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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 06:25

Bodenplatte, l'offensive de la dernière chance

Batailles Aériennes  -  n° 66

L’essentiel de ce numéro d’octobre-décembre 2013 est consacré à l’ultime grande offensive de l’aviation allemande sur le front occidental, le 1er janvier 1945. Tout est (très) détaillé, de la description des différentes unités à leur participation aux combats et bombardements qui se multiplient dans le ciel de Belgique. De nombreuses photos, beaucoup de références et de citations rendent cette étude utile pour mieux comprendre, presque parallèlement à l'offensive terrestre des Ardennes (à quelques jours près), les derniers soubresauts de la Luftwaffe, dont les pertes seront telles -pour un résultat finalement presque marginal au regard de la puissance des alliés- qu’elle ne pourra plus ensuite que tenir un rôle de « figuration » au cours des derniers mois de guerre.

1er janvier 1945

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 06:35

Reims, 1914-1918

De la guerre à la paix

Jean-François Boulanger, Philippe Buton, Yohann Chanoir,

Frédéric Gugelot et Yan Harlaut (Dir.)

Les (très) belles réalisations se succèdent à l'approche du centenaire. Avec ce volume très richement illustré, les éditions La Nuée Bleue de Strasbourg marquent un point. Une trentaine d’auteurs, d’origines et de parcours variés, ont été rassemblés par les directeurs de ce magnifique album pour un résultat absolument superbe.

La très riche iconographie met en valeur les textes qui, après une introduction de Jean-Jacques Becker, sont organisés en une quarantaine de chapitres réunis en trois grandes parties : « Reims et le pays rémois pendant la Grande Guerre », « Mémoires de la Grande Guerre » et « Reconstruire et construire ». Les sujets abordés vont par exemple de « Reims, une ville sur le front » (André Bach) à « La municipalité sous les obus » (Michel Royer), de « A l’école sous les bombes » (Jean-François Boulanger) à « Compatir, soutenir, s’indigner : les visites à la cathédrale » (Hervé Chabaud), de « Graffitis de guerre dans les caves de champagne » (Jérôme Buttet) à « Photographier la guerre : Loys Roux, prêtre-reporter » (Yann Prouillet), de « Visiter les champs de bataille » (François Cochet) à un ensemble de sept articles sur les monuments aux morts et les cimetières militaires, des « Plans de reconstruction » (Olivier Rigaud) aux mouvements d’opinion de l’entre-deux-guerres, à la période 1940-1945 (et la capitulation allemande dans la ville), à la réconciliation de 1962 et à l’enseignement de la Première Guerre mondiale.

On le voit, il ne s’agit pas seulement d’une très belle réalisation d’un point de vue esthétique (photos noir et blanc et couleurs, tableaux, cartes et plans, etc.), mais également d’un album où le texte tient toute sa place et joue pleinement son rôle. Un siècle d’histoire de Reims, de sa région et de France, par l’image et par les mots. La ville restée « quatre ans sous le feu des canons allemands » méritait d’être mise à l’honneur avant même le début des commémorations du centenaire. Voilà qui est fait, à juste titre et de magnifique manière.

La Nuée Bleue, Strasbourg, 2013, 224 pages, 39,00 euros.
ISBN : 978-2-7165-0827-8.

 

Très, très beau

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 06:30

La nouvelle histoire des empires

Sciences Humaines / Histoire  -  hors-série n° 2

Voici le deuxime hors-série consacré à l'histoire de la revue Sciences Humaines, sur un thème actuellement très en vogue : les empires. Les dix-sept articles sont regroupés en quatre grandes parties : une série d'introductions à la thématique, puis "Empires d'hier" (Mésopotamie, Chine, Rome, Mongol, Afrique), "Nouveaux regards" et "Hégémonies" qui abordent ces questions sous des angles un peu originaux ("Ottomans : le règne de la différence", "La puissance oubliée des Comanches", "Napoléon, empereur d'une Europe républicaine", etc.).

Des encarts, des cartes, des références bibliographiques complètent chaque article (chacun sur quatre pages) et donnent encore plus d'intérêt à l'ensemble. 

