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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 06:00

Pourquoi Byzance ?

Un empire de onze siècles

Michel Kaplan

Une plongée réussie à la fois dans l'histoire, la mémoire et même le rêve. Spécialiste internationalement reconnu des études byzantines, auxquelles il a consacré l'essentiel de sa carrière universitaire, Michel Kaplan nous propose ici une synthèse sur l'histoire et l'héritage de cet empire réellement millénaire.

L'auteur a la bonne idée de commencer son livre par ce qu'il nomme "L'actualité de Byzance", prologue d'une cinquantaine de pages illustré par ce simple constat : "Qui déambule aujourd'hui dans l'aéroport d'Athènes aura la surprise d'entendre la voix grecque appeler à l'embarquement les passagers pour Constantinople, tandis que la voix anglaise appellera les passagers pour Istanbul sur le même vol". Au-delà la l'anecdote, on comprendra mieux "l'indéfectible solidarité que la Démocratie hellénique à témoigné à la Serbie à la fin de la période Milosevic". Michel Kaplan traite ensuite chronologiquement, et dans le détail, de l'histoire de l'empire romain d'Orient, de son établissement par Constantin à sa disparition le 29 mai 1453, avec la mort au combat de Constantin XI Dragasès. L'histoire d'un combat au-delà du temps pour une certaine conception de l'empire et du pouvoir, dont tous les chefs et rois "barbares" d'Europe occidentale s'inspireront. Au fil de cette longue histoire faite de drames et de rétablissements de dernière minute, de reconquêtes et de crises internes, d'assauts extérieurs et de querelles religieuses, émergent des noms plus ou moins connus, de Justinien à la dynastie des Commènes et aux Lascaris (voir leur palais dans la vieille ville de Nice). Il revient bien sûr sur la prise de la capitale par les Croisés en avril 1204 : la rapacité de Venise et l'appât du gain font que "durant trois jours, la ville est livrée à un massacre furieux et à un pillage insensé" : "Les Chrétiens pillent la première ville de la Chrétienté". L'auteur s'intéresse régulièrement aux évolutions politiques et institutionnelles d'un Etat qui, pour rester autocratique n'en est pas moins fondé sur le droit, et qui doit dans le même temps gérer finement ses dissenssions intérieures et les agressions extérieures (pas uniquement ottomanes). Entre partage volontaire et imposé du pouvoir entre différents héritiers, effets secondaires de la lointaine guerre de Cent ans, conséquences du Grand Schisme d'Occident, la situation ne cesse de se dégrader au XIIIe et au XIVe siècles : lorsque Jean VIII meurt en 1448, l'Eglise refuse "de lui rendre le dernier hommage", ce qui donne une idée de l'état de délabrement de la situation et de la dépreciation de la dignité impériale. Lorsque la deuxième Rome tombe, il ne reste que quelques 7.000 hommes, pour s'opposer aux 100.000 du sultan Mehmet, et elle va pourtant résister plusieurs mois aux assauts, avant que tout ne s'effondre le 29 mai, après une ultime messe à Sainte-Sophie. Dernier paradoxe, au-delà encore, les Ottomans, sous certains aspects, relèveront la dignité impériale.

Une belle, longue et riche histoire, qui nous dit aussi que l'illusion d'un bénéfice matériel immédiat peut gravement compromettre la survie dans la durée.... 

Folio Histoire, Paris, 2016, 490 pages. 8,70 euros.

ISBN : 978-2-07-034100-9.

Histoire et héritage
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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 06:00

Rompre le front ?

Novembre 1914 - mars 1918

Comment percer les lignes ennemies et retrouver la liberté de manoeuvre ?

Rémy Porte

Mon dernier ouvrage vient de paraître.

