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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 07:10

Ma guerre d'Espagne

Brigades internationales : la fin d'un mythe

Sygmunt Stein

 STEIN-SEUIL.jpg

Nouvel ouvrage sur la guerre d'Espagne et les Brigades internationales, les "vraies", celles qui furent engagées du côté républicain. Le texte de ce militant juif communiste, volontaire aux côtés des républicains espagnols, avait été publié en yiddish en 1956 et n'avait alors reçu qu'une diffusion confidentielle. L'édition d'une traduction française mérite donc d'être soulignée, car remettre en cause un "dogme" de l'historiographie communiste est toujours un challenge. Sa fille, dans une ultime note biographique, se souvient : "Il avait très vite pris conscience que le PC se souciait  davantage de régler leur compte aux révolutionnaire que de battre les fascistes. Souvent, il avait à coeur de me parler des crimes de Staline. Visiblement, il voulait me transmettre 'son Espagne'".

En 27 chapitres denses, le livre nous emmène du départ de Tchécoslovaquie pour l'Espagne ("Les procès de Moscou m'ébranlèrent. Comment etait-ce possible ? Zinoviev, le bras droit de lénine ?") via Paris. Affecté après son arrivée à Albacète, quartier général des Brigades internationales, non à une unité combattante mais à la section de propagande, afin "de maintenir le moral des brigadistes", il est contraint de participer au travail de la censure. Cette situation particulière (et la confiance -pourtant mêlée de soupçons permanents- des cadres dirigeants) permet à Stein, qui dispose d'un laisser-passer, de circuler en de nombreux points (et même à des heures de couvre-feu) alors que ses camarades sont soumis à un régime beaucoup plus strict. Il peut rencontrer beaucoup de monde, de tous les grades et dans tous les types d'unités. Intérieurement, il se révolte rapidement devant le mépris dans lequel les responsables communistes tiennent les simples volontaires : "Combien de déceptions, de sang des camarades innocents, versés inutilement ! ... Je compte lever le voile et présenter ces Brigades pour ce qu'elles étaient en réalité". Son témoignage, qui inspire le plus grand respect pour les simples combattants souvent sacrifiés, est accablant dans tous les domaines relevant du commandement supérieur : manipulations de la presse et désinformation systématique paraissent évidentes. On découvre l'intégration dans les unités sur le front de "liquidateurs" communistes, tuant d'une balle dans le dos les "camarades" qui commencent à dénoncer le système. Dans ce registre, André Marty (l'ancien mutin de la mer Noire devenu responsable du PCF et membre français de la direction de l'internationale communiste, surnommé "le boucher d'Albacète") se distingue tout particulièrement. Stein lui consacre de nombreuses lignes à partir de la page 86 : exécutions sommaires ("Je ne me souviens pas d'une seule rencontre entre camarades où le nom de cet assassin détraqué ne fut évoqué") ; beuveries et orgies organisées pour compromettre les autres dirigeants ("Tout ce beau monde continua de s'empiffrer et de s'imbiber d'alcool jusqu'au petit matin, alors même que l'Espagne républicaine subissait les affres de la faim ... C'était un excellent moyen de s'assurer la loyauté de ces 'chefs' et de ces bureaucrates") ; terreur et mensonges. Tout est bon, tout y passe. Après avoir évoqué la figure de la Pasionaria et ses séjours en France et à l'arrière, il rejoint une unité combattante. Il consacre les derniers chapitres à raconter des exemples de plus en plus nombreux d'antisémitisme à l'encontre des volontaires juifs polonais appartenant pourtant à la première génération des militants communistes et décrit à la fin de son livre la disparition au combat de la compagnie Botwin.

Dans sa postface, Jean-Jacques Marie posent les questions méthodologiques indispensables, relatives à la crédibilité qu'il convient d'accorder à ce témoignage. Après avoir croisé ce récit avec ceux d'autres témoins, sa conclusion est claire : ""Les souvenirs de Stein sont le long cri de colère d'un homme révolté, qui se sent trompé et trahi. Sa déception est à la mesure de son enthousiasme initial, mais il ne sombre pas dans l'aigreur ... Il exagère peut-être, mais ne fabule pas"

Un ouvrage désormais indispensable dans toute bibliographie sur la guerre d'Espagne ou le mouvement communiste international.

