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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 06:00

Alésia

52 avant J.-C.

Yann Le Bohec

Grand spécialiste, internationalement reconnu, d'histoire militaire romaine et auteur de près d'une vingtaine d'ouvrages, dont récemment (ré)édités l'Histoire militaire des guerres puniques (ici), César chef de guerre (ici) et Spartacus chef de guerre (ici), Yann Le Bohec a publié en 2012 cette étude très solide désormais disponible en format poche.

L'auteur remet longuement en contexte la guerre des Gaules en soulignant la volonté de César d'obtenir un succès utile au plan politique intérieur, présente les profondes divisions entre les peuples gaulois et résume le déroulement des opérations avant Alésia, entre - 57 et - 53 av. J.-C. L'essentiel du livre, à partir de la page 59, est donc consacré à la campagne de - 52 et à la bataille d'Alésia elle-même. Yann Le Bohec revient sur la polémique relative à la localisation du site pour conclure : "En conclusion et en bonne méthode, il vaut mieux suivre pour l'instant et jusqu'à preuve du contraire l'avis de la majorité des chercheurs : l'Alésia de la guerre des Gaules correspond à Alise-Sainte-Reine, qui se trouve dans la Côte-d'Or, en Bourgogne". Il établit une comparaison intéressante (quoiqu'assez classique) entre les deux chefs, César et Vercingétorix, et les deux armées, légions romaines et leurs alliés d'une part, coalition gauloise d'autre part, qui ne tient véritablement que par la personne de son chef. Il traite bien sûr longuement de  "l'art de la guerre de siège", la poliorcétique, romaine à Alésia et surtout détaille (ce que de nombreux lecteurs apprendront sans doute) les quatre batailles distinctes qui scandent en fait l'histoire générale du siège. Mettant en relief le rôle essentiel même s'il fut trop tardif de Vercingétorix (et nous ne sommes pas là dans le "roman national"), contraint de se rendre après l'ultime échec de l'armée de secours, Yann Le Bohec le rappelle en conclusion : "Après la défaite de Vercingétorix devant César à Alésia, la Gaule se romanisa peu à peu, la Gaule celtique devint la Gaule romaine. Et c'est ainsi que la Gaule donna naissance à la France".

Un petit volume indispensable.

'Texto', Paris, 2016, 222 pages. 8,50 euros.

ISBN : 979-10-210-2113-6.

Alesia, c'est où ?
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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 06:00

Principes et idéologie dominante

NRH - n° 86

Ce numéro de septembre-octobre consacre son dossier central aux racines de l'idéologie dominante aux Etats-Unis, à travers une dizaine d'articles qui s'intéressent surtout à la fin du XVIIIe et au XIXe s., sur les plans juridiques, confessionnels et culturels. Cette forme de "messianisme" faisant des USA une nation choisie par Dieu pour établir la (une forme de) paix dans le monde reste un élément prégnant du discours politique étasunien et (ne serait-ce que pour ses conséquences internationales) mérite que l'on s'y arrête (on remarque également l'intéressant article sur la population américaine d'origine allemande et son immigration au XIXe s.). Parmi les autres articles, je signe un texte sur le maréchal Gallieni, en particulier dans ses rapports au politique, on apprécie un bon texte sur Blaise de Montluc, gentilhomme catholique gascon au début des guerres de religion, et une intéressante présentation de la bataille d'Hastings en 1066.

Exception américaine
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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 06:00

Les Allemands en guerre en Italie

2e Guerre Mondiale - n° 67

Ce numéro de rentrée est presque un numéro thématique, puisqu'une grande partie de la pagination est consacrée à l'Italie, et en particulier à l'armée allemande sur le territoire italien à partir de 1943 : la Wehrmacht autour de Monte Cassino, les combats de la 26e Panzer Division et les combats défensifs des parachutistes allemands. On peut ajouter à cette thématique générale un portrait (peu flatteur) du maréchal Graziani. Parmi les autres sujets traités, une présentation des membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU en 1945, une double page sur les moyens britanniques lancés contre le Tirpitz et un texte sur l'action coordonnées entre les Alliés et la Résistance.

