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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 06:25

L'Orchestre noir

Enquête sur les réseaux néo-facistes

Frédéric Laurent

Cette réédition à partir d’un texte pour l’essentiel publié en 1978 entre désormais dans la catégorie des livres d’histoire, puisque l’ouvrage s’intéresse désormais à des événements vieux d’une trentaine ou d’une quarantaine d’années. Mais il y entre avec les faiblesses d’un livre rédigé à une époque où les travaux sur le sujet tenaient plus de l’investigation journalistique que de la recherche historique. Comme le précise en première page du livre une note liminaire, certains aspects paraissent effectivement datés.

L’ouvrage s’intéresse à la nébuleuse des extrémistes les plus radicaux de l’extrême-droite européenne, de la fin de la Seconde guerre mondiale à la stratégie de tension dans l’Italie des années 1970. La première partie (« De la guerre à la guerre froide ») est consacrée en quelque sorte au passage de témoin entre les dirigeants de la génération compromise dans la guerre et les « petits gradés » du fascisme ou les plus jeunes rapidement repérés par les services occidentaux (américains en particulier) et réutilisés au nom de l’anticommunisme. La seconde traite des conséquences des guerres perdues de décolonisation auprès de quelques militaires de différents grades (et civils), dont l’OAS et ses réseaux dans la péninsule hispanique constituent l’exemple mis en avant. Les deux suivantes (« Aginter-Presse : les mercenaires de l’ordre nouveau » et « Italie : le coup d’Etat permanent ») se focalisent sur la structuration de ces réseaux au plan international et leurs actions, en Afrique et en Amérique latine en particulier. Il insiste longuement sur les attentats qui ensanglantent la péninsule italienne et le peu de résultat des enquêtes conduites. La dernière enfin (« L’Orchestre noir : service ‘action’ de la droite à travers le monde »), commence avec une présentation de la Ligue anticommuniste mondiale, et se poursuit avec l’évocation d’agences espagnoles ou portugaises inévitablement liées aux mercenaires en Afrique et à des groupuscules plus ou moins sulfureux. La postface, rédigée en 2013, consiste en fait en une présentation actualisée des suites données aux enquêtes italiennes sur les attentats de la période des ‘années de plomb’ : « Etrange justice italienne trop souvent désarmée devant le sens profond de ces tueries et bien peu curieuse d’en connaître les mandants ». Au fil des pages, la CIA est presque constamment présente, les réseaux type ‘Gladio’ fréquemment évoqués, aussi bien que l’OTAN, le SID italien ou le PIDE portugais, voire la DGSE.

Finalement, qu’en reste-t-il ? Le sentiment d’un complot permanent de ces milieux et de ces organisations contre les régimes démocratiques, l’absence d’hésitation devant le recours à une violence aveugle ; mais aussi l’étonnant amateurisme de la plupart des acteurs, le fait qu’ils soient pour la plupart manipulés et l’impression diffuse d’une volonté militante de l’auteur qui fait passer quelques pieds-nickelés pour des comploteurs dangereux à l'échelle planétaire (incidents mineurs grossis et mis au même niveau que de graves attentats, rencontres ponctuelles qui « pourraient » être systématiques, etc.). Alors que penser du livre ? Il est certes à lire car, sur cette époque d’attirance relative de certains militants pour la « lutte armée contre le système »,  les informations restent peu nombreuses et contradictoires. Il est aussi à connaitre parce qu’il rassemble de multiples informations sur la période. Mais il est indiscutablement à utiliser avec précaution et à citer avec mesure, car, sans confirmation ou analyse critique, certains propos traduisent de rapides raccourcis ou des présentations parfois abusives (que diable la CDU/CSU bavaroise vient-elle faire dans cette galère ?). Utile pour mieux comprendre quelques organisations européennes d’extrême-droite radicale, envisager les liens qui ont pu exister entre elles (ou plutôt entre leurs dirigeants) et s’intéresser à leurs objectifs politiques, revendiqués ou non. Sans toutefois oublier que ces groupes, quasiment disparus avec la fin de la guerre froide, sont restés minuscules n’ont jamais regroupé que quelques dizaines ou centaines de militants, et que tous leurs projets se sont finalement soldés par des échecs, même meurtriers. Les régimes républicains et parlementaires sont restés debout et leurs gouvernements, en quelques années, ont fait disparaitre cette menace. Est-ce à dire que la marionnette présentée n’était finalement peut-être pas aussi dangereuse ? Il reviendra aux historiens d’écrire la fin de l’histoire.