 

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 07:00

Les Brigades internationales de Franco

Sylvain Roussillon

Les-Brigades-internationales-de-Franco.jpg

L'historiographie générale de la guerre d'Espagne connaitrait-elle un renouveau ? Jamais n'était paru jusqu'alors un ouvrage faisant toute la lumière sur les volontaires étrangers ayant opté pour la cause franquiste. Qui, d'ailleurs, en avait entendu parler ? Sujet sensible ? Frilosité des éditeurs ? Vision sélective autant que restrictive de la réalité historique ? Autant de raisons qui expliquent sans doute un silence assurément condamnable, au regard des principes même de la recherche en histore sous tous ses aspects. La recherche ne peut en effet admettre la subjectivité en fonction de ses propres convictions, politiques, philosophiques ou autres. Car, le thème qu'aborde Sylvain Roussillon est pourtant essentiel afin de disposer de toutes les dimensions de l'effroyable guerre civile qui secoua l'Espagne, avant la Seconde guerre mondiale. De surcroît, l'auteur, ancien collaborateur de cabinet de plusieurs collectivités locales et territoriales et aujourd'hui directeur général d'une école d'enseignement supérieur, fait preuve d'une démarche à la fois exhaustive et objective.

Et de passer en revue, ainsi, les interventions souvent citées allemande (Légion Condor) et italienne, mais aussi autrichienne, avant de démontrer le caractère assumé de leur intervention par des Marocains intégrant la Phalange, mais aussi, phénomène beaucoup moins connu, des partisans maghrébins venus de l'espace administré par la France, voire en provenance de l'Afrique de l'Ouest comme la Mauritanie actuelle, sans oublier ceux originaires de la Corne de l'Afrique (italienne), Somaliens et Erythréens  ... En expliquant que l'antisémitisme des troupes franquistes, souvent mis en avant, est largement surévalué, Sylvain Roussillon souligne ensuite l'implication de volontaires irlandais, anglo-saxons, mais aussi roumains, portugais, et français, sans oublier des Russes blancs et même des Sud-Américains. Il y eut même quelques volontaires en provenance de la lointaine Asie. Finalement, un monde bigarré aux motivations multiples, mais dont la portée militaire effective restera limitée, au-delà de la symbolique qui, elle, à l'inverse, met en relief un certain oeucuménisme qui devait contribuer, en quelque sorte, à conforter le régime franquiste. Celui-ci sut se faire "discret" pendant la Seconde guerre mondiale, en se rapprochant progressivement du camp allié.

Un livre original qui vient donc combler un manque évident jusqu'à ce jour dans les études conduites en France sur la guerre d'Espagne et le regard porté sur cette guerre civile. Il propose un récit clair, très bien documenté et à bien des égards pertinent. A lire absolument.

Pascal Le Pautremat

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 07:20

Histoire du renseignement européen

colloque international  -  I.I.H.A. 2012

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Le programme de ce colloque, que nous annoncions le 9 mars dernier, est désormais officiel. Les séances se tiendront sur deux sites :

1er juin : à la Fondation de la France Libre, 59 rue Vergniaud, 75013 Paris (métro ligne 6, station Corvisard)

2 et 3 juin : à l'Ecole militaire, amphithéâtre de Bourcet, 1 place Joffre, 75007 Paris (métro ligne 8, station Ecole militaire)

La journée du 2 en particulier sera consacrée le matin à la période de la Première Guerre mondiale et l'après-midi à l'entre-deux-guerres. Le programme complet (extrêmement riche) est diponible ici.

Pour une participation à toutes les activités sur trois jours (séances + visites + repas), une participation de 120,00 est demandée.

Pour toute précision complémentaire et renseignement : ransonand@numericable.fr

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 07:10

1860

La Savoie, la France, l'Europe

Sylvain Milbach (Dir.)

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La maison Peter Lang, bien connue pour la qualité toujours soigneusement entretenue de ses publications académiques, vient de faire paraître les actes d'un colloque international passionnant, tenu à l'université de Savoie en novembre 2010.

