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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 06:00

La guerre du Chaco

Bolivie-Paraguay

(1932-1935)

Thierry Noël

La connaissance que la plupart de nos contemporains ont de la guerre du (Grand) Chaco est sans doute limitée dans le meilleur des cas au souvenir des aventures de Tintin en Amérique latine. Mais l'on se doute bien que les représentations des généraux Alcazar et Tapioca ou que le récit du conflit entre le San Theodoros et le Nuevo Rico n'ont qu'un très lointain rapport avec la réalité, et il faut remercier Thierry Noël (déjà auteur de plusieurs ouvrages sur la Bolivie, ici et ici) de nous en proposer (une première en français) un récit aussi complet que possible.

L'auteur présente bien sûr le contexte continental de ce conflit et l'importance (réelle mais aussi imaginée) de la région du Chaco aussi bien pour la Bolivie que pour le Paraguay, sans oublier les troubles internes que connaissent chacun de ses deux pays, ou les évolutions récentes de leurs armées. Il organise ensuite son ouvrage en trois grandes parties qui correspondent aux principales phases du conflit. Dans un premier temps (juin 1932-juillet 1933), "La guerre des fortins" voit chacun des deux belligérants chercher à s'implanter durablement dans la région, tout en s'efforçant bien sûr d'en chasser l'autre, ce qui entraîne le développement d'actions militaires de plus en plus significatives. Au cours de la deuxième phase (juillet 1933-décembre 1934), "La guerre de mouvement" reprend ses droits. Des opérations offensives de grande ampleur sont conduites à tour de rôle par le Paraguay et la Bolivie, des colonnes parfois puissantes manoeuvrant entre les fortins avant de s'élancer à travers de vastes étendues isolées (et désolées). Durant cette phase, on parle parfois d'opposition indirecte (par Sud-Américains interposés) entre matériels et doctrines venus de France et d'Allemagne. Thierry Noël souligne à l'occasion le rôle méconnu des ... chauffeurs de camions-citernes : "Sillonnant le Chaco de part en part, au volant de véhicules souvent improvisés et inadaptés au climat comme au terrain, ils luttent pour faire parvenir l'eau potable aux combattants". Une dernière phase, "Finir la guerre", s'étend enfin de décembre 1934 à juin 1935, alors que les pertes cumulées deviennent difficiles à compléter, que maladies et épidémies causent plus de dégâts désormais que les opérations actives et que la SDN comme les Etats voisins se préoccupent désormais de trouver une solution diplomatique.

L'ouvrage est essentiellement descriptif, ce qui pour une première grande étude en français est somme toute préférable. Une utile chronologie et une bibliographie de référence complètent ce volume. D'une lecture aisée, il intéressera tous ceux qui veulent en connaître plus sur l'entre-deux-guerres aussi bien que sur cette Amérique latine souvent absente de l'historiographie.

Economica, Paris, 2016, 146 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-7178-6915-6.

Le conflit le plus violent d'Amériqe latine
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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 06:00

La Seconde guerre mondiale dans le discours politique russe

A la lumière du conflit russo-ukrainien

Stéphane Courtois et Galia Ackerman (Dir.)

Paru dans la collection 'Présence ukrainienne', ce qui constitue en soi un marquant significatif, ce volume constitue les actes d'un colloque qui s'est tenu en avril 2015 à Paris. Il est exclusivement orienté sur la dénonciation de l'impérialisme russe et de sa volonté hégémonique en direction de l'Ukraine. C'est un choix, que les différentes auteurs s'efforcent de démontrer au fil des contributions et que l'on peut partager, mais qu'il est plus honnête de souligner en premier lieu.

