Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 07:50

Les corsaires des tranchées

Michel Goya

poilus.jpg

Nous attendions la fin de la mise en ligne de cette belle et longue série d'articles pour inviter ceux de nos visiteurs qui n'ont pas lu les textes de Michel Goya à se reporter à ses dernières publications sur son site La voie de l'épée. En huit articles paru entre le 29 avril et le 5 mai, il revient avec talent (on se souvient de son La chair et l'acier, paru en 2004) sur cette "petite guerre" qui anime un front pourtant généralement décrit comme "calme", à partir d'initiatives de la base progressivement encadrées.

- 29 avril : Les tireurs d'élite

- 29 avril : Les patrouilles

- 30 avril : Les corps francs

- 1er mai : Des raids de dix hommes

- 2 mai : Les coups de main d'artillerie

- 3 mai : Pour ou contre les Gladiateurs

- 4 mai : Un coup de main historique

- 5 mai : Les vrais capitaines Conan

Un lecture attentive indispensable pour quiconque s'intéresse à la Grande Guerre.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 07:40

"Et le temps, à nous, est compté"

Lettres de guerre (1914-1918)

Albert Marquand

Lettres-de-guerre493.jpg

Un nouveau témoignage de combattant ? Oui, mais pas seulement car, dans ce livre d'un peu plus de 400 pages, la figure du poilu français apparaît dans toute sa complexité, faisant écrire dans sa postface au général Bach, à propos du "débat historiographique stérile entre consentement et contrainte" que "les réponses sont sans intérêt et n'apportent rien à la compréhension des faits sociaux".

Le livre est constitué des lettres qu'Albert Marquand adresse avec une grande régularité à ses parents et à son frère Georges entre décembre 1914 (incorporation puis classes) à septembre 1919 (il est alors interprête auprès des armées américaine et britannique, après avoir été stationné en occupation à Mayence). Durant la guerre elle-même, il accède au galon de sous-officier et commande son escouade aux tranchées dans différents régiments d'infanterie, mais il sait aussi rester à l'abri au dépôt lorsqu'il est "popotier". Il est en relève devant le fort de Vaux en avril 1916, sur la Somme à l'été ("On est en train d'étudier de nouvelles formations d'attaque en rapport avec la diminution des effectifs"), en Alsace ensuite, etc. mais tout en conservant le plus profond respect pour ses camarades fantassins, il finit par rejoindre au début de l'année 1918  le cours des opérateurs de TSF, ce qui l'oblige certes à démissionner de son grade mais ... lui offre un poste moins exposé. Enfin, blessé en Argonne en 1915, il connaît les "circuits" de Service de santé vers l'arrière. Recevant régulièrement des journaux (presse locale et nationale) envoyés par ses parents, ardéchois, il peut suivre l'actualité nationale et en discute avec ses camarades. Bref, un parcours très complet aussi bien par sa durée que par la diversité de ses affectations et qui, pour une fois, permet de comprendre la guerre à partir du regard d'un sous-officier du contingent.

Les annotations, les récits, les anecdotes sont innombrables qu'il s'agisse de la montée en ligne, des séjours aux tranchées (Il y a beaucoup d'évacués pour pieds gelés, bronchites, pleurésies, car il faut rester 6 jours et 6 nuits entières avec de la boue jusqu'au ventre à recevoir les 210 sur la gueule"), de la vie relativement sereine dans l'immédiat arrière-front ("Je suis allé à la pêche avec 3 de mes copains, à la pêche à la grenade bien entendu ... Devinez à peu près le résultat ... 32 kilos de brochets, truites (épatantes et renommées) sans compter la friture"), du fracas des bombardements et des tirs de mitrailleuses, ou des pertes ("Tous nos officiers, ou presque, ont été anéantis ..."La compagnie est commandée par un sous-lieutenant"). De la même façon, il décrit longuement les vilages qu'il traverse ou dans lesquels il séjourne (dans l'Oise, "les maisons sont construites avec de la boue et de la paile séchée ! !") et commente ses nombreuses lectures (à propos du Feu d'Henri Barbusse : "Hier j'en ai dévoré 90 pages. Il est très 'nature'' surtout comme inventions, mais je crois que c''est un peu exagéré comme faits d'armes, tout au moins pour la guerre actuelle ! Mais comme langage 'poilu'', c'est on ne peut plus exact". On observe également que son récit "sur le vif" de la bataille de La Malmaison (octobre 1917) est extrêmement bref dans ses lettres et n'évoque pratiquement que le rôle de l'artillerie, la météo ou l'attitude des Allemands ; mais qu'il rédige ultérieurement (printemps 1918) une lognue présentation (ajoutée en annexe 4), dont le ton diffère sensiblement.

