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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 06:00

De 1917 sur le front de France à 1944 dans le Pacifique

Avions  -  n° 215

Comme les grandes aventures humaines au coeur des guerres, l'histoire aérienne recèle d'étonnants parcours, comme celui du commandant (de réserve) Quandt, héros de l'aéronautique allemande de la Grande Guerre, et mort en juin 1940 après avoir repris du service. On lira également la 3e et dernière partie de l'article de René Francillon consacré à l'histoire du 1er Air Commando Group et de ses hélicoptères Sikorsky dans la jungle birmane, ainsi celle des unités de Me. Bf 109 pendant la brève campagne de Yougoslavie en 1941. Plus proche de nous, et tout aussi peu connu, le témoignage d'Attila Kositzky, pilote de la chasse hongroise à la grande époque du rideau de fer.

Guerre aérienne
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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 06:00

Flotte cuirassée, aéronavale, stations polaires en guerre

Los !  -  n° 30

On a beau être "Terrien" jusqu'aux tripes, "treillis-rangers" sans hésitation, on ne peut qu'être admiratif (et passionné par) de la régulière grande qualité des numéros successifs du magazine de la guerre navale (et aéronavale, et sous-marine).

Ce riche numéro d'hiver nous propose une grande étude sur l'histoire de la flotte cuirassée japonaise, "de Tsushima à Pearl Harbour", à la fois fer de lance de l'impérialisme japonais au début du XXe siècle et déjà insuffisants lorsque la Deuxième guerre mondiale commence. Pour la partie "Actualité" et histoire récente, un point de situation sur les porte-avions aujourd'hui et un texte sur un succès technique et militaire français, les missiles Exocet. Deux articles totalement originaux retiennent notre attention. Tout d'abord, l'histoire du sous-marin hollandais 0-21 qui, à l'hiver 1941, coule... un sous-marin allemand au large de Gibraltar. Ensuite l'extraordinaire aventure militaire et humaine des petits détachements allemands (mais aussi norvégiens, danois, soviétiques, américains ou britanniques) des stations météo polaires, indispensables pour aider au déploiement et à l'emploi des armées navales et aériennes et installées souvent dans des conditions aussi périlleuses que sommaires sur des îlots inhabités de l'extrême Nord. Saviez-vous que le dernière unité de la Wehrmacht à se rendre fut le petit détachement de la station Haudegen, au Svalbard, le... 4 septembre 1945. Excellent !

Vive l'histoire navale !
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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 06:05

L'arrière : en avant toute !

14/18 Magazine  -  hors-série n° 5

Un numéro hors-série consacré au "front intérieur", en sept articles thématiques (sur 98 pages) qui évoquent tour-à-tour les questions financières et industrielles, les femmes, les enfants, les correspondances, les "journées nationales" de bienfaisance, etc. Réalisé, comme les précédents, en partenariat avec le musée de Meaux, ce numéro bénéficie d'une iconographie exceptionnelle, particulièrement bien mise en valeur. Un numéro qui vaut largement son prix (14,90 euros), ne serait-ce que pour la qualité des illustrations.

Pourvu qu'ils tiennent !
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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 06:00

Des plaines d'Abraham à l'île d'Elbe

Traditions  -  n° 11

Une nouvelle fois, quelques excellents articles tout-à-fait intéressants dans ce numéro de Traditions, avec en particulier une présentation par Frédéric Naulet de la bataille des plaines d'Abraham et de la fin du Canada français, ainsi que, toujours sur le continent américain, de la bataille de Wilson's Creek pendant la guerre civile américaine, par Frédéric Bey. Dans la rubrique "Lieux de mémoire", Valmy (par Olivier Lapray) et l'île d'Elbe (par Jean-Jacques Prévost) ; et dans les présentations des uniformes, les Gardes d'honneur du Premier empire (1813-1814) par Yves Martin, et le bataillon de Montferme par Jérôme Croyet. L'ordre du Lys de la Restauration est présenté en quatre pages par Philippe Lamarque, tandis que Benoît Lorenzini revient sur la célèbre pipe du général Lasalle (et de bien d'autres !).

Avec, comme  toujours, une iconographie particulièrement bien choisie.

D'Amérique en Europe
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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 06:00

La France et l'indépendance américaine

Olivier Chaline, Philippe Bonnichon

et Charles-Philippe de Vergennes (Dir.)

