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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 06:25

Permissionnaires dans la Grande Guerre

Emmanuelle Cronier

L’hypothèse d’une guerre courte fait que la question des permissions des soldats ne se pose pas en août 1914, ni pour les autorités militaires, ni pour les mobilisés. Pourtant, le sujet prend de l'importance avec l'allongement de la durée du conflit et, à partir de juillet 1915, des permissions sont accordées. E. Cronier revient sur cette expérience singulière, faite à la fois de « retrouvailles » et de « confrontation » avec ceux de l’arrière (p. 10). Abordant le sujet dans un premier chapitre chronologique, l’auteure revient également sur les permissions à travers l’étude des espaces temporels (le voyage, le retour…) et spatiaux (la ville, le café, la rue, la gare…). L’ouvrage est très riche et, bien qu’il se concentre sur la capitale, il évoque également le sort des « sans-famille » (p. 135), c’est-à-dire les combattants des régions envahies, des colonies ou des nations alliées. Emmanuelle Cronier délivre un tableau très exhaustif de la (des) permission(s) : les retrouvailles au sein la famille, qui ne se correspondent pas toujours à ce que le combattant espère, le recours à la prostitution, la violence des combattants, mais également les tentatives de quelques soldats pour rester à Paris et ne pas repartir au front, « antichambre de la mort » (p.233) -7 000 agents parcourent ainsi la capitale pour retrouver insoumis et déserteurs (p. 192)-. Le chapitre 8 pose aussi quelques questions pertinentes sur l’identité du permissionnaire. Emmanuelle Cronier développe de manière très intéressante le moment du départ, qui est « encadré de rituels » (p. 235) par l’ensemble du groupe combattant, et poursuit la réflexion dans le chapitre 9 sur la « virilité fragile » du permissionnaire (p. 274). Autour d’une dizaine de chapitres, et de quelques illustrations, elle aborde, avec une approche assez neuve, les aspects militaires et logistiques, culturels et sociaux, intimes et familiaux des permissionnaires. Un régal.

P.-L. B.

Paris, Belin, Paris, 2013, 350 p., 25 euros.

ISBN : 978-2-7011-4762-8.

Perms !
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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 06:30

Coloniser, pacifier, administrer

XIXe - XXIe siècles

Samia el Mechat (Dir.)

Ces actes d'un colloque interdisciplinaire offrent de très intéressantes pistes de réflexion, la volonté des organisateurs ayant été de prolonger jusqu'aux opérations de pacification du XXIe leurs travaux.

La vingtaine de contributions est organisée en quatre grandes parties chrono-thématiques : "Acteurs et définitions des stratégies de pacification", "Administrer, pacifier, soumettre", "Du bon usage de la pacification et ses limites", et "D'hier à aujourd'hui, les résonances de la pacification". Parmi tous ces textes, on remarque dans la première partie pour leur originalité l'étude de Timothy Collier sur l'action britannique en Afrique australe, au Zoulouland et au Transvaal ("Administrations coloniales et pacification : l'exemple de Sir Granet Wolseley en Afrique du Sud, 1879-1880") ; celle de Jean-François Klein sur l'antériorité de général Pennequin dans la définition d'une politique de pacification "à la française" ("Le 'sorcier de la pacification' : Théophile Pennequin, 1949-1916") ; celle d'Anne-Claire Gayffier-Bonneville sur "Les Britanniques et les confréries : le cas du Soudan après la Première Guerre mondiale". Dans la seconde, Guillemette Crouzet nous propose un aspect très peu connu, sur mer : "Les Britanniques, les pirates Qawasims et la pacification du golfe arabo-persique, 1809-1892", qui se termine par l'hégémonie de Londres (via les Indes) sur la région ; et on remarque l'article de William Gueraiche sur "Les Philippines, un laboratoire colonial américain ?", sujet de débat qui mérite encore d'être étudié. La troisième partie aborde des aspects politiques, économiques et sociaux sous différents cieux, entre l'Indochine et l'Afrique du Nord. La quatrième enfin tente une percée jusqu'à l'époque la plus récente avec Stéphane Taillat ("Résonance des discours et des pratiques de la 'pacification' en Irak") et Philippe Droz-Vincent ("Echos contemporains de la 'pacification' dans le cadre d'interventions post-impériales. Réflexions à partir des cas irakien et afghan"). Sur ce point, les différences nous paraissent plus importantes que les ressemblances, et le lien entre les opérations ou les politiques du XIXe siècles et celles d'aujourd'hui nous semble parfois bien tenu.