Ni étude académique, ni "jargonnage" tactico-tactique, il a pour objectif de présenter de façon aussi claire que possible pour le grand public les différents projets et les hypothèses ou options qui émergent à partir de l'automne 1914 pour tenter de répondre à cette question qui obsède les états-majors : comment rompre les lignes allemandes ? Une première partie revient sur les particularités de ce "système-tranchées" évolutif qui interdit toute capacité de manoeuvre. Puis, du niveau stratégique et politico-militaire avec la question des alliances et des fronts extérieurs, à l'échelle du théâtre d'opérations avec les responsabilités particulières du Grand Quartier Général, et au plan tactique avec la multiplication des initiatives locales et l'arrivée de nouveaux matériels et armenents, une large présentation des projets, les plus classiques ou les plus novateurs. A partir de très nombreux extraits de témoignages (du simple soldat au général), une approche qui revient sur certaines idées reçues et replace chaque niveau devant ses propres responsabilités.

14-18 Editions, Saint-Cloud, 2016, 201 pages, 25,- euros.

ISBN : 979-10-91561-84-6.

Disponible chez votre libraire habituel ou auprès de l'éditeur : ici.

Vient de paraître
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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 06:00

1815-1816

Le peuple contre l'armée

RHA - n° 283

La Revue Historique des Armées a choisi de confier à Aurélien Lignereux, bien connu pour ses travaux sur la première partie du XIXe s. (ici et ici), la réalisation d'un dossier sur cette période très tendue de notre histoire politique intérieure qui suit immédiatement la chute de l'empire et se traduit par exemple par la Terreur blanche dans le Midi. Six articles présentent un aspect particulier de ce sujet, parmi lesquels on relève celui de Vincent Denis et de Mathieu Grenet sur "Le massacre des Mamelouks" à Marseille en juin 1815, celui de Nathalie Petiteau sur "Les morts du maréchal Brune" et celui de Laurent Nagy sur "Identification et persécutions d'un officier bonapartiste après Waterloo". Dans les articles en varia, on appréciera particulièrement celui d'Anastasie Tsagkaraki sur "Les Philhellènes français dans la lutte pour l'indépendance grecque" et celui de Kevin Seivert sur "L'aérostation d'observation française de 1919 à 1940", à travers la carrière et l'action du général Bienvenuë.

La RHA n'étant pas diffusée en kiosque, le numéro peut être directement commandé auprès du Service Historique de la Défense : ici.

Guerre civile larvée
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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 06:00

D'Irak en Norvège et d'Allemagne au Japon

Batailles & Blindés - n° 73

Le "blindorama", toujours aussi original, nous propose dans ce numéro une présentation des matériels des protectorats britanniques d'Irak et de Transjordanie pendant l'entre-deux-guerres et Yann Mahé s'intéresse aux matériels allemands exportés aux quatre coins du globe avant la Seconde guerre mondiale et pendant le conflit. Hugues Wenkin s'interroge sur les capacités de la France à vaincre en mai 1940 et revient donc sur la question des chars (emploi et doctrine) pendant les années 1920 et 1930. Même si la conclusion est parfois un peu rapide, l'article est de qualité. Le même auteur revient sur le rapport de Guderian de fin juin 1944 au sujet des combats menés par les blindés en Normandie depuis quelques semaines. Un autre regard en quelque sorte sur la bataille du bocage.

Chars et antichars
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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 05:50

V1, occupation de la "zone libre" et campagne du Pacifique

Aéro Journal - n° 53

Dans son éditorial, Yann Kadari évoque les "si" et ces conditions toujours inattendues et changeantes du déroulement des opérations militaires, puis l'uchronie, "une fiction qui repose sur la réécriture de l'histoire à partir de la modification d'un événement du passé". Cela lui permet de présenter au lecteur un "supplément" à l'article consacré à l'opération Anton d'invasion de la zone libre en 1942, petit article amusant mais qui n'emporte pas l'adhésion (non prise en compte des questions "terrestres" en particulier). L'article sur les V1 retiendra toute votre attention (en particulier sur ses origines en grande partie françaises de la Première Guerre mondiale), ainsi que celui sur le Farman NC 223.4, qui bombarde l'Allemagne en 1940.