De l'imperium à l'empire

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 06:25

Captain Teacher

Une radio communautaire en Afghanistan

Raphaël Krafft

Voilà un récit tout à fait passionnant sur une expérience militaire et humaine assez unique : le recrutement d’un journaliste professionnel pour animer une radio en langue pashtô dans la vallée de Surobi en 2009-2010. Au-delà de l’histoire en elle-même, c’est aussi le regard d’un « extérieur » soudainement placé au cœur d’une communauté qu’il ne connaît pratiquement pas.

Dans un style direct, vivant, visiblement sans « langue de bois », Raphaël Krafft raconte son « incorporation » comme capitaine de la Légion, son arrivée sur le territoire afghan, ses premières conversations avec le capitaine OSA du 2e REI, la manière extrêmement simple dont lui est fixée sa mission et la grande liberté d’action dont il a pu disposer : « Radio Surobi, dont le coût de 20.000 euros égale le prix de vingt caisses de munitions, n’est pas riche et n’est inscrite dans aucune ligne budgétaire. C’est un projet élaboré à l’échelle régimentaire qui a obligé le colonel à puiser de l’argent ici et là, auprès des CIMICs et de l’EDA … Du bricolage. Qui marche. Pour l’instant ». Vous suivrez au fil des pages, avec les mots de tous les jours, la formation de l’équipe afghane, l’équipement du studio de radio, la visite du ministre Morin, les idées de reportages sur le terrain et les relations avec la population locale, un rap « composé par des soldats français en Afghanistan, dans le style du groupe Assassin sur une musique de l’américain Mobb Deep », les rations de combat et les actions de feu, le repas de Noël et le vin de Puyloubier, les relations de plus en plus confiantes avec le personnel afghan de la radio, les appréciations assez élogieuses du colonel sur les Afghans et ce constat : « Tout le monde n’a pas cette empathie pour les Pashtouns. Alors que les troupes françaises sont restées près de quatre années dans ce district, Surobi est demeuré un terrain ignoré des journalistes ». Quelques belles phrases aussi sur le colonel Durieux, qui préfère « rendre possible la vie en commun après la guerre », et ce constat de Raphaël Krafft : « C’est curieux comme j’ai changé depuis un mois que je vis au milieu de la Légion ».

La dernière partie du livre, à partir de la page 177, est plus en demi-teinte. On croit un instant que c’est la fin de l’histoire, la fin d’une aventure originale et le retour « dans la norme », mais Captain Teacher peut effectuer quelques mois plus tard un deuxième séjour, grâce au général Lecerf. Les initiatives restent nombreuses, mais l’environnement a évolué et le moral n’est plus le même, une certaine amertume est perceptible et le récit d’une rencontre-négociation avec le personnel de l’ambassade de France ne pousse pas à l’optimisme (« Atmosphère toujours rivale entre le ministère des Affaires étrangères et celui de la Défense …L’état de coopération entre l’ambassade de France en Afghanistan et l’armée peut sans risque être qualifié d’exécrable »). Les tentatives d’association-fusion avec des radios plus officielles qui diffusent un discours « millimétré » pour pratiquer "l’influence" se succèdent. Aujourd’hui, même si la radio existe toujours, l’esprit qui l’animait lors de sa création n’est que très difficilement maintenu, dans de grandes conditions de précarité.

Une belle expérience humaine, un projet original porté à bout de bras par quelques fortes individualités. Des tranches de vie qui donnent à l’intervention française en Afghanistan une autre tonalité.

Editions Buchet-Chastel, Paris, 2013, 298 pages, 20 euros.
ISBN : 978-2-283-02695-3.

 

En complément : l’entretien avec Raphaël Krafft mis en ligne sur le site de l’Alliance géostratégique (http://alliancegeostrategique.org/2013/10/17/captain-teacher-un-journaliste-en-uniforme-francais-pour-monter-une-radio-afghane/) et l’émission de France Culture à laquelle l’auteur a participé (http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-10-11-points-chauds-34-afghanistan-guerre-sans-fin-les-freres-tristes-2011-01).

 

Good Morning , ... Surobi !

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 06:30

1913

The World before the Great War

Charles Emmerson

Dans cet ouvrage particulièrement bien référencé, Charles Emmerson tente d'expliquer que les événements survenus à partir d'août 1914 ont complètement modifié notre perception et notre compréhension du monde tel qu'il était réellement en 1913, un an avant la Grande Guerre.