L'intérêt de ce volume réside en particulier dans la diversité des territoires, des époques et des sujets traités. On peut discuter les conclusions de l'un ou les approches de l'autre, mais de nombreuses problématiques sont posées et autant de pistes ouvertes. Un ouvrage qui sera apprécié de tous ceux qui s'intéressent aux questions coloniales (passées) comme à celles de contre-insurrection et de stabilisation (aujourd'hui). 

CNRS Editions, Paris, 2013, 377 pages, 25 euros.

ISBBN : 978-2-271-07976-3.

Scénarios internationaux
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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 06:25

L’Armée d’Italie

Des missionnaires armés à la naissance de la guerre napoléonienne

Gilles Candela

L’objet de ce livre est l’étude de l’armée d’Italie de 1792 à 1797.

La première partie de l’ouvrage (« La naissance d’une armée républicaine ») tente de comprendre comment cette armée, dont le corps des officiers est encore très marqué par les réseaux familiaux (p.51) et les « vétérans de guerre en dentelles » (p. 37), devient une armée plus méritocratique à partir de la chute de Brunet en l’an II, qui inaugure une nouvelle période « marquée par la promotion d’hommes nouveaux, souvent d’origine roturière, issus des volontaires nationaux » (p. 75), bien que des voix s’étaient déjà élevées, l’auteur le rappelle, contre un état-major trop aristocratique. On retiendra aussi de cette première partie, l’intéressant chapitre III sur la violence et la restauration de la discipline dans l’armée d’Italie (p.87-113), qui évoque des sujets habituellement traités par des contemporanéistes, comme la désertion, la politisation des révoltes (p.92), et la justice militaire (p. 104). Une seconde partie (« Un laboratoire de la guerre nouvelle ») présente en quatre chapitres les innovations de cette armée d’Italie ou ses particularités : l’utilisation par l’armée de civils italiens en tant qu’espions et agitateurs, la propagande militaire, la mise en scène de la Révolution par les troupes, la guerre de montagne, la mobilisation de l’arrière, etc. Bref, un ensemble de problématiques traitées avec brio par l’auteur, bien que certains points, comme la guerre de montagne par exemple, auraient sans doute mérité une étude un peu plus approfondie. Enfin, dans une troisième partie (« Mythe et réalité de la campagne d’Italie »), Gilles Candela rappelle aussi les erreurs, les manquements et les lacunes de cette armée, comme le « difficile apprentissage de la bataille rangée » (p. 255), et se pose même la question d’une « armée de mercenaires » (p. 301).

L’ouvrage de G. Candela ravira sans aucun doute les modernistes autant que les contemporanéistes, les spécialistes de l’histoire militaire et tactique comme ceux qui s’intéressent à l’histoire sociale et culturelle. Un beau travail, structuré autour d’un plan limpide et chronologique, richement référencé (de nombreuses notes de pages de pages et de références archivistiques), et une bibliographie d’une quinzaine de pages qui ne peuvent qu’inciter le lecteur à aller plus loin.

P.-L. B.

Presses universitaires de Rennes, 2011, 402 p., 22 euros.

ISBN : 978-2-7535-1284-9.

