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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 06:25

Six mois qui ébranlèrent le monde

Juillet-décembre 1914

François Roth

Voilà un volume de synthèse solide et mesuré qui sera indiscutablement apprécié par de très nombreux amateurs de la Grande Guerre.

En douze chapitres méthodiques qui entrainent le lecteur de l'analyse des risques potentiels de guerre avant le déclenchement du conflit, aux enseignements et bilans des cinq premiers mois de combats en décembre, François Roth dresse un tableau à peu près complet des principaux thèmes qui concernent les débuts de la Première Guerre mondiale. Si la priorité est nettement accordée aux opérations sur le front franco-belge, il n'oublie pas de traiter de la guerre à l'Est (plus brièvement) et d'évoquer (même très -très- rapidement) quelques opérations en Afrique ou sur mer. De ce point de vue, le volume est un peu faible (2 ou 3 pages pour chaque sujet). Il s'attarde davantage sur "Les soldats de 14" (mais là aussi la partie consacrée aux troupes des colonies reste superficielle) et aux "Civils dans la guerre" (mais pas un mot sur les conditions sociales et économiques de l'arrière aux lendemains de la mobilisation). De même, un chapitre particulièrement bienvenu évoque "Les neutres dans l'attente", avec des focus sur les situations nationales propres à chaque Etat, de la Suisse aux Etats-Unis et des royaumes scandinaves à leurs homologues balkaniques. 

Un volume d'histoire "grand public" au bon sens du terme, qui fait parfois l'impasse (ou presque) sur certains sujets mais qui traite de ce qui intéresse au premier chef dans l'hexagone. Une écriture simple (une qualité !), une lecture aisée et la possibilité de se reporter à une bibliographie indicative de qualité. Une quinzaine de cartes et un index complètent ce volume qui figurera pour le plaisir de lecture de tous dans les bibliothèques familiales.

Tallandier, paris, 2014, 552 pages, 26 euros.

ISBN : 979-10-210-0378-1.

Deuxième semestre 1914
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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 06:20

La guerre au XXe siècle

(Collectif)

Peut-on considérer qu'il y a une relative unicité des guerres du XXe siècle ? C'est à cette question ambitieuse (et difficile) que souhaite répondre ce petit volume de la collection 'Doc' en poche', essentiellement destinée aux étudiants.

Faisant appel à cinq historien(ne)s, il se divise en deux grandes parties : dans un premier temps, Stéphane Audouin-Rouzeau ("L'expérience combattante") puis Anne Duménil ("L'expérience des civils") tentent de déterminer une cohérence d'ensemble, qui serait celle de l'extension des violences, en particulier à l'égard des civils ; puis Pierre Grosser ("La guerre froide") et Raphaëlle Branche/Sylvie Thénault dans un texte commun ("La guerre d'indépendance algérienne") procèdent à deux études de cas spécifiques. Dans le premier article, Stéphane Audouin-Rouzeau pose lui-même les limites de l'exercice : un "fil caché relie ces expériences variées, au point de donner à l'activité combattante du XXe siècle une unicité profonde, susceptible de transcender son apparente diversité". Mais pour identifier ce "fil caché", faudrait-il abandonner la méthodologie de l'historien : "Celle-ci ne peut toutefois être perçue qu'au prix d'un renoncement, au moins momentané, à certains tropismes historiens -l'extrême attention aux contextes, aux spécificités des situations, à la synchronie- pour accepter d'emprunter un instant les chemins de traverse de l'anthropologie, voire, en certains domaines, ceux des théories de la psyché". Fi des contextes et de la temporalité ? Faudrait-il donc tout fondre dans un vaste "gloubi-glouba marshmallownesque" qui faciliterait l'élévation de la pensée par les mélanges en tout genre ? Et, puisqu'il faudrait en revenir à l'anthropologie et à la psychée, quelle serait donc la différence fondamentale à ce niveau entre l'hoplite grec ou le Condottiere italien et le soldat du XXe siècle ? Lequel s'est montré le plus "humain" à l'égard des populations civiles ? Et duquel serions-nous les plus proches ?... Est-ce réellement là les caractéristiques de la guerre au XXe siècle ?

