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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 08:40

Goebbels

Peter Longerich

Voilà une étude absolument majeure. Historien allemand spécialiste de la république de Weimar et du IIIe Reich, Peter Longerich nous livre ici une somme, absolue, dont certains aspects, conclusions ou commentaires pourront être débattus (en particulier dans le domaine de l'analyse psychologique du personnage, mais dont l'architecture générale et le récit courant semblent très difficillement égalable.

Parlant en introduction d'une "quête narcissique de reconnaissance" comme "moteur de la carrière de Goebbels", l'auteur évoque également "son insécurité, sa dépendance et sa surestimation de soi" comme failles importantes de sa personnalité et considére que la biographie de celui qui fut gauleiter de Berlin, chef de la propagande du parti nazi et "responsable d'un ministère créé pour lui" peut permettre de pénétrer au coeur des rouages et du fonctionnement du IIIe Reich. Enfin, le livre se base d'abord sur les carnets  privés et les notes personnelles de Goebbels, mais bien sûr passés au crible d'une critique des sources rigoureuse. Il faut également citer dès à présent l'ampleur des références présentées : les notes et références à elles seules s'étendent sur plus de 180 pages (pp. 683-884) ! La biographie à proprement parler est divisée en trois grandes parties : "1897-1933 : l'ascension à tout prix", où les jeunes années de Goebbels ne sont que très rapidement évoquée avant d'en venir à l'adhésion au NSDAP, aux combats pour la prise de Berin et à la marche vers le pouvoir ; "1933-1939, le contrôle de l'opinion publique sous la dictature", qui évoque bien l'organisation interne et le rôle du ministère de l'information et de la propagande, avec quelques coups de projecteur (jeux olympiques, politique culturelle, la célébration du cinquantième anniversaire d'Hitler), mais aussi la présentation d'une Allemagne affirmant vouloir la paix et pourtant la préparation effective de la guerre ; "1939-1945, la guerre, guerre totale, chute totale", des succès grisants des premiers mois à la crise de l'hiver 1941-1942, à la part prise dans la "solution finale", à la recherche d'une issue pour sauver le régime, aux problématiques du "front intérieur" puis à "l'apocalypse" dantesque de Berlin en ruines.

C'est solide, dense, précis jusque dans le détail, riche d'innombrables informations. Un ouvrage de référence qui permet également d'aborder, étant donné le rôle du personnage central, aussi bien les question de politique intérieure qu'internationales, d'approcher souvent de très près le processus de prise des décisions stratégiques et de mieux comprendre in fine le fonctionnement d'un régime qui, par ses caractères extrêmemes, ne cessent pas d'étonner. 

Editions Héloïse d'Ormeson, Paris, 2013, 875 pages, 30 euros.
ISBN : 978-2-35087-235-3.

Ministre de l'Information ET de la propagande

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 08:30

Histoire impertinente

Les grandes dates de l'humanité revues et corrigées

Des origines à l'an 1500

Jacques Braibant

Considérant que l'histoire n'est (trop) souvent qu'une (re)présentation adaptée aux besoins de la réalité passée, et s'intéressant par ailleurs beaucoup à "la splendeur de la civilisation musulmane au Moyen-Age", l'auteur affirme vouloir rétablir certaines vérités. Belle ambition. 

Il remonte pour cela à la plus haute antiquité avec les civilisations assyrienne et égyptienne et aborde successivement "la légende de Gilgamesh", (XVIIIe siècle av. J.-C.), "le code Hammourabi" (1750 av. J.-C.), "l'invention de la monnaie fiduciaire" (650 av. J.-C.), "Solon, père de la démocratie" (593 av. J.-C.), "la bataille de Marathon" (490 av. J.-C.), etc... Jusque là, je n'ai pas trouvé de "révélation" qui remettrait en cause les connaissances généralement partagée sur les événements en question. Tout au plus quelques adaptations de détail, dont rien ne nous prouve d'ailleurs qu'elles méritent plus que l'histoire généralement connue d'être considérée comme plus authentiques, puisqu'il n'y a aucune note ni référence.  D'autre part, à la fin de chaque chapitre, des commentaires particuliers de l'auteur nous entrainent bien loin du sujet, jusqu'aux attentats du 11 septembre ou à l'élection des candidats de Beppe Grillo lors des législatives italiennes de 2013 ? ? ? 