Deuxième guerre mondiale en Italie
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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 06:00

Cambronne

La légende de Waterloo

Stéphane Calvet

Désormais bien connu pour ses travaux sur les guerres de la Révolution et de l'Empire (voir son récent Leipzig, la guerre des peuples ici), Stéphane Calvet nous fait découvrir un personnage entré dans l'histoire de France et dans le langage courant pour une journée, une formule et un mot.

Si la formule "La Garde meurt mais ne se rend pas" est très probablement apocryphe, comme le reconnaît lui-même plus tard le général, son nom reste attaché à celui de la bataille de Waterloo et à ces derniers carrés de la Garde impériale résistant sous les assauts anglo-allemands. Mais il serait dommage de limiter notre connaissance du personnage à ce seul bref épisode et l'auteur retrace en huit chapitres l'ensemble de sa vie et de sa mémoire, d'une jeunesse nantaise au développement de la légende : "Cet ouvrage a pour ambition de proposer un regard novateur sur un officier impérial dont le souci principal a été, après Waterloo, de retrouver une vie paisible, loin des champs de bataille et des préoccupations politiques". Engagé dans les armées de la République au 1er bataillon de volontaires de Nantes en 1791, le futur général Cambronne est à Jemmapes avant de participer aux guerres de Vendée avec les colonnes républicaines. Il est capitaine à 25 ans après avoir été aux côtés de Hoche à Quiberon : il "monte dans la hiérarchie militaire grâce à son courage et à sa bravoure au feu". Comme bien d'autres officiers de l'empire, il a aussi, sa vie durant, la réputation d'être buveur (voire ivrogne), souvent indiscipliné, peu éduqué et grossier, "du sang bouillant et la tête chaude". Il sert ensuite longuement entre les Flandres et les Pays-Bas, puis en Suisse contre les Russes de Souvarov : "A la prise de Zurich, le capitaine Cambronne enleva à la baïonnette avec sa compagnie deux pièces de canon ... Il prit sur lui cette manoeuvre qu'il exécuta avec une telle vivacité qu'il empêcha les canonniers de faire une seconde décharge". Un chef intrépide et capable d'initiatives au combat, que l'on retrouve à Hohenlinden, puis sur les principaux champs de bataille "au rythme des victoires de la Grande armée", comme commandant à Iéna ("Suivez-moi ou bien j'irai me faire tuer tout seul là-haut ! aurait-il crié à ses hommes), mais cette bravoure cache peut-être de grandes faiblesses d'instruction militaire, comme pourrait le laisser penser son rôle lors de la meurtrière bataille de Pultusk en décembre 1806. Cependant, "colonel, colonel-major, puis général de la Garde impériale", Cambronne "cumule les promotions et les récompenses" jusqu'en 1814. On sait peu que lors de la première abdication, il suit Napoléon à l'île d'Elbe, à la tête du bataillon de 600 hommes que les coalisés vainqueurs concèdent à l'empereur déchu. Malgré son style de commandement brutal et ses méthodes parfois violentes, Napoléon lui conserve sa confiance, car "il sait depuis longtemps qu'il aura besoin d'un vrai meneur d'hommes lorsque la conjoncture lui sera favorable". A la tête de l'avant-garde avec quelques dizaines de soldats lors du débarquement qui prélude aux Cent Jours, il est un acteur essentiel du succès du "vol de l'aigle" jusqu'à Grenoble. Cela lui vaut de devenir comte d'empire, grand officier de la Légion d'honneur, pair de France et général de division. Blessé à Waterloo, brièvement prisonnier, il se rallie à Louis XVIII, "mais les apparences sont trompeuses car il est aussi un homme usé et couvert de blessures qui entend jouïr de ses titres acquis au prix de son courage et de son sang".

Une biographie passionnante qui mérite d'être connue de tous les amateurs.

Vendémiaire, Paris, 2016, 285 pages, 21,- euros.

ISBN : 978-2-36358-241-6.