Ne nous trompons pas cependant. Après cette première réaction "d'urticaire", qui ne concerne somme toute que quelques lignes en début d'ouvrage, les textes sont de qualité et posent de vraies questions, au point que l'on se demande pourquoi, que diable !, il serait nécessaire de les noyer dans un discours pré-formaté. Les quatre articles sont donc extrêmement intéressants sur le fond et, chacun pour leur part, apporte à la fois une solide synthèse et de multiples précisions, dans un cadre intellectuel vivifiant et en abordant les principaux thèmes et sous-thèmes de chaque sujet. On apprécie la présence de nombreuses photos et de plusieurs cartes, mais l'on regrette que chaque texte ne soit pas suivi d'une bibliographie indicative à l'attention des étudiants.

Un volume très abordable et qui se révèlera sans nul doute très utile. Un volume qu'il faut lire, puis relire, (en le complétant par d'autres études) pour aller au fond des choses.

La Documentation Française, Paris, 2014, 187 pages. 9,90 euros.

ISBN : 978-2-11-009708-8.

Guerres multiformes
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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 06:25

L'Europe coloniale

et le grand tournant de la Conférence de Berlin

Christine de Gemeaux et Amaury Lorin (Dir.)

Cet ouvrage collectif (13 contributeurs) traite à la fois dans son ensemble et dans le détail grâce à une série de "coups de projecteur" d'une période peu étudiée dans sa globalité et de façon comparative, celle qui s'étend au cours des 15 à 20 dernières années du XIXe siècle.

L'ouvrage est divisé en trois grandes parties : "Prémices et enjeux de la Conférence", "Motivations et positions des acteurs" et "Echos et répercussions mondiales", dernière partie dans laquelle j'ai le plaisir de signer un (rare) article de synthèse comparant les troupes coloniales des différentes puissances européennes avant la Première Guerre mondiale. La question coloniale allemande est bien sûr abordée, à travers la perception qu'en a Bismarck mais aussi l'organisation du pouvoir et des contre-pouvoirs au Togo au tournant des XIXe et XXe siècle. On note également la présence de deux articles traitant du Portugal et de son empire (peu courant), d'un texte intéressant sur l'opportunité pour la Belgique et son roi de participer à la Conférence, ainsi qu'un article sur "L'instrumentalisation de la géographie : la figure de Brazza et la question du Congo".

Un volume qui complète très utilement les publications existantes.

Editions Le Manuscrit, Paris, 2013, 376 pages. 29,90 euros.

EAN : 9782304042207

Conférence de Berlin
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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 06:20

1914-1918

Le journal du soldat Jean Dupin

Thierry Dupin

Encore un carnet de poilu. Publié et mis à la disposition du grand public par son petit-fils. Rien de bien original à première vue, et pourtant le texte est d'autant plus touchant que ce dernier n'a rien changé au manuscrit de son grand-père, le laissant "dans son jus". Or Jean Dupin, qui a peu fréquenté l'école communale, commence par ces mots : "J'ai 20 ans et je n'ai jamais eu la chance de fréquenter l'école ... Mon désir le plus ardent a été de vouloir apprendre à tout prix et je suis honteux d'être si ignorant ... Il y a eu du remous ici dans le pays, mais la plupart n'y comprennent rien, moi non plus d'ailleurs, on est trop jeunes".

