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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 06:00

1916

L'enfer

Jean-Yves Le Naour

Après 1914 La grande illusion (ici), puis 1915 L'enlisement (ici), voici le troisième volume de la saga. Dans le style vif et enlevé de l'auteur, il présente les mêmes qualités que les précédents et propose, semble-t-il, la même approche.

Dès l'introduction, le ton est donné : "Les grandes hécatombes avaient enfin ouvert les yeux du commandement. L'idée que l'artillerie conquiert et que l'infanterie occupe était en train de s'imposer". Sauf qu'elle s'est imposée bien des mois plus tôt, mais qu'il ne suffit pas d'analyser correctement une situation pour avoir les moyens matériels de répondre au problème d'une part et que cela n'empêche pas les pressions politiques et les contraintes d'alliance. Bref, c'est plus complexe. Joffre, qui exerce son autorité sur l'ensemble des armées françaises depuis la fin de l'année précédente est ainsi le "fil rouge" de ce volume, et chacune de ses décisions fait l'objet de critiques féroces, de ses relations avec Gallieni à l'offensive de Verdun, de la préparation de la bataille de la Somme au rôle des armées d'Orient, des rapports avec les politiques ou les Russes à son limogeage en fin d'année. A devenir systématique, la démonstration devient contre-productive. Ainsi, l'affaire des bombardements de Paris par des Zeppelin à la fin du mois de janvier et la question de la défense contre avions de la capitale : on se demande en quoi le GQG "est le véritable patron" du sous-secrétaire d'Etat démissionnaire René Besnard, s'agissant de la capitale (hors zone des armées) et de décisions de l'administration centrale ? 1916 est donc pour Jean-Yves Le Naour le volume où il peut étriller Joffre au maximum. On attend avec impatience comment il traitera Nivelle puis Pétain en 1917.

Ce point évoqué, Jean-Yves Le Naour fait preuve d'une très large connaissance des événements et décrit avec beaucoup de détails (dont de nombreux très probablement ignorés du grand public) l'évolution générale des situations et des rapports de forces, aussi bien militaires que politiques et diplomatiques. Le récit de l'année est parfois brillant, ponctué par de très nombreuses citations des acteurs ou témoins des événements comme de la presse de l'époque. Il aborde également des sujets peu connus en France (les restrictions alimentaires et la faim en Allemagne, les débats sur la guerre sous-marine à Berlin, ou l'action du colonel House représentant les Etats-Unis). Les dernières pages, qui présentent de façon négative la notion de "force morale", auraient mérité d'être contextualisées, tout comme les qualificatifs "définitifs" et les appréciations rapides au fil du texte (Roques est bien loin d'être un inconnu en 1916, même si ensuite son nom a été oublié), qui font parfois figure d'affirmations peu heureuses. Un livre aussi intéressant et parfois "urticant" que les précédents, qui doit figurer dans toute bonne bibliothèque sur la Grande Guerre et que l'on complètera par d'autres lectures.

Perrin, Paris, 2014, 375 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-262-03036-0.

Troisième opus
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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 06:15

Un jour tu verras, mon fils

Philippe Escot

A partir d'une recherche familiale poussée et de travaux dans différentes bibliothèques et centres d'archives, Philippe Escot reconstitue l'histoire d'une famille de Colomiers, village de la banlieue de Toulouse, pendant la Grande Guerre et, en quelque sorte, une partie de l'histoire du village lui-même.

L'ouvrage a le mérite de présenter en détail, parallèlement à la famille des poilus, la situation et la vie dans le village, où les fêtes traditionnelles d'août 1914 sont simplement... reportées. Au fur et à mesure des pages, tandis que l'histoire générale de la guerre est racontée, illustrations, cartes postales et extraits de lettres nous ramènent à Jean-Marie Sénac et à ses frères. En creux également, nous avons beaucoup d'éléments sur le 17e corps d'armée, recruté dans la région, et sur l'activité des régiments territoriaux auxquels appartiendra Sénac pendant la guerre (comme la poursuite des travaux du camp retranché de Paris en 1915, l'aménagement de l'arrière front du Chemin des Dames au printemps et à l'été 1917 -avec cantonnement dans des creutes-, ces innombrables travaux sur les voies de communication qui "se poursuivent de jour et de nuit", etc.). De nombreuses cartes permettent aussi de suivre les mouvements et de comprendre les déplacements des unités et une bibliographie indicative qui n'oublie pas les textes officiels permet d'aller plus loin.

