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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 06:00

Passés à l’ennemi

Des rangs de l’armée française aux maquis viêt-minh, 1945-1954

Adila Bennedjaï-Zou et Joseph Confavreux

Il existe déjà quelques (peu nombreux) ouvrages sur ce thème des soldats du CEFEO ayant choisi de passer dans les rangs viêt-minh pendant la guerre d’Indochine, mais cette étude offre l’intérêt d’ouvrir plus largement le panel en présentant des cas très différents.

Cette caractéristique trouve d’ailleurs bien vite elle-même ses propres limites, que les auteurs expliquent en précisant qu’il s’agit d’une histoire à hauteur d’hommes. Et, de fait, les différents chapitres sont structurés autour de cas individuels. Ce n’est qu’en toute fin d’ouvrage que nous trouvons quelques chiffres, pour les métropolitains, les légionnaires et les soldats issus d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire, parcellaires ou forts différents, qui permettent difficilement de cerner l’ampleur du phénomène. Finalement, autour de 2.000 « ralliés » ? Ce chiffre, qui est à placer en face de l’effectif total ayant effectué au moins un séjour en Indochine pendant les dix années concernées, est-il vraiment significatif, si l’on considère avec les auteurs la très grande diversité des motivations individuelles, finalement peu ou rarement idéologiques ? Ils le reconnaissent d’ailleurs p. 229 : « L’importance des ralliés d’Indochine ne se mesure cependant pas à leur nombre, mais à l’itinéraire personnel et historique, qu’ils permettent de saisir ». Et c’est bien là que réside l’intérêt premier du livre : retracer avec parfois énormément de précisions (à la suite d’entretiens conduits avec les survivants par exemple) ces parcours individuels atypiques. De ce point de vue, le livre est tout-à-fait passionnant, dans ce qu’il dit, ce qu’il démontre et ce qu’il laisse comprendre (en particulier sur l’organisation des « retours » vers l’Ouest ou l’Afrique du Nord à partir des années 1960) et par les indications qu’il donne ponctuellement sur la ligne du PCF en métropole, très réservé sur ces cas personnels mais qui soutiendra discrètement les intéressés et facilitera leur réinsertion ultérieure. Ainsi, « les ralliés se situent à une position charnière entre l’intimité des individus et les grands mouvements de l’histoire ».

La question « ralliés ou traitres ? » ne se pose pas en réalité, puisqu’ils sont de fait déserteurs d’une armée régulière et ont participé, par les armes ou la propagande, à la lutte contre leurs anciens camarades. On peut tourner la question dans tous les sens : ils ont pris le risque de faire un choix personnel interdit et ils ont longtemps assumé cet engagement. Est-il donc étonnant qu’ils en aient connu l’inconfort et quelques conséquences, par ailleurs bien moins rudes ou définitives que celles subie par ceux, infiniment majoritaires, qui servirent avec abnégation ? A retenir pour les témoignages collectés et pour l’illustration qui est faite de la diversité des motivations et des parcours.

Tallandier, Paris, 2014, 286 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0684-3.

Ralliés ou traîtres ?
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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 07:15

La Saône-et-Loire pendant la Grande Guerre

Franck Métrot et Pierre Prost

Une belle étude sur un département de l’arrière pendant la Première Guerre mondiale, réalisée à partir d’une exploitation visiblement large des archives communales et départementales.

En étudiant avec une précision et un sérieux qui méritent d’être soulignés le cas particulier de la Saône-et-Loire pendant la Grande Guerre, les deux auteurs nous offrent en réalité bien plus. En effet, département rural mais aussi industrialisé (Le Creusot), de l’intérieur sans être le plus éloigné du front, la Saône-et-Loire est sur bien des points emblématique de ce qui s’est déroulé dans d’autres régions. C’est ainsi que les chiffres présentés, les constatations faites, les développements proposés à partir de ce département peuvent être non seulement utilement comparés à d’autres situations locales durant la même période, mais complètent aussi les données nationales connues. Après avoir brossé le tableau du département en 1914 et les conséquences immédiates de la mobilisation, Franck Mérot et Pierre Prost détaillent les conséquences militaires et sociales de la guerre, des six régiments (dont trois d’active) essentiellement levés dans la Saône-et-Loire à la présence de soldats étrangers, de prisonniers des puissances centrales, à l’organisation des soins aux blessés, aux cas de désertion et de fusillés, etc. Les chapitres 3 et 4 sont consacrés à la mobilisation des ressources industrielles et agricoles dans leur diversité (y compris les mines), à l’émergence progressive d’une contestation sociale, aux réquisitions diverses (en nature, volume et conséquences), aux questions monétaires et financières (emprunts et souscriptions nationales mais aussi « monnaie locale »), etc. Les chapitres 5 et 6 abordent des questions plus politiques, liées à la propagande et à la mobilisation intellectuelle, à la censure, au maintien de l’ordre public et à la surveillance des suspects. Les deux derniers enfin s’intéressent à l’organisation de la bienfaisance et de l’action sociale, aux problèmes propres aux réfugiés des régions envahies (quelques pages à la fois plus particulièrement originales sur les conséquences et le coût de cet accueil), puis aux manifestations du « devoir de mémoire » après l’armistice, dans les cimetières, par le biais de monuments, dans les églises, et jusque dans l’évolution de la toponymie.