Bref, un excellent témoignage combattant, marqué au sceau de la justesse de ton et de la précision du propos.

A lire et à conserver.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 07:30

Un silence d'Etat

Jean-Jacques Jordi

disparus-europeens.jpg

Voilà un livre qui a fait, à notre connaissance, l'objet de peu de recensions et dont la réputation se développe plus par le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux que par les chroniques publiées. Son auteur, Jean-Jacques Jordi, est déjà auteur de nombreux ouvrages sur Marseille, l'Algérie, les migrations et les Harkis.

En un peu moins de 200 pages (on apprécie le nombre et la précision des références d'archives), il brosse un tableau aussi complet que possible, semble-t-il, des disparitions "inexpliquées" d'Européens à la fin de la guerre d'Algérie, avec ces questions posées dès l'introduction : "Pourquoi les différents gouvernements n'ont-ils pas cherché à expliquer à leurs concitoyens cette histoire ? Pourquoi a-t-on laissé aux 'groupes mémoriels' la prise en main de cette histoire ?". Il reconnait par ailleurs que son étude "ne prétend pas à l'exhaustivité, mais a la volonté d'apporter des réponses". Il faut à nouveau souligner qu'il appuie son travail sur l'exploitation des ressources de nombreux centres d'archives.

Après avoir défini ce qu'il faut entendre par "disparu dans la guerre d'Algérie", il dresse rapidement un tableau des événements et des disparitions entre 1955 et les accords d'Evian, puis s'attarde davantage sur la période qui va jusqu'à l'indépendance effective. Un bref chapitre IV s'intéresse aux "Barbouzes et Mission C, entre fantasmes et réalité" (on regrette que certains documents soient reproduits en petit format, ce qui les rend peu lisibles) ; puis le chapitre V constate "L'impuissance des commissions mixtes" de cessez-le-feu : "Les commissions mixtes n'ont donné aucun résultat tangible à cause de la volontaire non-application du FLN". Au fur et à mesure que les semaines passent, la situation devient de plus en plus difficile : à Oran, le 5 juillet, où la responsabilité du général Katz paraît bien directement engagée ; au cours du dernier semestre de 1962 (avec un pic pendant les mois d'été) durant lequel leur nombre est tel que "le FLN doit penser une véritabnle gestion des personnes enlevées".

Les derniers chapitres sont consacrés aux suites des événements : le silence complice entretenu dans l'hexagone par le pouvoir gaulliste et les difficultés des familles et survivants à faire connaître et reconnaître des faits pourtant avérés (et ceci en dépit d'une enquête du CICR de Genève en 1963). La longue liste des "Personnes disparues présumées décédées" clôt ce volume, non sans quelques frissons dans le dos.

Une étude parfaitement documentée qu'il sera sans nul doute difficile de considérer comme "quantité négligeable" pour les travaux à venir et de ne pas citer désormais en référence.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Guerre d'Algérie
commenter cet article
9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 08:10

Armées et révolutions arabes

Appel à communication

Les-ecoles-Saint-Cyr medium

Le pôle "Action globale et forces terrestres" du Centre de recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan prépare l'organisation d'un grand colloque qui se tiendra les 26 et 27 septembre prochain au Cercle de la Monnaie, à Rennes. Les propositions de communication sur ce thème (résumé d'une quinzaine de lignes et coordonnées de l'auteur) sont reçues jusqu'au 30 juin à l'adresse : armees.revolutionsarabes@st-cyr.terre.net.defense.gouv.fr

Le programme définitif sera arrêté aux environs du 15 juillet par les organisateurs, réunis autour de Saïd Haddad et Marie Baize-Robache.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Tables rondes et colloques
commenter cet article
9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 08:00

Aurigny :

typologie d'une déportation

aurigny.jpg

Benoit Luc, auteur du livre Otages d'Hitler que nous recensions il y a quelques jours, s'est intéressé pendant sa scolarité en Master aux déportés français sur l'île anglo-normande d'Aurigny pendant la Seconde guerre mondiale. Il nous semble intéressant de donner un écho supplémentaire à ce chapitre très peu connu de l'histoire du conflit, s'agissant de prisonniers retenus dans quatre camps allemands installés ... en territoire britannique.