Finalement, en reconstituant l'histoire des unités auxquelles Sénac a appartenu pour décrire et comprendre le parcours de son aïeul, Philippe Escot nous propose une histoire à la fois individuelle et collective de la guerre pour un territorial, du plus grand intérêt. Et restaure en quelque sorte la réputation de ces territoriaux qui contribuèrent à la totalité du conflit, à l'avant comme à l'arrière front.

Les Editions Occitanes, 2013, 168 pages, 15 euros.

ISBN : 979-10-93225-00-5.

Pour contacter directement l'auteur et acquérir le livre : philippe.escot(at)gmail.com

Une famille dans la guerre
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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 06:00

Lettres de la Wehrmacht

Marie Moutier

Si les correspondances publiées de soldats de la Grande Guerre sont fort nombreuses, l'édition en France de lettres de soldats allemands de la Seconde guerre mondiale est relativement peu fréquente, et ce livre constitute donc une intéressante nouveauté.

Comme pour bien d'autres conflits, ces courriers personnels témoignent de l'humanité profonde des hommes engagés dans le conflit, de leur souci de leur famille, de leurs peurs, des évolutions générales de moral aussi : il n'y a rien d'étonnant à ce que les soldats de la Wehrmacht victorieuse de 1941 témoignent d'une moral de vainqueurs, tandis que ceux de 1944 ou 1945, parfois les mêmes, ne souhaitent que la fin de la guerre. Finalement, hors les différences qui tiennent au théâtre d'opérations ou aux matériels, ces correspondances ne sont pas fondamentalement différentes sur le fond de celles de la Grande Guerre. Les auteurs ont fait le choix de classer ces courriers chronologiquement et par thèmes. Il y a ainsi trois grandes parties : "Les seigneurs de la guerre (1939-1941)", "De fer et de sang (1942-1943)", et "Crime et châtiment (1944-1945", comprenant chacune autour de 35 thèmes illustrés par une ou deux correspondance(s). On apprécie la grande diversité des périodes et territoires, de l'extrême Nord européen à la Crète en passant par la France, l'Afrique du Nord et la Russie bien sûr (inérêt pour les considérations climatiques et topographiques qui influent sur les opérations), et le fait que chaque lettre soit précédée de quelques lignes qui présentent l'auteur et son parcours militaire. On y apprend au passage que certains soldats de la Wehrmacht n'ignorent rien des massacres perpétrés en Europe orientale et ont parfaitement connaissance des crimes de la SS (dont ils parlent à leurs familles). Au-delà des considérations militaires, il y a bien sûr tous les aspects liés à la vie familiale, aux sentiments personnels et aux changements d'humeur au fil des semaines et des mois. Et l'espoir chevillé au corps : "Ces immenses pertes que nous réservent les bombes ennemies, nous saurons les surmonter bientôt ; si la guerre se termine par une victoire de l'Allemagne. Quand je serai de nouveau près de vous, nous reconstruirons tout ensemble, peut-être même que nous aurons un plus beau foyer qu'avant. Si nous restons sains et saufs tous les deux, la chance nous sourira de nouveau", le 1er janvier 1945.

Une approche "par le bas" de l'armée allemande de la Seconde guerre mondiale.

Perrin, Paris, 2014, 338 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-262-04339-1.

Courriers de soldats
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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 06:20

Correspondance d'Henri Suillaud

Boulanger Maître-Coq à bord du cuirassé Suffren

Ives Rauzier

Les témoignages "du bas" dans le domaine de la guerre navale sont rares. Celui-ci l'est d'autant plus que l'auteur de ces correspondances n'est pas à proprement parler "marin" et que les lettres sont retranscrites telles que rédigées, avec l'orthographe et la syntaxe d'origine. Ce dernier point d'ailleurs étonne au départ, puis (même si le lecteur s'habitue peu à peu) énerve parfois : n'était-il pas envisageable, après avoir reproduit à l'identique quelques courriers pour présenter les correspondances authentiques, de corriger (en le précisant dans l'introduction) les fautes les plus importantes et régulières pour la facilité de lecture aujourd'hui ?