Par cercles concentriques successifs (l'ouvrage est divisé en trois grandes parties : "L'annexion, une affaire locale", "La Savoie : de part de d'autre de l'annexion", "L'annexion : une question internationale"), les 27 intervenants abordent toutes les questions. On observe d'ailleurs qu'au-delà du seul duché de Savoie lui-même, le comté de Nice n'est pas oublié avec deux communications directement centrées sur Nizza la Bella, et qu'il s'agit bien d'étudier toutes les facettes du changement de souveraineté qui intervient dans ces "provinces/régions" entre le royaume de Piémont-Sardaigne et la France. Tous les aspects disons-nous : les questions politiques et diplomatiques sont bien sûr très largement développées (on relève les textes de John F. V. Keiger sur "La Grande-Bretagne et la question italienne à la fin des années 1850", de Pierre Flückiger sur "La Suisse et l'annexion de la Savoie : une diplomatie hésitante", de François-Charles Uginet sur "Aux origines d'un malentendu ? Le Saint-Siège et le statut religieux des diocèses de Nice et Savoie" ou de Winfried Baumgart sur "La Prusse face à l'annexion de la Savoie"), mais au-delà les aspects législatifs, économiques, financiers et industriels ne sont pas oubliés (lire Hubert Bonin avec "L'incorporation bancaire de 1860", Serge Tomamichel sur "L'enseignement secondaire savoyard dans la législation française", Bruno Berthier pour "Le monde judiciaire savoyard et l'annexion", Yves Bouvier à propos de "Délier et relier. Le réseau télégraphique en Savoie et l'annexion", ou Michèle Merger sur "A la croisée des intérêts, le chemin de fer".

La politique locale, avec Anne-Claire Ignace ("Le gouverneur-régent de Chambéry, Charles Dupasquier, et les réseaux annexionnistes de Savoie", Corinne Bonafoux ("L'installation des conseils généraux en Savoie et Haute-Savoie") et Yves Kinossian ("Un territoire et son administration. De l'intendance générale d'Annecy à la préfecture de Haute-Savoie") ; pas plus que les questions militaires et de sécurité publique (Aurélien Lignereux, "Des missionnaires de la France ? Les gendarmes en Savoie aux lendemains de l'annexion", et Hubert Heyriès ("La question des places d'armes de Savoie et de leur prise de possession par la France").

Dans sa conclusion, le professeur Georges-Henri Soutou (qui a par ailleurs participé aux débats avec une communication sur "Pourquoi un plébiscite ?") rappelle que "l'annexion de Nice et de la Savoie a été préparée dans les esprits et dans les réalités de longue date", en particulier par le souvenir des périodes révolutionnaire et impériale. Il développe cette notion du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, "différente de ce que l'on appelle à l'époque le droit des nationalités", et souligne le rôle de Napoléon III, "personnellement très engagé". Il tire enfin quelques "leçons de 1860 pour 1919" : à la fin de la Grande Guerre, "on s'est bien gardé d'introduire [en Alsace-Lorraine] l'administration française sans précautions".

Un livre excellent, riche, dense, dans tous les domaines, de l'histoire régionale au concert des nations européennes et aux conséquences économiques de ce transfert de souveraineté.

peter lang logo fr

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 07:30

Guerres prémonitoires ?

La perception des conflits balkaniques (1912-1913)

dans la presse illustrée française et britannique

iha paris

La prochaine séance du cycle mis en place par l'Institut Historique Allemand de Paris se tiendra le mardi 15 mai prochain dans les locaux de l'IHA (8 rue du Parc Royal, 75003 Paris) à partir de 18h00. Cette réunion comprendra une conférence (intervention de John Horne, du Trinity College de Dublin) et une séquence de questions/réponses avec l'assistance (animation par Stanislav Sretenovic, de l'Institut national d'histoire contemporaine de Belgrade).

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 07:20

1812 - 1942 - 2012

Campagnes de Russie

NRH  -  n° 60  mai-juillet 2012

Couverture-de-la-revue--La-nouvelle-revue-d-histoire-.jpg

Outre huit articles sur des thèmes variés (dont une double page où l'on apprend que Schacht, le "magicien des Finances" de Hitler jusqu'en 1937 puis ministre sans portefeuille, est resté actif et influent dans le monde politique et bancaire jusqu'à la fin des années 1960, et un entretien avec le romancier Jean Raspail), ce numéro de mai-juin consacre l'essentiel de sa pagination à un nouveau vaste survol de l'histoire de la Russie, des "Causes et ambiguités de la campagne de 1812" (par Jean Tulard) à la "Géopolitique de la nouvelle Russie" (par Pascal Gauchon).