Son livre sur ce thème (Les déportés de France vers Aurigny, paru en 2010 chez Eurocibles) étant semble-t-il épuisé, nous vous renvoyons vers l'article de synthèse extrêmement documenté qu'il a publié sur ce même sujet ("Aurigny : typologie d'une déportation") dans le numéro 60 (mars 2009, pp. 1 à 11) de Mémoire vivante, revue de la Fondation pour la mémoire de la déportation.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Seconde guerre mondiale
commenter cet article
9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 07:00

Atlas des empires coloniaux

XIXe - XXe siècles

Jean-François Klein, Pierre Singaravélou et Marie-Albane de Suremain

 9782746713260-atlas-empires-coloniaux.jpg

Chacun connaît la belle et utile collection d'atlas des éditions Autrement. Voici un nouveau volume qui réussit, une nouvelle fois, un véritable exploit de synthèse en moins de 100 pages, 130 cartes et graphiques et un texte d'accompagnement de qualité.

En quatre grands chapitres ("Continuités et mutations des empires au XIXe siècle", "Des impérialismes triomphants, XIXe - Première Guerre mondiale", "Interactions et tensions aux colonies : l'entre-deux-guerres" et "Circulations et réseaux impériaux"), les auteurs abordent tous les empires sous toutes leurs facettes, jusqu'aux missions religieuses européennes, aux évolutions démographiques comparées, aux loges maçonniques en Algérie ou aux premiers parcs naturels dans l'Afrique Orientale allemande de 1913 ! On retrouve aussi la chronologie de l'expansion américaine dans l'arc caraïbe et le Pacifique ou la constitution de l'empire territorial japonais après 1868. Sont également traités le "Grand jeu" russo-britannique en Asie centrale, l'évolution des échanges commerciaux entre la France, le Royaume-Uni et les empires respectifs, la part des troupes coloniales dans les armées de chaque métropole ou le détail du statut administratif de chaque territoire.

Un exemple de claire synthèse. Absolument indispensable.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Mondes coloniaux
commenter cet article
8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 09:50

Stratégie maritime

(droit, histoire, géopolitique, etc.)

PRIX-MARINE.jpg

Les étudiants ayant terminé un master ou un dostorat sur un thème lié à la stratégie maritime peuvent soumettre leurs mémoires (3 prix différents de 1.500 euros) et thèses (1 prix de 5.000 euros) au jury du prix "Amiral Daveluy 2012".

Renseignements et dossier :

Centre d'études supérieures de la Marine, Ecole militaire, 1 place Joffre,, case n° 8, 75700 Paris SP 07.

Tel : 01 44 42 56 72

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Débats et actualité
commenter cet article
8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 09:40

Lieutenant-colonel Jeanpierre

Vies et mort d'un grand légionnaire

1912-1958

Daniel Sornat

JEANPIERRE.jpg

La maison d'édition spécialisée Indo-Editions ajoute ce mois-ci à son catalogue la biographie d'une figure emblématique de la Légion étrangère, celle du lieutenant-colonel Jeanpierre. Lui-même saint-cyrien de la promotion éponyme, l'auteur précise dans son introduction les sources qu'il a utilisé (archives officielles et privées comme témoignages), tout en reconnaissant que sa biographie pourrait ne pas être complète. De façon très classique, l'ouvrage s'ouvre sur deux chapitres introductifs ("Origine et jeunesse" et "L'entrée dans la carrière"), pour essayer de comprendre pourquoi le jeune Jeanpierre s'engage au 131e RI d'Orléans en décembre 1930, époque durant laquelle "les aspirations pacifiques de la majorité des populations européennes" s'expriment, en particulier en France. On peut ensuite diviser le livre en deux grandes parties : les chapîtres consacrés à la période qui s'étend de 1930 à 1945, moins connue, et ceux qui traitent des guerres d'Indochine et d'Algérie.