Si elle est dense, cette correspondance couvre une période relativement limitée : d'août 1914 à janvier 1916. Durant ces dix-huit mois, le navire à bord duquel est embarqué Henri Suillaud est d'abord en charge du transfert des troupes d'Afrique du Nord vers la métropole, puis de la protection au débouché du canal de Suez des navires alliés en Méditérannée orientale "pour convoyer les indiens jusqu'à Marseille", enfin il est longuement engagé dans le large secteur des îles grecques et de l'accès aux Dardanelles. Il participe aux patrouilles, à la lutte contre les sous-marins ennemis, aux opérations actives contre les Détroits turcs. Il raconte qu'il croise au large de telle île ou dans tel port d'autres navires français ou britanniques célèbres, on passe de Moudros (on n'imagine généralement pas en France l'importance prise par ce port pour les flottes britannique et française) au large de Smyrne, d'Imbros à Port Saïd, puis à partir de l'automne 1915 surgit avec une fréquence croissante le nom de Salonique. Outre les observations et réflexions que lui inspire ce qu'il voit et ce qu'il peut lire sur l'évolution générale des situations militaires et diplomatiques dans la région (nombreuses réserves sur les articles des journaux), il consacre bien sûr une grande partie de ses lettres à des considérations familiales et financières, à encourager sa femme, à l'assurer qu'il attend avec impatience un retour vers Marseille ou Toulon qui tarde et une permission qui ne vient pas : "Tu sais, l route de Toulon est dangereuse, mais ça ne fait rien on me dirait que nous partons pour Toulon je serais bien content qu'and même, le sous-marin ne viendra pas vite nous torpiller" (29 septembre 1915). Les dernières cartes postales parlent de Messine, de Malte, et d'un retour dans quelques jours. Le Suffren sera coulé à la fin de la même année au large du Portugal alors qu'il rentre vers Lorient, entraînant dans la mort près de 650 marins.

Un témoignage très intéressant car ces correspondances abordent tout autant les questions privées que les descriptions de l'emploi du navire, les relations amicales que les sujets plus politiques, les sentiments personnels que les rumeurs des ports, etc. Un livre qui apporte beaucoup à notre connaissance du vécu des marins dans les opérations navales en Méditérannée.

TheBookEdition, Lille, 2014, 203 pages, 15 euros.
ISBN : 978-2-9501954-7-0.

Commander directement le livre : ici

Pour contacter l'auteur : ici

Guerre navale
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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 06:00

Les Cathares

Vie et mort de parfaits hérétiques

Stephen O'Shea

Avec une remarquable régularité, chaque année ou une année sur deux, arrive en devanture des librairies un nouvel ouvrage sur les Cathares. Leurs conceptions religieuses schismatiques, déclarées hérétiques, la croisade lancée contre eux et la fin de l'indépendance méridionale avec le rattachement des terres des seigneurs d'Oc au royaume de France, la bataille de Muret (et l'ignorance militaire crasse de seigneurs du sud) et le bûcher de Montségur, les légendes autour d'un trésor et les mystères autour des derniers "parfaits", les "séquelles" des livres romantiques du XIXe siècle aussi, tout cela entretient dans la durée un intérêt pour le sujet et la période. Dans ce volume, publié pour la première fois aux Etats-Unis en 2000 et qui à proprement parler n'apporte rien de nouveau, l'auteur brosse un vaste tableau de l'hérésie dans son temps et dans son espace. Sans doute l'auteur, canadien, s'est-il pris de passion pour ce Languedoc qui "n'est pas une nation ou province à part entière, mais demeure le berceau des invisibles Cathares", car il aborde son sujet de façon plus "sentimentale" ou romancée qu'historique ("Le sac de Béziers fut le Guernica du Moyen-Âge"...). De Bernard de Clairvaux et Arnaud Amaury du côté de la croisade à Bélibaste et Guilhabert de Castres pour les hérétiques, de Simon de Montfort à Louis VIII pour les chevaliers francs aux fiers comtes de Toulouse, au roi d'Aragon, aux comte de Foix et au vicomte de Trencavel pour les seigneurs d'Oc, cette large fresque nous raconte une histoire de foi et de passion, dans laquelle s'opposent l'honneur bafoué et l'arrivisme économique et familial, le sens du sacrifice et l'absence totale de scrupule, l'appartenance à une communauté et l'égoisme personnel. Un drame tragique sur fond d'événements avérés.

Alors, même si l'absolue réalité historique peut souffrir en certains chapitres et si l'auteur adopte un parti romantique et héroïsé contre la croisade française, le méridional que je suis aime bien ce livre, dans lequel je retrouve les pauvres seigneurs faidis, le jeune comte Raymond à Beaucaire, les petits nobles des Corbières, etc. Au-delà de l'hypothétique "trésor des Albigeois" ou des élucubrations de Rahn sur le Graal, je me souviens que les comtes de Toulouse furent seigneurs en Provence. Tant pis, cette fois, pour la rigueur de la recherche, je préfère en toute connaissance de cause, pour le plaisir de la lecture, la réécriture épique.