On peut être dubitatif sur certaines affirmations (le général Vlassov serait tout, sauf un collaborateur ? Antistalinien certes, mais la question de son "alliance" avec l'Allemagne mérite d'être débattue), mais il est intéressant de revenir sur "les profondeurs de l'âme russe". Une thématique générale déjà abordée par la NRH, avec l'orientation propre à cette revue, et traitée ici avec des articles tout-à-fait complémentaires aux précédents.

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 07:10

Les sociétés coloniales, 1850-1950

Université de Paris-Est Créteil, université de Paris-Est Marne-la-Vallée

Assocuation des historiens contemporanéistes de l'enseignement supérieur

  univ-creteil.jpg

Cette journée d'études, portant sur le thème général des épreuves du prochain CAPES de l'automne 2012, est organisée à l'initiative de Thierry Bonzon, de Rémi Fabre et de Marie-Albane de Suremain. Elle se déroulera de 09h30 à 17h30 le jeudi 24 mai, salle 101 de la faculté de sciences économiques et de gestion de Créteil.

Contact et renseignement : recherche-llsh@u-pec.fr

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 07:00

Le haut-commandement français

sur le front occidental

1914-1918

Claude Franc

Couverture de l'ouvrage 'Le haut commmandement français su

Claude Franc s'est lancé ici dans une étude qui n'est pas "à la mode", mais qui est absolument indispensable pour quiconque souhaite comprendre les décisions militaires prises entre 1914-1918. Après avoir brossé en introduction le tableau des évolutions du haut-commandement français dans les années qui précèdent la Grande Guerre, l'auteur aborde son sujet de façon chrono-thématique (et pédagogique), de "La crise de juillet 1914" à "La gloire de la victoire" à l'automne 1918. Les différents chapitres permettent ainsi d'aborder dans leur contexte les différentes problématiques : "L'entrée en campagne", "Joffre en 1914, un chef en réaction : de la défaite à la victoire", "Le GQG de Chantilly. Joffre entre le jeu politico-militaire et la planification des opérations en 1915", "L'adaptation aux nouvelles formes de la guerre", "La lente détérioration des relations politico-militaires", "La première crise de commandement. Joffre évincé", "1917. L'ère des flottements. Nivelle de l'illusion au désavoeu", "Pétain commandant en chef. La remise en ordre de l'armée française", "L'opposition entre une vision nationale du commandement et une stratégie interalliée". En conclusion, Claude Franc s'interroge : "1918. Une victoire à la Pyrrhus ?". Plus de 40 pages d'annexes, 13 pages de bibliographie raisonnée et un copieux index des noms de personnes complètent ce volume.

S'appuyant sur une documentation solide (comme les 105 volumes des Armées Françaises des la Grande Guerre, AFGG, souvent cités mais rarement lus dans leur ensemble), l'ouvrage -qui traite presque exclusivement du front occidental- fait donc un point très complet de toutes les problématiques et de tous les débats qui surgissent entre août 1914 et novembre 1918. Pas de polémique, pas de sentences définitives ici, mais de très nombreuses citations qui émaillent le texte courant, tirées des archives officielles aussi bien que des souvenirs des acteurs, ce qui permet de remettre certains éléments dans leur contexte et de préciser le rôle et/ou l'influence des généraux "de deuxième rang", adjoints du GQG et commandants d'armée qui entourent les commandants en chef successifs. Au fil du livre, Claude Franc tente de comprendre par exemple les raisons du limogeage de Lanzerac à la veille de la bataille de la Marne, l'origine et les objectifs des décisions interalliées de Chantilly en décembre 1915, rappelle les commentaires souvent élogieux qui accompagnent les deux premiers mois de commandement de Nivelle au début de l'année 1917, ou revient sur les discordes entre Foch et Pétain au printemps 1918. Notons enfin que le livre est ponctué de nombreuses cartes au trait noir, extrêmement précises, issues du cours professé par le colonel Duffour à l'Ecole supérieure de Guerre dans les années 1920.