 

Campagne d'Italie
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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 06:20

Conférences de la Commission française d'histoire militaire

Premier semestre 2014

Ces conférences se déroulent une fois par mois le samedi à 11h00 à l'Ecole militaire :

8 février

Paul Rignac, L'Indochine française en 1945

 

22 mars

Natalia Griffon de Pleineville, Les batailles des Pyrénées en 1813

 

5 avril

Jean-Luc Susini, Les corps francs allemands, 1919-1920

 

10 mai

Thierry Dupuy, Les bataillons d'nfanterie légère d'Afrique

 

14 juin

Axel Rappolt, La présence française au Liban, 1978-2014

Programme février-juin 2014
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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 06:35

Vérités et légendes d'une 'OAS internationale'

Olivier Dard et Victor Pereira (Dir.)

Neuf universitaires venus de France et des pays concernés par cette étude ont été réunis pour traiter d'un sujet qui a fait naître bien des fantasmes, mais dont la réalité est souvent plus nuancée.

Olivier Dard commence par présenter les "enjeux et perspectives" pour l'OAS Algérie d'une organisation internationale ("Effectivement, le monde a beaucoup moins regardé l'OAS que cette dernière ne l'espérait ... L'examen de l'histoire de l'OAS Algérie n'invite pas à parler sérieusement d'une 'OAS internationale' pour la période mai 1961 - juillet 1962"). Suivent les présentations de différentes situations nationales particulières : Francis Balace avec "Quand les mythes précèdent les faits : l'OAS Belgique" (qui évoque des "outrances journalistiques" et parle de "canulard estudiantin", de "textes d'une rare indigence" et "des sommets d'approximation") ; Luc van Dongen avec "L'OAS et la Suisse" qui distingue entre avant et après 1962 ("le pays intervint à  titre de lieu de rencontre, base logistique, abri, certainement aussi plateforme financière, mais les preuves manquent à cet égard") ; Pauline Picco avec "Réseaux et 'mythe OAS' en Italie (1961-1966)" qui s'intéresse aux relations entre l'OAS et les services de renseignement italien ( entre "informateurs et affabulateurs") et l'extrême-droite italienne ou certaines tendances vaticanes ; Anne Dulphy au sujet de "L'OAS et l'Espagne franquiste", base de repli et structure d'accueil certes, mais "le réalisme a poussé le régime du général Franco à privilégier des relations avec la France gaullienne" ; Riccardo Marchi sur "Les réfugiés français d'extrême-droite au Portugal de Salazar (1945-1974)", qui traite d'un champ plus large que celui de la seule OAS, avec des exilés dont "l'identité politico-idéologique a plutôt été catholique, intégriste et contre-révolutionnaire" mais qui fut sans doute le pays le plus favorable à l'organisation (sentiment de perte de l'empire et combat anti-communiste) ; Victor Pereira revient sur le Portugal et relativise également les informations mille fois répétées sur ce thème avec "Les activistes de l'OAS au coeur des relations franco-portugaises : ou comment la raison d'Etat l'emporte sur les accointances idéologiques". Selon lui, "l'attitude des autorités portugaises face à l'OAS constitue donc, à première vue, un paradoxe". Mario Ranalletti enfin développe le thème "Des anciens de l'OAS en Argentine, terre d'accueil pour les 'réfugiés politiques' français", des arrivées plus ou moins clandestines mais néanmoins connues des autorités comme des journalistes dès les années 1960, avec toute la problématique de la diffusion de la "doctrine de guerre révolutionnaire" dans le sous-continent américain. Mais globalement, "d'après toutes les recherches effectuées, nous voyons les anciens de l'OAS plus soucieux de passer inaperçus, de faire progresser leurs affaires économiques ou de quitter le pays, que de se  mêler à des combats exotiques -comme le conflit péronisme/anti-péronisme-, dont ils ne savaient ni ne comprenaient rien".

Rédigées à partir des archives et en croisant les sources, ces contributions permettent de "dégonfler la baudruche". Au-delà du fantasme des gros titres journalistiques, nous ne croisons de quelques exilés plus ou moins poursuivis, autant de mythomanes et parfois de pauvres types un peu paumés, s'illusionnant sur "l'accueil" qui leur serait éventuellement réservé. Un travail historique référencé qui dresse finalement un tableau bien peu glorieux de cette "organisation internationale". On en viendrait presque à sourire devant certains 'Pieds Nickelés' ! Très intéressant.