Un numéro varié qui plaira sans aucun doute à de très nombreux amateurs.

Deuxième guerre mondiale (aérienne)
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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 06:00

Djihad à Paris

Marc Bowman

L'actualité inspire des vocations, et ce livre nous est présenté comme ayant été écrit sous un pseudonyme par un officier général "ayant occupé un poste important au coeur de la Défense nationale". Admettons, même si ce type de publication n'est pas "notre tasse de thé" quotidienne.

Finalement, on se laisse prendre par le récit, car le style est vif, dynamique, sans fioriture inutile, et l'auteur quel qu'il soit connaît visiblement son sujet. On n'échappe pas bien sûr à quelques poncifs (l'agent de la DGSE ne s'appelle pas Marcel Dupont mais Aymar de Milandre, ce qui sonne indiscutablement mieux... ; Julie, Christine ou Brigitte ne sont pas que des laiderons... ; et l'on voyage beaucoup en Europe, au Moyen-Orient comme en Afrique à la rencontre de personnage plus mystérieux -et douteux- les uns que les autres). Mais finalement il s'agit d'un roman, assez réaliste dans ses descriptions, qui présente le monde "obscur" du renseignement et des opérations spéciales en y mêlant des éléments politiques, diplomatiques, techniques, cohérents avec son récit. Alors, Aymar de Milandre va-t-il sauver la France ? Vous le saurez en vous plongeant dans ces presque 450 pages aux rebondissements multiples, où les alliés ne sont pas toujours très honnêtes, ni les politiques très déterminés.

Un bon roman de plage pour l'été qui approche, ou pour lire pendant un aller-retour en TGV, voire à laisser au service de semaine de la compagnie pour que chacun puisse le feuilleter !

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2016, 446 pages. 11,90 euros.

ISBN : 978-2-36445-076-9.

Roman
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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 06:00

La préparation du soldat à la guerre

par le capitaine J.F.C. Fuller

Olivier Entraygues

Indiscutable spécialiste français de la carrière et de la pensée du major-général Fuller, Olivier Entraygues poursuit ses travaux pour nous en faire découvrir la richesse et la complexité. Avec ce nouveau volume, il nous présente, remet en contexte et commente l'un des premiers écrits majeurs du théoricien britannique, consacré à la formation des soldats.

L'ouvrage se divise en deux grandes parties, la première ("L'avant-guerre comme matrice", sur une soixantaine de pages) étant consacré à resituer le parcours de Fuller au sein de l'armée anglaise au tournant des XIXe et XXe siècles et à expliquer le contexte dans lequel il fait ses propositions. La seconde est en fait constituée par le texte rédigé par le penseur anglais (Training Soldiers for War) complété (au moins au début) de nombreuses et utiles notes de bas de page. En une série de rapide chapitres thématiques, Fuller part du point d'observation le plus élevé ("Le moral", "La psychologie de l'esprit", etc.) pour arriver progressivement (logiquement) aux qualités foncières ("La confiance, "La discipline", "L'initiative"), puis aux modalités pratiques de cette formation ("Cours magistraux", "Entraînement physique", "Exercices", etc.). C'est donc un véritable vade-mecum de la formation des soldats et officiers qui nous est proposé, et il faut souligner que les conseils de Fuller sont souvent frappés du sceau du bon sens, de l'expérience, de la pertinence, du souci de l'efficacité. Le rôle de l'encadrement "de contact" est souligné à plusieurs reprises, ainsi que cette vérité bien connue des praticiens : "Pour être capable d'instruire un coldat, il faut au préalable le comprendre". L'exemplarité du comportement, la valeur du travail, la force de caractère, l'adhésion aux valeurs communes les plus nobles, sont fréquemment évoqués, et cette phrase exceptionnelle, qui n'est pas sans rappeler notre définition de la discipline intellectuelle : "L'initiative n'est rien d'autre qu'une forme d'obéissance au lieu d'en être la négation. Faire acte d'initiative, c'est obéir d'avance à l'ordre que l'on recevrait infailliblement si le chef était sur place au lieu d'être éloigné", c'est avoir compris les ordres reçus dans leur esprit au moins autant que dans la lettre.