Cette position quasiment militante n'empêche pas que le volume soit tout à fait intéressant. On sait bien l'importance politique, morale, sociale, intellectuelle de la Grande Guerre patriotique en Russie et l'utilisation résolue que les autorités de Moscou en fait depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. A partir de ce constat, les différents auteurs (un peu plus d'une quinzaine, universitaires français et ukrainiens, journaliste allemande, ukrainienne et russe, politiques ukrainiens, letton et estonien, et -hélas- l'inévitable BHL) s'intéressent aux différentes formes prises par cette instrumentalisation de l'histoire d'une part et par cette ingérence de la Russie chez ses voisins. Les arguments, reconnaissons-le sans ambiguïté, ne manquent parfois pas de pertinence et l'on ne saurait être totalement naïf au sujet de la politique de Moscou à l'égard de Kiev et de la Crimée. Parmi les (souvent brefs) articles, des approches intéressantes sur la présentation en Russie du pacte Hitler-Staline, sur l'utilisation déterminée de la victoire de 1945 comme arme politique, sur la macabre capitalisation politique à partir des millions de morts de la période 1941-1945, sur les choix historico-politiques de Poutine et la réhabilitation de la politique stalinienne, sur le contrôle des archives russes, sur le rôle des médias contrôlés par le Kremlin, sur les minorités comme les Tatars de Crimée, etc. De ce vaste panorama, la Russie ne sort pas grandie et les ressorts intellectuels et géopolitiques de ses actions sont d'évidence mis à nu.

Toutefois, le souvenir encore prégnant d'une opposition idéologique totale à l'URSS semble insuffisant pour servir aujourd'hui de fil conducteur. Identifier et prendre en compte les crimes d'hier et les fautes ou les erreurs d'aujourd'hui n'interdit pas de s'intéresser également à ce qui se passe "de l'autre côté" : les gouvernements ukrainiens sont-ils exemptés de la moindre responsabilité dans l'évolution de la situation ces dernières années ? Les manoeuvres américano-otanniennes ne sont-elles que des fantasmes ? La Russie devrait-elle, par principe en quelque sorte, se comporter en puissance secondaire ? Qui, enfin, aura l'honnêteté de rappeler cette formule de Aron, selon lequel dans les relations internationales il n'y a ni d'Etat-loup, ni d'Etat-agneau, mais seulement des Etats qui défendent ce qu'ils pensent être à une certaine époque leurs intérêts vitaux ? Ou celle de De Gaulle affirmant qu'un pays digne de ce nom n'a pas d'amis, mais dans le meilleur des cas et en fonction de ses besoins des alliés...

Un très bon ouvrage sur un dossier chaud de l'Europe d'aujourd'hui, pour en présenter "la cause ukrainienne". Mais la simplification et le manichéisme ne suffisent pas à structurer une démonstration. Au-delà des nombreuses (et parfois passionnantes) descriptions des "dessous" des manoeuvres russes, il serait également important de s'intéresser à "l'arrière tableau" des initiatives ukrainiennes.

L'Harmattan, Paris, 2016, 196 pages. 20,50 euros.

ISBN : 978-2-343-10231-3.

Histoire et propagande
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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 06:00

La Chouette fait brièvement relâche

Repas de Noël, sortie de cohésion, anniversaire en famille : la journée et la soirée seront en grande partie consacrées à des activités plutôt de loisir. La Chouette fait donc relâche aujourd'hui, mais les mises en ligne reprennent dès demain matin ! Par contre, la page FB (https://www.facebook.com/Guerres-Conflits-XIXe-XXIe-s-2) reste active !

A demain !

 

 

 

(brève) Pause
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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 06:00

Bonaparte en Italie, Gamelin en 1939-1940, Antoine à Actium

Guerres & Histoire  -  n° 34

Le dernier numéro de l'année du magazine généraliste (au meilleur sens du terme) d'histoire militaire offre un sommaire aussi varié que d'habitude et entraîne le lecteur dans un large voyage dans le temps et dans l'espace.

Que dire des différents articles, sinon qu'ils suscitent tous le plaisir de lecture, parfois l'étonnement ou les questions, mais qu'ils ne laissent jamais indifférents. On peut être plus ou moins d'accord sur telle ou telle approche de Bonaparte, Gamelin, Antoine, mais les articles sont argumentés et rédigés avec une problématique claire, passant le plus souvent avec brio du tactique à l'opératif et au stratégique, de l'exemple particulier à la synthèse. On appréciera également l'article consacré à la bataille (fondatrice pour la Suisse) de Morgarten, ainsi que celui consacré à la 'Decima Mas', lorsque "l'Italie invente les nageurs de combat".