Continuons : le "24 décembre 00", il ne s'est rien passé. Quelque découverte ! En est-il encore à considérer que la fête de Noël correspond à la date anniversaire "historique" du Christ ? Et à propos du Nouveau Testament : "On aurait pu espérer un peu plus de précision dans la relation de la vie de Jésus" ! Puis nous avons droit à la conversion de Constantin, à la fin officielle de l'empire romain, au début de l'hégire, à la fin de l'expansionnisme arabe  avec la bataille de Poitiers qui ne s'est probablement pas déroulée dans cette ville, au partage de l'empire carolingien, au grand schisme d'Orient, à la première croisade, etc... jusqu'à la découverte de l'Amérique.

Au final, un titre qui n'a rien à voir avec le contenu, les analyses personnelles de l'auteur, qui n'engagent que lui, et son interprétation d'événements lointains, à partir desquels il tire des "enseignements" pour aujourd'hui. La conclusion est éclairante : "Nous avons survolé, très superficiellement, ce que nous considéront, à tort ou à raison, comme les grandes dates de l'humanité" : tout est dit. La bibliographie squelettique ne couvre quà peine les thèmes traités et l'on a la surprise d'y découvrir ... Marcel Pagnol, et "le merveilleux moteur de recherche qu'est Wikipédia". Bref, du solide ! Il parait qu'en évitant de publier des livres, on préserve la forêt amazonienne... Je vais devenir écolo. 

Editions Jourdan, Paris, 2013, 260 pages. 17,90 euros.

ISBN : 978-2-87466-299-7.

Amusant

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 07:10

Mannerheim

Maréchal de Finlande et allié de la Suisse

Pierre-Antoine Goy

Livre original et étonnant en effet car il aborde la période de l'entre-deux-guerres et de la Seconde guerre mondiale sous un angle totalement méconnu. Je ne connaissais du général Mannerheim que ses Mémoires, parues en France au début des années 1950, et sa modeste maison d'Helsinki transformée en musée. 

Cet ouvrage, nous en donne une image beaucoup plus précise et complémentaire. La première partie (pp. 15-103) reprend la biographie du maréchal finlandais en insistant bien sûr sur son rôle de la "guerre d'hiver" à 1945-1946. L'auteur est visiblement favorable à Mannerheim et,, à deux ou trois exceptions près (combats de Carélie en 1944), ne lui reconnait pratiquement pas de fautes ou d'erreurs. On y apprend aussi quelques informations sur l'opération Stella Maris de transfert clandestin en Suède des archives et matériels du SR finlandais à la fin de la guerre, ou sur l'organisation dans le pays, sous contrôle militaire,en prévision d'une occupation soviétique d'un réseau clandestin de caches d'armes. Elle évoque également longuement les différents séjours du maréchal en Suisse (pour raison de santé) dans les années 1940, et jusque pour y écrire ses mémoires en 1948. La seconde traite de "La ligne de renseignements Finlande-Suisse" entre 1943 et 1945 (pp. 105-126). Elle présente les conditions de nomination et d'arrivée dans le pays en 1943 de l'attaché militaire suisse, puis dresse l'inventaire détaillé aux archives fédérales de Berne de ses principaux rapports. Objectivement, pas vraiment différents de tout ce que les autres attachés militaires du temps pouvaient écrire, si ce n'est que sa relative proximité avec les cercles du pouvoir finlandais lui donnait une perception peut-être plus réelle de la situation. La troisième enfin présente les biographies sommaires d'une quarantaine de personnages cités dans les parties précédentes. Je suis immédiatement allé y lire celles, passionnantes, du colonel Paasonen, chef du SR finlandais qui vint en 1945 "se mettre sous la protection de la France et collaborer avec le service de renseignement français", et celle de Jean-Louis Perret, professeur suisse longuement installé à Helsinki et qui fut proche du maréchal Mannerheim.

Un livre étonnant donc, sur un point très précis de l'histoire de la Seconde guerre mondiale, mais à l'occasion duquel on croise, parfois brièvement, un nombre impressionnant de personnalités allemandes et soviétiques. Un regard croisé original sur les rapports entre deux petits pays européens dans la tourmente d'un conflit mondial.