Certaines prescriptions sont bien sûr connotées, puisque le texte a été rédigé au début du XXe siècle, mais l'ensemble mérite très largement d'être connu de tous ceux qui aujourd'hui ont une responsabilité d'encadrement et de formation. Un volume dont on pourrait dire qu'il est indispensable de le lire posément, de le mûrir et de le réfléchir.

Le Polémarque, Nancy, 2016, 242 pages, 15,- euros.

ISBN : 979-10-92525-06-9.

Importance majeure de la formation
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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 06:00

Médecin de guerre

de l'Afghanistan à Paris

Elie Paul Cohen

Le livre est d'autant plus intéressant qu'il a été écrit par un "médecin civil, fanatiquement antimilitariste, naïf et stupidement très idéaliste, qui, en 2009, s'est ironiquement retrouvé militaire dans l'armée française, à un âge improbable pour quelqu'un de normal". Une aventure humaine et personnelle atypique donc, mais au coeur des préoccupations et des difficultés de la lutte anti-Taliban en Afghanistan aussi bien que du rôle du Service de santé.

Elie Paul Cohen (issu d'une famille de juifs d'Algérie, pp. 30-37, à la double nationalité française et britannique) a presque cinquante ans quand il est recruté pour servir en détachement "seul Français au milieu de vingt-huit mille soldats anglophones, à Camp Bastion", afin de se "former aux méhodes anglo-saxonnes de prise en charge des polytraumatisés de guerre, et en ramener l'expérience au service de santé de notre armée". Après une rapide mais complète préparation à sa future mission (détaillée dans les chapitres 6 à 8), le tout nouveau médecin "militaire" débarque en Asie centrale, et son vol puis son arrivée sur le territoire sont l'occasion d'une assez longue introspection sur son parcours antérieur et son histoire, personnelle comme familiale. Le récit du séjour en Afghanistan commence ainsi à partir des pages 111/119 et s'ouvre sur l'arrivée à Kandahar. Elie Paul Cohen souligne à plusieurs reprises la nécessité de se prendre en charge lui-même à l'occasion d'une mission atypique, "plus politique que militaire", et souligne l'importance du "Système D" à la française. Une réalité décidemment récurrente... La description du camp anglo-américain et de son hôpital (réplique exacte de l'hôpital de York !) est très intéressante. La logistique y "est impressionnante, basée sur un principe essentiel : la vitesse d'exécution". L'auteur décrit ensuite le déroulement de sa mission, y compris des interventions sur le terrain ("La partie est difficile et demande une subtilité que les Texans ne cultivent pas toujours", selon l'un de ses interlocuteurs britanniques), et explique avec un vrai souci du détail la procédure suivie pour sauver les blessés dans le cadre du Damage Control Surgery : "Plus mon séjour à Camp Bastion avance, mieux je comprends le rôle que l'armée française m'a demandé de jouer. Je suis immergé dans un véritable laboratoire de médecine de guerre". Il souligne combien "la vie d'un combattant est précieuse" et les problèmes éthiques qui surgissent à l'occasion de ces "guerres sans front". Il termine en évoquant les réponses médicales aux attentats terroristes ultérieurs, inspirées de son rapport sur les innovations de l'armée britannique.

Un témoignage sur une expérience tout-à-fait originale, sans doute non directement comparable à d'autres séjours de personnels du SSA en Afghanistan, mais dense et riche.

Le Passeur éditeur, Paris, 2016, 239 pages. 17,90 euros.

ISBN : 978-2-36890-447-3.