'Actes académiques', éditions Riveneuve, 2013, 257 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-36013-187-7.

Une hydre ou un mythe ?
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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 06:30

Blessés pour la France

Mémoire et vérité  -  hors-série 2013

Dans cette brochure petit format de 130 pages, éditée par l'Association de soutien à l'armée française, figurent une trentaine de brefs articles qui dressent un panorama à peu près complet de la question des blessés de guerre.

Après un "Message à la jeunesse" du médecin-général inspecteur Valérie André et un avant-propos du général Pinard-Legry qui s'ouvre sur l'article 7 du code d'honneur du légionnaire ("Au combat, tu n'abandonnes ni tes morts, ni tes blessés"), sont en particulier décrits les moyens déployés par le Service de santé en opérations et les procédures suivies, les différents niveaux (ou "rôle") de la chaîne de soutien médical, des exemples précis, des témoignages, etc. Suivent plusieurs textes sur l'environnement du blessé rapatrié et soigné : la CABAT, Terre-Fraternité, les associations, fédérations et institutions investies dans ce combat quotidien. Enfin, un ultime chapitre regroupe quatre textes très différents (les aumôniers, les blessés à la télévision, des collégiens avec des blessés).

Une synthèse riche en informations et qui permet de faire témoigner soignés et soignants, de la blessure sur le terrain à la prise en charge et à lareconversion dans l'hexagone.

Pour commander directement auprès de l'ASAF (10 euros port inclus) : ici

 

Blessés de guerre, aujourd'hui
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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 06:25

Une société à soigner

Hygiène et salubrité publique en France au XIXe siècle

Gérard Jorland

Le XIXe siècle est celui de la conquête de la santé, le siècle de l’hygiène publique. L’urbanisation, l’industrialisation, favorisent les épidémies et conduisent les autorités à prendre des mesures nécessaires. L’histoire de la santé, de l’hygiène a connu un récent renouveau historiographique, si bien que ce thème a été le sujet d’étude du concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure en 2012. Gérard Jorland aborde ici, en véritable spécialiste, la question de l’hygiène publique au XIXe siècle, et le développement de la médecine comme une science.

A travers la première partie de l’ouvrage (« Naissance de l’hygiène publique » pp. 19-83), G. Jorland tente de comprendre comment l’hygiène s’est institutionnalisée depuis la Révolution française, sous quelles formes, en quels lieux, pour quelles raisons, et quel idéal. Il rappelle alors l’évolution de l’enseignement de la médecine, et l’importance de l’étude de lieux particuliers comme la prison, la caserne et l’hôpital. Dans une deuxième partie (« Les chiffres de la misère » pp. 85-147), l’auteur reprend les travaux fondateurs de Villermé, rappelant alors l’inégalité sociale devant la maladie et la mort, essayant d’établir une carte de Paris selon des critères de salubrité. L’ouvrage de G. Jorland est aussi particulièrement riche, car il étudie la conquête de la santé sous un angle social, notamment par l’étude des populations ouvrières. Dans un chapitre fort intéressant, il se demande par exemple si la pauvreté est la cause ou l’effet de la maladie, ainsi que sur le sort des nourrissons, dont il évoque le « massacre » dans la région parisienne du XIXe siècle (p. 129).Une troisième partie, intitulée « Fantasme de la dégénérescence » (pp. 149-201), inscrit la problématique de l’hygiène et de l’hygiénisme dans un contexte plus politique. Dans un France qui sert de décor pour les romans de Zola, le crime, les sexualités décadentes, et l’alcoolisme sont étudiées sous des prismes plus que simplement médicaux. G. Jorland rappelle également les craintes de certains sur l’armée qui contribuerait, en enlevant les hommes dans la fleur de l’âge, à la « dépopulation » de la France (p. 187). Une quatrième et dernière partie, « Miasmes et microbes » (pp. 203-315), revient sur les (r)évolutions de la médecine du XIXe siècle en France (et notamment sur la « révolution pasteurienne » dont l’auteur rappelle les origines anglaises), et sur les travaux d’urbanisme du Second Empire dont la vocation est multiple (p. 271). Rappelant les grandes épidémies qui touchent la France, G.Jorland souligne par ailleurs l’enjeu hygiéniste dans l’idéologique de la République, la présentant même comme « une idéologie pour la République » (p. 301). L’étude de G. Jorland pousse même vers l’histoire des conflits, l’auteur n’hésitant pas à parler de la guerre de 1870 comme « une guerre bactériologique » (p. 283), évoquant les lacunes des services de santé de l’armée, la concentration de troupes dans une ville comme Metz, et la diffusion des maladies par les déplacements des unités (les Garibaldiens, par exemple, rapportent chez eux des malades ‘attrapées’ en France), les mouvements de populations, et les déplacements de prisonniers français en Belgique ou en Allemagne. L’ouvrage de Gérard Jorland est une vraie richesse. Le sujet est absolument passionnant, et l’écriture de l’auteur est un plaisir, complété par une belle bibliographie. L’ouvrage de G. Jorland est également précieux par les nombreux angles grâce auxquels l’auteur aborde et traite le sujet de l’hygiène : histoire de la médecine, histoire politique et des institutions, histoire économique, histoire sociale, etc.