Nous vous proposons aujourd'hui un volume datant de quelques années (2008), mais qui nous semble indispensable sur le sujet.

Actes d'un colloque tenu à Paris en 2006, il nous présente dans son ensemble la contribution de la France à la guerre d'indépendance américaine et à la victoire des Insurgents. Méthodiquement organisé en trois grandes parties ("Objectifs et stratégies", "Les théâtres d'opérations" et "La victoire et l'après-guerre"), ce volume permet d'aller au-delà de la représentation d'un La Fayette hégémonique ("Le rôle de la France dans l'indépendance des Etats-Unis ne se limite pas au départ des 150 volontaires qui prirent du service dans l'armée continentale de George Washington. L'aide fut également diplomatique, financière et militaire dans ce qui devint un conflit mondial"). Une quinzaine de contributions permettent ainsi d'en savoir plus sur les aspects logistiques d'un conflit qui ne fut pas une promenade romantique, sur la guerre sous d'autres cieux comme la Manche et la mer du Nord ou les Indes, sur les stratégies des principaux belligérants comme sur les aspects diplomatiques, avec leurs non-dits et leurs arrières-pensées. De même, les aspects tactiques (terrestres, navals et combinés) ne sont pas oubliés, tout comme le coût de cette guerre pour les finances de Paris et de Londres.

Alors que nous allons célébrer l'an prochain le centenaire de l'entrée des USA dans la Première Guerre mondiale, avec son inévitable cortège de protestations officielles d'amitié éternelle et ses "références" journalistiques approximatives, il n'est pas inutile de revenir au point de départ. Celui qui justifie le "La Fayette, nous voici !" du lieutenant-colonel Stanton (et non pas de Pershing) au cimetière de Picpus. Une solide présentation de la réalité d'un conflit trop souvent perdue dans les méandres brumeuses des commémorations institutionnelles.

PUPS, Paris, 2008, 278 pages, 26,- euros.

ISBN : 978-2-84050-632-6.

Guerre d'indépendance américaine
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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 06:00

La Grande Armée à la conquête de l'Angleterre

Le plan secret de Napoléon

Nicola Todorov

Les campagnes du Premier empire sont, dans l'esprit de tous, des campagnes terrestres, et hors Aboukir et Trafalgar de triste mémoire la guerre navale est rarement mise à l'honneur. Nicola Todorov nous propose ici une autre lecture de la stratégie impériale et envisage sous un autre angle les objectifs réels de Napoléon Ier.

L'auteur s'appuie sur de très nombreuses sources et surtout met en parallèle des décisions parfois fort éloignées (géographiquement aussi bien que par domaines d'action) pour faire du blocus continental et de la politique navale une priorité de l'empereur à l'époque du triomphe continental. C'est en effet à l'été 1810, alors que l'on atteint "l'empire des 110 départements", qu'il date la volonté de reprendre les opérations maritimes contre l'Angleterre : "Le redressement naval, conçu en à peine deux à trois mois, constitue un événement majeur, quoique méconnu, de l'histoire de l'Empire". Cinq ans après Trafalgar, Napoléon fait dresser l'état des ressources en bois dans les forêts, tente de séparer la Prusse de l'Angleterre, met en place des administrations françaises jusqu'en Allemagne du Nord, fait préparer des plans de construction, réactive des chantiers navals de Trieste à Hambourg, lance un important programme de construction navale, s'efforce de coordonner les actions et travaux en Méditerranée comme en Atlantique et en mer du Nord, etc. L'auteur sait aussi faire le lien entre stratégie terrestre (dont la diplomatie) et stratégie navale, et applique aux opérations projetées contre l'Angleterre (sur mer) les principes généraux de la guerre (terrestre). Il analyse les questions liées au recrutement et à la formation des équipages, aussi bien que la constitution des "flottilles" et leurs capacités d'action en fonction du type de navire. En dépit de ses efforts, les évolutions de la situation continentale en 1812 et 1813 interdisent de pousser plus loin les programmes en cours. Nicola Todorov fait ainsi l'aller-retour permanent entre Napoléon lui-même, souvent en déplacement à travers l'Europe, le ministère à Paris et Brest, Cherbourg, Lorient et les autres ports de la côte atlantique, où les marins s'efforce de remplir l'impériale mission. Il appuie sa démonstration sur de nombreuses archives et témoignages (on consultera avec profit les notes rassemblées en fin de volume), souvent peu connus. Enfin, il remet en lumière des personnages (ministre de la Marine et amiraux en particulier) dont on parle généralement peu lorsque l'on traite des questions militaires du Premier empire.