Le livre est divisé en quatre grandes parties qui présentent successivement les différentes capitales et grandes métropoles de la planète telles qu'elles étaient avant le premier conflit mondial. "Center of the Universe" nous entraine dans les principales capitales européennes (Londres, Paris, Berlin, Rome, Vienne et Saint-Petersbourg), "The Old New World" traite des cités américaines (Washington, New York, Detroit, Los Angeles et Mexico), "The World Beyond" des villes émergentes (Winnipeg-Melbourne, Buenos Aires, Alger, Bombay, Durban, Téhéran, Jerusalem), et "Twilight Powers" de métropoles impériales (Constantinople, Pkin, Shangai, Tokyo) avant un retour à Londres. Au fil des visites, nous voyons à la fois comment ces villes sont perçues et comment elles se développent, se vivent et se voient elles-mêmes. Nous en avons la présentation politique, économique, culturelle, nous pouvons évaluer leur cohésion sociale parfois bien relative et nous apprécions les progrès techniques qui y sont réalisés (nombreux renseignements chiffrés donnés). L'image qui globalement peut en être retirée est celle d'une marche vers le progrès (sous l'égide du monde anglo-saxon déjà et en particulier du Royaume-Uni et de la City), l'image d'un monde où les améliorations de la vie des populations s'accélèrent dans l'ordre et la sécurité, y compris dans les territoires les plus éloignés ou ceux qui connaissent les difficultés les plus graves. Ce monde ne se doute en rien de l'imminence d'une catastrophe planétaire, au contraire.

Alors ? Aveuglement ? Fragilité excessive ? Constat que rien n'est écrit à l'avance dans l'histoire des hommes ? La brève dernière partie qui trace un parallèle avec le monde d'après 1918 laisse ouverte plusieurs pistes. Un livre très intéressant parce qu'il sort d'une espèce de "trou noir" la période immédiatement antérieure à la Grande Guerre, sans tenir compte de ce que l'on sait de la suite des événements, telle que les contemporains ont pu la vivre. Un livre important avant d'aborder le centenaire et les inévitables affirmations sentencieuses sur le caractère "inexorable" de la marche vers la guerre.

La globalisation des échanges a déjà en grande partie fait son oeuvre. Une mise au point très intéressante.

The Bodley Head, Londres, 2013, 528 pages.

ISBN : 978-1-847-92226-7.

Jusqu'ici tout va bien ...

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 06:25

Le turban vert

Xavier de Hautecloque

Cette réédition (jusqu'à la couverture de l'ouvrage original) d'un ouvrage paru en 1931 aux éditions de la Nouvelle Revue Critique est à plusieurs titres intéressante, et d'abord comme "témoin" d'une époque.

Rédigé par Xavier de Hautecloque, présenté comme journaliste travaillant pour les services de renseignement français, le livre raconte le déroulement du pélerinage de La Mecque en 1930, l'organisation naissante du nouveau royaume d'Ibn Seoud en Arabie (on est bien loin de Benoist Méchin) et les menées britanniques dans la région. Rédigé dans le style parfois excessif ou emphatique de nombreux longs articles et reportages de presse à cette époque, il semble tout à la fois correspondre effectivement à certaines réalités et prendre pour argent comptant des rumeurs non vérifiées. La description des conditions déplorable du voyage des pélerins musulmans d'Afrique du Nord vers la terre sacrée de l'Islam et les conditions de leur "accueil" (ils sont régulièrement dépouillés, volés, voire pire encore) conforte d'autres études plus scientifiques déjà publiées. La description de la "cruauté" (pour les Européens) de la justice de paix saoudienne et des rigueurs de la loi wahabite est également conforme à ce que l'on retrouve dans d'autres ouvrages. Le récit des jeux d'influence croisés des différentes puissances occidentales est également crédible bien que présenté de façon très "journalistique", et la personnalité de l'énigmatique et puissant agent britannique Philby sans doute assez bien décrite. Mais le "journaliste-espion" (amateur ?) n'a visiblement pas toutes les clefs de compréhension des événements dans la région et sur de nombreux points (pas tous de détail), il est contredit aujourd'hui par le travail scientifique des chercheurs.

Un livre facile à lire, des descriptions hautes en couleurs, mais aussi des approximations et un parti-pris anti-Britannique qui témoignent bien des débats et des a priori de cette époque. Un ouvrage sans doute rapidement écrit au retour de ce voyage, à considérer comme un témoignage de ce que l'on pouvait penser en 1930 et à utiliser à ce titre.