Un excellent numéro à  acquérir ce week-end pour commencer "en douceur" la période des fêtes de fin d'année.

 

Avec Bonaparte, contre Gamelin ?
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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 06:00

Renseignement et avant-guerre en Grande région

Gérald Arboit

Les études réunies par Gérald Arboit offrent un regard inédit sur les raisons qui firent des Lorraine françaises, allemandes et belges, ainsi que du Luxembourg, l’épicentre de la Première Guerre mondiale. L’angle choisi, le renseignement, offre une mise en perspective nouvelle, d’autant que l’étude sur le premier service serbe, souvent rendu responsable d’avoir fourni la première étincelle du conflit, montre un autre jeu géopolitique induit par les changements de frontière, après l’annexion de la Bosnie par l’Autriche-Hongrie en 1908. Mais ce fut l’espace stratégique de la « Grande Région », entre France, Allemagne, Belgique et Luxembourg, qui a été une terre d’élection de l’espionnage et, ce livre le démontre bien, un laboratoire de la modernité du renseignement avant-même 1914.

L’échelle de cet espace frontalier stratégique où se déploient les rivalités stratégiques des futurs belligérants marque l’avant-guerre. Pour pénétrer l’intention de manœuvre et l’axe d’offensive stratégique comme les défenses adverses, des postes de renseignements militaires couvrirent des espaces de surveillance qui s’avancèrent en territoire étranger par le recrutement et le maniement d’agents de différentes nationalités. Les pratiques locales des services de renseignement y conduisirent souvent à des réponses et des adaptations jusqu’à leur forme d’organisation, entre géopolitique régionale, nationale et européenne. L’ouvrage offre une compréhension des pratiques de l’espionnage au point de vue des populations. Celles-ci cristallisent d’abord les peurs au plus profond des populations d’où naissent des rumeurs, des psychoses et des comportements qui s’inscrivent dans le souvenir des guerres passées depuis le XIXe siècle. L’espionnage tient une place singulière parce qu’il offre un continuum entre le temps de paix et de guerre. Agents, occasionnels ou permanents, informateurs, stipendiés ou mus par le seul patriotisme, espions professionnels, délimitent les contours d’un monde interlope de part et d’autre de la frontière. Sans cesse dénoncé dans les obsessions complotistes et du danger ennemi qu’armaient les ligues dont celle d’Action française, l’espionnage a marqué durablement la vie des frontaliers et des habitants des territoires plus de ceux de l’intérieur.

Par son analyse fine des modèles nationaux de services de renseignement, qu’il s’agisse des expériences belge, française, allemande ou serbe, cet ouvrage confirme la nature limitée des moyens humains, techniques ou budgétaires qui arment les services secrets avant 1914. Il met en relief l’écart entre la représentation qu’en donnent l’époque et les contemporains, et la réalité de leurs actions.

CNRS Editions, Paris, 2016, 168 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-271-09085-0.

Renseignement
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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 06:00

Les 'provinces' transatlantiques

1882-1927

Max Rémy et Laurent Le Boutilly

Présentant davantage l'aspect d'un hors-série de magazine que d'un livre, cette très jolie brochure nous transporte à bord des 11 paquebots français lancés à partir de 1882 et baptisés du nom de provinces métropolitaines.