Complété par divers tableaux et graphiques, bien illustré par une iconographie en lien direct avec le sujet, ce petit volume intéressera bien sûr les amateurs d’histoire régionale, mais il sera très utile également à tous ceux qui s’intéressent à la Grande Guerre dans la diversité de ses manifestations et composantes à l’intérieur.

Editions Sutton, Saint-Avertin, 2014, 192 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-8138-0848-6.

Solide étude départementale
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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 07:00

Guerres à l’horizon

Thomas Flichy de La Neuville et Olivier Hanne

Une grosse brochure, constituée par une série de textes sous forme d’articles de 4 à 6 pages chacun pour l’essentiel, visant à brosser le tableau des menaces qui pèsent sur l’Europe et surtout, nous précise l’introduction, à présenter des réponses concrètes.

Le volume est divisé en cinq parties de deux articles qui abordent des thèmes très différents, liés à des notions « stratégiques » (puissance maritime, « guerre douce ») ou à des aires géographique (Afrique, Moyen-Orient). Certains renvoient très directement à des ouvrages récents des principaux contributeurs (« Le retournement diplomatique de l’Iran »). On reste toutefois sur sa faim pour deux raisons principales : le caractère limité de chaque contribution réduit naturellement la possibilité de développements plus complexes d’une part, la dominante intellectuelle (« Ecole géoculturelle ») peine à convaincre de sa « nouveauté » par des retours fréquents à des thèmes très classiques, pour ne pas dire conservateurs. Certaines affirmations ou conclusions enfin peuvent être d’autant plus sérieusement discutées que ces articles ne sont accompagnés d’aucune bibliographie indicative et ne comporte pas (à quelques rarissimes exceptions près) de notes de référence. Et puis, finalement, une question de fond : y a-t-il réellement un « retour de la guerre » ? Celle-ci avait-elle disparu (quand ?) de la surface du globe ?...

Au bilan, comme pour d’autres publications antérieures, le sentiment d’un ouvrage publié trop vite (scories), avant d’avoir été suffisamment mûri sur le fond. Un kaléidoscope de situations conflictuelles qui ne sont pas toutes de même nature et dont on peut parfois se demander pourquoi elles sont traitées successivement. Des analyses plus journalistiques que de fond.

Editions Lavauzelle, Panazol, 2014, 95 pages. 13,80 euros.

ISBN : 978-2-7025-1613-3.

Zones de crise
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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 06:15

Géopolitiquement correct & incorrect

Harold Hyman et Alain Wang

Chroniqueur télévisé dont on se souvient au moins de l'accent anglo-saxon,  Harold Hyman brosse en une dizaine de chapitres le tableau des zones de crise de notre monde.

Il affirme dans son introduction vouloir "dévoiler et clarifier les noeuds de tensions entre puissances" et veut ancrer son propos en dehors de tout carcan "d'expertise" dans "la réalité des faits". Louable intention, qui menace toujours de nous rapprocher des conversations de café du commerce, car le bon sens et une solide culture générale ne peuvent pas toujours tout. Les deux premiers chapitres, consacrés pour l'un à la Russie et pour l'autre à l'Europe de la Défense, sont à cet égard tout à fait significatifs de cette ambiguité inhérente à l'ouvrage : quelques bonnes idées, quelques explications claires, mais aussi un mélange des lieux et des périodes pour renforcer son argumentation. D'Europe en Asie et en Afrique, et jusqu'en Amérique latine, Harold Hyman traite ainsi en quelques pages de toutes les zones de conflit, actif ou latent. Certaines pages emportent l'adhésion, d'autres laissent plus dubitatif. On apprécie, à la fin de chaque chapitre, les définitions en quelques lignes des principaux termes spécifiques à la région ou au sujet traité, mais l'on regrette que pas une seule référence ne figure dans ces quelques 200 pages. A croire que l'auteur n'en a pas besoin ?