Cambronne, avant et après Waterloo
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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 06:00

Histoire de la Russie

D'Ivan le Terrible à Nicolas II

1547-1917

Pierre Gonneau

Auteur de plusieurs ouvrages sur la culture russe et l'histoire des premiers tsars (dont un récent Ivan le Terrible, ici), Pierre Gonneau nous propose ici une histoire assez classique de l'empire des tsars, du milieu du XVIe siècle à la Grande Guerre, chronologiquement, règne par règne, mais surtout il y intègre des éléments de réflexion dans le temps long sur le peuple et l'âme russe.

Il organise son propos en quatre grandes parties, "Les premiers tsars (1547-1613)", "Les Romanov à Moscou. L'âge d'or de la monarchie traditionnelle ? (1613-1689)", "La Russie de Pierre (1689-1796)", et "La Russie tsariste (1796-1917)", qui dressent une vaste fresque de "quatre siècles d'autocratie impériale" qui "ont forcément marqué en profondeur la vie du pays, les hautes sphères politiques et sociales, mais également les représentations populaires, les mentalités". Les évolutions récentes et en cours en Russie ne contredisent pas cette opinion. Si, selon le vieux dicton "Dieu est haut et le tsar est loin", cette histoire est intimement liée à la religion orthodoxe, une sorte d'héritage de l'empire romain d'Orient aussi bien dans les ambitions politiques extérieures que dans les jeux politiques intérieurs et dans les rituels de cour, réalité toujours perceptible d'Ivan le Terrible à Nicolas II. Ne revenons pas ici sur le détail de chaque règne, mais des périodes moins connues sont mises en lumière : le tsar Boris Godounov, élu en 1598, le pénible interrègne du vrai et des faux Dimitri, face aux Polonais, aux Lituaniens, mais aussi aux Tatars et bientôt aux Suédois. Car tout en dressant la biographie de chaque souverain, Pierre Gonneau cherche à identifier les fondamentaux du gouvernement de la Russie et de l'âme du peuple. Une forme de culte maladif du secret et une sorte de paranoïa à l'égard des étrangers constituraient semble-t-il, avec les manoeuvres de palais lors des successions très souvent difficiles, un quasi "fil rouge" dans l'histoire du pays. Pierre le Grand et Saint-Petersbourg, Catherine II qui en 1762 "endosse l'uniforme de la Garde, mobilise des troupes et fait arrêter son mari", Nicolas Ier "ou le tsarisme à son zénith", Alexandre II pris dans la seconde moitié du XIXe siècle "entre réforme et terrorisme", Nicolas II qui "se définit lors du recensement de 1897 comme 'propriétaire terrien, maître du pays russe', une sorte de gentleman-farmer à l'échelle d'un continent". L'auteur revient à plusieurs reprises jusqu'à la fin de sa conclusion sur cette forme particulière de l'organisation des pouvoirs ("Orthodoxie, autocratie, génie national, autrement dit : l'Eglise, le monarque et le peuple ne font qu'un") et dresse un bilan en demi-teinte de plus de trois siècles d'histoire : "Puissance pauvre, colonialiste et colonisée, à la fois en retard et en avance sur l'histoire, stagnant dans un mouvement perpétuel, empruntant à fonds perdus à l'Occident détesté pour constituer l'idée russe".

Bien plus qu'une simple histoire des Romanov ou une succession de biographies impériales. L'ensemble est complété par une demi-douzaine de cartes, une chronologie générale, une généalogie des Romanov, une bibliographie et des index, ce qui fait à la fois du volume un outil de connaissance générale et une aide pour aller plus loin.

Tallandier, Paris, 2016, 542 pages. 24,90 euros.

ISBN : 979-10-210-2031-3.

Empire des Tsars
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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 06:00

La conquête de l'Algérie

La dernière campagne d'Abd el-Kader

Jacques Frémeaux

Grand spécialiste de l'empire colonial et de l'Afrique du Nord en particulier, Jacques Frémeaux nous propose une étude extrêmement fouillée sur le dernier épisode de la période Bugeaud / Abd el-Kader au milieu des années 1840.