Ixelles éditions, Paris, 2014, 366 pages. 23,90 euros.

ISBN : 978-2-87515-230-5.

Les Parfaits
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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 06:00

La mort d'Albéric Magnard

3 septembre 1914

Jean-Jacques Langendorf

Une toute petite brochure, pour un texte paru pour la première fois il y a neuf ans dans un recueil de nouvelles.

Une histoire familiale et humaine un peu compliquée, d'un pianiste de bonne famille, entre l'Allemagne, la France et l'Angleterre dans les années qui précèdent la Grande Guerre. Après quelques déboires (familiaux, sentimentaux, intellectuels), il se replie sur lui-même, mal dans sa peau et dans sa tête. En août 1914, il semble se décider à l'engagement face à l'invasiion allemande, mais ne rejoint finalement que sa propriété pour éventuellement la protéger (?) si l'envahisseur veut s'y installer. Pour défendre son beau-fils arrêté par les Allemands, il ouvre le feu avec son revolver et tue deux soldats. Son geste est pris pour une action de francs-tireurs par l'unité allemande de passage, d'où représailles sur le village et incendie de sa maison... C'est tout. Et puis ? Plus rien. Lu en quinze minutes. Une approche romancée des premières semaines de guerre.

Quelques pages pour retracer la vie d'un musicien mal dans son monde. D'un homme mal dans son temps. 

Le Polémarque, Nancy, 2014, 34 pages, 8 euros.

ISBN : 979-10-92525-01-4.

Mort d'un artiste
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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 06:00

Ils ont échappé à la mort

Les tentatives d'assassinat qui ont changé l'histoire de France

Luc Mary

De Gaspard de Coligny à Jacques Chirac, les tentatives d'attentat plus ou moins "foireuses", ayant échoué par amateurisme des organisateurs ou heureux hasard pour le rescapé.

Le livre commence avec l'attentat manqué contre Gaspard de Coligny le 22 août 1572, organisé par Catherine de Médicis, mère du roi Charles IX, qui débouche deux jours plus tard sur le massacre de la Saint-Barthélémy. Il se termine par le coup de feu de Maxime Brunerie contre le président Chirac le 14 juillet 2002, jeune d'extrême-droite qui veut tuer le chef de l'Etat pour devenir célèbre et sortira de prison dès 2009 pour tomber dans l'oubli. Les attentats du XXIe siècle n'ont plus ni l'aura ni les conséquences de leurs prédécesseurs... Entre temps, les "affaires" se sont succédées, sous tous les régimes, de Henri IV à Louis XV, de Bonaparte à... Napoléon, de Louis-Phillipe (plusieurs fois) à Napoléon III sur fond d'unité italienne, de Clemenceau au lendemain de la Grande Guerre à Laval dans le contexte trouble de l'occupation allemande, jusqu'à de Gaulle poursuivi à plusieurs reprises par les partisans les plus radicaux de l'Algérie française. La diversité des situations dans le temps et dans l'espace interdit d'en tirer des enseignements communs et significatifs.

Finalement, il s'agit de la description d'une succession de situations particulières, globalement bien replacées dans leur contexte. Un petit livre facile à lire et qui nous replonge dans des périodes de crises et de tensions. Agréable pour les vacances.

Tallandier, Paris, 2014, 210 pages. 18,90 euros.
ISBN : 979-10-210-0626-3.

Un détail qui change tout
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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 06:15

La Grande Guerre oubliée

Russie, 1914-1918

Alexandre Sumpf

Enfin ! Depuis longtemps, l'historiographie française relative à la Russie tsariste dans la guerre n'avait pas évolué. Cette belle étude comble indiscutablement une lacune.