Au bilan, un volume d'environ 450 pages qui constitue d'évidence une solide approche de l'organisation du haut-commandement français durant la Première Guerre mondiale. Pas de polémiques, mais des faits, des références, des éléments de réflexion et quelques questions en suspens.

 

Claude Franc a bien voulu nous apporter quelques précisions :

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Question : Pourquoi un livre sur le haut-commandement ? Qu'avez-vous voulu montrer ?

Réponse : Cet ouvrage répond à un vide, car il n'existe aucune synthèse sur le haut-commandement, si l'on excepte l'étude de Bugnet, Rue Saint-Dominique et GQG, ou les trois dictatures de la guerre, publié en 1937 chez Plon, mais centré uniquement sur les relations politico-militaires d'une part ; et les Souvenirs, partiaux par nature, des différents intervenants ou observateurs d'autre part. C'est le type d'ouvrage que j'aurais apprécié d'avoir entre les mains lorsque je participais à des études sur le commandement opérationnel à l'Ecole de Guerre. Ma démarche, intuitive initialement, mais corroborée par mes recherches, est que la France a eu la grande chance de disposer au cours de la guerre d'un commandement formé de généraux dont le caractère était en général adapté à la situation du moment : seul un chef de la trempe de Joffre était en mesure de reprendre rapidement la situation en mains après l'échec de la bataille des Frontières ; nul autre que Pétain n'aurait mieux joué le rôle de "médecin de l'armée" pour juguler la crise morale de 1917 ou de réorganisateur de l'armée pour l'adapter aux conditions de 1918 ; personne d'autre que Foch n'avait la hauteur de vues stratégique et les qualités relationnelles pour conduire les armées alliées à la victoire. 

Question : Au terme de votre étude, que pensez-vous des relations entretenues entre eux par les principaux chefs des armées françaises dans la Grande Guerre ?

Réponse : Ces relations ont été très diverses, parfois critiques mais souvent confiantes. L'exercice du commandement a peu à souffrir des incidences des relations personnelles, sauf sous Nivelle. Si Joffre se fait obéir grosso modo sans restriction, cela n'a nullement été le cas de Nivelle qui s'est trouvé en permanence confronté à la sourde opposition de Pétain, qui n'hésitait pas à mettre en cause son autorité auprès de Painlevé notamment, dont il se savait écouté. Foch, quant à lui, a toujours fait preuve de la plus absolue discipline intellectuelle vis-à-vis de Joffre, notamment lors de la Somme, alors qu'intimement il ne partageait pas du tout les conceptions du commandant en chef. Castelnau, en dépit de son ancienneté, s'est toujours montré discipliné et, même si ses relations directes avec Foch étaient exécrables, rien dans leur comportement public ne le laissait supposer. Les tandems "commandants en chef / majors généraux" ou "commandants d'armée / chefs d'état-major" ont toujours très bien fonctionné. En 1918, Pétain, pour sa part, a plus subi l'autorité de Foch qu'il ne l'a acceptée. L'une des conséquences funestes en sera la création dans l'après-guerre de deux "écuries" concurrentes, les "maisons" Foch et Pétain, illustrées en particulier par Weygand et Debeney.

Bien sûr, il existait de sourdes et tenaces jalousies, Fayolle et Pétain, Castelnau et Gérard, ou Guillaumat et Fayolle, mais les généraux ne sont que des hommes ! Quand à Mangin, en grossissant un peu le trait, il n'a jamais pu "obéir" à personne ! Lanrezac, pour finir, a sûrement dû sa rapide éviction à la force de son caractère et à ses difficultés relationnelles.

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Question : On a parfois parlé de "dictature du GQG" sous le commandement de Joffre. Finalement, quelle place pour le pouvoir politique dans le processus de prise de décision militaire ?

Réponse : Le terme de "dictature" revient sous de nombreuses plumes, mais il paraît pour le moins excessif. Joffre, qui connaissait parfaitement les rouages des institutions politiques françaises pour les avoir fréquentées de l'intérieur durant trois années consécutives avant la guerre, voulait avant tout préserver son autonomie pour exercer en plénitude toute l'étendue de ses responsabilités et de ses attributions. Jamais, on ne peut l'accuser d'avoir pris une quelconque initiative qui puisse être qualifiée de déviante ou de factieuse vis-à-vis des institutions, dont il s'est toujours montré respectueux.