Un ouvrage facile à lire, une carte par thème, quelques précisions de vocabulaire, et des affirmations parfois un peu rapides ou une démonstration un peu approximative. Enfin, le "géopolitiquement incorrect" trouve rapidement ses propres limites... A consulter, puis à chacun de voir si le livre peut lui être utile. 

Tallandier, Paris, 2014, 236 pages. 16,90 euros.
ISBN : 979-10-210-0534-1.

Comprendre les conflits actuels
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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 06:00

Bis zum Ende - Jusqu'au bout.

Août-septembre 1914 : la Lorraine bascule dans la guerre

Kévin Goeuriot et Nicolas Czubak

Récompensé par le prix "Maginot" lors du récent salon du livre de Verdun, cet ouvrage fait la synthèse de plusieurs années de recherche et de visites sur le terrain, et rend un hommage appuyé à la Lorraine et aux combattants des premières semaines de combat.

Organisé en cinq chapitres, il présente chronologiquement les événements antérieurs à la déclaration de guerre, la montée en puissance de fin juillet - début août, la mise en place de la couverture, l'arrivée des mobilisés et les premières escarmouches. Le chapitre 3, central, précise les conditions d'entrée en campagne, du côté de chaque belligérant, et insiste bien sûr sur les meurtrières batailles du 22 au 25 août. Cette partie, traitée avec un grand souci du détail sur la base en particulier des JMO des unités, bénéficie pour chaque combat de plusieurs très belles et très lisibles cartes réalisées par les auteurs eux-mêmes. Le chapitre 4 s'attache à décrire "le martyr des populations", dont les villages furent incendiés, les Bavarois se comportant de manière particulièrement cruelle. Le chapitre 5 enfin traite des opérations de septembre, qui voient les Allemands porter leur effort en direction de la Meuse et de Saint-Mihiel avec en particulier le combat de la Selouze.

Insistons une nouvelle fois sur l'importance et la qualité de l'iconographie et en particulier de la cartographie. Le volume se termine sur une belle bibliographie (dont de nombreux témoignages) et l'indication précise des sources françaises et allemandes utilisées. Un beau volume qui apparte une contribution aussi complète qu'utile à notre connaissance du début de la Grande Guerre en Lorraine. 

Editions Serpenoise, Metz, 2014, 247 pages, 30 euros.

ISBN : 978-2-87692-958-6.

Batailles des frontières
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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 06:20

La conquête de la Norvège (1940)

La première opération interarmées de l'histoire

Vincent Arbarétier

Pourquoi le IIIe Reich s'est-il intéressé aux Etats scandinaves avant son offensive à l'Ouest ? Comment ces opérations ont-elles été planifiées et comment ont-elles été conduites ? Tel sont les thèmes de ce livre, préfacé par le GCA Castres, qui nous présente ces engagements comme une première dans le domaine de l'interarmisation. 

Vincent Arbarétier procède méthodiquement, selon un plan chrono-thématique et n'oublie pas de replacer ces combats dans leur cadre régional, en particulier celui de la guerre russo-finlandaise, mais aussi politique avec le rôle de Quisling en Norvège même. La future opposition attendue avec le Royaume-Uni explique l'intérêt que porte assez soudainement Hitler à la Norvège, sur les recommandations de son chef d'état-major de la Marine, afin de pouvoir contrôler ce "balcon" sur l'Angleterre pour sa flotte et son aviation. L'auteur raconte avec de multiples détails tout le processus de planification, la difficile coopération entre armées et les préliminaires militaires aussi bien politiques que diplomatiques de l'opération Weserübung. Elle même divisée en sous-opérations, lancée début avril, elle est décrite dans ses moyens et leur emploi opérationnel sur la base des archives, dont les organigrammes des unités et les plans d'opérations de l'époque. La dernière partie est consacrée aux combats en Norvège méridionale, dont la bataille de Narvik symbolise pour les Français l'essentiel de cette campagne et qui est vue ici du côté allemand. Les atermoiements alliés et les hésitations britanniques transparaissent à plusieurs reprises. Le livre se termine sur une chronologie détaillée, une solide bibliographie et l'indication des sources aux archives allemandes de Fribourg. 