Editions Energia, Saint-Nazaire-en-Royans, 2013, 165 pages, 17 euros.
ISBN : 978-2-9542944-3-8.

Menées britanniques en Arabie

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 06:20

Le jour le plus meurtrier de l'histoire de France

22 août 1914

Jean-Michel Steg

Ni centrée sur la bataille des Frontières dans le secteur du corps colonial, ni sur la bataille de Charleroi de la Ve Armée, ni sur les violences allemandes contre les civils dans les territoires belges et français occupés, le livre se présente finalement comme une tentative pour essayer de comprendre comment plus de 25.000 soldats français ont pu être tués en différents points au cours de cette si meurtrière journée et plus largement ce qu’il en fut de cette violence au début de la guerre.

Tous ces sujets pourtant sont traités, et bien d’autres questions avec eux. L’auteur s’intéresse ainsi utilement à l’organisation générale des armées, à l’armement des troupes, au processus de mobilisation avec des remarques parfois très justes, et il relève points faibles et points forts des deux belligérants, idées reçues et a priori également.  Mais le livre porte également la marque d’autres a priori (par exemple la tarte à la crème de la tenue : « Cette doctrine de l’attaque à outrance contribue à expliquer pourquoi les Français abordent 1914 habillés de képis rouges, de capotes bleues et de pantalons garance »). On apprécie la contextualisation de nombreux aspects des premières semaines de guerre, mais là aussi rappelons qu’une armée n’est jamais que l’émanation de sa société d’appartenance : si « les généraux » ou « le haut commandement » (termes génériques bien faciles) sont (plus ou moins) adeptes de telle idée ou de telle conception, il faut toujours faire le lien avec les idées et conceptions généralement admises au sein de la-dite société au même moment.

Le livre est cependant très intéressant. Il porte certes la marque, l’empreinte, d’une « école » (cf. les références infrapaginales et la bibliographie), mais il n’est pas univoque et, comme il va au-delà de ce que son seul titre peut laisser penser, présente de nombreuses pistes de réflexion. A lire attentivement, en parallèle et/ou en complément, d’autres études actuellement disponibles pour se forger une vision d’ensemble des premières semaines de guerre.

Fayard, Paris, 2013, 254 pages, 15 euros.

ISBN : 978-2-213-67780-4.

Le "jour noir" de l'armée française

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 06:35

L'adieu à l'Europe

L'Amérique latine et la Grande Guerre

Olivier Compagnon

Nous ne pouvons que nous réjouir de voir paraître des études qui insistent sur le caractère mondial de la Grande Guerre, thème sur lequel nous insistons depuis longtemps et qui nous semble particulièrement important.

Dans cet ensemble, le livre d’Olivier Compagnon traite du continent qui est sans doute le moins étudié de tous durant cette période : l’Amérique latine. Dans son introduction, l’auteur fait en particulier un point de la maigre historiographie en la matière, qu’il s’efforce d’expliquer. L’ouvrage est organisé en trois grandes parties qui permettent de ratisser extrêmement large : « De la guerre européenne à la guerre américaine » (de « la plus complète neutralité » en 1914 au « grand dilemme de 1917 »), avec les questions économiques, sociales, celles des minorités et des migrants et les implications de politique intérieure propres à chaque pays ; « L’Europe barbare » (de la réalité nouvelle des combats aux « espoirs déçus de la sortie de guerre »), avec en particulier un paragraphe sur « Une défaite de la morale et de la raison » ; et « La Grande Guerre, la nation, l’identité », qui insiste sur les conséquences pour chaque Etat, dans les années 1920, sur les conséquences aussi bien au sein de chaque communauté que dans les « origines du nationalisme économique ». Les liens institutionnels ou informels, les attachements plus ou moins sentimentaux avec la France (plus qu’avec le Royaume-Uni) ou l’Allemagne, sont bien mis en relief, ainsi que le rôle et la place des Etats-Unis dans leur sous-région méridionale : « L’Argentine et le Brésil font le deuil de leurs amours européennes et se mettent en quête d’une essence nationale tout en redoutant le viol de leur indépendance par les Etats-Unis ». On peut cependant regretter que les conséquences bien réelles (et souvent oubliées) de l’entrée en guerre des républiques centre et sud-américaines (en particulier dans le domaine naval) ne soient pas davantage mises en valeur.