Nouveau Monde éditions, Paris, 2013 (rééd.), 416 pages, 22 euros.
ISBN : 978-2-36583-849-8.

Stratégie de tension
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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 06:20

Le cap est franchi :

Plus de 200 livres chroniqués sur la Première Guerre mondiale

Depuis L'envers des parades. Le commandement allemand 1914-1918 en janvier 2012, jusqu'à Françaises en guerre, 1914-1918 (sur cette page), nous avons chroniqué plus de 200 ouvrages sur la Grande Guerre, produits par des maisons d'édition très diverses, sous la signature de presque autant d'auteurs. N'hésitez pas à rechercher, dans la liste thématique en colonne de droite, sous l'intitulé "Première Guerre mondiale", les livres qui peuvent vous intéresser ou correspondre à vos travaux et à vos centres d'intérêt. Ils sont encore tous disponibles chez votre libraire préféré.

Bonnes lectures sur le thème de la Grande Guerre !

 

Plus de 200 titres !Plus de 200 titres !Plus de 200 titres !
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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 06:30

1914-1918

L'encyclopédie de la Grande Guerre

R. G. Grant (Dir.)

Du classique, du style, de l'efficacité anglo-saxonne.

Ce très bel album grand format, richement llustré et bien cartographié, présente les avantages et les inconvénients de ce type de production : un coup d'oeil complet sur la quasi-totalité des questions et sujets, mais des chapitres nécessairement brefs dont le texte est parfois extrêmement limité. On apprécie en tout état de cause l'esprit de synthèse des rédacteurs qui présentent toutes les problématiques, de la situation en Europe avant la guerre aux conséquences du traité de Versailles. Chaque chapitre chronologique ou thématique est accompagné de détails ou d'encarts qui précisent, illustrent et complètent le texte courant. D'une présentation des "Ecrivains et la guerre" à celle de "L'équipement des troupes d'assaut", du "Nationalisme slave" à la "Grande révolte arabe", du "Génocide arménien" au "Dogger Bank", des "Armées Kitchener" aux "Mutineries", tout y est, même de façon très résumée.

Un très beau et un très bon volume, une initiation complète, qui peut faire une excellente idée de cadeau pour tous les âges à l'occasion des fêtes de fin d'année.

Flammarion, Paris, 2013, 360 pages, 32 euros.

ISBN : 978-2-0812-9993-1

Pour toute la famille
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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 06:30

14 - 18 La victoire en chantant

Histoire de la Grande Guerre au travers des chansons de l'époque

Pascal Wion

"Point d'épopée chevaleresque sans chanson de geste". A partir de ce constat, l'auteur nous propose une étonnante et bien agréable promenade musicale, car la période donne lieu à "une énorme production de chansons d'actualité qui sont autant de précieux témoignages historiques".

Dans une progression chronologique parfois surprenante ("Retraite faubourienne", ou "Les trois couleurs" en 1912), Pascal Wion nous présente successivement les chansons "à la mode", de la Revanche, de la fin du XIXe au début du XXe siècle, celles qui célèbrent l'alliance franco-russe, qui pleurent l'Alsace-Lorraine ou qui évoquent les différents belligérants (La "Marche anti-Boche" de 1915), mais aussi les combats, les matériels, les Poilus eux-mêmes et leur vie quotidienne, parfois rêvée à l'avant ou fantasmée à l'arrière. L'humour recherché n'est pas toujours au rendez-vous ("Puisque Joffre on m'a nommé, il faut bien qu'Joffre la tournée" !) et la peine le dispute souvent à l'espoir et à l'amour. Il y a aussi ce "Serment des aviateurs" en hommage à Guynemer et l'inévitable "Chanson de Craonne", à laquelle font écho d'autres chansons antimilitaristes souvent anonymes. L'entrée en guerre des Américains en 1917, les bombardements de Paris en 1918, l'armistice bien sûr sont autant d'occasions pour les paroliers et les chansonniers de lancer de nouvelles ritournelles, qui parfois connaissent plus que des succès d'estime. Entre propagande et protestation populaire, ces chants témoignent d'une époque, qu'ils rythment et  accompagnent.

Et si l'on chante pendant la guerre "Notre petit Soixante-Quinze, / Un bijou plein de valeur", en 1918 c'est : "Ils sont vaincus, ces Allemands cyniques". Et finalement "Nos enfants, dans un avenir proche / De Poincaré ignoreront le nom, / Ils oublierons p't-être aussi les Boches... / Mais connaîtront tous Madelon" ! Un livre qui intéressera indibitablement tous les amateurs d'histoire et de culture populaire. 

