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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 06:35

Défendre l'Empire

Des conflits oubliés à l'oubli des combattants, 1945-2010

Frédéric Garan (Dir.)

Avec ce volume, Frédéric Garan et les contributeurs réunis autour de lui reviennent sur les engagements de différents contingents coloniaux dans les guerres de décolonisation, et François Joly dans sa préface rappelle qu'en 1945, selon Gaston Monnerville : "Sans l'Empire la France ne serait qu'un pays libéré. Grâce à son empire, la France est un pays vainqueur". Or, après quinze nouvelles années de campagnes sous le drapeau tricolore, "ceux qui étaient restés loyaux vis-à-vis de la puissance coloniale ont été 'oubliés' par la métropole et marginalisés après l'indépendance de leur pays".

Les six auteurs qui contribuent à cet ouvrage abordent une grande diversité de situations, mais accordent néanmoins (heureusement car le cas est peu fréquent) une attention particulière à la Grande Île de l'océan Indien, aux Réunionnais et aux Malgaches, mais aussi aux Tunisiens souvent oubliés. On apprécie également l'alternance originale entre des articles de fond et le récit de parcours individuels (par exemple, une évocation de "Hédi Abdelkader, un Tunisien de la France Libre", par Christophe Giudice, entre un texte d'Armelle Mabon sur les "Prisonniers de guerre malgaches durant la Seconde guerre mondiale" et un autre de Jean Fremigacci sur les "Bataillons marocains en campagne à Madagascar"). Ces "respirations" donnent au livre un rythme propre bien agréable.

Savez-vous par exemple que, sur une centaine de soldats concernés, les 70 derniers anciens combattants marocains raliés au Vietminh en Indochine ne sont rentrés au Maroc qu'en janvier 1972 ? (texte de Christophe Giudice). On appréciera également "Les 'Sénégalais' de la guerre d'Indochine", par Michel Bodin, fin connaisseur de ces questions. L'ouvrage se termine, en annexe, par la liste nominative de 117 Réunionnais identifiés, tombés pour la France essentiellement en Extrême-Orient. Paradoxalement, si le souvenir des contingents coloniaux engagés durant les deux guerres mondiales est régulièrement rappelé, le rôle de ces soldats pendant les guerres de décolonisation (des "sales guerres" au plan idéologique) est presque systématiquement passé sous silence. Ce livre a, entre autres qualités, l'éminent mérite de les replacer sur le devant de la scène et de nous en présenter une réalité qu'il fallait retrouver.

Editions Vendémiaire, Paris, 2013, 317 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-36358-077-1.

Frédéric Garan a bien voulu nous apporter quelques précisions complémentaires :

Question : Pourquoi avoir choisi de faire alterner les chapitres traitant de certaines unités coloniales dans des conflits particuliers et des parcours individuels ?

Réponse : L’analyse scientifique et le travail aux archives ne rendent pas toujours compte de la dimension humaine et affective. Or, à l’origine de cette étude, il y avait des enquêtes de terrain, qui ont été riches en rencontres et en émotion. Nous voulions garder cette émotion. Plutôt que de la délayer dans le texte, l’alternance entre articles scientifiques et parcours individuels nous a semblé être le meilleurs choix pour donner à ce livre autant de rigueur historique que d’humanité.

Question : Vous parlez longuement des Malgaches, ce qui est peu courant. Pensez-vous qu'il y avait effectivement là un vide historiographique à combler ?

Réponse : Madagascar, ce n’est pas vraiment l’Afrique, ni l’Asie, c’est un monde à part (n’oublions jamais que l’île est plus grande que la France et la Belgique réunies). Et, de fait, on l’oublie beaucoup, ce qui est assez paradoxal car, en même temps, il y a un véritable mythe autour de Madagascar qui est très fort en France. De plus, les événements de 1947 sont quasi  inconnus en France. Or, dans le cadre de sujet qui nous intéresse, ils sont un véritable cas d’étude. Plus que pour tout autre territoire, la France a eu  recours massivement à des troupes coloniales « indigènes », pour conquérir Madagascar, puis pour  y maintenir l’ordre. D’un autre côté, les Malgaches ont servi en nombre dans l’armée française. Tout était donc réuni pour que ce livre soit effectivement l’occasion de sortir Madagascar, non pas du vide historiographique, mais plutôt du déficit de lisibilité. Mais, nous parlons tout autant des Marocains, des Tunisiens et des « Sénégalais » (c'est-à-dire de tous les ressortissants de l’AOF) que des Malgaches.