En plus de quarante brefs chapitres, il nous entraîne de l'Algérie militaire du début des années 1840 à la mémoire conservée des combats de Sidi Brahim et au souvenir d'Abd el-Kader. Avec un texte littéralement ciselé, aux très nombreuses références d'archives et de témoignages des acteurs, ponctuellement agrémenté (dans les premiers chapitres) de tableaux récapitulatifs, Jacques Frémeaux nous offre ici un véritable ouvrage de synthèse et de référence. Il abord bien sûr les questions strictement militaires, la conduite des opérations, mais aussi les aspects politiques, diplomatiques, régionaux (en lien avec la question marocaine), la question des tribus et de leurs allégeances parfois variables, sans oublier les questions coloniales à proprement parler (émigration européenne), les difficultés économiques de la jeune colonie, ni les aspects sociaux pour les musulmans, les colons et les militaires. Il revient également sur la proposition de Bugeaud, combattue en métropole et restée sans suite, d'établissement de camps militaires pour établir les (anciens) soldats sur le territoire. Bref, un texte extrêmement riche, au fil duquel on croise aussi bien les grandes figures de la période comme le général Yusuf (très coplet index final) que des acteurs beaucoup moins connus, officiers et soldats en particulier.

Une dizaine de pages de sources et bibliographie et quelques cartes complètent le texte. Un ouvrage indispensable pour quiconque s'intéresse à la conquête coloniale et aux premiers temps de la colonisation en Algérie.

CNRS Editions, Paris, 2016, 330 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-271-08597-9.

Algérie coloniale
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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 06:00

Boué de Lapeyrère

1852-1924

L'amiralissime gascon

Jean-Philippe Zanco

Remarqué et apprécié lors de la parution en 2012 de l'excellent Dictionnaire des ministres de la Marine dont il avait assuré la direction (ici), Jean-Philippe Zanco nous propose aujourd'hui une excellent biographie de l'un des grands amiraux de la IIIe République, aujourd'hui bien oublié de la plupart, Boué de Lapeyrère.

Le premier mérite du livre est de revenir longuement, ainsi qu'il convient à une bonne biographie, sur les (longues) années qui précèdent les quelques périodes durant lesquelles de Lapeyrère accède à une certaine notoriété, à partir de son arrivée au ministère de la Marine en 1909. Sorti dernier de sa promotion de l'école navale après être entré dans la Marine presque sans l'avoir souhaité, ce qui ne semble pas le prédisposer à une telle carrière, il rejoint bientôt l'extrême-Orient et suit de son navire les premiers temps de la conquête de l'Annam et du Tonkin, enchaîne les voyages et les formations, puis rejoint la division navale des mers de Chine mais "n'est que le spectateur lointain des événements de 1883" jusqu'à sa participation en première ligne à l'attaque contre Fou-Tchéou, sous les ordres de l'amiral Courbet. Il se distingue à nouveau quelques temps plus tard, à Formose, en mars 1885, où il croise en particulier le jeune Joffre, avec lequel il restera ami. La progression de sa carrière est alors assez rapide et il alterne les postes de responsabilité, d'état-major et de commandement (il a par exemple comme aide de camp à Rochefort un certain Julien Viaud, dit Pierre Loti). Son peu de goût pour les tâches administratives est bien connu ("L'amiral de Lapeyrère n'a pas ouvert un bulletin officiel depuis qu'il est à Brest, ni, à plus forte raison, avant. Visiblement, il n'est heureux que sur l'eau"), mais tous lui reconnaissent d'éminentes qualités "d'homme de guerre". Cela ne l'empêche pas, en juillet 1909, de devenir ministre de la Marine (l'auteur souligne qu'il est originaire du Sud-ouest comme nombre de grands dirigeants radicaux). Son temps à la tête du ministère est marqué par l'impulsion d'un grand programme de rénovation de la marine de guerre, mais aussi par le scandale de "l'affaire des poudres" (poudre B, instable). L'amiral fait preuve d'une grande énergie et multiplie les initiatives tout en renforçant ses relations avec les milieux politiques. En 1911, il retrouve un commandement à la mer à la tête de la 1ère escadre de ligne puis de l'armée navale : "L'amiral de Lapeyrère remplit effectivement les fonctions d'amiralissime sans en avoir le titre". Il commande en chef en Méditerranée lorsque la Grande Guerre éclate et commence alors une période très difficile. Echec dans la tentative d'interception des croiseurs allemands Goeben et Breslau, difficultés à s'imposer comme commandant des forces navales alliées face aux Britanniques puis aux Italiens, manque de moyens, de personnel et frictions récurrentes avec le ministère, sans oublier la lassitude des subordonnés et le caractère peu visible de ses missions. Les difficultés récurrentes avec les Britanniques et le manque de succès dans les opérations se conjuguent avec les problèmes parisiens : le 15 octobre 1915, il quitte son navire-amiral, relevé de son commandement à sa demande. Les polémiques et les insatisfactions (échec aux élections sénatoriales) vont se succèder après la guerre jusqu'à son décès en 1924 et Jean-Philippe Zanco dresse honnêtement le bilan de sa carrière dans les derniers paragraphes, avec ses fautes et ses erreurs (en terme de doctrine navale en particulier) mais aussi ses qualités de chef. Lorsqu'il quitte son commandement en 1915, "l'Armée navale était prête pour un combat qui n'arriva jamais".