On apprécie (cette fois) la qualité des cartes, très lisibles. Le style direct de l'auteur donne à l'ensemble un rythme soutenu qui ne manque pas d'intérêt, et l'on se dit effectivement que la coopération interarmées, mise en oeuvre de façon empirique et parfois sans beaucoup de bonne volonté de la part de certains participants, y a bien gagné ces lettres de noblesse. Première étude d'ensemble en français sur les aspects militaires de cette opération, ce livre mérite indiscutablement d'être connu de tous les amateurs de la Seconde guerre mondiale 

Economica, Paris, 2014, 159 pages, 23 euros.
ISBN : 978-2-7178-6756-5.

Vers Narvik
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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 06:00

 

Journal de la guerre

1914-1919

Guy de Pourtalès

Né en Allemagne, ayant vécu en Suisse, Guy de Pourtalès est mobilisé en 1914 mais il ne connaîtra pratiquement pas le front. Interprète militaire, il est successivement affecté sur des postes en lien direct avec la conduite de la guerre sans en subir les dangers immédiats.

Au jour le jour, Guy de Pourtalès note les informations dont il peut disposer, les rumeurs qui lui parviennent, rend compte des évolutions de l'état d'esprit public et de celui des élites qu'il fréquente, se laisse aller à quelques commentaires à chaud, généralement contredits quelques temps plus tard : "La frousse des Parisiens est scandaleuse, ainsi que la fuite du ministère. Je fais le pari que si nous sommes victorieux, ce gouvernement là restera in aeternum à Bordeaux". Du fait de sa position sociale et de ses relations familiales, il intègre plus souvent que d'autres des considérations relatives aux questions internationales et s'intéresse au potentiel russe, à l'attitude de la Turquie ou des royaumes balkaniques, etc. Affecté comme officier de liaison auprès des Britanniques, il raconte la vie de leurs états-majors et celle de l'arrière-front dans la région d'Armantières, où il apprend l'emploi par les Allemands de gaz de combat en avril 1915 : "Les artilleurs ont vu tout à coup les Boches devant eux, à 400 mètres ! L'infanterie n'avait pu tirer un coup de feu, tellement la surprise de cette nouvelle méthode avait été complète et efficace". Longuement hospitalisé pendant l'année 1915, il observe le personnel hospitalier et attend les visites. Après avoir temporairement rejoint une nouvelle formation britannique, il est détaché au ministère des Affaires étrangères et passe à la "Maison de la presse" pour s'occuper de propagande, et devient en Suisse le gérant du plus grand quotidien de Suisse romande. Sa situation se détériore à la fin de l'année 1917 lorsque, dans le cadre de la lutte contre le défaitisme, l'existence d'un cousin allemand officier dans l'armée impériale jette sur lui le soupçon, sinon le discrédit, et il doit quitter le service. Les quelques 200 dernières pages concernent ainsi la période qui suit le 11 novembre. Quelques descriptions intéressantes, dont celle de l'entrée du président Poincaré à Strasbourg, ou les premiers temps de la libération de Metz.

Un témoignage intéressant et original, ne serait-ce que parce l'intéressé occupe des fonctions à la fois périphériques mais proches du conflit, mais aussi du fait de son statut social et de ses activités d'auteur. Un angle d'approche et des analyses qui méritent vraiment d'être connues.

Editions Zoé, Genève, 2014, 1008 pages, 34 euros.

ISBN : 978-2-88182-927-7.

Témoignage distancié
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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 06:20

Michelet,

créateur de l'histoire de France

Lucien Febvre

Deux noms parmi les plus célèbres des historiens français. Michelet, au XIXe siècle, Febvre, au XXe. Le second exposant longuement en 1943-1944 tout ce que l'histoire doit au premier. C'est "beau comme l'Antique".