Editions Cabedita, Divonne-les-Bains, 2013, 213 pages.

ISBN : 978-2-88295-674-3.

Original !

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 07:05

Bêtes des tranchées

Des vécus oubliés

Eric Baratay

Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lyon 3, Eric Baratay titre son introduction « Retrouver les soldats à quatre pattes », ce qui donne immédiatement le ton de l’ouvrage.

Il « limite » son sujet au front occidental (côté français comme côté allemand), et nous n’évoquerons donc pas les chameaux ou éléphants d’autres théâtres plus exotiques. Par contre, dans le cadre qui est le sien, il va bien au-delà des traditionnelles histoires ou anecdotes bien connues du pigeon décoré ou du « cheval de guerre ». Eric Baratay, en cohérence avec les effectifs effectivement présents, traite essentiellement des chevaux (ânes et mules), des chiens et des pigeons (11 millions d’équidés mobilisés durant la guerre, 200 à 250.000 pigeons, 100.000 chiens !) En quatre parties très denses, il s’intéresse successivement aux modalités de réquisition, d’achat, de transport et de dressage (« Enrôlés malgré eux ») ; aux missions qui leur furent confiées, avec les succès et les échecs plus ou moins nets enregistrés du fait des conditions d’emploi et aux conditions de leur entretien (« Compagnons de combat ») ; à la question spécifiques des troupeaux restés dans la zone du front et des bêtes abandonnées par leurs propriétaires, aux mascottes des unités et aux « profiteurs de guerre », ces insectes, rats et autres poux (« Des spectateurs au front ») ; la quatrième enfin aux maladies, aux blessures et donc aux soins (éventuels), aux services vétérinaires et aux évacuations, mais aussi à la mort voire au « sacrifice » (« Vie des martyrs »). Les chiffres sont nombreux, les statistiques aussi précises que possible, l’environnement de l’animal et éventuellement son rapport au maître ou aux soldats avec lesquels il cohabite toujours pris en compte.

Bref, un livre à la fois attachant et riche qui passionnera aussi bien les amateurs de la « cause animale » que tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Grande Guerre dans son immense diversité.

CNRS Editions, Paris, 2013, 258 pages, 22 euros.

 ISBN : 978-2-271-07436-2. 

Bêtes des tranchées

Des vécus oubliés

Eric Baratay

Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lyon 3, Eric Baratay titre son introduction « Retrouver les soldats à quatre pattes », ce qui donne immédiatement le ton de l’ouvrage.

Il « limite » son sujet au front occidental (côté français comme côté allemand), et nous n’évoquerons donc pas les chameaux ou éléphants d’autres théâtres plus exotiques. Par contre, dans le cadre qui est le sien, il va bien au-delà des traditionnelles histoires ou anecdotes bien connues du pigeon décoré ou du « cheval de guerre ». Eric Baratay, en cohérence avec les effectifs effectivement présents, traite essentiellement des chevaux (ânes et mules), des chiens et des pigeons (11 millions d’équidés mobilisés durant la guerre, 200 à 250.000 pigeons, 100.000 chiens !) En quatre parties très denses, il s’intéresse successivement aux modalités de réquisition, d’achat, de transport et de dressage (« Enrôlés malgré eux ») ; aux missions qui leur furent confiées, avec les succès et les échecs plus ou moins nets enregistrés du fait des conditions d’emploi et aux conditions de leur entretien (« Compagnons de combat ») ; à la question spécifiques des troupeaux restés dans la zone du front et des bêtes abandonnées abandonnés par leurs propriétaires, aux mascottes des unités et aux « profiteurs de guerre », insectes, rats et autres poux (« Des spectateurs au front ») ; la quatrième enfin aux maladies, aux blessures et donc aux soins (éventuels), aux services vétérinaires et aux évacuations, mais aussi à la mort voire au « sacrifice » (« Vie des martyrs »). Les chiffres sont nombreux, les statistiques aussi précises que possible, l’environnement de l’animal et éventuellement son rapport au maître ou aux soldats avec lesquels il cohabite toujours pris en compte.