A l'occasion du centenaire de la Grande Guerre, il est agréable de voir que certains historiens se mobilisent pour éclairer des zones d'ombre, telle que le rôle de l'Empire tsariste pendant ce terrible conflit. Et c'est un ouvrage d'histoire totale particulièrement réussi sur ce sujet que nous livre Alexandre Sumpf, maître de conférences à l'université de Strasbourg et soviétologue spécialisé en histoire sociale.
L'ouvrage se compose de neuf parties que l'on peut diviser en deux grands moments.   
La première partie composée des quatre premiers chapitres (« La Russie s'en va en guerre », « Le théâtre de la guerre », « Les coulisses de la guerre » « Les épreuves de la guerre »)  s'attache à montrer la réussite relative de la mobilisation dans un pays soumis à des contraintes géographique et politique majeures. Le manque de modernité du pays force le gouvernement du Tsar à déployer des trésors d'ingéniosité pour augmenter sa production industrielle nécessaire dans une guerre moderne. Pourtant, malgré une mobilisation du pays sans précédent, aucun des objectifs industriels n'arrive à être atteint, notamment dans le domaine de l'armement alors que l'armée russe doit faire face, contre les forces allemandes, à une guerre de matériel. L'auteur aborde aussi les problèmes que rencontrent les forces tsaristes en Galicie autrichienne, les différentes formes que prend l'occupation tout au long de la guerre et aborde les questions des identités nationales et de l'unité du pays autour de la personne du Tsar de façon tout à fait passionnante.
La seconde partie (« Une société mobilisée », « La dissolution de la nation impériale », « Le catalyseur de la Révolution » et « De la guerre impérialiste à la guerre civile ») détaille les raisons d'une rapide et brutale descente aux enfers. Les effets psychologiques de la « Grande Retraite » sur les sociétés civile et militaire russes sont dévastateurs tandis que resurgissent les vieux démons de la révolution avortée de 1905. L'outil militaire, malgré les succès majeurs du général Broussilov, se montre incapable de remporter la victoire décisive tant promise et précipite la chute du régime tsariste en février 1917. Mais le bouillonnement politique de février ne va pas cesser d'empirer, pour atteindre son point culminant en octobre, après la prise de pouvoir par les bolcheviques dans un pays désemparé mais qui continue à se battre peu ou prou sur trois fronts envers et contre tout. La suite est bien connue : Brest-Litovsk, les tentatives (réussies ou manquées) d'indépendance des peuples exogènes de l'Empire, une guerre civile d'une brutalité jamais vu jusqu'alors... Après un récit d'une grande érudition et agréable à lire, le dernier chapitre, « Une guerre oubliée ? », fait l'état de la mémoire de la Grande Guerre en Russie et sert de conclusion ainsi que de parenthèse historiographique, ouvrant de nombreuses possibilités d'étude pour les actuels et futurs historiens.
Une synthèse brillante sur une armée et une société russes que l'on voit se décomposer au cours des années 1914-1918 et qui sombre ensuite dans une des plus violentes guerres civiles de l'histoire contemporaine. Quelques erreurs factuelles sur les données militaires se glissent dans le récit, qui n'est pas totalement exempt d'opinions plutôt favorables au rôle de la Russie, mais les analyses pertinentes sur les souffrances et les mutations de ce peuple confronté aux désordres et aux malheurs de la guerre internationale puis intérieure sont très intéressantes et l'on pardonne donc aisément ce petit défaut. Une cartographie bienvenue, un état des archives russes très appréciables pour ceux qui pourront les consulter et une bibliographie succincte viennent accompagner l'ouvrage et aident à soutenir et justifier l'ensemble de l'ouvrage. En résumé, un essai « d'histoire totale » de qualité, agréable à lire, utile, et à mettre sous le sapin de tous les amateurs d'histoire !

Thierry Barroca

Perrin, Paris, 2014, 527 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-04045-1.

Allié oriental
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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 06:00

Renseignement et éthique

Le moindre mal nécessaire

Patrick Klaousen et Thierry Pichevin (Dir.)

Un livre ambitieux, car il s'attaque à un sujet sur lequel (presque par nature) chacun a une opinion bien tranchée, qui oppose généralement les deux termes du titre. Et en se plaçant à la fois sur les plans de l'efficacité, de la morale et des règles de droit, les auteurs ne se facilitent pas le travail.