Jeanpierre renouvelle son contrat d'engagement jusqu'en 1935, année au cours de laquelle il est admis à l'Ecole de l'infanterie et des chars de combat, qui forme les officiers issus du corps des sous-officiers. Un an et demi plus tard, il quitte Saint-Maixent classé 5e de sa promotion, baptisée "Verdun", et fait le choix de servir au 1e régiment étranger d'infanterie (REI). Il ne quittera plus la Légion étrangère. Après l'Afrique du Nord, la Seconde guerre mondiale le trouve avec le II / 2e REI au Levant, où il apprend l'armistice de juin 1940 : "C'est un drame pour Jeanpierre ; il était jeune officier d'une armée réputée invincible, il se retrouve jeune officier d'une armée qui a été écrasée". Ce sont alors les longs mois d'une situation de plus en plus tendue entre Vichystes et Gaullistes (le "complot de septembre"), puis la campagne de juin 1941 avant l'armistice et le retour en métropole : "L'immense majorité des officiers de Légion refuse de rallier la France Libre". Jeanpierre dira plus tard : "Il y a quinze ans j'ai obéi en Syrie, je ne sais pas aujourd'hui si j'ai eu tort ou raison". On comprend le traumatisme que cette successioon d'événements a pu représenter pour toute une génération. Passé dans la Résistance après l'occupation de la "zone libre" en novembre 1942, il est arrêté par la Sicherheitspolizei à Orléans en janvier 1944 et déporté à Mauthausen, dont il est libéré en mai 1945. Promu capitaine avec effet rétroactif, il retrouve la Légion, à la tête du centre de recrutement de Kehl, et rejoint trois ans plus tard le 1er bataillon étranger parachutiste naissant comme adjoint du capitaine Segrétain et, dès l'unité formée, embarque pour l'Indochine.

La deuxième partie de sa carrière est mieux connue : le Delta tonkinois, Lang Son, les opérations qui se succèdent, "l'affaire de That Khé" puis le drame de la RC4, dont il est l'un des rares survivants. En charge de la formation des légionnaires au II/1er REI pendant quatre ans, il retrouve brièvement l'Indochine à la fin de l'année 1954, pour reconstituer le 1er BEP, disparu dans les combats de Dien Bien Phu, avec lequel dès février 1955 il rejoint l'Algérie. On sait son rôle et son oeuvre pendant plus de trois ans, dans les Aurès, à Alger, tirant les enseignements de chaque opération et systématisant les "nomadisations". Adjoint du REP, il débarque à Suez à l'automne 1956 pour se trouver engagé dès janvier 1957 dans la bataille d'Alger. Devenu chef de corps du régiment, il va tout faire pour développer l'emploi de l'hélicoptère dans la lutte contre l'ALN : "J'ai senti là une cassure dans l'histoire de la guerre d'Algérie ... La vitesse est tout". Il se distingue à la fin de l'année 1957 au commandement de la Zone opérationnelle de l'Est algérien, entre Biskra et Hassi-Messaoud ("Tout baser sur le renseignement. Exploitation immédiate de tout renseignement"), puis au printemps 1958 avec la responsabilité d'une partie du barrage sur la frontière algéro-tunisienne, avec une troupe particulièrement aguerrie : "Ce qui m'a le plus frappé lors de mes premières opérations au sein du REP, c'est la manoeuvre en silence. Pas d'éclat de voix, peu d'ordres, des commandements aux gestes, chacun sachant ce qu'il avait à faire". Les combats se poursuivent sans interruption jusqu'à ce 29 mai, où il décède, à l'âge de 46 ans et après 27 ans de service, dans la chute de son hélicoptère, probablement abattu par un tir ennemi : "Soleil est mort".

Relevons enfin que l'ouvrage est étoffé de nombreuses copies de documents, de cartes, d'organigrammes et de photos. Au total, une indispensable biographie d'un officier exceptionnel révélé dans l'adversité, pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la Légion aussi bien qu'aux campagnes d'Indochine et d'Algérie, tout en allant bien au-delà.

 

Daniel Sornat a bien voulu répondre à quelques questions sur la biographie qu'il vient de faire paraître :

 

Question : On a le sentiment, après avoir lu votre livre, que deux périodes bien distinctes, séparées par la déportation, scandent la vie et la carrière du lieutenant-colonel Jeanpierre : avant la Seconde guerre mondiale, il apparaît comme un officier que rien ne distingue vraiment de ses camarades, après 1945 il semble atteindre une certaine "maturité" et se révéler. Qu'en pensez-vous ?

