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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 06:25

Lucky Vincenzo

Gilbert Spica et Jean-Pierre Vors

Cette recherche d'une histoire familiale par le petit-fils du "héros" du livre est particulièrement intéressante, car elle apporte un éclairage individuel sur certaines opérations de l'armée italienne de 1936 à la fin de la Seconde guerre mondiale. Or, dans la bibliographie en français, de tels textes sont particulièrement peu courants.

Issu d'une famille très pauvre et quasiment analphabète dans le Latium, au pied des Abruzzes, Vincenzo, né en 1909, conte d'abord rapidement son enfance et sa jeunesse, la nécessité de se débrouiller et de travailler (voire de braconner) pour survivre. Puis il  est incorporé pour son service militaire et versé dans l'infanterie, décide finalement de s'engager en 1936 (dans un régiment de la "Régulière" mais pas dans les Chemises noires) et aborde alors en quatre grands chapitres ("Ethiopie, 1936-1937", "Chine, 1937-1939", "Russie, 1942-1943" et "Italie, 1943-1947") sa carrière militaire. Pas d'héroïsme ni d'épopée dans ce récit : Vincenzo cherche d'abord à survivre et se comporte plutôt comme un "embusqué" qui évite le combat lorsqu'il le peut, mais ne cherche pas pour autant à fuir son devoir. Mais au fil des mois et des années, il participe à des opérations de ratissage dans les provinces éthiopiennes, à la défense de la concession italienne de Shanghai au moment de l'attaque japonaise, aux combats, embuscades et escarmouches dans le secteur italien du front de l'Est, dans la région du Don. C'est le regard d'un simple soldat sur les misères de la guerre, sous tous les cieux, mais aussi (comme souvent) la camaraderie et l'amitié, la faim, l'amour, l'évasion, les odeurs, la volonté chevillée au corps de rentrer au pays, entre -40 et + 40 degrés. C'est ce qu'il obtient finalement en 1943, mais lorsque le train qui le ramène entre dans une gare italienne, "les quais étaient étrangement vides ... partout, le même accueil glacial". Son jeune fils ne le reconnait pas : il est parti depuis trop longtemps, et lorsqu'il retrouve enfin le foyer familial, celui-ci manque de tout : "Où étaient passées les distributions de pâtes ? Envolées avec les fascistes ! Plus aucun adepte de Mussolini à Sora, jusque dans les bureaux du parti, désespérément vides". Il voit passer les Allemands descendant vers le sud, puis les Alliés remontant vers le nord, et toujours la misère pour le petit peuple. Alors, "une valise à la main", passant clandestinement par la frontière des Alpes, il rejoint la France en 1947, devient ouvrier, fait venir sa famille l'année suivante, et raconte dans les dernières pages son intégration et celle de ses enfants.

Un discours simple, un témoignage éminemment humain, des détails de la vie quotidienne qui éclairent la réalité vécue au bas de l'échelle pendant quelques grands événements du siècle. 

Editions Baudelaire, Lyon, 2013, 240 pages. 18,50 euros.

ISBN : 979-10-203-0234-2.

Vie, survie et espoir

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 06:30

Guerres et Révolutions, 1914-1924

8 écrivains racontent

Henry Dougier, Corinne François-Denève et Camille Saint-Jacques

Idée originale d'Henry Dougier aux éditions Autrement. Sous la forme d'un coffret de 8 petits volumes (premier d'une série de six à paraître), il nous propose les morceaux choisis de grands auteurs sur les événements de cette dizaine d'années de turbulences : 1914-1924. Chaque extrait est présenté par un historien ou un spécialiste de la période, non pas sous la forme d'une préface classique, mais sous celle d'un entretien, ce qui la rend plus dynamique.