Une très intéressante biographie, avec ses aspects militaires, politiques et techniques (évolutions de la marine durant cette période), qui se lit avec plaisir.

Editions Gascogne, Orthez, 2016, 175 pages, 15,- euros.

ISBN : 978-2-36666-086-9.

Vidéo de présentation du livre par son auteur : ici.

Histoire navale
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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 06:00

La Bastille

Jean-Christian Petitfils

Auteur prolifique et reconnu en particulier sur la période de l'Ancien régime (Louis XIV-Louis XVI globalement)Jean-Christian Petitfils abandonne cette fois les biographies pour s'intéresser à l'histoire d'un bâtiment dont le nom est resté très présent dans nos mémoires, emblématique mais aujourd'hui disparu : le château-prison de la Bastille.

Avec brio, sur la base de nombreuses sources et d'une imposante bibliographie, il retrace ainsi l'histoire de ce haut lieu du pouvoir royal, dont la prise puis le démentèlement constituent l'un des temps forts de la Révolution. Construite pour l'essentiel au XIVe siècle, la Bastille ("Elle présentait l'aspect d'un parallélépipède allongé nord-sud, de 68 mètres de long sur 37 mètres de large, légèrement renflé en sa partie est et flanquée de huit tours massives, reliée par une courtine crénelée") est d'abord, successivement et à la fois, un dépôt d'armement et un des points essentiels (mais finalement peu efficace) de la défense du pouvoir dans une capitale bien agitée. En quinze chapitres chrono-thématiques, l'auteur nous rappelle ce que fut très concrètement la Bastille comme prison, dans son administration et son fonctionnement, jusque dans les détails de l'ameublement ou de la nourriture, dans la vie des prisonniers, hommes et femmes, (qui oscille entre liberté surveillée relativement confortable et mauvais traitements), et bien sûr retrace le parcours de quelques prisonniers. On y croise ainsi Fouquet, les empoisonneuses du Grand siècle et le Masque de fer, "dans une Bastille surchargée (100 prisonniers pour 42 chambres)". Comme quoi la surpopulation carcérale n'est pas une nouveauté ! Puisqu'il s'agit d'une prison, l'auteur consacré deux chapitres aux évasions ou tentatives d'évasion, qui sont relativement nombreuses, et peuvent parfois être assez cocasses. Enfin, bien sûr, la Bastille est aussi (d'abord ?) le symbole de l'absolutisme royal et des lettres de cachet, sur lesquelles l'auteur revient. Les trois derniers chapitres s'attachent ainsi à préciser ce que ces bâtiments représentent dans l'opinion pendant la royauté, au début de la Révolution (un chapitre consacré à sa prise) et dans notre mémoire collective enfin.

A travers l'histoire d'un lieu, un autre point de vue sur l'histoire politique et sociale de la France, essentiellement des XVIIe et XVIIIe siècles. De nombreuses anecdotes et une écriture alerte rendent l'ensemble facile et agréable à lire.

Tallandier, Paris, 2016, 397 pages. 22,90 euros.

ISBN : 979-10-210-2051-1.