On apprécie les plus de quarante pages de notes et d’index, les premières fournissant aux chercheurs francophones de nouvelles pistes et références peu connues sous nos latitudes. Un travail original et très intéressant qui mérite de figurer dans toute bonne bibliothèque.

Fayard, Paris, 2013, 394 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-213-67208-3.

Une guerre réellement mondiale

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 06:30

Une honte pour l'humanité

Journal (mars 1916 - septembre 1917)

Henri Charbonnier

Nouvelle publication d’un témoignage de combattant, qui présente l’originalité d’être celui d’un « petit entrepreneur privé » et de couvrir une période en amont et en aval de l’offensive Nivelle d’avril 1917. Dans son introduction, Rémy Cazals présente l’enquête qu’il a fallu mener pour identifier le parcours militaire de l’auteur. A ce propos, il ne s’agit pas dans les JMO de « se couvrir » en évitant de parler de ce qui est peu valorisant pour tel ou tel officier : les Journaux des marches et opérations sont des documents administratifs et réglementaires dont la forme et le contenu sont pré-définis, et il est inutile d’y chercher ce que l’on ne peut pas y trouver (même si à cette époque une certaine liberté de rédaction existe).

Dans l’ensemble, le texte est intéressant même s'il est dans ses grandes lignes peu différent de ce que l'on trouve déjà par ailleurs, et l’on constate sans surprise que les colonels et généraux en prennent régulièrement (et sans jeu de mots) pour leur grade. A force, d’ailleurs, pour employer un anachronisme, le propos fait un peu populiste : le colonel qui, lui, peut manger des produits frais, le général qui coûte trop cher « sur nos impôts », les punitions collectives injustifiées, les travaux d'aménagement du terrain ou des abris pour lesquels on n’a ni l’équipement ni la formation, le général qui veut « une étoile de plus sur sa manche », l’entrainement imbécile « qui consiste à recommencer les bêtises du temps de paix et de caserne », les profiteurs de guerre qui vendent les denrées aux poilus à des tarifs excessifs (« les commerçants font des affaires en or »), une « débauche sans pareille et très affichée » dans les villes de l’immédiat arrière-front, le désir de paix et les fatigues au quotidien, quelques échos des débats parlementaires parisiens, etc. Des propos plus originaux peut-être, dans l’air de l’époque en tout cas, à propos des femmes qui travaillent dans les  usines de l’arrière (« Si chaque femme se disait que le type qu’elle remplace, c’est pour l’envoyer aux tranchées, elle réfléchirait peut-être un peu plus avant de le faire ») ; ou les réactions aux propositions de paix allemandes de la fin de l’année 1916 (« Si l’on consultait tous ceux qui sont aux tranchées, tout serait vite conclu. Le vase commence à être à peu près plein. Et la perspective de nouvelles attaques ne peut réjouir que ceux qui n’y prennent pas part »).

Le « ras-le-bol » s’installe ainsi bien avant l’offensive du printemps 1917. Les journées du 16 et 17 avril finissent de saper un moral déjà largement entamé. Incompréhension à la base des ordres préparés plus haut dans la hiérarchie, constat du coût humain et des pertes : dès le 26, « les hommes sont furieux de remonter en 1ère ligne. Exténués comme ils sont, le moral très bas, ils disent à qui veut l’entendre qu’ils sont prêts à faire ‘camarade’ », le 28 « une section de la 19e n’a pas voulu monter en ligne et, si le reste de la compagnie l’avait su, ils auraient imité leurs camarades. Ils restent déséquipés malgré les ordres et prêts à se rendre si l’ennemi attaque ». Au fil des jours qui suivent, Henri Charbonnier décrit la mise au repos du régiment, les tentatives pour le faire remonter en ligne, les mutineries au sein de la 41e DI, les grèves à l’arrière et les circulaires Pétain qui dénotent « une compréhension plus grande du soldat et une tendance à la conciliation », mais laissent sceptiques dans l’attente de réalisations concrètes. A l'été, la satisfaction (réelle ou supposée) des demandes des ouvriers qui « s’enrichissent presque au détriment des camarades du front » suscite l’indignation : « Si c’est cela la solidarité socialiste, c’est du propre et c’est à nous dégoûter de l’ouvrier en général ».