Après le Normandie, les Bretagne, Champagne, Bourgogne, Gascogne, Bretagne, Touraine, Aquitaine, Navarre, Lorraine, Savoie et Provence, dernier grand paquebot de la série mis à l'eau en 1905, constituent à l'époque le fleuron de la flotte commerciale "passagers" transatlantique sous pavillon français. Ils sont ici d'abords présentés ensemble dans le contexte de leur compagnie, puis à tour de rôle, dans leurs caractéristiques techniques, leur emploi, leur temps de "service militaire". En dépit de nombreux incidents, qui nous sont racontés par le menu pour chaque navire, ils conservent à la France la cinquième place dans le trafic Europe-Nouveau monde et pour la plupart sont mis au service des armées dès l'été 1914. Fréquemment utilisés comme transports de troupes, ils rallient les Antilles à la métropole, Marseille aux Dardanelles et à Salonique. En 1917, c'est sur le Lorraine que le maréchal Joffre embarque pour sa tournée triomphale aux Etats-Unis, tandis que le Savoie, transformé en croiseur auxiliaire pendant le conflit, effectuera ensuite le voyage de New York jusqu'en 1927 et que le Bretagne devenait navire-hôpital. Très largement illustré de nombreuses photos, accompagné de profils en couleurs originaux, ce petit volume nous entraîne dans une première phase dans le monde très contrasté des magnifiques paquebots du début du XXe s. (qui transportent aussi presque à fond de cales les immigrants), puis dans un deuxième temps dans l'environnement particulier des navires de commerce militarisés pour le service de guerre, enfin dans le contexte difficile du retour à la paix (et à la reconquête des marchés).

Une belle page d'histoire navale qui croise pendant plus de quatre ans l'histoire militaire.

Editions Minimonde76, Grand Camp, 2016, 80 pages, 27,- euros.

ISBN : 978-2-9541818-0.

Epopée transatlantique
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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 06:00

Nouvelle histoire de la Légion étrangère

Patrick de Gmeline

La quatrième de couverture ne ment pas : "ce livre raconte l'histoire officielle". Et pourtant l'auteur affirme dans son avant-propos que "la Légion n'a pas besoin d'hagiographie". Est-ce à dire que l'histoire officielle est suffisamment hagiographique pour qu'il ne soit pas nécessaire d'en ajouter ?

Construit chronologiquement en 25 chapitres qui nous entraîne de 1831 aux missions et adaptations du début du XXIe s., l'ouvrage apporte de très nombreux éléments factuels, multiplie les informations et les témoignages, et en ce sens il intéressera tous ceux que l'histoire de ces régiments étrangers intrigue ou passionne. Mais, s'il ne déforme pas la réalité, il conforte toujours la position officielle. La Grande Guerre n'est pas "La" guerre des légionnaires, qui y tiennent une place à la hauteur de leurs quelques régiments sur 8,5 millions de mobilisés. Ces régiments se battent fort bien, certes, mais le font-ils mieux que les chasseurs, les coloniaux, les fantassins "longue capote", voire tout simplement même quelques régiments de Territoriaux ? Au Levant en 1941, "la Légion ne tire pas sur la Légion", à l'exception d'une poignée de légionnaires du 3e bataillon du 6e REI, puis la grande majorité du régiment refuse de rejoindre les FFL et fait le choix de rentrer dans la zone Sud de l'hexagone. Parler des combats de Syrie sera longtemps de fait interdit dans les popotes légionnaires... N'oublions pas Bir Hakeim, où effectivement la Légion "va se couvrir de gloire", mais au moins au même titre que le bataillon du Pacifique et celui de l'Oubangui, que les artilleurs ou les sapeurs du camp retranché. Et puis, si la résistance sur place pendant de si longues et dures journées impose le respect, les pertes lors de l'exfiltration finale sont également bien réelles... Sur El-Alamein enfin, qui voit la mort du colonel Amilakhvari, l'auteur jette rapidement un voile pudique : les Français ne sont pas au point décisif et leur action dans leur secteur n'est pas couronnée que de succès... Le livre se poursuit de même pour les combats ultérieurs, d'Indochine, d'Algérie, puis les OPEX.

En synthèse, un livre important qui apporte une nouvelle pierre au monument éditorial à la gloire de la Légion. Une gloire certes indiscutablement méritée, mais qui ne peut prétendre à aucune exclusivité. N'observer l'histoire de la Légion dans les campagnes des armées françaises que sous l'angle de la Légion elle-même conduit nécessairement à entretenir le mythe légionnaire au détriment de ceux qui étaient également présents et dont on ne parle pas (ou si peu)...