Réponse : Au cours de la période 1937-1962, ce sont les circonstances qui ont surtout révélé le soldat. Contrairement à la grande majorité des officiers de sa génération, Jeanpierre n'a pas eu la "chance" de faire la guerre avant juin 1941. Mais le début de sa carrière est plutôt prometteur. Sorti cinquième de Saint-Maixent dans la Légion, ses chefs n'hésitent pas à confier au jeune sous-lieutenant le commandement du Centre d'instruction d'Ain El Hadjar après seulement six mois de présence. Au Liban, il a la confiance de ses deux chefs de bataillon successifs. Quelques jours avant le début des hostilités, le commandant Robitaille le choisit comme officier de transmission, en quelque sorte comme adjoint, puisqu'il est le seul autre officier au PC du bataillon. Il se distingue pendant les combats de Merdjayoun, ce qui lui vaut d'attirer l'attention de son colonel. Nommé patron de la Légion, le colonel Barré le laisse en France, au SILE, l'organisme de recrutement plus que jamais vital pour la Légion. Ainsi Jeanpierre ne connaîtra pas, comme ses camarades qui ont rejoint l'Afrique du Nord, l'ivresse de la victoire des campagnes de la Libération, mais la Résistance et Mauthausen.

Deux étapes de sa vie terriblement formatrices. Dans la Résistance, il est pour la première fois son maître. Il arrive en quatre mois à mettre sur pied une petite compagnie et découvre l'importance du renseignement. Du camp de concentration, dit-il, "on en ressort très différent de ce qu'on a été auparavant". Il y approfondit sa connaissance des hommes : "Tout homme même exceptionnel pouvait avoir ses moments de faiblesse ... Tout homme médiocre pouvait un jour devenir un héros".

Question : Vous restez relativement discret sur l'appréciation et les jugements de fond que Jeanpierre porte sur le drame de la RC4 et les responsabilités engagées. Que pourriez-vous ajouter aux quelques lignes consacrées à ce sujet dans votre livre ?

Réponse : Le bataille de la RC4 était perdue avant d'être commencée. Je ne vois pas l'intérêt de réveiller des polémiques stériles, en particulier celles qui pourraient concerner les combattants sacrifiés dans les calcaires de Dong Khé. Pour ceux qui voudraient connaître en détail les tergiversations qui ont abouti au désastre de la RC4, je les invite à consulter mon livre Les Goumiers marocains dans la bataille, paru à L'Esprit du Livre Editions en 2009.

SORNAT.jpg

Question : On a parfois murmuré que Jeanpierre était finalement peu économe de la vie de ses légionnaires. Que pensez-vous de cette affirmation ?

Réponse : Jeanpierre a toujours eu le souci d'éviter les pertes, et ce dès l'entraînement : "S'il y a un mort à l'instruction, cela en évitera vingt au combat". Il semble que les esprits aient été frappés à tord par les 102 morts et 289 blessés du 1er REP dans la bataile des Frontières. Si on compare ces chiffres aux pertes totales de la bataille, annoncées par le général et historien Jean Delmas, soit 273 tués et 800 blessés, les pertes du 1er REP représentent 40% des tués et 36% des blessés. Mais ces pertes doivent être appréciées en fonction du résultat obtenu. Le bilan du 1er REP (1535 rebelles tués, 112 mitrailleuses ou FM, 1535 armes saisies) représente la moitié du bilan total, soit 3244 rebelles tués, 213 mitrailleuses ou FM et 2616 armes saisies. Les pertes du 1er REP sont donc proportionnellement légèrement inférieures par rapport aux résultats obtenus.

Question : Officier issu du corps des sous-officiers, il a donné son nom à une promotion de Saint-Cyr, la vôtre. Quelles ont été, à l'époque, les raisons du choix, et en quoi l'exemplarité de ce parrain pourrait être "parlante" pour un élève-officier aujourd'hui ? 

Réponse : Le choix d'un parrain est souvent une question de circonstances et d'époque. Pour le lieutenant-colonel Jeanpierre, il est clair qu'il s'agissait d'honorer un héros qui venait de mourir pour que l'Algérie reste française.