Editions Imago, Paris, 2013, 308 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-84952-674-3

Et c'est tellement plus mignon ...
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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 06:25

Essai sur la guerre des partisans

Denis Davidoff

C'est au catalogue d'une petite maison qu'il faut chercher l'heureuse réédition de ce classique de la "petite guerre", assez fréquemment cité mais rarement lu;

A partir de son expérience personnelle de commandant d'un corps de cavaliers semi-réguliers pendant la campagne de Russie contre les Français en 1812 (il était alors colonel des hussards), le général Davidoff a rédigé cet essai, dont l'édition russe de 1821 est traduite en français en 1841. Il donne de la "petite guerre", qui selon lui exige de privilégier les forces légères et très mobiles, cette définition : "La guerre de partisans consiste à occuper tout l'espace qui sépare cet ennemi de sa base d'opérations, couper ses lignes de communications, anéantir tous les détachements et convois qui cherchent à la rejoindre, le livrer aux coups de l'ennemi, sans vivres, sans cartouches, et lui barrer en même temps le chemin de la retraite. Voilà la guerre de partisans dans toute l'acception du mot".

Cet essai est présenté avec l'avant-propos du général de Brack, repris de l'édition française originale. Il est ensuite divisé en trois parties principales. La première, plutôt historique, présente les développements des opérations de "petite guerre" dans le passé récent (à l'époque), entre 1618 et 1809, en Allemagne, en Hongrie et en Espagne, puis l'expérience de la Russie en 1812. La seconde, met en relief les principes de la conduite de la guerre des partisans et de l'emploi des forces irrégulières, en insistant sur le rôle du chef et la conduite de ses opérations, à partir de l'expérience personnelle de l'auteur. La troisième partie enfin s'intéresse à l'ennemi et à la protection qu'il faut assurer de ses propres voies de communication et magasins dans l'hypothèse de "ripostes" ou de "contre-attaques" selon les mêmes règles. Passant alternativement du très concret à la réflexion plus élevée, l'ouvrage fait (re)découvrir des principes essentiels, qui conservent souvent toute leur pertinence. Les aller(retour entre expérience vécue et enseignements ultérieurement mûris sont à cet égard intéressants. Le tout est accompagné de croquis et cartes de la main même du général Davidoff, repris de l'édition russe originale.

Un petit volume peu onéreux qui doit absolument figurer dans toute bibliothèque militaire bien tenue et qui passionnera aussi bien les amateurs des campagnes du Premier empire que ceux qui, aujourd'hui, s'intéressent aux principes de la contre-insurrection.

Editions Astrée, Paris, 2012, 136 pages, 16 euros.

ISBN : 979-10-91815-00-0

Sur la "petite guerre"
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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 06:25

Le génie au combat

Indochine, 1945-1956

Ivan Cadeau

Attention : très bon ouvrage !

A partir de sa thèse, soutenue en 2010, Ivan Cadeau nous propose une étude qui, à travers le prisme particulier de l'étude d'une arme (le génie), permet de redécouvrir une grande partie des réalités de la guerre d'Indochine.

Bien sûr, parachutistes, coloniaux et légionnaires tiennent le haut du pavé dans la mémoire populaire. Mais sur toutes les pistes, sur tous les cours d'eau, dans le moindre poste, les hommes du génie ont été à l'oeuvre, de la pointe méridionale de Cochinchine à la frontière de la Chine au nord et du Tonkin. Or (comme pour d'autres également moins prestigieux), cet investissement quotidien jusqu'au sacrifice a été oublié. Sans fioriture, sans cacher les réalités, les déficits et les faiblesses, Ivan Cadeau traite successivement du génie comme "arme politico-militaire de la souveraineté française" (car rétablir la libre circulation sur les voies de communication était une véritable mission politique), puis aborde la question de "La participation du génie à la politique militaire de pacification" avec la création de nombreuses unités spécialisées et une adaptation permanente aux contraintes de la guerre en surface, en dépit d'un manque chronique de matériels et de matières premières adaptées. Les officiers du génie et les sapeurs seront gestionnaires, chefs de chantier, forestiers, aussi bien que chefs de section et combattants. Les années 1951-1952 sont marquées par la montée en puissance progressive de l'aide matérielle américaine, mais aussi par la naissance et le développement du génie dans les nouvelles armées nationales des Etats associés, pour lesquelles il pose franchement la question : "Renfort ou affaiblissement du corps expéditionnaire ?" et apporte une réponse mesurée, en rappelant leurs forces et leurs faiblesses. La quatrième et dernière partie est consacrée à "La perte de la liberté d'action du corps expéditionnaire et le rôle du génie dans l'évacuation de l'Indochine" jusqu'en 1956, car la guerre ne se termine pas au soir de la capitultion de Dien Bien Phu. Au fil des pages, sont envisagées les missions, les hommes, les matériels, les évolutions, la débrouillardise des uns et les initiatives des autres. La question du manque de formation des premiers et de l'inadaptation fréquente des secondes est d'ailleurs récurrente tout au long de l'ouvrage et pourrait sans doute être déclinée pour de nombreuses autres armes.