Commencé à la date du 2 août 1914, ce journal n'est tenu que de façon épisodique, parfois brièvement tous les jours, par moment une fois par semaine ou par décade, tandis que durant certaines périodes il peut s'écouler plusieurs mois entre deux paragraphes, d'autant que Jean Dupin n'est effectivement présent au front qu'à partir de la fin de l'année 1914. L'ensemble est émaillé de quelques photos et cartes rapidement "grifonnées" sur un bout de feuille de papier. Le témoignage est vivant, simple, facile à lire : "D'un seul coup, une salve d'éclairs accompagnés d'éclatements à quelques mètres de nous. Tiens, c'est drôle ! Alors, un cri du capitaine : 'Couchez-vous !'. Je fais comme les autres et pendant au moins un quart d'heure nous sommes restés allongés la tête cachée sous notre sac ; il parait que les Boches nous ont entendus et nous ont servi un tir de barrage -et oui, c'est mon premier contact avec ce que l'on appelle faire la guerre- je m'imaginais autre chose ! Quoi ? Je ne sais pas" (9 décembre 1914). Les principaux thèmes sont bien sûr ceux que l'on retrouve dans de très nombreux carnets et journaux de poilus déjà publiés : le cantonnement, l'attente, l'alimentation, la recherche d'un peu moins d'inconfort, la messe dominicale, quelques combats locaux ou offensives limitées, les tirs de l'artillerie, une blessure dans le no man's land à la suite de laquelle il se fait passer pour mort avant de pouvoir rejoindre les lignes en rampant en juillet 1915, la deuxième offensive de Champagne en 1915 et celle de la Somme en 1916, un stage de spécialité et un premier passage par Paris à l'occasion d'une permission. Sur l'Aisne puis à Verdun en 1917 : "Le soir, gros orage et artillerie lourde en action. Les obus les plus craints, ce sont les 88 qui éclatent au ras du sol ; les autres, plus pénétrants, sont moins dangereux car ils s'enfoncent dans cette gadoue et nous envoient des paquets de glaise, genre mortier à bâtir" (6 octobre 1917). La vie quotidienne et les soins, même rudimentaires : "Aussitôt arrivé au poste de secours, je suis pris en main par le dentiste, pas question de soins ! Ici, on arrache seulement. Assis sur un sac de terre, bien cramponné pour faciliter l'opération" (16 janvier 1918). Il y a donc bien un dentiste, jusqu'au poste de premier poste médical, à trois kilomètres des lignes... Les retours mouvementés après quelques jours de repos : "J'arrive à Bordeaux pour prendre obligatoirement le train de permissionnaires, direction le front. Le train est bondé, ça crie beaucoup, ça tourne un peu à l'anarchie, la garde de la gare intervient, on se révolte, des soldats se couchent sur la voie, ce n'est pas beau !" (1er septembre 1918). La difficulté des derniers combats contre une armée allemande qui se replie en bon ordre : "On attaque par groupes sur toute la ligne franco-américaine. Ils sont harcelés de partout mais résistent toujours et font des tirs de barrage formidables avec des obus à gaz ... Pertes sévères !" (4 novembre 1918), jusqu'au départ en occupation pour Mayence en décembre.

Un témoignage de plus, oui. Un témoignage intéressant : OUI.

Publibook, Paris, 2014, 159 pages. 18,95 euros.

ISBN : 978-2-342-02011-3.

Journal d'un poilu
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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 06:25

Au coeur de l'Italie

Voir la Toscane, de Montesquieu à Berenson

Luigi Mascilli Migliorini

Considérant que "Florence et la Toscane sont l'un des lieux de rencontre les plus extraordinaires et les plus intenses entre l'antique et le moderne", l'auteur nous entraine, dans le temps et dans l'espace, dans un voyage amoureux au coeur d'une région superbe : "Florence devint à l'Italie ce qu'était Athènes à la Grèce".

Partant des grands auteurs et voyageurs du XVIIIe siècle, qui brossent des descriptions souvent enthousiastes (mais reconstruites et enjolivées) de la province, Luigi Mascilli Migliorini progresse dans le temps, via le romantisme et le XIXe siècle, siècle d'agitation politique qui implique parfois une certaine noirceur (ou moins de candeur) dans les propos des visiteurs. Par touches successives, grâce à des très nombreuses citations extraites des ouvrages de multiples auteurs venus de tous les pays d'Europe, nous abordons l'économie, la sociologie, les arts bien sûr mais aussi l'organisation politique (réelle ou idéalisée) des Communes italiennes à la grandeur disparue. Et, de fait, toujours cette distance entre un mode rêvé et la réalité du temps, entre le souvenir de l'humanisme de la Renaissance, les souvenirs matériels ou physiques (paysages entretenus par l'homme, monuments et palais) qui en sont conservés et les déceptions d'aujourd'hui d'auteurs plus ou moins consciemment à la recherche "D'un passé pour l'Europe" : "James trouve du reste que l'Italie moderne est dans son ensemble irrémédiablement laide"... Ces écrits ne sont pas sans effet au moment de l'unité italienne et dans les années qui suivent, renouvelant le thème d'un héritage millénaire, qui pour certains est devenu stérile. Au début du XXe siècle, c'est le sud de la péninsule qui bénéficie d'un regain d'intérêt (pour son authenticité et la naturelle rudesse de ses sites anciens), ce qui donne l'opportunité à l'auteur d'une comparaison "infra-italienne" entre les deux grandes régions. Mais le "pélerinage de la beauté" reste magique, à Florence et en Toscane, sur la base d'une mémoire noblement entretenue et autour du souvenir d'une période essentielle de l'histoire universelle. La ville et sa province attirent Français, Britanniques, Allemands et renouent avec un héritage culturel européen. 