Urgentiste en Afghanistan
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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 06:00

La bataille de la Somme

L'hécatombe oubliée, 1er juillet - 18 novembre 1916

Marjolaine Boutet et Philippe Nivet

A l'approche des commémorations du centenaire du déclenchement de l'offensive de la Somme, cette synthèse générale vient à point pour nous permettre de retrouver tous les éléments d'une histoire assez largement méconnue dans les mémoires françaises.

Les deux auteurs abordent en effet de façon large leur sujet, en six grands chapitres, de "La préparation de la bataille" à sa mémoire. Le chapitre 2 revient ainsi sur les combats eux-mêmes, en soulignant les difficultés britanniques et les succès (réels mais relatifs) français des premiers jours, puis l'émiettement des affrontements avant un ultime effort pour relancer une bataille d'ensemble. Le chapitre 3 fait le point des matériels déployés en masse dans cette guerre industrielle (les critiques contre les généraux britanniques et les commentaires tactiques autour des pages 86-90 demandent parfois à être repris avec plus de réalisme, il est peu exact de faire des mitrailleuses des fusils automatiques..., et objectivement le fait que les avions "piquent sur les tranchées en faisant retentir leurs sirènes d'alarme avant de commencer à tirer" me paraît anachronique en 1916 ? -Si quelqu'un a des témoignages, je suis preneur-). Les auteurs s'intéressent ensuite aux combattants, aux simples soldats des différentes armées, et sur certains points les "raccourcis" peuvent prêter à contre-sens (ou au moins interprétation erronée). Pour ce qui est par exemple de la participation des troupes coloniales françaises (p. 130) leur contribution est en réalité tout à fait aisée à évaluer puisque l'organigramme des grandes unités est parfaitement connu. Quant à l'idée que "l'état-major les (les bataillons indigènes) utilise notamment comme troupes de choc dans les secteurs difficiles pour terroriser les Allemands", elle est fait écho à une idée reçue des années 1970-1980 et est très largement contestée par la simple réalité du déploiement des unités sur le terrain pour les différentes phases. Le chapitre 5 propose une belle approche d'ensemble des arrière-fronts, qu'il s'agisse de l'établissement des formations militaires et des états-majors ou des populations civiles, parfois évacuées lorsque la bataille s'approche. C'est un domaine que les auteurs maîtrisent parfaitement et la synthèse est de grande qualité. Le sixième et dernier chapitre enfin, sur "La mémoire de la bataille", s'ouvre sur le tournage de The Battle of the Somme, projeté dès août 1916 en Grande-Bretagne et vu par ... 20 millions de personnes en six semaines ! Il se poursuit par l'évolution de cette mémoire (et des formes prises) au long de l'entre-deux-guerres puis après 1945 pour se terminer au XXIe siècle, en rappelant utilement "la volonté des chercheurs comme des pouvoirs publics de rappeler que cette bataille ne fut pas que britannique".

En dehors des quelques réserves signalées dans le domaine strictement militaire, une solide synthèse utile pour tous ceux qui s'intéressent aux armées britanniques et plus largement à la période. On apprécie le nombre de notes de référence et l'importante bibliographie présentée en fin de volume. Un ouvrage à conserver.

Tallandier, Paris, 2016, 259 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-1849-5.

Offensive sur la Somme
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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 06:00

La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie

1954-1962

Raphaëlle Branche

Réédition d'un volume qui a valu à son auteure une indiscutable notoriété dès sa publication après sa soutenance de thèse, ce volume doit impérativement être lu par quiconque s'intéresse à la guerre d'Algérie.