Les cinquante dernières pages présentent un point presque exhaustif de l'état des sources et de la bibliographie, ainsi que deux index (lieux et persones) très complets. On l'a compris, voilà une étude indispensable pour qui souhaite s'intéresser à la guerre d'Indochine dans ses différentes composantes et sous ses différentes formes. Un livre qui remet justement à l'honneur l'arme de la construction et de la destruction, celle de l'aide à la mobilité mais aussi à la contre-mobilité. Celle de la défense aussi bien que de l'offensive. Une arme qui, plus encore que ses consoeurs, a toujours été en sous-effectif par rapport aux besoins.

Service Historique de la Défense, Vincennes, 2013, 508 pages, 26 euros.

ISBN : 978-2-11-129054-9

Pour commander le livre : ici

Le génie du CEFEO
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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 06:20

La première guerre de Charles de Gaulle, 1914-1918

Frédérique Neau-Dufour

Agrégée et docteur en histoire, Frédérique Neau-Dufour a été en charge de la Boisserie et responsable de la mise en place à Colombey-les-deux-Eglises du Mémorial de Gaulle. Déjà auteure de plusieurs ouvrages sur cette famille et ses femmes en particulier, elle était toute désignée pour rédiger cette "tranche de biographie, car "la Première Guerre mondiale demeurait un sujet marginal dans l'ensemble des études gaulliennes".

A partir de nombreuses sources encore inexploitées, en particulier des correspondances et archives familiales mais aussi les archives des camps de prisonniers où le capitaine de Gaulle fut détenu, elle retrave l'ensemble de son parcours pendant la Grande Guerre. Ce récit nous entraine de la 12e compagnie du 33e RI sur la Meuse en août 1914 à la Pologne de 1920, où une puissante mission militaire française contribue au "miracle de la Vistule". A partir des correspondances évoquées ci-dessus, du JMO de l'unité, du carnet personnel du lieutenant puis capitaine de Gaulle, elle traite dans le détail des opérations de 1914 et de 1915 auxqueles participe le futur chef de la France Libre, mais avec les limites inhérentes à cette vision "par le bas" : aussi prémonitoires que puissent être ses réflexions, un jeune lieutenant est relativement mal placé pour élaborer une théorie de la guerre à l'échelon d'un théâtre d'opérations (même de Gaulle).. Certaines observations d'un jour ne sont plus valables la semaine suivante, tandis que d'autres se révèleront pertinentes. C'est le lot commun de très nombreux carnets et journaux personnels. En fait, comme beaucoup de ses contemporains, de Gaulle reproche à Joffre de ne pas lancer d'offensive plus puissante encore et imagine que le but de la France serait "de rejoindre les troupes russes à travers l'Allemagne"... Sa prise de conscience de la guerre de position, le 15 novembre 1914, n'a rien de particulièrement précoce ou original par rapport à beaucoup d'autres officiers et généraux. Après Mesnil-les-Hurlus en 1915, déjà blessé deux fois au feu, il arrive en 1916 dans le secteur de Verdun. Frédérique Neau-Dufour signale à très juste titre les réserves qu'il faut prendre avec les critiques des anti-gaullistes forcenés relatives à cet épisode et rappelle la nécessité de croiser les sources et témoignages. Elle nous présente aussi un de Gaulle ignoré, qui "sait se montrer de bonne compagnie avec ses camarades", "bon vivant, sociable, sachant s'amuser", loin de l'image austère et parfois glaciale du futur chef de corps à Metz par exemple. L'épisode de Verdun fait bien sûr l'objet de deux chapitres (8 et 9) en tant que tels, qui décrivent par le menu les circonstances dans lesquelles il est fait prisonnier. A nouveau, elle n'hésite pas à confronter les sources et donne des combats une présentation tout-à-fait crédible. La deuxième grande partie de l'ouvrage, à partir de la page 201, s'attache donc à l'expérience vécue dans les camps de prisonniers, aux tentatives successives et infructueuses d'évasion, au régime de détention (de plus en plus contraignant) et aux personnages qu'il croise, aux activités des officiers prisonniers (dont le tennis et l'escrime) et aux longues heures de lecture ainsi qu'aux exposés et conférences qu'il prépare pour ses camarades. Constatons néanmoins que lorsque, en 1915, "de Gaulle énonce une loi, celle de l'économie des forces", il n'y a toujours pas, là, quoi que ce soit d'original et que cette référence est non seulement admise mais prônée par la quesi-totalité des chefs militaires et des officiers. L'ouvrage se termine sur sa libération et une rapide évocation de sa participation à la mission militaire française en Pologne, annonciatrice d'une "guerre de trente ans" souvent évoquée depuis.