Affirmant dès l'introduction que dans les pays européens "les missions, méthodes, et moyens mis en oeuvre par les services de renseignement sont étroitement encadrés par le droit national de leurs Etats respectifs", les auteurs s'interrogent sur la "place pour le questionnement éthique dans la conduite de l'activité des services de renseignement". Ils n'hésitent d'ailleurs pas à répondre : "assurément oui". Après une assez longue introduction qui pose les définitions, le livre est organisé en trois grandes parties thématiques : "L'éthique dans le traitement de la source (HUMINT)", "La torture, ou le traitement de la source au mépris de l'éthique" et "L'éthique et la gouvernance des services de renseignement". Au fil des chapitres, au confluent de l'histoire opérationnelle, des règles de droit et des questions morales, les auteurs abordent tous les sujets liés au recrutement et au traitement d'un agent (dont le mensonge, les manipulations, l'argent versé, etc., avec des focus sur les domaines diplomatiques et économiques ; s'interrogent sur le recours à la torture dont il retrace l'historique et les échecs ; précisent le dispositif légal (avec ses limites et parfois son incohérence) qui entoure l'action de ces services, y compris les autorités dites "indépendantes", allant jusqu'à aborder le thème récent de la "reconversion" des agents dans le secteur privé ou la question des limites éventuelles à l'emploi de matériels techniques sophistiqués (mais interdits). Illustré par de nombreuses références au passé, accompagné par une bibliographie de référence à la fin de chaque partie, complété par de nombreuses notes de bas de page, le livre est tout à fait intéressant, même si certaines pages sont parfois un peu "techniques". Un mal nécessaire ou un obstacle à l'efficacité ? Les auteurs font visiblement preuve d'optimisme. La réalité correspond-t-elle à cette analyse ? 

Editions Lavauzelle, Panazol, 2014, 332 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-7025-1620-1.

Contradiction apparente ?
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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 06:15

Nicole Mangin

Une Lorraine au coeur de la Grande Guerre

Jean-Jacques Schneider

L'auteur, qui s'est déjà distingué avec une histoire du Service de santé de l'armée française à Verdun en 1916 (éditions Serpenoise, 2008), nous présente la biographie de Nicole Mangin, seule femme médecin sous l'uniforme dans l'armée française de la Grande Guerre, jusqu'à sa mort par suicide en 1919 à l'âge de 41 ans.

Les sept premiers chapitres s'intéressent à la période qui précède la Première Guerre mondiale, dans un contexte social qui ne favorise pas l'émancipation des femmes, leur accès à l'université et l'exercice d'une profession de "notable". Mariée puis divorcée jeune (25 ans), elle prépare et soutient sa thèse de médecine tout en travaillant sur le cancer et la tuberculose et fonde, peu avant les déclarations de guerre l'Association des infirmières visiteuses de France. C'est donc une personnalité tout à fait exceptionnelle qui, au début du mois d'août 1914, est convoquée par erreur dans le cadre de la mobilisation. Les neuf chapitres qui suivent nous racontent donc son histoire particulière durant la guerre. Sans hésiter, elle rejoint le dépôt qui lui est désigné et refuse de quitter les lieux lorsque l'administration s'aperçoit de son erreur : une femme sous l'uniforme ! La pénurie de médecins est telle qu'elle est finalement conservée, à la surprise du supérieur qui la reçoit. Elle rejoint le secteur de Verdun à l'automne et reste dans la proche région, dans différentes formations sanitaires, pendant deux ans. Elle connait donc les puissantes offensives allemandes du printemps et de l'été, durant lesquelles elle se comporte avec le plus grand courage : "Ne se contentant pas d'opérer les blessés, elle sillonnera, accompagnée d'un infirmier et d'un brancardier, le champ de bataille au volant d'une camionnette sanitaire offerte par l'un de ses anciens malades, voiture sanitaire automobile dont elle bénéficie pour son seul usage. A son bord, elle participe à l'évacuation des blessés dans la zone de l'avant ainsi qu'à leurs premiers soins au plus fort des violentes offensives allemandes des mois de juin et juillet 1916. C'est ainsi qu'un jour, elle se fait remarquer, avec étonnement, par des troupes tenant les caves et les tranchées du village de Fleury, lors d'un de ses passages dans les ruines de la localité. Un petit sourire, un vague bonjour de la main, et l'automobile sanitaire poursuit son chemin en cahotant, sous le regard médusé des poilus et leurs sifflements à la vue d'un visage féminin". Nommée médecin-major (capitaine), elle prend la direction de l'hôpital-école Edith Cavell à Paris, sorte d'école d'application du temps de guerre pour le personnel infirmier. Tout en assurant ses responsabilités de direction, elle s'investit dans la lutte contre l'épidémie de grippe espagnole et s'engage dans l'action sociale et le mouvement "féministe" (derniers chapitres).

Une vie hors-norme dans une époque où la mysoginie était la règle. Une force morale exceptionnelle et un courage aussi bien physique qu'intellectuel qui force le respect. Une biographie au long de laquelle la personnalité de Nicole Mangin est toujours replacée dans son contexte spatial et temporel. Un ouvrage agréable à lire et tout à fait intéressant.

Editions place de Stanislas, Nancy, 2011, 223 pages, 19 euros.
ISBN : 978-2-35578-090-5.

Femme médecin
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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