 

Daniel Sornat, merci pour cette belle biographie et à très bientôt.

 

 

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Biographies
commenter cet article
8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 09:30

Les Européens

dans les guerres napoléoniennes

Nathalie Petiteau, Jean-Marc Ollivier et Sylvie Caucanas (Dir.)

  EUROPEENS-NAPOLEON.png

Edité par la maison Privat à Toulouse, ce volume permet de mettre à la disposition du public les actes du colloque international tenu à Carcassonne en juin 2010. La quinzaine de contributions est organisée en quatre parties ("Quels combattants pour quelles guerres ?", "Combattre et survivre au quotidien", "Les civils face aux militaires" et "Symboles, mythes et mémoires") qui permettent de s'intéresser à de nombreux aspects de cette question générale, sous un angle particulier toutefois. Dans son introduction, Rémy Cazals précise qu'il s'agit "[d']envisager l'impact de la guerre dans l'histoire sociale, politique, culturelle" et fait sur ce plan référence à ses travaux sur la Grande Guerre. Dans sa communication relative à la campagne de Russie ("De l'uniforme à l'accoutrement : une métaphore de la retraite"), Marie-Pierre Rey précise que ce colloque est "dévolus aux Européens dans les guerres napoléoniennes, vus d'en bas et au quotidien".

Pas de présentation de la Grande armée ou de la bataille des Vingt Nations donc, mais des "coups de projecteurs" très ponctuels sur des aspects particuliers de la vie des soldats et (peut-être surtout) des civils à l'occasion des campagnes militaires. Restant pratiquemejnt seul au plus près du titre de l'ouvrage, Antoine Desdoit et Jean-Marc Olivier évoquent dans leur communication "Les armées européennes de Jean-Baptiste Bernadotte", avec les difficultés de communication, de logistique et de commandement qui en découlent. La plupart des intervenants s'intéressent à des éléments de micro-histoire, parfois sur des sujets très originaux comme ces "Manuels d'apprentissage des langues française et russe", les Dolmetscher publiés en Allemagne ; mais on trouve aussi "La guerre de Calabre de 1806-1807" ou "Les soldats illyriens de l'armée napoléonienne (1809-1814)", sous l'angle de la "brutalisation" ou de la tentative de "gagner les coeurs et les esprits". Les questions telles que la désertion, l'insoumission, la captivité ou les violences de guerre sont fréquemment abordées par plusieurs auteurs qui, à leur tour, établissent à différentes reprises un lien entre les mémoires des campagnes impériales et la Grande Guerre.

Dans son intervention de clôture autour de "La mémoire des combats", Natalie Petiteau s'appuie également sur de nombreux témoignages des acteurs (français) de "l'épopée impériale" pour tenter de déterminer les éléments constitutifs de la mémoire militaire, mais aussi les traces des concurrences entre les différentes mémoires.

Un livre atypique donc, qui, s'il ne répond pas exactement à ce que l'on attend instinctivement du titre, est d'une grande richesse. Un livre presque ambigu également, par les aller-retour auxquels on assiste entre le Premier empire et la Première Guerre mondiale, parfois au risque de frôler l'anachronisme de vocabulaire. Mais surtout un livre dont les chapitres "pointillistes" apportent une multitude  d'informations détaillées sur des points particuliers.

A lire et à conserver. A utiliser en complément d'ouvrages traitant plus directement des questions militaires, auxuquels il apporte un éclairage utile.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Révolution et Empire
commenter cet article
7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 09:10

Guerre et information

CAPITULATION-REIMS.jpg

En cette période anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale sur le continent européen, Philippe Chapleau raconte, sur son site Lignes de défense, pourquoi et comment l'agence de presse américaine Associated Press a présenté des excuses posthumes au journaliste Edward Kennedy, licencié en 1945 pour avoir annocé la capitulation de l'Allemagne à Reims, en dépit de la volonté opposée des Soviétiques qui voulaient attendre la cérémonie du lendemain à Berlin.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Seconde guerre mondiale
commenter cet article

Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
  • Contact

  • guerres-et-conflits
  • L'actualité de la presse, de l'édition et de la recherche en histoire

Partenariat

CHOUETTE

Communauté TB (1)

Recherche

Pour nous joindre

guerres-et-conflits@orange.fr

Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

Sur la toile