Vous aimeriez rêver tranquillement, au flanc d'un léger coteau, sous l'ombre pure d'un cyprès ou d'un pin, dans la douce tiédeur d'un après-midi ensoleillé ? Ce livre est pour vous.

Editions de la rue d'Ulm, Paris, 2014, 131 pages, 18 euros.

ISBN : 978-2-7288-0510-5.

L'essence de l'Italie
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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 06:20

Avez-vous vu Hitler ?

Walter Kempowski

Commencé presque par hasard dans les années 1970, la quête de Walter Kempowski a finalement donné naissance à un livre en Allemagne, pour la première fois traduit en français.

Le principe en est en fait très simple : l'auteur pose cette seule question ("Avez-vous vu Hitler ?") à des centaines de personnes et nous livre leurs réponses, parfois très courtes (une ou deux lignes). Ces réponses sont classées par ordre chronologique de la période concernée (de la Grande Guerre à 1945). Beaucoup de réponses négatives, du fait du hasard, de la situation géographique ou parfois par l'effet de la volonté propre de la personne interrogée. Mais aussi les réponses les plus diverses, dans de grands rassemblements comme en le croisant par hasard au restaurant ou en train de jouer aux cartes dans une brasserie de Bayreuth. Une très grande majorité de réponses banales, et des Allemands qui semblent hésiter à condamner l'homme et son régime (avant 1938-1939, l'ordre et la sécurité régnaient...). L'une lui trouve de "belles mains", l'autre le trouve laid, l'un le tein gris, l'autre la peau rose, l'un lui voit un regard maléfique, l'autre le trouve ordinaire et indifférent, celui-ci pensait à l'époque qu'Hitler avait raison mais "aujourd'hui je suis d'un autre avis", cette dernière se souvient quand même que "tous étaient enthousiastes".  Peu de choses finalement, la vie ordinaire d'une Allemagne moyenne où, ponctuellement, un nombre plus ou moins important de citoyens peuvent entre-apercevoir rapidement le chef de l'Etat lorsd'un rapide déplacement. Peut-être l'important est-il finalement dans le non-dit ?, même si la tonalité générale des témoignages est nettement plus hostile (en majorité, mais parfois presque avec regret) à partir de 1942-1943.

Un livre étonnant, tant par sa construction que dans son contenu. On regrette que ces réponses soient livrées brutes, sans le moindre mot d'analyse ou de commentaire, et que les interlocuteurs ne soient jamais identifiés. Mais dans leur apparente banalité même, elles constituent un ensemble banalement surprenant.

Nouveau Monde Editions, Paris, 2014, 239 pages, 17 euros.

ISBN : 978-2-36583-902-0.

Rencontres avec Hitler
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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 06:25

Paysages en bataille

Les séquelles environnementales de la Grande Guerre

Isabelle Masson-Loodts

Animatrice du site du même nom, Isabelle Masson-Loodts nous propose un petit volume étonnant.