P.-L. B.

Gallimard, Paris, 2010, 361 p., 27 euros.

ISBN 978-2-07-012615-6.

La santé et la guerre (aussi)
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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 06:30

Israël contre le Hezbollah

Chronique d'une défaite annoncée, 12 juillet-14 août 2006

Michel Goya et Marc-Antoine Brillant

Rédigé par deux officiers passionnés par les questions tactiques aussi bien que stratégiques, ce livre permet de "décortiquer" un mois d'opérations actives entre Israël et le Hezbollah libanais, et d'en tirer les conclusions en terme d'emploi de la force armée.

Après une chronologie relativement détaillée de ce mois de l'été 2006, les deux auteurs entreprennent de raconter par le menu le déroulement des événements, puis de les analyser. Ils en concluentque cette guerre "aura vu en Etat perdre parce qu'il n'a pas gagné, et une organisation paramilitaire gagner parce qu'elle n'aura pas été vaincue". Et deux questions en filigrane : la cohérence de la direction politico-militaire et celle de l'adhésion des citoyens.

Michel Goya et Marc-Antoine Brillant commencent par préciser ce que sont, respectivement, Tsahal et le Hezbollah à la veille de la guerre, leurs évolutions récentes, leurs principes et leurs doctrines. Puis ils mettent en parallèle les deux organisations, et précisent en particulier pour le Hezbollah (moins bien connu) son système opérationnel, ses armements majeurs, "l'ampleur de (son) organisation asymétrique de haute technologie". L'escalade militaire des premiers jours de campagne est bien décrite (nombreux chiffres), ainsi que l'échec aérien d'Israël pour endiguer l'action ennemie, avec pour conséquence l'appel à l'armée de terre, "l'anti guerre éclair", avec un décalage entre les autorités politiques et les chefs militaires, et des officiers de contact sur le terrain qui ne comprennent pas toujours les ordres confus ou contradictoires qu'ils reçoivent. Ils s'intéressent ensuite à l'aspect "guerre des missiles / guerre anti-missiles", relatif succès quantitatif et technique pour Israël, mais échec aussi puisque le Hezbollah "avait déjà prévu cette éventualité et considéré ses lanceurs comme consommables ... La quantité a compensé la vitesse de traque des Israéliens et les investissements considérables qu'ils ont nécessités". Malgré l'emploi des forces spéciales, "l'imagination tactique est plutôt du côté du Hezbollah", avec d'irritantes questions sur l'emploi des Merkava et les hésitations de la grande opération aéroterrestre du 12 août : "perte de l'expérience du combat interarmes par les états-majors et tergiversations des chefs militaires". Ils dressent en conclusion le bilan de cette campagne et s'interrogent : "Qu'évoque aujourd'hui la notion de victoire ? ... Un peu à la manière du jeu de Go, la partie s'achève par commun accord, y compris tacite, et non pas par un échec et mat".