Dans ce premier ensemble, nous retrouvons ainsi Charles de Gaulle avec deux extraits de ses ouvrages ultérieurs sur le thème de "L'armée française en 1914" (présenté par mes soins) ; Jaroslav Hasek avec "Le brave soldat Cheïk" (présenté par Jean-Michel Ribes) ; T.E. Lawrence avec "Les sept piliers de la sagess" (présenté par Gérard Challiand) ; huit textes reprenant des "Manifestes artistiques", du futurisme au Dada (présentés par Philippe Dagen) ; John Reed et "La guerre dans les Balkans" (présenté par François Maspero) ; Romain Rolland et "Au-dessus de la mêlée" (présenté par Marc Blondel) ; Léon Trotsky et "Ma vie" (présenté par Alain Krivine) et enfin Frantz Werfel avec son roman "Les Quarante jours de Masa Dagh" (présenté par Yves Ternon. Il s'agit donc bien d'une approche plus littéraire que strictement historique de la période, mais la diversité des thèmes retenus, des auteurs et l'eclectisme des extraits donne une bonne idée de l'extraordinaire bouillonnement intellectuel de cette période dans tous les domaines. De 1914 (et même avant avec le manifeste futuriste par exemple) à 1924 (et même après avec l'Allemagne et la Russie bolchevique) une véritable transformation du monde s'opère, dont cet ensemble déjà rend bien compte. Il s'agit encore d'une vision un peu "kaléïdoscopique", mais lorsque les 48 petits volumes auront été publiés en six coffrets, il y aura là une très belle base de références et de lectures.

Une série à commencer dès à présent pour être sûr de ne rien rater !

Editions Autrement, Paris, 2013, 29,90 euros.

ISBN : 978-2-7467-3602-3.

 

Les classiques de la Grande Guerre

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 06:25

Hammerstein, ou l'intransigeance

Une histoire allemande

Hans Magnus Enzensberger

Voilà un livre paru l'an dernier et dont nous avions omis de rendre compte. L'édition allemande a été publiée en 2008 et la première publication en français remonte à 2010. Dans une sorte de postface, Hans Magnus Enzensberger explique que son ouvrage tient à la fois du livre d'histoire, car il a procédé à une véritable enquête, et d'une forme plus romanesque : "Renonçant à être un roman, ce travail n'a pas pour autant de prétentions scientifiques ... Pour en savoir davantage, on voudra bien se reporter ç la bibliographie".

C'est donc l'histoire de la vie d'un homme et d'une famille que nous conte l'auteur. Une famille d'une ancienne lignée de nobles et de militaires allemands qui va, à sa façon, s'opposer à Hitler. Le récit, qui fait la part belle aux témoignages oraux (avec ce que cela suppose de souvenirs "reconstruits") est entrecoupé de "gloses" et de "conversations posthumes" qui permettent à Enzensberger de livrer ses propres idées et analyses, mais qui rendent aussi la lecture parfois plus difficile. De même, alternent dialogues reconstitués et reproductions d'archives : entre réalité et ré-écriture, aussi intellectuellement fidèle que possible nous dit l'auteur. Il nous plonge en tous cas dans l'Allemagne et le Berlin trouble de l'entre-deux-guerres, avec la montée vers le pouvoir du parti national-socialiste (récit des différents entretiens entre Hitler et le général Hammerstein), les rencontres entre responsables allemands et soviétiques (dialogue entre Hammerstein et Vorochilov), les manoeuvres des services de l'URSS pour s'implanter au coeur du système allemand, le passage d'une partie de la famille au service des Soviétiques. On croise aussi une grande partie de ces familles prussiennes traditionnelles qui s'opposeront au nazisme jusqu'à l'attentat de l'été 1944, en particulier à travers Ludwig, le fils du général. Lorsque le général von Hammerstein décède en avril 1943, "il avait détruit toutes ses notes personnelles pour qu'elles ne tombent pas entre les mains de la Gestapo" : toujours cette ambivalence entre histoire référencée et histoire romancée. 

En résumé, un livre prenant, qui éclaire davantage sans doute "l'ambiance", "l'atmosphère" d'un milieu et d'une époque qu'il ne traduit la réalité exacte des événements. Mais un livre tout particulièrement intéressant en ce sens car il redonne, avec semble-t-il beaucoup de réalisme, l'image presque photographique des sentiments alors partagés par les uns et par les autres.

Folio, Paris, 2012, 422 pages. 8,20 euros.

ISBN : 978-2-07-044330-7.

Héritage tourmenté d'une dynastie militaire

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 06:54

Anatomie de la bataille

John Keegan

Heureuse idée que de republier ce grand classique peu de temps après le décès de son auteur. Un ouvrage considéré dès sa première parution en Grande-Bretagne en 1976 comme une référence.