Après un très solide avant-propos de Yann Potin, l'ouvrage nous propose pour la première fois la retranscription complète des trente leçons publiques dispensées entre décembre 1943 et mars 1944 au Collège de France par Lucien Febvre. En pleine guerre, alors que l'occupation allemande se fait plus lourde, il explique que l'apport décisif de Michelet à l'historiographie est d'avoir libéré l'histoire de France de la notion de "race". Ni la race, ni le sol, ni l'économie, ni la religion n'expliquent l'existence et le destin de la France, la réponse se trouve dans le concept de nation. Les leçons qui se succèdent constituent ainsi une ode, un hommage, une démonstration de cette vérité qui constitue alors le socle d'une résistance intellectuelle : "France, pays un et multiple qu'il faut aimer si l'on veut le comprendre, dans son unité et dans sa multiplicité tout à la fois ; France qui n'est jamais tout à fait elle-même, et qui se renouvelle constamment ; France qui, plus qu'aucun pays au monde, appartient à tous ses fils pareillement, également, à tous ses fils porteurs d'idéaux nullement contradictoires -et qui, les uns après les autres, fournissent à l'heurequ'il faut l'homme qu'il faut, tantôt Etienne Marcel, et tantôt Jeanne d'Arc, tantôt Louis XI, Richelieu, Colbert ou Carnot, chaque fois l'homme qui peut le mieux incarner, à l'heure juste, la réaction de la Nation dressée pour la sauvegarde de son génie propre, contre le roi tour à tour, ou contre la noblesse, contre l'Eglise, la Cour ou l'Etranger". On le voit, la pureté de la langue, la force du style, l'immensité des apports parmi lesquels Febvre va puiser son argumentation forcent l'admiration. Reprenant le parcours et la bibliographie de Michelet, Febvre brosse avec brio les étapes de cette création originale qu'est la France. A la fin de la 20e leçon : "L'histoire de France ne peut pas commencer au Xe siècle. L'histoire de France commence au commencement. Dès qu'il y a sur le sol de ce qui est aujourd'hui, de ce qui sera demain, la France, pour ce que nous le valons, des hommes qui peinent, et qui inscrivent sur la terre de France les traces de leur dur labeur de laboureurs et de bûcherons. Des hommes qui chantent, des hommes qui rêvent, des hommes qui pensent". Une argumentation et une ode donc, et presque chaque page peut donner lieu à des citations caractéristiques : "L'histoire de France, comme l'histoire de tous les pays qui ont beaucoup vécu, c'est l'histoire d'une suite prodigieuse de hasards et de vicissitudes. La France de l'historien, c'est un hasard, un hasard compliqué certes ! Mais un hasard derrière lequel s'aperçoivent des centaines de milliers de volontés humaines, de volontés françaises, luttant pour maintenir les Français dans ses voies, dans sa ligne, conformément à une sorte de plan directeur dont on disait que les hommes, que les Français portaient en eux plus ou moins consciemment, plus ou moins obscurément, la notion, comme les abeilles, comme il faut bien que les abeilles portent en elles, plus ou moins obscurément, la notion de leur ruche" (25e leçon). Significativement, les dernières leçons sont consacrées à Paris, alors capitale occupée.

Alors que se développe depuis quelques années toute une polémique autour de la notion de "roman national", alors que l'enseignement de l'histoire fait l'objet de critiques et contestations diverses, voici un texte (par ailleurs superbe) de référence qu'il importe que chaque amateur (chaque citoyen) connaisse. 

Librairie Vuibert, Paris, 2014, 448 pages. 22,50 euros.

ISBN : 978-2-311-00108-2.

Hommage à un fondateur
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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 06:00

Correspondances conjugales 1914-1918

Dans l'intimité de la Grande Guerre

Clémentine Vidal-Naquet

Curieux volume constitué par un ensemble de neuf échanges de lettres entre hommes et femmes pendant la Première Guerre mondiale. Apès une rapide introduction générale, Clémentine Vidal-Naquet présente en quelques pages chaque couple avant de nous proposer la retranscription de ces échanges.

Parmi les correspondances retenues, des anonymes ou des gens célèbres (Ferry, Pétain) et une périodicité variable, quotidienne, hebdomadaire, voire parfois plus large. Pas de révélation à proprement parler, mais des dominantes en fonction de la situation du couple et de son parcours antérieur. Si l'on trouve assez peu de références aux opérations conduites sous la plume de Pétain, Ferry et sa femme ne se privent pas de multiplier les indications à caractère plus politique et citent régulièrement les grandes figures parlementaires et gouvernementales du temps. Chez l'un, le souci principal est celui du travail de la femme laissée seule et il se réjouit de voir amis et voisins venir prêter main forte. Chez l'autre, la question clef est longtemps celle de l'éducation d'un enfant auquel le père sait qu'il manque et craint de manquer davantage encore. L'épouse de l'un ne se prive parfois pas d'essayer de faire jouer les relations de la famille pour obtenir un poste moins exposé, voire un retour vers l'arrière : l'embuscage organisé familialement ; celle de l'autre serait prête à accepter une éphémère relation extra-conjugale du conjoint. Les questions ancillaires et les problèmes familiaux prennent bien naturellement une place essentielle, mais, dominant le tout, la référence constante à l'être aimé(e), la répétition sous des formes souvent touchante de l'attachement de l'un à l'autre, l'espoir de revenir vivant et aussi vite que possible. Pour Ferry (en particulier, parmi les textes les plus riches) voire pour Pétain (beaucoup plus sobre), une étude précise permet de s'interroger sur des sujets plus larges (son rapport aux officiers d'état-major qu'il critique sans cesse, tout en comprenant leur rôle lorsqu'il est lui-même affecté sur ce type de poste).