Un bel ensemble de notes et références, une chronologie, quelques cartes, une solide bibliographie et un index terminent ce volume tout-à-fait intéressant. L'auteure est visiblement en empathie avec son sujet, mais elle livre ici un ouvrage particulièrement passionnant qui replace la vie du fondateur de la Ve République dans son temps long, décrit une page très peu connue et fait prendre conscience d'un certain nombre d'éléments très marquants. Un livre à lire

Tallandier, Paris, 2013, 379 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0373-6.

Débuts de carrière d'un officier subalterne
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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 06:25

Pouvoir civil, pouvoir militaire en Allemagne

Aspects politiques, sociaux et culturels

Corinne Defrance, François Knopper et Anne-Marie Saint-Gille (Dir.)

Il faut vraiment se tenir au courant de ce qui est publié par les différentes Presses universitaires, dont la qualité des nouveautés est souvent de premier ordre. Avec ce volume collectif, les Presses du Septentrion (Lille) nous en apportent une nouvelle preuve.

En treize articles organisés chronologiquement, les auteurs nous entrainent ainsi des relations entre "Pouvoir militaire et pouvoir civil dans les colonies allemandes entre 1884 et 1918" à la "Place du citoyen en uniforme" dans la nouvelle Allemagne réunifiée. Les angles d'approche choisis intègrent les notions de droit (constitutionnel), de sociologie, d'économie, d'analyse culturelle et, par l'originalité de nombreux sujets, apportent une véritable plus-value à la connaissance de cette thématique, souvent évoquée mais rarement argumentée.

Il ne faut pas s'attendre à une "histoire militaire allemande" stricto sensu, mais conformément au titre de l'ouvrage à des études sur les relations politico-militaires et à la place de l'armée (des armées) dans la société. Parmi les articles les plus originaux, on note celui d'Eckard Michels sur "Pouvoir militaire et pouvoir civil dans les colonies allemandes entre 1884 et 1918", celui de Horst Möller sur "Quel fut le rôle de la Reicswehr dans l'effondrement de la République de Weimar ?" et, pour une période plus récente celui d'Ulrich Pfeil sur "La militarisation de la société est-allemande après 1945", ou les différents textes (Ruth Lambertz, Florence Delporte et Reiner Marcowitz) qui étudient la question entre l'Etat oues-allemend et la Bundeswehr. On apprécie la qualité de toutes les références et la finesse de nombreuses observations, qui relativisent un certain nombre d'idées reçues. L'ouvrage se termine par quelques considérations sur la nouvelle armée "de métier" de l'Allemagne réunifiée, avec lesquelles nous ne pouvons pas être toujours d'accord car elles relèvent davantage de la "philosophie politique" que de la réalité des forces armées allemandes. Mais cette réserve finale n'enlève rien à la qualité d'un ouvrage qui, dans le temps long, analyse en profondeur une relation souvent ambigüe.

Un petit livre collectif à connaître et à réfléchir.

Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2013, 233 pages, 26 euros.
ISBN : 978-2-7574-0587-1

Analyse dans le temps long
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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 06:30

Le Japon militaire

Jean-José Ségéric

Au-delà de ce que peut laisser penser le titre, l'ouvrage est essentiellement consacré à l'histoire militaire du Japon depuis l'ère Meiji, comme s'en explique l'auteur en introduction  : " Par Japon militaire, nous entendons l'histoire militaire du Japon hors de ses frontières ; cette histoire est brève, dévorante, parfois insensée et paroxystique, souvent glorieuse, à plusieurs égards elle est singulière, elle est une clé de la compréhension du Japon actuel et elle pèse sur son futur".