Avant d’aborder le fond du texte, arrêtons-nous un instant pour signaler l’intérêt de la longue introduction (ou plutôt première partie) rédigée par John Keegan, en particulier en ce qui concerne l’utilisation de l’histoire par les militaires (on sait qu’il a très longtemps enseigné à Sandhurst), son intérêt, ses défauts et ses risques. Dans le corps de l'ouvrage, au-delà des analyses parfois très intellectualisées qui en seront ensuite issues, Keegan « décortique » littéralement trois batailles emblématiques de l’histoire anglaise (parties 2, 3 et 4) : Azincourt, en octobre 1415 (pp. 75-119) ; Waterloo, en juin 1815 (pp. 121-233) ; et la Somme, en juillet 1916 (pp. 235-337). Pour conclure, il tente de définir dans une dernière partie ce que pourraient être les batailles de demain. C’est donc à un large survol de 500 ans d’histoire militaire qu’il nous convie. Pour chaque bataille, sur la base de la documentation et des témoignages disponibles, il décrit de façon factuelle les événements, puis s’intéresse au rôle particulier des principales armes et à leurs interactions, cherchant à identifier le moment où la situation a basculé, et pourquoi. Il s’intéresse également aux hommes, tués, prisonniers, blessés et fuyards, ce qui nous vaut par exemple pour Azincourt que la journée fut « une effroyable boucherie ». Pour Waterloo, il revient par exemple sur la notion de « terrain », à tenir ou à conquérir, mais aussi sur celles de « peur » et de « panique », qui à un certain moment peuvent paralyser les hommes, ou sur la transformation d’une « foule » (simple masse d’hommes) en « armée » organisée et commandée. Sur la Somme, il considère que « le corps expéditionnaire britannique de 1916 est une des formations militaires les plus remarquables et les plus admirables jamais alignées sur un champ de bataille ». Quant à la doctrine d’emploi de l’infanterie, qualifiée « d’une extrême simplicité », elle semble adaptée à la formation minimale des divisions de nouvelle formation de l’armée Kitchener et se distingue de celle des Français qui « consiste à monter à l’assaut par petits groupes et par vagues, le tir des uns soutenant le mouvement des autres », jugée « trop difficile à assimiler » par les jeunes unités anglaises. Enfin, dans la dernière partie, sa critique raisonnée de l’emploi des grandes unités blindées est également intéressante : « Sur le terrain, une division blindée de la Seconde guerre mondiale ressemble assez peu à l’image commune de la Blitzkrieg … Ils [les chars] sont souvent noyés dans une masse de fantassins », et finalement, contrairement à une idée reçue, « du point de vue de l’expérience humaine, les batailles de la Seconde guerre mondiale ressemblent souvent à celles de la Première ».

Une analyse à trois niveaux : celui des principes généraux de conduite de la bataille, celui des décisions des chefs et des états-majors, celui de la perception de l’individu jeté dans la mêlée. Un ouvrage indispensable pour quiconque souhaite commencer à s’intéresser à l’histoire militaire, sans considération de période ou de théâtre d’opérations. 

Perrin, Paris, 2013, 410 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-262-03543-3.

Un très grand classique

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 06:30

Leipzig

La bataille des Nations, 16-19 octobre 1813

Bruno Colson

Un nouveau livre sur la bataille de Leipzig ? Oui, mais attention : un livre, ou plutôt une somme, de Bruno Colson. Tout est dit et la recension pourrait s'arrêter ici : un ouvrage indispensable !