Au bilan, un petit volume très riche, mais qui ne se distingue pas fondamentalement d’autres publications antérieures, et dans lequel les propos de l’auteur tiennent (comme souvent) autant du constat brut que de l’analyse à froid ou de la réaction « épidermique ». A inclure dans la documentation existante comme un nouvel élément constitutif d’un tout plus large.

EDHISTO, 2013, 131 pages, 15 euros.
ISBN : 978-2-35515-013-5.

Quotidien d'un soldat

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 06:30

JFK et l'indicible

Pourquoi Kennedy a été assassiné...

James W. Douglass

Un nouvel ouvrage sur la mort du président Kennedy, présenté comme un artisan de la paix assassiné par « un pouvoir que nous ne pouvons nommer, ni décrire précisément ».

S’appuyant sur les documents déclassifiés depuis une vingtaine d’années, le livre se veut aussi un éloge de la « vision gandhienne de la réalité » : pas un livre d’histoire donc, mais une analyse politique et morale : « John F. Kennedy n’était pas un saint. Il ne fut pas non plus un apôtre de la non-violence. Cependant, comme nous sommes tous amenés à le faire, il changeait … Il se détournait de ce qui aurait été la pire violence de l’Histoire pour aller vers un avenir plus pacifique, pour lui et nous » (« L’indicible » étant compris comme la menace d’une catastrophe nucléaire). Le livre est donc destiné à nous montrer que Kennedy avait changé, était encore en train d’évoluer et « devait » mourir. Les six chapitres chrono-thématiques traitent d’abord de la montée progressive vers le moment fatal, successivement du « Revirement d’un belliciste » (histoire de l’évolution personnelle de Kennedy à partir de la Seconde guerre mondiale), de « Kennedy, Castro et la CIA » (où le président américain cherche discrètement les voies d’un rapprochement avec le Leader Maximo), « JFK et le Vietnam » ( « Kennedy savait qu’en recherchant une coalition avec les communistes, il déclencherait un conflit à l’intérieur de sa propre administration », et ce témoignage de Bolden, de la sécurité présidentielle, qui « se rendait compte des risques qu’encourait le Président … La plupart de ses collègues semblaient détester JFK »). Puis (chap. 4), dans « Désigné pour être assassiné », est décrite l’opposition avec les magnats de l’acier liés au complexe militaro-industriel : « En résistant à la fois à la CIA, au Pentagone et aux élites financières, John Kennedy se dirigeait, en toute conscience, vers le point de non-retour ». La conspiration se met en place, le nom d’Oswald apparait et l’auteur utilise désormais de larges extraits du rapport Warren. Le suivant, « Saigon et Chicago », nous entraine dans une première tentative avortée, « Chicago fut en quelque sorte la répétition de Dallas », trois semaines avant la date fatidique. Enfin, « Washington et Dallas » revient sur les relations officieuses avec l’URSS via certains milieux catholiques, la dernière phase de préparation de l’attentat tel que l’auteur l’imagine (« De ce point de vue spirituel, celui que le présent livre adopte ») et James W. Douglass pointe les différentes interrogations non résolues ou les incohérences des enquêtes qui suivront. D’autres sont mis en avant, tel cet avis du docteur Mantik qui estime après avoir examiné entre 1993 et 1995 les radiographies officielles que « la partie arrière et la partie avant du crâne n’avaient pas été radiographiées dans les mêmes conditions. La seule explication possible à ce phénomène était que l’on avait affaire à un montage ». C’est donc jusqu’à la fin du livre une succession de témoignages à charge, de preuves indirectes, de soupçons permettant d’étayer la cause défendue : un complot des milieux « militaro-industriels » réactionnaires qui n’acceptent pas l’orientation pacifique que le président veut donner à sa politique internationale.

En résumé, une remise en cause complète de la thèse officielle à partir d’un postulat politique de départ qui « imagine » une autre politique américaine, idéalisée, mais bien naïve au regard des réalités. Le livre est toutefois utile parce qu’il offre une volumineuse bibliographie et produit de nombreuses références, ce qui donnera aux amateurs la possibilité de poursuivre leurs recherches et de croiser les sources. Entre histoire, morale, psychologie et position partisane : un vrai travail d’enquête, mais à charge.

Editions Demi-Lune, Plogastel Saint-Germain, 2013, 654 pages, 23 euros.
ISBN : 978-2-917112-24-3.

Retour sur l'assassinat de Kennedy

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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