Question : Pourquoi avoir choisi de traiter de territoires aux statuts très différents, comme La Réunion qui dès après la Seconde guerre mondiale est un département de plein exercice et non plus une colonie ?

Réponse : Les liens entre La Réunion et Madagascar sont intimes et ambigus. Il nous semblait impossible de parler de Madagascar sans évoquer La Réunion. La Réunion, qui se définissait elle-même comme « colonie colonisatrice » par rapport à Madagascar. Il était particulièrement intéressant, justement au moment où La Réunion devenait en 1946, un département, de s’interroger sur les motivations des Réunionnais qui se sont engagés dans l’armée, pour défendre l’Empire en Indochine. Etaient-ils plus proche des motivations des métropolitains ou de celles des engagés des autres colonies, devenues elles-mêmes « Territoires d’Outre-mer » dans le cadre de l’Union française, ou encore de celle des Marocains et Tunisiens, qui avaient un statut encore différent avec les Protectorats ?

Question : Vous consacrez également plusieurs chapitres à la guerre d'Indochine. Finalement, quelle est la place et le rôle effectif de ces troupes dans la campagne d'Extrême-Orient ?

Réponse : Si dans un premier temps le CETEO est français (métropolitain), les effectifs venus de l’ « Empire » sont de plus en plus nombreux à partir de 1948 (pour atteindre la moitié du corps expéditionnaire). Le rôle de ces hommes qui viennent d’Afrique est essentiel. C’est parce qu’ils sont là que la France peut mener cette guerre, en évitant d’avoir recourt au contingent. C’est là tout le paradoxe, ils permettent de mener une guerre pour la France, sans que les Français ne se sentent particulièrement concernés. On peut dire que c’est une des ultimes contradictions du système colonial.

Question : Que représentent encore aujourd'hui dans leurs pays respectifs ces anciens combattants et où en est la question des retraites ?

Réponse : En faisant une réponse brutale, plus grand-chose… Ces hommes sont maintenant vieux (au moins 85 ans pour les derniers ayant participé à la Deuxième Guerre  mondiale, plus de 70 ans pour les plus jeunes partis en Algérie). Ils ne sont plus très nombreux, et leur situation financière s’est considérablement dégradée. Dans les années 1980, ils avaient un poids dans la société, à la fois par leur prestige d’anciens combattants, et par leurs revenus. Mais du fait de la cristallisation des pensions, leur pouvoir d’achat s’est effondré durant les années 1990. C’est pendant cette période que leurs revendications sont devenues médiatiques. Aujourd’hui, depuis 2010, la situation est réglée. Les pensions sont alignées, mais cela est intervenu bien tardivement, alors que les « anciens « ne sont plus très nombreux. Dans leurs pays respectifs, il ya un grand respect pour les ancien combattants, particulièrement pour ceux de la Deuxième Guerre mondiale. Au Maroc, Hassan II les a utilisés politiquement pour mettre en avant le pays, allié parmi les alliés. Par contre, il y a un voile pudique qui est jeté sur le fait qu’aujourd’hui, la quasi totalité des anciens combattants vivants sont des anciens des guerres de décolonisation !

Question : Votre livre est-il un hommage à ces hommes ?

Réponse : Hommage, oui, à plusieurs titre. Comme je l’ai dit, ce livre est né de rencontres. La plupart des hommes que nous avons rencontrés depuis 1997 sont aujourd’hui décédés. Nous ne voulions pas que leurs témoignages disparaissent. Nous voulions aussi faire connaitre cette histoire, que la France oublie, qui n’est pas politiquement correcte. En effet, aujourd’hui encore, alors que toutes les décisions prises pour aligner les pensions concernent les anciens des guerres de décolonisation, les hommes politiques ne parlent que de la dette de sang contractée durant la Deuxième Guerre mondiale.  Mais cet hommage n’exclu pas une approche critique, la mise en évidence des contradictions de ces hommes, dans leurs choix, dans leurs revendications, où se mêlent nostalgie de leur jeunesse, réécriture de l’Histoire et défense de leurs intérêts financiers …

Merci très vivement, et bravo pour cette belle réalisation collective.

Coloniaux aux colonies
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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