Si l'on peut émettre des réserves sur le sous-titre ("Le plan secret de Napoléon ?"), on ne peut qu'être très intéressé par le contenu de ce riche et original volume. Une excellente lecture de vacances, à apprécier sous une véranda face à la mer démontée ?

Editions Vendémiaire, Paris, 2016, 299 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-36358-247-8.

Rêve impérial
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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:05

La charge de Somosierra

Napoléon Ier  -  n° 82

Voici un numéro comme on les aime. Diversité des thèmes et originalité des sujets, chacun y trouvera matière à apprendre avec, en prime, le plaisir de la lecture.

Parmi les huit articles principaux, nous retenons surtout (en fonction de nos goûts) le récit de la bataille de Somosierra qui, à la fin de l'année 1808, ouvre à Napoléon la route de Madrid et voit s'illustrer les célèbres chevau-légers polonais ; et le bel article consacré à Berthier, inamovible chef d'état-major impérial, qui ouvre sur une réflexion de fond sur cette fonction "de l'ombre" indispensable. Comme quelques "cocoricos" ne sont pas de trop en ces temps de doute, le récit de l'échec de Nelson face à l'amiral Latouche-Tréville en 1801 nous rappelle qu'il n'y a pas que Trafalgar dans l'histoire navale de l'empire ; et le rappel des conditions de la fuite de Louis XVIII vers la Belgique et l'exil en 1815 témoigne des conditions populaires du "vol de l'aigle". Un numéro très intéressant.

Le panache et la gloire
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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:00

Les divisions blindées

reines des champs de bataille ?

Batailles & Blindés  -  hors-série n° 32

Ce numéro spécial est particulièrement ambitieux puisqu'il souhaite nous présenter une histoire internationale des divisions blindées sur une trentaine d'années, de la fin de la Première Guerre mondiale à la fin de la Seconde.

Très largement illustré (y compris avec de nombreux profils), le numéro est organisé en douze chapitres chronologiques : un sur la Grande Guerre, quatre sur l'entre-deux-guerres, six sur la Deuxième guerre mondiale et un dernier sous forme d'une comparaison. Car l'un des intérêts majeurs de ce hors-série est la multiplication systématique des approches à travers les différentes situations nationales (France, Royaume-Uni, Allemagne, mais aussi Etats-Unis, Italie et Japon), qu'il s'agisse des matériels eux-mêmes, des politiques d'armement, des penseurs, de la mise en oeuvre. Bien sûr, les uns ou les autres pourront trouver que tel ou tel aspect est traité trop rapidement, que telle évolution n'est pas mentionnée ou que telle bataille aurait mérité un développement : mais c'est la loi du genre pour des synthèses de cette ampleur (même la 3e de couverture, p. 115 est utilisée par les auteurs pour gagner en pagination !). Ceux-ci ont semble-t-il choisi de valoriser pour l'entre-deux-guerres De Gaulle en France et Liddell Hart en Grande-Bretagne, alors que d'autres noms (souvent moins connus du grand public) peuvent être considérés comme plus fondamentaux. On apprécie le glossaire final qui donne des équivalences de termes en allemand, anglais et italien.

Un numéro solide que l'on conservera avec soin. Peut-on attendre un numéro hors-série suivant sur la période des années 50 à 2000 ?

Blindé, Tank ou Panzer ?
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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 06:00

Je reviendrai

Lettres de Russie, 1942-1943

Eugénio Corti

Si Eugénio Corti est l'un des grands auteurs italiens du XXe siècle, les lettres (cartes postales ou télégrammes) qu'il adresse à sa famille entre 1942 et 1943 comme jeune officier artilleur italien sur le front de l'Est n'étaient pas destinées à être publiées. Elles constituent donc un témoignage précieux sur un épisode particulier d'un évènement majeur de la Seconde guerre mondiale.