On aurait aimé une mise en contexte plus large de chaque correspondance, et peut-être une synthèse plus marquée des particularités de chacun. Un volume qui, par la diversité des expériences et des parcours qu'il retrace pourra être utilisé en complément pour des études très différentes. Et qui traduit tout simplement cette vérité que les couples peuvent s'aimer et que les séparations causées par la guerre approfondissent mais bouleversent aussi les relations en son sein. Humain, très humain.

'Bouquins', Robert Laffont, 2014, 1063 pages, 30 euros.
ISBN : 978-2-221-13698-0.

Lettres de couples
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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 06:00

La fleur au fusil

Jean Galtier-Boissière

Le journal de début de campagne du futur fondateur du célèbre magazine Le Crapouillot, qui écrit : "J'ai eu l'honneur de prendre part aux cinq premiers mois de la campagne de 1914-1915" et qui deviendra l'un des adversaires les plus déterminé du "bourrage de crâne".

Commençons par cette phrase citée en introduction, qui dit bien l'esprit dans lequel Galtier-Boissière témoigne de sa guerre : "Qui n'a pas fait campagne ne peut pas comprendre avec quelle émotion un troupier dit mon régiment, ma compagnie, mon escouade ... Le soir d'un engagement, quel réconfort de retrouver des faces familières autour de la flambée de sarments ! De causer avec des copains de classe, d'échanger des impressions, de se rappeler à tête reposée les dangers auxquels on est encore tout ahuri d'avoir échappé ! Chacun conte avec simplicité sa propre aventure dans la grande bagarre". Le récit commence au quartier le 17 juillet 1914 et se poursuit jusqu'au 15 septembre, pendant la poursuite qui suit la bataille de la Marne. Plus de la moitié du volume se déroule en fait avant le premier engagement, à la date du 22 août dans le secteur de Lexy. En fait, Galtier-Boissière ne raconte pas les grandes opérations, mais parle de la campagne qu'il a vécu, met en relief des instants particuliers, des dialogues avec ses camarades et ses chefs. La découverte du feu est un moment terrible pour tous, savoureusement présenté, dans toute sa dramatique réalité ; la faim bientôt tenaille les hommes, et l'on en voit deux partager une boule de pain, trouvée par terre, "moisie" ; il nous décrit ces combats "sans voir l'ennemi" : "Le capitaine bondit dans la fumée. Un clairon, debout, sonne la charge à pleins poumons puis s'abat. Les rangs s'éclaircissent. Nous avançons toujours sans regarder en arrière". Quelques combats oubliés de la grande histoire, le capitaine Léon, révolver au poing, "saoul comme un Polonais" tenant la ligne avec ses tirailleurs, puis la retraite dans la poussière, avec la faim, une commune de l'arrière avec ses officiers d'intendance ou des postes où la vie semble bien différente, un blessé allemand fait prisonnier et fouillé avant d'être envoyé à l'ambulance, un autre capitaine qui tente de prévenir un début de panique dans le repli des unités qui s'accélère, le canon si souvent présent, les réservistes qui prennent toute leur place, la Marne enfin sous la pluie, avec ses tirs fratricides, ses sacrifices individuels, et l'annonce somme toute assez sobre en première ligne, le 13 septembre, de la victoire de la Marne

On apprécie tout particulièrement le style, la densité du témoignage, la pertinence des observations, qui marquent le grand journaliste soucieux de témoigner de la réalit. Un récit de première main, indispensable pour les mois d'août et de septembre 1914.

Vendémiaire, Paris, 2014, 285 pages, 16 euros.

ISBN : 978-2-36358-141-9.

L'homme du Crapouillot
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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