Premier étonnement (et, disons-le, sur le coup, relative déception), un livre sur les Paysages en bataille sans aucune photo, sans le moindre dessin, sans la plus petite illustration. Deuxième étonnement : en fait, ce n'est pas si grave... Paradoxe que seule la qualité de l'écriture explique. En fait, l'auteure nous raconte ses voyages et déplacements sur le terrain, dans différent secteurs du front (essentiellement autour de Verdun et dans les Flandres). Elle le fait d'un ton posé, avec un langage simple et naturel, décrivant non seulement les sites, maisaussi ses rencontres avec des spécialistes de disciplines très différentes, avec les agents de l'ONF, avec les habitants. Et elle nous décrit surtout ce qu'elle voit, elle raconte ses conversations, et exprime ses questions qui, de chapitre en chapitre, font progresser le livre.Des forêts disparues aux sols pollués, des munitions non explosées aux végétaux "importés" d'autres régions d'Europe du fait de la présence des combattants, c'est un voyage tout-à-fait original qui nous est offert, jusqu'à cette observation de Jean-Luc, agriculteur "en bordure du plateau soissonais" : "Cette terre, je la travaille, je la laboure, mais elle n'oublie pas tout ce qu'elle a en elle. Mon blé, mes pommes de terre, mes betteraves prennent racine sur des corps. Alors, je le regarde d'une autre façon. On ne triche pas avec la terre".

Un petit livre qui raconte presque un parcours initiatique le long de l'ancienne ligne de front. Un témoignage d'aujourd'hui à la recherche de la guerre d'hier. 

Editions Nevicata, Bruxelles, 2014, 103 pages, 9 euros.

ISBN : 978-2-87523-057-7.

Le site (ici) et la page FB éponyme (ici)

Témoignages visuels
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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 06:20

Une vie avec l'histoire

Emmanuel Le Roy Ladurie

A un rythme semble-t-il plus accéléré qu'auparavant, paraissent des ouvrages retraçant le parcours, la carrière, les thèses, la vie de tel ou tel historien célèbre. Celui-ci entre bien dans cette catégorie, avec cet angle particulier qu'il se présente sous la forme d'un long entretien, reconstitué et réorganisé pour les besoins de la mise en page.

La forme donc est par moment déstabilisante, car ce dialogue ininterrompu passe au fil des pages d'un sujet à l'autre et "l'esprit cartésien" apprécie (a l'habitude de ?) une présentation scandée par des chapitres cohérents. En dehors de ce point, on lira avec le plus grand intérêt ce livre qui, avec pour fil conducteur une vie et une histoire d'historien qui parvient au sommet de la célébrité, aborde des thèmes majeurs et souvent très actuels : les relations entre intellectuels et le PCF dans les années 1950, l'histoire et la politique avec les choix et le poids des "historiens de gauche", l'école des Annales et les querelles de chapelles, la (difficile) naissance de la Grande Bibliothèque, l'apport de l'informatique et de la numérisation à la recherche, les nouvelles pistes de recherche comme l'histoire du climat et ses rapports aux événements historiques, la place de l'histoire orale et le retour de l'histoire des guerres, etc. A plusieurs reprises par exemple, il revient en particulier sur l'importance de la chronologie et l'intérêt (si on sait aller au-delà) de "l'histoire événementielle".

Le texte est riche, dense, et traduit très vraisemblablement la pensée réelle d'Emmanuel Le Roy Ladurie. Au bilan, on peut aussi y lire l'itinéraire intellectuel et les évolutions d'un homme de savoir et d'action engagé dans son époque. Un livre d'un réel intérêt (au moins individuel) pour contribuer à la réflexion de chaque historien ("professionnel" ou "amateur") sur son parcours et ses recherches.

Tallandier, Paris, 2014, 249 pages. 19,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0435-1.

Itinéraire d'un historien
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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 06:20

Napoléon et la campagne de France

1814

Jacques-Olivier Boudon

Toujours très pédagogique, Jacques-Olivier Boudon nous propose un nouvel ouvrage sur la campagne de France, en prenant soin d'embrasser l'ensemble des problématiques et des secteurs d'opérations.