L'Armée italienne en Russie, "ou VIIIe armée, forte d'une dizaine de divisions réparties en trois corps d'armée" (il est affecté au 35e CA), à laquelle appartient Eugénio Corti tient un secteur du front sud-oriental de 270 km. jusqu'au Don. L'auteur participe à cette aventure, dont on sait qu'elle se termine par une terrible retraite en plein hiver, dans un réel dénuement et ces lettres (si elles ne disent pas tout, comme la plupart des correspondances des soldats au front) décrivent à la fois son environnement, sa perception des évènements et (dans une moindre mesure) son rôle dans les opérations. Au fil des pages, des blessés, des prisonniers, la description des paysages, l'ordinaire d'une journée, les contraintes de déplacement de ses canons, le front et l'arrière-front, les villages polonais et ukrainiens et leurs habitants : "Partout des gens réduits à des loques par la faim, des scènes extrêmement pénibles ... Je désire que toute ma solde soit expédiée à Rome, aux Oeuvres pontificales correspondantes, pour être utilisées en faveur des civils de Pologne". Le titre du livre, Je reviendrai, est tiré de sa deuxième lettre, le 9 juin 1942, lorsqu'il s'efforce de rassurer ses parents avant d'embarquer à Bologne. Par la Hongrie et la Pologne, il rejoint son unité en Ukraine au milieu du mois de juin 1942 : "D'immenses étendues vertes aux légères ondulations séparent les villes ... Lieux magnifiques". Six mois plus tard, lorsque la température s'installe durablement en dessous de zéro, les commentaires ne sont plus du même ordre, même s'il affirme aux siens que la bonne humeur est toujours présente. Passant de première ligne en zone arrière de la division, il a une vision assez large de la situation réelle dans la zone de déploiement du contingent italien, d'autant qu'il se déplace presque quotidiennement à cheval en particulier pour aller chasser, ce qui lui permet de donner de nombreuses informations sur les conditions de vie, mais (auto-censure ou ignorance ?) il n'évoque pas avec précision les mouvements des unités, se contentant à telle ou telle date d'allusion sur un déplacement ("Nous avançons, nous avançons toujours ; il faut avancer pour mettre fin à la guerre et rentrer parmi vous"). Il fait par contre régulièrement connaître le retour vers l'Italie ou de l'arrivée sur le front de groupes de soldats : visiblement, si l'on en croit ces courriers, il entretient avec ses subordonnés des relations de confiance et d'estime réciproque ("Ils sont tranquilles et très respectueux, peut-être pas très empressés, après tant d'années de vie militaire, mais peut être les meilleurs soldats qu'on puisse imaginer").

Un texte presque "doux", parfois étonnamment "apaisant". En dépit des rigueurs endurées à l'hiver sur ce front oriental (même s'il n'a pas connu les pires moments), l'auteur semble presque inatteignable à la peine, à la douleur, à la fatigue. Un texte souvent étonnant sur ce front russe de la Seconde guerre mondiale, qui nous montre à la fois que les correspondances aux familles ne traduisent pas toujours la réalité des champs de bataille, et que d'un rédacteur à un autre, les expériences et les perceptions peuvent être bien différentes. Indiscutablement à lire et à connaître. 

Editions des Syrtes, Paris, 2016, 237 pages, 17,- euros.

ISBN : 978-2-940523-51-1.

Jeune officier italien sur le front russe
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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 06:00

Croire en l'histoire

François Hartog

Ce petit ouvrage par son format n'en est pas moins important sur le plan de la réflexion et des idées. Constatant que l'histoire n'est plus, comme au XIXe siècle, le mode privilégié d'explication et de compréhension du monde, François Hartog s'interroge sur le sens et la place prise par la vague des commémorations mémorielles qui semble nous submerger depuis une quarantaine d'années. Il fait à partir d'une analyse très savante, entre philosophie et éthique.