Perrin, Paris, 2016, 648 pages, 26,- euros.

ISBN : 978-2-262-06829-5.

Troupe d'élite
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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 06:00

Marie Tudor

La souffrance du pouvoir

Isabelle Fernandes

"Marie la sanglante" ne règne sur l'Angleterre que quelques années au milieu du XVIe s. (1553-1558), et la grande Elisabeth Ière qui lui succède l'éclipse souvent. Réédition en format poche d'une biographie parue en 2012, elle mérite grandement d'être lue.

Isabelle Fernandes s'attache donc à retracer l'existence de cette reine méconnue, dont on ne représente trop souvent l'exercice du pouvoir qu'à travers les excès religieux catholiques (300 suppliciés brûlés vifs). En trois grandes parties ("L'apprentissage de l'obéissance", "une impériale soeur" et "La première reine d'Angleterre"), elle nous présente un personnage en réalité tout à fait méconnu. Sa légende noire ("Marie laissa une mémoire odieuse dans l'esprit de quiconque n'a pas l'âme d'un persécuteur", selon Voltaire) est en partie avérée dans un contexte d'opposition très rude avec les Protestants-Anglicans ("la restauration de l'autorité papale, l'alliance avec l'Espagne, les bûchers qui tentèrent de ramener par la force le pays dans le giron catholique, une infécondité tragique et la prise de Calais par les Français permirent aisément de stigmatiser ce règne"), mais on oublie qu'elle prépare aussi le règne d'Elisabeth et qu'elle fut la première femme à accéder au trône. Dans une atmosphère de luttes internes constantes, de complots permanents et d'insurrections à peine larvées, de dissensions entre ses conseillers officiels, elle doit prendre à bras le corps les affaires de l'Etat en temps de crise, alors que "cette femme d'une piété exemplaire ... aurait fait une femme au foyer exceptionnelle, (mais) fut obligée  de résoudre des problèmes qui auraient dérouté des intelligences plus avisées". Alors que son règne débute "sous les meilleurs auspices", elle est confrontée au schisme provoqué par son père, est poussée à se marier pour des raisons exclusivement politiques et dynastiques (avec Philippe d'Espagne), et son pouvoir n'est officiellement confirmé par le Parlement qu'en 1554. L'auteure souligne que parallèlement aux persécutions, Marie Ière développe aussi une véritable pédagogie du retour au catholicisme : "Marie et l'archevêque de Cantorbéry ne renouèrent pas aveuglément avec le passé, ils reconstruisirent au contraire de façon novatrice, s'appropriant les idées qui pouvaient enrichir le message de l'Eglise universelle". Au fil des pages, la mise en relief du rôle des représentants des cultes, du pape, des Français, apporte un éclairage nouveau sur ce règne tourmenté, les relations avec sa soeur Elisabeth sont approfondies, sa triste fin précisée. Isabelle Fernandes s'intéresse aussi à la mémoire de la reine : "Thuriféraires et contempteurs déformèrent son portrait en usant de couleurs qui allaient des teintes fuligineuses au pur ivoire en passant par le rouge sang".

Le livre se termine sur plus de cent pages de notes, annexes, index, bibliographie, ce qui en fait réellement au total un véritable outil de travail, précieux pour améliorer nos connaissances sur l'Angleterre en particulier, et le XVIe s. et ses guerres de religion en général.

'Texto', Paris, 2016, 399 pages. 10,50 euros.

ISBN : 979-10-210-2117-4.

Bloody Mary
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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 06:00

Guerre des Vosges et guerres de montagne

1914-1918

Ce gros volume est constitué par les actes du colloque, dirigé par François Cochet et Jean-Noël Grandhomme, qui s'est tenu à Epinal et à Colmar du 21 au 23 mai 2015.