Bref, un livre à la fois attachant et riche qui passionnera aussi bien les amateurs de la « cause animale » que tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Grande Guerre dans son immense diversité.

CNRS Editions, Paris, 2013, 258 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-271-07436-2.

Mes ami(e)s les bêtes

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 06:39

Ce que j'ai vu de la Grande Guerre

Frantz Adam

Photographies présentées par André Loez

Quel beau livre ! De superbes (et émouvantes) photographies datant des années 1915 à 1918 et prises par le médecin du 23e RI.

Dans une introduction qui rappelle l’origine du fonds iconographique et la personnalité de l’auteur, André Loez explique qui fut Frantz Adam et dans quel(s) contexte(s) furent pris ces clichés. Puis la parole est à l’image (parfois un grand format qui donne un magnifique résultat), selon un classement chronologique et géographique : « 1915, la guerre en forêt. Vosges », « 1916, vers la guerre totale. Vosges, Somme, Argonne », « 1917, l’incertitude. Chemin des Dames, mutineries et Verdun », « 1918, deuil et victoire. Flandres, Soissonnais, Belgique libérée, Strasbourg, Allemagne occupée ». Au sein de chaque partie, une répartition par thèmes a été effectuée (« Neige et froid », « Prisonniers allemands », « Préparatifs d’offensive », etc.), ce qui renforce la cohérence de l’ensemble. Chaque partie enfin commence par un texte introductif qui précise la situation locale (mais aussi celle de Frantz Adam et de son régiment), puis chaque photo est rapidement analysée et commentée.

En résumé, un très (très) beau volume qui fait honneur aux publications actuelles sur la Grande Guerre et mérite de figurer en bonne place dans votre bibliothèque.

La Découverte, Paris, 2013, 191 pages. 29,90 euros.

ISBN : 978-2-7071-7681-3.

Magnifique !

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 06:35

Leipzig, 1813

La guerre des peuples

Stéphane Calvet

Voilà encore un livre comme je les aime. Décidément, la production de cet automne est de qualité.

Sur un ton vif et enlevé, Stéphane Calvet nous raconte l’immense bataille de Leipzig essentiellement à deux niveaux : celui de l’empereur, qui doit pour conserver ses alliés et son influence en Allemagne remporter la victoire, et celui des « simples » participants aux combats, du général au troupier, qui racontent « leur » bataille, aux détours de tel chemin, derrière telle barricade ou à l’angle de telle rue. Du militaire et du diplomatique, le regard du soldat et celui de la population de la ville. Il en résulte un livre complet et passionnant, organisé en six grandes parties : « L’impossible campagne-éclair », du fait des conséquences humaines, matérielles et financières du désastre de la retraite de Russie ; « Il va y avoir une grande bataille à Leipzig », qui présente les différentes armées et leurs contingents de toutes les nations ; « Autour des feux de bivouac », tant du côté des Coalisés que des Alliés, qui présente ces soldats qui vont se battre le lendemain ; « La bataille des trois empereurs et des trois rois » et « Au cœur de la mêlée », qui donnent une description très détaillée, par village, par corps d’armée et divisions, tout en soulignant les interactions entre les différents secteurs de la ligne de front dont l’étau se resserre sur les Français ; et « Lendemain de bataille » qui, naturellement, dresse le tableau des conséquences dans les différents domaines.

On observe que les chiffres fournis (nombre de pièces d’artillerie, nombre de tués et blessés, proportion des pertes par obus, taux de pertes, etc.) sont souvent considérablement supérieurs à ceux que l’on connaitra durant la Grande Guerre : voilà qui met une nouvelle fois à mal la théorie de la « brutalisation » de 1914-1918. A lire avec attention et intérêt !

Vendémiaire, Paris, 2013, 328 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-36358-5.

En bonus : la présentation vidéo par l'auteur, ici.