Une analyse fine, sans concession, pragmatique, qui passionnera (même pour en discuter certains aspects) tout ceux qui s'intéressent aux conflits d'aujourd'hui. Un must !

Editions du Rocher, Monaco, 2013, 177 pages. 16,90 euros.

ISBN : 978-2-268-07442-9.

Echec à Tsahal ?
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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 06:25

Retour au combat

Marcus Luttrell

Suite des aventures (au sens littéral du terme) de Marcus Luttrell, après le récit de sa campagne de 2005 en Afghanistan dans Le survivant (ici), globalement toujours dans le même style, mais avec un ton légèrement différent, plus posé, plus serein : "Ce livre est un hommage à tous ceux qui ont porté la bannière étoilée sur leur épaule, qui ont tenu un fusil pour ce pays, qui ont servi en première ligne ou qui ont été déployés derrière, en territoire ennemi ... Cet engagement en temps de guerre les a poussés au-delà de leurs limites ... Ils ont reçu en échange une chose à laquelle personne d'autre ne peut prétendre : à eux tous ils forment une facette de l'histoire de ce pays, il font partie intégrante de quelque chose qui les dépasse tous".

 Au fil des pages, entre deux proclamations de fidélité à son pays et aux SEALs, Luttrell nous fait partager sa guerre d'Irak à partir de la fin de l'année 2006, en particulier dans le secteur de Ramadi, au nord de Falloujah, sur l'Euphrate. Les combats sont alors (et pour quelques mois encore) extrêmement vifs dans la région contre les milices islamistes et son groupe (Team 5) va travailler en collaboration étroite avec les Marines, l'Army et les appuis. Quelques descriptions (impressionnantes) de combat en zone urbaine, de fréquentes odes à la fraternité, à la camaraderie et au respect (entre soi) et ces constats sur le caractère très particulier des engagements : "Cette guerre était différente de tout ce que j'avais pu imaginer. Il n'y avait aucune position à tenir au sens habituel du terme. Il s'agissait plutôt d'une guerre faite de patrouilles permanentes, une guerre de coups de main et de snipers, une guerre à petite échelle et personnelle". Les descriptions des différentes missions se succèdent, toujours entre-coupées de considérations diverses, presque sur le ton de la discussion. Au fur et à mesure, jusqu'à la page 206, on lit des précisions sur telle arme, sur telle embuscade, sur tel appui des troupes au sol, sur telle forme d'organisation et de préparation des missions. Ce sont, ensuite, le retour au pays, le récit de souvenirs d'Afghanistan, des réflexions personnelles sur les valeurs auxquelles il croit et pour lesquelles il s'est engagé, et sur son avenir, les relations à l'épouse et une visite sur la tombe d'un camarade décédé.

On note enfin qu'en annexe figure la liste des membres des équipes SEALs morts au combat depuis le premier, Carmon F. Pirro, le 30 décembre 1943 à Anzio, jusqu'à Caleb Andrew Nelson, le 1er octobre 2011, en Afghanistan.

Editions Nimrod, Paris, 2013, 329 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2915243598.

Irak, 2006-2007
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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 06:20

Le consentement meurtrier

Réunion-débat à la BPI - Centre Georges Pompidou

lundi 27 janvier - 19h00

Pour accompagner la parution du coffret "Guerres et révolutions", les éditions Autrement organisent avec la bibliothèque publique d'information (Petite salle, niveau - 1) du Centre Pompidou (métro Rambuteau, Châtelet ou Hôtel de ville), demain lundi 27 janvier à partir de 19h00 deux rencontres-débats autour du thème de la Grande Guerre, dont une sur "Le consentement meurtrier".

Détails et renseignements : ici

La violence et la guerre
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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