Après les introductions des élus et celle plus scientifique de François Cochet, le livre s'ouvre une double présentation géographique (par Jean-Paul Fizaine et Philippe Boulanger), essentielle puisque, dans la guerre de montagne plus qu'ailleurs, le terrain commande. Une première grande partie s'intéresse directement aux combats dans le massif des Vosges, à travers les hommes et le matériel, du côté français comme du côté allemand. Parmi les présentations plus originales, on retiendra l'étude de Christian Benoit sur la préparation et la mobilisation des unités du 21e corps d'armée, celle de Cédric Mas sur la campagne des Vosges du lieutenant Rommel et celle de Philippe Springer-Fijal sur la compagnie de skieurs du bataillon de montagne wurtembergeois. L'immédiat arrière-front n'est pas oublié, avec en particulier la communication de Joseph Schmauch sur "Les vallées vosgiennes : un laboratoire de l'Alsace française". La seconde partie est encore beaucoup plus inattendue, et donc intéressante, puisqu'elle s'intéresse aux autres fronts de montagne de la Grande Guerre : "La guerre italienne des Alpes" avec Hubert Heyriès, la guerre dans les Balkans et dans les Carpates ; mais aussi les fronts perse et ottomans ainsi que la guerre de montagne dans l'empire colonial (Maroc et Tonkin). Enfin, une troisième partie nous ramène dans l'est de la France avec les questions liées aux traces de la guerre et au tourisme de mémoire. Ariane Pinauldt évoque "Les Vosges au musée des troupes de montagne" (Grenoble), tandis que Yann Prouillet et Delphine Pierrat traite de l'aménagement des sites à travers l'exemple de l'Hartmannswillerkopf.

Ce volume très riche, très varié, particulièrement intéressant par les informations qu'il donne comme par les pistes qu'il ouvre, doit impérativement figurer dans toute bibliothèque bien tenue sur la Grande Guerre.

Bernard Giovanangeli éditeur, Paris, 2016, 508 pages, 25,- euros.

ISBN : 9782758701736.

Guerre en montagne
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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 06:00

1918

L'étrange victoire

Jean-Yves Le Naour

Voici Jean-Yves Le Naour parvenu au terme de sa présentation en cinq volumes de la Grande Guerre (1914 = ici, 1915 = ici, 1916 = ici, 1917 = ici). Le chantier était immense, et il offre à tous les amateurs, en plus de 2000 pages, une fresque très complète du conflit.

Ce dernier opus, dont le sous-titre résonne bien sûr en écho à L'étrange défaite, détaille donc les événements politiques, militaires, sociaux, diplomatiques de l'ultime année du conflit. Quelques détails sujets à discussion (le général Pershing prononçant "La Fayette nous voici" au cimetière de Picpus ?), et des formules vives, parfois un peu abruptes (comme les Portugais qui en avril 1918 "se sont pris les 100.000 hommes de l'armée von Quast en pleine figure"), qui suscitent des réactions (le processus de nomination de Foch comme commandant en chef des armées alliées) : le livre a les qualités (et les défauts) des tomes précédents. Dans le chapitre consacré à la lente entrée en ligne des Américains, par exemple, le général Pershing (souvent à très juste titre) est sévèrement critiqué, mais pour cela Joffre, Foch, Haig, qui étaient pratiquement inaptes au commandement au cours des deux années précédentes, retrouvent quelques vertus et sont cités à témoigner... Enfin, le récit est souvent au niveau stratégique du politico-militaire (en particulier les relations entre les autorités gouvernementales et le haut commandement) avec quelques incursions du côté de la base, des simples soldats, mais le niveau du théâtre d'opération (la manoeuvre coordonnée des armées et des corps d'armée) est en grande partie absent, ou résumé en quelques mots, alors qu'il conditionne en grande partie la réalité des engagements.

Un style enlevé, une lecture aisée, un tableau général du cours des événements très complet, mais aussi des raccourcis ou des affirmations péremptoires qui demandent à être précisées. Pour paraphraser une formule célèbre, un bilan globalement positif. Un solide ensemble pour aborder la Grande Guerre dans sa diversité, avant de poursuivre avec des études plus détaillées.

Perrin, Paris, 2016, 411 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-262-03038-4.

Dernière année
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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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