Bataille des Nations

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 06:25

Barbarossa déraille

2° Guerre Mondiale   -  Hors-série n° 33

Dans ce numéro hors-série, sous la signature de Stéphane Mantoux, un bel ensemble de textes qui remettent à l’heure certaines pendules. Contrairement à une légende bien ancrée, la Wehrmacht n’a pas connu qu’une « promenade de santé » au début de l’opération Barbarossa et certains grands combats ont été particulièrement difficiles. Certes, l’Armée rouge connait de graves difficultés, mais elle inflige des pertes sévères aux Allemands et, comme les fondamentaux sont plutôt en faveur des Soviétiques, la guerre va durer, usant de plus en plus l’envahisseur. Les forces et les faiblesses des uns et des autres sont bien mises en relief, dans les articles de présentation générale des belligérants comme dans les trois exemples choisis.

 

Encore le front de l'Est (mais autrement)

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 06:30

Bonaparte

Patrice Gueniffey

Excellent ! Il y avait longtemps que je n'avais pas lu un ouvrage aussi précis, aussi détaillé, sur les jeunes années du futur empereur, de sa naissance et de ses origines familiales jusqu'au consulat à vie.

Dans ce dense, mais agréable à lire, volume de près de 700 pages de texte courant, Patrice Gueniffey nous fait (re)découvrir la jeunesse et les premières années de gloire du général Buonaparte selon un plan chronologique. On apprécie tout particulièrement que, sans vouloir jamais se montrer "hostile" au grand capitaine, il sache se détacher des légendes, noires ou pourpres. Le livre est organisé en six parties principales : "Napoléon et la Corse" (pp. 27-123), dans laquelle il revient bien sûr sur les origines "génoises" de la famille et sur les désillusions du "révolutionnaire d'Ajaccio" ; "Entrée en scène" (pp. 125-187) et la promotion rapide du capitaine de Toulon au général thermidorien ; "La campagne d'Italie" (pp. 191-321), véritable morceau de bravoure (de la part de l'auteur) où tout est remis à plat et expliqué ; "L'expédition d'Egypte" (pp. 325-444), dans ses préparatifs, ses batailles, la place des savants, l'administration des territoires, etc. ; "Le passage du Rubicon" (pp. 447-492), décrivant aussi bien l'agonie du Directoire que la vie privée du général, avec la planification du coup d'Etat, sa réalisation, ... et la part de chance ; "Un roi pour la Révolution" enfin (pp. 495-683), qui revient sur la réorganisation politique du pays (y compris les guerres de Vendée), la vie aux Tuileries, la recherche de la paix européenne et les relations avec l'Angleterre, l'apaisement des tensions religieuses et enfin l'accession au consulat à vie : "Monarque, sans le titre".

N'ayons pas peur des mots : c'est excellent. De très nombreuses citations, d'innombrables références, plus de 20 pages de bibliographie : une étude de fond pour le grand public qui souhaite aller plus loin. Une référence selon nous dès à présent indispensable aux amateurs.

Gallimard, Paris, 2013, 860 pages, 30 euros.

ISBN : 978-2-07-076914-8

Un empereur en devenir ?

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 06:25

Nouvelle histoire des colonisations européennes

XIXe - XXe siècles

Amaury Lorin et Christelle Taraud (Dir.)

Après avoir animé un séminaire de recherche "Histoire des colonisations européennes (XIXe-XXe siècles)" au Centre d’histoire de Sciences Po. pendant plusieurs années, les deux co-directeurs de l’ouvrage, Christelle Taraud et Amaury Lorin, ont décidé de réunir dans cette Nouvelle histoire des colonisations européennes, XIXe-XXe siècles quelques-unes des interventions passées, dont un certain nombre sont issues de thèses récemment soutenues. Résolument comparatiste, traitant de points particuliers touchant les colonies de la France, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Belgique et du Portugal, avec une introduction problématique qui cherche à n’oublier personne, le projet éditorial se présente essentiellement comme un panorama de « situations coloniales ».

Les communications d’Isabelle Dion sur Pavie « l’explorateur aux pieds nus », de Christine de Gémeaux sur l’empire colonial allemand, de Matthew G. Stanard sur la culture impériale belge, de Nada Vargaftig sur les empires portugais et italiens durant l’entre-deux-guerres couvrent la première grande partie du volume, réunie sous le titre "Construire l’empire". Il n’est pas toujours question de construction d’empire à proprement parler mais ces communications montrent bien la diversité des contextes, la difficulté qu’il y aurait à établir un cadre de pensée univoque en matière de colonisation européenne. Les situations étant très variées dans le temps et dans l’espace, il semble donc très justifié d’avoir introduit une seconde partie sur les "acteurs et pratiques des colonisations européennes".