Histoire d'un symbole
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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 06:00

Entreprendre et réussir

Histoire du 19e régiment du génie

Christophe Lafaye

L'émergence d'une "nouvelle génération" des albums régimentaires, que nous évoquions il y a quelques mois, se confirme avec ce beau volume consacré au 19e régiment du génie. Rédigé pour l'essentiel pour un jeune (mais déjà reconnu) historien, qui apporte à son texte toute la rigueur et la richesse de sa méthodologie, il nous transporte tout au long des 140 ans d'existence de ce régiment, de l'Afrique du Nord à la fin du XIXe siècle aux missions extérieures les plus récentes (la Guyane en 2015).

Préfacé par le général CEMAT, il nous permet non seulement de retrouver la quasi-totalité des campagnes des armées françaises durant cette période, mais aussi de s'y retrouver dans la "généalogie" souvent compliquée des unités du génie, entre les compagnies, bataillons et régiments plus ou moins spécialisés au plan technique ou localisés géographiquement et dont la succession dans le temps laisse parfois perplexe l'amateur. Divisé en huit parties chronologiques, il montre bien que le génie possède des caractéristiques tout-à-fait essentielles en terme de spécialités, indispensables aux autres armes, dans des domaines très divers, et très souvent acquises (individuellement et collectivement) sous le feu. Alternativement, des coups de projecteur sont donnés aux opérations mais aussi à la vie quotidienne, aux réorganisations mais aussi aux équipements.

Un bel album qui ravira tous les amateurs et sera d'une réelle utilité aux historiens.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2016, 175 pages, 35,- euros.

ISBN : 978-2-3644-5067-7.

Honneur aux sapeurs
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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 06:00

Le sarcasme du mal

Histoire de la cruauté de la Renaissance à nos jours

Frédéric Chauvaud, André Rauch et Myriam Tsikounas (Dir.)

La question de la "cruauté relative" de tel ou tel acte est en grande partie liée aux caractéristiques propres de chaque société en fonction de son temps, et telle action "normale" ici sera considérée là comme une intolérable violence. De ses formes à ses justifications éventuelles, des bourreaux aux victimes, c'est à un étrange voyage dans le temps et les concepts moraux que nous invitent les auteurs.

Les quelques vingt-cinq contributions sont organisées en trois grandes parties très différentes. La première, "La cruauté ordinaire", s'intéresse pour résumer aux crimes et délits : les violences  familiales et leurs représentations, mais aussi les rapports entre institueurs et élèves à la fin du XIXe s. (punitions corporelles), la maltraitance des animaux et la question quasi-existentielle de la "sensibilité" des végétaux : peut-on faire souffrir une plante ou un arbre ? La second, "Les éclats de la passion", veut élargir la focale aux événements collectifs ou aux usages fréquents. Du marquage des vagabonds en Angleterre aux violences confessionnelles des guerres de religion et pour la période plus récente les représentations photographiques pendant la Grande Guerre ainsi que la question du retour dans leurs foyers d'hommes profondément traumatisés. La troisième enfin, "Exquise cruauté", aborde les aspects "artistiques" et "esthétiques" (sans jeu de mots, j'ai du mal à adhérer...), à travers la littérature, les musées, la presse, le cinéma ou la télévision. Certaines phrases peuvent faire (au moins rétrospectivement) froid dans le dos et l'on s'étonne presque d'être "normal" : "Faire souffrir un autre n'apporte aucune jouïssance. Suis-je normal docteur ?". Enfin, je n'adhère pas non plus à cet espèce de "détachement" qui fait considérer toute chose comme un objet d'étude, qui fait relativiser n'importe quel comportement, et éventuellement considérer que la prison à perpétuité puisse être une cruauté inacceptable (au fait, quid des victimes ?).

Un volume étonnant, décapant, qui rappelle que l'âme humaine peut être aussi sombre (plus souvent ?) qu'elle peut être belle. Qui montre bien aussi, paradoxalement peut-être, l'importance (l'utilité) des normes sociales et des règles de vie collective : les "dérapages" peuvent être brutaux et violents... A lire parfois au deuxième degré pour rendre certains propos assimilables.

Presses universitaires de Rennes, 2016, 365 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-7535-4909-8.

Violences et cruautés
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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