Allons plus loin néanmoins, car à travers ces près de 500 pages le lecteur (re)découvrira à la fois la plus formidable et la plus complexe bataille napoléonienne (d'autres ouvrages récents que nous avons chroniqué le font également : ici et ici) avec un luxe de détails, mais aussi son environnement, dans ses conséquences et dans ses analyses tactiques. En 10 chapitres, Bruno Colson commence par décrire les circonstances de la campagne d'Allemagne à l'automne qui conduisent à Leipzig ("Ce sera une bataille gigantesque"), puis en expose les différentes phases jour par jour, voire pour les moments les plus délicts demi-journée par demi-journée (le 16 octobre est traité dans les chap. 3, 4 et 5). La mise en place des corps des Coalisés et l'encerclement progressif des Français, les combats retardateurs, les succès sur une aile et les échecs sur l'autre, l'importance de l'artillerie, le rôle des Polonais, la "trahison" des Saxons et des Wurtembergeois (même si le roi de Saxe se proclame toujours l'allié de l'Empereur), la prise de la ville et les combats dans les faubourgs, véritable bataille de rues au coeur de l'Europe, l'explosion bien connue et trop rapide de la seule voie de repli, le fameux pont sur l'Elster, et finalement (chap. 10) : "Jamais je n'ai vu un champ plus rempli d'horreurs". Bruno Clson emploi d'ailleurs ici le terme de "chaos", prend en compte les difficultés de ravitaillement, le problème de la faim et l'implication des civils dans la bataille, le refus quasi-psychologique de Napoléon de reconnaître sa défaite. Dans sa "critique stratégique", il souligne, en s'appuyant sur des travaux antérieurs, les handicaps qui nuisent à l'efficacité des troupes impériales et les conséquences pour la présence française en Allemagne où des dizaines de milliers d'hommes sont isolés (et parfois perdus) des des garnisons qui se trouvent désormais en pays ennemi. Il aborde enfin la "mémoire de Leipzig", immédiatement commémorée, et dont les manifestations d'octobre 1913 marquent l'apogée. Et ce dernier constat, qui finalement relativise toutes les grandes analyses, sur le poids des chiffres : en dépit de son génie militaire, "avec 160.000 hommes, Napoléon n'a pu triompher de 280.000 adversaires" : Leipzig serait alors "un modèle de bataille d'encerclement".

En un mot comme en cent, LE livre que doivent se procurer tous les amateurs de l'épopée impériale et ceux qui souhaitent pouvoir analyser les conditions, le déroulement et les conséquences des grandes batailles.

Perrin, Paris, 2013, 497 pages, 25 euros.
ISBN : 978-2-262-03677-5.

Nouvelle somme sur la bataille de Leipzig

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 06:25

Les guerres et la mémoire

Rémi Dalisson

Pas de longues théories intellectualisées par plaisir dans ce volume (vous savez, quand il faut un dictionnaire pour comprendre ce que veut dire l'auteur), mais le récit de l'évolution des commémorations mémorielles en France depuis 1871.

Rémi Dalisson, professeur des universités à Rouen et spécialiste des politiques symboliques aux XIXe et XXe siècles, nous propose sur un sujet généralement objet de débats, un vrai "bilan" des politiques mémorielles (et de leur utilisation) en France depuis 150 ans, en suivant un fil chronologique. Son livre est divisé en trois grandes parties : "Inventions : les fêtes de la revanche (1871-1914)", "Evolutions : fêtes de guerre, 11 novembre et nation (1914-1944)", et "Mutations : enjeux mémoriels, guerres oubliées et identités (de 1945 à nos jours)". Au fil des pages, il fait l'aller-retour entre le niveau local, avec ses manifestations spontanées, et Paris où se décide la politique. Il évoque bien sûr le rapport au nationalisme, aussi bien avant 1914 que durant la Seconde guerre mondiale avec laprobblématique des "fêtes de guerre entre vichysme et résistance". Il s'intéresse également aux évolutions plus ou moins médiatisées du souvenir des guerres d'indochine et d'Algérie, avec le rôle des associations d'anciens combattants et la réalité de pressions politiques plus ou moins réelles. Il termine par une question que l'on ne peut pas évacuer, du fait de l'agitation qui a entouré plusieurs épisodes de la présidence Sarkozy avec le débat sur l'identité nationale et l'adoption de lois mémorielles : "Rénovtion ou relecture identitaire". Les dernières pages traitent d'ailleurs du "Nouveau 11 novembre, élargissement et incertitudes", car peu nombreux sont ceux qui savent que depuis la loi du 28 février 2012 : "Le 11 novembre, jour anniversaire de l'armistice de 1918 et de commémoration annuelle de la victoire et de la paix, il est rendu hommage à tous les morts pour la France" (art. 1). Un volume très intéressant, donc, car il présente très concrètement les formes prises dans le temps long par ces manifestations. Il montre aussi que la question des "mémoires des guerres" reste un formidable enjeu collectif et intellectuel (et de pouvoir ?).

CNRS Editions, Paris, 2013, 332 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-271-07236-8.

Identité(s), souvenir(s) et mémoire(s)

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 06:40

Les Dardanelles 1915

Une stratégie en échec

Pierre Rigoux

En 1915, l'opération des Dardanelles / Gallipoli est sans doute à la fois celle qui marque le plus nettement les divergences entre Français et Britanniques, et celle dont le dramatique échec est le plus lourd de conséquences. Or, dans l'historographie française récente, peu de place lui est finalement accordée.