Le livre est construit, après une solide introduction qui évoque les évolutions dans le temps long et le rôle de l'historien, en quatre grandes parties séparées entre les 2e et 3e par un "intermède", inspiré par la comparaison entre deux tableaux ("Demeure pour l'historien de métier, en-deçà de cet horizon de fuite, l'inquiétante étrangeté de l'histoire, l'interminable compétition entre le voeu de fidélité à la mémoire et la recherche de la vérité de l'histoire") qui pose la question de "l'étrange familiarité de l'histoire". La première partie, "La montée des doutes", aborde la question essentielle, véritable fil rouge de l'ouvrage, de la place prise par la (les) mémoire(s) et l'impératif (nous aurions tendance à dire intellectuellement totalitaire) de "présentisme". La seconde, "Une inquiétante étrangeté", s'étonne des effets de mode dans les sujets traités par les historiens et s'inquiète en quelque sorte des manipulations auxquelles l'histoire est contrainte de participer. Le vocabulaire utilisé est (volontairement ?) souvent spécialisé, le discours intellectualisé, la première approche demande au "vulgus" de disposer d'un dictionnaire à portée de main pour comprendre certains phrases..., entre linguistique, philosophie, l'éthique et histoire, passant des auteurs les plus contemporains à Platon, Aristote et Saint-Augustin : "Ne peut pas être exorcisé le soupçon que l'histoire reste une nuisance pour la mémoire. Remède, poison ou les deux". Personnellement, je revendique le poison... Hartog, sur la base d'une ample et intime connaissance des textes anciens, multiplie les aller-retour entre l'Antiquité et la fin du XXe siècle, ce qui peut désarçonner un lecteur trop pressé. La troisième partie s'intéresse aux rapports, parfois conflictuels, entre l'histoire et le roman, évoque Hugo et Balzac, cite Milan Kundera et s'attarde sur les travaux de Chateaubriand (le "nageur entre deux rives") : "Si, avec le XIXe siècle, l'Histoire est bien devenue pour tous une évidence, les historiens et les écrivains ne s'en saisissent pas exactement de la même manière". Il revient ici sur les comités chargés, en 1916, de préparer les anniversaires victorieux des empereurs des puissances centrales pour 1918. Les "empereurs" d'aujourd'hui, finalement, n'agissent-ils pas de même, et parfois avec davantage de morgue encore ? Le récit mémoriel entonné sur tous les tons par les élites dominantes n'a peut-être changé que dans ses exemples particuliers, pas sur le fond... Le chapitre 4 enfin revient sur "les avatars du régime moderne d'historicité", avec la place des idéologies, le souvenir des révolutions, un "sens" de l'histoire qui n'est sans doute qu'une interprétation parmi d'autres, correspondant à une époque et à un besoin social. parmi les derniers auteurs cités dans la partie finale du volume, Braudel et Lévi-Strauss, ... il y a des références pires. Avec quelques constats assez tristes finalement : "Quand on peut tout voir, le danger est de ne plus rien voir du tout". Et à propos des "connected history", "shared history", "global history", "post-colonial" et autres "cultural studies", une référence à Hérodote "qui annonçait vouloir traiter à parité tout ce que les Grecs et les Barbares avaient accompli de grand" : "Qu'est-ce qui autorise celui qui se nommera historien à occuper cette position d'entre-deux et comment voir les deux côtés ?". Suffit-il de décentrer le regard ? Non, bien sûr. Et les productions récentes, qui oscillent entre réutilisation de mots et concepts anciens d'une part et réorientation intellectuelle et idéologique d'autre part, ne sont pas totalement satisfaisantes. L'histoire a été (et reste) en conflit avec les présents successifs, l'histoire a été (et reste) l'objet de réinterprétation et de récupération, victime d'effets de mode et d'évolutions plus solides, de heurts et de débats : peut-être est-ce à "l'antique registre de l'historia magistra" que nous faisons référence, "le registre de l'exemple, de l'imitation et du devoir-être", un registre que l'immédiateté et le présentisme ne peuvent comprendre, ni tolérer. "S'il y a une vie pour l'histoire après le concept moderne d'histoire, elle passe à la fois par la capacité de nos sociétés à articuler à nouveau les catégories du passé, du présent et du futur, sans que vienne à s'instaurer le monopole ou la tyrannie d'aucune d'entre elles". L'histoire, n'en doutant pas, reste tout à la fois indispensable et promise à un bel avenir.

Même s'il est parfois d'un abord un peu difficile (délicate litote pour certaines pages), il faut prendre le temps de le lire calmement, tranquillement, un peu comme nous pouvons réfléchir à un problème personnel, pour mieux saisir notre propre histoire... et appréhender ses utilisations mémorielles aujourd'hui.

Champs Histoire, Paris, 2016, 308 pages, 10,- euros.

ISBN : 978-2-0813-9299-1.

Mémoire, histoire et présent...
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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