Au titre des acteurs individuels, Clemenceau anti-colonial et anti-impérialiste dans l’Asie du début du XXe siècle par Matthieu Séguéla, Andrée Viollis, portrait dune femme et d’une journaliste engagée dans l’Indochine des années 1930 (Anne Renoult) ; au titre des acteurs collectifs, les travaux sur les gouverneurs généraux présentés par Nathalie Rezzi ou les Corses de Vanina Profizi attestent de la variété des études doctorales portant sur la prosopographie coloniale. Ils montrent à la fois la formation des corps constitués de la République coloniale ou la formation de légendes coloniales. Quant à l’identité religieuse, elle peut servir également de support à des revendications spécifiques (Les juifs de Tunisie par Claude Nataf). Enfin, avec l’article sur les stations himalayennes de l’Empire des Indes, Isabelle Sacareau montre bien les liens existant entre tourisme et colonisation.

La troisième et dernière partie sur les "violences en situation coloniale" apparaît comme le chapitre le moins convaincant. D’abord, parce qu’il aurait fallut y inclure le premier article de Lancelot Arzel qui, surfant sur le « modèle de la guerre cynégétique », tend à montrer que, pour les coloniaux, gibiers et colonisés furent considérés à peu près de la même manière. Le propos ne convainc guère d’une part parce que le fond de l’analyse est plus littéraire qu’historique – « une curiosité des romans coloniaux » dit-il en conclusion -, d’autre part parce que le discours sur la chasse tend surtout à être un prétexte pour définir la guerre coloniale. Longs détours en vérité alors que des historiens ont fait brillamment le point sur la question (J. Frémeaux, V. Joly). Mais plus fondamentalement, c’est le thème même de la violence coloniale qui semble poser problème tant l’expression est trop souvent largement fantasmée. Dans certains cas, on prête un sens univoque à un terme ou bien l’on s’étonne par ailleurs que la guerre porte en elle la violence, sans poser la question du cadre politique qui légalise les conflits. Habiles rhétoriciens, les auteurs masquent pourtant difficilement le fond de leur problématique à savoir une vision du "gentil noir" face au "méchant blanc", position manichéenne qui accable encore et toujours les travaux sur le fait militaire aux colonies. De cet ensemble deux analyses se démarquent cependant, celle de Nicolas Labanca sur l’Italie fasciste et celle de Nelcya Delanoë sur les soldats marocains dan le corps expéditionnaire d’Extrême-Orient.

Au final et en dépit des réserves précédentes, cet ouvrage pourra rejoindre la palette d’outils proposée actuellement aux étudiants préparant le CAPES et l’agrégation d’histoire sur le thème des « sociétés coloniales ». Les travaux issus de ce séminaire montrent la dynamique actuelle d’un champ de recherche qui ne cesse de se développer depuis plusieurs années.

Julie d’Andurain

PUF, Paris, 2013, 234 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-13-061928-4.

PUF, Paris, 2013, 234 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-13-061928-4.

Influences réciproques

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 06:20

La vanité de l'héroïsme

Aéro Journal  -  n° 37

Dans ce numéro, deux articles proches (sur le fond) et intéressants : Vincent Bernard nous compte l'étonnante (non-)histoire de la "Leonidas Staffel", formation de "kamikazes" allemands en partie mise sur pied en 1944 et qui ne sera jamais employée ; et Christian-Jacques Ehrengardt revient longuement sur l'histoire de la naissance des (vrais) Kamikazes, en détaillant le projet mis sur pied à l'automne 1944 par le vice-amiral Onishi Takijirô, puis en évaluant l'effet de cette décision sur l'ensemble des armées japonaises et sur le cours de la guerre ("La vanité de l'héroïsme" : mais après tout, les deux termes de la proposition, en un sens, ne vont-ils pas ensemble ?). Un article original également de José Matos sur "Les Tigres de Bissalanca", la force aérienne portugaise en Guinée-Bissau jusqu'en 1974.

Vent divin

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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