Dans cet ouvrage, Pierre Rigoux nous propose une étude militaire et diplomatique de l'ensemble de la campagne, de sa conception comme opération navale à l'origine, dans le cadre de l'entrée en guerre de la Turquie et des impératifs stratégiques de Londres, à ses conséquences (dans les Balkans mais aussi au Royaume-Uni et en terme de stratégie navale). Le livre est divisé en 10 chapitres chronologiques, qui racontent par le menu son déroulement, en pârticulier dans le domaine tactique. Outre Churchill, on croise Fischer et Kitchener, les ANZAC de Birwood, les Français de d'Amade et de Gouraud, les navires d'appui et de soutien, les sous-marins, etc. Factuellement, le récit des événements est de bonne qualité, les mouvements, débarquements, engagements sont bien décrits et le blocage de la situation sur le terrain se comprend parfaitement. On regrette (même si ce n'est pas exactement l'objet du livre) qu'une part plus importante n'ait pas été donnée aux conditions de (sur)vie des troupes à terre qui, sur la péninsule, vécurent généralement dans des conditions encore pires que celles du front ouest.

L'ouvrage pourra sembler parfois un peu trop descriptif, mais la précision est une qualité essentielle en histoire militaire. Les journées, les heures, les minutes parfois sont essentielles dans la chronologie des événements et, à cet égard, ce volume constitue donc une excellent approche de cette campagne oubliée.

Economica, Paris, 2013, 175 oages, 23 euros.
ISBN : 978-2-7178-6623-0.

Exit Churchill

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 06:35

La révolution militaire

Geoffrey Parker

Paru pour la première fois en 1988 aux Presses universitaires de Cambridge et publié en français en 1993, ce livre a indiscutablement marqué plusieurs générations. Cette réédition bénéficie d'un appareil critique revu et de quelques modifications ou corrections.

Dans le débat historiographique, Parker s'est vu opposé depuis les années 1990 d'autres analyses (Jeremy Black), mais sa thèse n'en reste pas moins intéresante. L'auteur considère que les XVIe et XVIIe siècle voient naître une véritable révolution militaire qu'il relie directement au développement de l'artillerie, sur terre et sur mer, à l'augmentation rapide des effectifs sous les armes, au développement de la marine (et donc du commerce et de l'économie) et à une capacité d'adaptation des Etats européens à ces nouvelles conditions. Le présent ouvrage est divisé en cinq parties principales : "La révolution militaire revue et corrigée" (artillerie, forteresses et guerre de siège, question de la "bataille décisive", etc.), "La guerre des services" (levée, équipement, entretien et approvisionnement des nouvelles armées), "Victoire à la mer" (notion de Seapower, rôle des territoires coloniaux, évolutions des flottes de combat), "La révolution militaire dans les pays lointains" (Amérique hispanique, Afrique, Indonésie, Inde et Extrême-Orient), et "Par-delà la révolution" (tentatives pour préciser les limites chronologiques et les facteurs essentiels, financement de la guerre). On le voit, les thèmes abordés sont extrêmement nombreux et ce livre figure indiscutablement désormais parmi les classiques, même si l'on peut (si l'on doit) le critiquer sur tel ou tel point. 

On apprécie en particulier les quelques 150 pages de notes, références et index, qui à la fois permettent d'aller plus loin, mais aussi ouvrent en fait sur toute l'histoire européenne de ces deux siècles, dans le détail de sa vie politique, diplomatique, militaire et technique (tel général, telle campagne, tel traité, telle région industrielle, etc.). Un volume de référence qu'il faut garder à portée de la main.

Folio Histoire, Paris, 2013, 489 pages. 11,50 euros.

ISBN : 978-2-07-045335-1.

Quand l'Europe part à la conquête du monde

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 06:30

Chroniques de la Régence

Alexandre Dumas

Entre intrigues politiques, hauts faits d'armes, sucès et échecs diplomatiques, mais aussi favoris et favorites, sur fond de raffinement et de recherche du plaisir, voici la réédition d'un nouvel opus de l'histoire de France vue par l'auteur des Trois Mousquetaires.