Après une rapide première partie qui revient sur la place de la tradition guerrière dans l'histoire du Japon ancien, Jean-José Ségéric décortique littéralement la deuxième moitié du XIXe siècle ("Ere Meiji, 1868-1912", "La guerre sino-japonaise de 1894-1895") et le début du XXe ("La guerre russo-japonaise de 1904-1905" -Port-Arthur, Moukden, Tsushima, question de la Corée- et "L'ère Taisho, 1912-1925"), avant de consacrer de longues pages à l'entre-deux-guerres (militarisation de la société, composante navale, incidents de Moukden, guerre de Chine et massacres de Nankin, état des forces en 1941) et bien sûr à la guerre du Pacifique (chronologiquement de Pearl Harbour à la capitulation), "une page sombre de sacrifices dévoyés, de déraison collective et finalement de châtiment". Il rappelle en conclusion de la partie historique que, très longtemps, "la dévotion de l'armée à l'empereur fut d'essence religieuse" et l'on a parfois le sentiment d'un parti pris sytématique hostile à l'armée impériale. Les 100 dernières pages de texte traitent de la période post-1945, en quatre chapitres : "La démilitarisation du Japon" dans l'immédiat après-Deuxième guerre mondiale, sa "Remilitarisation" avec la guerre de Corée et la création des Forces d'autodéfense, la question très sensible du "Nucléaire militaire au Japon" et enfin un essai de prospective à l'horizon 202-2030, dans un environnement mondial et régional très perturbé. 

De nombreuses et riches annexes complètent cette étude, ainsi qu'une bonne chronologie, un utile index thématique et bien sûr une bibliographie. Toues les questions sociales, culturelles et de politique intérieure sont également abordées (même si ce n'est que rapidement) et un certains nombre de cartes et tableaux de synthèse accompagnent le texte courant. Une publication importante sur un sujet rarement traité en France.

L'Harmattan, Paris, 2013, 560 pages, 49 euros.

ISBN : 978-2-343-00801-1

L'empire du Soleil levant
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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 06:25

Les scandales de la République

De Panama à l'affaire Cahuzac

Jean Garrigue

Voilà un sujet sur lequel il sera toujours possible de prévoir une nouvelle édition mise à jour ! La précédente datait de 2004, et force est de reconnnaître que les "nouveautés" n'ont pas cessé ! Mais aussi un sujet délicat si l'auteur veut ne pas en rester à l'écume des choses.

Sans faire dans la chasse aux sorcières et le "tous pourris", voici néanmoins une belle (et longue) série d'exemples de ce que contiennent les poubelles de la République, avec des variantes au fil du temps : "Nous apparait une chronologie des scandales, qui segmente des phases, des périodes, dessinant les contours d'époques contrastées, dont chacune mérite une atttention particulière". De 1887 ("Ah ! Quel malheur d'avoir un gendre !") et le trafic des décorations aux plus récents dossiers avec DSK, Cahuzac et Tapie, une litanie de parlementaires, ministres, hommes politiques, demi-mondaines, journalistes, etc. défile sous nos yeux. Certains noms sont restés dans les mémoires (Caillaux, Stavisky, Bokassa, etc.), d'autres ont disparu depuis longtemps des références courantes (Berthelot, Oustric, de Récy, etc.), mais pour chacun, s'appuyant sur les archives disponibles, les témoignages publiés et une bibliographie conséquente, l'auteur s'efforce non pas de remuer la boue, mais de comprendre le "pourquoi" et le "comment" du scandale. On en apprend beaucoup sur les petitesses de certaines élites et revient en mémoire la formule fameuse des encyclopédistes selon laquelle tout pouvoir est sous la menace de la corruption. Si la presse est souvent à la pointe des enquêtes, elle n'est parfois pas exempte de passivité, voire de complicité. Les IIIe, IVe et Ve républiques ne se distinguent pas ici fondamentalement, alors que leurs majorités ont été diverses et leurs fonctionnements différents. En annexe, un tableau chronologique donne non seulement la liste de ces scandales, mais précise également comment ils ont été révélés, exploités, éventuellement sanctionnés et qu'elles ont été leurs conséquences politiques.

L'ouvrage se lit comme un roman, un peu triste. A conserver et à citer.

Nouveau Monde éditions poche, Paris, 2013 (rééd.), 639 pages. 9,90 euros.
ISBN : 978-2-36583-860-3.

Corruptions et trafics divers
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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