Il fait ainsi le récit très précis de ces deux mois de campagne, au premier trimestre 1814, que les victoires impériales entre Brie et Champagne donnent parfois l'impression de localiser exclusivement dans le grand Est parisien. Mais il n'oublie pas de parler des autres fronts, dans le Nord, la région lyonnaise, le Sud-ouest. Il traite également de l'Italie, où Murat tente non seulement de sauver son trône de Naples mais aussi de réunir son son sceptre (pourtant si fragile !) le centre voire le nord de la péninsule. Dans le même temps, il dresse le tableau de la nouvelle carte de l'Europe qui naît du reflux français, en Hollande ou en Suisse. Des combats sur la Seine aux opérations de Champagne et aux "vraies-fausses" conversations de paix, Jacques-Olivier Boudon nous donne à comprendre aussi la réalité française de l'époque. Les conditions de la guerre sont particulièrement difficiles pour une armée numériquement surclassée et mal ravitaillée (l'on aurait pu attendre quelques développements complémentaires sur les mouvements populaires armées qui tentent de s'organiser sur les arrières des coalisés), la discipline se délite, et l'auteur n'oublie pas de consacrer un chapitre à la vie des populations qui résident dans les zones des combats, ainsi qu'à l'administration impériale qui se délite en partie, ou aux manifestations royalistes qui se multiplient en divers points de France tandis que leurs réseaux s'activent. Le livre se termine bien sûr sur les derniers jours de l'empire (avec des coups de projecteur sur la situation personnelle des proches et des collaborateurs directs de Napoléon), la célèbre abdication de Fontainebleau et le traité de Paris qui ramène la France dans ses frontières de 1792.

De très nombreuses citations émaillent chaque page, extraites des correspondances ou des souvenirs de personnages célèbres ou d'anonymes. Une belle bibliographie termine le livre, ponctué par cinq cartes claires et lisibles (qui ne concernent hélas que les opérations de Brie et de Champagne). Un volume de large synthèse qui intègre tous les thèmes autour de la campagne militaire proprement dite. Un ouvrage de référence par ailleurs agréable à lire.

Armand Colin, Paris, 2014, 365 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-200-28740-5.

1814
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 06:25

Syrie, une guerre sans nom !

Cris et châtiments

Geneviève et Jean-Claude Antakli

Un autre regard et une autre voix sur la "guerre civile" en Syrie. Un livre atypique et (au sens propre "extra-ordinaire") dans le paysage éditorial. Les deux auteurs, qui vivent en France mais ont conservé des liens forts avec la région d'Alep, se disent d'ailleurs "suspendus aux informations délibérément tronquées ou falsifiées qui s'égrènent".

Dès l'introduction, le ton est donné : "Il faudra la trahison de la Turquie, l'ingérence des pays du Golfe et de l'Arabie saoudite, soutenus et encouragés par les Etats-Unis et le couple franco-britannique, pour qu'en mars 2012 Alep, jusqu'alors épargnée, soit menacée elle-aussi". Appartenant à la minorité catholique (grecque), les deux auteurs divisent leur livre en trois parties distinctes : "Retour en Syrie", qui raconte leur réinstallation temporaire à Alep ; "La vérité sur les auteurs des massacres", constituée de textes d'origines diverses et d'extraits de déclarations d'autorités politiques ; "Les vraies raisons des massacres", sur la base d'articles de presse et "lettres ouvertes". L'orientation du volume est donc sans ambiguité clairement hostile aux "rebelles" syriens et renvoie à la situation générale des Chrétiens d'Orient dans un environnement de radicalisation islamiste de plus en plus menaçant. Le rôle des ces "bons alliés" des Occidentaux que sont aujourd'hui le Quatar, les pays du Golfe et l'Arabie saoudite n'en sort pas grandi, pour le moins. La "naïveté" (restons courtois) des dirigeants européens est, au regard des textes, on ne peut plus navrante.

Dans le contexte extrêmement trouble et polémique de la "question syrienne", cette thèse ne peut pas être totalement évacuée d'un simple revers de la main. Le style est direct, le ton presque familier, le récit truffé d'anectodes et de rencontres, l'ouvrage se lit rapidement et facilement. Une chose au moins est avérée : à la conjonction des intérêts financiers des pétro-monarchies et du fanatisme fondamentaliste, les Chrétiens d'Orient meurent.

François-Xavier de Guibert Ed., Paris, 2014, 281 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-7554-0561-3.

Un autre regard sur la Syrie
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Qui Suis-Je ?

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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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