Comme pour les ouvrages précédents (ici et ici), il ne s'agit pas stricto sensu d'un livre d'histoire, mais d'un récit historique dont Claude Schopp nous dit dans sa préface "que l'on pourrait considérer comme hybride, contamination de l'Histoire par des techniques romanesques". Alexandre Dumas résume lui-même son propos en  disant : "Le XVIIIe siècle, c'est la chute du trône, c'est la profanation de l'autel". L'ouvrage couvre donc la période allant de la mort de Louis XIV à la mort du régent, et s'attarde loguement sur les principaux personnages du temps : le duc d'orléans, bien sûr, mais aussi le prince de Conti, la duchesse de Berry, Mesdemoiselles de Chartes et de Valois, d'Argenson, le duc de Noailes, l'abbé Dubois, de Villars. Il s'intéresse (autant que Dumas puisse en connaître) à la question des finances du royaume et au système Law mais surtout aux relations officielles et officieuses avec l'Angleterre et l'Espagne. Dumas s'attarde également sur le thème des "soupers du Palais-Royal", des bals, de l'Opéra, des amours et des "Harems de filles de joie et de religieuses", des passades de l'une et des mariage de l'autre, etc.

Ce que la rigueur historique perd en authenticité, la littérature le gagne en plaisir de lecture. Les dessus et les dessous de la Régence (un peu dans l'esprit des premières phases du film 'Si Versailles m'était conté') comme si vous les viviez. C'est la force d'un grand romancier, surtout lorsqu'il se pique d'histoire.

Librairie Vuibert, Paris, 2013, 348 pages. 17,90 euros.

ISBN : 978-2-311-10012-9.

Favoris et courtisanes

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 08:45

Le général de Clausewitz

Paul Roques

Cette réédition d'un ouvrage paru chez Berger-levrault en 1912 est intéressante à plus d'un titre, car elle nous présente certes la biographie du célèbre général prussien adversaire de Napoléon, mais elle le fait avec les mots et dans le contexte de l'avant Première Guerre mondiale. Bien sûr, l'historiographie a progressé depuis 1912, mais au-delà des analyses intellectuelles, les fondamentaux, les faits, restent ce qu'ils étaient.

Le livre se divise en fait en deux grandes parties. La première, chapitres I à IV (pp. 13-103), correspond effectivement à une biographie classique, selon un récit chronologique, de sa naissance près de Magdebourg en 1780 à son décès en 1831 dans la région de Breslau. On apprécie la simplicité du propos, parfaitement lisible, et la précision relative d'une histoire que, de Iéna en Russie et aux "guerres de libération allemandes" on connait dans ses grandes lignes. Il est intéressant d'y noter que l'influence réelle de Clausewitz sur l'organisation et le fonctionnement de l'armée prussienne fut à la fois bref et faible et que dès les campagnes napoléoniennes terminées elle devient presque marginale. Le dernier chapitre de cette première partie, "Dernières années" nous présente les nombreux textes également rédigés par Clausewitz et souvent fort peu connus, étouffés en quelque sorte sous la réputation mondiale du fameux De la guerre.

La seconde partie, chap. V à VII (pp. 105-152), nous permet de pénétrer plus avant dans la compréhension des analyses de Clausewitz avec la présentation des huit "livres" (inachevés) qui constituent le monumental De la guerre, dans sa nature, sa théorie et sa conduite. On s'y rend compte que Clausewitz ne fut pas que le théoricien de la continuation de la politique par la guerre, mais qu'il traita également longuement de vraies questions tactiques et stratégiques. Et ce jusqu'aux travaux les plus tardifs : "Les dernières pages, probablement écrites en 1828, sont consacrées à esquisser un plan d'attaque contre la France". Sans oublier cette ultime citation de Schlieffen : "Les semailles que Clausewitz a répandu ont donné leurs véritables récoltes sur les champs de bataille de 1866 et de 1870-1871".

Un solide introduction à la vie et à la pensée de ce général prussien et théoricien militaire, dont il faut toutefois souligner que si sa pensée fut particulièrement féconde, il ne remporta paradoxalement jamais une victoire sur le terrain. Un livre à connaître par tous ceux qui commencent à étudier ce domaine de "l'art militaire".

Editions Astrée, Paris, 2013, 157 pages, 18 euros.

ISBN : 979-10-91815-01-7. 

Une biographie classique

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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