Suscitant fréquemment des polémiques avec les défenseurs d'une théorie de "l'armée française aux mains blanches", le livre fourmille d'informations précises et d'exemples avérés. Les faits sont là, vouloir nier est inutile. Encore faut-il toutefois (et c'est particulièrement difficile) ne pas raisonner avec esprit de système et essayer d'évaluer l'ampleur du phénomène, s'efforcer de distinguer entre ceux qui ont été impliqués dans ces actes et ceux qui y sont restés étrangers, soit que leurs fonctions ne les y prédisposent pas, soit qu'ils aient mis en avant un refus moral. Le problème peut alors prendre sa véritable dimension. Enfin, on ne saurait ignorer trois facteurs, d'intensité certes variable mais qui contribuent à la réalité des faits : la responsabilité politique dans ce qu'elle ordonne à demi-mots et tolère sans l'autoriser explicitement d'une part, le poids récent de la guerre perdue d'Indochine et le contexte général de guerre révolutionnaire et d'opposition entre les blocs d'autre part, un phénomène d'habitude aux violences avec la prolongation de la guerre, les exécutions par le FLN et les attentats terroristes enfin. Ceci étant posé (et qui contribue sur plusieurs points à relativiser les propos de l'auteure), une nouvelle fois, les faits sont acquis et il est stupide de nier une réalité établie, même si certains points particuliers peuvent prêter à discussion.

Le livre de Raphaëlle Branche se divise en quatre grandes parties chrono-thématiques. La première, pour la période 1954-1956, s'intéresse à ce "nouveau" (?) visage de la guerre, à la question des "fuyards abattus" et à la problématique de l'exécution des ordres reçus. La seconde, qui couvre les années charnières 1957-1958, est centrée sur la bataille d'Alger, avec en particulier les rôles spécifiques des officiers renseignement et des détachements opérationnels de protection. Rappelons simplement ici que des troupes non formées à cette mission particulière dans une grande ville ont été engagées à peine revenues de l'opération de Suez et, une nouvelle fois, dans un contexte de faiblesse (et de silence approbateur ?) de l'autorité politique, trop heureuse de pouvoir annoncer des succès rapides. La troisième partie, pour la fin de l'année 1958 et l'année 1959, est titrée "La grande impunité des militaires". Elle correspond aux débuts du plan Challe, semble témoigner d'une extension (ou d'une installation dans la "routine") de ces procédés et pose la question de l'implication du personnel de santé et des médecins, qui doivent parfois maintenir en vie un prisonnier torturé dont on attend de nouvelles informations. La quatrième et dernière partie enfin, pour les années 1960-1962, correspond à une forme de "Retour à la règle ?", c'est-à-dire à un retour du politique à la première place, avec toute la problématique des suites éventuelles à donner à ces exactions. Fallait-il en parler ? Les taire ? Oublier pour ne pas fracturer davantage un outil militaire qui se considère souvent comme victime des trahisons politiques ? "(La justice militaire) partage le désarroi des militaires mis en demeure de répondre juridiquement d'actes commis dans l'exercice de leurs fonctions. Le pouvoir politique fixe la mission, mais à chaque niveau de la hiérarchie appartient une décision sur les moyens". Dilemne sans doute quasiment insoluble dans de nombreux cas, entre mission immédiate, réserves morales et service de l'Etat. Bouclons la boucle : c'est par décret que sont amnistiés "les faits commis dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre dirigées contre l'insurrection algérienne".

Considérée au plan moral comme la question centrale de la guerre d'Algérie, la torture ne doit faire oublier ni la responsabilité de ceux qui incitèrent à son emploi (on se reportera aux déclarations du général Massu au Monde en juin 2000), ni la réalité des crimes du FLN, ni le fait que des centaines de milliers d'hommes au total ont participé à cette guerre qui ne portait pas son nom sans se salir les mains, dans le quadrillage territorial ou dans les opérations actives. S'intéresser à cette question permet de réfléchir (au calme, aujourd'hui) à la responsabilité individuelle dans l'exécution d'ordres illégaux, mais ne dispense pas d'appréhender le conflit dans sa globalité.

Folio Histoire, Paris, 2016, 805 pages, 10,40 euros.

ISBN : 978-2-07-046920-8.

Torture
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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