En 1917, "l'année trouble" pour reprendre l'expression de Poincaré, a contrario, on ne peut que constater de graves empiètements du pouvoir politique sur l'exercice du commandement dont le Conseil de guerre du 6 avril en est la plus vivante illustration. Un certain équilibre semble avoir été atteint et réalisé par Clemenceau qui, tout en tenant d'une main très ferme son ministère, n'en empiétait généralement pas pour autant sur les attributions directes du commandement, même s'il les contrôlait de très près. Mais Clemenceau avait une lecture des textes constitutionnels de 1875 qui n'était pas partagée par l'ensemble du personnel politique, notamment sous l'angle des rapports entre l'Exécutif et le Législatif. Mais ceci est une autre histoire.

Question : Entre l'été 1917 et l'autome 1918, Pétain est-il selon vous plutôt "offensif" ou plutôt prudent et "défensif" ? Plus largement, avez-vous noté un changement dans son style et dans les ordres qu'il donne comme commandant de corps d'armée et d'armée, puis comme commandant en chef ?

Réponse : Conscient du rapport de forces défavorable de l'Entente vis-à-vis des Puissances centrales suite à la défection russe, il est assez clair que Pétain se soit montré prudent et partisan d'une stratégie expectative sur le front occidental, dans l'attente du rétablissement d'un rapport de force favorable par l'entrée en ligne des effectifs américains. A cet égard, ses frictions avec Foch sont flagrantes. Il ne fait guère de doute que son analyse de la situation lors de l'offensive allemande de mai 1918 ait été entachée d'un grave excès de pessimisme.

Il est évident que son style de commandement évolue au fur et à mesure qu'il monte dans la hiérarchie et change de niveau. Comme commandant de CA et d'armée, ses ordres relèvent du niveau tactique et répondent donc à l'obtention d'un effet précis localement sur l'ennemi qui lui a été désigné. Comme commandant en chef, à une époque où la guerre a pris toute sa dimension industrielle, il atteint le niveau opératif, voire stratégique. Le fond et le style de ses ordres et directives s'en ressent : son souci relève beaucoup plus du domaine organique. Par la force des choses, il délaisse le niveau tactique, dont la conception est déléguée aux commandants des Groupes d'armées. Cette tendance s'était déjà faite jour à Verdun, où il commandait en chef l'organique, déléguant la conduite des opérations tactiques à ses commandants de "Groupements", les commandants de corps d'armée en l'occurrence. A ce titre, il est indéniable que Pétain préfigure dans une certaine mesure le mode d'exercice du commandement des futurs chefs "managers" de la Seconde guerre mondiale que seront Marshall, Eisenhower ou Allenbrooke.

 

Merci Claude Franc pour ces longues réponses. A nos lecteurs de se faire un avis.

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 18:30

Le printemps du Grand Maulnes

Saint Rémy la Calonne

Affiche salon livre ST REMY

RAPPEL

Nous l'annoncions dès le mois de février.

Ce week-end se tient dans la petite commune meusienne de Saint-Rémy-la-Calonne

le salon du livre "Le printemps du Grand Meaulnes".

Une opportunité de visiter les sites voisins des combats de Woëvre et des Eparges

et une occasion de rencontrer vos auteurs.

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 08:10

L'équilibre de la terreur

Les armes chimiques et biologiques durant la Seconde guerre mondiale

Histoire(s) de la Dernière Guerre  -  n° 18  mai-juin 2012

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Bien qu'il fasse la Une du numéro, l'article sur les armes chimiques et biologiques n'occupe que six pages (pp. 18-23), tandis que le dossier principal est consacré aux combats qui opposent les Alliés et l'Axe aux portes de l'Egypte (où l'on apprend que Nasser et Sadate complotaient contre les Britanniques). Ces textes sont tout à fait complémentaires de ceux publiés dans le numéro thématique de Champs de Bataille que nous évoquions il y a quelques jours. On apprécie également l'article sur "L'invasion de Madagascar" et les opérations menées ou envisagées sur la Grande Île du printemps à l'automne 1942. 

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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