vient de paraître
Vient de paraître
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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 06:00

1815-1816

Le peuple contre l'armée

RHA - n° 283

La Revue Historique des Armées a choisi de confier à Aurélien Lignereux, bien connu pour ses travaux sur la première partie du XIXe s. (ici et ici), la réalisation d'un dossier sur cette période très tendue de notre histoire politique intérieure qui suit immédiatement la chute de l'empire et se traduit par exemple par la Terreur blanche dans le Midi. Six articles présentent un aspect particulier de ce sujet, parmi lesquels on relève celui de Vincent Denis et de Mathieu Grenet sur "Le massacre des Mamelouks" à Marseille en juin 1815, celui de Nathalie Petiteau sur "Les morts du maréchal Brune" et celui de Laurent Nagy sur "Identification et persécutions d'un officier bonapartiste après Waterloo". Dans les articles en varia, on appréciera particulièrement celui d'Anastasie Tsagkaraki sur "Les Philhellènes français dans la lutte pour l'indépendance grecque" et celui de Kevin Seivert sur "L'aérostation d'observation française de 1919 à 1940", à travers la carrière et l'action du général Bienvenuë.

La RHA n'étant pas diffusée en kiosque, le numéro peut être directement commandé auprès du Service Historique de la Défense : ici.

Guerre civile larvée
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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 06:00

D'Irak en Norvège et d'Allemagne au Japon

Batailles & Blindés - n° 73

Le "blindorama", toujours aussi original, nous propose dans ce numéro une présentation des matériels des protectorats britanniques d'Irak et de Transjordanie pendant l'entre-deux-guerres et Yann Mahé s'intéresse aux matériels allemands exportés aux quatre coins du globe avant la Seconde guerre mondiale et pendant le conflit. Hugues Wenkin s'interroge sur les capacités de la France à vaincre en mai 1940 et revient donc sur la question des chars (emploi et doctrine) pendant les années 1920 et 1930. Même si la conclusion est parfois un peu rapide, l'article est de qualité. Le même auteur revient sur le rapport de Guderian de fin juin 1944 au sujet des combats menés par les blindés en Normandie depuis quelques semaines. Un autre regard en quelque sorte sur la bataille du bocage.

Chars et antichars
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Qui Suis-Je ?

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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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